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354. Factorisez un entier naturel avec la méthode de Fermat

Soit $n$ un entier naturel. Il convient tout d’abord de remarquer que la racine de $n$ est inférieure ou égale à $\frac{n+1}{2}.$ En effet :

\begin{align*}
(n-1)^2 &\geq 0\\
n^2-2n+1&\geq 0\\
n^2+2n+1&\geq 4n\\
(n+1)^2 &\geq 4n\\
n+1 &\geq 2\sqrt{n}\\
\frac{n+1}{2}&\geq \sqrt{n}.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall n\in\N, \sqrt{n}\leq \frac{n+1}{2}.}

Par définition, un entier naturel qui n’est pas premier sera qualifié de composé.

Le résultat à démontrer

Il s’agit d’établir que, pour tout entier naturel $n$ impair supérieur ou égal à $3$, vous avez l’équivalence :

\boxed{n\text{ n'est pas premier}\Longleftrightarrow \exists k\in \N \cap \left[\sqrt{n}, \frac{n+1}{2}\right[, k^2-n\text{ est le carré d'un entier.} }

Note. Ce résultat a déjà été établi dans le contenu rédigé dans l'article 296. Une démonstration plus succincte est présentée dans cet article.

Démontrez le sens $\implies$

Soit $n$ un entier naturel impair composé supérieur ou égal à $3.$ Il existe deux entiers naturels $a$ et $b$ compris entre $2$ et $n-1$ tels que $n=ab.$

Si $a$ est pair, alors $2\mid a.$ Comme $a\mid n$ vous déduisez par transitivité que $2\mid n$ donc $n$ est pair ce qui est absurde. De même si $b$ est pair, il vient $2\mid b$ puis $b\mid n$ donc $2\mid n$ du coup $n$ est pair, contradiction. Donc $a$ et $b$ sont impairs.

Le quotient de la division euclidienne de $a$ par $2$ est donc égal à $1.$ De même, le quotient de la division euclidienne de $b$ par $2$ est égal à $1.$ Il existe deux entiers naturels $a’$ et $b’$ tels que $a = 2a’+1$ et $b = 2b’+1$ d’où $a+b = 2(a+a’+1)$ ce qui prouve que $a+b$ est pair. Ainsi $\frac{a+b}{2}$ est un entier naturel. Utilisant le même raisonnement, $a – b = 2(a’-b’)$ donc $a-b$ est un entier relatif pair et $\frac{a-b}{2}$ est un entier relatif.

Vous posez maintenant $k = \frac{a+b}{2}.$ Il a été vu que $k\in\N.$

Comme $a>1$ et comme $b>1$, le produit $(a-1)(b-1)$ est strictement positif. En développant, vous obtenez :

\begin{align*}
&(a-1)(b-1)> 0\\
&ab-a-b+1 > 0\\
&ab+1 > a+b\\
&n+1 > a+b\\
&\frac{n+1}{2} > k.
\end{align*}

Maintenant, $k^2-n$ est le carré d’un entier relatif. En effet :

\begin{align*}
k^2-n &= \left(\frac{a+b}{2}\right)^2-ab\\
&= \frac{a^2+2ab+b^2}{4}-\frac{4ab}{4}\\
&= \frac{a^2-2ab+b^2}{4}\\
&=\left(\frac{a-b}{2}\right)^2.
\end{align*}

Comme un carré est positif, il vient $k^2-n \geq 0$ puis $k^2\geq n$ et enfin $k\geq \sqrt{n}$ ce donne le résultat.

Démontrez le sens $\impliedby$

Soit $n$ un entier naturel impair supérieur ou égal à $3.$ Vous supposez qu’il existe un entier naturel $k$ tel que :

\left\{\begin{align*}
&\sqrt{n}\leq k < \frac{n+1}{2}\\
&k^2-n\text{ est le carré d'un entier}.
\end{align*}
\right.

Comme $n\geq 1$ il vient $\sqrt{n}\geq 1$ donc $k\geq 1.$

Il existe un entier relatif $u$ tel que $k^2-n=u^2 = (\vert u \vert)^2.$ En posant $\ell = \vert u \vert$ il vient :

\begin{align*}
k^2-n&=\ell^2\\
k^2-\ell^2 &=n\\
(k+\ell)(k-\ell) &= n.
\end{align*}

Comme $2k < n+1$ vous déduisez ce qui suit :

\begin{align*}
2k<  n+1\\
-n < -2k+1\\
k^2-n < k^2-2k+1\\
\ell^2<(k-1)^2.
\end{align*} 

Comme $\ell$ et $k-1$ sont positif, vous déduisez $\ell < k-1$ donc $1< k-\ell.$

Ainsi, l’entier $k-\ell$ est supérieur ou égal à $2$ et divise $n.$

Si $n$ était premier, alors $k-\ell = n.$ L’égalité $(k+\ell)(k-\ell) = n$ s’écrit $n(k+\ell) = n$ d’où $k+\ell =1.$ Comme $k$ est supérieur ou égal à $1$ il vient $\ell = 0$ donc $n = k^2$ donc $k$ divise $n.$ Si $k=1$ alors $n =1$ ce qui contredit le fait que $n$ est premier. Si $k=n$ alors $n = n^2$ d’où $n=1$ après simplification par $n$ ce qui est absurde.

Donc $n$ est composé.

Application : factorisez $2279$

Cherchez d’abord le plus petit carré parfait qui soit supérieur ou égal à $2279.$

Comme $40^2 = 1600$ et comme $50^2=2500$ vous prenez $45^2=2025.$

Ce nombre étant strictement inférieur à $2279$ vous calculez le carré suivant.

\begin{align*}
46^2&= 2025+45+46\\
&= 2025+91\\
&= 2116.
\end{align*} 

Vous poursuivez :

\begin{align*}
47^2&= 2116+46+47\\
&= 2116+93\\
&= 2209.
\end{align*} 

Vous continuez :

\begin{align*}
48^2&= 2209+47+48\\
&= 2209+95\\
&= 2304.
\end{align*} 

Comme $48^2 \geq 2279$ vous évaluez la différence suivante :

\begin{align*}
48^2- 2279 &= 2304-2279\\
&=104-79\\
&=99-74\\
&=25\\
&=5^2.
\end{align*}

Ainsi $2279$ va être factorisé comme suit :

\begin{align*}
2279 &= 48^2-5^2\\
&=(48+5)(48-5)\\
&=53\times 43.
\end{align*}

Application : factorisez $10541$

Vous avez $100^2 =10000$ ce qui vous amène à calculer le carré parfait suivant.

\begin{align*}
101^2&= 10000+100+101\\
&= 10000+201\\
&= 10201.
\end{align*} 

Comme $10201< 10541$ vous poursuivez.

\begin{align*}
102^2&= 10201+101+102\\
&= 10201+203\\
&= 10404.
\end{align*} 

Comme $10404< 10541$ vous poursuivez.

\begin{align*}
103^2&= 10404+102+103\\
&= 10404+205\\
&= 10605.
\end{align*} 

Etant donné que $10609\geq 10541$ vous calculez la différence suivante :

\begin{align*}
103^2-10541 &= 10609-10541\\
&=109-41\\
&=99-31\\
&=68.
\end{align*} 

Comme $68$ n’est pas un carré parfait, vous calculez la prochaine différence :

\begin{align*}
104^2-10541 &= (103^2-10541) + (103+104)\\
&=68+207\\
&=275.
\end{align*} 

Comme $275$ n’est pas un carré parfait, vous calculez la prochaine différence :

\begin{align*}
105^2-10541 &= (104^2-10541) + (104+105)\\
&=275+209\\
&=484\\
&=22^2.
\end{align*} 

Ainsi, $10541$ est factorisable et :

\begin{align*}
10541 &= 105^2-22^2\\
&=(105+22)(105-22)\\
&=127\times 83.
\end{align*}

Prolongement

Vous êtes invité à lire le contenu rédigé dans l'article 295 qui détaille un autre exemple.

342. Réduction d’un polynôme, modulo un nombre entier et un autre polynôme

Certains tests de primalité font appel au calcul modulaire. L’objectif est d’éviter d’obtenir des nombres trop importants et des degrés très élevés dans les calculs de polynômes.

Dans cet article vous allez aborder :

  • un calcul modulaire à partir d’exemples pour expliciter les premières démarches,
  • un calcul explicite du polynôme $(1+X)^{24}$ modulo $24$ et $X^2-1$,
  • une théorie des polynômes à coefficients entiers modulo un entier $n$ non nul et un polynôme $Q$ à coefficients entiers et de degré supérieur ou égal à $1.$

Utilisez le calcul modulaire des exemples

L’écriture adoptée sera la suivante :

\begin{align*}
25&\equiv 24+1 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 1  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

De même :

\begin{align*}
100X^3+50X^2-44X+29&\equiv (24+24+24+24+4)X^3 +(24+24+2)X^2\\
&\qquad-(24+24-4)X+(24+5) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X^3+2X^2+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X(X^2-1+1)+2(X^2-1+1)+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X+2+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8X+7  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Calculez $(X+1)^{24} \mod (24,X^2-1)$

Le calcul va être progressif.

Vous calculez d’abord $(X+1)^2$ comme suit :

\begin{align*}
(X+1)^2&\equiv X^2+2X+1 \mod (24, X^2-1) \\
&\equiv (X^2-1)+1+2X+1 \mod (24, X^2-1)\\
&=2(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^4 = ((X+1)^2)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^4&\equiv 4(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4\times 2(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1)  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^8 = ((X+1)^4)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^8 &\equiv 64(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 64\times 2(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv128(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv (24\times 5 + 8)(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^{16} = ((X+1)^8)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^{16} &\equiv 64(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous en déduisez que :

\begin{align*}
(X+1)^{24} &\equiv (X+1)^{16}(X+1)^{8} \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \times 8(X+1)  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 64(X+1)^2  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1)  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

La théorie des polynômes à coefficients entiers modulo $n$ et $Q$

Cette théorie est développée afin de justifier que les calculs menés ci-dessus sont valables.

Soit $n$ un entier naturel non nul et $Q$ un polynôme à coefficients entiers, de degré supérieur ou égal à $1.$

Vous allez munir l’anneau $\Z[X]$ de la relation binaire $\mathscr{R}$ suivante.

Quels que soient les polynômes $P_1$ et $P_2$ à coefficients entiers, vous écrirez $P_1\mathscr{R} P_2$, si et seulement si, les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont tous divisibles par $n$ et si $Q$ est un diviseur du polynôme $P_1-P_2.$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est réflexive

Soit $P$ un polynôme à coefficients entiers. Le polynôme $P-P$ est le polynôme nul, donc tous ses coefficients sont divisibles par $n$, puisque $n\times 0 = 0.$

De même $P-P = Q\times 0$ ce qui prouve que $Q$ est un diviseur de $P-P.$

Par conséquent, $\boxed{P\mathscr{R}P.}$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est symétrique

Soient $P_1$ et $P_2$ deux polynômes à coefficients entiers, tels que $P_1\mathscr{R} P_2.$

Les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont tous divisibles par $n.$

D’une part, comme $P_1-P_2$ est un polynôme à coefficients entiers, il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0, \dots, u_d$ tels que :

P_1(X)-P_2(X) = \sum_{i=0}^d u_iX^i.

L’hypothèse précédente fournit :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n\mid u_i.

Or, pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $d$, $-u_i = (-1)\times u_i$ si bien que $u_i\mid -u_i.$ ll s’ensuit que :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n\mid u_i \mid -u_i.

Par transitivité il vient :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n \mid -u_i.

D’autre part :

P_2(X)-P_1(X) = \sum_{i=0}^d (-u_i)X^i.

L’entier $n$ divise tous les coefficients du polynôme $P_2-P_1.$

Remarquez maintenant que $P_2-P_1 = (-1)\times (P_1-P_2)$ donc $P_1-P_2\mid P_2-P_1.$ Comme $Q\mid P_1-P_2$ vous déduisez par transitivité que $Q\mid P_2-P_1.$ Ainsi $P_2\mathscr{R} P_1.$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est transitive

Soient $P_1$, $P_2$ et $P_3$ trois polynômes à coefficients entiers, tels que $P_1\mathscr{R} P_2$ et $P_2\mathscr{R}P_3.$

D’une part, $Q\mid P_1-P_2$ et $Q\mid P_2-P_3.$ Par somme, vous déduisez $Q\mid (P_1-P_2) + (P_2-P_3)$ soit $Q\mid P_1-P_3.$

D’autre part, $n$ divise tous les coefficients des polynômes $P_1-P_2$ et $P_2-P_3.$

Si $P_1=P_2$ alors $n$ divise tous les coefficients du polynômes $P_1-P_3$ et donc $P_1\mathscr{R}P_3.$

Si $P_2=P_3$ alors $n$ divise encore tous les coefficients du polynômes $P_1-P_3$ et donc $P_1\mathscr{R}P_3.$

Si $P_1\neq P_2$ et si $P_2\neq P_3$ vous notez le maximum des degrés des polynômes $P_1-P_2$ et $P_2-P_3.$ Il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0,\dots u_d$ ainsi que des entiers $v_0,\dots,v_d$ tels que :

\begin{align*}
P_1(X)-P_2(X) &= \sum_{i=0}^d u_iX^i\\
P_2(X)-P_3(X) &= \sum_{i=0}^d v_iX^i.
\end{align*}

Alors :

\begin{align*}
P_1(X)-P_3(X) &= P_1(X)-P_2(X) + P_2(X)-P_3(X)\\
&=\sum_{i=0}^d u_iX^i + \sum_{i=0}^d v_iX^i\\
&= \sum_{i=0}^d (u_i+ v_i)X^i.
\end{align*}

Or, pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $d$, $n\mid u_i$ et $n\mid v_i.$ Par somme, vous déduisez que $n\mid u_i+v_i.$ L’entier $n$ divise tous les coefficients du polynôme $P_1-P_3.$ Il en résulte que $P_1\mathscr{R}P_3.$

Passez à l’ensemble quotient $\Z[X] / \mathscr{R}$

La relation $\mathscr{R}$ étant réflexive, transitive et symétrique sur $\Z[X]$ elle est une relation d’équivalence.

Vous notez $\Z[X] / \mathscr{R}$ l’ensemble de toutes les classes d’équivalence obtenues.

Il est rappelé que pour tout polynôme $P$ à coefficients entiers, la classe de $P$ est définie par :

\{A\in\Z[X], A\mathscr{R}P\}.

Notez que, comme $\mathscr{R}$ est réflexive, la classe de $P$ n’est pas vide.

Ainsi, $\Z[X] / \mathscr{R}$ est un ensemble, formé par des classes d’équivalences qui sont toutes non vides.

Pour plus de commodité, quels que soient les polynômes $P_1$ et $P_2$ à coefficients entiers, vous notez $P_1\equiv P_2 \mod (n,Q)$ au lieu de $P_1\mathscr{R} P_2.$

Montrez la compatibilité avec l’addition

Soient $P_1$, $P_2$, $P_3$ et $P_4$ quatre polynômes à coefficients entiers tels que :

\left\{\begin{align*}
P_1&\equiv P_2 \mod (n,Q)\\
P_3&\equiv P_4 \mod (n,Q).
\end{align*}
\right.

Vous avez $P_1\mathscr{R}P_2$ autrement dit, $Q\mid P_1-P_2$ et tous les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont divisibles par $n.$

Vous en déduisez immédiatement que $Q\mid (P_1-P_2)-0$ et que tous les coefficients du polynôme $(P_1-P_2)-0$ sont divisibles par $n.$ Autrement dit $P_1-P_2 \mathscr{R} 0.$

De même, comme $P_3\mathscr{R}P_4$ vous déduisez par symétrie $P_4\mathscr{R}P_3$ puis $P_4-P_3 \mathscr{R} 0.$

Par transitivité, vous déduisez $P_1-P_2\mathscr{R} P_4-P_3.$

Ainsi, $Q$ divise le polynôme $(P_4-P_3)-(P_1-P_2) = (P_2+P_4)-(P_1+P_3).$

L’entier $n$ divise tous les coefficients de $(P_4-P_3)-(P_1-P_2) = (P_2+P_4)-(P_1+P_3).$

Autrement dit, il vient d’être prouvé que $P_1+P_3\mathscr{R} P_2+P_4$ soit :

P_1+P_3 \equiv P_2+P_4 \mod (n,Q).

Montrez la compatibilité faible avec le produit

Pour parvenir à ce résultat, fixez un polynôme $P$ à coefficients entiers.

Soient $P_1$ et $P_2$ deux polynômes à coefficients entiers tels que :

P_1\equiv P_2 \mod (n,Q).

D’une part, $Q\mid P_1-P_2.$ Or, $PP_1-PP_2 = P(P_1-P_2)$ si bien que $P_1-P_2 \mid PP_1-PP_2.$ Par transitivité, il vient $Q\mid PP_1-PP_2.$

D’autre part, il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0,\dots,u_d$ tels que :

P_1(X)-P_2(X) = \sum_{i=0}^d u_i X^i.

L’hypothèse $P_1\mathscr{R} P_2$ fournit :

\forall i\in\llbracket 0, d\rrbracket, n\mid u_i.

Il existe un entier naturel $k$ et des entiers $v_0,\dots,v_k$ tels que :

P(X) = \sum_{j=0}^k v_j X^j.

