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342. Réduction d’un polynôme, modulo un nombre entier et un autre polynôme

Certains tests de primalité font appel au calcul modulaire. L’objectif est d’éviter d’obtenir des nombres trop importants et des degrés très élevés dans les calculs de polynômes.

Dans cet article vous allez aborder :

  • un calcul modulaire à partir d’exemples pour expliciter les premières démarches,
  • un calcul explicite du polynôme $(1+X)^{24}$ modulo $24$ et $X^2-1$,
  • une théorie des polynômes à coefficients entiers modulo un entier $n$ non nul et un polynôme $Q$ à coefficients entiers et de degré supérieur ou égal à $1.$

Utilisez le calcul modulaire des exemples

L’écriture adoptée sera la suivante :

\begin{align*}
25&\equiv 24+1 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 1  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

De même :

\begin{align*}
100X^3+50X^2-44X+29&\equiv (24+24+24+24+4)X^3 +(24+24+2)X^2\\
&\qquad-(24+24-4)X+(24+5) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X^3+2X^2+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X(X^2-1+1)+2(X^2-1+1)+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X+2+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8X+7  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Calculez $(X+1)^{24} \mod (24,X^2-1)$

Le calcul va être progressif.

Vous calculez d’abord $(X+1)^2$ comme suit :

\begin{align*}
(X+1)^2&\equiv X^2+2X+1 \mod (24, X^2-1) \\
&\equiv (X^2-1)+1+2X+1 \mod (24, X^2-1)\\
&=2(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^4 = ((X+1)^2)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^4&\equiv 4(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4\times 2(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1)  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^8 = ((X+1)^4)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^8 &\equiv 64(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 64\times 2(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv128(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv (24\times 5 + 8)(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^{16} = ((X+1)^8)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^{16} &\equiv 64(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous en déduisez que :

\begin{align*}
(X+1)^{24} &\equiv (X+1)^{16}(X+1)^{8} \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \times 8(X+1)  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 64(X+1)^2  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1)  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

La théorie des polynômes à coefficients entiers modulo $n$ et $Q$

Cette théorie est développée afin de justifier que les calculs menés ci-dessus sont valables.

Soit $n$ un entier naturel non nul et $Q$ un polynôme à coefficients entiers, de degré supérieur ou égal à $1.$

Vous allez munir l’anneau $\Z[X]$ de la relation binaire $\mathscr{R}$ suivante.

Quels que soient les polynômes $P_1$ et $P_2$ à coefficients entiers, vous écrirez $P_1\mathscr{R} P_2$, si et seulement si, les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont tous divisibles par $n$ et si $Q$ est un diviseur du polynôme $P_1-P_2.$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est réflexive

Soit $P$ un polynôme à coefficients entiers. Le polynôme $P-P$ est le polynôme nul, donc tous ses coefficients sont divisibles par $n$, puisque $n\times 0 = 0.$

De même $P-P = Q\times 0$ ce qui prouve que $Q$ est un diviseur de $P-P.$

Par conséquent, $\boxed{P\mathscr{R}P.}$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est symétrique

Soient $P_1$ et $P_2$ deux polynômes à coefficients entiers, tels que $P_1\mathscr{R} P_2.$

Les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont tous divisibles par $n.$

D’une part, comme $P_1-P_2$ est un polynôme à coefficients entiers, il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0, \dots, u_d$ tels que :

P_1(X)-P_2(X) = \sum_{i=0}^d u_iX^i.

L’hypothèse précédente fournit :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n\mid u_i.

Or, pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $d$, $-u_i = (-1)\times u_i$ si bien que $u_i\mid -u_i.$ ll s’ensuit que :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n\mid u_i \mid -u_i.

Par transitivité il vient :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n \mid -u_i.

D’autre part :

P_2(X)-P_1(X) = \sum_{i=0}^d (-u_i)X^i.

L’entier $n$ divise tous les coefficients du polynôme $P_2-P_1.$

Remarquez maintenant que $P_2-P_1 = (-1)\times (P_1-P_2)$ donc $P_1-P_2\mid P_2-P_1.$ Comme $Q\mid P_1-P_2$ vous déduisez par transitivité que $Q\mid P_2-P_1.$ Ainsi $P_2\mathscr{R} P_1.$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est transitive

Soient $P_1$, $P_2$ et $P_3$ trois polynômes à coefficients entiers, tels que $P_1\mathscr{R} P_2$ et $P_2\mathscr{R}P_3.$

D’une part, $Q\mid P_1-P_2$ et $Q\mid P_2-P_3.$ Par somme, vous déduisez $Q\mid (P_1-P_2) + (P_2-P_3)$ soit $Q\mid P_1-P_3.$

D’autre part, $n$ divise tous les coefficients des polynômes $P_1-P_2$ et $P_2-P_3.$

Si $P_1=P_2$ alors $n$ divise tous les coefficients du polynômes $P_1-P_3$ et donc $P_1\mathscr{R}P_3.$

