Votre navigateur n'accepte pas le Javascript.La navigation sur ce site risque de ne pas fonctionner correctement.

219. Evaluez une intégrale qui intervient dans les polynômes de Legendre

Pour tout entier naturel $n$, vous posez $I_n = \int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t.$

Cette intégrale apparaît dans le calcul de la norme des polynômes de Legendre. Pour en savoir davantage, reportez-vous au contenu écrit dans l'article 218.

Calculez $I_0$

\begin{aligned}
I_0 &= \int_{-1}^{1} (t^2-1)^0\,\mathrm{d}t \\
&= \int_{-1}^{1} \mathrm{d}t\\
&=2.
\end{aligned}

Vous avez $\boxed{I_0 = 2.}$

Trouvez une relation entre $I_{n+1}$ et $I_n$

Soit $n\in\N.$ Partez de $I_{n+1}$ et effectuez une intégration par parties.

\begin{aligned}
I_{n+1} &= \int_{-1}^{1} (t^2-1)^{n+1}\,\mathrm{d}t \\
&= \int_{-1}^{1} 1 \times (t^2-1)^{n+1}\,\mathrm{d}t \\
&=\left[t \times (t^2-1)^{n+1}\right]_{-1}^{1}  - \int_{-1}^{1} t  (n+1)\times (t^2-1)^{n} \times 2t \,\mathrm{d}t \\
&=  -2(n+1)  \int_{-1}^{1} t^2  (t^2-1)^{n}  \,\mathrm{d}t \\
&=  -2(n+1)  \int_{-1}^{1} (t^2-1+1)  (t^2-1)^{n}  \,\mathrm{d}t \\
&=  -2(n+1)  \left[\int_{-1}^{1} (t^2-1)  (t^2-1)^{n}\,\mathrm{d}t +\int_{-1}^{1}  (t^2-1)^{n}\,\mathrm{d}t \right]  \\
&=  -2(n+1)  \left[\int_{-1}^{1}   (t^2-1)^{n+1}\,\mathrm{d}t + I_n \right]  \\
&=  -2(n+1)  (I_{n+1} + I_n).
\end{aligned}

Donc :

$(1 + 2(n+1))I_{n+1} = -(2n+2)I_n.$

Finalement, $\boxed{\forall n\in\N, I_{n+1} = -\frac{2n+2}{2n+3}I_n.}$

Déduisez-en la valeur de $I_n$ avec une récurrence

L’expression précédente suggère la conduction d’une récurrence. Par souci de commodité, il sera utile de faire appel à la notion de factorielle double.

Pour tout entier naturel $n\geq 2$, notez $(2n)!!$ le produit de tous les entiers pairs compris entre $2$ et $2n$, avec la convention $0!!=1$ et $2!!=2.$

De même, pour tout entier naturel $n\geq 1$ notez $(2n+1)!!$ le produit de tous les entiers impairs compris entre $1$ et $2n+1$, avec la convention $1!!=1.$

Pour tout entier naturel $n$, notez $\mathscr{P}(n)$ le prédicat :
« $I_n = 2 (-1)^n \frac{(2n)!!}{(2n+1)!!}$. »

Initialisation. Pour $n=0$ :

\begin{aligned}
2 (-1)^n \frac{(2n)!!}{(2n+1)!!} &= 2 (-1)^0 \frac{0!!}{(1)!!} \\
&= 2\\
&= I_0.
\end{aligned}

Donc $\mathscr{P}(0)$ est vérifié.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel. Supposez $\mathscr{P}(n).$

\begin{aligned}
I_{n+1} &= -\frac{2n+2}{2n+3}I_n \\
&=-2(-1)^n\frac{2n+2}{2n+3} \times \frac{(2n)!!}{(2n+1)!!}\\
&=2(-1)^{n+1} \times \frac{(2n+2)!!}{(2n+3)!!}.
\end{aligned}

Donc $\mathscr{P}(n+1)$ est vérifié.

Ainsi, il est établi que $\forall n\in\N, I_n = 2 (-1)^n \frac{(2n)!!}{(2n+1)!!}.$

Ecrivez $I_n$ avec des factorielles

Soit $n\in\N.$ Vous allez utiliser le fait que le produit des pairs avec les impairs donne le produit de tous les entiers. Autrement dit, $(2n+1)! = (2n+1)!!(2n)!!.$ Du coup :

\begin{aligned}
\frac{(2n)!!}{(2n+1)!!} &= \frac{(2n)!! (2n)!!}{(2n+1)!!(2n)!!} \\
&= \frac{((2n)!!)^2}{(2n+1)!}\\
&= \frac{(2^n n!)^2}{(2n+1)!}\\
&= \frac{2^{2n} (n!)^2}{(2n+1)!}.
\end{aligned}

Vous déduisez $\boxed{\forall n\in\N, \int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t = (-1)^{n} \frac{2^{2n+1} (n!)^2}{(2n+1)!}.}$

218. Calculez la norme d’un polynôme de Legendre

Dans le cadre du contenu se trouvant dans l'article 214, les polynômes de Legendre sont définis, en utilisant la formule de Rodrigues, par :

$\forall n\in \N, \mathscr{L}_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

L’espace vectoriel $\R[X]$ est muni du produit scalaire suivant :

$\forall (P,Q)\in(\R[X])^2, \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^{1} P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t.$

La norme associée est définie par :

$\forall P\in\R[X], \Vert P \Vert = \sqrt{\langle P, P \rangle}.$

L’objectif de cet article est de trouver un moyen qui permet de calculer, quand $n\in\N$, le nombre $\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2.$

Dans la suite de ce paragraphe, vous fixez $n\in\N.$

Utilisez des notations adaptées

Posez $P(X) = (X^2-1)^n$ et $c = \frac{1}{2^n n!}$, de sorte que $\mathscr{L}_n(X) = cP^{(n)}(X).$

Le calcul de la norme au carré fournit :

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= \langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_n \rangle \\
&= c^2 \langle P^{(n)}, P^{(n)} \rangle.
\end{aligned}

Dérivée d’ordre $2n$

Utilisant la formule du binôme, $P(X) = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}(-1)^{n-k}X^{2k}.$
Isolant un terme des autres et posant $A(X) = \sum_{k=0}^{n-1} \binom{n}{k}(-1)^{n-k}X^{2k}$ il vient $P(X) = X^{2n} + A(X).$

En dérivant $2n$ fois, le polynôme $A$ qui a un degré strictement inférieur à $2n$, est nul.
Il vient donc $\boxed{P^{(2n)}(X) = (2n)!.}$