Il vient alors :

\begin{align*}
(PP_1-PP_2)(X) &= P(X) (P_1(X)-P_2(X))\\
&=  \left(\sum_{j=0}^k v_j X^j\right) \left(\sum_{i=0}^d u_i X^i\right)\\
&= \sum_{j=0}^k\sum_{i=0}^du_iv_j X^{i+j}\\
&= \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d}}u_iv_j X^{i+j}\\
&=\sum_{\ell = 0}^{k+d}   \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d \\ i+j = \ell}}u_iv_j X^{i+j}\\
&= \sum_{\ell = 0}^{k+d}  \left( \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d \\ i+j = \ell}}u_iv_j\right) X^{\ell}.
\end{align*}

Soit $\ell$ un entier compris entre $0$ et $k+d.$

Soient $i$ un entier compris entre $0$ et $d$, puis $j$ un entier compris entre $0$ et $k$ tels que $i+j=\ell.$

Comme $n\mid u_i$ et comme $u_i \mid u_iv_j$ vous déduisez $n\mid u_iv_j.$

Par somme, $n$ divise $\sum_{\substack{0\leq j \leq k \ 0\leq i \leq d \ i+j = \ell}}u_iv_j.$

Il en résulte que tous les coefficients du polynôme $PP_1-PP_2$ sont divisibles par $n.$

Vous déduisez que : $\boxed{PP_1\equiv PP_2 \mod (n,Q).}$

Montrez la compatibilité forte avec le produit

Soient $P_1$, $P_2$, $P_3$ et $P_4$ quatre polynômes à coefficients entiers tels que :

\left\{\begin{align*}
P_1&\equiv P_2 \mod (n,Q)\\
P_3&\equiv P_4 \mod (n,Q).
\end{align*}
\right.

D’après le compatibilité faible avec le produit démontrée ci-dessus, en multipliant la première relation par $P_3$ il vient :

P_1P_3 \equiv P_2P_3  \mod (n,Q).

D’après le compatibilité faible avec le produit démontrée ci-dessus, en multipliant la seconde relation par $P_2$ il vient :

P_2P_3 \equiv P_2P_4  \mod (n,Q).

Vous avez ainsi :

\begin{align*}
P_1P_3&\mathscr{R}P_2P_3\\
P_2P_3&\mathscr{R}P_2P_4.
\end{align*}

Par transitivité, il vient :

P_1P_3\mathscr{R}P_2P_4.

Cela s’écrit :

\boxed{P_1P_3 \equiv P_2P_4 \mod (n,Q).}

Prolongement

Pour tout polynôme $P$ à coefficients entiers, notez $\varphi(P)$ la classe d’équivalence du polynôme $P.$

Soient $U$ et $V$ deux éléments de $\Z[X] / \mathscr{R}.$ Comme $U$ et $V$ sont des classes d’équivalences, elles ne peuvent pas être vides. Il existe donc $P_U\in\Z[X]$ et $P_V\in\Z[X]$ tels que $U = \varphi(P_U)$ et $V = \varphi(P_V).$

L’addition de $U$ et de $V$ dans $\Z[X] / \mathscr{R}$ est définie par $\varphi(P_U+P_V).$ Cette opération est bien définie : d’après la compatibilité démontrée pour l’addition l’élément $\varphi(P_U+P_V)$ ne dépend pas du choix des représentants effectué pour $U$ et $V.$

De même, la multiplication de $U$ et de $V$ dans $\Z[X] / \mathscr{R}$ est définie par $\varphi(P_U P_V).$ Cette opération est aussi bien définie : d’après la compatibilité démontrée pour la multiplication l’élément $\varphi(P_U P_V)$ ne dépend pas non plus du choix des représentants effectué pour $U$ et $V.$

D’après la théorie développée plus haut, justifiez que l’ensemble quotient $\Z[X] / \mathscr{R}$ est un anneau unitaire commutatif muni des deux opérations définies ci-dessus.

337. Une série convergente donne une fonction intégrable au sens de Henstock-Kurzweil

Motivation

Pour tout entier naturel $k$, vous posez :

c_k = 1-\frac{1}{2^k} = \frac{2^k-1}{2^k}.

La suite $(c_k)_{k\geq 0}$ est strictement croissante et converge vers $1.$ D’autre part, pour tout entier naturel $k$, $c_k\neq 1.$

Note. La démonstration de ces résultats est laissée au lecteur et ne sera pas traitée dans cet exposé.

01/08/2024 - 2024.08.01 les termes de la suite (cp)

Soit $\sum_{k\geq 1} a_k$ une série réelle convergente.

Vous notez sa limite ainsi :

\boxed{A=\sum_{k=1}^{+\infty} a_k.}

Notez que la suite $(a_k)_{k\geq 1}$ converge alors vers $0.$ Il en est de même de la suite $(\vert a_k \vert)_{k\geq 1}$. En tant que suite positive convergente, elle est majorée.

Il existe un réel $\boxed{M>0}$ tel que $\boxed{\forall k\geq 1, \vert a_k \vert \leq M.}$

A cette série, vous associez la fonction $h: [0,1]\to \R$ définie de la façon suivante :

\boxed{\left\{\begin{align*}
&\forall k\geq 1, \forall x\in[c_{k-1}, c_k[, h(x) = 2^ka_k\\
&h(1)=0.
\end{align*}
\right.
}

Remarquez que $\lim_{n\to +\infty} \sum_{k=1}^{n} a_k = A$ si bien que $\lim_{n\to +\infty} \sum_{k=n+1}^{+\infty} a_k =0.$

Soit $k\geq 1.$ La longueur de l’intervalle $[c_{k-1},c_k]$ est égale à :

\begin{align*}
c_k-c_{k-1} &= \frac{2^k-1}{2^k}-\frac{2^{k-1}-1}{2^{k-1}} \\
&= \frac{2^k-1}{2^k}-\frac{2^{k}-2}{2^{k}} \\
&=\frac{1}{2^k}.
\end{align*}

D’autre part, la fonction $h$ est constante sur l’intervalle $[c_{k-1},c_k[$ et prend pour valeur $2^k a_k.$ Le graphique ci-dessous illustre une représentation possible de la fonction $h$ sur l’intervalle $[0 ; 15/16[.$ Par contre la représentation de $h$ sur l’intervalle $[15/16, 1[$ a été omise, compte tenu du nombre infini d’intervalles qu’il faudrait représenter.

02/08/2024 - 2024.08.02 l'aire sous la courbe correspond à la série

Graphiquement, il semble légitime de considérer que l’aire du domaine délimité par l’axe des abscisses, la courbe de la fonction $h$, l’axe des ordonnées et la droite verticale d’équation $x=1$ est égale à:

\sum_{k=1}^{+\infty} (c_k-c_{k-1}) 2^k a_k = \sum_{k=1}^{+\infty} a_k.

Avant d’affirmer la validité de cette égalité, il convient de procéder aux démonstrations requises.

Objectif principal

Quelques définitions : notion de subdivision étiquetée

On appelle subdivision étiquetée $P$ de l’intervalle $[0,1]$ tout ensemble fini tel que :

  • il existe un entier $n\geq 1$ ;
  • et il existe $(x_0,\dots,x_n)\in\R^{n+1}$ tel que $x_0 < \dots < x_n$ avec $x_0=0$ et $x_n = 1$ ;
  • et il existe $(t_1,\dots,t_n)\in\R^n$ tel que $\forall i\in\llbracket 1, n\rrbracket, t_i\in[x_{i-1},x_i]$ tels que :
  • $P = \{ ([x_{i-1}, x_i], t_i), 1\leq i \leq n\}.$

La subdivision $P$ étant définie, les intervalles $[x_{i-1},x_i]$ sont appelés intervalles de la subdivision $P$ et les réels $t_i$ sont appelés les étiquettes de la subdivision $P.$ Pour chaque intervalle $[x_{i-1},x_i]$, le réel $t_i$ est son étiquette.

Pour plus de commodité dans la suite, la somme $\sum_{i=1}^n h(t_i)(x_i-x_{i-1})$ sera appelée somme de Riemann de $h$ associée à la subdivision étiquetée $P$ et sera notée :

S(h,P)=\sum_{i=1}^n h(t_i)(x_i-x_{i-1}).

Notion de subdivision fine

Soit $n$ un entier tel que $n\geq 1.$ Soit $\delta: [0,1]\to \R_{+}^{*}$ une fonction strictement positive sur $[0,1]$ et soit $P = \{ ([x_{i-1}, x_i], t_i), 1\leq i \leq n\}$ une subdivision étiquetée de l’intervalle $[0,1].$

La subdivision $P$ est dite $\delta$-fine si et seulement si :

\forall i\in\llbracket 1, n\rrbracket, [x_{i-1},x_i]\subset [t_i-\delta(t_i), t_i+\delta(t_i)].

Intégrabilité au sens de Henstock-Kurzweil

Dans ce qui suit, il sera démontré en détail que la fonction $h$ est intégrable au sens de Henstock-Kurzweil sur $[0,1]$ et que son intégrale est bien égale à la somme de la série précitée :

\int_{0}^1 h(t)\dt = A.

Cela signifie que, pour tout réel $\varepsilon$ strictement positif, il existe une fonction $\delta: [0,1]\to \R_{+}^{*}$ (appelée jauge) strictement positive telle que pour toute subdivision étiquetée $P$ de l’intervalle $[0,1]$ qui soit $\delta$-fine, vous ayez la majoration :

\left\vert S(h,P) - A \right\vert \leq \varepsilon.

Analyse et construction d’une jauge

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif fixé.

Vous considérez une fonction $\delta: [0,1]\to \R_{+}^{*}$, appelée jauge.

Soit maintenant et $n\in\NN$ et $P = \{ ([x_{i-1}, x_i], t_i), 1\leq i \leq n\}$ une subdivision étiquetée de l’intervalle $[0,1]$ qui soit $\delta$-fine.

Choisissez la jauge pour que l’étiquette $t_1$ soit égale à $0$

Vous allez imposer la propriété suivante pour la jauge $\delta$ :

\boxed{\forall t\in]0,1], \delta(t) \leq \frac{t}{2}.}

Supposez que $t_1$ soit non nul.

Vous avez $t_1\in[x_0,x_1]$ avec $[x_0,x_1]\subset[0,1]$ donc $t_1\in]0,1].$

Comme $x_0=0$ vous avez :

\begin{align*}
[0,x_1] \subset [t_1-\delta(t_1), t_1+\delta(t_1)].
\end{align*}

Du coup :

\begin{align*}
t_1-\delta(t_1)&\leq 0 \\
t_1&\leq\delta(t_1)\\
t_1&\leq \frac{t_1}{2}.
\end{align*} 

Comme $t_1$ est strictement positif, en divisant par $t_1$ il vient :

1\leq \frac{1}{2}

ce qui est absurde.

Du coup il est établi que :

\boxed{t_1 = 0.}

Choisissez la jauge pour que $[x_0,x_1]\subset[0,1/4]$

Bien que non indispensable, vous allez choisir une valeur de $\delta(0)$ pour que l’inclusion $[x_0,x_1]\subset[0,1/4]$ soit vérifiée.

Puisque $0$ est l’étiquette de l’intervalle $[x_0,x_1]$, vous avez l’inclusion suivante :

[x_0,x_1] \subset[0-\delta(0), 0+\delta(0)].

Ainsi, $x_1\leq \delta(0).$

Vous choisissez alors $\delta(0)$ tel que :

\boxed{\delta(0)\leq\frac{1}{4}.}

Forcez la dernière étiquette à être égale à $1$

Par définition de la subdivision $P$, l’étiquette $t_n$ appartient à l’intervalle $[x_{n-1}, x_n].$

Vous allez imposer la propriété suivante pour la jauge $\delta$ :

\boxed{\forall t\in[0,1[, \delta(t) \leq \frac{1-t}{2}.}

Supposez maintenant que $t_n \neq 1.$ Alors $t_n\in[0,1[$ et vous avez ce qui suit:

\delta(t_n)\leq \frac{1-t_n}{2}.

Comme $[x_{n-1}, x_n]\subset [t_n-\delta(t_n), t_n+\delta(t_n)]$ vous avez $1\in [t_n-\delta(t_n), t_n+\delta(t_n)]$ donc :

\begin{align*}
1&\leq t_n +\delta(t_n)\\
2&\leq 2t_n+2\delta(t_n)\\
2&\leq 2t_n+1-t_n\\
1&\leq t_n.
\end{align*} 

Ce résultat est contradictoire avec $t_n \in [0,1[.$

Grâce à ce raisonnement par l’absurde, vous avez établi que:

\boxed{t_n =1.}

Définissez une utile fonction $\varphi$

Vous notez $\boxed{E = \{ c_k, k\in\N\}.}$ Soit maintenant un réel $x$ appartenant à l’ensemble $]0,1[\setminus E.$ L’ensemble $B = \{ \vert x-c_k\vert, k\in\N \}$ est une partie de $\R.$ Prenant $k=0$, il apparaît que $\vert x-c_0\vert \in B$ donc $B$ est non vide. D’autre part, $\forall k\in\N, \vert x-c_k\vert \geq 0$ donc $0$ minore $B.$

Il en résulte que $B$ admet une borne inférieure, qui sera notée $\varphi(x).$

Par définition:

\boxed{\forall x\in]0,1[\setminus E, \varphi(x) = \inf  \{ \vert x-c_k\vert, k\in\N \}.}

ll s’agit maintenant de caractériser $\varphi(x)$ et de montrer que c’est un réel strictement positif.

En raisonnant par l’absurde, supposez que:

\forall k\in\N, c_k\leq x.

En passant à la limite, quand $k\to +\infty$ on aurait $1\leq x$ ce qui contredit le fait que $x \in]0,1[.$

Donc il existe un nombre $\ell \in \N$ tel que $x<c_{\ell}.$

L’ensemble $\{k\in\N, x<c_k\}$ est une partie de $\N$ qui est non vide puisqu’elle contient $\ell.$ Elle admet un plus petit élément qui sera noté $m(x).$

Si $m(x)=0$, alors $x<c_{m(x)}$ fournit $x<c_0$ soit $x<0$ ce qui est absurde. Donc $m(x)\neq 0$ et par suite $m(x)\geq 1.$ Comme $m(x)-1$ est un entier naturel qui est strictement inférieur au minimum de l’ensemble $\{k\in\N, x<c_k\}$, vous déduisez que $c_{m(x)-1}\leq x.$ Du coup, $c_{m(x)-1}\leq x < c_{m(x)}.$

Soit $k\in\N.$ Si $k\geq m(x)$ par croissance de la suite $(c_i)_{i\geq 0}$ il vient $c_{m(x)}\leq c_k$ donc $x < c_{m(x)} \leq c_k$ donc $\vert x-c_k\vert \geq \vert x-c_{m(x)}\vert.$

Si $k < m(x)$ alors $k\leq m(x)-1.$ Toujours par croissance de la suite $(c_i)_{i\geq 0}$ il vient $c_k\leq c_{m(x)-1}\leq x$ donc $\vert x-c_k\vert \geq \vert x-c_{m(x)-1}\vert.$

Vous déduisez que:

\forall k\in\N, \vert x-c_k\vert\geq \min\{\vert x-c_{m(x)}\vert, \vert x-c_{m(x)-1}\vert\}.

Le nombre $\min\{\vert x-c_{m(x)}\vert, \vert x-c_{m(x)-1}\vert\}$ minore l’ensemble $B.$ Comme $\varphi(x)$ est le plus grand des minorants de $B$, vous avez obtenu:

\min\{\vert x-c_{m(x)}\vert, \vert x-c_{m(x)-1}\vert\} \leq \varphi(x).

Comme $m(x)$ est un entier naturel, $\vert x-c_{m(x)}\vert \in B.$ Comme $\varphi(x)$ est un minorant de $B$, vous déduisez $\varphi(x)\leq \vert x-c_{m(x)}\vert.$

Comme $m(x)-1$ est un entier naturel, $\vert x-c_{m(x)-1}\vert \in B.$ Comme $\varphi(x)$ est un minorant de $B$, vous déduisez $\varphi(x)\leq \vert x-c_{m(x)-1}\vert.$

Comme $\min\{\vert x-c_{m(x)}\vert, \vert x-c_{m(x)-1}\vert\}$ est nécessairement égal à l’un des deux nombres parmi $\vert x-c_{m(x)-1}\vert$ et $\vert x-c_{m(x)}\vert$ vous déduisez:

\varphi(x) \leq \min\{\vert x-c_{m(x)}\vert, \vert x-c_{m(x)-1}\vert\}.

Il a donc été démontré que:

\boxed{\forall x\in]0,1[\setminus E, \varphi(x) = \min\{\vert x-c_{m(x)}\vert, \vert x-c_{m(x)-1}\vert\}.}

Soit $x\in]0,1[\setminus E.$ Supposez que $\varphi(x)=0.$ Alors soit $\vert x-c_{m(x)} \vert=0$ ce qui fournit $x = c_{m(x)}$ et donc $x\in E$ ce qui est absurde. Soit $\vert x-c_{m(x)-1} \vert=0$ ce qui fournit $x = c_{m(x)-1}$ et donc $x\in E$ ce qui est absurde.

Ainsi:

\boxed{\forall x\in]0,1[\setminus E, \varphi(x) >0.}

Choisissez la jauge pour obtenir une propriété sur les intervalles de la subdivision $P$ dont l’étiquette n’appartient pas à $E$

Il a déjà été établi que $0$ et $1$ sont des étiquettes.

Soit $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$ un indice tel que $t_i\in]0,1[$ soit une étiquette pour un intervalle $[x_{i-1},x_i]$ de la subdivision $P.$ Supposez que $t_i \notin E.$

Vous allez imposer la propriété suivante pour la jauge $\delta$ :

\boxed{\forall t\in]0,1[\setminus E, \delta(t) \leq \frac{\varphi(t)}{2}.}

Il a été vu que:

\forall x\in]0,1[\setminus E, c_{m(x)-1}\leq x < c_{m(x)}.

En particulier, pour $x=t_i$ vous déduisez:

c_{m(t_i)-1}\leq t_i < c_{m(t_i)}.

Comme $t_i\notin E$, vous avez $t_i\neq c_{m(t_i)-1}$ d’où:

c_{m(t_i)-1} < t_i < c_{m(t_i)}.