Si $P_2=P_3$ alors $n$ divise encore tous les coefficients du polynômes $P_1-P_3$ et donc $P_1\mathscr{R}P_3.$

Si $P_1\neq P_2$ et si $P_2\neq P_3$ vous notez le maximum des degrés des polynômes $P_1-P_2$ et $P_2-P_3.$ Il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0,\dots u_d$ ainsi que des entiers $v_0,\dots,v_d$ tels que :

\begin{align*}
P_1(X)-P_2(X) &= \sum_{i=0}^d u_iX^i\\
P_2(X)-P_3(X) &= \sum_{i=0}^d v_iX^i.
\end{align*}

Alors :

\begin{align*}
P_1(X)-P_3(X) &= P_1(X)-P_2(X) + P_2(X)-P_3(X)\\
&=\sum_{i=0}^d u_iX^i + \sum_{i=0}^d v_iX^i\\
&= \sum_{i=0}^d (u_i+ v_i)X^i.
\end{align*}

Or, pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $d$, $n\mid u_i$ et $n\mid v_i.$ Par somme, vous déduisez que $n\mid u_i+v_i.$ L’entier $n$ divise tous les coefficients du polynôme $P_1-P_3.$ Il en résulte que $P_1\mathscr{R}P_3.$

Passez à l’ensemble quotient $\Z[X] / \mathscr{R}$

La relation $\mathscr{R}$ étant réflexive, transitive et symétrique sur $\Z[X]$ elle est une relation d’équivalence.

Vous notez $\Z[X] / \mathscr{R}$ l’ensemble de toutes les classes d’équivalence obtenues.

Il est rappelé que pour tout polynôme $P$ à coefficients entiers, la classe de $P$ est définie par :

\{A\in\Z[X], A\mathscr{R}P\}.

Notez que, comme $\mathscr{R}$ est réflexive, la classe de $P$ n’est pas vide.

Ainsi, $\Z[X] / \mathscr{R}$ est un ensemble, formé par des classes d’équivalences qui sont toutes non vides.

Pour plus de commodité, quels que soient les polynômes $P_1$ et $P_2$ à coefficients entiers, vous notez $P_1\equiv P_2 \mod (n,Q)$ au lieu de $P_1\mathscr{R} P_2.$

Montrez la compatibilité avec l’addition

Soient $P_1$, $P_2$, $P_3$ et $P_4$ quatre polynômes à coefficients entiers tels que :

\left\{\begin{align*}
P_1&\equiv P_2 \mod (n,Q)\\
P_3&\equiv P_4 \mod (n,Q).
\end{align*}
\right.

Vous avez $P_1\mathscr{R}P_2$ autrement dit, $Q\mid P_1-P_2$ et tous les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont divisibles par $n.$

Vous en déduisez immédiatement que $Q\mid (P_1-P_2)-0$ et que tous les coefficients du polynôme $(P_1-P_2)-0$ sont divisibles par $n.$ Autrement dit $P_1-P_2 \mathscr{R} 0.$

De même, comme $P_3\mathscr{R}P_4$ vous déduisez par symétrie $P_4\mathscr{R}P_3$ puis $P_4-P_3 \mathscr{R} 0.$

Par transitivité, vous déduisez $P_1-P_2\mathscr{R} P_4-P_3.$

Ainsi, $Q$ divise le polynôme $(P_4-P_3)-(P_1-P_2) = (P_2+P_4)-(P_1+P_3).$

L’entier $n$ divise tous les coefficients de $(P_4-P_3)-(P_1-P_2) = (P_2+P_4)-(P_1+P_3).$

Autrement dit, il vient d’être prouvé que $P_1+P_3\mathscr{R} P_2+P_4$ soit :

P_1+P_3 \equiv P_2+P_4 \mod (n,Q).

Montrez la compatibilité faible avec le produit

Pour parvenir à ce résultat, fixez un polynôme $P$ à coefficients entiers.

Soient $P_1$ et $P_2$ deux polynômes à coefficients entiers tels que :

P_1\equiv P_2 \mod (n,Q).

D’une part, $Q\mid P_1-P_2.$ Or, $PP_1-PP_2 = P(P_1-P_2)$ si bien que $P_1-P_2 \mid PP_1-PP_2.$ Par transitivité, il vient $Q\mid PP_1-PP_2.$

D’autre part, il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0,\dots,u_d$ tels que :

P_1(X)-P_2(X) = \sum_{i=0}^d u_i X^i.

L’hypothèse $P_1\mathscr{R} P_2$ fournit :

\forall i\in\llbracket 0, d\rrbracket, n\mid u_i.

Il existe un entier naturel $k$ et des entiers $v_0,\dots,v_k$ tels que :

P(X) = \sum_{j=0}^k v_j X^j.

