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402. Procédez à la réduction d’un endomorphisme qui n’est pas cyclique

Soit $A$ la matrice réelle définie par :

A=\begin{pmatrix}
3 & 2 & 2 & 1 & 1 \\
0 & 1 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 1 & 0 & 0 \\
-1 & -1 & -1 & 1 & -1 \\
-1 & -1 & -1 & -1 & 1
\end{pmatrix}.

Vous notez $I_5$ la matrice identité d’ordre $5\comma$ $u$ l’endomorphisme de $\R^5$ canoniquement associé à la matrice $A$ et $(c_1,c_2,c_3,c_4,c_5)$ la base canonique de $\R^5.$ Vous notez $I_3$ la matrice identité d’ordre $3.$

Les objectifs de cet article consistent à utiliser les outils de la réduction cyclique pour construire un sous-espace cyclique qui soit stable par $u$ et de dimension maximum. Une fois cet espace trouvé, vous utiliserez une forme linéaire pour construire un supplémentaire stable par $u$ et vous réitérerez ce processus.

Déterminez le polynôme minimal de l’endomorphisme $u$

Notez $\Pi$ le polynôme minimal de l’endomorphisme $u\comma$ qui est identique au polynôme minimal de la matrice $A.$ Comme $A$ n’est pas multiple de la matrice identité, vous déduisez que $\deg \Pi \geq 2.$

Vous calculez la matrice $A^2\comma$ il vient :

A^2=\begin{pmatrix}
7 & 6 & 6 & 3 & 3 \\
0 & 1 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 1 & 0 & 0 \\
-3 & -3 & -3 & 1 & -3 \\
-3 & -3 & -3 & -3 & 1
\end{pmatrix}.

Comme $A^2-3A = -2I_5$ vous déduisez que le polynôme minimal de l’endomorphisme $u$ est égal à :

\Pi(X) = X^2-3X+2.

Ce polynôme se factorise dans $\R[X]$ avec des facteurs irréductibles de la façon suivante :

\boxed{\Pi(X) = (X-1)(X-2).}

Déterminez un vecteur $v_1$ dont le polynôme minimal relatif à $u$ est égal à $X-1$

Comme $X-2$ a un degré strictement inférieur au degré du polynôme $\Pi\comma$ vous déduisez que la matrice $A-2I_5$ possède au moins une colonne non nulle. En effet :

A-2I_5 =  \begin{pmatrix}
1 & 2 & 2 & 1 & 1 \\
0 & -1 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & -1 & 0 & 0 \\
-1 & -1 & -1 & -1 & -1 \\
-1 & -1 & -1 & -1 & -1
\end{pmatrix}.

En prenant $Y_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \\ -1 \\ -1\end{pmatrix}\comma$ l’égalité $(A-I_5)(A-2I_5)=0$ fournit $(A-I_5)Y_1 = 0.$

Vous posez $v_1 = (1,0,0,-1,-1).$ Comme $v_1$ n’est pas nul, le polynôme minimal de $u$ en $v_1$ est $X-1.$

Déterminez un vecteur $v_2$ dont le polynôme minimal relatif à $u$ est égal à $X-2$

Comme $X-1$ a un degré strictement inférieur au degré du polynôme $\Pi\comma$ vous déduisez que la matrice $A-I_5$ possède au moins une colonne non nulle. En effet :

A-I_5 =  \begin{pmatrix}
2 & 2 & 2 & 1 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 0 & 0 \\
-1 & -1 & -1 & 0 & -1 \\
-1 & -1 & -1 & -1 & 0
\end{pmatrix}.

En prenant $Z_2 = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \\ -1 \\ 0\end{pmatrix}\comma$ l’égalité $(A-2I_5)(A-I_5)=0$ fournit $(A-2I_5)Z_2 = 0.$

Vous posez $v_2 = (1,0,0,-1,0).$ Comme $v_2$ n’est pas nul, le polynôme minimal de $u$ en $v_2$ est $X-2.$

Concluez

En prenant le vecteur $\boxed{v = v_1+v_2 = (2,0,0,-2,-1)}\comma$ vous déduisez que le polynôme minimal de $u$ en $v$ est le polynôme $\Pi.$ La famille $\bigl(v, u(v)\bigr)$ est libre. Elle engendre un espace vectoriel $V$ de dimension $2$ qui est stable par $u.$

Construisez un supplémentaire de $V$ dans $\R^5$ qui soit stable par $u$

Déterminez une forme linéaire $\varphi$ telle que $\varphi(v)=0$ et $\varphi\bigl(u(v)\bigr)=1$

Utilisant la linéarité de l’endomorphisme $u\comma$ vous avez :

\left\{\begin{align*}
v&=2c_1-2c_4-c_5 = (2,0,0,-2,-1)\\
u(v) &= 3c_1-3c_4-c_5 = (3,0,0,-3,-1).
\end{align*}
\right.

Analyse. Soit $\varphi$ une forme linéaire telle que $\varphi(v)=0$ et $\varphi\bigl(u(v)\bigr)=1.$

En notant $a_1, a_2, a_3, a_4, a_5$ les images respectives des vecteurs de la base canonique de $\R^5$ par $\varphi\comma$ vous obtenez :

\left\{\begin{align*}
2a_1-2a_4-a_5 &= 0\\
3a_1-3a_4-a_5 &= 1.
\end{align*}
\right.

Multipliant la ligne $1$ par $3$ et la ligne $2$ par $2\comma$ vous avez :

\left\{\begin{align*}
6a_1-6a_4-3a_5 &= 0\\
6a_1-6a_4-2a_5 &= 2.
\end{align*}
\right.

Et par soustraction, vous obtenez $a_5 = 2.$ La première équation devient $a_1-a_4 = 1.$

Synthèse. Vous choisissez $a_1 =1\comma$ $a_2=a_3=a_4=0\comma$ et $a_5=2.$

Soit $\varphi$ la forme linéaire de $\R^5$ définie par :

\forall (x_1,x_2,x_3,x_4,x_5)\in\R^5, \varphi (x_1,x_2,x_3,x_4,x_5) = x_1+2x_5.

Comme $\varphi(v)=0$ et $\varphi\bigl(u(v)\bigr)=1\comma$ la forme linéaire convient.

Définissez un supplémentaire de $V$ dans $\R^5$ qui soit stable par l’endomorphisme $u$

Vous notez $W$ l’ensemble des vecteurs $f$ de $\R^5$ tels que :

\left\{\begin{align*}
\varphi(f)&=0\\
\varphi\bigl(u(f)\bigr)&=0.
\end{align*}
\right.

Soit $x$ un vecteur appartenant à $V\cap W.$ Comme $x\in V\comma$ il existe deux réels $\alpha$ et $\beta$ tels que $x=\alpha v+\beta u(v).$ D’autre part, comme $x\in W\comma$ $\varphi(x)=0$ et $\varphi\bigl(u(x)\bigr)=0.$

Comme $\varphi(x) = \alpha \varphi(v)+\beta \varphi\bigl(u(v)\bigr)\comma$ vous obtenez $0 = \alpha\cdot 0 +\beta \cdot 1$ d’où $\beta = 0.$

Ensuite, $x=\alpha v$ d’où $u(x) = \alpha u(v)$ et $\varphi\bigl(u(x)\bigr) = \alpha \varphi\bigl(u(v)\bigr)$ d’où $0 = \alpha \cdot 1$ d’où $\alpha = 0.$

Par conséquent, la somme $V+W$ est directe.

Considérez l’application linéaire, qui à tout vecteur $f$ de $\R^5\comma$ associe le couple de réels $(\varphi(f), \varphi\bigl(u(f)\bigr).$ Le rang de cette application est inférieur ou égal à $2.$ Via le théorème du rang, son noyau a une dimension supérieure ou égale à $3.$ Or, ce noyau est précisément $W\comma$ donc $\dim W \geq 3.$

Comme $\dim V=2$ et comme la somme $V+W$ est directe, il vient $\dim(V+W) = \dim V+\dim W$ d’où $\dim(V+W)\geq 5.$ Or $V+W$ est inclus dans $\R^5$ qui est de dimension $5\comma$ donc $\dim(V+W)=5$ et par suite $\dim W = 3.$

Ainsi, le sous-espace $W$ est un supplémentaire de $V$ dans $\R^5.$

Soit $f$ un vecteur de $W\comma$ vous avez $\varphi(f)=0$ et $\varphi\bigl(u(f)\bigr)=0.$

Comme $u^2=3u-2\mathrm{Id}_{\R^5}$ vous déduisez $u^2(f) = 3u(f)-2f$ et par linéarité $\varphi\bigl(u^2(f)\bigr)=\varphi\bigl(u(f)\bigr)-2\varphi(f)$ d’où $\varphi\bigl(u^2(f)\bigr)=0-2\cdot 0 = 0.$ Il en résulte que $u(f) \in W.$

Du coup, le sous-espace $W$ est stable par $u.$

Explicitez une base du supplémentaire $W$

Soit $x$ un vecteur de $W.$ Il existe des réels $x_1\comma$ $x_2\comma$ $x_3\comma$ $x_4$ et $x_5$ tels que :

x = x_1c_1+x_2c_2+x_3c_3+x_4c_4+x_5c_5.

La relation $\varphi(x)=0$ fournit :

x_1+2x_5=0.

Ensuite, vous avez :

\begin{align*}
u(x)&=(3x_1+2x_2+2x_3+x_4+x_5)c_1+(\ast) c_2+(\ast) c_3+(\ast) c_4\\
&\quad +(-x_1-x_2-x_3-x_4+x_5)c_5.
\end{align*}

La relation $\varphi\bigl(u(x)\bigr)=0$ s’écrit :

\left\{\begin{align*}
&3x_1+2x_2+2x_3+x_4+x_5+2(-x_1-x_2-x_3-x_4+x_5) = 0\\
&x_1-x_4+3x_5=0.
\end{align*}
\right.