D’autre part:

\begin{align*}
[x_{i-1},x_i] &\subset [t_i-\delta(t_i), t_i+\delta(t_i)]\\
[x_{i-1},x_i] &\subset [t_i-\varphi(t_i)/2, t_i+\varphi(t_i)/2].
\end{align*}

Vous avez les inégalités suivantes :

\begin{align*}
x_i&\leq t_i+\frac{\varphi(t_i)}{2} \\
t_i-\frac{\varphi(t_i)}{2}&\leq x_{i-1}.
\end{align*} 

Or :

\begin{align*}
\varphi(t_i) &= \min\{\vert t_i-c_{m(t_i)}\vert, \vert t_i-c_{m(t_i)-1}\vert\} \\
&=\min\{c_{m(t_i)}-t_i, t_i-c_{m(t_i)-1}\}.
\end{align*}

Du coup :

\begin{align*}
x_i&\leq t_i+\frac{c_{m(t_i)}-t_i}{2} \\
t_i-\frac{t_i-c_{m(t_i)-1}}{2}&\leq x_{i-1}.
\end{align*} 

Ce qui fournit :

\begin{align*}
x_i&\leq \frac{c_{m(t_i)}+t_i}{2} <  \frac{c_{m(t_i)}+c_{m(t_i)}}{2}\\
\frac{c_{m(t_i)-1}+c_{m(t_i)-1}}{2} < \frac{c_{m(t_i)-1}+t_i}{2}&\leq x_{i-1}.
\end{align*} 

Il en résulte que $[x_{i-1},x_i]\subset ]c_{m(t_i)-1}, c_{m(t_i)}[.$

Cette section a établi le résultat suivant:

\boxed{\forall i\in\llbracket 1, n\rrbracket, t_i\in]0,1[\setminus E \implies [x_{i-1},x_i]\subset ]c_{m(t_i)-1}, c_{m(t_i)}[.}

Choisissez la jauge de sorte que tout intervalle de $P$ (excepté le dernier) qui contient une valeur $c_k$ pour k entier naturel non nul a son étiquette qui est égale à $c_k$

Ce résultat sera prouvé en deux temps. Tout d’abord vous prouvez un résultat plus faible.

Vous établissez d’abord que tout intervalle de $P$ (excepté le dernier) contenant une valeur $c_k$ pour k entier naturel non nul a son étiquette qui appartient à $E.$

Puisque $[x_0,x_1]\subset [0,1/4]$, il est impossible d’avoir $n=1$ donc la partition $P$ comprend au moins deux intervalles, c’est-à-dire $\boxed{n\geq 2.}$

Soit $k\in\NN$ tel qu’il existe un entier $i\in \llbracket 1, n-1\rrbracket$ vérifiant $c_k\in[x_{i-1},x_i].$

Supposez que l’étiquette $t_i$ de l’intervalle $[x_{i-1},x_i]$ n’appartienne pas à $E.$

Si $t_i = 0$ alors c’est que $i=1.$ Vous avez $[x_0,x_1]\subset[0,1/4]$ et par conséquent $c_k \in [0, 1/4]$, ce qui entraîne que $c_k = 0$ et $k=0$, contradiction avec $k\in\NN.$

Donc $t_i > 0.$ Comme $t_i\leq x_{i} < x_n$ vous avez $t_i\in]0,1[.$

Puisque $t_i\in]0,1[\setminus E$ vous déduisez que $[x_{i-1},x_i]\subset ]c_{m(t_i)-1}, c_{m(t_i)}[.$

Comme $c_k\in [x_{i-1},x_i]$ il en résulte que $c_{m(t_i)-1}<c_k < c_{m(t_i)}.$

Comme la suite $(c_m)_{m\geq 0}$ est strictement croissante, il vient $m(t_i)-1< k < m(t_i).$

Comme $k$ et $m(t_i)-1$ sont des entiers, l’inégalité $m(t_i)-1<k$ entraîne $m(t_i)\leq k$ ce qui contredit $k<m(t_i).$

Du coup, $t_i\in E.$

Il est établi que :

(\exists k\in \N, \exists i\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, c_k\in [x_{i-1},x_i] )\implies t_i\in E.

Note. A ce stade, il est tout à fait possible qu’un intervalle de la subdivision $P$ contienne plusieurs valeurs de $E.$

Vous allez ajuster la jauge pour que cela ne puisse pas se produire.

Vous choisissez maintenant la jauge pour que toute tout intervalle de $P$ (excepté le dernier) qui contient une valeur $c_k$ pour k entier naturel non nul, ait son étiquette égale à $c_k.$

Soit $k\in\NN$ tel qu’il existe un entier $i\in \llbracket 1, n-1\rrbracket$ vérifiant $c_k\in[x_{i-1},x_i].$

Il a été vu que $t_i \in E$ donc il existe un entier naturel $\ell$ tel que $t_i = c_{\ell}.$

Si $c_{\ell}\neq c_k$, alors $k\neq \ell$ et deux cas se présentent.

1er cas. $k < \ell$ soit $k+1\leq \ell.$ Donc il existe un entier naturel $\zeta$ tel que $\ell = k+1+\zeta.$

\begin{align*}
\vert c_k-c_{\ell}\vert &= \left\vert 1-\frac{1}{2^k}  -1 + \frac{1}{2^{\ell}} \right\vert\\
&= \left\vert -\frac{1}{2^k} + \frac{1}{2^{\ell}} \right\vert\\
&= \left\vert \frac{1}{2^k} - \frac{1}{2^{\ell}} \right\vert \\
&= \left\vert \frac{2^{1+\zeta}}{2^{k+1+\zeta}} - \frac{1}{2^{k+1+\zeta}} \right\vert  \\
&=  \frac{2^{1+\zeta}-1}{2^{k+1+\zeta}}\\
&=  \frac{2^{1+\zeta}-1}{2^{\ell}}

\end{align*}

Comme $2^{1+\zeta}\geq 2$, il a été obtenu ce qui suit :

\begin{align*}
\frac{1}{2^{\ell}} \leq \vert c_k-c_{\ell}\vert.
\end{align*}

Or, $[x_{i-1},x_i]\subset [t_i-\delta(t_i), t_i+\delta(t_i)]$ donc en prenant les longueurs :

\frac{1}{2^{\ell}} \leq \vert c_k-c_{\ell}\vert  \leq x_i-x_{i-1}\leq 2 \delta(t_i).

Vous allez donc choisir la jauge $\delta$ sur l’ensemble $E$ pour avoir :

\boxed{\forall \ell\in\N, \delta(c_\ell) \leq \frac{1}{3\times 2^\ell}.}

Alors :

  2 \delta(c_{\ell}) \leq \frac{2}{3\times 2^{\ell}} < \frac{1}{2^{\ell}}.

Ceci est absurde. Donc le 1er cas ne se produit pas.

2ème cas. $k > \ell$ soit $k\geq \ell+1.$ Ainsi il existe un entier naturel $\eta$ tel que $k = \ell+1+\eta.$

\begin{align*}
\vert c_k-c_{\ell}\vert &=  \left\vert -\frac{1}{2^k} + \frac{1}{2^{\ell}} \right\vert\\
&= \left\vert \frac{1}{2^{\ell}} - \frac{1}{2^{k}} \right\vert \\
&= \left\vert \frac{2^{1+\eta}}{2^{\ell+1+\eta}} - \frac{1}{2^{\ell+1+\eta}} \right\vert \\
&= \frac{2^{1+\eta}-1}{2^{\ell+1+\eta}}.
\end{align*}

Or, $2^{\eta}\geq 1$ donc $2\times2^{\eta} \geq 2^{\eta}+1$ et par suite $2^{1+\eta}-1 \geq 2^{\eta}.$

Du coup :

\begin{align*}
\vert c_k-c_{\ell}\vert &\geq \frac{2^{\eta}}{2^{\ell+1+\eta}}\\
& \geq \frac{1}{2^{\ell +1}} \\
& \geq \frac{1}{2\times 2^{\ell}}.
\end{align*}

Comme précédemment, il vient :

\frac{1}{2\times 2^{\ell}} \leq \vert c_k-c_{\ell}\vert  \leq x_i-x_{i-1}\leq 2 \delta(t_i).

Vous allez donc choisir la jauge $\delta$ sur l’ensemble $E$ pour pouvoir garder la condition précédente. Vous prenez par exemple :

\boxed{\forall \ell\in\N, \delta(c_\ell) \leq \frac{1}{6\times 2^\ell}.}

Du coup :

\begin{align*}
2\delta(c_\ell) &\leq \frac{2}{6\times 2^\ell} \\
&\leq \frac{1}{3\times 2^\ell} \\
& < \frac{1}{2\times 2^\ell}.
\end{align*}

Cette dernier résultat est encore absurde.

L’hypothèse $c_{\ell}\neq c_k$ est donc fausse. Il en résulte que $t_i = c_{\ell} = c_k.$

Il est ainsi prouvé ce qui suit :

\boxed{(\exists k\in \N, \exists i\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, c_k\in [x_{i-1},x_i] )\implies t_i = c_k.}

Ainsi, si un intervalle de la subdivision $P$ possède un élément de $E$, alors cet élément est nécessairement l’étiquette de l’intervalle considéré.

Majorez les valeurs absolues de $h(c_{k-1})-h(c_k)$ et de $h(c_k)$ pour $k$ entier naturel non nul

Soit $k\in\NN.$ Vous avez, par définition de la fonction $h$ :

\left\{\begin{align*}
h(c_k) &= 2^{k+1}a_{k+1}\\
h(c_{k-1}) &= 2^ka_k.
\end{align*}
\right.

Donc :

\begin{align*}
\vert h(c_k)  - h(c_{k-1}) \vert &= \vert 2^{k+1}a_{k+1} -  2^ka_k \vert \\
&= 2^k \vert 2a_{k+1}-a_k\vert.
\end{align*}

Utilisant l’inégalité triangulaire et la propriété sur le réel $M$ défini en tout début de cet exposé :

\begin{align*}
\vert h(c_k)  - h(c_{k-1}) \vert &\leq 2^k ( 2\vert a_{k+1}\vert + \vert a_k\vert) \\
&\leq 2^k (2M+M)\\
&\leq 3M\times 2^k.
\end{align*}

Pour la valeur absolue de $h(c_k)$ vous obtenez aussi :

\begin{align*}
\vert h(c_k)  \vert &\leq 2^k \times 2\vert a_{k+1}\vert  \\
&\leq 2^k \times 2M\\
&\leq 3M\times 2^k.
\end{align*}

Pour conclure :

\boxed{\forall k\in\NN, \vert h(c_k)  - h(c_{k-1}) \vert \leq 3M\times 2^k \text{ et } \vert h(c_k)\vert\leq 3M\times 2^k.}

Montrez que l’écart entre la somme de Riemann et le début de la série est faible

Pour comprendre le phénomène, supposez que la subdivision $P$ soit comme indiquée ci-dessous :

19/08/2024 - Img 5390

La subdivision $P$ est formée de 9 intervalles : :

P = \{([x_{i-1},x_i],t_i), 1\leq i \leq 9\}.

Il a déjà été établi plus haut que nécessairement, à cause de la jauge $\delta$ :

\left\{\begin{align*}
t_1&=0\\
t_9&=1.
\end{align*}
\right.

Vous remarquez que $c_4\in]x_8,x_9]$ et que $c_3\notin ]x_8,x_9].$

La suite $(c_k)_{k\geq 4}$ étant strictement croissante et convergente vers $1=x_9$ vous déduisez que :

\forall k\geq 4, x_8 < c_k <1.

Le dernier intervalle de la subdivision $P$ contient presque toutes les valeurs de la suite $(c_k)_{k\geq 0}.$ De plus, comme $h(1)=0$ vous déduisez que :

h(1)(x_9-x_8)=0.

La somme de Riemann de la subdivision $P$ est égale à :

\begin{align*}
S(h,P)&=\sum_{i=1}^9 h(t_i)(x_i-x_{i-1})\\
& =\sum_{i=1}^8 h(t_i)(x_i-x_{i-1}) + h(1)(x_9-x_8)\\
&=\sum_{i=1}^8 h(t_i)(x_i-x_{i-1}).
\end{align*}

Comme $t_2$ et $t_3$ appartiennent à l’intervalle $[c_0,c_1[$, vous avez $h(0)=h(t_1) = h(c_0)=h(t_2)=h(t_3).$

Donc, en factorisant:

h(t_1)(x_1-x_0)+h(t_2)(x_2-x_1)+h(t_3)(x_3-x_2) = h(c_0)(x_3-x_0).

Vous décomposez la valeur de $h(t_4)(x_4-x_3)$ en deux, vu que $[x_3,x_4]$ contient une étiquette appartenant à $E$ :

\begin{align*}
h(t_4)(x_4-x_3) &= h(c_1)(x_4-x_3)\\
&= h(c_1)(x_4-c_1) +  h(c_1)(c_1-x_3).
\end{align*}

Comme $t_5$ appartient à l’intervalle $[c_1,c_2[$, vous avez $h(t_5)=h(c_1).$

\begin{align*}
h(t_5)(x_5-x_4) &= h(c_1)(x_5-x_4).
\end{align*}

Vous décomposez la valeur de $h(t_6)(x_6-x_5)$ en deux, vu que $[x_5,x_6]$ contient une étiquette appartenant à $E$ :

\begin{align*}
h(t_6)(x_6-x_5) &= h(c_2)(x_6-x_5)\\
&= h(c_2)(x_6-c_2) +  h(c_2)(c_2-x_5).
\end{align*}

Comme $t_7$ appartient à l’intervalle $[c_2,c_3[$, vous avez $h(t_7)=h(c_2).$

\begin{align*}
h(t_7)(x_7-x_6) &= h(c_2)(x_7-x_6).
\end{align*}

Vous décomposez la valeur de $h(t_8)(x_8-x_7)$ en deux, vu que $[x_7,x_8]$ contient une étiquette appartenant à $E$ :

\begin{align*}
h(t_8)(x_8-x_7) &= h(c_3)(x_8-x_7)\\
&= h(c_3)(x_8-c_3) +  h(c_3)(c_3-x_7).
\end{align*}

La somme de Riemann vaut donc :

\begin{align*}
S(h,P)&=h(c_0)(x_3-x_0) \\
&\qquad +h(c_1)(x_4-c_1) +  h(c_1)(c_1-x_3)\\
&\qquad +h(c_1)(x_5-x_4)\\
&\qquad +h(c_2)(x_6-c_2) +  h(c_2)(c_2-x_5)\\
&\qquad +h(c_2)(x_7-x_6)\\
&\qquad + h(c_3)(x_8-c_3) +  h(c_3)(c_3-x_7).
\end{align*}

Vous forcez l’apparition du réel $a_1 = h(c_0)(c_1-c_0).$

\begin{align*}
S(h,P)&=h(c_0)(x_3-c_0) \\
&\qquad  + h(c_0)(c_1-x_3) + (h(c_1)-h(c_0))(c_1-x_3) +h(c_1)(x_4-c_1) \\
&\qquad +h(c_1)(x_5-x_4)\\
&\qquad +h(c_2)(x_6-c_2) +  h(c_2)(c_2-x_5)\\
&\qquad +h(c_2)(x_7-x_6)\\
&\qquad + h(c_3)(x_8-c_3) +  h(c_3)(c_3-x_7)\\
&= a_1  + (h(c_1)-h(c_0))(c_1-x_3) +h(c_1)(x_4-c_1) \\
&\qquad +h(c_1)(x_5-x_4)\\
&\qquad +h(c_2)(x_6-c_2) +  h(c_2)(c_2-x_5)\\
&\qquad +h(c_2)(x_7-x_6)\\
&\qquad + h(c_3)(x_8-c_3) +  h(c_3)(c_3-x_7).
\end{align*}

De même vous préparez l’apparition du réel $a_2 = h(c_1)(c_2-c_1).$

\begin{align*}
S(h,P)&= a_1  + (h(c_1)-h(c_0))(c_1-x_3) +h(c_1)(x_4-c_1) \\
&\qquad +h(c_1)(x_5-x_4)\\
&\qquad +h(c_1)(c_2-x_5) +  (h(c_2)-h(c_1))(c_2-x_5) +h(c_2)(x_6-c_2) \\
&\qquad +h(c_2)(x_7-x_6)\\
&\qquad + h(c_3)(x_8-c_3) +  h(c_3)(c_3-x_7).
\end{align*}

Et vous déduisez ce qui suit :

\begin{align*}
S(h,P)&= a_1  +a_2+ (h(c_1)-h(c_0))(c_1-x_3) \\
&\qquad +  (h(c_2)-h(c_1))(c_2-x_5) +h(c_2)(x_6-c_2) \\
&\qquad +h(c_2)(x_7-x_6)\\
&\qquad + h(c_3)(x_8-c_3) +  h(c_3)(c_3-x_7).
\end{align*}

Vous préparez maintenant l’apparition de $a_3 = h(c_2)(c_3-c_2).$

\begin{align*}
S(h,P)&= a_1  +a_2+ (h(c_1)-h(c_0))(c_1-x_3) \\
&\qquad +  (h(c_2)-h(c_1))(c_2-x_5) +h(c_2)(x_6-c_2) \\
&\qquad +h(c_2)(x_7-x_6)\\
&\qquad +h(c_2)(c_3-x_7) + ( h(c_3) - h(c_2))(c_3-x_7) + h(c_3)(x_8-c_3) .
\end{align*}

Et finalement :

\begin{align*}
S(h,P)&= a_1  +a_2+ a_3+(h(c_1)-h(c_0))(c_1-x_3) \\
&\qquad +  (h(c_2)-h(c_1))(c_2-x_5) \\
&\qquad  + ( h(c_3) - h(c_2))(c_3-x_7) + h(c_3)(x_8-c_3) .
\end{align*}

Comme la subdivision $P$ est $\delta$-fine, vous avez :

\left\{\begin{align*}
c_1-x_3 &\leq \delta(c_1)\\
c_2-x_5 &\leq \delta(c_2)\\
c_3-x_7 &\leq \delta(c_3)\\
x_8-c_3 &\leq \delta(c_3).
\end{align*}
\right.