Il vient alors :

\begin{align*}
(PP_1-PP_2)(X) &= P(X) (P_1(X)-P_2(X))\\
&=  \left(\sum_{j=0}^k v_j X^j\right) \left(\sum_{i=0}^d u_i X^i\right)\\
&= \sum_{j=0}^k\sum_{i=0}^du_iv_j X^{i+j}\\
&= \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d}}u_iv_j X^{i+j}\\
&=\sum_{\ell = 0}^{k+d}   \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d \\ i+j = \ell}}u_iv_j X^{i+j}\\
&= \sum_{\ell = 0}^{k+d}  \left( \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d \\ i+j = \ell}}u_iv_j\right) X^{\ell}.
\end{align*}

Soit $\ell$ un entier compris entre $0$ et $k+d.$

Soient $i$ un entier compris entre $0$ et $d$, puis $j$ un entier compris entre $0$ et $k$ tels que $i+j=\ell.$

Comme $n\mid u_i$ et comme $u_i \mid u_iv_j$ vous déduisez $n\mid u_iv_j.$

Par somme, $n$ divise $\sum_{\substack{0\leq j \leq k \ 0\leq i \leq d \ i+j = \ell}}u_iv_j.$

Il en résulte que tous les coefficients du polynôme $PP_1-PP_2$ sont divisibles par $n.$

Vous déduisez que : $\boxed{PP_1\equiv PP_2 \mod (n,Q).}$

Montrez la compatibilité forte avec le produit

Soient $P_1$, $P_2$, $P_3$ et $P_4$ quatre polynômes à coefficients entiers tels que :

\left\{\begin{align*}
P_1&\equiv P_2 \mod (n,Q)\\
P_3&\equiv P_4 \mod (n,Q).
\end{align*}
\right.

D’après le compatibilité faible avec le produit démontrée ci-dessus, en multipliant la première relation par $P_3$ il vient :

P_1P_3 \equiv P_2P_3  \mod (n,Q).

D’après le compatibilité faible avec le produit démontrée ci-dessus, en multipliant la seconde relation par $P_2$ il vient :

P_2P_3 \equiv P_2P_4  \mod (n,Q).

Vous avez ainsi :

\begin{align*}
P_1P_3&\mathscr{R}P_2P_3\\
P_2P_3&\mathscr{R}P_2P_4.
\end{align*}

Par transitivité, il vient :

P_1P_3\mathscr{R}P_2P_4.

Cela s’écrit :

\boxed{P_1P_3 \equiv P_2P_4 \mod (n,Q).}

Prolongement

Pour tout polynôme $P$ à coefficients entiers, notez $\varphi(P)$ la classe d’équivalence du polynôme $P.$

Soient $U$ et $V$ deux éléments de $\Z[X] / \mathscr{R}.$ Comme $U$ et $V$ sont des classes d’équivalences, elles ne peuvent pas être vides. Il existe donc $P_U\in\Z[X]$ et $P_V\in\Z[X]$ tels que $U = \varphi(P_U)$ et $V = \varphi(P_V).$

L’addition de $U$ et de $V$ dans $\Z[X] / \mathscr{R}$ est définie par $\varphi(P_U+P_V).$ Cette opération est bien définie : d’après la compatibilité démontrée pour l’addition l’élément $\varphi(P_U+P_V)$ ne dépend pas du choix des représentants effectué pour $U$ et $V.$

De même, la multiplication de $U$ et de $V$ dans $\Z[X] / \mathscr{R}$ est définie par $\varphi(P_U P_V).$ Cette opération est aussi bien définie : d’après la compatibilité démontrée pour la multiplication l’élément $\varphi(P_U P_V)$ ne dépend pas non plus du choix des représentants effectué pour $U$ et $V.$

D’après la théorie développée plus haut, justifiez que l’ensemble quotient $\Z[X] / \mathscr{R}$ est un anneau unitaire commutatif muni des deux opérations définies ci-dessus.

341. Un isomorphisme explicité de corps finis à 16 éléments

Soit $\F_{2} = \{0,1\}$ le corps fini à deux éléments, muni de l’opération commutative d’addition suivante :

\left\{\begin{align*}
0+0 &= 0\\
0+1 &= 1\\
1+1 &=0.
\end{align*}
\right.

Le produit commutatif est défini de la façon usuelle suivante :

\left\{
\begin{align*}
0\times0 &= 0\\
0\times 1 &= 0\\
1\times 1 &=1.
\end{align*} 
\right.

Vous notez $A$ l’ensemble quotient défini par $\F_{2}[X] / (X^4+X^3+X^2+X+1)$ et $B$ l’ensemble quotient défini par $\F_{2}[X] / (X^4+X+1).$

Le lecteur est amené à vérifier par lui-même que les polynômes $X^4+X^3+X^2+X+1$ et $X^4+X+1$ sont irréductibles dans $\F_{2}[X].$

L’ensemble $A$ est un corps, il contient un élément $a\notin \F_{2}$ tel que $a^4+a^3+a^2+a+1=0$ et de sorte que $A = \{x+ y a+z a^2+ta^3, (x,y,z,t)\in \F_{2}^4\}.$ De plus, $a$ est annulé par le polynôme $X^4+X^3+X^2+X+1$ qui est aussi son polynôme minimal dans $\F_2[X].$

De même, l’ensemble $B$ est un corps, il contient un élément $b\notin \F_{2}$ tel que $b^4+b+1=0$ et de sorte que $B = \{x+ y b+z b^2+tb^3, (x,y,z,t)\in \F_{2}^4\}.$ De plus, $b$ est annulé par le polynôme $X^4+X+1$ qui est aussi son polynôme minimal dans $\F_2[X].$

Vous en déduisez que $A$ et $B$ possèdent ainsi $2^4 =16$ éléments chacun.