Vous résolvez le système :

\left\{\begin{align*}
&x_1&+2x_5&=0\\
&x_1-x_4&+3x_5&=0.
\end{align*}
\right.

Il est équivalent, après l’opération $L_2\leftarrow L_2-L_1\comma$ à :

\left\{\begin{align*}
&x_1&+2x_5&=0\\
&-x_4&+x_5&=0.
\end{align*}
\right.

Du coup :

\begin{align*}
x&=(x_1,x_2,x_3,x_4,x_5)\\
&=(-2x_5,x_2,x_3,x_5,x_5)\\
&=x_2(0,1,0,0,0)+x_3(0,0,1,0,0)+x_5(-2,0,0,1,1).
\end{align*}

Vous posez :

\left\{\begin{align*}
d_1&=(0,1,0,0,0)\\
d_2 &= (0,0,1,0,0)\\
d_3 &= (-2,0,0,1,1).
\end{align*}
\right.

Et vous avez obtenu $W\subset \vect(d_1,d_2,d_3).$

Or, la famille $(d_1,d_2,d_3)$ est libre donc $\dim W = \dim \vect(d_1,d_2,d_3)$ et finalement :

\boxed{W = \vect(d_1,d_2,d_3).}

Déterminez la matrice de $u$ après un premier changement de base

Soit $R$ la matrice de passage de la base canonique de $\R^5$ vers la base $\bigl(v,u(v), d_1,d_2,d_3\bigr).$ Vous avez :

R = \begin{pmatrix}
2 & 3 & 0 & 0 & -2 \\
0 & 0 & 1 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 1 & 0 \\
-2 & -3 & 0 & 0 & 1 \\
-1 & -1 & 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}.

Dans la base $\bigl(v, u(v), d_1,d_2,d_3\bigr)\comma$ la matrice de $u$ est égale à :

R^{-1}AR = \begin{pmatrix}
0 & -2 & 0 & 0 & 0 \\
1 & 3 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 1 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 1 & 0 \\
0 & 0 & -1 & -1 & 2
\end{pmatrix}.

La structure diagonale par bloc fait bien apparaître les espaces $V$ et $W$ comme étant deux supplémentaires de $\R^5\comma$ tous les deux stables par $u.$

Déterminez le polynôme minimal de $u_{\vert W}$

L’endomorphisme $u_{\vert W}$ a pour matrice, dans la base $(d_1,d_2,d_3)\comma$ la partie située en bas à droite de la matrice $R^{-1}AR.$ Cela fournit :

B = \begin{pmatrix}
 1 & 0 & 0 \\
 0 & 1 & 0 \\
-1 & -1 & 2
\end{pmatrix}.

La matrice $B$ montre que $u_{\vert W}$ n’est pas un multiple de l’identité de $W.$ Donc son polynôme minimal, noté $\Pi_W$ a un degré supérieur ou égal à $2.$ Vous avez :

\begin{align*}
B^2 &= \begin{pmatrix}
 1 & 0 & 0 \\
 0 & 1 & 0 \\
-3 & -3 & 4
\end{pmatrix} \\
&= \begin{pmatrix}
 3 & 0 & 0 \\
 0 & 3 & 0 \\
-3 & -3 & 6
\end{pmatrix} + \begin{pmatrix}
 -2 & 0 & 0 \\
 0 & -2 & 0 \\
 0 & 0 & -2
\end{pmatrix}\\
&=3B-2I_3.
\end{align*}

Cela prouve que :

\boxed{\Pi_W(X) = X^2-3X+2 = (X-1)(X-2).}

Déterminez un vecteur $w$ du sous-espace $W$ admettant un espace cyclique de dimension $2$

Déterminez un vecteur $w_1$ dont le polynôme minimal relatif à $u_{\vert W}$ est égal à $X-1$

Vous repérez une colonne non nulle de la matrice $B-2I_3\comma$ dont le calcul fournit :

B-2I_3=\begin{pmatrix}
 -1 & 0 & 0 \\
 0 & -1 & 0 \\
-1 & -1 & 0
\end{pmatrix}.

Comme $(B-I_3)(B-2I_3)=0\comma$ vous avez :

(B-I_3)\begin{pmatrix} -1 \\ 0 \\-1 \end{pmatrix} = 0.

Vous posez :

w_1 = -d_1-d_3 = (2,-1,0,-1,-1).

Le polynôme minimal du vecteur $w_1$ relatif à l’endomorphisme $u_{\vert W}$ est bien $X-1.$

Déterminez un vecteur $w_2$ dont le polynôme minimal relatif à $u_{\vert W}$ est égal à $X-2$

Vous repérez une colonne non nulle de la matrice $B-I_3\comma$ dont le calcul fournit :

B-I_3=\begin{pmatrix}
 0 & 0 & 0 \\
 0 & 0 & 0 \\
-1 & -1 & 1
\end{pmatrix}.

Comme $(B-2I_3)(B-I_3)=0\comma$ vous avez :

(B-2I_3)\begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\1 \end{pmatrix} = 0.

Vous posez :

w_2 = d_3 = (-2,0,0,1,1).

Le polynôme minimal du vecteur $w_2$ relatif à l’endomorphisme $u_{\vert W}$ est bien $X-2.$

Concluez

En prenant le vecteur $\boxed{w = w_1+w_2 = (0,-1,0,0,0)}\comma$ vous déduisez que la famille $\bigl(w, u_{\vert W}(w)\bigr)$ est libre et que son polynôme minimal relatif à $u_{\vert W}$ est le polynôme $\Pi_W.$ La famille $\bigl(w, u_{\vert W}(w)\bigr)$ engendre un-sous espace vectoriel $L$ cyclique, qui est de dimension $2$ et qui est stable par $u_{\vert W}.$

Construisez un supplémentaire de $L$ dans $W$ qui soit stable par $u$

Déterminez une forme linéaire $\psi$ telle que $\psi(w)=0$ et $\psi\bigl(u(w)\bigr)=1$

Vous avez :

\left\{\begin{align*}
w&=(0,-1,0,0,0)\\
u(w)&=(-2,-1,0,1,1).
\end{align*}
\right.

Analyse. Soit $\psi$ une forme linéaire de $\R^5$ telle que $\psi(w)=0$ et $\psi\bigl(u(w)\bigr)=1.$En notant $b_1, b_2, b_3, b_4, b_5$ les images respectives des vecteurs de la base canonique de $\R^5$ par $\psi\comma$ vous obtenez :

\left\{
\begin{align*}
-b_2 &= 0\\
-2b_1-b_2+b_4+b_5 &= 1.
\end{align*}\right.

Synthèse. Vous choisissez $b_1=b_2=b_3=b_4=0$ et $b_5=1.$ Autrement dit, vous définissez une forme linéaire $\psi$ par :

\forall (x_1,x_2,x_3,x_4,x_5)\in\R^5, \psi (x_1,x_2,x_3,x_4,x_5) = x_5.

Elle vérifie les égalités demandées.

Définissez un supplémentaire de $L$ dans $W$ qui soit stable par l’endomorphisme $u$

Soit $M$ l’ensemble des vecteurs $m$ de $W$ tels que :

\left\{
\begin{align*}
\psi(m)&=0\\
\psi\bigl(u(m)\bigr)&=0.
\end{align*}
\right.

Comme précédemment, $M$ va être un supplémentaire de $L$ dans $W$ qui sera stable par $u.$ Les détails vous sont laissés.

Explicitez une base du supplémentaire $M$

Soit $x$ un vecteur de $M.$ Il existe $(x_1,x_2,x_3,x_4,x_5)\in\R^5$ tels que :

x = (x_1,x_2,x_3,x_4,x_5).

Il a été vu que :

\begin{align*}
u(x)&=(3x_1+2x_2+2x_3+x_4+x_5)c_1+(\ast) c_2+(\ast) c_3+(\ast) c_4\\
&\quad +(-x_1-x_2-x_3-x_4+x_5)c_5.
\end{align*}

Comme $x\in W\comma$ il vient :

\left\{\begin{align*}
\varphi(x)&=0\\
\varphi\bigl(u(x)\bigr)&=0.
\end{align*}
\right.

Par définition du sous-espace $M\comma$ vous avez aussi :

\left\{
\begin{align*}
\psi(x)&=0\\
\psi\bigl(u(x)\bigr)&=0.
\end{align*}
\right.

Ces conditions fournissent :

\left\{\begin{align*}
&x_1+2x_5=0\\
&x_1-x_4+3x_5=0\\
&x_5 = 0\\
&-x_1-x_2-x_3-x_4+x_5=0.
\end{align*}
\right.

Ce système est équivalent à :

\left\{
\begin{align*}
&x_1=x_4=x_5=0\\
&x_2 = -x_3.
\end{align*}
\right.

Si bien que $M\subset \vect(0,1,-1,0,0).$ Vous posez $m = (0,1,-1,0,0).$

Comme $\dim M + \dim L = \dim W\comma$ vous avez $\dim M=1.$ Par suite, $M = \vect(m).$

Obtenez la matrice de Frobenius de l’endomorphisme $u$ après un deuxième changement de base

Soit $S$ la matrice de passage de la base canonique de $\R^5$ vers la base $\bigl(v,u(v), w, u(w) ,m).$ Vous avez :

S = \begin{pmatrix}
2 & 3 & 0 & -2 & 0 \\
0 & 0 & -1 & -1 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0 & -1 \\
-2 & -3 & 0 & 1 & 0 \\
-1 & -1 & 0 & 1 & 0
\end{pmatrix}.