Vous choisissez des valeurs de la jauge très petites sur l’ensemble $E$ en imposant ce qui suit :

\boxed{\forall k\in\N, \delta(c_k) \leq \frac{\min\{\varepsilon, M\}}{12M\times 4^k }.}

Il apparaît que :

\begin{align*}
\vert S(h,P) - (a_1  +a_2+ a_3) \vert &\leq \vert h(c_1)-h(c_0)\vert\ \delta(c_1) \\
&\qquad +  \vert h(c_2)-h(c_1)\vert \ \delta(c_2) \\
&\qquad  + \vert  h(c_3) - h(c_2)\vert\ \delta(c_3) + \vert h(c_3)\vert \delta(c_3)\\
&\leq 3M \times 2\delta(c_1)+3M\times 4\delta(c_2)+3M\times8\delta(c_3) + 3M\times8\delta(c_3)\\
&\leq 3M\left(\frac{2\varepsilon}{12M\times 4}+\frac{2^2\varepsilon}{12M \times 4^2}+ \frac{2^3\varepsilon}{12M\times 4^3}+ \frac{2^3\varepsilon}{12M\times 4^3}\right)\\
&\leq \frac{3\varepsilon}{12}\left(\frac{2}{4}+\frac{2^2}{4^2}+ \frac{2^3}{4^3}+ \frac{2^3}{4^3}\right)\\
&\leq \frac{\varepsilon}{4}\left(\frac{2}{4}+\frac{2^2}{4^2}+ \frac{2^3}{4^3}+ \frac{2^3}{4^3}\right)\\
&\leq \frac{2\varepsilon}{4}\left(\frac{2}{4}+\frac{2^2}{4^2}+ \frac{2^3}{4^3}\right)\\
&\leq \frac{\varepsilon}{2}\left(\frac{1}{2}+\frac{1}{2^2}+ \frac{1}{2^3}\right)\\
&\leq \frac{\varepsilon}{2}\times\sum_{k=1}^{+\infty}\frac{1}{2^k}\\
&\leq \frac{\varepsilon}{2}.
\end{align*}

Note. Dans le cas où il existerait un nombre $i\in\NN$ et nombre $j\in\N$ tels que $c_i\in [x_{j-1},x_j]$ et $c_i\in [x_j, x_{j+1}]$, alors ces deux intervalles adjacents ont la même étiquette qui est $c_i = x_j$ si bien que la majoration ci-dessus reste valable.

Majorez l’écart entre la somme de Riemann et la valeur $A$

Il s’agit de majorer par $\varepsilon$ le nombre $\vert S(h,P)-A \vert.$

Dans l’exemple précédent, il a été vu que $\vert S(h,P) – (a_1 +a_2+ a_3)\vert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Cette majoration n’est valable toutefois que pour les subdivisions $\delta$-fines, pour lesquelles vous aviez :

\begin{align*}
&\forall k\geq 4, c_k\in]x_{n-1}, x_n] \\
&\forall k\in\llbracket 0,3\rrbracket, c_k\in[x_0, x_{n-1}].
\end{align*}

Comme $\lim_{m\to +\infty} \sum_{k=m+1}^{+\infty} a_k =0$, il existe un entier $N$ tel que :

\forall m\geq N, \left\vert \sum_{k=m+1}^{+\infty} a_k \right\vert \leq \frac{\varepsilon}{2}.

Vous souhaitez ajuster la valeur de $\delta(1)$ pour qu’il existe un nombre $\xi\in\NN$ de sorte que :

\begin{align*}
&\forall k\geq \xi, c_k\in]x_{n-1}, x_n] \\
&\forall k\in\llbracket 0,\xi-1\rrbracket, c_k\in[x_0, x_{n-1}].
\end{align*}

Si $P$ est une subdivision $\delta$-fine, vous avez, puisque $t_n=1$ :

[x_{n-1},x_n]\subset [1-\delta(1), 1].

En prenant les longueurs de ces intervalles : $x_n-x_{n-1}\leq \delta(1).$

D’une part, $x_{n-1}< x_n$ avec $x_n=1$ donc $x_{n-1} < 1.$

D’autre part, la suite $(c_k)_{k\geq 0}$ converge vers $1$ donc il existe un entier $\ell \geq 0$ tel que $x_{n-1} < c_{\ell}.$

L’ensemble $\{k\in\N, x_{n-1}< c_k\}$ est une partie de $\N$ qui est non vide. Vous notez $\mu$ son plus petit élément.

Comme $x_{n-1}\geq 1/4$ vous déduisez $x_{n-1} \geq c_0.$ Par suite, $0$ n’appartient pas à $\{k\in\N, x_{n-1}< c_k\}$ donc $\mu\neq 0$ et comme $\mu\in\N$ il vient $\mu \geq 1.$

Pour tout $k\in\llbracket 0, \mu-1\rrbracket$, $k$ est un entier naturel strictement inférieur à $\mu$, le plus petit élément de $A$. Donc $k$ n’appartient pas à $A$ et par suite $x_{n-1}\geq c_k.$

\boxed{\forall k\in\llbracket 0, \mu-1\rrbracket, c_k \leq x_{n-1} < c_{\mu}.}

Si $\mu = 1$, alors comme $c_1 = \frac{1}{2}$, vous avez $1/2 \in ]x_{n-1},x_n].$ Du coup :

1/2\leq \vert 1/2-x_n\vert \leq x_n-x_{n-1}\leq 1-x_{n-1}\leq\delta(1).

Il suffit de choisir $\delta(1)$ tel que :

\boxed{\delta(1)\leq \frac{1}{3}.}

Il y a alors contradiction et donc $\mu \geq 2.$

Il vient donc :

\begin{align*}
\vert S(h,P) -A\vert &\leq \left\vert S(h,P) -\sum_{k=1}^{\mu-1}a_k \right\vert + \left\vert \sum_{k=\mu}^{+\infty}a_k \right\vert\\
&\leq \frac{\varepsilon}{ 2 } + \left\vert \sum_{k=\mu}^{+\infty}a_k \right\vert.
\end{align*}

Il reste à justifier que $\mu-1$ est supérieur ou égal à $N.$

Si tel n’était pas le cas, vous auriez $\mu-1<N$ c’est-à-dire $\mu \leq N.$

Or, $c_{\mu} \in ]x_{n-1},x_n]$ donc $1-c_{\mu} \leq \delta(1)$ donc $\frac{1}{2^{N}} \leq \frac{1}{2^\mu}\leq \delta(1).$

Il vous suffit de choisir $\delta(1)$ tel que :

\boxed{\delta(1)\leq \frac{1}{3\times 2^{N}}.}

A ce moment, une contradiction apparaît : d’une part $\delta(1) < \frac{1}{2^N}$ et d’autre part $\frac{1}{2^{N}}\leq \delta(1).$

C’est donc que $\mu-1 \geq N.$ Il vient $\left\vert \sum_{k=\mu}^{+\infty}a_k \right\vert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Par somme, vous déduisez :

\begin{align*}
\vert S(h,P) -A\vert &\leq  \frac{\varepsilon}{ 2 } + \left\vert \sum_{k=\mu}^{+\infty}a_k \right\vert \\
&\leq \frac{\varepsilon}{ 2 }+\frac{\varepsilon}{ 2 }\\
&\leq \varepsilon.
\end{align*}

Récapitulez et concluez

Il existe un réel $\boxed{M>0}$ tel que $\boxed{\forall k\geq 1, \vert a_k \vert \leq M.}$

Soit $E$ l’ensemble défini par $E = \{ c_k, k\in\N\}.$ Il est défini sur $]0,1[\setminus E$ une fonction strictement positive $\varphi$ en posant:

 \forall x\in]0,1[\setminus E, \varphi(x) = \inf \{ \vert x-c_k\vert, k\in\N \}.

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif.

Il existe un entier $N$ tel que:

\forall m\geq N, \left\vert \sum_{k=m+1}^{+\infty} a_k \right\vert \leq \frac{\varepsilon}{2}.

Vous définissez une jauge $\delta : [0,1]\to \R_{+}^{*}$ en posant :

\left\{\begin{align*}
&\delta(1) = \frac{1}{3\times 2^{N}}\\
&\forall k\in\N, \delta(c_k) = \frac{\min\{\varepsilon, M\}}{12M\times 4^k }\\
&\forall t\in]0,1[\setminus E, \delta(t) = \frac{\min (\varphi(t), t, 1-t)}{2}.\\
\end{align*}
\right.

Alors, pour toute subdivision étiquetée $P$ de $[0,1]$ qui est $\delta$-fine :

\vert S(h,P)-A \vert \leq \varepsilon.

La fonction $h$ est Henstock-Kurweil intégrable sur l’intervalle $[0,1]$ et son intégrale correspondante est égale à :

\boxed{\int_0^1h(t)\dt = A.}

Prolongement

Pourriez-vous expliciter une fonction réelle $h$ définie sur l’intervalle $[0,1]$ de sorte que $h$ soit Henstock-Kurzweil intégrable, mais de sorte que la valeur absolue $\vert h \vert$ ne le soit pas ?

329. Décomposition d’un polynôme du quatrième degré en produit de deux polynômes de degré 2 à coefficients dans un corps donné

Dans cet article, vous vous focalisez sur le polynôme $P$ à coefficients entiers défini par $X^4+1.$ Vous étudiez sa factorisation éventuelle comme produit de deux polynômes de degré $2$ ayant leurs coefficients dans un sous-corps donné de $\C$.

Ramenez-vous à des polynômes unitaires

Soit $\K$ un sous-corps de $\C.$

Ecrire $X^4+1$ comme produit de deux polynômes de degré $2$ à coefficients dans $\K$ signifie qu’il existe $(u,v,w,r,s,t)\in\K^6$ avec $u\neq 0$ et $v\neq 0$ tels que :

X^4+1 = (uX^2+vX+w)(rX^2+sX+t).

En divisant le premier polynôme du second degré par $u$ et en multipliant celui de droite par $u$, vous obtenez :

X^4+1 = \left(X^2+\frac{v}{u}X+\frac{w}{u}\right)(urX^2+usX+ut).

Après développement et identification du coefficient de $X^4$, il vient $ur = 1$ et par suite :

X^4+1 = \left(X^2+\frac{v}{u}X+\frac{w}{u}\right)(X^2+usX+ut).

Ainsi, vous cherchez à savoir s’il existe des coefficients $a$, $b$, $c$ et $d$ à valeurs dans $\K$ tels que :

X^4+1 = (X^2+aX+b)(X^2+cX+d).

Formez un système d’équations

Supposez qu’il existe quatre coefficients $a$, $b$, $c$ et $d$ à valeurs dans $\K$ tels que :

X^4+1 = (X^2+aX+b)(X^2+cX+d).

Vous développez le produit :

\begin{align*}
(X^2+aX+b)(X^2+cX+d) &=X^4+cX^3+dX\\
&\quad +aX^3+acX^2+adX\\
&\quad +bX^2+bcX+bd\\
&=X^4+(a+c)X^3+(d+ac+b)X^2+(ad+bc)X+bd.
\end{align*}

Par identification des coefficients il vient :

\left\{\begin{align*}
&a+c=0\\
&d+ac+b=0\\
&ad+bc=0\\
&bd=1.
\end{align*}
\right.

Vous utilisez la relation $c=-a$ pour effectuer des substitutions dans les équations obtenues. Du coup :

\left\{\begin{align*}
&c=-a\\
&d-a^2+b=0\\
&ad-ab=0\\
&bd=1.
\end{align*}
\right.

Terminez l’analyse avec le système précédent

Premier cas : $a=0$

Les coefficients $b$ et $d$ vérifient le système suivant :

\left\{\begin{align*}
&d+b=0\\
&bd=1.
\end{align*}
\right.

Vous multipliez la première équation par $b$ :

bd+b^2=0.

En remplaçant $bd$ par $1$ il vient :

\begin{align*}
b^2+1 &= 0\\
(b+i)(b-i)&=0.
\end{align*}

Du coup :

b\in\{i, -i\}.

Comme $\K$ est un corps, vous déduisez que :

 \boxed{i\in\K.}

Second cas : $a\neq 0$

La troisième équation du système suivant

\left\{\begin{align*}
&c=-a\\
&d-a^2+b=0\\
&ad-ab=0\\
&bd=1
\end{align*}
\right.

après division par $a$, fournit :

\begin{align*}
&d-b=0\\
&d=b.
\end{align*} 

Du coup, avec la quatrième équation du système :

\begin{align*}
b^2&=1\\
b^2-1&=0\\
(b-1)(b+1)&=0.
\end{align*} 

Ainsi :

b\in\{-1,1\}.

La deuxième équation du système fournit :

\begin{align*}
a^2=b+d\\
a^2 =2b.
\end{align*}

Si $b=1$, alors $a^2=2$ donc :

\begin{align*}
a^2-(\sqrt{2})^2 &= 0\\
(a-\sqrt{2})(a+\sqrt{2})&=0.
\end{align*}

Du coup, $a\in\{\sqrt{2}, -\sqrt{2}\}.$ Comme $\K$ est un corps, il en résulte que :

\boxed{\sqrt{2}\in\K.}

Si $b=-1$, alors $a^2=-2$ donc :

\begin{align*}
a^2-(i\sqrt{2})^2 &= 0\\
(a-i\sqrt{2})(a+i\sqrt{2})&=0.
\end{align*}

Du coup, $a\in\{i\sqrt{2}, -i\sqrt{2}\}.$ Comme $\K$ est un corps, il en résulte que :

\boxed{i\sqrt{2}\in\K.}

Concluez sur l’analyse

S’il existe un sous-corps $\K$ de $\C$ et s’il existe quatre coefficients $a$, $b$, $c$ et $d$ à valeurs dans $\K$ tels que :

X^4+1 = (X^2+aX+b)(X^2+cX+d)

alors au moins un des complexes parmi $i$, $\sqrt{2}$ et $i\sqrt{2}$ appartient à $\K.$

Effectuez la synthèse

Premier cas

Soit $\K$ un sous-corps de $\C$ tel que $i\in\K.$

Alors :

\begin{align*}
X^4+1 &= X^4 - i^2\\
&=(X^2+i)(X^2-i).
\end{align*} 

Le polynôme $X^4+1$ s’écrit comme produit de deux polynômes de degré $2$ à coefficients dans $\K.$

Deuxième cas

Soit $\K$ un sous-corps de $\C$ tel que $\sqrt{2}\in\K.$

Alors :

\begin{align*}
X^4+1 &= X^4+2X^2+1-2X^2\\
&= (X^2+1)^2-(\sqrt{2}X)^2\\
&=(X^2+\sqrt{2}X+1)(X^2-\sqrt{2}X+1).
\end{align*}

Le polynôme $X^4+1$ s’écrit à nouveau comme produit de deux polynômes de degré $2$ à coefficients dans $\K.$

Troisième cas

Soit $\K$ un sous-corps de $\C$ tel que $i\sqrt{2}\in\K.$

Alors :

\begin{align*}
X^4+1 &= X^4-2X^2+1+2X^2\\
&= (X^2-1)^2-(i\sqrt{2}X)^2\\
&=(X^2+i\sqrt{2}X-1)(X^2-i\sqrt{2}X-1).
\end{align*}

Le polynôme $X^4+1$ s’écrit encore comme produit de deux polynômes de degré $2$ à coefficients dans $\K.$

Concluez sur le problème initial

Pour tout sous-corps $\K$ de $\C$, le polynôme $X^4+1$ se décompose comme produit de deux polynômes de degré $2$ à coefficients dans $\K$, si et seulement si, au moins un des trois nombres parmi $i$, $\sqrt{2}$, $i\sqrt{2}$ appartient à $\K.$

Prolongement

Utilisez le contenu de cet article pour justifier que la notion de décomposition d’un polynôme en produit de polynômes irréductibles dépend du corps dans lequel les coefficients sont contenus.

328. Divisibilité d’un polynôme à trois variables

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Dans l’anneau $\Z[X,Y,Z]$ vous considérez le polynôme suivant :

P_n(X,Y,Z)=XY^n+YZ^n+ZX^n-X^nY-Y^nZ-Z^nX.

Dans cet article, vous allez démontrer que le polynôme $P_n$ est divisible par $(X-Y)(Y-Z)(Z-X)$ dans l’anneau $\Z[X,Y,Z].$

Explicitez la situation lorsque $n=2$

Vous avez :

\boxed{P_2(X,Y,Z)=XY^2+YZ^2+ZX^2-X^2 Y-Y^2Z-Z^2X.}

Vous réordonnez la somme précédente suivant les puissances décroissantes de $X$ :

P_2(X,Y,Z)=(Z-Y)X^2+(Y^2-Z^2)X+YZ^2-Y^2Z.

Puis vous factorisez :

\begin{align*}
P_2(X,Y,Z)&=(Z-Y)X^2+(Y^2-Z^2)X+YZ(Z-Y)\\
&=(Z-Y)X^2+(Y-Z)(Y+Z)X+YZ(Z-Y)\\
&=(Z-Y)X^2+(Z-Y)(-XY-XZ)+YZ(Z-Y)\\
&=(Z-Y)(X^2-XY-XZ+YZ)\\
&=(Y-Z)(-X^2+XY+XZ-YZ)\\
&=(Y-Z)(-X^2+XY+(X-Y)Z)\\
&=(Y-Z)((X-Y)(-X)+(X-Y)Z)\\
&=(Y-Z)(X-Y)(-X+Z)\\
&=(Y-Z)(X-Y)(Z-X).
\end{align*}

Le résultat annoncé est valable lorsque $n=2.$

Afin de mieux comprendre ce qui se passe en allant plus loin, vous détaillez le processus lorsque $n=4.$

Explicitez la situation lorsque $n=4$

Vous avez :

\boxed{P_4(X,Y,Z)=XY^4+YZ^4+ZX^4-X^4 Y-Y^4Z-Z^4X.}

Vous réordonnez la somme précédente suivant les puissances décroissantes de $X$ :

P_4(X,Y,Z)=(Z-Y)X^4+(Y^4-Z^4)X+YZ^4-Y^4Z.

