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382. La théorie des déterminants d’ordre 1 à 4 (partie 1/3)

Le but de cette série de trois articles est de démontrer que l’on peut définir de façon récursive le déterminant par son développement selon la première ligne en utilisant des déterminants d’ordre inférieur, tout en établissant ses propriétés fondamentales.

Vous démontrerez ainsi qu’un déterminant d’ordre $n$, pour $n$ compris entre $1$ et $4$ est une forme $n$-linéaire alternée sur les lignes, qui prend la valeur $1$ sur l’identité. Vous démontrerez aussi que de tels déterminants se développent par rapport à n’importe laquelle de leur ligne.

Dans toute la suite, vous supposez que les déterminants considérés prennent leurs valeurs dans un anneau commutatif unitaire noté $\A.$

Les déterminants d’ordre 1

Pour tout $a\in\A$ vous posez :

\begin{vmatrix}
a
\end{vmatrix} = a.

Cette application définit bien une forme $1$-linéaire sur sa ligne et qui prend la valeur $1$ sur l’identité.

Les déterminants d’ordre 2

Suivant la définition récursive, vous posez :

\forall (a_{11},a_{12},a_{21},a_{22})\in\A^4, \quad
\begin{vmatrix}
a_{11} & a_{12}\\
a_{21} & a_{22}
\end{vmatrix} = a_{11} \begin{vmatrix}
a_{22}
\end{vmatrix} -a_{12}\begin{vmatrix}
a_{21}
\end{vmatrix}.

Compte tenu de la définition du déterminant d’ordre $1$ vous avez :

\forall (a_{11},a_{12},a_{21},a_{22})\in\A^4, \quad
\begin{vmatrix}
a_{11} & a_{12}\\
a_{21} & a_{22}
\end{vmatrix} = a_{11}a_{22}-a_{12}a_{21}.

Note. Remarquez que :

\forall (a_{11},a_{12},a_{21},a_{22})\in\A^4, \quad-a_{21}  \begin{vmatrix}
a_{12}
\end{vmatrix} +a_{22}\begin{vmatrix}
a_{11}
\end{vmatrix} = a_{11}a_{22}-a_{12}a_{21} = \begin{vmatrix}
a_{11} & a_{12}\\
a_{21} & a_{22}
\end{vmatrix}.

Le déterminant d’ordre $2$ peut être développé par rapport à sa seconde ligne.

Montrez que vous avez défini une forme $2$-linéaire sur les lignes

Pour la première ligne

Soit $(a_{11},a_{12},a_{21},a_{22}, b_{11}, b_{12}, \lambda )\in\A^7.$

\begin{align*}
\begin{vmatrix}
a_{11} + \lambda b_{11} & a_{12}+\lambda b_{12}\\
a_{21} & a_{22}
\end{vmatrix} &= (a_{11} + \lambda b_{11}) a_{22} - (a_{12}+\lambda b_{12} )a_{21}\\
&=(a_{11}a_{22}-a_{12}a_{21})+\lambda(b_{11}a_{22}-b_{12}a_{21})\\
&= \begin{vmatrix}
a_{11}  & a_{12}\\
a_{21} & a_{22}
\end{vmatrix}
+\lambda \begin{vmatrix}
 b_{11} &  b_{12}\\
a_{21} & a_{22}
\end{vmatrix}.
\end{align*}

La linéarité par rapport à la première ligne est démontrée.

Pour la deuxième ligne

Soit $(a_{11},a_{12},a_{21},a_{22}, b_{21}, b_{22}, \lambda) \in\A^7.$

\begin{align*}
\begin{vmatrix}
a_{11}  & a_{12}\\
a_{21} + \lambda b_{21} & a_{22} + \lambda b_{22}
\end{vmatrix} &= a_{11} ( a_{22} + \lambda b_{22}) - a_{12} (a_{21} + \lambda b_{21})\\
&=(a_{11}a_{22}-a_{12}a_{21})+\lambda(a_{11}b_{22}-a_{12}b_{21})\\
&= \begin{vmatrix}
a_{11}  & a_{12}\\
a_{21} & a_{22}
\end{vmatrix}
+\lambda \begin{vmatrix}
 a_{11} &  a_{12}\\
b_{21} & b_{22}
\end{vmatrix}.
\end{align*}

La linéarité par rapport à la deuxième ligne est démontrée.

Montrez que vous avez défini une forme alternée sur les lignes

Il est rappelé qu’une forme est dite alternée sur les lignes, si et seulement si, elle vaut $0$ dès que deux lignes sont identiques.

Soit $(a,b) \in\A^2.$ Comme l’anneau $\A$ est commutatif, vous avez :

\begin{vmatrix}
a & b\\
a & b
\end{vmatrix} = ab-ba = 0.

Montrez que vous avez défini une forme alternée qui vaut $1$ sur l’identité

Vous effectuez le calcul directement :

\begin{vmatrix}
1 & 0\\
0 & 1
\end{vmatrix} = 1\times 1 - 0\times 0 = 1.

Concluez

Le déterminant d’ordre $2$ est une application $2$-linéaire alternée sur ses lignes, prenant la valeur $1$ sur l’identité. De plus, il se développe par rapport à n’importe laquelle de ses lignes.

Prolongement

Vous souhaitez voir comment cela se poursuit à l’ordre $3$ ? Allez lire le contenu rédigé dans l'article 383.

381. Une formule due à Machin avec la fraction 1/239

Le but de cet article est de démontrer, en utilisant les nombres complexes, que :

\frac{\pi}{4} = 4\arctan \frac{1}{5}-\arctan\frac{1}{239}.

Cette formule est attribuée à Machin.

Introduisez deux nombres complexes

Vous posez :

\left\{\begin{align*}
a &= 5+i\\
b&= 239+i.
\end{align*} 
\right.

Mettez $a$ sous forme trigonométrique

Tour d’abord :

\begin{align*}
\vert a \vert^2 &= 5^2+1^2\\
&=25+1\\
&=26.
\end{align*}

Ainsi vous avez :

a= \sqrt{26}\left(\frac{5}{\sqrt{26}}+i\frac{1}{\sqrt{26}}\right).

D’autre part, comme $\left(\frac{5}{\sqrt{26}}\right)^2+\left(\frac{1}{\sqrt{26}}\right)^2 = \frac{1}{26}+\frac{5}{26}=1$ vous déduisez qu’il existe un unique $\alpha\in]-\pi, \pi]$ tel que :

\left\{\begin{align*}
\cos \alpha &= \frac{5}{\sqrt{26}}\\
\sin \alpha &= \frac{1}{\sqrt{26}}.
\end{align*}\right.

De cette égalité vous déduisez :

\boxed{a = \sqrt{26}\,\e^{i\alpha}.}

Comme le sinus et le cosinus du nombre réel $\alpha$ sont strictement positifs, vous avez même $\alpha\in]0, \pi/2[.$

En calculant la tangente de $\alpha$ vous obtenez:

\begin{align*}
\tan \alpha &= \frac{\sin \alpha}{\cos \alpha}\\
&= \frac{\frac{1}{\sqrt{26}}}{\frac{5}{\sqrt{26}}}\\
&= \frac{1}{\sqrt{26}} \times \frac{\sqrt{26}}{5}\\
&= \frac{1}{5}.
\end{align*}

Comme $\alpha \in ]-\pi/2, \pi/2[$ vous déduisez:

\boxed{\alpha = \arctan \frac{1}{5}.}

Mettez $b$ sous forme trigonométrique

De même, vous trouvez que:

\begin{align*}
\vert b \vert^2 &= 239^2+1^2\\
&=57121+1\\
&=57122\\
&=2\times 28561\\
&= 2\times 169^2.
\end{align*}

En posant $\boxed{\beta = \arctan \frac{1}{239}}$, vous trouvez que la forme trigonométrique de $b$ est:

\boxed{b = 169\sqrt{2}\,\e^{i\beta}.}

Déterminez la forme trigonométrique d’un quotient

Le nombre $4\arctan \frac{1}{5}-\arctan\frac{1}{239} = 4\alpha – \beta$ n’est autre que l’argument du nombre complexe $\frac{a^4}{b}$ dont vous trouvez la forme trigonométrique:

\begin{align*}
\frac{a^4}{b} & = \frac{(\sqrt{26}\,\e^{i\alpha})^4}{169\sqrt{2}\,\e^{i\beta}}\\
&=\frac{26^2\,\e^{i4\alpha}}{169\sqrt{2}\,\e^{i\beta}}\\
&=\frac{676 }{169\sqrt{2} }\,\e^{i(4\alpha-\beta)}\\
&=\frac{4\times 169 }{169\sqrt{2} }\,\e^{i(4\alpha-\beta)}\\
&=\frac{4}{\sqrt{2} }\,\e^{i(4\alpha-\beta)}\\
&=\frac{4\sqrt{2}}{(\sqrt{2})^2 }\,\e^{i(4\alpha-\beta)}\\
&=2 \sqrt{2}\,\e^{i(4\alpha-\beta)}.
\end{align*}