Evaluation en $1$ et en $-1$ de certaines dérivées

Notez que $P(X) = (X+1)^n(X-1)^n$ ce qui montre que $1$ est racine de $P$ avec une multiplicité égale à $n.$

Ainsi, de part l’étude des racines multiples effectuée dans l'article 217, $\forall k\in \llbracket 0,n-1 \rrbracket , P^{(k)}(1)=0.$

D’autre part, $P(-X) = P(X).$

En dérivant, il vient $P^{(n)}(X) = (-1)^n P(-X)$ donc en définitive :

$\boxed{\forall k\in \llbracket 0,n-1 \rrbracket, P^{(k)}(-1)=P^{(k)}(1) = 0.}$

Utilisez une récurrence limitée

En utilisant des intégrations par parties successives, vous allez intégrer le $P^{(n)}$ de gauche et dériver $P^{(n)}$. En intégrant $n$ fois le polynôme $P^{(n)}$, vous allez arriver sur $P.$ En dérivant $n$ fois le polynôme $P^{(n)}$ vous allez tomber sur $P^{(2n)}$ qui est un polynôme constant, puisque $P$ est de degré $2n.$ Cela conduit à la récurrence limitée suivante.

Pour tout entier $k$ compris entre $0$ et $n$, vous notez $\mathscr{P}(k)$ le prédicat :
« $\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 = c^2 (-1)^k\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle.$ »

Initialisation. Quand $k = 0$ :

\begin{aligned}
c^2 (-1)^k\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle &= c^2 (-1)^0\langle P^{(n-0)}, P^{(n+0)} \rangle \\
&= c^2 \langle P^{(n)}, P^{(n)} \rangle \\
&= \Vert \mathscr{L}_n \Vert^2.
\end{aligned}

Hérédité. Soit $k$ un entier compris entre $0$ et $n-1.$ Supposez $\mathscr{P}(k).$ Commencez par une intégration par parties :

\begin{aligned}
\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle &= \int_{-1}^{1} P^{(n-k)}(t) P^{(n+k)}(t)\,\mathrm{d}t \\
&= \left[P^{(n-k-1)}(t) P^{(n+k)}(t) \right]_{-1}^{1}- \int_{-1}^{1} P^{(n-k-1)}(t) P^{(n+k+1)}(t)\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

Notez que, comme $0\leq k\leq n-1$, le nombre $n-k-1$ est compris entre $0$ et $n-1$, donc $P^{(n-k-1)}(1) = P^{(n-k-1)}(-1) = 0.$

\begin{aligned}
\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle &= – \int_{-1}^{1} P^{(n-k-1)}(t) P^{(n+k+1)}(t)\,\mathrm{d}t \\
&= – \langle P^{(n-k-1)}, P^{(n+k+1)} \rangle\\
&= – \langle P^{(n-(k+1))}, P^{(n+(k+1))}\rangle.
\end{aligned}

Du coup :

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= c^2 (-1)^k\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle \\
&= – c^2 (-1)^k \langle P^{(n-(k+1))}, P^{(n+(k+1))}\rangle\\
&= c^2 (-1)^{k+1}\langle P^{(n-(k+1))}, P^{(n+(k+1))}\rangle.
\end{aligned}

Le prédicat $\mathscr{P}(k+1)$ est vérifié.

D’après ce qui précède, le prédicat $\mathscr{P}(n)$ est vérifié. Donc :

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= c^2 (-1)^n \langle P, P^{(2n)} \rangle \\
&= (2n)! c^2 (-1)^n \langle P, 1 \rangle \\
&= (2n)! c^2 (-1)^n \int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

L’évaluation de l’intégrale $\int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t$ est effectuée dans l'article 219. Vous avez $\int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t = (-1)^{n} \frac{2^{2n+1} (n!)^2}{(2n+1)!}.$

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= (2n)! c^2 (-1)^n (-1)^{n} \frac{2^{2n+1} (n!)^2}{(2n+1)!} \\
&= (2n)! \times \frac{1}{2^{2n} (n!)^2} \times \frac{2^{2n+1} (n!)^2}{(2n+1)!}\\
&= (2n)! \times \frac{1}{2^{2n} } \times \frac{2^{2n+1} }{(2n+1)!}\\
&= \frac{ (2n)!}{(2n+1)!} \times \frac{2^{2n+1}}{2^{2n} } \\
&= \frac{2}{2n+1}.
\end{aligned}

Ainsi, $\boxed{\forall n\in\N, \Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 = \frac{2}{2n+1}.}$

217. Caractérisez les racines multiples d’un polynôme avec ses dérivées successives

Par définition, un polynôme $P\in\R[X]$ admet une racine $a\in\R$ de multiplicité $n\in\N^{*}$, si et seulement si, il existe un polynôme $Q\in\R[X]$ tel que $P(X)=(X-a)^nQ(X)$ et $Q(a)\neq 0.$

Démontrez que les $n$ dérivées successives du polynôme $P$ sont nulles et que $P^{(n)}(a)$ est non nul

Soit $n$ un entier naturel non nul et $P$ un polynôme de $\R[X]$ admettant une racine $a\in\R$ de multiplicité $n.$

Alors il existe un polynôme $Q\in\R[X]$ tel que $P(X)=(X-a)^nQ(X)$ et $Q(a)\neq 0.$

Par commodité, il sera utile de noter $T(X) = (X-a)^n$ et de remarquer que, pour tout entier naturel $k\in[0,n-1], T^{(k)}(X) = \frac{n!}{(n-k)!}(X-a)^{n-k}.$

Partez de $P = TQ.$

Soit maintenant $k\in[0,n-1]\in \N$ et appliquez la formule de Leibniz.

\begin{aligned}
P^{(k)}(X) &= \sum_{i=0}^k \binom{k}{i} T^{(i)}(X) Q^{(k-i)}(X).
\end{aligned}

Du coup :

\begin{aligned}
P^{(k)}(a) &= \sum_{i=0}^k \binom{k}{i} T^{(i)}(a) Q^{(k-i)}(a).
\end{aligned}