Afin de comprendre la structure du polynôme $P_4$ vous effectuez une division euclidienne de ce dernier par $X-Y$ :

\begin{array}{lllll | l}
(Z-Y)X^4& & & +(Y^4-Z^4)X &+YZ^4-Y^4Z  &X-Y \\
\hline
&&&&& (Z-Y)X^3 + (YZ-Y^2)X^2 \\
(Z-Y)X^4&+(Y^2-YZ)X^3&&&&  \quad+ (Y^2Z-Y^3)X + (Y^3Z-Z^4)\\
&+(YZ-Y^2)X^3&&+(Y^4-Z^4)X&+YZ^4-Y^4Z \\ \hline
& \hphantom{+}(YZ-Y^2)X^3&+(Y^3-Y^2Z)X^2 \\
&& \hphantom{+}(Y^2Z-Y^3)X^2&+(Y^4-Z^4)X&+YZ^4-Y^4Z \\ \hline
&& \hphantom{+}(Y^2Z-Y^3)X^2 & +(Y^4-Y^3Z)X\\
&&&\hphantom{+}(Y^3Z-Z^4)X & +YZ^4-Y^4Z \\ \hline
&&&&\hphantom{+}0
\end{array}

Vous posez :

\boxed{Q_4(X,Y,Z) =  (Z-Y)X^3 + (YZ-Y^2)X^2+ (Y^2Z-Y^3)X + (Y^3Z-Z^4).}

D’après ce qui précède :

P_4(X,Y,Z) = (X-Y)Q_4(X,Y,Z).

Or :

\begin{align*}
Q_4(X,Y,Z) &=  (Z-Y)X^3 + (Z-Y)YX^2+ (Z-Y)Y^2X + (Y^3-Z^3)Z\\
&= (Z-Y)(X^3+YX^2+Y^2X)+ (Y^3-Z^3)Z\\
&=(Y-Z)(-X^3-YX^2-Y^2X)+ (Y^3-Z^3)Z\\
&=(Y-Z)(-X^3-YX^2-Y^2X)+ (Y-Z)(Y^2+YZ+Z^2)Z\\
&=(Y-Z)(-X^3-YX^2-Y^2X)+ (Y-Z)(Y^2Z+YZ^2+Z^3)\\
&=(Y-Z)( Y^2Z+YZ^2+Z^3-X^3-YX^2-Y^2X)\\
&=(Y-Z)( Z^3-X^3 +Y(Z^2-X^2) + Y^2(Z-X))\\
\end{align*}

Vous posez :

\boxed{R_4(X,Y,Z) = Z^3-X^3 +Y(Z^2-X^2) + Y^2(Z-X).}

D’après ce qui précède :

Q_4(X,Y,Z) = (Y-Z)R_4(X,Y,Z).

Enfin :

\begin{align*}
R_4(X,Y,Z) &= (Z-X)(Z^2+ZX+X^2)+Y(Z-X)(Z+X)+Y^2(Z-X)\\
&= (Z-X)(Z^2+ZX+X^2 + Y(Z+X) + Y^2)\\
&= (Z-X)(X^2 + Y^2 + Z^2+ XY+XZ+YZ ).
\end{align*}

Vous posez :

\boxed{S_4(X,Y,Z) = X^2+Y^2+Z^2+XY+XZ+YZ.}

Ainsi :

R_4(X,Y,Z) = (Z-X)S_4(X,Y,Z).

En définitive, le polynôme $P_4$ s’écrit ainsi :

\begin{align*}
P_4(X,Y,Z) &=(X-Y)Q_4(X,Y,Z)\\
&=(X-Y)(Y-Z)R_4(X,Y,Z)\\
&=(X-Y)(Y-Z)(Z-X)S_4(X,Y,Z).
\end{align*}

Il est ainsi prouvé que, dans l’anneau $\Z[X,Y,Z]$ :

\boxed{(X-Y)(Y-Z)(Z-X) \mid P_4(X,Y,Z).}

Passez à la démonstration dans le cas général

Il a déjà été établi que le résultat annoncé était valable lorsque $n=2.$

Vous revenez à un entier naturel $n$ supérieur ou égal à $3.$

Vous posez :

\begin{align*}
Q_n(X,Y,Z) &=  (Z-Y)X^{n-1} + (YZ-Y^2)X^{n-2}+ \cdots+(Y^{n-2}Z-Y^{n-1})X + (Y^{n-1}Z-Z^n) \\
&=\sum_{i=1}^{n-1} (Y^{n-1-i}Z-Y^{n-i})X^i + (Y^{n-1}Z-Z^n).
\end{align*}

Vous effectuez le développement du produit $(X-Y)Q_n(X,Y,Z)$ en utilisant des téléscopages :

\begin{align*}
(X-Y)Q_n(X,Y,Z) &= \sum_{i=1}^{n-1} (X-Y)(Y^{n-1-i}Z-Y^{n-i})X^i +(X-Y) (Y^{n-1}Z-Z^n) \\
&= \sum_{i=1}^{n-1} (X^{i+1}Y^{n-1-i}Z-X^{i+1}Y^{n-i}-X^{i}Y^{n-i}Z+X^{i}Y^{n+1-i}) \\
&\qquad+ XY^{n-1}Z-XZ^n-Y^{n}Z+YZ^n \\
&= \sum_{i=1}^{n-1} X^{i+1}Y^{n-1-i}Z-\sum_{i=1}^{n-1}X^{i+1}Y^{n-i}-\sum_{i=1}^{n-1}X^{i}Y^{n-i}Z+\sum_{i=1}^{n-1}X^{i}Y^{n+1-i}\\
&\qquad + XY^{n-1}Z-XZ^n-Y^{n}Z+YZ^n \\
&= \sum_{i=2}^{n} X^{i}Y^{n-i}Z-\sum_{i=2}^{n}X^{i}Y^{n+1-i}-\sum_{i=1}^{n-1}X^{i}Y^{n-i}Z+\sum_{i=1}^{n-1}X^{i}Y^{n+1-i} \\
&\qquad+ XY^{n-1}Z-XZ^n-Y^{n}Z+YZ^n \\
&= X^nZ+\sum_{i=2}^{n-1} X^{i}Y^{n-i}Z-X^nY-\sum_{i=2}^{n-1}X^{i}Y^{n+1-i}\\
&\qquad-XY^{n-1}Z-\sum_{i=2}^{n-1}X^{i}Y^{n-i}Z+XY^n+\sum_{i=2}^{n-1}X^{i}Y^{n+1-i}\\
&\qquad + XY^{n-1}Z-XZ^n-Y^{n}Z+YZ^n \\
&=X^nZ-X^nY+XY^n-XZ^n-Y^nZ+YZ^n\\
&=XY^n+YZ^n+ZX^n-X^nY-Y^nZ-Z^nX.
\end{align*}

Vous déduisez :

\boxed{P_n(X,Y,Z)  = (X-Y)Q_n(X,Y,Z).}

Vous factorisez $Q_n$ grâce aux facteurs communs :

\begin{align*}

Q_n(X,Y,Z)  &=\sum_{i=1}^{n-1} (Y^{n-1-i}Z-Y^{n-i})X^i + (Y^{n-1}Z-Z^n) \\
&=\sum_{i=1}^{n-1} (Y^{n-i-1}Z-Y^{n-i-1}Y)X^i + (Y^{n-1}-Z^{n-1})Z \\
&=\sum_{i=1}^{n-1} (Z-Y)Y^{n-i-1}X^i + (Y^{n-1}-Z^{n-1})Z \\
&=(Z-Y) \sum_{i=1}^{n-1} Y^{n-i-1}X^i + (Y^{n-1}-Z^{n-1})Z \\
&=(Y-Z) \sum_{i=1}^{n-1} -Y^{n-i-1}X^i + Z(Y-Z)\sum_{i=0}^{n-2}Y^{n-2-i}Z^{i} \\
&=(Y-Z) \sum_{i=1}^{n-1} -Y^{n-i-1}X^i + (Y-Z)\sum_{i=0}^{n-2}Y^{n-2-i}Z^{i+1} \\
&=(Y-Z) \sum_{i=1}^{n-1} -Y^{n-i-1}X^i + (Y-Z)\sum_{i=1}^{n-1}Y^{n-1-i}Z^{i} \\
&=(Y-Z) \sum_{i=1}^{n-1} (Y^{n-1-i}Z^{i} -Y^{n-i-1}X^i)\\
&=(Y-Z) \sum_{i=1}^{n-1} Y^{n-1-i}(Z^{i} -X^i).
\end{align*}

Vous posez :

\boxed{R_n(X,Y,Z) = \sum_{i=1}^{n-1} Y^{n-1-i}(Z^{i} -X^i).}

Ainsi :

\boxed{P_n(X,Y,Z)  = (X-Y)(Y-Z)R_n(X,Y,Z).}

Or, pour tout $i\in\llbracket 1, n-1\rrbracket$, vous avez :

Z^i-X^i = (Z-X)\sum_{j=0}^{i-1} Z^{i-1-j}X^j.

Pour tout $i\in\llbracket, 1, n-1\rrbracket$, vous posez :

F_i(X,Y,Z) = \sum_{j=0}^{i-1} Z^{i-1-j}X^j.

Ainsi, pour tout $i\in\llbracket 1, n-1\rrbracket$ vous avez $F_i\in\Z[X,Y,Z]$ et :

Z^i-X^i = (Z-X)F_i(X,Y,Z).

Par suite :

\begin{align*}
R_n(X,Y,Z) &= \sum_{i=1}^{n-1} Y^{n-1-i}(Z^{i} -X^i) \\
&= \sum_{i=1}^{n-1} Y^{n-1-i}(Z-X)F_i(X,Y,Z) \\
&=(Z-X)  \sum_{i=1}^{n-1} Y^{n-1-i}F_i(X,Y,Z).
\end{align*}

En posant $S_n(X,Y,Z) = \sum_{i=1}^{n-1} Y^{n-1-i}F_i(X,Y,Z)$ vous avez obtenu $S_n\in\Z[X,Y,Z]$ et :

\begin{align*}
&R_n(X,Y,Z) = (Z-X)S_n(X,Y,Z).
\end{align*} 

Pour récapituler, il est démontré que :

\boxed{
\begin{align*}
&P_n(X,Y,Z)  = (X-Y)(Y-Z)(Z-X)S_n(X,Y,Z)\\
&S_n\in\Z[X,Y,Z].
\end{align*}
}

Concluez

Il est ainsi établi que, pour tout entier naturel $n\geq 2$, le polynôme $(X-Y)(Y-Z)(Z-X)$ divise le polynôme $P_n$ dans $\Z[X,Y,Z]$ :

\boxed{(X-Y)(Y-Z)(Z-X) \mid XY^n+YZ^n+ZX^n-X^nY-Y^nZ-Z^nX.}

290. Mise sous forme de Hessenberg d’une matrice symétrique (2/2)

Vous prenez la suite du contenu écrit dans l'article 289.

Vous appelez $u$ l’endomorphisme de $\R^4$ canoniquement associé à la matrice $A$ définie par :

A = \begin{pmatrix}
0 & 1 &1 &1\\
1 & 0 &1 &1\\
1 & 1 &0 &1\\
1 & 1 &1 &0
\end{pmatrix}.

Cet endomorphisme est connu sur les vecteurs de la base canonique de $\R^4$ :

\left\{\begin{align*}
u(1,0,0,0) &= (0,1,1,1)\\
u(0,1,0,0) &= (1,0,1,1)\\
u(0,0,1,0) &= (1,1,0,1)\\
u(0,0,0,1) &= (1,1,1,0).
\end{align*}
\right.

Il a été établi dans l’article précité que la matrice $P$ :

P=\begin{pmatrix}
1 & 0 &0 &0\\
0 & 1 &0 &0\\
0 & 1 &1 &0\\
0 & 1 &0 &1
\end{pmatrix}

est une matrice de changement de base dans laquelle la matrice de $u$ dans la nouvelle base est de Hessenberg, notée $H$ :

H= \begin{pmatrix}
0 & 3 &1 &1\\
1 & 2 &1 &1\\
0 & 0 &-1 &0\\
0 & 0 &0 &-1
\end{pmatrix}.

Vous allez vérifier ce point directement.

Effectuez le changement de base en adoptant le point de vue des endomorphismes

Notez $(e_1,e_2,e_3,e_4)$ la base canonique de $\R^4.$

Le $\R$-espace vectoriel $\R^4$ est muni de son produit scalaire usuel. Ainsi $(e_1,e_2,e_3,e_4)$ est une base orthonormée de $\R^4.$

Vu la matrice $P$ qui est inversible, vous posez :

\left\{
\begin{align*}
f_1 &= e_1 \\
f_2 &= e_2+e_3+e_4\\
f_3 &= e_3\\
f_4 &= e_4.
\end{align*}
\right.

La famille $(f_1,f_2,f_3,f_4)$ est une base de $\R^4.$

La matrice $P$ est donc la matrice de passage de la base $(e_1,e_2,e_3,e_4)$ vers la base $(f_1,f_2,f_3,f_4).$

Pour rappel :

\left\{
\begin{align*}
u(e_1) &=  e_2+e_3+e_4\\
u(e_2) &= e_1+e_3+e_4\\
u(e_3) &=  e_1+e_2+e_4\\
u(e_4) &=  e_1+e_2+e_3.
\end{align*}
\right.

Maintenant vous calculez les images par l’endomorphisme $u$ des vecteurs $f_1$, $f_2$, $f_3$ et $f_4$ et vous exprimez les résultats dans la base $(f_1,f_2,f_3,f_4).$ Cela conduit à ce qui suit.

\begin{align*}
u(f_1) &= u(e_1)\\
&= e_2+e_3+e_4\\
&=f_2.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
u(f_2) &= u(e_2+e_3+e_4)\\
&= u(e_2)+u(e_3)+u(e_4)\\
&=3e_1+2e_2+2e_3+2e_4\\
&=3f_1+2(e_2+e_3+e_4)\\
&=3f_1+2f_2.
\end{align*}

Vous poursuivez :

\begin{align*}
u(f_3) &= u(e_3)\\
&= e_1+e_2+e_4\\
&=e_1+(e_2+e_3+e_4)-e_3\\
&=f_1+f_2-f_3.
\end{align*}

Vous terminez :

\begin{align*}
u(f_4) &= u(e_4)\\
&= e_1+e_2+e_3\\
&=e_1+(e_2+e_3+e_4)-e_4\\
&=f_1+f_2-f_4.
\end{align*}

Vous avez retrouvé que, dans la base $(f_1,f_2,f_3,f_4)$ la matrice de $u$ est bien la matrice $H$ précitée :

H= \begin{pmatrix}
0 & 3 &1 &1\\
1 & 2 &1 &1\\
0 & 0 &-1 &0\\
0 & 0 &0 &-1
\end{pmatrix}.

Utilisez le procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt

Dans la base $(f_1,f_2,f_3,f_4)$, la matrice de $u$ est de Hessenberg. Cependant, la base $(f_1,f_2,f_3,f_4)$ n’est pas orthonormée : par exemple, le produit scalaire $\langle f_2,f_3\rangle$ n’est pas nul.

Vous allez donc dans un premier temps orthogonaliser la base $(f_1,f_2,f_3,f_4)$ pour le produit scalaire usuel qui sera noté entre crochets.

Premier vecteur

Vous posez d’abord :

\boxed{f_1^{\perp} = f_1 = e_1.}
\Vert f_1^{\perp}\Vert^2 = \Vert e_1\Vert^2 = 1.

Deuxième vecteur

Utilisant la projection orthogonale du vecteur $f_2$ sur l’espace engendré par le vecteur $f_1^{\perp}$, vous posez :

\begin{align*}
f_2^{\perp} &= f_2-\frac{\langle f_2, f_1^{\perp}\rangle}{\Vert f_1^{\perp}\Vert^2} f_1^{\perp}\\
&= f_2-\langle f_2, f_1\rangle f_1.
\end{align*}

Or :

\begin{align*}
\langle f_2,f_1\rangle &= \langle e_2+e_3+e_4, e_1\rangle\\
&= \langle e_2, e_1\rangle +  \langle e_3, e_1\rangle +  \langle e_4, e_1\rangle \\
&=0+0+0\\
&=0.
\end{align*}

Donc :

\boxed{f_2^{\perp} = f_2 = e_2+e_3+e_4.}

Vous évaluez la norme au carré de ce vecteur :

\begin{align*}
\Vert f_2^{\perp}\Vert^2 &= \Vert e_2 \Vert^2+ \Vert e_3 \Vert^2+\Vert e_4\Vert^2 \\
&=1+1+1\\
&=3.
\end{align*}

Troisième vecteur

Utilisant la projection orthogonale du vecteur $f_3$ sur l’espace engendré par les vecteurs $f_1^{\perp}$ et $f_2^{\perp}$ vous posez :

\begin{align*}
f_3^{\perp} &= f_3-\frac{\langle f_3, f_1^{\perp}\rangle}{\Vert f_1^{\perp}\Vert^2} f_1^{\perp}-\frac{\langle f_3, f_2^{\perp}\rangle}{\Vert f_2^{\perp}\Vert^2} f_2^{\perp}
\\
&= f_3-\frac{\langle f_3, f_1\rangle}{\Vert f_1\Vert^2} f_1-\frac{\langle f_3, f_2\rangle}{\Vert f_2\Vert^2} f_2.
\end{align*}

Vous avez deux produits scalaires à calculer.