Déterminez la forme algébrique du même quotient

Partant de $a = 5+i$ vous avez tout d’abord:

\begin{align*}
a^2 &= 25-1+10i\\
&= 24+10i.
\end{align*} 

Ensuite:

\begin{align*}
a^4 &= (a^2)^2\\
&= (24+10i)^2\\
&= 576-100+480i\\
&= 476+480i.
\end{align*}

Ainsi:

\begin{align*}
\frac{a^4}{b} &= \frac{476+480i}{239+i}\\
&= \frac{(476+480i)(239-i)}{239^2+1^2}\\
&=\frac{4(119+120i)(239-i)}{57122}\\
&=\frac{4\left[(119\times 239+120)+i(-119+120\times 239)\right]}{2\times 28561}\\
&=\frac{4(28561+28561i)}{2\times 28561}\\
&=\frac{4\times 28561(1+i)}{2\times 28561}\\
&=2(1+i)\\
&=2\sqrt{2} \, \e^{i\pi/4}.
\end{align*}

Note. Il peut sembler surprenant que les nombres $119\times 239+120$ et $-119+120\times 239$ soient égaux. Cela peut être remarqué de la façon suivante :

\begin{align*}
-119+120\times 239 &= -119+(119+1)\times 239\\
 &= -119+239 + 119\times 239\\
&= 120 + 119\times 239.
\end{align*}

Note. Pour voir que $119\times 239+120 =28561$ on peut écrire ce qui suit :

\begin{align*}
119\times 239+120 &= 119\times 239+119 + 1\\
&= 119\times 240 + 1\\
&= (120-1)\times 240 + 1\\
&= 120\times 240 -  240 + 1\\
&= 120\times 120\times 2 -  240 + 1\\
&= 14400\times 2 -  240 + 1\\
&= 28800-  240 + 1\\
&= 28560 + 1\\
&= 28561.
\end{align*}

Concluez

Vous avez établi ce qui suit :

\frac{a^4}{b} = 2\sqrt{2} \, \e^{i\pi/4} = 2 \sqrt{2}\,\e^{i(4\alpha-\beta)}.

Donc il existe un entier relatif $k\in \Z$ tel que :

\frac{\pi}{4} = 4\alpha-\beta+2k\pi.

Pour montrer que $k = 0$ vous allez montrer que $4\alpha – \beta$ appartient à l’intervalle $[0, 2\pi/3].$

D’une part :

4\alpha -\beta = 3\alpha+(\alpha-\beta).

Comme $1/5$ est positif, $\alpha = \arctan \frac{1}{5}$ est positif aussi.

Il convient de constater aussi que $\frac{1}{5}\geq \frac{1}{239}.$ En appliquant la croissance de la fonction arctangente sur $\R$ vous déduisez que $\alpha \geq \beta.$ Donc $\alpha-\beta$ est positif.

Par somme, le réel $4\alpha-\beta$ est positif.

D’autre part, $\tan \frac{\pi}{6} = \frac{\sqrt{3}}{3}$ avec $\pi/6$ appartenant à l’intervalle $]-\pi/2, \pi/2[$ si bien que $\frac{\pi}{6} = \arctan \frac{\sqrt{3}}{3}.$

Or:

\begin{align*}
75\geq 9\\
25\times 3\geq 9\\
5\sqrt{3}\geq 3\\
\frac{\sqrt{3}}{3}\geq\frac{1}{5}.
\end{align*}

En appliquant la croissance de la fonction arctangente sur $\R$ vous déduisez que $\frac{\pi}{6}\geq \alpha.$

Donc $4\alpha \leq \frac{2\pi}{3}.$ Comme $\beta$ est positif:

4\alpha-\beta\leq 4\alpha\leq \frac{2\pi}{3}.

Ainsi:

4\alpha-\beta \in \left[0, \frac{2\pi}{3}\right].

Or, vous avez aussi :

\frac{\pi}{4} \in \left[0, \frac{2\pi}{3}\right].

Du coup :

\begin{align*}
\left\vert \frac{\pi}{4}-(4\alpha-\beta) \right\vert \leq \frac{2\pi}{3}\\
2\vert k \vert \pi \leq \frac{2\pi}{3}\\
\vert k \vert \leq \frac{1}{3}.
\end{align*}

Comme $k$ est un nombre entier, vous avez $k=0$ et donc $\frac{\pi}{4} = 4\alpha-\beta.$

La formule de Machin est ainsi établie :

\boxed{\frac{\pi}{4} = 4\arctan \frac{1}{5}-\arctan\frac{1}{239}.}

Prolongements

Pourriez-vous démontrer la formule de Machin précitée en utilisant les formules d’addition de la fonction tangente ?

Vous souhaitez voir une autre formule attribuée à Machin qui se base sur cette technique ? Rendez-vous dans le contenu rédigé dans l'article 035.

380. Calculez le cosinus de l’angle triple avec les nombres complexes

Soit $\theta$ un nombre réel, vous souhaitez calculer $\cos 3\theta$ en fonction de $\cos \theta.$

Utilisez l’exponentielle complexe

Soit $a$ un nombre complexe.

D’une part :

\e^{ia} = \cos a+ i\sin a.

D’autre part :

\e^{-ia}=\cos a-i\sin a.

Par somme, il vient :

\e^{ia}+\e^{-ia} = 2 \cos a.

Ainsi :

\boxed{\forall a\in\C, \e^{ia}+\e^{-ia} = 2 \cos a.}

Mettez au cube

En prenant $a=\theta$ vous déduisez :

\e^{i\theta}+\e^{-i\theta} =2\cos \theta.

L’égalité précédente est élevée au cube :

(\e^{i\theta}+\e^{-i\theta})^3 = 8\cos^3 \theta.

Vous utilisez la formule du binôme, à savoir :

\forall (u,v)\in\C^2, (u+v)^3=u^3+3u^2 v+3u v^2+v^3.

Avec $u= \e^{i\theta}$ et $v = \e^{-i\theta}$ vous obtenez :

\begin{align*}
8\cos^3 \theta &= (\e^{i\theta})^3+3(\e^{i\theta})^2\e^{-i\theta}+3\e^{i\theta}(\e^{-i\theta})^2+(\e^{-i\theta})^3\\
&=\e^{i\ 3\theta}+3\e^{i\ 2\theta}\e^{-i\theta}+3\e^{i\theta} \e^{-i\ 2\theta}+\e^{-i\ 3\theta}\\
&=\e^{i\ 3\theta}+3\e^{i\theta}+3\e^{-i\theta} +\e^{-i\ 3\theta}.
\end{align*} 

Or, en prenant $a = 3\theta$ vous avez :

\e^{i\ 3\theta}+\e^{-i\ 3\theta} =2\cos 3\theta.

Du coup :

\begin{align*}
8\cos^3 \theta &= 2\cos 3\theta + 3(\e^{i\theta}+\e^{-i\theta})\\
&= 2\cos 3\theta + 6 \cos \theta.
\end{align*} 

En divisant par $2$ vous avez :

4\cos^3 \theta = \cos 3\theta + 3\cos \theta.

Concluez

Il a été démontré que :

\boxed{\forall \theta\in\R, \cos 3\theta = 4\cos^3\theta-3\cos\theta.}

379. Déterminez si une matrice est inversible ou non inversible avec des opérations élémentaires sur ses lignes

Dans tout ce contenu, les matrices considérées auront des coefficients appartenant à un corps $\K.$

L’objectif est d’expliciter le comportement des matrices inversibles et non inversibles avec des opérations élémentaires sur les lignes uniquement. Il est ainsi possible de déterminer si une matrice est inversible ou non, sans faire appel explicitement à la notion de rang.

Rappelez vous de la définition d’une matrice inversible

Soit $n$ un entier naturel non nul.

Une matrice carrée $A$ d’ordre $n$ est dite inversible, si et seulement si, il existe une matrice carrée $B$ d’ordre $n$ telle que $AB=BA=I_n$ où $I_n$ désigne la matrice identité d’ordre $n.$

Utilisez une récurrence

Pour tout entier naturel $n$ non nul, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété suivante : « Si une matrice $A$ d’ordre $n$ est inversible, alors il existe un nombre fini d’opérations élémentaires sur les lignes de $A$ permettant d’arriver à la matrice identité $I_n$. Si une matrice $A$ d’ordre $n$ n’est pas inversible, alors il existe un nombre fini d’opérations élémentaires sur les lignes de $A$ permettant d’arriver à une matrice possédant au moins une ligne entièrement nulle. »

Initialisation

Pour $n=1.$ Soit $A$ une matrice d’ordre $1$ qui soit inversible.

Il existe un coefficient $a\in\K$ tel que $A = (a).$ Puisque $A$ est inversible, il existe une matrice $B$ telle que $AB=BA=(1).$

D’autre part, il existe $b\in\K$ tel que $B = (b).$ Le produit matriciel $AB$ est égal à $(ab)$ et donc $ab=1.$ Donc $a$ ne peut être nul.

