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362. Les systèmes complets de congruences modulo n (2/2)

Cet exposé complète le contenu rédigé dans l'article 361.

Soit $n$ un entier naturel non nul.

Pour toute partie $A$ de $\Z$ vous direz que $A$ constitue un ensemble d’entiers non congruents modulo $n$ si et seulement si :

\forall (x,y)\in A^2,  (x \equiv y \mod n) \implies x=y.

Un système complet de congruences modulo $n$ est nécessairement un ensemble d’entiers non congruents modulo $n$

Soit $A$ un système complet de congruences modulo $n.$

Il est rappelé que l’ensemble $A$ vérifie la propriété $\mathscr{P}$ qui est : « pour tout entier relatif $x$, il existe un unique $a\in A$ tel que $x\equiv a \mod n.$ »

Soient maintenant $(x,y)\in A^2$ un couple d’éléments de $A$ tels que $x\equiv y \mod n.$

$y$ est un élément de $A$ vérifiant $x\equiv y \mod n.$

Or, $x$ est aussi un élément de $A$ tel que $x\equiv x \mod n.$

D’après la propriété $\mathscr{P}$ appliquée à $x$, vous déduisez par unicité que $x=y.$

Tout ensemble d’entiers non congruents modulo $n$ qui possède exactement $n$ éléments est un système complet de congruences modulo $n$

Soit $A$ une partie de $\Z$ comportant exactement $n$ éléments, vous les notez $a_1, \dots, a_n$ avec $a_1<\cdots<a_n.$ Supposez de plus que $A$ soit un ensemble d’entiers non congruents modulo $n.$

Soit $x$ un entier relatif fixé.

Vous raisonnez par l’absurde et supposez qu’il n’existe aucun élément $a\in A$ tel que $x\equiv a \mod n.$

Vous utilisez le fait que l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ est un système complet de congruences modulo $n.$ Pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$ il existe un unique $r_i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket$ tel que $a_i\equiv r_i \mod n.$ De même, il existe un unique $r\in\llbracket 0,n-1\rrbracket$ tel que $x\equiv r\mod n.$

Notez que s’il existe $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$ tel que $r = r_i$ alors $x \equiv r \equiv r_i \equiv a_i \mod n$ ce qui fournit, par transitivité de la congruence, $x\equiv a_i\mod n.$ Or, cela est une contradiction.

Par conséquent, pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket, r_i \neq r.$

L’ensemble $\{ r_i, 1\leq i\leq n\}$ est inclus dans l’ensemble $\llbracket 0,n-1\rrbracket \setminus \{r\}$ qui comporte $n-1$ éléments. Utilisant le principe des tiroirs, vous déduisez qu’il existe $(i,j)\in\llbracket 1, n\rrbracket ^2$ tel que $i<j$ et $r_i=r_j.$

Vous déduisez $a_i\equiv r_i \equiv r_j \equiv a_j \mod n$ et par transitivité $a_i\equiv a_j \mod n.$ Comme $A$ est un ensemble d’entiers non congruents modulo $n$, cela implique $a_i=a_j.$ Or $i<j$ donc $a_i < a_j$ d’où une contradiction.

Il a été démontré que :

\forall x\in \Z, \exists a\in A, x\equiv a\mod n.

Soit $x$ un entier relatif. Supposez qu’il existe $(a,a’)\in A^2$ tel que :

\begin{align*}
x\equiv a\mod n\\
x\equiv a' \mod n.
\end{align*}

Alors $a\equiv a’\mod n$ et comme $A$ est un ensemble d’entiers non congruents, vous avez $a=a’.$

Ainsi :

\forall x\in \Z, \exists !a\in A, x\equiv a\mod n.

L’ensemble $A$ est bien un système complet de congruences modulo $n.$

361. Les systèmes complets de congruences modulo n (1/2)

Soit $n$ un entier naturel non nul fixé dans tout cet exposé.

Une partie $A$ de l’ensemble $\Z$ sera qualifiée de système complet de congruences modulo $n$ si et seulement si, pour tout entier relatif $x$, il existe un unique élément $a$ de $A$ tel que $x\equiv a \mod n.$

L’exemple fondamental

Soit $x$ un entier relatif. Vous effectuez la division euclidienne de $x$ par $n.$ Il existe un quotient $q$ et un entier $r\in \llbracket 0, n-1\rrbracket$ tels que :

x = qn+r.

Du coup, vous obtenez :

x\equiv r\mod n.

Supposez qu’il existe $r’\in\llbracket 0, n-1\rrbracket$ tel que :

x\equiv r'\mod n.

Alors vous déduisez :

r\equiv r' \mod n.

Vous avez donc $n\mid r-r’$ donc il existe un entier relatif $k$ tel que $r-r’ = kn.$

Supposez que $k$ soit non nul. Alors $\vert k \vert \geq 1$ et comme $\vert r – r’\vert = \vert k \vert \times n$ vous déduisez $\vert r-r’\vert \geq n.$

Cependant, comme $r$ et $r’$ appartiennent à $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ vous déduisez que $1-n\leq r-r’\leq n-1$ et donc $\vert r-r’\vert \leq n-1$ d’où d’une contradiction.