Pour tout $i\in[0,k]\cap \N, i\in[0,n-1]$ donc $T^{(i)}(a) = 0.$

Il vient $P^{(k)}(a) = 0.$

Vous avez donc montré que $\boxed{\forall k\in[0,n-1]\in\N, P^{(k)}(a) = 0.}$

De plus,

\begin{aligned}
P^{(n)}(a) &= \sum_{i=0}^n \binom{n}{i} T^{(i)}(a) Q^{(n-i)}(a) \\
&= \sum_{i=0}^{n-1} \binom{n}{i} T^{(i)}(a) Q^{(n-i)}(a) + \binom{n}{n} T^{(n)}(a) Q^{(0)}(a) \\
&= \sum_{i=0}^{n-1}0 \times Q^{(n-i)}(a) + n! Q(a) \\
&= n! Q(a).
\end{aligned}

Et par suite $\boxed{P^{(n)}(a) \neq 0.}$

Etablissez la réciproque

Etablissez d’abord un lemme

Pour tout entier naturel $n\geq 1$, notez $\mathscr{P}(n)$ le prédicat :

« $\forall a\in\R, \forall P\in\R[X], (\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0) \implies (\exists Q\in\R[X], P(X) = (X-a)^nQ(X).)$ »

Initialisation. Supposez $n=1$, soit $a\in\R$ et soit $P\in\R[X]$ tel que $P(a)=0.$

Le nombre $a$ étant racine de $P$, il existe $Q\in\R[X]$ tel que $P(X)=(X-a)Q(X).$

Le prédicat $\mathscr{P}(1)$ est vérifié.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel tel que $n\geq 1.$ Supposez que $\mathscr{P}(n)$ est vérifié.

Soient $a\in\R$ et $P\in\R[X]$ tels que $\forall k\in[0,n]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0.$

Il convient de remarquer d’abord que $\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0.$

D’après l’hypothèse de récurrence, il existe un polynôme $Q\in\R[X], P(X) = (X-a)^{n}Q(X).$

En utilisant la formule de Leibniz, et en évaluant en $a$, il vient $P^{(n)}(a) = n! Q(a).$ Comme $P^{(n)}(a) = 0$, vous avez $Q(a) = 0.$ Donc il existe un polynôme $R\in\R[X], Q(X) = (X-a)R(X).$

Mis bout à bout, il vient $P(X) = (X-a)^{n+1}R(X)$ et le prédicat $\mathscr{P}(n+1)$ est vérifié.

Par récurrence, vous avez montré que $\forall n\in\N^{*}, \forall a\in\R, \forall P\in\R[X], (\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0) \implies (\exists Q\in\R[X], P(X) = (X-a)^nQ(X).)$

Concluez

Soit $n$ un entier naturel non nul, soit $a\in\R$ et soit $P\in\R[X].$

Supposez que $\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0$ et que $P^{(n)}(a)\neq 0.$

D’après le lemme établi ci-dessus, il existe $Q\in\R[X]$ tel que $P(X) = (X-a)^nQ(X).$

Or, toujours d’après la formule de Leibniz, et après évaluation en $a$, il vient $P^{(n)}(a) = n! Q(a).$

Comme $P^{(n)}(a) \neq 0$, vous avez $Q(a)\neq 0$ et la réciproque est démontrée.

Enoncez le résultat final

D’après ce qui a été établi, vous avez l’équivalence suivante : pour tout polynôme $P\in\R[X]$, pour tout réel $a$ et pour tout nombre entier naturel $n$ non nul, le nombre $a$ est racine du polynôme $P$ avec une multiplicité égale à $n$, si et seulement si, $P^{(n)}(a)\neq 0$ et pour tout entier naturel $k$ inférieur ou égal à $n-1, P^{(k)}(a) = 0.$

Prolongement

Le résultat de cet article subsiste-t-il si on remplace l’ensemble $\R$ par l’ensemble $\C$ ou par un corps $\K$ commutatif ?

216. Orthogonalité des polynômes de Legendre

Dans le cadre de la suite du contenu écrit dans l'article 214, vous définissez les polynômes de Legendre par :

$\forall n\in \N, \mathscr{L}_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

Dans cette étude, l’orthogonalité est relative au produit scalaire suivant, défini sur l’ensemble des polynômes réels $\R[X]$ :

$\forall (P,Q)\in (\R[X])^2, \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t.$

Démontrez l’orthogonalité

Soient $n$ et $m$ deux entiers naturels tels que $n>m.$ Il s’agit de comprendre pourquoi $\langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle = 0.$

Par définition du produit scalaire :

\begin{aligned}
\langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle &= \int_{-1}^1 \mathscr{L}_n(t) \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t\\
&= \frac{1}{2^n n!} \int_{-1}^1 \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}t^n}\left[(t^2-1)^n\right] \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

Posez $I = \int_{-1}^1 \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}t^n}\left[(t^2-1)^n\right] \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t$ et remarquez que $ \langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle = \frac{I}{2^n n!}.$

Afin d’évaluer l’intégrale $I$, il sera utile de poser $Q(t) = (t^2-1)^n$ et d’intégrer par parties.

La clé du raisonnement est de constater que $Q(t) = (t-1)^n(t+1)^n$, ce qui prouve que le polynôme $Q$ est factorisable par $(t-1)^n$ et par $(t+1)^n$, d’où $\forall k\in[0,n-1]\cap\N, Q^{(k)}(1) = Q^{(k)}(-1)=0.$

Le calcul suivant va inciter à conduire une récurrence limitée, l’idée étant de faire remonter le nombre de dérivations imposées au polynôme $Q$, dérivant par la suite le polynôme $\mathscr{L}_m.$

\begin{aligned}
I &= \int_{-1}^1 \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}t^n}\left[(t^2-1)^n\right] \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t\\
&= \int_{-1}^1 Q^{(n)}(t) \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t\\
&= \langle Q^{(n)}, \mathscr{L}_m \rangle\\
&=\left[ Q^{(n-1)}(t) \mathscr{L}_m(t)\right]_{-1}^1 – \int_{-1}^1 Q^{(n-1)}(t) (\mathscr{L}_m)'(t)\,\mathrm{d}t\\
&= – \int_{-1}^1 Q^{(n-1)}(t) (\mathscr{L}_m)'(t)\,\mathrm{d}t\\
&= – \langle Q^{(n-1)}, \mathscr{L}_m’ \rangle.
\end{aligned}

Vous allez maintenant considérer, pour tout entier $k\in[0,n]$ le prédicat suivant $P(k)$ : « $I = (-1)^k \langle Q^{(n-k)}, \mathscr{L}_m^{(k)} \rangle.$ »

Pour $k=0$ :

\begin{aligned}
(-1)^0 \langle Q^{(n-0)}, (\mathscr{L}_m)^{(0)} \rangle &= \langle Q^{(n)}, \mathscr{L}_m \rangle \\
&=I.
\end{aligned}

Donc $P(0)$ est vérifié.