D’une part :

\begin{align*}
\langle f_3,f_1\rangle &= \langle e_3,e_1 \rangle\\
&=0.
\end{align*}

D’autre part :

\begin{align*}
\langle f_3,f_2\rangle &= \langle e_3,e_2+e_3+e_4 \rangle\\
&= \langle e_3,e_2 \rangle +  \langle e_3,e_3 \rangle+  \langle e_3,e_4 \rangle \\
&=0+\Vert e_3 \Vert^2+0\\
&=1.
\end{align*}

Donc :

\boxed{f_3^{\perp} = f_3-\frac{1}{3} f_2.}

Dans la base $(e_1,e_2,e_3,e_4)$ le vecteur $f_3^{\perp}$ s’écrit comme suit :

f_3^{\perp} = e_3 - \frac{1}{3}(e_2+e_3+e_4)

Après développement et réduction vous obtenez :

\boxed{f_3^{\perp} =- \frac{1}{3}e_2+\frac{2}{3} e_3  - \frac{1}{3}e_4.}

Au passage, la norme au carré de ce vecteur est égale à :

\begin{align*}
\Vert f_3^{\perp} \Vert^2 &= \left(-\frac{1}{3}\right)^2 + \left(\frac{2}{3}\right)^2 + \left(-\frac{1}{3}\right)^2\\
&=\frac{1}{9}+\frac{4}{9}+\frac{1}{9}\\
&=\frac{6}{9}\\
&=\frac{2}{3}.
\end{align*}

Quatrième vecteur

Utilisant la projection orthogonale du vecteur $f_4$ sur l’espace engendré par les vecteurs $f_1$, $f_2$ et $f_3$ vous posez :

\begin{align*}
f_4^{\perp} &= f_4-\frac{\langle f_4, f_1^{\perp}\rangle}{\Vert f_1^{\perp}\Vert^2} f_1^{\perp}-\frac{\langle f_4, f_2^{\perp}\rangle}{\Vert f_2^{\perp}\Vert^2} f_2^{\perp}-\frac{\langle f_4, f_3^{\perp}\rangle}{\Vert f_3\Vert^2} f_3^{\perp}
\\
&= f_4-{\langle f_4, f_1\rangle} f_1-\frac{\langle f_4, f_2\rangle}{3} f_2^{\perp} - \frac{3}{2}{\langle f_4, f_3^{\perp}\rangle} f_3^{\perp}.
\end{align*}

Vous avez trois produits scalaires à calculer.

\begin{align*}
\langle f_4,f_1\rangle &= \langle e_4,e_1 \rangle\\
&=0.
\end{align*}
\begin{align*}
\langle f_4,f_2\rangle &= \langle e_4,e_2+e_3+e_4 \rangle\\
&=1.
\end{align*}
\begin{align*}
\langle f_4,f_3^{\perp}\rangle &= \left\langle e_4,- \frac{1}{3}e_2+\frac{2}{3} e_3  - \frac{1}{3}e_4 \right\rangle\\
&=\frac{-1}{3}.
\end{align*}
\begin{align*}
f_4^{\perp} &=f_4-\frac{1}{3} f_2^{\perp} + \frac{1}{2} f_3^{\perp}\\
&=f_4-\frac{1}{3}f_2+\frac{1}{2}\left(f_3-\frac{1}{3} f_2\right)\\
&=-\frac{1}{2}f_2+\frac{1}{2}f_3+f_4.
\end{align*}

En résumé :

\boxed{f_4^{\perp} = -\frac{1}{2}f_2+\frac{1}{2}f_3+f_4.}

Dans la base $(e_1,e_2,e_3,e_4)$ le vecteur $f_4^{\perp}$ s’écrit comme suit :

\begin{align*}
f_4^{\perp} &= -\frac{1}{2}(e_2+e_3+e_4)+\frac{1}{2}e_3+e_4
\\
&=-\frac{1}{2}e_2+\frac{1}{2}e_4.
\end{align*}

Vous avez obtenu :

\boxed{f_4^{\perp} =-\frac{1}{2}e_2+\frac{1}{2}e_4.}

La norme au carré de ce vecteur est égale à :

\begin{align*}
\Vert f_4^{\perp} \Vert^2 &= \left(-\frac{1}{2}\right)^2 + \left(\frac{1}{2}\right)^2 \\
&=\frac{1}{4}+\frac{1}{4}\\
&=\frac{1}{2}.
\end{align*}

Orthonormalisez la base obtenue

Par le procédé effectué, la famille $(f_1^{\perp},f_2^{\perp},f_3^{\perp},f_4^{\perp})$ est orthogonale.

Donc la famille :

\left(f_1^{\perp},\frac{\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp},\frac{\sqrt{6}}{2}f_3^{\perp},\sqrt{2}f_4^{\perp}\right)

est orthonormale.

Déterminez la matrice de $u$ dans la base $(f_1^{\perp},f_2^{\perp},f_3^{\perp},f_4^{\perp})$

Premier vecteur

Comme $u(f_1) =f_2$ vous déduisez :

\begin{align*}
u(f_1^{\perp}) &=f_2^{\perp}.
\end{align*}

Deuxième vecteur

Ensuite, comme $u(f_2) = 3f_1+2f_2$ il vient :

\begin{align*}
u(f_2^{\perp}) &= 3f_1^{\perp}+2f_2^{\perp}.
\end{align*}

Troisième vecteur

Comme :

\begin{align*}
u(f_3) &= f_1+f_2-f_3
\\
f_3^{\perp} &= f_3-\frac{1}{3} f_2
\end{align*}

il vient par linéarité :

\begin{align*}
u(f_3^{\perp}) &= u(f_3)-\frac{1}{3} u(f_2)\\
&= f_1+f_2-f_3-\frac{1}{3}(3f_1+2f_2)\\
&=\frac{1}{3}f_2-f_3\\
&=\frac{1}{3}f_2-(f_3^{\perp}+\frac{1}{3}f_2)\\
&=-f_3^{\perp}.
\end{align*}

Quatrième vecteur

Comme :

\begin{align*}
u(f_4) &=f_1+f_2-f_4 \\
f_4^{\perp} &= -\frac{1}{2}f_2+\frac{1}{2}f_3+f_4
\end{align*}

par linéarité, il vient :

\begin{align*}
u(f_4^{\perp}) &= -\frac{1}{2}u(f_2)+\frac{1}{2}u(f_3)+u(f_4)\\
&= -\frac{1}{2}(3f_1+2f_2)+\frac{1}{2}(f_1+f_2-f_3)+(f_1+f_2-f_4)\\
&=\frac{1}{2}f_2-\frac{1}{2}f_3-f_4\\
&=-f_4^{\perp}.
\end{align*}

La matrice $K$ de $u$ dans la base $(f_1^{\perp},f_2^{\perp},f_3^{\perp},f_4^{\perp})$ est toujours de Hessenberg :

K=\begin{pmatrix}
0 & 3 & 0 & 0\\
1 & 2 & 0 & 0\\
0 & 0 & -1 & 0\\
0 & 0 & 0 & -1
\end{pmatrix}.

Déterminez la matrice de $u$ dans la base $\left(f_1^{\perp},\frac{\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp},\frac{\sqrt{6}}{2}f_3^{\perp},\sqrt{2}f_4^{\perp}\right)$

La matrice de $u$ dans la base canonique est symétrique, donc $u$ est auto-adjoint.

Donc sa matrice sera symétrique dans n’importe quelle base orthonormée.

Vous déduisez que, dans la base $\left(f_1^{\perp},\frac{\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp},\frac{\sqrt{6}}{2}f_3^{\perp},\sqrt{2}f_4^{\perp}\right)$ la matrice $L$ de $u$ sera à la fois symétrique et de Hessenberg. En particulier elle sera symétrique et tridiagonale.

Premier vecteur

De $u(f_1^{\perp}) =f_2^{\perp}$ vous déduisez :

\begin{align*}
u(f_1^{\perp}) =\sqrt{3} \left(\frac{\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp}\right).
\end{align*}

Deuxième vecteur

De $u(f_2^{\perp}) = 3f_1^{\perp}+2f_2^{\perp}$ il vient :

\begin{align*}
u\left(\frac{\sqrt{3}}{3} f_2^{\perp}\right) &= \sqrt{3}f_1^{\perp}+\frac{2\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp}\\
&=\sqrt{3}f_1^{\perp}+2\left(\frac{\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp}\right).
\end{align*}

Troisième vecteur

De $u(f_3^{\perp}) = -f_3^{\perp}$ vous déduisez :

\begin{align*}
u\left(\frac{\sqrt{6}}{2}f_3^{\perp}\right) = -\left(\frac{\sqrt{6}}{2}f_3^{\perp}\right).
\end{align*}

Quatrième vecteur

De $u(f_4^{\perp}) = -f_4^{\perp}$ vous déduisez :

\begin{align*}
u\left(\sqrt{2}f_4^{\perp}\right) &= -\left(\sqrt{2}f_4^{\perp}\right).
\end{align*}

La matrice $L$ de $u$ dans la base $\left(f_1^{\perp},\frac{\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp},\frac{\sqrt{6}}{2}f_3^{\perp},\sqrt{2}f_4^{\perp}\right)$ est symétrique et tridiagonale :

L=\begin{pmatrix}
0 & \sqrt{3} & 0 & 0\\
\sqrt{3} & 2 & 0 & 0\\
0 & 0 & -1 & 0\\
0 & 0 & 0 & -1
\end{pmatrix}.

Concluez

En notant $Q$ la matrice de passage de la base canonique de $\R^4$ vers la famille $\left(f_1^{\perp},\frac{\sqrt{3}}{3}f_2^{\perp},\frac{\sqrt{6}}{2}f_3^{\perp},\sqrt{2}f_4^{\perp}\right)$ vous obtenez une matrice orthogonale :

Q = \begin{pmatrix}
1 &     0                         & 0 & 0\\
0 & \frac{\sqrt{3}}{3} & -\frac{\sqrt{6}}{6} & -\frac{\sqrt{2}}{2}\\
0 & \frac{\sqrt{3}}{3} & \frac{\sqrt{6}}{3} & 0\\
0 & \frac{\sqrt{3}}{3} & -\frac{\sqrt{6}}{6} & \frac{\sqrt{2}}{2}
\end{pmatrix}.

Alors :

\boxed{Q^{-1}AQ = {}^{t}QAQ = L = \begin{pmatrix}
0 & \sqrt{3} & 0 & 0\\
\sqrt{3} & 2 & 0 & 0\\
0 & 0 & -1 & 0\\
0 & 0 & 0 & -1
\end{pmatrix}.}

Prolongement

La matrice réelle $L$ est-elle diagonalisable ? Autrement dit, existe-t-il une base de diagonalisation de l’endomorphisme $u$ ?

257. L’intégrale de Gauss (2/2)

Cet article constitue le prolongement du contenu écrit dans l'article 256.

Pour rappel, il a été établi dans le document précité les résultats suivants.

L’intégrale de Gauss $I = \int_{0}^{+\infty} \e^{-x^2}\dx$ est un réel strictement positif.

De plus :

\begin{align*}
\forall n\in\N, I_{2n} &= \int_{0}^{+\infty} x^{2n}\e^{-x^2}\dx = \frac{(2n)!}{n! \times 2^{2n}}\times I\\
\forall n\in\N, I_{2n+1} &= \int_{0}^{+\infty} x^{2n+1}\e^{-x^2}\dx = \frac{n!}{2}.
\end{align*}

Trouvez une inégalité

Soient $n\in\N$ et $t\in\R$ fixés.

Le contenu écrit dans l'article 256 a montré que les intégrales $\int_{0}^{+\infty} x^{n+2}\e^{-x^2}\dx$, $\int_{0}^{+\infty} x^{n+1}\e^{-x^2}\dx$ et $\int_{0}^{+\infty} x^{n}\e^{-x^2}\dx$ sont convergentes.

Par suite :

\begin{align*}
\lim_{M\to +\infty} \int_{0}^{M} x^{n+2}\e^{-x^2}\dx &= \int_{0}^{+\infty} x^{n+2}\e^{-x^2}\dx  = I_{n+2}\\
\lim_{M\to +\infty} \int_{0}^{M} x^{n+1}\e^{-x^2}\dx &= \int_{0}^{+\infty} x^{n+1}\e^{-x^2}\dx = I_{n+1}\\
\lim_{M\to +\infty} \int_{0}^{M} x^{n}\e^{-x^2}\dx &= \int_{0}^{+\infty} x^{n}\e^{-x^2}\dx = I_{n}.
\end{align*}

D’autre part, pour tout réel $M>0$ :

\begin{align*}
\int_{0}^{M} x^n(x+t)^2\e^{-x^2}\dx &= \int_{0}^{M} x^n(x^2+2tx+t^2)\e^{-x^2}\dx \\
&= \int_{0}^{M} (x^{n+2}+2tx^{n+1}+t^2x^n)\e^{-x^2}\dx \\
&= \int_{0}^{M} x^{n+2}\e^{-x^2}\dx + 2t  \int_{0}^{M} x^{n+1}\e^{-x^2}\dx + t^2  \int_{0}^{M} x^{n}\e^{-x^2}\dx.
\end{align*}

En faisant tendre $M$ vers $+\infty$, il vient, par addition de limites :

\begin{align*}
\lim_{M \to +\infty} \int_{0}^{M} x^n(x+t)^2\e^{-x^2}\dx &= \int_{0}^{+\infty} x^{n+2}\e^{-x^2}\dx + 2t  \int_{0}^{+\infty} x^{n+1}\e^{-x^2}\dx + t^2  \int_{0}^{+\infty} x^{n}\e^{-x^2}\dx \\
&=I_{n+2}+2tI_{n+1}+t^2I_n\\
&= I_n\ t^2+2I_{n+1}\ t+I_{n+2.}
\end{align*}

La fonction $x\mapsto x^n(x+t)^2\e^{-x^2}$ est positive, donc :

\forall M>0,  \int_{0}^{M} x^n(x+t)^2\e^{-x^2}\dx \geq 0.

En faisant tendre $M$ vers $+\infty$ une nouvelle fois, vous obtenez $I_n\ t^2+2I_{n+1}\ t+I_{n+2} \geq 0.$

En définitive :

\boxed{\forall n\in\N, \forall t\in\R, I_n\ t^2+2I_{n+1}\ t+I_{n+2} \geq 0.}

Trouvez une autre inégalité

Soit $n\in\N.$

La fonction $t\mapsto I_n\ t^2+2I_{n+1}\ t+I_{n+2}$ est bien un trinôme du second degré ($I_n$ est non nul) qui est toujours positif.

Par conséquent, le discriminant de ce trinôme est négatif ou nul. Cela donne :

\begin{align*}
(2I_{n+1})^2-4I_n\ I_{n+2} &\leq 0 \\
4I_{n+1}^2-4I_n\ I_{n+2} &\leq 0 \\
I_{n+1}^2-I_n\ I_{n+2} &\leq 0 \\
I_{n+1}^2\leq I_n\ I_{n+2}.
\end{align*}

En définitive :

\boxed{\forall n\in\N, I_{n+1}^2\leq I_n\ I_{n+2}.}

Déterminez la valeur de l’intégrale de Gauss

Première partie

Soit maintenant $n\in\NN.$

D’après le paragraphe précédent :

\begin{align*}
I_{2n}^2&\leq I_{2n+1}\ I_{2n-1} \\
\left( \frac{(2n)!}{n! \times 2^{2n}}\right)^2\times I^2 &\leq  \frac{n!}{2} \times  \frac{(n-1)!}{2}\\
\frac{[(2n)!]^2}{[n!]^2\times 2^{4n}}\times I^2 &\leq \frac{[n!]^2}{4n} \\
 I^2 &\leq \frac{[n!]^4\times 2^{4n}}{[(2n)!]^2\times4n}\\
I^2 &\leq \frac{[n!]^4\times 2^{4n-2}}{[(2n)!]^2\times n}.
\end{align*}

Par conséquent :

\forall n\in\NN, I \leq \frac{[n!]^2\times 2^{2n-1}}{(2n)!\times \sqrt{n}}.

Vous allez maintenant déterminer la limite de $\frac{[n!]^2\times 2^{2n-1}}{(2n)!\times \sqrt{n}}$ quand $n$ tend vers $+\infty.$

Grâce à la formule de Stirling, dont une démonstration se trouve dans les contenus écrits dans l'article 255 et dans l'article 254, vous déduisez :

\begin{align*}
 n! &\underset{n \to+\infty}{\sim} \sqrt{2 \pi n}\left(\frac{n}{\e}\right)^n \\
[n!]^2 &\underset{n \to+\infty}{\sim} 2 \pi n\left(\frac{n}{\e}\right)^{2n}\\
 &\underset{n \to+\infty}{\sim} 2 \pi n^{2n+1}\e^{-2n}\\
(2n)! &\underset{n \to+\infty}{\sim} \sqrt{4 \pi n}\left(\frac{2n}{\e}\right)^{2n} \\
&\underset{n \to+\infty}{\sim} 2\sqrt{ \pi}\sqrt{ n}\ 2^{2n}n^{2n}\e^{-2n} \\
&\underset{n \to+\infty}{\sim} \sqrt{ \pi}\sqrt{ n}\ 2^{2n+1}n^{2n}\e^{-2n} \\
\frac{[n!]^2\times 2^{2n-1}}{(2n)!\times \sqrt{n}} &\underset{n \to+\infty}{\sim}  \frac{2 \pi n^{2n+1}\e^{-2n} \times 2^{2n-1}}{\sqrt{ \pi}\sqrt{ n}\ 2^{2n+1}n^{2n}\e^{-2n} \times \sqrt{n}} \\
&\underset{n \to+\infty}{\sim}  \frac{2 \pi n^{2n+1} \times 2^{2n-1}}{\sqrt{ \pi}n\ 2^{2n+1}n^{2n}} \\
&\underset{n \to+\infty}{\sim}  \frac{2 \sqrt{\pi} \sqrt{\pi} \times 2^{2n-1}}{\sqrt{ \pi}\ 2^{2n+1}} \\
&\underset{n \to+\infty}{\sim}  \frac{ \sqrt{\pi}  \times 2^{2n}}{2^{2n+1}} \\
&\underset{n \to+\infty}{\sim}  \frac{ \sqrt{\pi}  }{2}.
\end{align*}

Ainsi :

\lim_{n\to +\infty} \frac{[n!]^2\times 2^{2n-1}}{(2n)!\times \sqrt{n}} = \frac{\sqrt{\pi}}{2}.