Du coup, vous obtenez la matrice de Frobenius suivante :

S^{-1}AS = \begin{pmatrix}
0 & -2 & 0 & 0 & 0 \\
1 & 3 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 0 & -2 & 0 \\
0 & 0 & 1 & 3 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}.

Obtenez la matrice de Jordan de l’endomorphisme $u$ après un troisième changement de base

En remplaçant $\bigl(v,u(v)\bigr)$ par $(v_1,v_2)$ et $\bigl(w,u(w)\bigr)$ par $(w_1,w_2)\comma$ vous posez :

T = \begin{pmatrix}
1 & 1 & 2 & -2 & 0 \\
0 & 0 & -1 & 0 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0 & -1 \\
-1 & -1 & -1 & 1 & 0 \\
-1 & 0 & -1 & 1 & 0
\end{pmatrix}.

La matrice $T$ désigne la matrice de passage de la base canonique vers la base $\bigl(v_1,v_2,w_1,w_2,m\bigr).$

Vous obtenez un cas particulier de la forme de Jordan, où l’endomorphisme $u$ est diagonalisable :

T^{-1}AT = \begin{pmatrix}
1 & 0 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 2 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 1 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 2 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}.

Afin de regrouper les valeurs propres identiques, il convient d’effectuer une permutation des vecteurs. Vous posez :

\Omega = \begin{pmatrix}
1 & 2 & 0 & 1 & -2\\
0 &  -1 & 1 & 0 & 0\\
0 & 0  & -1 & 0 & 0\\
-1 & -1 & 0 & -1 & 1\\
-1 & -1 & 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}.

La matrice $\Omega$ désigne la matrice de passage de la base canonique vers la base $\bigl(v_1,w_1,m,v_2,w_2\bigr).$ Alors :

\Omega^{-1}A\Omega = \begin{pmatrix}
1 & 0 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 1 & 0 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 1 & 0 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 2 & 0 \\
0 & 0 & 0 & 0 & 2
\end{pmatrix}.

401. Établissez qu’une partie réelle fermée et bornée vérifie la propriété de Heine-Borel (partie 2/2)

Soit $F$ une partie fermée et bornée de $\R.$ Vous supposez que $F$ est recouverte par une famille d’ouverts de $\R.$

Il existe un ensemble $I$ et une famille d’ouverts de $\R$ notée $(U_i)_{i\in I}$ tels que :

F\subset \bigcup_{i\in I} U_i.

L’objectif est de démontrer que $F$ admet un sous-recouvrement fini de cette famille.

Comme $F$ est bornée, il existe un réel $M$ strictement positif tel que :

\forall x\in F, \vert x \vert \leq M.

Ainsi :

F\subset [-M,M].

Soit maintenant $x$ un élément de $[-M,M].$

Si $x\in F\comma$ alors il existe $i\in I$ tel que $x\in U_i.$

Si $x\notin F\comma$ alors $x\in F^{\complement}\comma$ où $F^{\complement} = \R \setminus F.$ Comme $F$ est une partie fermée de $\R\comma$ la partie $F^{\complement}$ est un ouvert de $\R.$

Ces observations prouvent que l’ensemble $[-M,M]$ est recouvert par une famille d’ouverts de $\R.$ En effet :

[-M,M]\subset F^{\complement} \cup \bigcup_{i\in I} U_i.

D’après l’article précédent, vous déduisez qu’il existe une partie finie $J$ de $I$ telle que :

[-M,M]\subset F^{\complement} \cup \bigcup_{i\in J} U_i.

Soit $f\in F$ un élément de $F.$ Comme $F\subset [-M,M]$ vous déduisez $f \in F^{\complement}\cup \bigcup_{i\in J} U_i.$ Mais comme $f\notin F^{\complement}\comma$ vous avez $f\in \bigcup_{i\in J} U_i.$

Ainsi :

F\subset \bigcup_{i\in J} U_i.

Toute partie fermée et bornée de $\R$ vérifie la propriété de Heine-Borel.

400. Établissez qu’une partie réelle fermée et bornée vérifie la propriété de Heine-Borel (partie 1/2)

Dans cet article, vous établissez un résultat préliminaire. Soient $a$ et $b$ deux réels tels que $a$ soit strictement inférieur à $b.$ Soient $I$ un ensemble et $(U_i)_{i\in I}$ une famille d’ouverts de $\R$ qui recouvrent le segment $[a,b].$ Vous avez :

[a,b]\subset \bigcup_{i\in I} U_i.

Vous allez démontrer qu’il existe une partie finie $J\subset I$ telle que :

[a,b]\subset \bigcup_{i\in J} U_i.

Introduisez un ensemble et montrez l’existence de sa borne supérieure

Soit $E$ la partie de $\R$ définie par l’ensemble des réels $x\in[a,b]$ tels qu’il existe une partie $J$ finie de $I\comma$ vérifiant $[a,x]\subset \bigcup_{i\in J} U_i.$

Comme $a\in[a,b]$ et comme $[a,b]\subset \bigcup_{i\in I} U_i\comma$ il existe un élément $\alpha\in I$ tel que $a\in U_{\alpha}.$ Ainsi :

[a,a]\subset U_{\alpha}.

En prenant $J = \{\alpha\}\comma$ vous constatez que :

[a,a]\subset \bigcup_{i\in J} U_i.

Vous avez prouvé que $a\in E\comma$ donc $E$ est non vide.

Or, tout élément de $E$ est majoré par $b.$ Donc la partie $E$ admet une borne supérieure, que vous allez noter $s.$

Montrez que $s=b$

D’une part, $s$ est un majorant de $E$ et $a$ appartient à $E\comma$ donc $a\leq s.$

D’autre part, $s$ est le plus petit des majorants de $E$ et $b$ est un majorant de $E\comma$ donc $s\leq b.$

Ainsi, $s\in[a,b].$ Comme l’intervalle $[a,b]$ est inclus dans $\bigcup_{i\in I} U_i\comma$ il existe $\sigma\in I$ tel que $s\in U_{\sigma}.$ Comme $U_{\sigma}$ est une partie ouverte de $\R\comma$ il existe un réel $\delta$ strictement positif tel que $]s-\delta, s+\delta[ \subset U_{\sigma}.$

Vous supposez maintenant que $s\neq b\comma$ d’où $s\in [a,b[.$ Vous considérez le réel strictement positif $\varepsilon$ défini par $\varepsilon = \min\left(\frac{\delta}{2}, \frac{b-s}{2}\right).$ Le réel $s-\varepsilon$ est strictement inférieur à $s$ qui est le plus petit des majorants de $E.$ Donc $s-\varepsilon$ n’est pas un majorant de $E.$ Donc il existe $e\in E$ tel que $s-\varepsilon \lt e \leq s$ et il existe une partie finie $J$ de $I$ telle que:

[a,e]\subset \bigcup_{i\in J} U_i.

Or, $[e, s+\varepsilon] \subset [s-\varepsilon, s+\varepsilon]$ et $[s-\varepsilon, s+\varepsilon]\subset ]s-\delta, s+\delta[\subset U_{\sigma}.$

Par conséquent:

[a,s+\varepsilon] \subset \bigcup_{i\in J\cup \{\sigma\}} U_i.

Or, $s+\varepsilon \in[a,b].$ Comme $J\cup\{\sigma\}$ est une partie finie de $I\comma$ il en résulte que $s+\varepsilon \in E.$ Comme $s$ majore $E\comma$ il vient $s+\varepsilon \leq s$ d’où $\varepsilon \leq 0\comma$ ce qui est absurde.

Donc $s=b.$

Concluez

Comme $b\in [a,b]\comma$ il existe $\beta\in I$ tel que $b\in U_{\beta}.$ Comme $U_{\beta}$ est une partie ouverte de $\R\comma$ il existe un réel $\mu$ strictement positif tel que $]b-\mu, b+\mu[ \subset U_{\beta}.$ Posez $\tau = \frac{\mu}{2}\comma$ qui est un réel strictement positif. D’une part, $[b-\tau, b] \subset U_{\beta}.$ D’autre part, comme $b-\tau$ est strictement inférieur à $b$ qui est le plus petit majorant de $E\comma$ $b-\tau$ n’est pas un majorant de $E.$ Donc il existe $f\in E$ tel que $b-\tau \lt f \leq b.$ Il existe une partie finie $K$ de $I$ telle que :

[a,f]\subset \bigcup_{i\in K} U_i.

Or, $[f,b]\subset [b-\tau, b]\subset U_{\beta}.$ Du coup :

[a,b]\subset \bigcup_{i\in K\cup\{\beta\}} U_i.

Comme la partie $K\cup \{\beta\}$ est finie et est incluse dans $I\comma$ vous avez démontré que $[a,b]$ admet bien un sous-recouvrement fini.

399. Trouvez la décomposition LU d’une matrice avec des opérations élémentaires

Soit $A$ la matrice réelle définie par :

A=\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\4 & 13 & 1\\ -2 & -10 & -7\end{pmatrix}.

Il s’agit d’utiliser un procédé algorithmique qui permettra de mettre $A$ sous la forme $LU.$

Vous allez utiliser le fait que multiplier une matrice à gauche par une matrice élémentaire, c’est lui faire subir une opération élémentaire sur ses lignes. De même, la multiplication à droite par une matrice élémentaire produit une opération élémentaire sur les colonnes de la matrice de départ.

Faites apparaître un premier zéro

Afin de supprimer le $4$ qui est présent à la deuxième ligne et à la première colonne de la matrice $A\comma$ vous effectuez l’opération élémentaire $L_2\leftarrow L_2-2L_1.$ Vous obtenez la matrice suivante :

A_1=\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ -2 & -10 & -7\end{pmatrix}.

Vous remarquez que, pour passer de $A_1$ à la matrice $A\comma$ il vous suffit d’effectuer l’opération élémentaire réciproque, à savoir $L_2\leftarrow L_2+2L_1.$ Or, effectuer cette opération élémentaire sur $A_1\comma$ c’est la multiplier à gauche par la matrice élémentaire définie par :

E_1 = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ 0 & 0 & 1\end{pmatrix}.