Le but de cet article est d’expliciter un isomorphisme du corps $B$ vers le corps $A.$

Analysez la situation pour construire un isomorphisme de corps

Soit $k$ un isomorphisme allant de $B$ vers $A.$

Partez de la relation $b^4+b+1=0.$ En appliquant $k$, il vient :

k(b^4+b+1) = k(0).

$k$ en tant qu’isomorphisme, vérifie $k(0)=0$ et $k(1)=1$ donc :

\begin{align*}
k(b^4)+k(b)+k(1)&=k(0)\\
(k(b))^4+k(b)+1 &=0
\end{align*} 

Vous posez $u = k(b)$ et obtenez que $u$ vérifie l’équation $u^4+u+1 = 0$, avec $u\in A.$

Du coup, il existe $x$, $y$, $z$ et $t$ quatre éléments de $\F_{2}$ tels que :

u = x+ya+za^2+ta^3.

Vous calculez $u^2$ en tenant compte du fait que $a^4+a^3+a^2+a+1=0$ ce qui s’écrit $\boxed{a^4 =a^3+a^2+a+1}.$ Vous avez remarqué que $1+1=0$ dans $\F_{2}$ impose que l’opposé de $1$ soit égal à $1.$

En multipliant la relation précédente par $a$, il vient :

\begin{align*}
a^5 &=a^4+a^3+a^2+a\\
&= (a^3+a^2+a+1)+a^3+a^2+a\\
&=1.
\end{align*}

Ainsi $\boxed{a^5=1.}$

En multipliant à nouveau par $a$, il vient $\boxed{a^6=a}.$

Vous pouvez ainsi procéder au calcul de $u^2$ qui fournit successivement :

\begin{align*}
u^2 &= (x+ya+za^2+ta^3)^2\\
&= x^2+y^2a^2+z^2a^4+t^2a^6.
\end{align*}

En effet, compte tenu de l’égalité $1+1=0$ tous les doubles produits sont nuls.

Or, dans $\F_{2}$ tout élément est égal à son carré. L’expression de $u^2$ se simplifie grandement :

u^2 = x+ya^2+za^4+ta^6.

Du coup :

\begin{align*}
u^2 &= x+ya^2+za^4+ta^6\\
&= x+ya^2+z(a^3+a^2+a+1)+ta\\
&=(x+z)+(z+t)a+(y+z)a^2+za^3.
\end{align*}

Pour calculer $u^4$, vous calculez le carré de $u^2$ en utilisant l’expression précédente.

Vous posez $x’=x+z$, $y’ =z+t$, $z’=y+z$, $t’=z$

\begin{align*}
u^4 &= (x'+z')+(z'+t')a+(y'+z')a^2+z'a^3\\
&=(x+z+y+z)+(y+z+z)a+(z+t+y+z)a^2+(y+z)a^3\\
&=(x+t)+ya+(y+t)a^2+(y+z)a^3.
\end{align*}

Ainsi, $u^4+u+1=0$, d’où :

\begin{align*}
 (1+x+t+x)+(y+y)a+(y+z+t)a^2+(y+z+t)a^3 &=0\\
(1+t)+(y+z+t)a^2+(y+z+t)a^3&=0
\end{align*} 

Le polynôme minimal de $a$ dans $\F_2[X]$ étant de degré $4$, vous avez nécessairement :

\left\{\begin{align*}
1+t &= 0\\
y+z+t &=0.
\end{align*}
\right.

D’où finalement :

\left\{\begin{align*}
t&=1\\
y&=1+z.
\end{align*}
\right.

Cela fait deux possibilités pour $x$ et deux possibilités pour $z$, soit potentiellement quatre candidats pour $k.$

Vous choisissez $x=0$ et $z=0$, vous avez donc $y=1$ et $t=1$ ce qui conduit à $u = a+a^3.$

Dans ces conditions, $k(b)=a+a^3$, puis :

\begin{align*}
k(b^2) &= k(b)^2 \\
&= u^2\\
&= (a+a^3)^2\\
&=a^2+a^6\\
&=a+a^2.
\end{align*}

Du coup :

\begin{align*}
k(b^3) &= k(b)^2 k(b) \\
&= (a+a^2)(a+a^3)\\
&=a^2+a^4+a^3+a^5\\
&=a^2+(a^3+a^2+a+1)+a^3+1\\
&=a.
\end{align*}

Soit maintenant $x$, $y$, $z$ et $t$ quatre éléments de $\F_2.$

Il vient :

\begin{align*}
k(x+yb+zb^2+tb^3) = k(x)+k(y)k(b)+k(z)k(b^2)+k(t)k(b^3).
\end{align*}