En faisant tendre $n$ vers $+\infty$ dans l’inégalité $I\leq \frac{[n!]^2\times 2^{2n-1}}{(2n)!\times \sqrt{n}}$ vous déduisez $\boxed{I \leq \frac{\sqrt{\pi}}{2}.}$

Seconde partie

Soit maintenant $n\in\NN.$

\begin{align*}
I_{2n+1}^2 &\leq I_{2n}\ I_{2n+2} \\
\left(\frac{n!}{2}\right)^2 &\leq  \left(\frac{(2n)!}{n! \times 2^{2n}}\times I\right)\left( \frac{(2n+2)!}{(n+1)! \times 2^{2n+2}}\times I\right) \\
\frac{[n!]^2}{4} &\leq \frac{[(2n)!]^2 (2n+1)(2n+2)}{[n!]^2(n+1) \times 2^{4n+2}}\times I^2 \\
\frac{[n!]^4 (n+1) \times 2^{4n+2}}{4 [(2n)!]^2 (2n+1)(2n+2)}&\leq I^2\\
\frac{[n!]^2 \sqrt{n+1} \times 2^{2n+1}}{2\times (2n)!  \sqrt{(2n+1)(2n+2)}}&\leq I \\
\frac{[n!]^2 \sqrt{n+1} \times 2^{2n}}{ (2n)!  \sqrt{(2n+1)(2n+2)}}&\leq I \\
\frac{[n!]^2  \times 2^{2n-1}}{ (2n)!  \sqrt{n} } \times \frac{2\sqrt{n}\sqrt{n+1}}{\sqrt{(2n+1)(2n+2)}} &\leq I.
\end{align*}

Par conséquent :

\forall n\in\NN, \frac{[n!]^2  \times 2^{2n-1}}{ (2n)!  \sqrt{n} } \times \frac{2\sqrt{n}\sqrt{n+1}}{\sqrt{(2n+1)(2n+2)}} \leq I.

Pour tout $n\in\NN$ :

\begin{align*}
 \frac{2\sqrt{n}\sqrt{n+1}}{\sqrt{(2n+1)(2n+2)}} &=  \sqrt{\frac{4n(n+1)}{(2n+1)(2n+2)}} \\
&=  \sqrt{\frac{4n^2+4n}{4n^2+6n+2}} \\
&=  \sqrt{\frac{4+\frac{4}{n}}{4+\frac{6}{n}+\frac{2}{n^2}}} \\
\end{align*}

Comme :

\begin{align*}
\lim_{n\to +\infty} 4+\frac{4}{n} &= 4 \\
\lim_{n\to +\infty} 4+\frac{6}{n}+\frac{2}{n^2} &= 4 \\
\end{align*}

Par quotient, il vient :

\lim_{n\to +\infty} \frac{4+\frac{4}{n}}{4+\frac{6}{n}+\frac{2}{n^2}} = 1.

En prenant la racine carrée, vous déduisez :

\begin{align*}
\lim_{n\to +\infty} \sqrt{\frac{4+\frac{4}{n}}{4+\frac{6}{n}+\frac{2}{n^2}}} &= \sqrt{1} =  1\\
\lim_{n\to +\infty} \frac{2\sqrt{n}\sqrt{n+1}}{\sqrt{(2n+1)(2n+2)}}  &= 1.
\end{align*}

Il a été vu dans la première partie que :

\lim_{n\to +\infty} \frac{[n!]^2\times 2^{2n-1}}{(2n)!\times \sqrt{n}} = \frac{\sqrt{\pi}}{2}.

Par produit, vous déduisez :

\lim_{n\to +\infty }\frac{[n!]^2  \times 2^{2n-1}}{ (2n)!  \sqrt{n} } \times \frac{2\sqrt{n}\sqrt{n+1}}{\sqrt{(2n+1)(2n+2)}} = \frac{\sqrt{\pi}}{2}.

En faisant tendre $n$ vers $+\infty$ dans l’inégalité $\frac{[n!]^2 \times 2^{2n-1}}{ (2n)! \sqrt{n} } \times \frac{2\sqrt{n}\sqrt{n+1}}{\sqrt{(2n+1)(2n+2)}} \leq I$ vous déduisez $\boxed{\frac{\sqrt{\pi}}{2} \leq I.}$

Concluez

Les inégalités $\frac{\sqrt{\pi}}{2} \leq I$ et $I \leq\frac{\sqrt{\pi}}{2}$ fournissent $I =\frac{\sqrt{\pi}}{2}.$

L’intégrale de Gauss $I = \int_{0}^{+\infty} \e^{-x^2}\dx$ est égale à $\frac{\sqrt{\pi }}{2}$ :

\boxed{ \int_{0}^{+\infty} \e^{-x^2}\dx = \frac{\sqrt{\pi }}{2}.}

256. L’intégrale de Gauss (1/2)

L’objectif de cet article et du contenu que vous trouverez dans l'article 257 est de déterminer la valeur de l’intégrale de Gauss définie par :

I = \int_{0}^{+\infty} \e^{-x^2}\dx.

Pour y parvenir, vous définissez la suite d’intégrales suivante en posant :

\forall n\in\N, I_n =  \int_{0}^{+\infty} x^n\e^{-x^2}\dx.

Remarquez que pour tout entier naturel $n$, la fonction $x\mapsto x^n\e^{-x^2}$ est positive sur l’intervalle $[0,+\infty[.$

Par conséquent, l’intégrale $I_n$ est bien définie. Elle est égale à ce stade à un réel positif, ou bien à $+\infty.$

Etablissez la convergence de l’intégrale $I_n$

Soit $n$ un entier naturel.

Pour justifier que l’intégrale $I_n$ n’est pas égale à $+\infty$ vous pouvez utiliser des majorations.

Partez du fait que l’exponentielle domine tous les polynômes de n’importe quel degré, en particulier le degré $n+2$, ce qui s’écrit ainsi $\lim_{x\to +\infty} \frac{\e^x}{x^{n+2}} = +\infty.$ Vous déduisez que $\lim_{x\to +\infty} \frac{x^{n+2}}{\e^x} = 0$ ce qui donne $\lim_{x\to +\infty} x^{n+2}\e^{-x} = 0.$

Par conséquent, il existe un réel $A>0$ tel que:

\begin{align*}
\forall x\geq A &, x^{n+2}\e^{-x}\leq 1 \\
\forall x\geq A &, x^{n}\e^{-x}\leq \frac{1}{x^2}.
\end{align*}

Posez $B = A+1.$

Soit maintenant $x$ un réel tel que $x\geq B.$ Comme $x\geq 1$ il vient $x^2\geq x$ donc $-x^2 \leq -x$ et $\e^{-x^2} \leq \e^{-x}.$ Vous déduisez que:

\forall x\geq B, x^n\e^{-x^2}\leq x^n\e^{-x} \leq \frac{1}{x^2}.

Il en résulte que:

\begin{align*}
\int_B^{+\infty} x^n\e^{-x^2}\dx &\leq \int_B^{+\infty} \frac{1}{x^2}\dx\\
&\leq  \left[\frac{-1}{x}\right]_B^{+\infty}\\
&\leq \frac{1}{B}.
\end{align*}

Du coup, pour l’intégrale $I_n$ vous déduisez que :

\begin{align*}
I_n &\leq \int_0^{B} x^n\e^{-x^2}\dx + \int_B^{+\infty} x^n\e^{-x^2}\dx \\
&\leq  \int_0^{B} x^n\e^{-x^2}\dx + \frac{1}{B}.
\end{align*}

L’intégration de la fonction continue $x\mapsto x^n\e^{-x^2}$ sur le segment $[0,B]$ fournit $\int_0^{B} x^n\e^{-x^2}\dx\in \R.$

Il en résulte que $\int_0^{B} x^n\e^{-x^2}\dx + \frac{1}{B} \in \R.$

On ne peut donc avoir $I_n = +\infty$, sinon l’inégalité $I_n \leq \int_0^{B} x^n\e^{-x^2}\dx + \frac{1}{B}$ ne serait pas vérifiée.

Vous en tirez ceci :

\int_{0}^{+\infty} x^n\e^{-x^2}\dx \in \R_{+}.

D’autre part, la fonction $x\mapsto x^n\e^{-x^2}$ est positive, continue et non identiquement nulle sur l’intervalle $[0,1].$ Vous déduisez que :

\int_{0}^{+\infty} x^n\e^{-x^2}\dx \in \R_{+} \geq \int_{0}^{1} x^n\e^{-x^2}\dx > 0.

En définitive, vous avez montré que l’intégrale $I_n$ est un réel strictement positif.

\boxed{\forall n\in\N, \int_{0}^{+\infty} x^n\e^{-x^2}\dx \in \R_{+}^{*}.}

Remarque. En particulier, l’intégrale de Gauss notée $I$, est égale à $I_0.$ C’est donc bien un réel strictement positif aussi.

Trouvez une relation de récurrence

En vous inspirant des intégrations par parties effectuées dans les intégrales de Wallis, vous effectuez le même raisonnement.

Soit $n$ un entier naturel et $M$ un réel supérieur ou égal à $1.$

\begin{align*}
 \int_{0}^{M} x^{n}\e^{-x^2}\dx &= \left[\frac{x^{n+1}}{n+1}\e^{-x^2}\right]_0^M - \int_0^M \frac{x^{n+1}}{n+1}(-2x)\e^{-x^2}\dx \\
&= \frac{M^{n+1}}{n+1}\e^{-M^2} -0 +\frac{2}{n+1} \int_0^M x^{n+2}\e^{-x^2}\dx\\
&= M\times\frac{M^{n}\e^{-M^2}}{n+1} +\frac{2}{n+1} \int_0^M x^{n+2}\e^{-x^2}\dx\\
\end{align*}

Vous observez que :

0\leq M^{n}\e^{-M^2} \leq M^n\e^{-M}.

Via $\lim_{M\to +\infty} M^n\e^{-M} = 0$ et le théorème des gendarmes, vous déduisez $\lim_{M\to +\infty} M^n\e^{-M^2} = 0.$

D’autre part, $\lim_{M\to + \infty} \int_{0}^{M} x^{n}\e^{-x^2}\dx = I_n$ et $\lim_{M\to + \infty} \int_{0}^{M} x^{n+2}\e^{-x^2}\dx = I_{n+2}$ du coup en passant à la limite quand $M\to +\infty$ il vient $I_n = \frac{2}{n+1}I_{n+2}.$

Vous aboutissez à la relation de récurrence suivante :

\boxed{\forall n\in\N, I_{n+2} = \frac{n+1}{2}\times I_n.}

Pour tout $n\in\N$, calculez l’intégrale $I_{2n+1}$

Vous avez :

I_1 =  \int_{0}^{+\infty} x\e^{-x^2}\dx.

Soit $M$ un réel strictement positif. Effectuez le changement de variable suivant :

\begin{align*}
y&=x^2\\
 \dy &=2x\dx\\
\int_0^M x\e^{-x^2}\dx &= \int_0^{{M^2}}\frac{1}{2}\e^{-y}\dy\\
&= \frac{1}{2} \int_0^{{M^2}}\e^{-y}\dy\\
&=\frac{1}{2} \left[-\e^{-y}\right]_0^{{M^2}} \\
&=-\frac{1}{2}\e^{-M^2} + \frac{1}{2}.
\end{align*}

Vous trouvez :

\begin{align*}
\lim_{M\to +\infty} -M^2 &= -\infty \\
\lim_{M\to +\infty} \e^{-{M^2}} &= 0.
\end{align*}

Il en résulte que :

I_1 = \int_{0}^{+\infty} x\e^{-x^2}\dx = \frac{1}{2}.

Utilisant la relation de récurrence sur la suite $(I_n)_{n\geq 0}$ vous déduisez :

\begin{align*}
I_3 &= \frac{2}{2}\times I_1 = \frac{2}{2}\times \frac{1}{2} =  \frac{1!}{2} \\
I_5 &= \frac{4}{2}\times I_3 = \frac{4}{2}\times  \frac{2}{2}\times \frac{1}{2} =  \frac{2!}{2} \\
I_7 &= \frac{6}{2}\times I_5 =  \frac{6}{2}\times \frac{4}{2}\times  \frac{2}{2}\times \frac{1}{2} =  \frac{3!}{2}.
\end{align*}

Pour tout entier naturel $n$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété : « $I_{2n+1} = \frac{n!}{2}$. »

Initialisation. Pour $n=0$, vous trouvez $\frac{0!}{2} = \frac{1}{2} = I_1$ donc $\mathscr{P}(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n\in\N.$ Supposez que $\mathscr{P}(n)$ est vérifiée.

\begin{align*}
I_{2n+3} &= \frac{2n+2}{2}\times I_{2n+1}\\
&= (n+1)\times  \frac{n!}{2}\\
&= \frac{(n+1)!}{2}.
\end{align*}

Du coup, la propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est vérifiée.

Vous venez de montrer par récurrence sur $n$ que :

\boxed{\forall n\in\N, I_{2n+1} = \int_{0}^{+\infty} x^{2n+1}\e^{-x^2}\dx = \frac{n!}{2}.}

Pour tout $n\in\N$, calculez l’intégrale $I_{2n}$

Vous allez effectuer les calculs en fonction de l’intégrale de Gauss : $I = \int_{0}^{+\infty} \e^{-x^2}\dx.$ La valeur définitive de cette intégrale sera déterminée dans l'article 257.

Partez de la relation de récurrence $\forall n\in\N, I_{n+2} = \frac{n+1}{2}\times I_n.$

Vous obtenez successivement :

\begin{align*}
I_2 &=\frac{1}{2}\times I \\
I_4 &=\frac{3}{2}\times I_2 \\
&= \frac{3}{2}\times \frac{1}{2}\times I \\
&= \frac{ 4!}{4\times 2\times  2^2}\times I \\
&= \frac{4!}{2!\times 2^4}\times I\\
I_6 &=\frac{5}{2}\times I_4 \\
&=\frac{5}{2}\times  \frac{4!}{2!\times 2^4}\times I \\
&= \frac{5!}{2!\times 2^5}\times I\\
&=\frac{6!}{6\times 2!\times 2^5}\times I \\
&= \frac{6!}{3\times 2!\times 2^6}\times I \\
&= \frac{6!}{3\times 2!\times 2^6}\times I\\
&= \frac{6!}{3!\times 2^6}\times I.
\end{align*}

Ces calculs préliminaires étant effectués, vous êtes prêts à généraliser le tout en lançant une récurrence.

Pour tout entier naturel $n$, notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété : « $I_{2n} = \frac{(2n)!}{n! \times 2^{2n}}\times I.$ »

Initialisation. Pour $n=0$, $I_0 = I.$ D’autre part $ \frac{(2\times 0)!}{0! \times 2^{2\times 0}}\times I = 1\times I = I.$

Donc $\mathscr{P}(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel. Supposez $\mathscr{P}(n)$.

Vous avez alors :

\begin{align*}
I_{2n+2} &= \frac{2n+1}{2}\times I_{2n} \\
&= \frac{2n+1}{2}\times  \frac{(2n)!}{n! \times 2^{2n}}\times I \\
&= \frac{2n+2}{2n+2}\times \frac{2n+1}{2}\times  \frac{(2n)!}{n! \times 2^{2n}}\times I \\
&=  \frac{(2n+2)!}{(2n+2)\times n! \times 2^{2n+1}}\times I \\
&=  \frac{(2n+2)!}{2(n+1)\times n! \times 2^{2n+1}}\times I \\
&=  \frac{(2n+2)!}{(n+1)\times n! \times 2^{2n+2}}\times I \\
&=  \frac{(2n+2)!}{(n+1)! \times 2^{2n+2}}\times I.
\end{align*}

Ainsi avec $\boxed{I = \int_{0}^{+\infty} \e^{-x^2}\dx}$ vous avez :

\boxed{\forall n\in\N, I_{2n} = \int_{0}^{+\infty} x^{2n}\e^{-x^2}\dx = \frac{(2n)!}{n! \times 2^{2n}}\times I.}

253. La formule de Wallis

Vous vous intéressez dans cet article à obtenir le nombre $\pi$ comme limite d’une suite.