Hérédité. Soit $k$ un entier appartenant à l’intervalle $[0,n-1]$. Supposez $P(k).$

\begin{aligned}
I &= (-1)^k \langle Q^{(n-k)}, \mathscr{L}_m^{(k)} \rangle\\
&= (-1)^k \int_{-1}^1 Q^{(n-k)}(t) (\mathscr{L}_m)^{(k)}(t)\,\mathrm{d}t\\
&= (-1)^k \left[ Q^{(n-k-1)}(t) (\mathscr{L}_m(t))^{(k)}\right]_{-1}^1 – (-1)^k \int_{-1}^1 Q^{(n-k-1)}(t) (\mathscr{L}_m)^{(k+1)}(t)\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

Comme $0\leq n-k-1 \leq n-1$, vous avez $Q^{(n-k-1)}(1)=Q^{(n-k-1)}(-1) = 0.$

D’où :

\begin{aligned}
I &= (-1)^{k+1} \int_{-1}^1 Q^{(n-(k+1))}(t) (\mathscr{L}_m)^{(k+1)}(t)\,\mathrm{d}t\\
&= (-1)^{k+1} \langle Q^{(n-(k+1))}, \mathscr{L}_m^{(k+1)} \rangle.
\end{aligned}

Le prédicat $P(k+1)$ est vérifié.

Ainsi, par récurrence limitée, $P(n)$ est vérifié.

Concluez

De ce qui précède :

\begin{aligned}
I &=(-1)^n \langle Q^{(0)}, \mathscr{L}_m^{(n)} \rangle\\
&= (-1)^n \langle Q, \mathscr{L}_m^{(n)} \rangle.
\end{aligned}

Comme le polynôme $\mathscr{L}_m$ est degré $m$ et que $n>m$, en dérivant $n$ fois ce polynôme, vous obtenez $\mathscr{L}_m^{(n)}=0.$

Par suite, $I = (-1)^n \langle Q, 0 \rangle = 0$ et donc $\boxed{\langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle = \frac{I}{2^n n!} = 0.}$

Prolongement

En utilisant l’orthogonalité des polynômes de Legendre, pourriez-vous démontrer que, pour tout entier naturel $n$ non nul, le polynôme $\mathscr{L}_n$ est scindé à racines simples ?

215. Les polynômes de Legendre sont scindés à racines simples

Dans cet article vous vous basez sur la définition des polynômes de Legendre utilisant la formule de Rodrigues vue dans l'article 214.

Pour tout entier naturel $n$, vous posez $L_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

Il s’agit de comprendre pourquoi, pour tout entier naturel $n\geq 1$, le polynôme $L_n$, de degré $n$, admet précisément $n$ racines réelles deux à deux distinctes, appartenant toutes à l’intervalle ouvert $]-1,1[.$

Utilisez une récurrence limitée

Soit $n\geq 1$ un entier naturel fixé. Vous posez $Q(X) = (X^2-1)^n = (X-1)^n(X+1)^n.$

Pour tout entier $k$ compris entre $0$ et $n$, vous notez $P(k)$ le prédicat : « le polynôme $Q^{(k)}$ admet $k$ racines appartenant à l’intervalle $]-1,1[$. »

Représentation graphique de deux polynômes dérivés
Illustration quand $n=2$, $Q’$ possède une racine dans $]-1,1[$ et $Q^{\prime\prime}$ possède deux racines dans $]-1,1[.$

Pour $k=0$, $Q^{(k)} = Q.$ Or les racines de $Q$ sont les mêmes que celles du polynôme $X^2-1=(X-1)(X+1).$ Les deux racines étant $1$ et $-1$, le polynôme $Q$ n’admet pas de racine appartenant à l’intervalle $]-1,1[$ donc $P(0)$ est vérifié.

Soit $k$ un entier naturel compris entre $0$ et $n-1$. Vous supposez que $P(k)$ est vérifié.

Alors le polynôme $Q^{(k)}$ admet $k$ racines appartenant à l’intervalle $]-1,1[.$ Notez-les $x_1, \dots, x_k$ où $-1<x_1<\dots < x_k<1.$

Cependant, le polynôme $Q$ est factorisable par $(X-1)^n$. Comme $k$ est inférieur à $n-1$, vous avez $Q^{(k)}(1)=0.$

De même, le polynôme $Q$ est factorisable par $(X+1)^n$. Comme $k$ est inférieur à $n-1$, vous avez $Q^{(k)}(-1)=0.$

Le polynôme $Q^{(k)}$ admet donc au moins $k+2$ racines, deux à deux distinctes, qui sont $x_0 = -1$, $x_1, \dots, x_k$ et $x_{k+1}= 1.$

Pour tout $\ell$ compris entre $1$ et $k+1$, la fonction $Q^{(k)}$ est une fonction continue sur $[x_{\ell-1}, x_{\ell}]$ et dérivable sur $]x_{\ell-1}, x_{\ell}[$ puisque c’est un polynôme, avec $Q^{(k)}(x_{\ell-1}) = Q^{(k)}(x_{\ell}) = 0.$

L’application du théorème de Rolle fournit l’existence d’un réel $y_{\ell}\in]x_{\ell-1}, x_{\ell}[$ tel que $\left(Q^{(k)}\right)’ = Q^{(k+1)}(y_{\ell}) = 0.$

Vous avez les inégalités suivantes : $x_0 < y_1 < x_1 < \cdots < x_k < y_{k+1} < x_{k+1}$ ce qui prouve que les $y_{\ell}$ sont deux à deux distincts quand $\ell$ parcourt tous les entiers compris entre $1$ et $k+1.$

De ce qui précède, vous déduisez que le polynôme $Q^{(k+1)}$ admet $k+1$ racines appartenant à l’intervalle $]-1,1[$, deux à deux distinctes.

Concluez

La récurrence limitée effectuée ci-dessus montre, en particulier, que $P(n)$ est vérifié.

Du coup, le polynôme $Q^{(n)}$ possède $n$ racines deux à deux distinctes qui appartiennent toutes à l’intervalle $]-1,1[.$

Après multiplication par $\frac{1}{2^n n!}$, vous déduisez que le polynôme de Legendre $L_n$ admet bien $n$ racines deux à deux distinctes qui appartiennent toutes à l’intervalle $]-1,1[.$ Comme $L_n$ est de degré $n$, $L_n$ est bien scindé à racines simples.