En effectuant l’opération élémentaire $L_1\leftarrow \frac{1}{a}L_1$ à partir de la matrice $A$, vous tombez sur la matrice identité $I_1.$

Soit maintenant $A$ une matrice d’ordre $1$ qui ne soit pas inversible. Il existe un coefficient $a\in\K$ tel que $A = (a).$ Si $a$ est non nul, vous posez $B = (1/a)$ de sorte que $AB=BA=I_1$ donc $A$ est inversible ce qui est absurde. Donc $a=0.$ L’opération élémentaire $L_1\leftarrow L_1$ effectuée à partir de la matrice $A$ fournit la matrice $(0)$ dont la ligne $1$ est entièrement nulle.

Vous en déduisez que $\mathscr{P}(1)$ est vérifiée.

Hérédité

Soit $n$ un entier naturel non nul tel que $\mathscr{P(n)}$ soit vraie.

Cas où la matrice de départ est inversible

Soit $A_{n+1}$ une matrice carrée d’ordre $n+1$ qui soit inversible. Supposez que la première colonne de cette matrice soit entièrement nulle. Alors, pour toute matrice $M$ carrée d’ordre $n+1$, le produit $MA_{n+1}$ est une matrice dont la première colonne est encore entièrement nulle. Donc $MA_{n+1}$ ne peut être égal à la matrice identité $I_{n+1}$ donc $A_{n+1}$ n’est pas inversible, ce qui est absurde.

Donc il existe un coefficient de la première colonne de $A_{n+1}$ qui est non nul. En notant $r$ son numéro de ligne et en notant $a$ ce coefficient, vous effectuez l’opération élémentaire $L_1 \leftrightarrow L_r$ à partir de la matrice $A$, suivie de $L_1\leftarrow \frac{1}{a}L_1.$ La matrice obtenue possède un $1$ en haut à gauche :

A_{n+1}\xrightarrow[L_1 \leftrightarrow L_r]{} 

\begin{pmatrix}
a & \ast & \cdots & \ast \\
\ast  &\ast & \cdots & \ast \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
\ast  &\ast & \cdots & \ast
\end{pmatrix}

 \xrightarrow[L_1\leftarrow \frac{1}{a}L_1]{}
\begin{pmatrix}
1 & \ast & \cdots & \ast \\
\ast  &\ast & \cdots & \ast \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
\ast  &\ast & \cdots & \ast
\end{pmatrix} = A^{(2)}_{n+1}.

Vous notez maintenant $a’_{1}, \dots, b’_{n}$ les coefficients se trouvant dans la première colonne de la matrice obtenue $A^{(2)}_{n+1}.$

A^{(2)}_{n+1}
=
\begin{pmatrix}
1 & \ast & \cdots & \ast \\
a'_1  &\ast & \cdots & \ast \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
a'_n  &\ast & \cdots & \ast
\end{pmatrix}.

Vous effectuez maintenant les $n$ opérations élémentaires suivantes sur la matrice $A^{(2)}_{n+1}$, à savoir $L_2 \leftarrow L_2-a’_1L_1, \dots, L_{n+1} \leftarrow L_{n+1}-a’_nL_1.$

La matrice obtenue est celle-ci, elle est carrée d’ordre $n+1$, comme suit :

\begin{pmatrix}
1 & \ast & \cdots & \ast \\
0  &\ast & \cdots & \ast \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
0  &\ast & \cdots & \ast
\end{pmatrix} = A^{(n+2)}_{n+1}.

En rayant la première ligne et la première colonne de cette matrice, vous obtenez une matrice $B^{(n+2)}_{n}$ carrée d’ordre $n.$ Si vous écrivez la matrice $A^{(n+2)}_{n+1}$ par blocs, cela fournit :

 A^{(n+2)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
1 & \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}  & B^{(n+2)}_n 
\end{pmatrix}.

Raisonnez maintenant par l’absurde. Si la matrice $B^{(n+2)}_n$ n’est pas inversible, par hypothèse de récurrence, il existe une suite finie de $m$ opérations élémentaires amenant la matrice $B^{(n+2)}_n$ a être transformée en une matrice $C^{(n+2+m)}_n$ qui possède au moins une ligne entièrement nulle.

Pour chaque opération élémentaire effectuée sur les lignes de $B^{(n+2)}_n$ vous effectuez simultanément une autre opération élémentaire sur les lignes de $A^{(n+2)}_{n+1}$, c’est-à-dire :

  • si l’opération élémentaire effectuée sur $B^{(n+2)}_n$ est $L_i\leftrightarrow L_j$ vous effectuez l’opération élémentaire $L_{i+1}\leftrightarrow L_{j+1}$ sur la matrice $A^{(n+2)}_{n+1};$
  • si l’opération élémentaire effectuée sur $B^{(n+2)}_n$ est $L_i\leftarrow k L_i$ avec $k\in\K^{*}$ vous effectuez l’opération élémentaire $L_{i+1}\leftrightarrow k L_{i+1}$ sur la matrice $A^{(n+2)}_{n+1};$
  • si l’opération élémentaire effectuée sur $B^{(n+2)}_n$ est $L_i\leftarrow L_i + k L_j$ avec $i\neq j$ et $k\in\K$ vous effectuez l’opération élémentaire $L_{i+1}\leftrightarrow L_{i+1}+k L_{j+1}$ sur la matrice $A^{(n+2)}_{n+1}.$

Comme la colonne $1$ de la matrice $A^{(n+2)}_{n+1}$ ne possède que des zéros de la ligne $2$ à la ligne $n+1$ les $m$ opérations élémentaires effectuées sur la matrice $A^{(n+2)}_{n+1}$ vont la transformer en la matrice suivante dont la représentation par blocs est :

 A^{(n+2+m)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
1 & \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}  & C^{(n+2+m)}_n 
\end{pmatrix}.

Comme la matrice $C^{(n+2+m)}_n$ possède au moins une ligne entièrement nulle, il en est de même pour la matrice $A^{(n+2+m)}_{n+1}.$

Notez $s$ le numéro de la première ligne de la matrice $A^{(n+2+m)}_{n+1}$ qui est entièrement nulle.

Pour toute matrice carrée $M$ d’ordre $n+1$ le produit $A^{(n+2+m)}_{n+1} M$ aura la ligne numéro $s$ entièrement nulle aussi. Donc il n’existe aucune matrice $M$ d’ordre $n+1$ telle que le produit $A^{(n+2+m)}_{n+1} M$ soit égal à la matrice identité $I_{n+1}.$ Donc $A^{(n+2+m)}_{n+1}$ n’est pas inversible.

Or, il existe $n+2+m$ matrices élémentaires $E_1, \dots, E_{n+2+m}$ de permutation, transvection ou dilatation telles que :

E_{n+2+m}\cdots E_1A_{n+1} = A^{(n+2+m)}_{n+1}.

Or, pour tout $i\in\llbracket 1, n+2+m\rrbracket$ les matrices $E_i$ sont toutes inversibles : pour tout $i\in\llbracket 1, n+2+m\rrbracket$ il existe une matrice $E_i^{-1}$ telle que $E_i E_i^{-1} = E_i^{-1}E_i = I_{n+1}.$

Comme $A_{n+1}$ est inversible, il existe une matrice $B$ telle que $A_{n+1}B = BA_{n+1} = I_{n+1}.$ Posez $C = BE_1^{-1}\cdots E_{n+2+m}^{-1}.$

Alors :

\begin{align*}
A^{(n+2+m)}_{n+1}C &= (E_{n+2+m}\cdots E_1A_{n+1} )(BE_1^{-1}\cdots E_{n+2+m}^{-1}) \\
&=   E_{n+2+m}\cdots E_1(A_{n+1} B ) E_1^{-1}\cdots E_{n+2+m}^{-1}\\
&= E_{n+2+m}\cdots E_1 E_1^{-1}\cdots E_{n+2+m}^{-1}\\
&= I_{n+1}.
\end{align*} 
\begin{align*}
CA^{(n+2+m)}_{n+1} &= (BE_1^{-1}\cdots E_{n+2+m}^{-1})  (E_{n+2+m}\cdots E_1A_{n+1} )\\
&=  BA_{n+1} \\
&= I_{n+1}.
\end{align*} 

Du coup la matrice $A^{(n+2+m)}_{n+1}$ est inversible, contradiction.

Il en résulte que la matrice $B^{(n+2)}_n$ est inversible. Par hypothèse de récurrence, il existe une suite finie de $p$ opérations élémentaires amenant la matrice $B^{(n+2)}_n$ a être transformée en la matrice identité $I_n.$ Comme précédemment, à chaque opération élémentaire effectuée à partir de la matrice $B^{(n+2)}_n$ vous effectuez une opération élémentaire à partir de la matrice $A^{(n+2)}_{n+1}.$ Vous aboutissez à la matrice suivante, par blocs :

 A^{(n+2+p)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
1 & \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}  & I_n 
\end{pmatrix}.

Notez alors $d_1,\dots, d_n$ les coefficients supplémentaires de la première ligne de cette matrice :

\begin{pmatrix}
1 & d_1& \cdots & d_n \\
0  &1 & \cdots & 0 \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
0  &0 & \cdots & 1
\end{pmatrix} = A^{(n+2+p)}_{n+1}.