Or, $k(0)=0$ et $k(1)=1$ donc $k(x)=x$, $k(y)=y$, $k(z)=z$ et $k(t)=t.$

D’où :

\begin{align*}
k(x+yb+zb^2+tb^3) &= x+y k(b)+z k(b^2)+tk(b^3)\\
&=x+y(a+a^3)+z(a+a^2)+ta\\
&=x+(y+z+t)a+za^2+ya^3.
\end{align*}

Synthèse

Pour tout $\xi$ de $B$, il existe un unique quadruplet $(x,y,z,t)\in\F_2^4$ tel que :

\boxed{\xi =x+yb+zb^2+tb^3.}

A $\xi$, vous associez l’élément de $A$ noté $k(\xi)$ défini par :

\boxed{k(\xi) = x+(y+z+t)a+za^2+ya^3.}

Il s’agit de comprendre pourquoi $k$ est un isomorphisme de $B$ vers $A.$

Vous avez $1 = 1+0b+0b^2+0b^3$, si bien que :

k(1) =1+(0+0+0)a+0a^2+0a^3 = 1.

L’application $k$ envoie le neutre de la multiplication de $B$ sur le neutre de la multiplication de $A.$

Soient $\xi$ et $\xi’$ deux éléments de $B$. Il existe deux quadruplets $(x,y,z,t)\in\F_2^4$ et $(x’,y’,z’,t’)\in\F_2^4$ tels que :

\begin{align*}
\xi &= x+yb+zb^2+tb^3\\
\xi' &=x'+y'b+z'b^2+t'b^3.
\end{align*}

Alors :

\xi+\xi' = (x+x')+(y+y')b+(z+z')b^2+(t+t')b^3.

Du coup, par définition de $k$, il vient :

\begin{align*}
k(\xi+\xi') &= (x+x') + (y+y'+z+z'+t+t')a+(z+z')a^2+(y+y')a^3\\
&= x+(y+z+t)a+za^2+ya^3 + x'+(y'+z'+t')a+z'a^2+y'a^3\\
&=k(\xi)+k(\xi').
\end{align*} 

Du coup :

\forall (\xi, \xi')\in B^2, k(\xi+\xi')=k(\xi)+k(\xi').

L’application $k$ conserve l’addition.

Soient $\xi$ et $\xi’$ deux éléments de $B$. Il existe deux quadruplets $(x,y,z,t)\in\F_2^4$ et $(x’,y’,z’,t’)\in\F_2^4$ tels que :

\begin{align*}
\xi &= x+yb+zb^2+tb^3\\
\xi' &=x'+y'b+z'b^2+t'b^3 
\end{align*}

Vous calculez le produit $\xi\xi’$ comme suit :

\begin{align*}
\xi\xi' &= (x+yb+zb^2+tb^3)(x'+y'b+z'b^2+t'b^3)\\
&= xx'+xy'b+xz'b^2+xt'b^3+yx'b+yy'b^2+yz'b^3+yt'b^4\\
&\qquad+zx'b^2+zy'b^3+zz'b^4+zt'b^5 + tx'b^3+ty'b^4+tz'b^5+tt'b^6.
\end{align*}

Comme $b^4+b+1=0$ il vient $b^4 = 1+b$ puis $b^5 = b+b^2$ et $b^6 = b^2+b^3.$

Du coup :

\begin{align*}
\xi\xi' &= xx'+xy'b+xz'b^2+xt'b^3+yx'b+yy'b^2+yz'b^3+yt'(1+b)\\
&\qquad+zx'b^2+zy'b^3+zz'(1+b)+zt'(b+b^2) + tx'b^3+ty'(1+b)+tz'(b+b^2)+tt'(b^2+b^3)\\
&=xx'+yt'+zz'+ty'+(xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz')b\\
&\qquad+(xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')b^2+(xt'+yz'+zy'+tx'+tt')b^3.
\end{align*}

Ainsi, vous obtenez :

\begin{align*}
k(\xi\xi') &=  xx'+yt'+zz'+ty'\\
&\qquad+ (xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz' + xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt' + xt'+yz'+zy'+tx'+tt' )a\\
&\qquad+(xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')a^2+(xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz')a^3\\
k(\xi\xi') &=  xx'+yt'+zz'+ty'\\
&\qquad+ (xy'+ xz'+ xt'+yx'+yy'+yz'+yt'+zx'+zy'+zz'+ty' +tx' )a\\
&\qquad+(xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')a^2+(xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz')a^3.
\end{align*}