Prolongement

Si vous utilisez le fait que les polynômes de Legendre sont orthogonaux pour le produit scalaire défini par $\forall (P,Q)\in\R[X]^2, \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t$, pourriez-vous démontrer qu’ils sont scindés ?

214. Normalisation et construction des polynômes de Legendre à partir de la formule de Rodrigues

Suivant la formule attribuée à Rodrigues, pour tout entier naturel $n$ vous définissez le polynôme $P_n$, de degré $n$, comme étant la dérivée $n$-ième du polynôme $(X^2-1)^n$ de degré $2n$.

$\forall n\in \N, P_n(X) = \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

Les premiers calculs montrent que :

\begin{aligned}
P_0 &= 1\\
P_1 &= 2X\\
P_2 &= 12X^2-4.
\end{aligned}

Comme $P_1(1) = 2$, et que $P_2(1) = 8$, ces polynômes ne sont pas normalisés.

Par contre, $L_1 = \frac{1}{2}P_1$ et $L_2=\frac{1}{8}P_2$ le sont, puisque $L_1(1) = L_2(1) = 1.$

Les polynômes de Legendre sont ceux construits à partir des polynômes $P_n$ quand ils sont normalisés.

Déterminez la valeur de $P_n(1)$

Soit $n$ un entier naturel.

Accéder à $P_n(1)$ n’est pas chose aisée car le calcul explicite de $P_n$, par la formule du binôme sur $(X^2-1)^n$, aboutit à un sigma peu attractif, qu’il faudra dériver $n$ fois… ce qui aboutit à une impasse.

Une autre approche possible consiste à utiliser la formule de Taylor.

Posez $Q(X) = (X^2-1)^n = (X-1)^n(X+1)^n$, de sorte que $P_n(X) = Q^{(n)}(X).$

Alors d’une part :

\begin{aligned}
Q(X) &= Q(1)+Q'(1)(X-1)+\dots+\frac{Q^{(2n)}(1)}{(2n)!}(X-1)^{2n}\\
&=\sum_{i=0}^{2n} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i}\\
\end{aligned}

D’autre part, par la formule du binôme :

\begin{aligned}
(X+1)^n &= ((X-1)+2)^n\\
&=\sum_{k=0}^n \binom{n}{k}2^{n-k}(X-1)^k
\end{aligned}

D’où, après multiplication par $(X-1)^n$ :

\begin{aligned}
Q(X) &= (X-1)^n(X+1)^n \\
&=\sum_{k=0}^n \binom{n}{k}2^{n-k}(X-1)^{n+k}
\end{aligned}

L’écriture de $Q(X)$, scindée en deux, fournit des renseignements intéressants.

\begin{aligned}
Q(X) &=\sum_{i=0}^{2n} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i}\\
&= \sum_{i=0}^{n-1} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i} + \sum_{i=n}^{2n} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i}\\
&= \sum_{i=0}^{n-1} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i} + \sum_{k=0}^{n} \frac{Q^{(k+n)}(1)}{(k+n)!}(X-1)^{k+n}\\
\end{aligned}

Vous avez obtenu deux décompositions de $Q(X)$ dans la base $(1,(X-1), \dots, (X-1)^{2n})$ du $\R$-espace vectoriel formé par les polynômes dont le degré est inférieur ou égal à $2n.$

Cette famille est bien une base car les polynômes qui la forment est étagée en degré et le nombre de polynômes de cette famille est égal à $2n+1$, qui est la dimension de l’espace vectoriel précité.

Par unicité de la décomposition d’un vecteur dans une base, vous déduisez :

Pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $n-1$, $Q^{(i)}(1) = 0$ et $\frac{Q^{(n)}(1)}{n!} = 2^n.$

Vous déduisez que $\boxed{\forall n\in \N, P_n(1) = 2^n n!.}$

Concluez

Pour tout entier naturel $n$ vous posez $\boxed{L_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right]}$ appelé $n$-ième polynôme de Legendre.

De cet article il résulte que, pour tout entier naturel $n$, $L_n$ est un polynôme de degré $n$ et il est normalisé, autrement dit, $L_n(1)=1.$

Prolongement

Pourriez-vous démontrer que la famille des polynômes de Legendre est orthogonale vis-à-vis du produit scalaire défini par $\forall (P,Q)\in\R[X], \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t$ ?

Autrement dit, quels que soient les entiers naturels $n$ et $m$ tels que $n\leq m$, pourriez-vous démontrer que $\langle L_n, L_m \rangle = 0$ ?

210. Une question du sujet 2022 de l’agrégation interne de mathématiques

Soit $M\in SL_2(\Z)$ une matrice à coefficients entiers ayant un déterminant égal à $1.$

Démontrez que $\mathrm{Tr}(M^4) = \mathrm{Tr}(M)^4-4\mathrm{Tr}(M)^2+2$

Il existe quatre nombres entiers $a$, $b$, $c$ et $d$ tels que $M = \begin{pmatrix}a & b\\ c & d\end{pmatrix}.$

Vous allez évaluer la trace de la matrice $M^4$.

Tout d’abord vous calculez $M^2 = \begin{pmatrix}a^2+bc & ab+bd\\ ac+cd & bc+d^2\end{pmatrix}.$

Vous élevez la matrice $M^2$ au carré et conservez les coefficients diagonaux.

$M^4 = \begin{pmatrix}(a^2+bc)^2 + (ab+bd)(ac+cd) & \cdots \\ \cdots & (ac+cd)(ab+bd)+(bc+d^2)^2\end{pmatrix}.$

Du coup, il vient :

\begin{aligned}
\mathrm{Tr}(M^4) &= (a^2+bc)^2 + 2(ab+bd)(ac+cd) +(bc+d^2)^2\\
&= (a^2+bc)^2 + 2bc(a+d)(a+d) +(bc+d^2)^2.
\end{aligned}

\begin{aligned}
\mathrm{Tr}(M^4) +4 \mathrm{Tr}(M)^2 &= (a^2+bc)^2 + 2bc(a+d)(a+d) +(bc+d^2)^2 +4(a+d)^2\\
&= (a^2+bc)^2 + (2bc+4)(a+d)(a+d) +(bc+d^2)^2.
\end{aligned}