Donc $k=0$ et $r=r’.$ Il a été démontré que :

\forall x\in\Z, \exists! r\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, x\equiv r\mod n.

Vous venez de démontrer dans ce paragraphe que l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ est un système complet de congruences modulo $n.$

Étudiez le cardinal d’un système de congruences modulo n

Soit $A$ un système complet de congruences modulo $n.$

En raisonnant par l’absurde, supposez que $A$ possède au moins $n+1$ éléments. Vous notez ces entiers relatifs $a_1, \dots, a_{n+1}$ avec $a_1<\cdots<a_{n+1}.$

D’après le paragraphe précédent appliqué pour chaque élément précité, vous déduisez que :

\forall i\in\llbracket 1, n+1\rrbracket, \exists!r_i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, a_i\equiv r_i\mod n.

Les entiers $(r_i)_{1\leq i\leq n+1}$ sont au nombre de $n+1$ et ils appartiennent tous à l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ qui comporte $n$ éléments. Utilisant le principe des tiroirs, vous déduisez qu’il existe un couple $(u,v)\in\llbracket 1, n+1\rrbracket^2$ tel que $u<v$ et $r_u = r_v.$ Comme $a_u \equiv r_u \mod n$ et $a_v\equiv r_v \mod n$ vous déduisez que $a_v\equiv a_u \mod n.$

D’une part, $a_v\equiv a_v \mod n$ et d’autre part $a_v\equiv a_u \mod n$ avec $a_u\neq a_v.$ Il a été montré qu’il existe un entier relatif $a_v$ et deux éléments de $A$ tels que $a_v$ leur soit congru modulo $n.$ Cela contredit le fait que $A$ soit un système complet de congruences modulo $n$ donc $A possède au maximum $n$ éléments.

Supposez en raisonnant encore par l’absurde que $A$ possède au maximum $n-1$ éléments.

Si $A$ est vide, alors $1$ doit être congru à un unique élément de $A$ modulo $1$, ce qui est impossible si $A$ ne possède aucun élément, donc $A$ n’est pas vide.

Vous notez $m$ le nombre d’éléments de $A$ vous avez $1\leq m\leq n-1.$ Vous notez les éléments de $A$ ainsi $a_1, \dots, a_{m}$ avec $a_1<\cdots<a_{m}.$

Toujours d’après le paragraphe précédent appliqué pour chaque élément précité, vous déduisez que:

\forall i\in\llbracket 1, m\rrbracket, \exists!r_i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, a_i\equiv r_i\mod n.

L’ensemble $R = \{r_i, 1\leq i \leq m\}$ contient au maximum $m$ éléments et c’est une partie de $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ qui en comporte $n$ avec $n>m.$ Donc il existe un entier $r\in\llbracket 0, n-1\rrbracket$ tel que $r\notin R.$

S’il existait $i\in\llbracket 1, m\rrbracket$ tel que $r\equiv a_i \mod n$ alors $r\equiv r_i \mod n.$ Comme $r$ et $r_i$ appartiennent tous les deux à l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ $\vert r-r_i\vert \leq n-1.$ Or $n$ divise $ r-r_i$ il existe un entier relatif $k$ tel que $r-r_i = kn$ ce qui implique $\vert r-r_i\vert = \vert k\vert \times n.$ Si $k$ n’est pas nul, il vient $\vert r-r_i\vert \geq n$ ce qui est absurde. Donc $k=0$ et $r=r_i$ et $r\in R$ contradiction. Donc $A$ ne peut pas posséder $n-1$ éléments au maximum.

Il en résulte que tout système complet de congruences modulo $n$ possède exactement $n$ éléments.

360. La multiplication modulo n selon la méthode de Head (2/2)

Cet exposé prolonge le contenu rédigé dans l'article 359 dont il reprend les notations.

Soit à calculer le résidu modulo $15007$ du produit $12345\times 6789.$ Vous souhaitez éviter le calcul direct du produit $12345\times 6789.$

Utilisant la méthode de Head, vous allez faire intervenir des nombres dont la valeur absolue est strictement inférieure à $30014.$

Calculez $T$ et $t$

Par définition, $T$ est égal à :

T = \left\lfloor \sqrt{15007}+\frac{1}{2}\right\rfloor.

D’une part $120^2 =14400$ et d’autre part $130^2 =16900.$ Vous avez donc l’encadrement :

120<\sqrt{15007}<130.

Reste à déterminer un encadrement plus précis. Vous calculez $125^2=15625.$ Il est donc démontré que :

120<\sqrt{15007}<125.

Vous poursuivez avec $122^2 =(120+2)^2 = 14400+480+4 =14884 $ d’où :

122<\sqrt{15007}<125.