Utilisez les intégrales de Wallis

Pour tout entier naturel $n$, vous posez $I_n = \int_0^{\pi/2} \sin^n t\dt.$

Vous calculez d’abord $I_0.$

\begin{align*}
I_0 &= \int_0^{\pi/2} \sin^0 t\dt\\
&= \int_0^{\pi/2} 1\dt\\
&=\frac{\pi}{2}.
\end{align*}

Vous enchaînez avec $I_1.$

\begin{align*}
I_1 &= \int_0^{\pi/2} \sin^1 t\dt\\
&= \int_0^{\pi/2} \sin t\dt\\
&=\left[-\cos t\right]_0^{\pi/2}\\
&=-\left[\cos t\right]_0^{\pi/2}\\
&=-\left(0-1\right)\\
&=1.
\end{align*}

Soit maintenant $n$ un entier naturel fixé. Vous allez utiliser un outil très important, qui est une intégration par parties.

\begin{align*}
I_{n+2} &= \int_0^{\pi/2} \sin^{n+2} t\dt\\
&=  \int_0^{\pi/2}\sin t \times \sin^{n+1} t\dt\\
&= \left[-\cos t \times \sin^{n+1} t\right]_0^{\pi/2}-  \int_0^{\pi/2} (-\cos t)  (n+1) \sin^{n} t \cos t\dt\\
&=0-  \int_0^{\pi/2} (-\cos t)  (n+1) \sin^{n} t \cos t\dt\\
&=   (n+1) \int_0^{\pi/2} \cos^2 t  \sin^{n} t \dt\\
&=   (n+1) \int_0^{\pi/2} (1-\sin^2 t)  \sin^{n} t \dt\\
&=(n+1) \int_0^{\pi/2} (\sin^n t-\sin^{n+2} t)  \dt\\
&=(n+1)I_n - (n+1)I_{n+2}.
\end{align*}

Cette relation permet d’obtenir :

\begin{align*}
(n+2)I_{n+2} &= (n+1)I_n.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall n\in\N, I_{n+2} =\frac{n+1}{n+2} I_n.}

Le reste dépend de la parité de l’entier $n.$

Pour tout $n\in\N$ calculez $I_{2n}$

Déjà, vous avez $I_0 = \frac{\pi}{2}.$

Puis $I_2 = \frac{1}{2}I_0 = \frac{1}{2}\times \frac{\pi}{2}.$

Ensuite $I_4 =\frac{3}{4}I_2 = \frac{1\times 3}{2\times 4} \times \frac{\pi}{2}.$

Il est d’usage d’écrire ce dernier calcul en utilisant des factorielles :

\begin{align*}
I_4 &= \frac{1\times 3}{2\times 4} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{1\times 2 \times 3\times 4}{(2\times 4)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{4!}{(2\times 4)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{4!}{(1\times 2 \times 2^2)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{4!}{(2! \times 2^2)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{4!}{(2!)^2 \times 2^4} \times \frac{\pi}{2}.
\end{align*}

Qu’en est-il pour $I_6$ ? Vous effectuez une démarche similaire :

\begin{align*}
I_6 &= \frac{5}{6}\times I_4 \\
&= \frac{5}{6}\times \frac{1\times 3}{2\times 4} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{1\times 3\times 5}{2\times 4 \times 6} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{1\times 2\times 3\times 4\times 5\times 6}{(2\times 4 \times 6)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{6!}{(2\times 4 \times 6)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{6!}{(1\times 2 \times 3 \times 2^3)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{6!}{(3! \times 2^3)^2} \times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{6!}{(3!)^2 \times 2^6} \times \frac{\pi}{2}.
\end{align*}

Vous êtes maintenant prêt à démontrer par récurrence que $\forall n\in\N, I_{2n} = \frac{(2n)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}.$

Pour tout entier naturel $n$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété : « $I_{2n} = \frac{(2n)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}.$ »

Initialisation. Pour $n=0$, $I_0 = \frac{\pi}{2}.$

D’autre part, $\frac{(0!)}{(0!)^2\times 2^{0}}\times \frac{\pi}{2} = \frac{\pi}{2}$ donc $\mathscr{P}(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n\in\N$, supposez $\mathscr{P}(n).$

\begin{align*}
I_{2n+2} &= \frac{2n+1}{2n+2} I_{2n}\\
&= \frac{2n+1}{2n+2} \times \frac{(2n)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{(2n+1)(2n+2)}{(2n+2)^2} \times \frac{(2n)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{(2n+2)!}{(2n+2)^2 (n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{(2n+2)!}{(2(n+1))^2 (n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{(2n+2)!}{2^2 \times (n+1)^2 (n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{(2n+2)!}{ (n+1)^2 (n!)^2\times 2^{2n+2}}\times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{(2n+2)!}{ ((n+1)\times n!)^2\times 2^{2n+2}}\times \frac{\pi}{2}\\
&= \frac{(2n+2)!}{((n+1)!)^2\times 2^{2n+2}}\times \frac{\pi}{2}.
\end{align*}

Ainsi, la propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est bien vérifiée.

Vous avez donc établi le résultat suivant :

\boxed{\forall n\in\N, I_{2n} = \frac{(2n)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}.}

Pour tout $n\in\N$ calculez $I_{2n+1}$

Déjà, vous avez $I_1 = 1.$

Puis $I_3 = \frac{2}{3}I_1 = \frac{2}{3}.$

Ensuite, $I_5 = \frac{4}{5}I_3 = \frac{4}{5}\times \frac{2}{3} = \frac{2\times 4}{3\times 5}.$

Vous écrivez $I_5$ avec des factorielles :

\begin{align*}
I_5 &=  \frac{2\times 4}{3\times 5} \\
&=   \frac{(2\times 4)^2}{2\times 3 \times 4\times 5} \\
&=   \frac{(1\times 2 \times 2^2)^2 \times 2^2}{5!} \\
&=   \frac{(2!)^2 \times 2^4}{5!}.
\end{align*}

Pour tout entier naturel $n$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété : « $I_{2n+1} = \frac{(n!)^2\times 2^{2n}}{(2n+1)!}.$ »

Initialisation. Pour $n=0$, $I_1 = 1.$

$ \frac{(0!)^2\times 2^0}{(2\times 0+1)!} = 1$ donc $\mathscr{P}(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n\in\N$, supposez $\mathscr{P}(n).$

\begin{align*}
I_{2n+3} &= \frac{2n+2}{2n+3} I_{2n+1}\\
&=\frac{2n+2}{2n+3} \times \frac{(n!)^2\times 2^{2n}}{(2n+1)!}\\
&=\frac{(2n+2)^2}{(2n+3)(2n+2)} \times \frac{(n!)^2\times 2^{2n}}{(2n+1)!}\\
&=\frac{2^2(n+1)^2}{(2n+3)(2n+2)} \times \frac{(n!)^2\times 2^{2n}}{(2n+1)!}\\
&=\frac{2^2(n+1)^2}{(2n+3)(2n+2)} \times \frac{(n!)^2\times 2^{2n}}{(2n+1)!}\\
&=\frac{(n+1)^2(n!)^2\times 2^{2n+2}}{(2n+1)!(2n+2)(2n+3)}\\
&=\frac{(n+1)^2(n!)^2\times 2^{2n+2}}{(2n+3)!}\\
&=\frac{((n+1)n!)^2\times 2^{2n+2}}{(2n+3)!}\\
&=\frac{((n+1)!)^2\times 2^{2n+2}}{(2n+3)!}.
\end{align*}

Ainsi, la propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est bien vérifiée.

Vous avez donc établi le résultat suivant :

\boxed{\forall n\in\N, I_{2n+1} = \frac{(n!)^2\times 2^{2n}}{(2n+1)!}.}

La suite $(I_n)$ est décroissante

Soit $n$ un entier naturel.

Sur l’intervalle $[0,\pi/2]$ la fonction $t\mapsto \sin t$ est positive.

Il en résulte que :

\forall t\in\left[0,\pi/2\right], 0\leq (\sin t)^n.

D’autre part :

\forall t\in \left[0,\pi/2\right], \sin t \leq 1.

En multipliant cette inégalité par $(\sin t)^n$ qui est positif, vous obtenez :

\forall t\in \left[0,\pi/2\right], 0\leq (\sin t)^{n+1} \leq (\sin t)^n.

En intégrant sur l’intervalle $[0,\pi/2]$ il vient :

\begin{align*}
\int_0^{\pi/2} \sin^{n+1} t\dt \leq \int_0^{\pi/2} \sin^{n} t\dt.
\end{align*}

En définitive vous avez montré que :

\boxed{\forall n\in\N, I_{n+1}\leq I_n.}

Déduisez-en la formule de Wallis

Soit $n$ un entier naturel non nul.

Vous avez successivement :

\begin{align*}
I_{2n} &= \frac{(2n)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2}\\
I_{2n+1} &= \frac{(n!)^2\times 2^{2n}}{(2n+1)!}\\
\frac{I_{2n}}{I_{2n+1}} &=  \frac{(2n)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\times \frac{\pi}{2} \times \frac{(2n+1)!}{(n!)^2\times 2^{2n}}\\
&=  \frac{(2n)!(2n+1)!}{(n!)^4\times 2^{4n+1}} \times \pi.
\end{align*}

D’autre part, par décroissance de la suite $(I_p)_{p\geq 0}$ vous avez :

\begin{align*}
I_{2n+1}\leq I_{2n}\leq I_{2n-1}.
\end{align*}

Des expressions explicites de la suite susmentionnée vous avez $\forall p\in\N, I_p > 0.$

En divisant par $I_{2n+1}$ il vient :

\begin{align*}
1\leq \frac{I_{2n}}{I_{2n+1}}\leq \frac{I_{2n-1}}{I_{2n+1}}.
\end{align*}

Or :

\begin{align*}
I_{2n+1} &=\frac{2n}{2n+1} I_{2n-1} \\
\frac{2n+1}{2n} &=\frac{ I_{2n-1}}{I_{2n+1}} \\
1+\frac{1}{2n} &=\frac{ I_{2n-1}}{I_{2n+1}}.
\end{align*}

Donc :

1\leq  \frac{(2n)!(2n+1)!}{(n!)^4\times 2^{4n+1}} \times \pi \leq 1+\frac{1}{2n}.

Comme $\lim_{n\to +\infty} 1+\frac{1}{2n} =1 $ l’application du théorème des gendarmes fournit :

$\lim_{n\to +\infty} \frac{(2n)!(2n+1)!}{(n!)^4\times 2^{4n+1}} \times \pi = 1.$

En divisant par $\pi$ vous déduisez alors que :

$\lim_{n\to +\infty} \frac{(2n)!(2n+1)!}{(n!)^4\times 2^{4n+1}} = \frac{1}{\pi}.$

En prenant l’inverse vous obtenez la formule de Wallis :

\boxed{\lim_{n\to +\infty} \frac{(n!)^4\times 2^{4n+1}}{(2n)!(2n+1)!} =\pi.}

Application avec un ordinateur. Pour $n=493$ vous trouverez l’encadrement suivant $3,140<\pi<3,144.$ La formule de Wallis n’est en pratique pas adaptée pour calculer efficacement les décimales de $\pi.$

Prolongement

En utilisant la formule de Wallis et en admettant qu’il existe une constante strictement positive $C$ telle que :

n!   \underset{+\infty}{\sim} C\sqrt{n}\left(\frac{n}{\e}\right)^n,

pourriez-vous calculer la constante $C$ ?

252. Construisez la fonction exponentielle (3/3)

L’objectif de cette série d’articles est de démontrer l’existence de la fonction exponentielle réelle et d’établir ses principales propriétés.

Retrouvez le contexte

Dans les contenus écrits dans l'article 250 et dans l'article 251 vous avez établi l’existence d’une fonction $e$ qui va de $\R$ dans $\R$ et qui vérifie les propriétés suivantes :

\begin{array}{l}
e(0)=1\\
\forall x\in\R, e(x) > 0.\\
\forall x\in\R, e(x)e(-x)=1\\
\forall (x,y)\in\R^2, e(x+y) = e(x)e(y).
\end{array}

Il a été établi que pour tout réel $x$, la suite $\left(\left(1+\frac{x}{n}\right)^n\right)_{n\geq 1}$ converge vers le réel $e(x).$

Dans cet article, vous démontrerez que la fonction $e$ résout le problème dit de Cauchy suivant :

\begin{array}{l}
e(0)=1\\
e\text{ est dérivable sur }\R\\
\forall x\in\R, e'(x) = e(x).
\end{array}

Pour arriver à ce but, vous posez :

\boxed{\forall x\in\R, \forall n\in\NN, e_n(x) = \left(1+\frac{x}{n}\right)^n.}

Calculez le taux de variation de la fonction $e$

Soit $x\in\R$ et $h$ un nombre réel non nul. Le taux de variation de la fonction $e$ est égal à :

\begin{align*}
\frac{e(x+h)-e(x)}{h} &= \frac{e(x)e(h)-e(x)}{h}\\
&= \frac{e(h)-1}{h}\times e(x).
\end{align*}

Admettez provisoirement que $\lim_{h\to 0} \frac{e(h)-1}{h} = 1.$

Alors vous obtenez $\forall x\in\R, \lim_{h\to 0} \frac{e(x+h)-e(x)}{h} = e(x).$

La fonction $e$ est ainsi dérivable sur $\R$ et $\boxed{\forall x\in\R, e'(x)=e(x).}$

Il reste à ce stade à établir le résultat admis.

Montrez que $\lim_{h\to 0} \frac{e(h)-1}{h} = 1$

Soit $h$ un réel non nul appartenant à l’intervalle ouvert $]-1,1[.$

Comme $\lim_{n\to +\infty} e_n(h) = e(h)$ il semble pertinent de chercher une majoration de la quantité suivante, quand $n$ est suffisamment grand:

\left\vert \frac{e_n(h)-1}{h} - 1 \right\rvert.

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à 2. Démarrez en utilisant la formule du binôme:

\begin{align*}
e_n(h) &= \left(1+\frac{h}{n}\right)^n\\
&= \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}\frac{h^k}{n^k}\\
&= 1+ \sum_{k=1}^n \binom{n}{k}\frac{h^k}{n^k}\\
&= 1+ h\left(\sum_{k=0}^{n-1} \binom{n}{k+1}\frac{h^k}{n^{k+1}}\right).
\end{align*}

Vous déduisez de ce calcul que:

\begin{align*}
\frac{e_n(h) - 1}{h} &= \sum_{k=0}^{n-1} \binom{n}{k+1}\frac{h^k}{n^{k+1}}\\
&= \binom{n}{0+1}\frac{h^0}{n^{0+1}} +  \sum_{k=1}^{n-1} \binom{n}{k+1}\frac{h^k}{n^{k+1}}\\
&= \binom{n}{1}\frac{1}{n} +  \sum_{k=1}^{n-1} \binom{n}{k+1}\frac{h^k}{n^{k+1}}\\
&=1 + h\left( \sum_{k=0}^{n-2} \binom{n}{k+2}\frac{h^k}{n^{k+2}}\right).
\end{align*}

De cette égalité, vous déduisez la série de majorations:

\begin{align*}
\left\vert \frac{e_n(h) - 1}{h} -1 \right\vert &\leq \left\vert h\left( \sum_{k=0}^{n-2} \binom{n}{k+2}\frac{h^k}{n^{k+2}}\right) \right\vert \\
&\leq \left\vert h \right\vert \times \left\vert   \sum_{k=0}^{n-2} \binom{n}{k+2}\frac{h^k}{n^{k+2}} \right\vert \\
&\leq \left\vert h \right\vert \times    \sum_{k=0}^{n-2} \binom{n}{k+2}\frac{\left\vert h \right\vert^k}{n^{k+2}}  \\
\end{align*}

Selon un résultat vu dans l'article 250 vous avez $\forall k\in\llbracket 0, n-2\rrbracket, \binom{n}{k+2}\leq n^{k+2}.$ Du coup :

\begin{align*}
\left\vert \frac{e_n(h) - 1}{h} -1 \right\vert
&\leq \left\vert h \right\vert \times    \sum_{k=0}^{n-2} \left\vert h \right\vert^k  \\
&\leq \left\vert h \right\vert \times  \frac{1- \left\vert h \right\vert^{n-1} }{1- \left\vert h \right\vert}\\
&\leq   \frac{\left\vert h \right\vert }{1- \left\vert h \right\vert}.
\end{align*}

Vous avez ainsi obtenu :

\begin{align*}
\forall h\in ]-1,0[\cup]0,1[, \forall n\geq 2, -\frac{\left\vert h \right\vert }{1- \left\vert h \right\vert} \leq \frac{e_n(h) - 1}{h} -1  \leq   \frac{\left\vert h \right\vert }{1- \left\vert h \right\vert}.
\end{align*}

Fixez $h \in ]-1,0[\cup]0,1[.$

Comme:

\begin{array}{l}
\forall n\geq 2, -\displaystyle\frac{\left\vert h \right\vert }{1- \left\vert h \right\vert} \leq \frac{e_n(h) - 1}{h} -1  \leq   \frac{\left\vert h \right\vert }{1- \left\vert h \right\vert} \\
\displaystyle\lim_{n\to +\infty} e_n(h) = e(h)
\end{array}

Vous déduisez que:

\begin{array}{l}
\forall h\in]-1,0[\cup]0,1[,  -\displaystyle\frac{\left\vert h \right\vert }{1- \left\vert h \right\vert} \leq \frac{e(h) - 1}{h} -1  \leq   \frac{\left\vert h \right\vert }{1- \left\vert h \right\vert}.
\end{array}

Du coup, il vient:

\lim_{h\to 0}\frac{e(h)-1}{h} -1 = 0.

En définitive:

\boxed{\lim_{h\to 0}\frac{e(h)-1}{h} = 1.}

Complément : montrez que $\forall x\in\R, \forall n\in\N, e(nx) = (e(x))^n$

Ce résultat vous a servi pour obtenir l’intuition selon laquelle $e(x) = \lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{x}{n}\right)^n$ au sein du contenu écrit dans l'article 250.

Par souci de complétude, vous démontrez ce résultat.

Soit $x$ un réel fixé.

Pour tout entier naturel $n$, vous notez $\mathcal{P}(n)$ la propriété : « $e(nx)=(e(x))^n$ ».

Initialisation. Pour $n=0$, $e(0x)=e(0)=1.$

D’autre part $(e(x))^0 = 1$ donc $\mathcal{P}(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n\in\N$, supposez $\mathcal{P}(n).$

Il vient :

\begin{align*}
e((n+1)x) &= e(nx+x)\\
&= e(nx)\times e(x)\\
&= e(x)^n\times e(x)\\
&= e(x)^{n+1}.
\end{align*}

Par conséquent, la propriété $\mathcal{P}(n+1)$ est vérifiée.

Conclusion. Vous avez montré que :

\boxed{\forall x\in\R, \forall n\in\N, e(nx) = (e(x))^n.}

Prolongement

Il existe en fait une seule fonction et une seule, notée $e$ qui va de $\R$ dans $\R$ et qui vérifie :

\begin{array}{l}
e(0)=1\\
e\text{ est dérivable sur }\R\\
\forall x\in\R, e'(x) = e(x).
\end{array}

Pourriez-vous démontrer l’unicité d’une telle fonction ?