À ce stade vous avez :

A = E_1A_1 = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ 0 & 0 & 1\end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ -2 & -10 & -7\end{pmatrix}.

Faites apparaître un deuxième zéro

La matrice $A_1$ possède un coefficient égal à $-2$ à sa troisième ligne et à sa première colonne. Pour que celui-ci devienne $0\comma$ vous appliquez à la matrice $A_1$ l’opération élémentaire $L_3\leftarrow L_3+L_1.$

Vous posez :

E_2= \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\0 & 1 & 0\\ 1 & 0 & 1\end{pmatrix}.

Ainsi :

\begin{align*}
E_2A_1 &= \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\0 & 1 & 0\\ 1 & 0 & 1\end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ -2 & -10 & -7\end{pmatrix}\\
&=\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ 0 & -3 & -6\end{pmatrix}.
\end{align*}

Vous posez alors :

A_2 = E_2A_1 = \begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ 0 & -3 & -6\end{pmatrix}.

Pour obtenir la matrice $A$ avec la matrice $E_2\comma$ vous utilisez le fait que $E_2$ est inversible et vous écrivez :

\begin{align*}
A &= E_1(E_2^{-1}E_2)A_1\\
&= (E_1E_2^{-1})(E_2A_1)\\
&= (E_1E_2^{-1})A_2.
\end{align*}

Il reste à calculer le produit $E_1E_2^{-1}.$ Or, $E_2^{-1}$ se déduit de $E_2$ en considérant l’opération élémentaire réciproque, d’où :

E_2^{-1} = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\0 & 1 & 0\\ -1 & 0 & 1\end{pmatrix}.

La matrice $E_1$ est multipliée à droite par la matrice $E_2^{-1}\comma$ donc $E_1$ subit l’opération élémentaire $C_1\leftarrow C_1-C_3.$ Donc :

E_1E_2^{-1} = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ -1 & 0 & 1\end{pmatrix}.

À cette étape, vous avez obtenu :

A = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ -1 & 0 & 1\end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ 0 & -3 & -6\end{pmatrix}.

Concluez

La matrice $\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ 0 & -3 & -6\end{pmatrix}$ va subir l’opération élémentaire $L_3\leftarrow L_3-3L_2.$

Quant à la matrice $\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ -1 & 0 & 1\end{pmatrix}\comma$ elle subit l’opération élémentaire $C_2\leftarrow C_2+3C_3.$

Suivant la même méthode que précédemment, vous avez :

\begin{align*}
A &= \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ -1 & 0 & 1\end{pmatrix}
\left[\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\0 & 1 & 0\\ 0 & 3 & 1\end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\0 & 1 & 0\\ 0 & -3 & 1\end{pmatrix}\right]\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ 0 & -3 & -6\end{pmatrix}\\
&= \left[\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ -1 & 0 & 1\end{pmatrix}
\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\0 & 1 & 0\\ 0 & 3 & 1\end{pmatrix}\right]\left[\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\0 & 1 & 0\\ 0 & -3 & 1\end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ 0 & -3 & -6\end{pmatrix}\right]\\
&= \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\2 & 1 & 0\\ -1 & 3 & 1\end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 & 7 & 1 \\0 & -1 & -1\\ 0 & 0 & -3\end{pmatrix}.
\end{align*}

La matrice $A$ est le produit d’une matrice triangulaire inférieure, ne comportant que des $1$ sur sa diagonale principale, par une matrice triangulaire supérieure. $A$ a été mise sous la forme $LU.$

398. Un endomorphisme est diagonalisable, si et seulement si, il est annulé par un polynôme scindé à racines simples

L’objectif de cet article est d’établir un critère de diagonalisabilité d’un endomorphisme avec des polynômes. La démonstration proposée utilise la notion de sous-espace invariant dans la deuxième partie.

Le premier sens : quand $u$ est diagonalisable, explicitez un polynôme annulateur de $u$ qui soit scindé à racines simples

Soit $\K$ un corps commutatif et soit $E$ un $\K$-espace vectoriel de dimension finie $n\geq 1.$ Soit $u$ un endomorphisme de $E$ supposé diagonalisable.

Alors $E$ est muni d’une base de vecteurs propres de $u.$ Autrement dit, il existe une base $(v_1, \dots, v_n)$ de $E$ telle que pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket\comma$ $v_i$ est un vecteur propre de $u.$

Pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket\comma$ le vecteur propre $v_i$ est associé à une valeur propre $\lambda_i.$ Ainsi :

\forall i\in\llbracket 1, n\rrbracket, \exists \lambda_i\in\K, u(v_i) = \lambda_i v_i.

Les valeurs propres $\lambda_i\comma$ quand $i$ décrit l’intervalle $\llbracket 1, n\rrbracket$ ne sont pas nécessairement deux à deux distinctes. Vous considérez l’ensemble $S = \{\lambda_i, i\in\llbracket 1, n\rrbracket\}.$ L’ensemble $S$ est fini et non vide, ce qui permet de poser :

P(X) = \prod_{\lambda \in S} (X-\lambda).

Vous constatez que $P$ est un polynôme de $\K[X]$ qui est scindé à racines simples. Reste à démontrer qu’il annule l’endomorphisme $u.$

Soit $i\in\llbracket 1, n\rrbracket.$

Comme $u(v_i) = \lambda_i v_i\comma$ vous avez $P(u)(v_i) = P(\lambda_i) v_i.$ Or, $\lambda_i \in S$ donc $\lambda_i$ est une racine de $P$ d’où $P(\lambda_i) = 0$ et par suite $P(u)(v_i)$ est le vecteur nul de $E.$

Vous avez montré que :

\forall i\in\llbracket 1, n\rrbracket, P(u)(v_i) = 0.

Soit maintenant $x$ un vecteur quelconque de $E.$ Comme $(v_1, \dots, v_n)$ est une base de $E\comma$ il existe $(x_1, \dots x_n)\in \K^n$ tel que :

x = \sum_{i=1}^{n}x_i v_i.

Par linéarité de l’endomorphisme $P(u)$ il vient :

\begin{align*}
P(u)(x) &= \sum_{i=1}^{n}x_i\cdot P(u)(v_i)\\
&= \sum_{i=1}^{n}x_i \cdot 0\\
&=0.
\end{align*}

Donc :

\forall x\in E, P(u)(x) = 0.

Cela prouve que $P(u)$ est l’endomorphisme nul : $P(u) = \mathbf{0}.$ Autrement dit, $u$ est annulé par $P$ qui est scindé à racines simples.

Le sens réciproque : quand $u$ est annulé par un polynôme à racines simples, utilisez une récurrence forte sur la dimension de l’espace $E$

Vous allez procéder par récurrence forte. Soit $\K$ un corps commutatif. Pour tout entier $n\geq 1$ vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété suivante : « pour tout $\K$-espace vectoriel $E$ de dimension finie $n$ et pour tout endomorphisme de $E\comma$ si $u$ est annulé par un polynôme scindé à racines simples de $\K[X]$, alors $u$ est diagonalisable. »

Initialisation. Soient $E$ un $\K$-espace vectoriel de dimension $1$ et $u$ un endomorphisme de $E.$ Tout d’abord, $E$ admet un base $(e)$ qui ne contient qu’un seul vecteur $e\in E.$ Comme $u$ est un endomorphisme de $E$ vous avez $u(e)\in E.$ Comme $(e)$ est une base de $E$ il existe $\lambda\in\K$ tel que $u(e) = \lambda e.$ Comme la famille $(e)$ est libre, le vecteur $e$ est non nul. Donc $\lambda$ est une valeur propre de $u.$ Vous constatez que la base $(e)$ est une famille de vecteurs propres de $u$ donc $u$ est bien diagonalisable. Ainsi, la propriété $\mathscr{P}(1)$ est vérifiée.

Note. Il n’a pas été nécessaire de supposer ici que $u$ est annulé par un polynôme scindé à racines simples.

Hérédité. Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $1.$ Supposez que, pour tout entier $k\in\llbracket 1, n\rrbracket\comma$ la propriété $\mathscr{P}(k)$ est vraie. Soit $E$ un $\K$-espace vectoriel de dimension $n+1$ et soit $u$ un endomorphisme de $E$ qui soit annulé par un polynôme scindé à racines simples dans $\K[X]$. Ce polynôme est noté $P.$

La première étape va consister à démontrer que $u$ possède au moins une valeur propre.

Puisque $P$ est scindé à racines simples, il existe un entier $d\geq 1$ et $d$ éléments de $\K$ deux à deux distincts, notés $\lambda_1, \dots, \lambda_d$ et un élément $c\in\K$ non nul tel que :

P(X) = c\prod_{i=1}^{d} (X-\lambda_i).

Par commodité, vous noterez $\mathbf{0}$ l’endomorphisme nul. Quand vous substituez l’endomorphisme $u\comma$ vous obtenez :

\mathbf{0} = c\prod_{i=1}^{d} (u-\lambda_i \mathrm{Id}_E) = c(u-\lambda_1\mathrm{Id}_E)\circ\cdots \circ (u-\lambda_d\mathrm{Id}_E).

Note. Le produit d’endomorphismes est effectué avec l’opération de composition.