Or, $ad-bc = 1$ d’où :

\begin{aligned}
\mathrm{Tr}(M^4) +4 \mathrm{Tr}(M)^2 &= (a^2+ad-1)^2 + (2ad+2)(a+d)^2 +(ad-1+d^2)^2\\
&=a^4+a^2d^2+1+2a^3d-2a^2-2ad+(2ad+2)(a^2+2ad+d^2)+a^2d^2+1+d^4-2ad+2ad^3-2d^2\\
&=a^4+2a^3d+2a^2d^2+2ad^3+d^4+(2ad+2)(a^2+2ad+d^2)-2a^2-2d^2-4ad+2\\
&=a^4+2a^3d+2a^2d^2+2ad^3+d^4+2a^3d+4a^2d^2+2ad^3+2a^2+4ad+2d^2-2a^2-2d^2-4ad+2\\
&=a^4+4a^3d+6a^2d^2+4ad^3+d^4+2\\
&=(a+d)^4+2\\
&=\mathrm{Tr}(M)^4+2.
\end{aligned}

Ainsi, $\boxed{\forall M\in SL_2(\Z), \mathrm{Tr}(M^4) +4 \mathrm{Tr}(M)^2 = \mathrm{Tr}(M)^4+2.}$

Démontrez que $\mathrm{Tr}(M^4) \equiv 2[8]$ ou $\mathrm{Tr}(M^4) \equiv -1[8]$

Soit $M\in SL_2(\Z).$

Modulo $8$, un entier peut être congru à $-3$, $-2$, $-1$, $0$, $1$, $2$, $3$ ou $4.$

Vous obtenez les possibilités suivantes qui indiquent les congruences modulo $8.$

\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
\mathrm{Tr}(M) & -3 & -2 & -1  &0 & 1 & 2 & 3 & 4 \\ \hline
\mathrm{Tr}(M)^2 & 1 & 4 & 1 & 0 & 1 & 4 & 1 & 0\\ \hline
\mathrm{Tr}(M)^4 & 1 & 0 & 1 & 0 & 1 & 0 & 1 & 0\\ \hline
4\mathrm{Tr}(M)^2 & 4 & 0 & 4 & 0 & 4 & 0 & 4 & 0\\ \hline
\mathrm{Tr}(M^4) = \mathrm{Tr}(M)^4-4\mathrm{Tr}(M)^2 +2& -1 & 2 & -1 & 2 & -1 & 2 & -1 & 2 \\ \hline
\end{array}

Ainsi, pour toute matrice $M\in SL_2(\Z), \mathrm{Tr}(M^4) \equiv 2[8]$ ou $\mathrm{Tr}(M^4) \equiv -1[8].$

208. La série de terme général sin(n)/n n’est pas absolument convergente

Soit $N$ un entier naturel non nul.

Pour tout réel $x$, $\vert \sin x \vert \leq 1$, il vient la minoration suivante :

\begin{aligned}
\sum_{n=1}^{N} \frac{\vert \sin n \vert }{n} &\geq \sum_{n=1}^{N} \frac{\vert \sin n \vert^2 }{n} \\
&\geq \sum_{n=1}^{N} \frac{ \sin^2 n }{n} \\
&\geq \sum_{n=1}^{N} \frac{ 1-\cos 2n }{2n} \\
&\geq \frac{1}{2}\sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n} – \frac{1}{2} \sum_{n=1}^{N} \frac{\cos 2n }{n}.
\end{aligned}

En considérant le nombre complexe $z = \cos 2 + i \sin 2$ et la démarche vue dans l'article 207 vous aboutissez au fait que la série $\sum_{n\geq 1} \frac{\cos 2n }{n}$ est convergente.

Donc il existe un nombre réel $M$ tel que, pour tout $N\in\N^{*}$, $\sum_{n=1}^{N} \frac{\cos 2n }{n} \leq M.$

Vous déduisez la minoration suivante :

\begin{aligned}
\forall N\in\N^{*}, \sum_{n=1}^{N} \frac{\vert \sin n \vert }{n} \geq \frac{1}{2}\sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n} -\frac{M}{2}.
\end{aligned}

Comme $\lim_{N\to +\infty} \sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n} = +\infty$, il vient par comparaison $\lim_{N\to +\infty} \sum_{n=1}^{N} \frac{\vert \sin n \vert }{n} = +\infty.$

La série $\sum_{n\geq 1}\frac{\sin n}{n}$ n’est pas absolument convergente.

207. Les séries de termes généraux sin(n)/n et cos(n)/n sont convergentes

Il s’agit de montrer dans cet article que les séries $\sum_{n\geq 1} \frac{\sin n}{n}$ et $\sum_{n\geq 1} \frac{\cos n}{n}$ sont convergentes.

Pour y parvenir, vous considérez le nombre complexe $z = \cos 1 + i\sin 1= \e^i.$

Par la formule de Moivre, $\forall n\geq 1,\cos n + i \sin n = \e^{in} = (\e^i)^n =z^n.$

Vous cherchez à montrer que la série complexe $\sum_{n\geq 1} \frac{z^n}{n}$ est convergente.

Utilisez une idée attribuée à Abel

Pour tout $n\in\N$, vous posez $S_n = \sum_{k=0}^n z^n$ équivalent à « primitiver », ce qui fera apparaître la quantité $\frac{1}{n}-\frac{1}{n+1}$, qui produira une série absolument convergente.

Cette technique est analogue à une intégration par parties, qui permet de montrer la convergence des deux intégrales $\int_{1}^{+\infty}\frac{\sin x }{x}\,\text{d}x$ et $\int_{1}^{+\infty}\frac{\cos x }{x}\,\text{d}x.$

Soit $N$ un entier supérieur ou égal à $2$, vous avez :

\begin{aligned}
\sum_{n=1}^{N} \frac{z^n}{n} &=\sum_{n=1}^{N} \frac{S_n-S_{n-1}}{n} \\
&=\sum_{n=1}^{N} \frac{S_n}{n} – \sum_{n=1}^{N} \frac{S_{n-1}}{n} \\
&=\sum_{n=1}^{N} \frac{S_n}{n} – \sum_{n=0}^{N-1} \frac{S_{n}}{n+1} \\
&=\frac{S_N}{N} + \sum_{n=1}^{N-1} \frac{S_n}{n} – \sum_{n=1}^{N-1} \frac{S_{n}}{n+1} -S_0\\
&=\frac{S_N}{N} -1 + \sum_{n=1}^{N-1} S_n \left(\frac{1}{n}-\frac{1}{n+1}\right)\\
&=\frac{S_N}{N} -1 + \sum_{n=1}^{N-1} \frac{S_n}{n(n+1)}.
\end{aligned}

Majorez le module de $S_n$

Soit $n$ un entier naturel. Notez que $z\neq 1.$

Par sommation de termes consécutifs d’une suite géométrique, il vient :

\begin{aligned}
S_n &= \sum_{k=0}^n z^n\\
&= \frac{1-z^{n+1}}{1-z}.
\end{aligned}

En prenant le module, il vient :

\begin{aligned}
\vert S_n \vert &\leq \left\lvert \frac{1-z^{n+1}}{1-z} \right\rvert \\
&\leq \frac{\left\lvert 1-z^{n+1} \right\rvert}{\left\lvert1-z\right\rvert} \\
&\leq \frac{1+\left\lvert z^{n+1} \right\rvert}{\left\lvert1-z\right\rvert} \\
&\leq \frac{2}{\left\lvert1-z\right\rvert}
\end{aligned}

Il résulte de cette section que la suite $(S_n)_{n\geq 0}$ est bornée.