Vous calculez maintenant le produit $k(\xi)k(\xi’)$ comme suit :

\begin{align*}
k(\xi)k(\xi') &= (x+(y+z+t)a+za^2+ya^3)(x'+(y'+z'+t')a+z'a^2+y'a^3)\\
&=xx'+(xy'+xz'+xt')a+xz'a^2+xy'a^3\\
&\qquad+(y+z+t)x'a+(y+z+t)(y'+z'+t')a^2+(y+z+t)z'a^3+(y+z+t)y'a^4\\
&\qquad +zx'a^2+(zy'+zz'+zt')a^3+zz'a^4+zy'a^5\\
&\qquad +yx'a^3+(yy'+yz'+yt')a^4+yz'a^5+yy'a^6\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+(xy'+xz'+xt')a+xz'a^2+xy'a^3\\
&\qquad+(yx'+zx'+tx')a+(yy'+yz'+yt'+zy'+zz'+zt'+ty'+tz'+tt')a^2\\
&\qquad+(yz'+zz'+tz')a^3+(yy'+zy'+ty')a^4\\
&\qquad +zx'a^2+(zy'+zz'+zt')a^3+zz'a^4+zy'a^5\\
&\qquad +yx'a^3+(yy'+yz'+yt')a^4+yz'a^5+yy'a^6\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+(xy'+xz'+xt')a+xz'a^2+xy'a^3\\
&\qquad+(yx'+zx'+tx')a+(yy'+yz'+yt'+zy'+zz'+zt'+ty'+tz'+tt')a^2\\
&\qquad+(yz'+zz'+tz')a^3+(yy'+zy'+ty')(a^3+a^2+a+1)\\
&\qquad +zx'a^2+(zy'+zz'+zt')a^3+zz'(a^3+a^2+a+1)+zy'\\
&\qquad +yx'a^3+(yy'+yz'+yt')(a^3+a^2+a+1)+yz'+yy'a\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+yy'+zy'+ty'+zz'+zy'+yy'+yz'+yt'+yz'\\
&\qquad +(xy'+xz'+xt'+yx'+zx'+tx'+yy'+zy'+ty'+zz'+yy'+yz'+yt'+yy')a\\
&\qquad + (xz'+yy'+yz'+yt'+zy'+zz'+zt'+ty'+tz'+tt'+yy'+zy'+ty'+zx'+zz'+yy'+yz'+yt')a^2\\
&\qquad + (xy'+yz'+zz'+tz'+yy'+zy'+ty'+zy'+zz'+zt'+zz'+yx'+yy'+yz'+yt')a^3\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+zz'+ty'+yt'\\
&\qquad +(xy'+xz'+xt'+yx'+yy'+yz'+yt'+zx'+zy'+zz'+tx'+ty'+yy'+zy'+ty')a\\
&\qquad + (xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')a^2\\
&\qquad + (xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+tz'+ty')a^3\\
&=k(\xi\xi').
\end{align*}

Du coup :

\forall (\xi, \xi')\in B^2, k(\xi\xi')=k(\xi)k(\xi').

L’application $k$ conserve le produit.

D’après ce qui précède, $k$ est un morphisme du corps $B$ vers le corps $A.$ Or, tout morphisme de corps est injectif.

Comme $A$ et $B$ possèdent le même nombre d’éléments, toute injection de $B$ vers $A$ est automatiquement surjective.

Il est ainsi établi que $k$ est un isomorphisme du corps $B$ vers le corps $A.$

340. Automorphismes du corps représenté par les combinaisons linéaires de 1 et de racine de 2, à coefficients dans les rationnels

Vous notez $\Q(\sqrt{2})$ l’ensemble suivant :

\Q(\sqrt{2}) = \{a+b\sqrt{2}, (a,b)\in\Q^2\}.

Démontrez que $\Q(\sqrt{2})$ est un corps

Comme $\Q$ est inclus dans $\R$ et comme $\sqrt{2}\in\R$, vous déduisez, par stabilité de l’addition dans le corps $\R$, que $\Q(\sqrt{2}) \subset \R.$

Tout d’abord vous avez $1 = 1+0\times \sqrt{2}$ ce qui prouve que $1\in \Q(\sqrt{2}).$

Le neutre de la multiplication appartient à $\Q(\sqrt{2}).$

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $\Q(\sqrt{2}).$ Il existe quatre rationnels, $a$, $b$, $c$ et $d$ tels que :

x=a+b\sqrt{2}\\
y=c+d\sqrt{2}.

Par somme, il vient :

x+y = (a+c)+(b+d)\sqrt{2}.

Comme le corps des rationnels est stable par addition, il vient $a+c\in\Q$ et $b+d\in\Q$ donc $x+y\in \Q(\sqrt{2}).$

De même :

-x = -a + (-b)\sqrt{2}.

Le corps des rationnels étant stable par passage à l’opposé, il vient $-a\in\Q$ et $-b\in\Q$ donc $-x\in \Q(\sqrt{2}).$

Maintenant, par produit, vous avez :

\begin{align*}
xy &= (a+b\sqrt{2})(c+d\sqrt{2})\\
&= (ac+2bd) + (ad+bc)\sqrt{2}.
\end{align*} 

Comme $2\in\Q$, par stabilité de $\Q$ par produit et par somme, vous déduisez $ac+2bd\in\Q$ et $ad+bc\in\Q$ donc $xy \in\Q.$

L’ensemble $\Q(\sqrt{2})$ est stable par addition, par passage à l’opposé et par produit.