Supposez que, pour tout entier $i\in\llbracket 1, d\rrbracket\comma$ l’endomorphisme $u-\lambda_i \mathrm{Id}_E$ soit inversible. Alors, en composant à gauche par $(u-\lambda_d\mathrm{Id}_E)^{-1}\circ\cdots \circ (u-\lambda_1\mathrm{Id}_E)^{-1}$ vous déduisez :

\begin{align*}
\mathbf{0} &= c (u-\lambda_d\mathrm{Id}_E)^{-1}\circ\cdots \circ (u-\lambda_1\mathrm{Id}_E)^{-1} \circ (u-\lambda_1\mathrm{Id}_E)\circ\cdots \circ (u-\lambda_d\mathrm{Id}_E)\\
\mathbf{0} &=c \mathrm{Id}_E\\
\mathbf{0} &= \mathrm{Id}_E.
\end{align*}

Comme $E$ est de dimension strictement positive, il existe un vecteur non nul $e\in E.$

Alors en évaluant l’égalité précédente en $e$ il vient :

\begin{align*}
&\mathbf{0}(e) = \mathrm{Id}_E(e)\\
&0 = e.
\end{align*}

Vous obtenez une contradiction.

Donc il existe $\lambda\in\{\lambda_i, i\in\llbracket 1, d\rrbracket\}$ tel que $u-\lambda \mathrm{Id}_E$ n’est pas inversible. Par le théorème du rang, cela signifie que $\ker (u-\lambda \mathrm{Id}_E) \neq \{0\}\comma$ donc $\lambda$ est valeur propre de $u.$

Si la dimension de $\ker (u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ est égale à $n+1\comma$ alors tout vecteur de $E$ appartient à $\ker (u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ et donc $u = \lambda \mathrm{Id}_E.$ En choisissant n’importe quelle base de $E$ vous obtenez une base de vecteurs propres de $E.$

Si la dimension de $\ker (u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ n’est pas égale à $n+1\comma$ alors $\dim \ker (u-\lambda \mathrm{Id}_E) \in\llbracket 1, n\rrbracket.$ Dans ce cas précis, vous allez démontrer que le sous-espace $\im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ est un supplémentaire de $\dim \ker (u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ et qu’il est stable par $u.$

Soit $y\in \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$ Il existe $z \in E$ tel que :

y = u(z)-\lambda z.

Alors :

\begin{align*}
u(y) &= u(u(z)) - \lambda u(z)\\
&= (u-\lambda \mathrm{Id}_E)(u(z)).
\end{align*}

Du coup, $u(y)\in \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$

Ainsi :

\forall y\in \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E), u(y)\in \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E).

Le sous-espace $\im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ est stable par $u.$

Par le théorème du rang, vous avez :

\dim \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E) + \dim \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E) = n+1.

Vous allez montrer que la somme $\ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E) + \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ est directe.

Soit $x\in \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E) \cap \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$

Vous avez :

\left\{\begin{align*}
&u(x) = \lambda x \\
&\exists y\in E, x=u(y)-\lambda y.
\end{align*}
\right.

Comme $\lambda$ est une racine de $P\comma$ il existe un polynôme $Q\in\K[X]$ tel que $P(X) = (X-\lambda)Q(X).$ Notez que $Q$ ne peut admettre $\lambda$ pour racine, sinon il serait factorisable par $X-\lambda$ et $P$ serait factorisable par $(X-\lambda)^2$ ce qui contredirait que $P$ est scindé à racines simples. Donc $Q(\lambda)\neq 0.$

Vous calculez le vecteur $Q(u)(x)$ comme suit :

Q(u)(x) = (Q(u) \circ (u-\lambda \mathrm{Id}_E)) (y)

Comme $P(X) = (X-\lambda)Q(X)\comma$ en substituant l’endomorphisme $u$ et en utilisant la commutation des puissances de $u$ vous obtenez :

\mathbf{0} = P(u) = Q(u) \circ (u-\lambda \mathrm{Id}_E).

Du coup $Q(u)(x) = 0.$ Comme $u(x) = \lambda x\comma$ vous déduisez $Q(u)(x) = Q(\lambda)x\comma$ puis $Q(\lambda)x = 0.$ Comme $Q(\lambda)$ est non nul, il vient $x=0.$

Il a été prouvé que la somme $\dim \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E) + \dim \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ est directe :

E =\dim \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E) \oplus \dim \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E).

Remarquez que $\dim \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E) = n+1 – \dim \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$ Comme $\dim \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E) \in \llbracket 1, n\rrbracket$ vous déduisez $\dim \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E) \in \llbracket 1, n\rrbracket.$

Vous notez $v$ l’endomorphisme de $\im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ défini par :

\forall x\in \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E) , v(x) = u(x).

L’endomorphisme $v$ est la restriction de l’endomorphisme $u$ au sous-espace stable $\im(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$

L’hypothèse de récurrence forte s’applique à l’endomorphisme $v.$ En effet, la dimension de $ \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E) $ est comprise entre $1$ et $n.$ De plus, $v$ est annulé un polynôme scindé à racines simples (le polynôme $P$.)

En effet, vous avez l’égalité :

\forall x\in E, P(u)(x) = 0.

Du coup :

\left\{\begin{align*}
&\forall x\in \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E) , P(u)(x) = 0 \\
&\forall x\in \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E) , P(v)(x) = 0.
\end{align*}
\right.

Donc l’endomorphisme $v$ est diagonalisable.

Il existe une base $\mathscr{B}$ de $\im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ constituée de vecteurs propres de $v.$ Comme $v$ et $u$ coïncident sur $\im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ vous déduisez que $\mathscr{B}$ est une famille libre de $E$ constituée de vecteurs propres de $u.$ Le nombre d’éléments de $\mathscr{B}$ est égal à la dimension de $\im(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$

Notez $\mathscr{W}$ une base de $\ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$ Tous les vecteurs de cette base sont non nuls, puisqu’une base est une famille libre, et que toute famille libre ne contient pas le vecteur nul. Puisque $\forall x\in \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E), u(x) = \lambda x\comma$ tous les vecteurs de $\mathscr{W}$ sont des vecteurs propres de $u.$ Le nombre d’éléments de $\mathscr{W}$ est égal à la dimension de $\ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E).$

Comme la somme $E =\dim \ker(u-\lambda \mathrm{Id}_E) \oplus \dim \im(u-\lambda \mathrm{Id}_E)$ est directe, la réunion des familles $\mathscr{B} \cup \mathscr{W}$ est une famille libre de $E$ qui contient exactement $n+1$ vecteurs de $E$ donc c’est une base de $E.$ Tout vecteur de la famille $\mathscr{B} \cup \mathscr{W}$ étant un vecteur propre de $u\comma$ il en résulte que $u$ est diagonalisable.

La propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est ainsi vérifiée.

Concluez

Soit $\K$ un corps commutatif et soit $E$ un $\K$-espace vectoriel de dimension finie $n\geq 1.$ Soit $u$ un endomorphisme de $E.$ Alors $u$ est diagonalisable, si et seulement si, il est annulé par un polynôme de $\K[X]$ scindé à racines simples.

397. Le théorème de Bolzano-Weierstrass

Très connu sous la version suivante « de toute suite réelle bornée, on peut extraire une sous-suite convergente » (vous trouverez une démonstration de ce résultat dans le contenu rédigé dans l'article 396), le théorème de Bolzano-Weierstrass admet une version équivalente que vous allez démontrer directement, à savoir : toute partie $A$ infinie et bornée de $\R$ admet au moins un point d’accumulation.

Soit $A$ une partie infinie et bornée de $\R.$ Il existe un réel $m$ et un réel $M$ tels que :

\forall a\in A, m\leq a \leq M.

Mobilisez deux notions importantes

Point d’accumulation

Par définition, la partie $A$ de $\R$ admet un point d’accumulation, si et seulement si, il existe un nombre réel $u$ tel que, pour tout $\varepsilon > 0\comma$ il existe un élément $a\in A$ distinct de $u$ vérifiant $u-\varepsilon \leq a \leq u+\varepsilon.$

Quasi-majorant

Un réel $x$ sera qualifié de quasi-majorant de $A\comma$ si et seulement si, les éléments de $A$ qui sont supérieurs ou égaux à $x$ sont en nombre fini. Autrement dit, $x$ est un quasi-majorant de $A\comma$ si et seulement si, l’ensemble $\{a\in A, a\geq x\}$ est fini.

Montrez que l’ensemble des quasi-majorants de $A$ admet une borne inférieure $\beta$

Soit $B$ l’ensemble des quasi-majorants de la partie $A.$

Comme $\forall a\in A, a\leq M\comma$ le réel $M$ est un majorant de $A.$

Si $a$ est un élément de $A$ supérieur ou égal à $M$ vous avez $a\geq M$ et $a\leq M$ donc $a=M.$

Par conséquent vous avez l’inclusion suivante :

\{a\in A, a\geq M\} \subset \{M\}.

L’ensemble $\{a\in A, a\geq M\}$ est donc fini, ce qui prouve que $M$ est un quasi-majorant de $A.$

Comme $M\in B\comma$ l’ensemble $B$ est non vide.

Soit $b$ un élément de $B\comma$ c’est-à-dire un quasi-majorant de $A.$ L’ensemble $\{a\in A, a\geq b\}$ est fini. Comme $A$ est infini, il existe un réel $a_0\in A$ tel que $a_0\notin \{a\in A, a\geq b\}.$ Donc $a_0 < b.$ Comme $m$ est un minorant de $A\comma$ vous avez $m\leq a_0$ et par transitivité $m\leq b.$

Vous avez montré que :

\forall b\in B, m\leq b.

L’ensemble $B$ est minoré par $b.$

Comme $B$ est une partie non vide de $\R$ qui est minorée, elle admet une borne inférieure que vous noterez $\beta.$

Note. Le réel $\beta$ est aussi appelé limite supérieure de l’ensemble $A\comma$ il est courant de le noter $\overline{\lim} A.$

Montrez que $\beta$ est un point d’accumulation de $A$

Pour le réel $\beta\comma$ deux cas se présentent.