Vous effectuez alors les $n$ opérations élémentaires $L_1\leftarrow L_1-d_1L_2, \dots, L_1\leftarrow L_1-d_nL_{n+1}$ et vous arrivez à la matrice identité $I_{n+1}.$

Cas où la matrice de départ n’est pas inversible

Soit $A_{n+1}$ une matrice carrée d’ordre $n+1$ qui soit non inversible.

Premier cas. La première colonne de cette matrice est entièrement nulle. Ecrivant cette matrice par blocs, il existe une matrice carrée $B_n$ telle que :

A_{n+1} = \begin{pmatrix}
0 & \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}  &B_n
\end{pmatrix}.

Si $B_n$ n’est pas inversible, il existe une suite finie de $m$ opérations élémentaires qui transforment la matrice $B_n$ en une matrice $B^{(m)}_n$ qui possède une ligne entièrement nulle. Effectuant les opérations élémentaires transposées sur la matrice $A_{n+1}$, vous arrivez en $m$ opérations élémentaires à transformer la matrice $A_{n+1}$ en la matrice $A^{(m)}_{n+1}$ suivante :

A^{(m)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
0 & \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}  &B^{(m)}_n
\end{pmatrix}.

Comme $B^{(m)}_n$ possède une ligne entièrement nulle, il en est de même de $A^{(m)}_{n+1}.$

Si $B_n$ est inversible, il existe une suite finie de $p$ opérations élémentaires qui transforment la matrice $B_n$ en la matrice identité $I_n.$ Du coup, en $p$ opérations élémentaires, la matrice $A_{n+1}$ est transformée en la matrice $A^{(p)}_{n+1}$ suivante :

A^{(p)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
0 & \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}  &I_n
\end{pmatrix}.

Notez alors $d_1,\dots, d_n$ les coefficients supplémentaires de la première ligne de cette matrice :

A^{(p)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
0 & d_1& \cdots & d_n \\
0  &1 & \cdots & 0 \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
0  &0 & \cdots & 1
\end{pmatrix} .

Vous effectuez alors les $n$ opérations élémentaires $L_1\leftarrow L_1-d_1L_2, \dots, L_1\leftarrow L_1-d_nL_{n+1}$ et vous arrivez à la matrice suivante :

A^{(p+n)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
0 & 0& \cdots & 0 \\
0  &1 & \cdots & 0 \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
0  &0 & \cdots & 1
\end{pmatrix}.

Vous arrivez bien à une matrice possédant une ligne entièrement nulle.

Second cas. La première colonne de la matrice $A_{n+1}$ possède un coefficient non nul noté $u$ situé à la ligne numéro $r.$

Vous effectuez les deux opérations élémentaires suivantes $L_1\leftrightarrow L_r$ puis $L_1 \leftarrow \frac{1}{u} L_1.$ La matrice obtenue est :

A^{(2)}_{n+1} =  \begin{pmatrix}
1 & \ast & \cdots & \ast  \\
\ast   &\ast  & \cdots & \ast  \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
\ast   &\ast  & \cdots & \ast 
\end{pmatrix}.

Vous notez $v_1,\dots,v_n$ les coefficients de la première colonne de cette matrice, en surplus du premier coefficient $1$ de la ligne $1.$

A^{(2)}_{n+1} =  \begin{pmatrix}
1 & \ast & \cdots & \ast  \\
v_1   &\ast  & \cdots & \ast  \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
v_n   &\ast  & \cdots & \ast 
\end{pmatrix}.

Vous effectuez alors $n$ opérations élémentaires $L_2\leftarrow L_2-v_1L_1, \dots, L_{n+1}\leftarrow L_{n+1}-v_nL_1$ ce qui fournit la matrice suivante :

A^{(2+n)}_{n+1} =  \begin{pmatrix}
1 & \ast & \cdots & \ast  \\
0   &\ast  & \cdots & \ast  \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
0   &\ast  & \cdots & \ast 
\end{pmatrix}.

Vous rayez la première ligne et la première colonne de $A^{(2+n)}_{n+1}$ et notez $B^{(2+n)}_n$ la matrice obtenue. En écrivant l’ensemble par blocs, il vient :

A^{(2+n)}_{n+1} =  \begin{pmatrix}
1 &  \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}   & B^{(2+n)}_n 
\end{pmatrix}.

Raisonnez par l’absurde. Si la matrice $B^{(2+n)}_n$ est inversible, il est possible de la transformer en la matrice identité $I_n$ par un nombre fini de $m$ opérations élémentaires sur ses lignes. Il en résulte que, par $m$ opérations élémentaires sur les lignes, la matrice $A^{(2+n)}_{n+1}$ peut être transformée en la matrice suivante :

A^{(2+n+m)}_{n+1} =  \begin{pmatrix}
1 &  \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}   & I_n 
\end{pmatrix}.

Notez alors $d_1,\dots, d_n$ les coefficients supplémentaires de la première ligne de cette matrice :

A^{(2+n+m)}_{n+1} = \begin{pmatrix}
1 & d_1& \cdots & d_n \\
0  &1 & \cdots & 0 \\ 
\vdots & \vdots &  \cdots  &\vdots\\
0  &0 & \cdots & 1
\end{pmatrix}.

Vous effectuez alors les $n$ opérations élémentaires $L_1\leftarrow L_1-d_1L_2, \dots, L_1\leftarrow L_1-d_nL_{n+1}$ et vous arrivez à la matrice identité $I_{n+1}.$

Ainsi, il existe $2+2n+m$ opérations élémentaires qui permettent de transformer la matrice $A_{n+1}$ en la matrice identité. Cela signifie qu’il existe $E_1,\dots,E_{2+2n+m}$ matrices élémentaires de permutation, transvection ou dilatation telles que :

E_{2+2n+m}\cdots E_1 A_{n+1}= I_{n+1}.

Or, pour tout $i\in\llbracket 1, 2+2n+m\rrbracket$ les matrices $E_i$ sont toutes inversibles : pour tout $i\in\llbracket 1, 2+2n+m\rrbracket$ il existe une matrice $E_i^{-1}$ telle que $E_i E_i^{-1} = E_i^{-1}E_i = I_{n+1}.$

Par suite, vous déduisez :

A_{n+1} = E_1^{-1}\cdots E_{2+2n+m}^{-1}.

En notant $B = E_{2+2n+m}\cdots E_1$ vous avez $AB = BA = I_{n+1}$ donc $A_{n+1}$ est inversible, ce qui contredit l’hypothèse de départ.

Donc la matrice $B^{(2+n)}_n$ n’est pas inversible. Pour rappel :

A^{(2+n)}_{n+1} =  \begin{pmatrix}
1 &  \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}   & B^{(2+n)}_n 
\end{pmatrix}.

D’après l’hypothèse de récurrence, il existe $p$ opérations élémentaires sur les lignes de $B^{(2+n)}_n$ qui permettent d’obtenir une matrice $B^{(2+n+p)}_n$ qui possède une ligne entièrement nulle.

Partant de la matrice $A^{(2+n)}_{n+1}$ vous déduisez qu’il existe $p$ opérations élémentaires sur ses lignes qui la transforment en une matrice $A^{(2+n+p)}_{n+1}$ telle que :

A^{(2+n+p)}_{n+1} =  \begin{pmatrix}
1 &  \boldsymbol{\ast}  \\
\mathbf{0}   & B^{(2+n+p)}_n 
\end{pmatrix}.

En notant $s$ le premier numéro de ligne correspondant à une ligne nulle de la matrice $B^{(2+n+p)}_n$ il s’ensuit que la ligne numérotée $s+1$ est entièrement nulle pour la matrice $A^{(2+n+p)}_{n+1}.$

Ainsi, $\mathscr{P}(n+1)$ est vraie.

Par récurrence, il a été montré que, pour tout entier naturel $n$ non nul, $\mathscr{P}(n)$ est vraie.

Concluez

Pour tout entier naturel $n$ non nul et pour toute matrice $A$ carrée d’ordre $n$ à coefficients dans un corps $\K$ vous avez ce qui suit :

  • si la matrice $A$ est inversible, alors il existe un nombre fini d’opérations élémentaires sur les lignes de $A$ permettant d’arriver à la matrice identité $I_n;$
  • si la matrice $A$ n’est pas inversible, alors il existe un nombre fini d’opérations élémentaires sur les lignes de $A$ permettant d’arriver à une matrice possédant au moins une ligne entièrement nulle.

Prolongement

Dans les deux propositions précitées, démontrez que les conditions sont nécessaires et suffisantes, ce qui revient à prouver ce qui suit.

Pour tout entier naturel $n$ non nul et pour toute matrice $A$ carrée d’ordre $n$ à coefficients dans un corps $\K$, deux cas exclusifs se présentent :

  • la matrice $A$ est inversible, si et seulement si, il existe un nombre fini d’opérations élémentaires sur les lignes de $A$ permettant d’arriver à la matrice identité $I_n;$
  • la matrice $A$ n’est pas inversible, si et seulement si, il existe un nombre fini d’opérations élémentaires sur les lignes de $A$ permettant d’arriver à une matrice possédant au moins une ligne entièrement nulle.

378. Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes (partie 2/2)

Ce contenu s’inscrit dans la suite du contenu rédigé dans l'article 377. Les mêmes notations y sont reprises.

Il s’agit de démontrer :

  • que la norme $\lVert \quad\rVert$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ puis ;
  • que deux normes quelconques sur $E$ sont équivalentes.

Dans un premier temps, vous cherchez à démontrer que :

\exists R>0, \forall v \in E, \lVert v \rVert_1 \leq R\lVert v \rVert.

Raisonnez par l’absurde

Supposez que la proposition précédente ne soit pas satisfaite. Alors :

\forall R >0, \exists v\in E,  \lVert v \rVert_1 > R\lVert v \rVert.

Pour tout entier naturel $m$ non nul, $m$ est un réel strictement positif. Vous en déduisez que :

\forall m\in\NN, \exists v_m\in E,  \lVert v_m \rVert_1 > m\lVert v_m \rVert.

Cela définit une suite $(v_m)_{m\in\NN}.$

L’objectif étant d’obtenir une majoration par une quantité petite, à savoir $1/m$, vous écrivez que :

\forall m\in\NN, \lVert v_m \rVert <  \frac{1}{m}\lVert v_m \rVert_1.

S’il existait un entier $p\in\NN$ tel que $v_p$ était nul, alors $\lVert v_p \rVert_1$ serait nul, et l’inégalité $\frac{1}{p}\lVert v_p \rVert_1 > \lVert v_p \rVert$ donnerait $0> \lVert v_p \rVert$ ce qui est absurde.

Donc $\boxed{\forall m\in\NN, v_m\neq 0}$ et par suite $\lVert v_m \rVert_1 > 0.$

Pour tout $m\in\NN$ vous divisez l’inégalité $\lVert v_m \rVert < \frac{1}{m}\lVert v_m \rVert_1$ par $\lVert v_m \rVert_1.$ Cela fournit, pour tout $m\in\NN$ :

\begin{align*}
 \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} \lVert v_m \rVert < \frac{1}{m} \\
\left\lVert \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} v_m \right\rVert  < \frac{1}{m}.
\end{align*}

Pour tout $m\in\NN$ vous posez $x_m = \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} v_m.$ Vous avez obtenu ce qui suit :

\boxed{\forall m\in\NN, \lVert  x_m \rVert < \frac{1}{m}.}

Intuitivement, quand $m$ augmente, les normes $\lVert x_m \rVert$ deviennent de plus en plus petites.

Cependant, vous avez aussi, pour la norme 1, et pour tout $n\in\NN$ :

\begin{align*}
 \lVert  x_m \rVert_1 &= \left\lVert  \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} v_m \right\rVert_1 \\
&= \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1}  \left\lVert v_m \right\rVert_1\\
&= 1.
\end{align*}

Vous obtenez le fait suivant :

\boxed{\forall m\in\NN, \lVert  x_m \rVert_1 = 1.}

Pour tout entier naturel $m$ non nul, les vecteurs $x_m$ appartiennent à la sphère unité de la norme 1.

Utilisez des suites extraites

Les deux conditions obtenues précédemment vont aboutir à une contradiction parce que $E$ est un espace vectoriel de dimension finie.

Vous allez utiliser la base $(e_1,\cdots, e_n)$ de $E.$

Pour tout entier naturel $m$ non nul, il existe $(\lambda_m^{(1)},\cdots,\lambda_m^{(n)})\in\R^n$ tel que :

\begin{align*}
x_m &= \sum_{i=1}^n \lambda_m^{(i)}e_i\\
\lVert x_m \rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert \lambda_m^{(i)}\vert.
\end{align*}

Comme $\forall m\in\NN, \lVert x_m \rVert_1 = 1$ vous déduisez que, pour tout $u\in\llbracket 1, n\rrbracket$ et pour tout $m\in\NN, \vert \lambda_m^{(u)}\vert \leq 1.$

Du coup, la suite $\left(\lambda_m^{(1)}\right)_{m\in\NN}$ est réelle et bornée. D’après le théorème de Bolzano-Weierstrass, on peut en extraire une suite convergente. Il existe un réel $\lambda^{(1)}$ et une fonction $\varphi_1$ strictement croissante qui va de $\NN$ dans lui-même telle que :

\lambda_{\varphi_1(m)}^{(1)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(1)}.

Soit maintenant $i\in\llbracket 1, n-1\rrbracket.$ Supposez que vous ayez construit des fonctions strictement croissantes $\varphi_1,\dots,\varphi_i$ de $\NN$ dans lui-même et des réels $\lambda^{(1)}, \dots, \lambda^{(i)}$ tels que :

\forall j\in\llbracket 1, i\rrbracket, \lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Or, pour tout $u\in\llbracket 1, n\rrbracket$ et pour tout $m\in\NN$ vous avez $\vert \lambda_m^{(u)}\vert \leq 1.$ En particulier, vous avez $\forall m\in\NN, \left\vert \lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(i+1)} \right\vert\leq 1.$

La suite $\left(\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(i+1)}\right)_{m\in\NN}$ est réelle et bornée, il existe, d’après le théorème de Bolzano-Weierstrass, un réel $\lambda^{(i+1)}$ et une fonction $\varphi_{i+1}$ strictement croissante de $\NN$ dans lui-même, telle que :

\begin{align*}
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(\varphi_{i+1}(m))}^{(i+1)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(i+1)}\\
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i\circ \varphi_{i+1})(m)}^{(i+1)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(i+1)}.
\end{align*}

Pour tout $j\in\llbracket 1, i\rrbracket$ la suite $\left(\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(\varphi_{(i+1)}(m))}^{(j)}\right)_{m\in\NN}$ est une suite extraite de la suite $\left(\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(j)}\right)_{m\in\NN}$ ce qui permet d’écrire que, pour tout $j\in\llbracket 1, i\rrbracket$ :

\begin{align*}
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(\varphi_{i+1}(m))}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}\\
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i\circ \varphi_{i+1})(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.
\end{align*}

Ainsi pour tout $j\in\llbracket 1, i+1\rrbracket$ vous avez :

\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i\circ \varphi_{i+1})(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Vous avez ainsi montré par récurrence limitée qu’il existe $(\lambda^{(1)}, \dots, \lambda^{(n)})\in\R^n$ et des fonctions $\varphi_1, \dots, \varphi_n$ strictement croissantes de $\NN$ dans lui-même telles que :

\forall j\in\llbracket1, n\rrbracket, \lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_n)(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Et maintenant aboutissez à une contradiction

Afin d’alléger les notations, vous posez $\varphi = \varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_n.$ Comme composée de fonctions strictement croissantes de $\NN$ dans lui-même, la fonction $\varphi$ est strictement croissante de $\NN$ dans lui-même.

Vous avez établi que :

\forall j\in\llbracket1, n\rrbracket, \lambda_{\varphi(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Ainsi, pour tout $m\in\NN$ il vient :

x_{\varphi(m)} = \sum_{i=1}^n \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}e_i.

Posez maintenant ce qui suit :

x = \sum_{i=1}^n \lambda^{(i)}e_i.

Vous effectuez la majoration suivante :

\begin{align*}
\lVert  x_{\varphi(m)}-x\rVert &\leq \left\lVert  \sum_{i=1}^n \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}e_i -   \sum_{i=1}^n \lambda^{(i)}e_i\\ \right\rVert \\
&\leq \left\lVert  \sum_{i=1}^n (\lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} )e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n \left\lVert   (\lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} )e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n   \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} ) \right\vert \left\lVert  e_i \right\rVert.
\end{align*}

Vous notez encore $M = \max \{\lVert e_i \rVert, i\in\llbracket 1, n\rrbracket \}.$

Vous obtenez alors :

\begin{align*}
\lVert  x_{\varphi(m)}-x\rVert
&\leq \sum_{i=1}^n   \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} ) \right\vert \cdot  M\\
&\leq M\cdot\sum_{i=1}^n   \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} ) \right\vert.
\end{align*}

Comme :

\forall j\in\llbracket1, n\rrbracket, \lambda_{\varphi(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Vous déduisez, la somme étant finie, que :

\begin{align*}
&\lVert  x_{\varphi(m)}-x\rVert\xrightarrow[m\to +\infty]{} 0\\
&\lVert  x-x_{\varphi(m)}\rVert\xrightarrow[m\to +\infty]{} 0.
\end{align*}

Pour tout $m\in\NN$ vous avez, par inégalité triangulaire :

\begin{align*}
\lVert x\rVert &\leq \lVert x-x_{\varphi(m)}+x_{\varphi(m)}\rVert \\
&\leq \lVert x-x_{\varphi(m)}\rVert +\lVert x_{\varphi(m)}\rVert \\
&\leq \lVert x-x_{\varphi(m)}\rVert +\frac{1}{\varphi(m)}.
\end{align*}

Comme $\varphi$ est strictement croissante, vous avez $\forall m\in\NN, \varphi(m) \geq m$ d’où :

\forall m\in\NN, \lVert x\rVert \leq \lVert x-x_{\varphi(m)}\rVert +\frac{1}{m}.