Etablissez la convergence de la série $\sum_{n\geq 1} \frac{S_n}{n(n+1)}$

Rappelez-vous que : $\sum_{n=1}^{+\infty} \frac{1}{n(n+1)} = 1.$

En effet, soit $N$ un entier naturel non nul.

Pour tout entier $n$ compris entre $1$ et $N$, en décomposant en éléments simples la fraction $\frac{1}{n(n+1)}$, il vient $\frac{1}{n(n+1)} = \frac{1}{n}-\frac{1}{n+1}.$

Par sommation téléscopique :

\begin{aligned}
\sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n(n+1)} &= \sum_{n=1}^{N} \left(\frac{1}{n}-\frac{1}{n+1}\right)\\
&= \sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n}-\sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n+1}\\
&= \sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n}-\sum_{n=2}^{N+1} \frac{1}{n}\\
&= 1 + \sum_{n=2}^{N} \frac{1}{n}-\sum_{n=2}^{N} \frac{1}{n} -\frac{1}{N+1}\\
&= 1 -\frac{1}{N+1}.
\end{aligned}

Comme $\lim_{N\to +\infty} \frac{1}{N+1} = 0$ il vient $\lim_{N\to +\infty} \sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n(n+1)} = 1$ ce qui prouve $\boxed{\sum_{n=1}^{+\infty} \frac{1}{n(n+1)} = 1.}$

Soit maintenant $N$ un entier naturel.

\begin{aligned}
\sum_{n = 1}^N \left\lvert \frac{S_n}{n(n+1)} \right\rvert &\leq \sum_{n = 1}^N \frac{\left\lvert S_n \right\rvert}{n(n+1)} \\
&\leq \frac{2}{\left\lvert1-z\right\rvert} \sum_{n = 1}^N \frac{1}{n(n+1)} \\
&\leq \frac{2}{\left\lvert1-z\right\rvert} \sum_{n = 1}^{+\infty} \frac{1}{n(n+1)} \\
&\leq \frac{2}{\left\lvert1-z\right\rvert}.
\end{aligned}

La série $\sum_{n\geq 1} \frac{S_n}{n(n+1)}$ est absolument convergente, donc convergente, vers sa somme notée $\sum_{n= 1}^{+\infty} \frac{S_n}{n(n+1)}.$

Concluez

Il a été vu que, pour tout entier $N\geq 2$, vous avez :

\begin{aligned}
\sum_{n=1}^{N} \frac{z^n}{n} &= \frac{S_N}{N} -1 + \sum_{n=1}^{N-1} \frac{S_n}{n(n+1)}.
\end{aligned}

Comme la suite $(S_N)_{N\geq 2}$ est bornée, $\lim_{N\to +\infty} \frac{S_N}{N} = 0.$

Vous déduisez que la série $\sum_{n\geq 1} \frac{z^n}{n}$ converge et que la somme vérifie $\sum_{n= 1}^{+\infty} \frac{z^n}{n} = \sum_{n= 1}^{+\infty} \frac{S_n}{n(n+1)} -1.$

En prenant les parties réelle et imaginaire, vous déduisez que les deux séries $\sum_{n\geq 1} \frac{\sin n}{n}$ et $\sum_{n\geq 1} \frac{\cos n}{n}$ sont convergentes, respectivement vers la partie réelle et la partie imaginaire de $\sum_{n= 1}^{+\infty} \frac{z^n}{n}.$

206. Exemple de deux suites équivalentes dont les séries associées ne sont pas de même nature

Considérez les suites $(u_n)_{n\geq 2}$ et $(v_n)_{n\geq 2}$ définies de la façon suivante :

\begin{aligned}
\boxed{\forall n\geq 2, u_n = \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\text{ et }v_n = \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}+(-1)^n}.}
\end{aligned}

Montrez que ces deux suites sont équivalentes

Remarquez déjà que pour tout entier $n\geq 2$ $v_n$ est non nul. Cela permet de passer au quotient.

Soit $n$ un entier tel que $n\geq 2$, vous avez :

\begin{aligned}
\frac{u_n}{v_n} &= \frac{\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}}{\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}+(-1)^n}}\\
&= \frac{\sqrt{n}+(-1)^n}{\sqrt{n}}\\
&= 1+ \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}.
\end{aligned}

Or, vous avez la majoration :

\begin{aligned}
\left\lvert \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} \right\rvert &\leq \frac{1}{\sqrt{n}}.
\end{aligned}

Comme $\lim_{n\to +\infty} \frac{1}{\sqrt{n}} = 0$, il vient $\lim_{n\to +\infty} \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} = 0$ et donc $\lim_{n\to +\infty} \frac{u_n}{v_n} = 1.$

Ainsi les deux suites $(u_n)$ et $(v_n)$ sont bien équivalentes.

Montrez que la série $\sum_{n\geq 2} \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}$ est convergente

Note : le lecteur qui connaît le critère spécial des séries alternées peut sauter cette section.

Pour tout entier $N$ supérieur ou égal à $2$, posez $S_{N} = \sum_{n=2}^{N} \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}.$

Il s’agit de comprendre pourquoi $\lim_{N\to +\infty} S_N$ existe et est un nombre réel.

Tout d’abord :

\begin{aligned}
S_2 &= \frac{1}{\sqrt{2}} \\
S_4 &= \frac{1}{\sqrt{2}}- \frac{1}{\sqrt{3}} + \frac{1}{\sqrt{4}}.
\end{aligned}

Inutile d’aller plus loin, comme $\frac{1}{\sqrt{4}} < \frac{1}{\sqrt{3}}$ il vient $-\frac{1}{\sqrt{3}}+\frac{1}{\sqrt{4}} < 0.$

Voyez-vous ce qui se passe ? La suite $(S_{2N})_{N\geq 1}$ semble être décroissante.