Le réel $\beta$ n’appartient pas à $B$

Dans ce cas, $\beta$ n’est pas un quasi-majorant de $A$ donc l’ensemble $V=\{a\in A, a\geq \beta\}$ est infini.

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif.

D’une part, le réel $\beta$ est le plus grand des minorants de $B.$ Le réel $\beta+\varepsilon$ est strictement plus grand que le plus grand des minorants de $B.$ Donc $\beta+\varepsilon$ n’est pas un minorant de $B.$ Donc il existe un élément $b\in B\comma$ quasi-majorant de $A\comma$ tel que $b <\beta+\varepsilon.$

D’autre part, $\beta$ minore $B$ et $b\in B$ donc $\beta \leq b.$ Si l’égalité $\beta = b$ était satisfaite, vous auriez $\beta \in B$ ce qui est absurde. Donc $\beta < b.$

Or, vous avez l’inclusion :

V \subset \{\beta\}\cup \{a\in A, \beta < a <b\} \cup \{a\in A, a\geq b\}.

Si l’ensemble $\{a\in A, \beta < a <b\}$ était fini, alors $V$ serait fini aussi, ce qui est absurde. Donc $\{a\in A, \beta < a <b\}$ est infini. Vous en déduisez qu’il est non vide, donc il existe $a_0\in A$ tel que $\beta < a_0 < b.$ Or, $b<\beta+\varepsilon$ d’où $\beta < a_0 < \beta+\varepsilon.$

Ainsi il a été montré que :

\forall \varepsilon > 0, \exists a\in A, \beta < a <\beta+\varepsilon.

Le réel $\beta$ appartient à $B$

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif.

Si le réel $\beta – \varepsilon$ était un élément de $B\comma$ vous auriez $\beta \leq \beta – \varepsilon$ compte tenu du fait que $\beta$ est un minorant de $B\comma$ ce qui est absurde. Donc $\beta-\varepsilon$ n’appartient pas à $B.$ Cela signifie que l’ensemble $W = \{a\in A, a\geq \beta-\varepsilon \}$ est infini.

Comme $\beta\in B\comma$ le réel $\beta$ est un quasi-majorant de $A$ donc l’ensemble $\{a\in A, a\geq \beta\}$ est fini.

Or, vous avez l’inclusion suivante :

W\subset \{\beta - \varepsilon\}\cup \{a\in A, \beta - \varepsilon < a < \beta\} \cup \{a\in A, a\geq \beta\}.

Si l’ensemble $\{a\in A, \beta – \varepsilon < a < \beta\}$ était fini, alors $W$ serait fini, ce qui est absurde. Donc l’ensemble $\{a\in A, \beta – \varepsilon < a < \beta\}$ est infini, en particulier, il est non vide.

Vous avez montré que :

\forall \varepsilon > 0, \exists a\in A, \beta-\varepsilon<a<\beta.

Concluez

De la section précédente, vous déduisez que, pour tout réel $\varepsilon$ strictement positif, il existe un élément $a\in A$ tel que $a\in ]\beta-\varepsilon, \beta+\varepsilon[\setminus \{a\}.$ Autrement dit, $\beta$ est un point d’accumulation de l’ensemble $A.$

La version « point d’accumulation » du théorème de Bolzano-Weierstrass est démontrée.

Prolongement

Pourriez-vous démontrer que les deux énoncés du théorème de Bolzano-Weierstrass sont équivalents ? À savoir que « toute suite réelle bornée admet une suite extraite convergente » équivaut à « toute partie infinie et bornée de $\R$ admet au moins un point d’accumulation » ?

396. Le critère de Cauchy pour les suites réelles

Soit $(u_n)_{n\geq 0}$ une suite réelle, telle que :

\forall \varepsilon>0, \exists N\in\N, \forall n\geq N, \forall p\in\N, \vert u_n-u_{n+p}\vert \leq \varepsilon. 

Une telle suite, lorsqu’elle satisfait cet énoncé, vérifie ce qui appelé le critère de Cauchy. Vous allez démontrer qu’elle est convergente.

Démontrez que la suite $(u_n)_{n\geq 0}$ est bornée

En choisissant $\varepsilon =1$ vous déduisez qu’il existe un entier naturel $N$ tel que :

\forall n\geq N, \forall p\in\N, \vert u_n-u_{n+p}\vert \leq 1.

En choisissant $n=N$ vous déduisez, en particulier, que :

\forall p\in\N, \vert u_N-u_{N+p}\vert \leq 1.

Vous posez alors $M = 1+\max\{\vert u_i\vert, i\in\llbracket 0, N\rrbracket\}.$

Soit $n$ un entier naturel.

Si $n > N$, alors vous posez $p = n-N$ qui est en entier naturel. Par inégalité triangulaire :

\begin{aligned}
\vert u_n \vert &\leq \vert u_{N+p}\vert\\
&\leq \vert u_{N+p}-u_N\vert + \vert u_N\vert \\
&\leq 1 + \vert u_N\vert\\
&\leq 1 + \max\{\vert u_i\vert, i\in\llbracket 0, N\rrbracket\}\\
&\leq M.
\end{aligned}

Si $n\leq N$ alors vous avez :

\begin{align*}
\vert u_n\vert &\leq \max\{\vert u_i\vert, i\in\llbracket 0, N\rrbracket\}\\
&\leq 1+ \max\{\vert u_i\vert, i\in\llbracket 0, N\rrbracket\}\\
&\leq M.
\end{align*}

Ainsi, pour tout entier naturel $n$ vous avez $\vert u_n\vert \leq M.$

La suite $(u_n)_{n\geq 0}$ est bornée.

Construisez une extractrice $\varphi$ de sorte que la suite $(u_{\varphi(n)})_{n\geq 0}$ soit convergente

Vous introduisez la notion d’entier culminant. Un entier naturel $n$ sera dit culminant, si et seulement si, tous les termes de la suite $(u_m)_{m\geq n+1}$ sont strictement inférieurs au réel $u_n.$

Soit $A$ l’ensemble des entiers culminants. Deux cas se présentent.

L’ensemble des points culminants est infini

Si $A$ est infini, il existe une infinité d’entiers naturels appartenant à $A\comma$ notés $n_0, n_1,n_2\dots$ de sorte que $n_0<n_1<n_2<\dots.$ Autrement dit, pour tout entier naturel $k\comma$ il existe une suite $(n_k)_{k\geq 0}$ strictement croissante telle que pour tout $k\in\N, n_k\in A.$ Or, si $k$ est un entier naturel, $n_k$ est culminant. Comme $n_{k+1}> n_k$ vous avez $u_{n_{k+1}}< u_{n_k}.$

Pour tout entier naturel $k\comma$ vous posez $\varphi(k) = n_k.$ La fonction $\varphi$ est une application de $\N$ dans $\N$ qui est strictement croissante, c’est une extractrice. La suite $(u_{\varphi(n)})_{n\geq 0}$ est décroissante. Comme la suite $(u_m)_{m\geq 0}$ est bornée, elle est minorée. Du coup, la suite $(u_{\varphi(n)})_{n\geq 0}$ est décroissante et minorée, donc convergente.

L’ensemble des points culminants est fini

Si $A$ est fini, soit il est vide, soit il possède un plus grand élément. Il existe donc un entier naturel $N$ tel que $\forall n\geq N, n\notin A.$ Vous posez $\varphi(0) = N$ et $\varphi(0)$ n’est pas culminant. Donc il existe un entier $\varphi(1)>\varphi(0)$ tel que $u_{\varphi(1)} \geq u_{\varphi(0)}.$

Soit $k$ un entier naturel non nul. Supposez que vous ayez construit des entiers naturels $\varphi(0),\dots,\varphi(k)$ tels que :

\begin{align*}
&N\leq \varphi(0)<\cdots<\varphi(k)\\
&u_{\varphi(0)}\leq  \cdots \leq u_{\varphi(k)}.
\end{align*}

Comme $\varphi(k)\geq N\comma$ vous avez $\varphi(k)\notin A\comma$ donc $\varphi(k)$ n’est pas culminant. Donc il existe un entier naturel $\varphi(k+1)> \varphi(k)$ tel que $u_{\varphi(k)} \leq u_{\varphi(k+1)}.$

Vous avez donc montré par récurrence qu’il existe une suite d’entiers naturels $(\varphi(k))_{k\geq 0}$ strictement croissante, telle que la suite $(u_{\varphi(k)})_{k\geq 0}$ soit croissante. Au passage, vous constatez que vous avez défini une application $\varphi$ de $\N$ dans $\N$ qui est strictement croissante, donc $\varphi$ est une extractrice. Or, comme la suite $(u_m)_{m\geq 0}$ est bornée, elle est majorée. Du coup, la suite $(u_{\varphi(n)})_{n\geq 0}$ est croissante et majorée, donc convergente.

Note. Vous avez dans cette section démontré le théorème de Bolzano-Weierstrass, qui précise que de toute suite réelle bornée, on peut extraire une sous-suite convergente. Compte tenu de son importance, le choix de présenter une démonstration de ce résultat a été suivi.

Note. Il est également possible de démontrer une version différente de ce théorème, avec l’utilisation de la notion de quasi-majorant. Vous êtes invité à lire le contenu rédigé dans l'article 397 pour en savoir davantage.

Montrez que la suite $(u_n)_{n\geq 0}$ est convergente

D’après la section précédente, il existe une extractrice $\varphi$ et un réel $\ell$ tel que la suite $(u_{\varphi(n)})_{n\geq 0}$ converge vers $\ell.$

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif. Comme la suite $(u_n)_{n\geq 0}$ vérifie le critère de Cauchy, il existe un entier naturel $N$ tel que, pour tout $n\geq N$ et pour tout $p\in\N\comma$ vous ayez $\vert u_n – u_{n+p}\vert \leq \varepsilon.$ Vous en déduisez que quel que soit $n\geq N$ et quel que soit $m\geq N\comma$ vous avez $\vert u_n – u_m\vert \leq \varepsilon.$

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $N\comma$ fixé.