En faisant tendre $m$ vers $+\infty$ dans cette inégalité, vous avez $\lVert x \rVert \leq 0$ d’où $\lVert x \rVert = 0$ par positivité de la norme et donc $x=0.$

Or, quel que soit $m\in\NN, \lVert x_{\varphi(m)} \rVert_1 =1$ donc :

\forall m\in\NN,  \sum_{i=1}^n \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)} \right\vert = 1.

En faisant tendre $m$ vers $+\infty$, vous obtenez :

\sum_{i=1}^n \left\vert \lambda^{(i)} \right\vert = 1.

Du coup :

\lVert x\rVert_1 = 1.

Puisque $x$ est nul, vous avez $\lVert x\rVert_1 = 0$ ce qui contredit l’égalité précédente. D’où une contradiction, comme annoncé.

Déduisez-en que toutes les normes de $E$ sont équivalentes

D’après ce qui a été effectué, la norme $\lVert \quad\rVert$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert_1.$ Dans le contenu rédigé dans l'article 377 il a été établi que la norme $\lVert \quad\rVert_1 $ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert.$

Ainsi :

\exists R>0, \forall v \in E, \lVert v \rVert_1 \leq R\lVert v \rVert \\
\exists M>0, \forall v \in E, \lVert v \rVert \leq M\lVert v \rVert_1.

Vous en déduisez ce qui suit :

\exists (R, M)\in\R_{+}^{*}, \forall v \in E, \frac{1}{R}  \lVert v \rVert_1\leq  \lVert v \rVert \leq M  \lVert v \rVert_1

Autrement dit, les normes $\lVert \quad\rVert$ et $\lVert \quad\rVert_1$ sont équivalentes.

Soit maintenant $\lVert \quad\rVert’$ une autre norme de $E.$ En reprenant le raisonnement effectué, cette norme est aussi équivalente à $\lVert \quad\rVert_1$ donc :

\exists (R', M')\in(\R_{+}^{*})^2, \forall v \in E, \frac{1}{R'}  \lVert v \rVert_1\leq  \lVert v \rVert' \leq M'  \lVert v \rVert_1.

Soit maintenant $v\in E.$

D’une part :

\begin{align*}
\lVert v \rVert'  \leq M'  \lVert v \rVert_1 \leq M'R  \lVert v \rVert.
\end{align*}

D’autre part :

 \lVert v \rVert \leq M  \lVert v \rVert_1 \leq MR'  \lVert v \rVert'.

Ainsi :

\forall v\in E, \frac{1}{MR'} \lVert v \rVert \leq \lVert v \rVert' \leq M'R  \lVert v \rVert.

En posant $\alpha = \frac{1}{MR’}$ et $\beta = M’R$ vous avez $(\alpha, \beta)\in (\R_{+}^{*})^2$ et :

\boxed{\forall v\in E,\quad  \alpha \lVert v \rVert \leq \lVert v \rVert' \leq \beta  \lVert v \rVert.}

Ainsi, deux normes quelconques de $E$ sont équivalentes.

377. Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes (partie 1/2)

Dans ce contenu, vous notez $E$ un $\R$-espace vectoriel de dimension finie $n$ où $n$ est un entier naturel non nul. Soit $\lVert\quad \rVert$ une norme sur $E.$

Fixez une base $(e_1,\dots,e_n)$ de $E.$ Vous allez, à partir de cette base, définir une nouvelle norme dite « norme 1 » sur $E$ notée $\lVert \quad\rVert_1$ et montrer que les deux normes $\lVert\quad \rVert$ et $\lVert\quad \rVert_1$ sont équivalentes.

Construisez une norme $\lVert\quad \rVert_1$

Tout vecteur $v$ appartenant à $E$ s’écrit de façon unique en utilisant ses coordonnées dans la base $(e_1,\dots,e_n).$ Autrement dit, quel que soit $v\in E$ il existe un unique $n$-uplet $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que :

v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i.

A partir de cette écriture vous posez :

\lVert  v \rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert.

Il s’agit maintenant de démontrer que $\lVert\quad \rVert_1$ est une norme sur $E.$

Montrez la séparation en partant d’un vecteur $v\in E$ tel que $\lVert v \rVert_1 = 0$

Soit $v$ un vecteur de $E$ tel que $\lVert v \rVert_1 = 0.$

Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que $v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i$ et $\sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert = 0.$ La dernière somme est nulle et elle est formée de termes positifs ou nuls. Donc pour tout $i$ compris entre $1$ et $n$ vous avez $\lambda_i = 0.$

Par suite, $v=0.$ L’implication suivante est acquise :

\boxed{\forall v\in E ,\,\lVert v \rVert_1 = 0 \implies v=0.}

Montrez l’homogénéïté

Soit $v\in E$ et soit $k$ un nombre réel.

Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que $v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i$ et $\lVert v\rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert.$

En développant, il vient $kv = k \left( \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i\right) = \sum_{i=1}^n k \lambda_i e_i.$

Du coup :

\begin{align*}
\lVert kv\rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert k \lambda_i\vert \\
&= \sum_{i=1}^n  \vert k \vert \cdot \vert  \lambda_i\vert \\
&= \vert k \vert \sum_{i=1} ^n \vert  \lambda_i\vert \\
&=  \vert k \vert \cdot\lVert v\rVert_1.
\end{align*}

L’égalité suivante est acquise :

\boxed{\forall v\in E, \forall k\in\R,  \lVert kv\rVert_1 = \vert k \vert \cdot \lVert v\rVert_1.}

Montrez l’inégalité triangulaire

Soient $v$ et $w$ deux vecteurs de $E.$ Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in \R^n$ et il existe $(\mu_1,\dots, \mu_n)\in\R^n$ tels que :

\left\{\begin{align*}
v &= \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i\\
w &= \sum_{i=1}^n \mu_i e_i\\
\lVert v\rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert \\
\lVert w\rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert \mu_i \vert.
\end{align*}\right.

Par somme, il vient :

\begin{align*}
v+w &=  \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i +  \sum_{i=1}^n \mu_i e_i\\
& = \sum_{i=1}^n (\lambda_i e_i +  \mu_i e_i )\\
& = \sum_{i=1}^n (\lambda_i +  \mu_i  )e_i.
\end{align*} 

Du coup $\lVert v+w\rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i +\mu_i\vert$ et par suite :

\begin{align*}
\lVert v+w\rVert_1 &\leq \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i +\mu_i\vert \\
&\leq \sum_{i=1}^n (\vert \lambda_i\vert + \vert \mu_i\vert) \\
&\leq \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i\vert +  \sum_{i=1}^n \vert \mu_i\vert \\
&\leq \lVert v\rVert_1 + \lVert w\rVert_1.
\end{align*}

L’inégalité triangulaire est bien vérifiée :

\boxed{\forall v\in E, \forall w\in E,  \lVert v+w\rVert_1 \leq  \lVert v\rVert_1 \cdot \lVert w\rVert_1.}

Concluez

Il a été démontré que $\lVert \quad\rVert_1$ est une norme sur $E.$

Montrez que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert$

Soit $v$ un vecteur de $E.$

Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que $v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i$ et $\lVert v\rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert.$

Utilisant l’inégalité triangulaire de la norme $\lVert \quad\rVert$ vous obtenez :

\begin{align*}
\lVert v \rVert &\leq \left\lVert \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i \right\rVert\\
&\leq \sum_{i=1}^n \left\lVert  \lambda_i e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert \cdot \left \lVert   e_i \right\rVert.
\end{align*}

Comme l’ensemble $\{\lVert e_i \rVert, i\in\llbracket 1, n\rrbracket \}$ est fini, il admet un maximum. Notez $M$ ce maximum, qui correspond à la plus grande norme des vecteurs de la base $(e_1,\cdots,e_n).$ Vous avez donc :

\forall i\in\llbracket 1, n \rrbracket, \lVert   e_i \rVert\leq M.

De plus, il existe un entier $p$ compris entre $1$ et $n$ tel que $M = \lVert e_p \rVert.$ Comme $e_p$ est un vecteur non nul, le réel $M$ est strictement positif.

Les majorations se poursuivent :

\begin{align*}
\lVert v \rVert &\leq \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert \cdot \left \lVert   e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert  M \\
&\leq  M \cdot \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert\\
&\leq M \lVert v \rVert_1.
\end{align*}

Il a été démontré qu’il existe un réel $M$ strictement positif tel que :

\boxed{\forall v\in E,    \lVert v \rVert\leq M \lVert v \rVert_1.}

Cela démontre le fait que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert.$

Prolongement

Vous souhaitez comprendre pourquoi le norme $\lVert \quad\rVert$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ ? Etablir ce résultat est plus difficile, il fait l’objet du contenu rédigé dans l'article 378.

376. Les opérations élémentaires pour comprendre pourquoi une matrice de transposition est le produit de trois matrices de transvections et d’une matrice de dilatation

Ce contenu constitue une motivation des opérations du contenu rédigé dans l'article 285.