Soit maintenant $x$ un élément non nul de $\Q(\sqrt{2}).$ Il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que $x=a+b\sqrt{2}.$

Vous multipliez cette relation par $a-b\sqrt{2}$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(a-b\sqrt{2})x &= (a+b\sqrt{2})(a-b\sqrt{2}) \\
&=a^2-2b^2.
\end{align*}

Supposez que $a^2-2b^2 = 0.$ Comme $x$ est non nul, il vient nécessairement $a-b\sqrt{2} = 0.$ Si $b$ est nul, alors $a = 0$ ce qui conduit à $x=0$ ce qui est absurde. Donc $b$ n’est pas nul. Du coup : $\frac{a}{b}=\sqrt{2}.$ Alors $\sqrt{2}\in\Q$ ce qui est encore absurde.

Du coup $a^2-2b^2\neq 0.$

L’égalité $(a-b\sqrt{2})x = a^2-2b^2$ fournit $\frac{1}{x} = \frac{a-b\sqrt{2}}{a^2-2b^2}.$

Ainsi :

\frac{1}{x} = \frac{a}{a^2-2b^2}+\frac{-b}{a^2-2b^2}\sqrt{2}.

Comme $a\in\Q$ et comme $a^2-2b^2\in\Q^{*}$ vous déduisez $\frac{a}{a^2-2b^2}\in\Q.$ De même $-b\in\Q$ et $a^2-2b^2\in\Q^{*}$ d’où $\frac{-b}{a^2-2b^2}\in\Q.$ Vous déduisez que $\frac{1}{x}\in\Q(\sqrt{2}).$

Il est établi que :

\forall x\in\Q(\sqrt{2}), x\neq 0\implies \frac{1}{x}\in\Q(\sqrt{2}).

L’ensemble $\Q(\sqrt{2})$ est stable par passage à l’inverse.

Il est démontré que $\Q(\sqrt{2})$ est un sous-corps de $\R$ donc $\Q(\sqrt{2})$ est un corps.

Recherche des automorphismes de $\Q(\sqrt{2})$

Soit $k$ un automorphisme de $\Q(\sqrt{2}).$

Vous avez les propriétés suivantes :

\begin{align*}
&k(0)=0\\
&k(1)=1\\
&\forall x\in \Q(\sqrt{2}), \forall y\in \Q(\sqrt{2}), k(x+y)=k(x)+k(y)\\
&\forall x\in \Q(\sqrt{2}), \forall y\in \Q(\sqrt{2}), k(xy)=k(x)k(y).
\end{align*} 

Comme $\Q$ est inclus dans $\Q(\sqrt{2})$, pour tout $q\in\Q$, $k(q)$ est bien défini.

Soit $n$ un entier naturel. Vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété « $k(n)=n$. »

Initialisation. $k(0)=0$ donc $\mathscr{P}(0)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel. Supposez que $\mathscr{P}(n)$ est vraie.

Alors $k(n)=n.$ Comme $k(n+1)=k(n)+k(1)$ il vient $k(n+1)=n+k(1).$ Or $k(1)=1$ donc $k(n+1)=n+1.$

Vous déduisez par récurrence que :

\forall n\in\N, k(n)=n.

Soit maintenant $p$ un entier relatif.

Si $p\leq0$ vous avez $-p\geq 0$ donc $k(-p)=-p.$

Comme $0=k(0) =k(p+(-p)) = k(p)+k(-p) = k(p)-p$ vous déduisez $k(p)=p.$

Si $p> 0$ il est déjà acquis que $k(p)=p.$

Ainsi il est prouvé que :

\forall p\in\Z, k(p)=p.

Soit $p\in\Z^{*}.$

Vous avez $1 = k(1) =k\left(p\times \frac{1}{p}\right) = k(p)k\left(\frac{1}{p}\right) = p k\left(\frac{1}{p}\right).$

Du coup $k\left(\frac{1}{p}\right) = \frac{1}{p}.$

\forall p\in\Z^{*}, k\left(\frac{1}{p}\right)=\frac{1}{p}.

Soit $q$ un rationnel. Il existe $a\in\Z$ et $b\in\Z^{*}$ tels que $q = \frac{a}{b} = a\times \frac{1}{b}.$

Alors :

\begin{align*}
k(q) &= k\left(a\times \frac{1}{b} \right)\\
&= k(a) \times k\left( \frac{1}{b} \right)\\
&= a\times \frac{1}{b}\\
&=\frac{a}{b}\\
&=q.
\end{align*} 

Il est ainsi établi que :

\forall q\in\Q, k(q)=q.