En effet, soit $N$ un entier supérieur ou égal à $1.$

\begin{aligned}
S_{2N+2}-S_{2N} &= \sum_{n=2}^{2N+2} \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} – \sum_{n=2}^{2N} \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\\
&= \frac{(-1)^{2N+1}}{\sqrt{2N+1}}+\frac{(-1)^{2N+2}}{\sqrt{2N+2}}\\
&= \frac{-1}{\sqrt{2N+1}}+\frac{1}{\sqrt{2N+2}}\\
&= \frac{\sqrt{2N+1}-\sqrt{2N+2}}{\sqrt{2N+1}\sqrt{2N+2}}\\
&= \frac{(\sqrt{2N+1}-\sqrt{2N+2})(\sqrt{2N+1}+\sqrt{2N+2})}{\sqrt{2N+1}\sqrt{2N+2}(\sqrt{2N+1}+\sqrt{2N+2})}\\
&= \frac{-1}{\sqrt{2N+1}\sqrt{2N+2}(\sqrt{2N+1}+\sqrt{2N+2})}\\
\end{aligned}

Du coup $S_{2N+2}< S_{2N}.$

Maintenant, vous allez montrer que la suite $(S_{2N})_{N\geq 1}$ est minorée par $0.$

Déjà, $S_2 \geq 0.$

La sommation par paquets va se révéler très intéressante pour la suite.

Soit $N$ un entier supérieur ou égal à $2.$

\begin{aligned}
S_{2N} &\geq \sum_{n=2}^{2N} \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} \\
&\geq \sum_{n=1}^{N-1}\left(\frac{(-1)^{2n}}{\sqrt{2n}} + \frac{(-1)^{2n+1}}{\sqrt{2n+1}}\right) + \frac{(-1)^{2N}}{\sqrt{2N}}\\
&\geq \sum_{n=1}^{N-1}\left(\frac{(-1)^{2n}}{\sqrt{2n}} + \frac{(-1)^{2n+1}}{\sqrt{2n+1}}\right) + \frac{1}{\sqrt{2N}}\\
&\geq \sum_{n=1}^{N-1}\left(\frac{1}{\sqrt{2n}} – \frac{1}{\sqrt{2n+1}}\right)\\
&\geq \sum_{n=1}^{N-1}\frac{\sqrt{2n+1}-\sqrt{2n}}{\sqrt{2n}\sqrt{2n+1}}\\
&\geq \sum_{n=1}^{N-1}\frac{1}{\sqrt{2n}\sqrt{2n+1}(\sqrt{2n+1}+\sqrt{2n})}\\
&\geq 0.
\end{aligned}

Vous déduisez de ce qui précède que la suite $(S_{2N})_{N\geq 1}$ est minorée par $0$. Comme elle est décroissante, elle converge vers un nombre réel $\ell$ positif.

Montrez maintenant que la suite $(S_N)_{N\geq 2}$ converge vers $\ell.$

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif. Par convergence de la suite $(S_{2N})_{N\geq 1}$ vers $\ell$ vous déduisez :

$\exists P\geq 1, \forall N\geq P, \vert S_{2N} – \ell \vert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Soit $N$ un entier supérieur ou égal à $\mathrm{Max}\left( \frac{4}{\varepsilon^2}, 2P+1\right).$

1er cas : $N$ est pair. Il existe un entier $M$ tel que $N=2M.$ Comme $N\geq 2P$, vous avez $M\geq P$, donc $ \vert S_{2M} – \ell \vert \leq \frac{\varepsilon}{2}$ donc $\vert S_{2M} – \ell \vert \leq \varepsilon$ ce qui s’écrit $\vert S_{N} – \ell \vert \leq \varepsilon.$

2ème cas : $N$ est impair. Il existe un entier $M$ tel que $N = 2M+1.$

\begin{aligned}
\left\rvert S_N – \ell \right\rvert &\leq \left\rvert \sum_{n=2}^{N} u_n – \ell \right\rvert \\
&\leq \left\rvert \sum_{n=2}^{2M+1} u_n – \ell \right\rvert \\
&\leq \left\rvert \sum_{n=2}^{2M} u_n – \ell + \frac{(-1)^{2M+1}}{\sqrt{2M+1}} \right\rvert \\
&\leq \left\rvert \sum_{n=2}^{2M} u_n – \ell \right\rvert + \left\rvert \frac{(-1)^{2M+1}}{\sqrt{2M+1}} \right\rvert \\
&\leq \left\rvert \sum_{n=2}^{2M} u_n – \ell \right\rvert + \frac{1}{\sqrt{2M+1}} \\
&\leq \left\rvert S_{2M} – \ell \right\rvert + \frac{1}{\sqrt{N}} \\
\end{aligned}

Or $N\geq 2P+1$ donc $2M+1\geq 2P+1$ donc $M\geq P$ donc $\left\rvert S_{2M} – \ell \right\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Comme $N\geq \frac{4}{\varepsilon^2}$, il vient $\sqrt{N}\geq \frac{2}{\varepsilon}$ puis $\frac{1}{\sqrt{N}}\leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Ainsi, $\left\rvert S_N – \ell \right\rvert \leq \varepsilon.$

Il a été démontré que $\lim_{N\to +\infty} S_N = \ell.$

Montrez que la série $\sum_{n\geq 2} \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}+(-1)^n}$ est divergente

Effectuez un développement limité au voisinage de $+\infty$ :

\begin{aligned}
\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}+(-1)^{n}} &= \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\times \frac{1}{1+\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}}\\
&= \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\times \left(1 – \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} + O\left(\frac{1}{n}\right)\right)\\
&= \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} – \frac{1}{n} + O\left(\frac{1}{n\sqrt{n}}\right)\\
\end{aligned}

Ce qui montre que :

\begin{aligned}
\frac{1}{n} = u_n -v_n + O\left(\frac{1}{n\sqrt{n}}\right).
\end{aligned}

Il a été vu précédemment que $\sum_{n\geq 2} u_n$ converge.

Par le critère de Riemann la série $\sum_{n\geq 2} \frac{1}{n\sqrt{n}}$ converge.

Supposez que la série $\sum_{n\geq 2} v_n$ converge. Alors la série harmonique $\sum_{n\geq 2} \frac{1}{n}$ converge aussi, ce qui est absurde.

Donc la série $\sum_{n\geq 2} v_n$ diverge.