Vous utilisez des matrices carrés d’ordre $2$ uniquement et souhaitez comprendre comment vous pouvez, par des opérations élémentaires de dilatation et de transvection, passer de la matrice identité vers la matrice de permutation suivante :

\begin{pmatrix}
0 & 1\\
1 & 0
\end{pmatrix}.

Dans ce contenu vous effectuerez des opérations élémentaires sur les lignes.

Première étape : partez de la matrice identité

Vous considérez la matrice suivante :

\begin{pmatrix}
1 & 0\\
0 & 1
\end{pmatrix}.

Vous souhaitez placer le nombre $1$ en haut à droite, ce qui conduit à l’opération élémentaire suivante à appliquer $L_1\leftarrow L_1+L_2.$ Vous aboutissez à :

\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix}.

Deuxième étape : éliminez le zéro en bas à droite

Il pourrait être tentant d’effectuer $L_2\leftarrow L_2+L_1$ mais vous feriez apparaître un $2$ en bas à droite. Pour éviter ce problème, vous effectuez à la place $L_2\leftarrow L_2-L_1$ et vous obtenez $-1$ en bas à gauche :

\begin{pmatrix}
1 & 1\\
-1 & 0
\end{pmatrix}.

Troisième étape : éliminez le $1$ en haut à gauche

En effectuant la somme entre $1$ et $-1$ vous obtenez ce que vous souhaitez. Vous effectuez l’opération élémentaire suivante $L_1\leftarrow L_1+L_2$ pour obtenir :

\begin{pmatrix}
0 & 1\\
-1 & 0
\end{pmatrix}.

Ce n’est pas encore la matrice de permutation voulue, il reste juste à changer le $-1$ en $1.$

Quatrième étape : utilisez une dilatation

Vous effectuez l’opération élémentaire $L_2\leftarrow -L_2$ et vous obtenez le résultat annoncé :

\begin{pmatrix}
0 & 1\\
1 & 0
\end{pmatrix}.

Vérification matricielle directe

Vous avez appliqué à la matrice identité quatre opérations élémentaires successives :

  • $L_1\leftarrow L_1+L_2$
  • $L_2\leftarrow L_2-L_1$
  • $L_1\leftarrow L_1+L_2$
  • $L_2\leftarrow -L_2.$

On rappelle qu’effectuer une opération élémentaire sur les lignes revient à multiplier cette matrice à gauche par la matrice identité ayant subi la même opération élémentaire.

Ainsi, vous êtes amené à calculer le produit $P$ suivant, dans lequel la matrice identité tout à droite a été supprimée puisqu’elle est neutre pour la multiplication :

P=\begin{pmatrix}
1 & 0\\
0 & -1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 & 0\\
-1 & 1
\end{pmatrix} \begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix}.

Vous pouvez effectuer le regroupement suivant et conclure :

\begin{align*}
P&=\left[\begin{pmatrix}
1 & 0\\
0 & -1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix} \right]
\left[
\begin{pmatrix}
1 & 0\\
-1 & 1
\end{pmatrix} \begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix}\right]\\
&=\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & -1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 &  1\\
-1 & 0
\end{pmatrix} \\
&=\begin{pmatrix}
0 &  1\\
1 & 0
\end{pmatrix}.
\end{align*}

La matrice de permutation des lignes $1$ et $2$ s’écrit bien comme un produit de quatre matrices, les trois dernières étant des matrices de transvection et la première une matrice de dilatation.

375. L’ensemble des nombres premiers est infini, preuve avec l’indicatrice d’Euler

Dans ce contenu, vous notez $\varphi$ la fonction indicatrice d’Euler, définie comme suit.

Pour tout entier naturel $n$ non nul, $\varphi(n)$ désigne le nombre d’éléments de l’ensemble suivant :

\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.

Quand on arrive à factoriser un entier $n$ en produit de nombres premiers, on détermine $\varphi(n)$ grâce au contenu rédigé dans l'article 372.

Le but de cet exposé est de démontrer que l’ensemble des nombres premiers est infini, grâce aux propriétés de cette fonction $\varphi.$

Raisonnez par l’absurde

Supposez que l’ensemble des nombres premiers soit fini. Notez $m$ son nombre d’éléments. Remarquez que, comme $2$ et $3$ sont des nombres premiers, vous avez $m\geq 2.$ Vous notez $p_1,\dots, p_m$ une énumération de l’ensemble des nombres premiers avec $p_1<\cdots<p_m.$

Considérez le nombre $n$ défini par le produit $n = p_1\times \cdots \times p_n.$

Vous allez démontrer que $\varphi(n)$ est égal à $1.$

En effet, soit $k\in\llbracket 2, n\rrbracket.$ Le nombre $k$ étant supérieur ou égal à $2$ il est divisible par un nombre premier. Donc il existe $i\in\llbracket 1, m\rrbracket$ tel que $p_i$ divise $k.$

Comme $p_i$ divise à la fois $k$ et $n$, vous déduisez que c’est un diviseur commun à $k$ et $n$, donc $p_i \leq \mathrm{PGCD}(k,n).$ Comme $p_i$ est un nombre premier, il est supérieur ou égal à $2$ et par conséquent $\mathrm{PGCD}(p_i,n)\geq 2.$

Ainsi :

\forall k\in\llbracket 2, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n) \neq 1.

Comme $\mathrm{PGCD}(1,n)=1$ vous déduisez que $1$ est le seul élément de l’ensemble $\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.$

Du coup, $\varphi(n) = 1.$

Déduisez-en une contradiction

La fonction $\varphi$ est multiplicative et les nombres premiers $p_1, \dots, p_m$ sont premiers entre eux deux à deux. Donc :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(p_1)\times \cdots \times \varphi(p_m)\\
1&= (p_1-1)\times \cdots \times (p_m-1).
\end{align*}

Vous en déduisez que, quel que soit $i\in\llbracket 1, m\rrbracket, p_i-1 =1$ autrement dit $\forall i\in\llbracket 1, m\rrbracket, p_i = 2.$

Mais comme $p_2 = 3$ vous obtenez une contradiction.

Conclusion

L’ensemble des nombres premiers est infini.

374. Trouvez tous les antécédents de 14 par l’indicatrice d’Euler

Dans ce contenu, vous notez $\varphi$ la fonction indicatrice d’Euler, définie comme suit.

Pour tout entier naturel $n$ non nul, $\varphi(n)$ désigne le nombre d’éléments de l’ensemble suivant :

\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.

Quand on arrive à factoriser un entier $n$ en produit de nombres premiers, on détermine $\varphi(n)$ grâce au contenu rédigé dans l'article 372.

Dans ce qui suit, vous allez déterminer tous les entiers naturels $n$ non nuls tels que $\varphi(n)=14.$

Trouvez tous les antécédents de $14$ par l’indicatrice d’Euler

Soit $n$ un entier naturel non nul tel que :

\varphi(n)=14.

Comme $\varphi(1)=1$, vous avez $n\neq 1$ donc $n\geq 2.$

Soit $p$ un nombre premier divisant $n.$ D’après le lemme explicité dans le contenu rédigé dans l'article 373, $p-1$ divise $\varphi(n).$

Donc $p-1\leq 14$ d’où $p\leq 15.$ Comme $p$ est premier, vous avez :

p\in\{2, 3, 5, 7, 11, 13\}.

Si $p=13$ alors $p-1$ divise $14$ et $12$ divise $14$ ce qui est absurde.

Si $p=11$ alors $p-1$ divise $14$ et $10$ divise $14$ ce qui est absurde.

Si $p=7$ alors $p-1$ divise $14$ et $6$ divise $14$ ce qui est absurde.

Si $p=5$ alors $p-1$ divise $14$ et $4$ divise $14$ ce qui est absurde.

Vous déduisez de ces situations que :

p\in\{2,3\}.

Vous écrivez l’entier $n$ comme produit de nombres premiers. Vu ce qui a été établi, il existe deux entiers naturel $a$ et $b$ tels que :

n = 2^a3^b.

Supposez que $b\geq 1$ et trouvez la valeur de $b$

Utilisant la multiplicativité de l’indicatrice d’Euler, vous avez :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(2^a)\varphi(3^b)\\
14 &= \varphi(2^a)\times3^{b-1} \times 2.
\end{align*}

En divisant par $2$, vous avez :

7 = \varphi(2^a)\times3^{b-1}.

Si $b\geq 2$ alors vous écrivez :

7 = \varphi(2^a)\times3^{b-2}\times 3.

Donc $3$ divise $7$ ce qui est absurde.

Donc $b=1$ ce qui fournit $7 = \varphi(2^a).$

Si $a\in\{0,1\}$ alors $7 = 1$ ce qui absurde, donc $a\geq 2.$ Il vient alors :

\begin{align*}
7 &= \varphi(2^a)\\
&= 2^{a-1}\\
&= 2^{a-2}\times 2.
\end{align*} 

Donc $2$ divise $7$ ce qui est absurde.