Soit $p$ un entier naturel. $\varphi$ étant une extractrice, vous avez $\forall m\in\N, \varphi(m)\geq m.$ En particulier, $\varphi(n+p) \geq n+p \geq n \geq N.$ Comme $n$ et $\varphi(n+p)$ sont supérieurs ou égaux à $N\comma$ vous avez :

\vert u_n - u_{\varphi(n+p)}\vert \leq \varepsilon

Donc :

\forall p\in\N, \vert u_n - u_{\varphi(n+p)}\vert \leq \varepsilon.

Cette inégalité étant vraie pour tout entier naturel $p\comma$ vous faites tendre $p$ vers $+\infty.$

Comme $\lim_{p\to +\infty} u_{\varphi(p)} = \ell\comma$ et comme $\lim_{p\to +\infty} n+p = +\infty\comma$ vous avez aussi $\lim_{p\to +\infty} u_{\varphi(n+p)} = \ell$ par composée. Du coup, vous avez obtenu :

\vert u_n - \ell\vert \leq \varepsilon.

La suite $(u_n)_{n\geq 0}$ est bien convergente.

395. Le critère de Cauchy pour les fonctions HK-intégrables

Dans ce contenu, vous fixez deux réels $a$ et $b$ tels que $a<b$ et vous considérez une fonction $f$ définie sur le segment $[a,b]\comma$ à valeurs réelles.

Le terme jauge désigne une fonction définie sur $[a,b]$ à valeurs réelles strictement positives.

On appelle partition de $[a,b]$ tout ensemble $P$ de la forme :

P = \{(x_1,[a_0, a_1]), \dots, (x_m, [a_{m-1},a_m])\}

qui vérifie :

\left\{\begin{align*}
&\forall i\in\llbracket 0, m\rrbracket, a_i\in[a,b]\\
&\forall i\in\llbracket 1, m\rrbracket, x_i\in [a_{i-1},a_i]\\
&a_0 = a\\
&a_m = b.
\end{align*}
\right.

Pour une telle partition, vous notez $S(P)$ la somme de Riemann associée qui est égale à :

S(P)= \sum_{i=1}^m f(x_i)(x_i-x_{i-1}).

Si $\delta$ est une jauge, la partition $P$ est dite $\delta$-fine, si et seulement si :

\forall i\in\llbracket 1, m\rrbracket, [a_{i-1},a_i]\subset [x_i-\delta(x_i), x_i+\delta(x_i)].

Montrez que si $f$ est HK-intégrable, elle vérifie le critère de Cauchy

Fixez un réel $\varepsilon$ qui soit strictement positif. La fonction $f$ étant HK-intégrable, il existe une jauge $\delta$ telle que pour tout partition $P$ qui soit $\delta$-fine :

\lvert S(P) - I\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}.

Soient $P$ et $Q$ deux partitions qui sont $\delta$-fines. Alors, par inégalité triangulaire :

\begin{align*}
\lvert S(P) - S(Q)\rvert &\leq  \lvert S(P) - I  \rvert + \lvert I-S(Q)\rvert\\
&\leq \frac{\varepsilon}{2}+\frac{\varepsilon}{2}\\
&\leq \varepsilon.
\end{align*}

Ainsi la fonction $f$ vérifie le critère de Cauchy.

Réciproquement, montrez que si $f$ vérifie le critère de Cauchy, alors elle est HK-intégrable

Supposez que $f$ vérifie le critère de Cauchy, c’est-à-dire que, pour tout $\varepsilon>0\comma$ il existe une jauge $\delta$ de sorte que quelles que soient les partitions $P$ et $Q$ qui soient $\delta$-fines vous ayez :

\lvert S(P) - S(Q)\lvert \leq \varepsilon.

Avant de montrer que $f$ est HK-intégrable, vous vous attachez à définir une suite de partitions dont les sommes de Riemann vont converger vers un réel.

Vous commencez en déduisant, en particulier, que pour tout entier naturel $n$ non nul, il existe une jauge $\delta_n$ de sorte que quelles que soient les partitions $P$ et $Q$ qui soient $\delta_n$-fines vous ayez :

\lvert S(P) - S(Q)\lvert \leq \frac{1}{n}.

Pout tout entier naturel $n$ non nul, vous définissez une jauge $\tau_n$ par :

\forall x\in[a,b], \tau_n(x) = \min\{\delta_i(x), i\in\llbracket 1, n\rrbracket\}.

Or, pour tout entier naturel $n$ non nul, il existe une partition $P_n$ qui soit $\tau_n$-fine, ceci résultant du lemme de Cousin.

Soit $n$ un entier naturel non nul et $p$ un entier naturel. La partition $P_{n+p}$ est $\tau_{n+p}$-fine. Or, pour tout réel $x\in[a,b], \tau_{n+p}(x) \leq \tau_n(x)\leq delta_n(x)\comma$ donc $P_{n+p}$ est aussi $\delta_n$-fine. Comme $P_n$ est elle-même $\tau_n$-fine donc $\delta_n$-fine, vous déduisez :

\lvert S(P_n) - S(P_{n+p})\lvert \leq \frac{1}{n}.

Ainsi, la suite $(S(P_n))_{n\geq 1}$ est une suite de réels qui est de Cauchy, donc elle converge. Une démonstration de ce résultat est explicitée dans le contenu rédigé dans l'article 396. Il existe un réel $I$ tel que :

\lim_{n\to +\infty} S(P_n) = I.

Ces résultats préliminaires étant acquis, vous possédez les outils pour montrer que $f$ est HK-intégrable.

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif. Vous posez $N = \left\lfloor \frac{1}{\varepsilon} \right\rfloor + 1$ de sorte que $N\in\N$ et $N> \frac{1}{\varepsilon}$ d’où $\frac{1}{N}\leq \varepsilon.$

Pour cet entier $N\comma$ il existe une jauge $\delta_N$ de sorte que quelles que soient les partitions $P$ et $Q$ qui soient $\delta_N$-fines, vous ayez :

\lvert S(P) - S(Q)\lvert \leq \frac{1}{N}\leq \varepsilon.

Soit $P$ une partition qui soit $\delta_N$-fine.

Pour tout entier naturel $p$, la partition $P_{N+p}$ est $\tau_{N+p}$-fine donc $\delta_N$-fine. Il en résulte que :

\forall p\in\N, \lvert S(P) - S(P_{N+p})\lvert \leq \varepsilon.

Or :

\lim_{p\to +\infty} S(P_{N+p}) = I

En faisant tendre $p$ vers $+\infty$ dans l’inégalité précitée il vient :

\lvert S(P) - I\lvert \leq \varepsilon.

Donc $f$ est bien HK-intégrable.

Prolongement

En utilisant les propriétés des nombres réels, pourriez-vous démontrer le lemme de Cousin, qui affirme que pour toute jauge $\delta\comma$ il existe au moins une partition $P$ de $[a,b]$ qui soit $\delta$-fine ?

394. Une équation différentielle satisfaite par les polynômes de Legendre

Vous définissez une suite de polynômes de la façon suivante :

\forall n\in \N, \mathscr{P}_n(X) =\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].

L’objectif de ce contenu est de démontrer que, pour tout entier naturel $n\comma$ l’équation différentielle suivante est vérifiée par les polynômes précédents :

(X^2-1)\mathscr{P}_n^{\pprime}(X)+2X\mathscr{P}_n^{\prime}(X)-n(n+1)\mathscr{P}_n(X) = 0.

Il sera utile de définir, pour tout entier naturel $n\comma$ le polynôme $P_n$ par :

P_n(X) = (X^2-1)^n.

Le point clé va être de démontrer d’abord que $P_n$ est solution d’une équation différentielle. Puis, en dérivant un certain nombre de fois, cette équation différentielle permettra de déterminer celle vérifiée par $\mathscr{P}_n.$

Montrez que $P_n$ est solution d’une équation différentielle

Soit $n\in\NN.$ Vous dérivez le polynôme $P_n$ ce qui fournit :

\begin{align*}
P_n^{\prime}(X) &= n(X^2-1)^{n-1}\times 2X\\
&=2nX(X^2-1)^{n-1}.
\end{align*}

En multipliant par $X^2-1$ vous obtenez :

(X^2-1)P_n^{\prime}(X) = 2nX(X^2-1)^n.