Dans la suite, notez $\alpha = \sqrt{2}.$ Vous avez $\alpha^2=2.$

Du coup :

\begin{align*}
k(\alpha^2) &= k(2)\\
&=2.
\end{align*}

Comme $\alpha\in\Q(\sqrt{2})$ vous avez :

\begin{align*}
2 &= k(\alpha^2)\\
  &= k(\alpha\times \alpha)\\
&= k(\alpha)\times k(\alpha)\\
&= (k(\alpha))^2.
\end{align*}

Le carré de $k(\alpha)$ vaut $2.$ Donc vous avez $k(\alpha) \in \{\alpha, -\alpha\}.$

1er cas. Si $k(\alpha) = \alpha.$

Soit $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que $x=a+b\alpha.$

Alors :

\begin{align*}
k(x) &= k(a+b\alpha)\\
&= k(a)+k(b\alpha)\\
&=a+k(b)k(\alpha)\\
&=a+b\alpha\\
&=x.
\end{align*}

$k$ est l’application identité.

2ème cas. Si $k(\alpha) = -\alpha.$

Soit $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que $x=a+b\alpha.$

Alors :

\begin{align*}
k(x) &= k(a+b\alpha)\\
&= k(a)+k(b\alpha)\\
&=a+k(b)k(\alpha)\\
&=a+b\times(-\alpha)\\
&=a-b\alpha.
\end{align*}

Cette analyse montre qu’il y a au plus deux automorphismes de corps de $\Q(\sqrt{2})$, l’application identité et l’application de conjugaison définie par :

\forall a\in\Q, \forall b\in\Q, k(a+b\sqrt{2})=a-b\sqrt{2}.

Synthèse

Il convient de vérifier que les deux applications précédentes conviennent.

Soit $k$ l’application identité de $\Q(\sqrt{2})$. Alors $k(1)=1.$

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $\Q(\sqrt{2}).$

\begin{align*}
k(x+y)&=x+y\\
&=k(x)+k(y).
\end{align*} 

De même :

\begin{align*}
k(xy)&=xy\\
&=k(x)k(y).
\end{align*} 

L’application identité est un morphisme du corps $\Q(\sqrt{2}).$ En tant que morphisme de corps, il est automatiquement injectif.

Soit maintenant $x\in\Q(\sqrt{2})$, comme $x=k(x)$, $x$ admet un antécédent par $k$ donc $k$ est surjectif. Donc $k$ est bien un automorphisme du corps $\Q(\sqrt{2}).$

Soit $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe $a\in\Q$ et $b\in\Q$ tels que $x = a+b\sqrt{2}.$

Pour pouvoir poser $u(x) =a-b\sqrt{2}$ il convient de vérifier que, s’il existe $c\in\Q$ et $d\in\Q$ tels que $x = c+d\sqrt{2}$ alors vous avez aussi $a-b\sqrt{2} = c-d\sqrt{2}.$

En effet, si $x = a+b\sqrt{2} = c+d\sqrt{2}$ vous déduisez $a-c = (d-b)\sqrt{2}.$ Si $b\neq d$, $\sqrt{2} = \frac{a-c}{d-b}$ donc $\sqrt{2}\in\Q$ ce qui est absurde. Donc $b=d.$ Alors $a-c=0$ et $a=c.$ Du coup, il vient $a-b\sqrt{2} = c-d\sqrt{2}.$

Pour tout $x$ de $\Q(\sqrt{2})$ s’écrivant sous la forme $x = a+b\sqrt{2}$ avec $a$ et $b$ rationnels, on définit une application $u$ de $\Q(\sqrt{2})$ en posant $u(x) = a-b\sqrt{2}.$

Alors, $u(1) = u(1+0\sqrt{2}) = 1-0\sqrt{2} = 1.$

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $\Q(\sqrt{2}).$ Il existe $a$, $b$, $c$ et $d$, quatre rationnels, tels que :

x=a+b\sqrt{2}\\
y=c+d\sqrt{2}.

Il a été vu que :

xy = ac+2bd+(ad+bc)\sqrt{2}.

Il vient $u(xy)=ac+2bd-(ad+bc)\sqrt{2}.$

D’autre part :

\begin{align*}
u(x)u(y) &= (a-b\sqrt{2})(c-d\sqrt{2})\\
&=ac+2bd-(ad+bc)\sqrt{2}\\
&=u(xy).
\end{align*} 

D’autre part :

\begin{align*}
u(x+y) &= u((a+c)+(b+d)\sqrt{2})\\
&= (a+c)-(b+d)\sqrt{2}\\
&=a-b\sqrt{2}+c-d\sqrt{2}\\
&=u(x)+u(y).
\end{align*} 

L’application $u$ est un morphisme du corps $\Q(\sqrt{2})$ donc injectif.

Soit maintenant $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que :

x=a+b\sqrt{2}.

Vous avez :

\begin{align*}
u(a-b\sqrt{2}) &= u(a+(-b)\sqrt{2})\\
&=a-(-b)\sqrt{2}\\
&=a+b\sqrt{2}\\
&=x.
\end{align*} 

$x$ admet un antécédent par $u$, ce qui prouve la surjectivité de $u.$

L’application $u$, appelée conjugaison, est un automorphisme du corps $\Q(\sqrt{2}).$

Concluez

Le corps $\Q(\sqrt{2})$ admet exactement deux automorphismes, l’application identité et l’application conjugaison.