Vous déduisez de cette section que $b=0.$

Étudiez la situation avec l’entier $a$

Il s’ensuit que $n = 2^a.$ Comme $n\geq 2$ vous avez $a\geq 1.$ Du coup :

\begin{align*}
\varphi(n) &= 2^{a-1}\\
14 &= 2^{a-1}.
\end{align*}

Si $a=1$ alors $14 = 2^0 = 1$ ce qui est absurde. Donc $a\geq 2.$ En divisant l’égalité obtenue par $2$ vous obtenez :

7 = 2^{a-2}.

Si $a=2$ alors $7 = 2^0 = 1$ ce qui est absurde. Donc $a\geq 3$ ce qui permet d’écrire :

7 = 2^{a-3}\times 2.

Donc $2$ divise $7$ ce qui est absurde.

Concluez

$14$ n’admet pas d’antécédent par la fonction d’Euler. Autrement dit :

\boxed{\forall n\in\NN, \varphi(n)\neq 14.}

373. Trouvez tous les antécédents de 6 par l’indicatrice d’Euler

Dans ce contenu, vous notez $\varphi$ la fonction indicatrice d’Euler, définie comme suit.

Pour tout entier naturel $n$ non nul, $\varphi(n)$ désigne le nombre d’éléments de l’ensemble suivant :

\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.

Quand on arrive à factoriser un entier $n$ en produit de nombres premiers, on détermine $\varphi(n)$ grâce au contenu rédigé dans l'article 372.

Dans ce qui suit, vous allez déterminer tous les entiers naturels $n$ non nuls tels que $\varphi(n)=6.$

Etablissez un résultat utile

Lemme préliminaire

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2$ et soit $p$ un nombre premier divisant $n.$

L’entier $n$ s’écrit comme un produit de nombres premiers.

Il existe un entier naturel non nul $k$ des nombres premiers $p_1,\dots,p_k$ deux à deux distincts et des entiers naturel non nuls $\alpha_1,\dots,\alpha_k$ tels que :

n = \prod_{i=1}^k p_i^{\alpha_i}.

Comme $p$ apparaît dans cette décomposition, il existe $j\in\llbracket 1, k\rrbracket$ tel que $p_j = p.$En utilisant la multiplicativité de la fonction $\varphi$ et en notant que les nombres $p_1^{\alpha_1}, \dots, p_k^{\alpha_k}$ sont premiers entre eux deux à deux, vous obtenez :

\begin{align*}
\varphi(n)&=\prod_{i=1}^k \varphi(p_i^{\alpha_i})\\
&=\varphi(p_j^{\alpha_j}) \prod_{\substack{1\leq i \leq k\\i\neq j}} \varphi(p_i^{\alpha_i})\\
&= p_j^{\alpha_j-1}(p_j-1) \prod_{\substack{1\leq i \leq k\\i\neq j}} \varphi(p_i^{\alpha_i})\\
&= p_j^{\alpha_j-1}(p-1) \prod_{\substack{1\leq i \leq k\\i\neq j}} \varphi(p_i^{\alpha_i}).
\end{align*}

Ainsi :

p-1 \mid \varphi(n).

Déterminez tous les antécédents de $1$ par la fonction $\varphi$

Notez déjà que pour $n=1$ ou $n=2$ vous avez $\varphi(n)=1.$

Réciproquement, soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$ tel que $\varphi(n)=1.$

Soit $p$ un nombre premier divisant $n.$ D’après le lemme préliminaire $p-1$ divise $\varphi(n)$ donc $p-1$ divise $1$ donc $p-1=1$ et $p=2.$

Il s’ensuit qu’il existe un entier naturel non nul $a$ tel que $n = 2^a.$ Alors $\varphi(n) = 2^{a-1}$ et $1 = 2^{a-1}$ d’où $a=1$ puis $n=2.$

Il a été démontré ce qui suit :

\boxed{\forall n\in\NN, \varphi(n)=1\Longleftrightarrow n\in\{1,2\}.}

Analyse : recherchez les antécédents de $6$ par la fonction $\varphi$

Soit $n$ un entier naturel non nul tel que $\varphi(n)=6.$ Comme $\varphi(n)\neq 1$ vous avez $n\geq 3.$

Soit $p$ un nombre premier divisant $n.$ D’après le lemme préliminaire, $p -1$ divise $\varphi(n).$ Comme il est supposé que $\varphi(n)=6$ vous déduisez que $p-1$ est inférieur ou égal à $6$ donc $p$ est inférieur ou égal à $7.$

Or il n’y a que quatre nombres premiers inférieurs ou égaux à $7$ qui sont $2, 3, 5$ et $7.$ Du coup :

p\in\{2,3,5,7\}.

Notez que si $p=5$ alors vous obtenez que $4$ divise $\varphi(n)$ soit $4$ qui divise $6$ ce qui est impossible. Finalement :

p\in\{2,3,7\}.

Vous déduisez qu’il existe des entiers naturels (pas forcément non nuls) $a, b, c$ et $d$ tels que :

n =2^a3^b7^d.

Supposez que $d$ soit supérieur ou égal à $2.$ Vous avez :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(2^a 3^b) \varphi(7^d)\\
&= \varphi(2^a 3^b) \times 7^{d-1} \times 6.
\end{align*}

Comme $d-1\geq 1$ vous déduisez que $7^{d-1}\times 6 \geq 42$ donc $\varphi(n)\geq 42$ ce qui est absurde.

Du coup vous avez obtenu :

d\in\{0,1\}.

Supposez que $d=1$

Dans ce cas $n =7\times 2^a3^b.$ Il vient alors :

\varphi(n) = 6\times \varphi(2^a 3^b).

Du coup :

 \varphi(2^a 3^b) = 1.

Donc :

2^a 3^b \in\{1, 2\}.

En multipliant par $7$ vous en déduisez que :

\boxed{n\in\{7,14\}.}

Supposez que $d=0$

Dans ce cas $n =2^a3^b.$

Supposez que $b$ soit supérieur ou égal à $2.$ Alors :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(2^a)\times  3^{b-1} \times 2 \\
6 &= \varphi(2^a)\times  3^{b-1} \times 2 \\
3 &= \varphi(2^a)\times  3^{b-1}\\
1 &= \varphi(2^a)\times  3^{b-2}.
\end{align*}

Du coup $3^{b-2} = 1$ et $b=2.$

Vous en déduisez que :

b\in\{0,1, 2\}.

Supposez que $b=2$

Il vient $n =9\times 2^a.$ Du coup :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(9)\times \varphi(2^a)\\
6 &= 6\times \varphi(2^a)\\
1 &=  \varphi(2^a).
\end{align*}

Ainsi :

\begin{align*}
2^a\in\{1,2\}\\
9\times 2^a \in\{9,18\}.
\end{align*} 

Finalement :

\boxed{n\in\{9,18\}.}

Supposez que $b=1$

Il vient $n =3\times 2^a.$ Comme $n\geq 3$ vous avez $a\geq 1$. Or :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(3)\times \varphi(2^a)\\
6 &= 2\times \varphi(2^a)\\
3 &=  \varphi(2^a).
\end{align*}

Si $a = 1$, alors $2^a = 1$ et $\varphi(2^a) = \varphi(2) = 1$ contradiction.

Si $a\geq 2$ alors $\varphi(2^a) = 2^{a-1}.$ Comme $a-1\geq 1$ vous savez que $2^{a-1}$ est pair. Donc $\varphi(2^a)$ est pair, contradiction.

Il en résulte que $b$ ne peut être égal à $1.$

Supposez que $b=0$

Il vient $n = 2^a.$ Comme $n\geq 3$ vous avez $a\geq 2.$ Or :

6 = \varphi(2^a).

Donc $\varphi(2^a) = 2^{a-1}$ et $6 = 2^{a-1}.$ En simplifiant par $2$, il vient $3 = 2^{a-2}.$ Or $2^{a-2}$ vaut $1$ si $a=2$ et est un entier pair si $a\geq 3$. On aboutit encore à une contradiction.

Donc $b$ ne peut pas être nul.

L’analyse est terminée. Il a été démontré l’implication suivante :

\forall n\in\NN, \varphi(n)=6\implies n\in\{7, 9,14,18\}.

Synthèse

Pour $n=7$ comme $7$ est premier vous avez $\varphi(7)=7-1=6.$

Pour $n=9$ comme $n = 3^2$ qui est une puissance d’un nombre premier vous avez $\varphi(9) = 3^1\times (3-1) = 6.$

Pour $n=14$ comme $n = 2\times 7$ qui est le produit de deux nombres premiers il vient :

\begin{align*}
\varphi(14)&=\varphi(2) \times \varphi(7) \\
&=1\times 6\\
&=6.
\end{align*}

Pour $n=18$ comme $n = 2\times 9$ qui est le produit de deux nombres premiers entre eux, il vient :

\begin{align*}
\varphi(18)&=\varphi(2) \times \varphi(9) \\
&=1\times 6\\
&=6.
\end{align*}

Concluez

L’équivalence suivante a été obtenue :

\boxed{\forall n\in\NN, \varphi(n)=6\Longleftrightarrow n\in\{7, 9,14,18\}.}

Prolongement

Pourriez-vous démontrer que pour tout entier naturel $k$ l’équation $\varphi(n)=k$ d’inconnue $n\in\NN$ admet un nombre fini de solutions ?