Ainsi le polynôme $P_n$ réapparaît et vous en tirez que :

\boxed{\forall n\in\NN, (X^2-1)P_n^{\prime}(X) = 2nXP_n(X).}

Utilisez la formule de Leibniz une première fois

Soit $n\in\NN.$ Le membre de gauche l’égalité précédente est un produit formé par $X^2-1$ multiplié par $P_n^{\prime}(X).$ Pour faire apparaître le début $(X^2-1)\mathscr{P}_n^{\pprime}(X)$ de l’équation différentielle préconisée, il convient de dériver $P_n$ exactement $n+2$ fois. Cela revient à dériver $P_n^{\prime}$ exactement $n+1$ fois comme le montre ce qui suit :

\begin{align*}
\mathscr{P}_n^{\pprime}(X) &=\frac{\mathrm{d}^{n+2}}{\mathrm{d}X^{n+2}}\left[(X^2-1)^n\right] \\
&=\frac{\mathrm{d}^{n+2}}{\mathrm{d}X^{n+2}}\left[P_n(X)\right] \\
&=\frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[P_n^{\prime}(X)\right].
\end{align*}

Vous dérivez ainsi $n+1$ fois le produit $(X^2-1)P_n^{\prime}(X)$ ce qui fournit :

\begin{align*}
\frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[ (X^2-1)P_n^{\prime}(X)  \right] &= \sum_{k=0}^{n+1}\binom{n+1}{k} \frac{\mathrm{d}^{k}}{\mathrm{d}X^{k}}\left[X^2-1\right] \frac{\mathrm{d}^{n+1-k}}{\mathrm{d}X^{n+1-k}}\left[P_n^{\prime}(X)\right] \\
&= \sum_{k=0}^{2}\binom{n+1}{k} \frac{\mathrm{d}^{k}}{\mathrm{d}X^{k}}\left[X^2-1\right] \frac{\mathrm{d}^{n+1-k}}{\mathrm{d}X^{n+1-k}}\left[P_n^{\prime}(X)\right].
\end{align*}

En effet, la somme est tronquée, compte tenu du fait que $\forall k\geq 3, \frac{\mathrm{d}^{k}}{\mathrm{d}X^{k}}\left[X^2-1\right] = 0.$

Vous obtenez :

\begin{align*}
\frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[ (X^2-1)P_n^{\prime}(X)  \right] &= (X^2-1)  \frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[P_n^{\prime}(X)\right] \\ &\quad+ (n+1)\times 2X\times \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[P_n^{\prime}(X)\right] + \frac{n(n+1)}{2}\times 2\times  \frac{\mathrm{d}^{n-1}}{\mathrm{d}X^{n-1}}\left[P_n^{\prime}(X)\right] \\

&= (X^2-1)  \frac{\mathrm{d}^{n+2}}{\mathrm{d}X^{n+2}}\left[P_n(X)\right]\\
&\quad +2(n+1)X  \frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[P_n(X)\right] +n(n+1) \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[P_n(X)\right] \\

&=  (X^2-1)  \frac{\mathrm{d}^{2}}{\mathrm{d}X^{2}}\left[ \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[P_n(X)\right] \right]\\
&\quad+2(n+1)X  \frac{\mathrm{d} }{\mathrm{d}X}\left[  \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[P_n(X)\right] \right] +n(n+1) \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[P_n(X)\right] \\

&=  (X^2-1)  \frac{\mathrm{d}^{2}}{\mathrm{d}X^{2}}\left[\mathscr{P}_n(X) \right]+2(n+1)X  \frac{\mathrm{d} }{\mathrm{d}X}\left[  \mathscr{P}_n(X) \right] +n(n+1) \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[P_n(X)\right] \\

&=  (X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_n(X) +2(n+1)X  \mathscr{P}^{\prime}_n(X) +n(n+1) \mathscr{P}_n(X).
\end{align*}

En conclusion de ce paragraphe :

\boxed{\forall n\in\NN, \frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[ (X^2-1)P_n^{\prime}(X)  \right] =  (X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_n(X) +2(n+1)X  \mathscr{P}^{\prime}_n(X) +n(n+1) \mathscr{P}_n(X).}

Utilisez la formule de Leibniz une seconde fois

Soit $n\in\NN.$ Vous dérivez ainsi $n+1$ fois le produit $2nXP_n(X)$ ce qui fournit :

\begin{align*}
\frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[ 2nXP_n(X) \right] &= 2nX \frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[ P_n(X) \right]  + (n+1)\times2n\times \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[ P_n(X) \right] \\
&= 2nX \frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}X}\left[  \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[ P_n(X) \right]   \right] + (2n^2+2n)\times \frac{\mathrm{d}^{n}}{\mathrm{d}X^{n}}\left[ P_n(X) \right] \\

&= 2nX \frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}X}\left[   \mathscr{P}_n(X)   \right] + 2n(n+1) \mathscr{P}_n(X) \\

&= 2nX   \mathscr{P}^{\prime}_n(X)  + 2n(n+1) \mathscr{P}_n(X).
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall n\in\NN, \frac{\mathrm{d}^{n+1}}{\mathrm{d}X^{n+1}}\left[ 2nXP_n(X) \right]  = 2nX   \mathscr{P}^{\prime}_n(X)  + 2n(n+1) \mathscr{P}_n(X).}

Concluez

Soit $n\in\NN.$ Comme $(X^2-1)P_n^{\prime}(X) = 2nXP_n(X)\comma$ en dérivant $n+1$ fois, il vient :

\begin{align*}
& (X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_n(X) +2(n+1)X  \mathscr{P}^{\prime}_n(X) +n(n+1) \mathscr{P}_n(X) =  2nX   \mathscr{P}^{\prime}_n(X)  + 2n(n+1) \mathscr{P}_n(X) \\
& (X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_n(X) +2X  \mathscr{P}^{\prime}_n(X) +n(n+1) \mathscr{P}_n(X) =  2n(n+1) \mathscr{P}_n(X) \\
& (X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_n(X) +2X  \mathscr{P}^{\prime}_n(X) +(n-2n)(n+1) \mathscr{P}_n(X) =  0\\
& (X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_n(X) +2X  \mathscr{P}^{\prime}_n(X) -n(n+1) \mathscr{P}_n(X) =  0.
\end{align*}

Dans le cas où $n=0$, vous avez $\mathscr{P}_0(X) = 1 $ si bien que :

\begin{align*}
(X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_0(X) +2X  \mathscr{P}^{\prime}_0(X) -0(0+1) \mathscr{P}_n(X) &= (X^2-1)\times 0 + 2X\times 0 - 0 = 0.
\end{align*}

En définitive, l’égalité précitée est désormais acquise :

\boxed{\forall n\in\N,  (X^2-1)\mathscr{P}^{\pprime}_n(X) +2X  \mathscr{P}^{\prime}_n(X) -n(n+1) \mathscr{P}_n(X) =  0.}

Dans le contenu rédigé dans l'article 221 il a été vu que les polynômes de Legendre sont définis par la formule suivante :

\forall n\in \N, \mathscr{L}_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].

En divisant par $2^n n!$ l’équation différentielle satisfaite par la suite $(\mathscr{P}_n(X))_{n\geq 1}$ vous déduisez que :

\boxed{\forall n\in\N,  (X^2-1)\mathscr{L}^{\pprime}_n(X) +2X  \mathscr{L}^{\prime}_n(X) -n(n+1) \mathscr{L}_n(X) =  0.}

393. Le théorème de Kuratowski (3/3)

Première partie, intérieur, adhérence et complémentaire de $\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c$

Pour rappel, vous avez :

\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c = ]-\infty,0[\cup ]2, +\infty[.

La frontière de $\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c$ est égale à:

\partial \left(\overline{\mathring{K}}\right)^c = \{0\} \cup \{2\}.

L’intérieur de $\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c$ est égal à lui-même.

L’adhérence de $\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c$ est égale à:

\overline{\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c} = ]-\infty, 0] \cup [2, +\infty[.

Le complémentaire de $\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c$ est égal à $\overline{\mathring{K}}.$

Un nouvel ensemble apparaît.

Note n°1. Vous remarquez que:

  • l’intérieur de $\overline{\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c}$ est égal à $\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c\comma$
  • l’adhérence $\overline{\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c}$ est égale à elle-même,
  • le complémentaire de $\overline{\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c}$ est égal à $\mathring{\overline{\mathring{K}}}.$

Note n°2. Vous remarquez que:

  • l’intérieur de $\mathring{\overline{\mathring{K}}}$ est égal à lui-même,
  • l’adhérence de $\mathring{\overline{\mathring{K}}}$ est égale à $\overline{\mathring{K}}\comma$
  • le complémentaire de $\mathring{\overline{\mathring{K}}}$ est égal à $\overline{\left(\overline{\mathring{K}}\right)^c}.$

Deuxième partie, intérieur, adhérence et complémentaire de $\overline{(\overline{K})^c}$

La frontière de $\overline{(\overline{K})^c}$ est égale à:

\partial \overline{(\overline{K})^c} = \{0\}\cup\{2\}\cup\{4\}\cup\{5\}.

L’intérieur de $\overline{(\overline{K})^c}$ est égal:

\mathring{\overline{(\overline{K})^c}} = ]-\infty,0[\cup]2, 4[\cup ]5, +\infty[.

L’adhérence de $\overline{(\overline{K})^c}$ est égale à elle-même.

Le complémentaire de $\overline{(\overline{K})^c}$ est égal à $\mathring{\overline{K}}.$

Un nouvel ensemble apparaît, et vous allez montrer que c’est le dernier.

Note. Vous remarquez que :

  • l’intérieur de $\mathring{\overline{(\overline{K})^c}}$ est égal à lui-même,
  • l’adhérence de $\mathring{\overline{(\overline{K})^c}}$ est égale à $\overline{(\overline{K})^c}\comma$
  • le complémentaire de $\mathring{\overline{(\overline{K})^c}}$ est égal à $\overline{\mathring{\overline{K}}}.$

Dernière partie, intérieur, adhérence et complémentaire de $\overline{\mathring{\overline{K}}}$

Aucun nouvel ensemble n’apparaît. En effet :

  • l’intérieur de $\overline{\mathring{\overline{K}}}$ est égal à $\mathring{\overline{K}}\comma$
  • l’adhérence de $\overline{\mathring{\overline{K}}}$ est égale à elle-même,
  • le complémentaire de $\overline{\mathring{\overline{K}}}$ est égal à $\mathring{\overline{(\overline{K})^c}}.$

Concluez

Vous avez illustré le maximum d’ensembles possibles, en vertu du théorème de Kuratowski, qui stipule qu’à partir d’une partie $K$ quelconque d’un ensemble topologique, si vous lui appliquez uniquement les opérations de prise d’intérieur, de prise d’adhérence et de prise du complémentaire, vous pouvez obtenir 14 ensembles au maximum.

Prolongement

Pourriez-vous démontrer que les 14 ensembles précités dans le schéma ne génèrent pas d’autre ensemble en utilisant les opérations de prise d’intérieur, de prise d’adhérence et de prise du complémentaire ?