Puis $123^2 =(122+1)^2 = 14884+122+123 =14884+200+45 =15084+45 =15129.$ d’où :

122<\sqrt{15007}<123.

Enfin, $122,5^2 =15006,25$ ce qui montre que :

122,5<\sqrt{15007}<123.

En ajoutant $\frac{1}{2}$ il vient :

123<\sqrt{15007}+\frac{1}{2}<123,5<124.

Par conséquent, $123$ est le plus grand entier inférieur ou égal à $\sqrt{10007}+\frac{1}{2}.$ Donc :

\boxed{T = 123.}

Comme $t = T^2-15007 =15129-15007=122$ vous déduisez :

\boxed{t = 122.}

Les deux premières divisions euclidiennes

Vous constatez que :

\begin{align*}
12345 &= 100\times 123+45\\
6789 &= 55\times 123+24.
\end{align*} 

Vous notez $a = 100$, $b = 45$, $c = 55$ et $d = 24$ de sorte que :

\begin{align*}
12345 &= a\times T+b\\
6789 &= c\times T+d.
\end{align*} 

Utilisant le fait que $T^2\equiv t$ modulo $15007$ vous avez :

12345\times 6789 \equiv act+(ad+bc)T+bd.

Le résidu de $ad+bc$ modulo $15007$

Vous avez :

\begin{align*}
ad+bc &= 100\times 24+45\times 55\\
&= 2400 + 2500-25\\
&=4900-25\\
&=4875.
\end{align*}

En posant $z = 4875$ vous déduisez :

12345\times 6789 \equiv act+zT+bd.

Effectuez une troisième division euclidienne

Vous calculez le produit $ac.$

\begin{align*}
ac &= 5500.
\end{align*}

Vous effectuez la division de ce nombre par $T.$

\begin{align*}
5500 &= 44\times 123 + 88.
\end{align*} 

Vous posez $e =44$ et $f = 88$ pour avoir $ac = eT+f.$

D’où :

\begin{align*}
12345\times 6789 &\equiv (eT+f)t+zT+bd\\
&\equiv ft+(et+z)T+bd.
\end{align*} 

Calculez le résidu de $et+z$ modulo $15007$

D’une part :

et = 44\times 122 = 5368.

D’autre part :

et+z = 5368 + 4875=10243.

Ce nombre ne dépasse pas $15007$ donc modulo $15007$ il vient :

et+z\equiv 10243.

En posant $v = 10243$ vous avez obtenu :

\begin{align*}
12345\times 6789 \equiv ft+vT+bd.
\end{align*} 

Effectuez une quatrième division euclidienne

Vous divisez $v$ par $T$ ce qui fournit :

\begin{align*}
10243 &= 83\times 123+34.
\end{align*}

Vous posez $g = 83$ et $h = 34$ pour avoir $v = gT+h.$

Alors modulo $15007$ vous avez :

\begin{align*}
12345\times 6789 &\equiv ft+(gT+h)T+bd\\
&\equiv ft+gT^2+hT+bd.
\end{align*} 

Or, $T^2\equiv t$ modulo $15007$ d’où :

\begin{align*}
12345\times 6789 \equiv ft+gt+hT+bd.
\end{align*} 

Concluez

Vous calculez $ft$ comme suit :

ft = 88\times 122 = 10736.

Vous calculez ensuite $gt$ et l’ajoutez à $ft.$

\begin{align*}
gt &= 83\times 122=10126\\
ft+gt &= 10736+ 10126=20862. 
\end{align*} 

Comme le résultat dépasse $15007$ vous formez le résidu de $ft+gt$ modulo $15007.$

\begin{align*}
ft+gt&\equiv 20862 - 15007\\
&\equiv 5855.
\end{align*}

Vous calculez ensuite $hT$ et l’ajoutez au résidu de $ft+gt$ modulo $15007.$

\begin{align*}
hT &= 34\times 123= 4182\\
(ft+gt)+hT &\equiv 5855 + 4182 \\
&\equiv 10037. 
\end{align*} 

Enfin, vous calculez $bd$ et l’ajoutez au résidu précédent.

\begin{align*}
bd &= 45\times 24 = 1080\\
((ft+gt)+hT)+bd &\equiv 10037 + 1080  \\
&\equiv 11117.
\end{align*} 

Finalement, modulo $15007$ vous avez :

\boxed{12345\times 6789 \equiv 11117.}

359. La multiplication modulo n selon la méthode de Head (1/2)

Dans cet article, $n$ désigne un entier naturel supérieur ou égal à $2.$

Vous notez $x$ et $y$ deux entiers naturels strictement inférieurs à $n$ dont vous souhaitez calculer le résidu modulo $n$ en manipulant des nombres entiers dont la valeur absolue est strictement inférieure à $2n.$ On dit qu’il n’y a pas de débordement.

Un premier lemme

Vous notez $T$ la partie entière du réel $\sqrt{n}+\frac{1}{2}$, c’est-à-dire :

\boxed{T = \left\lfloor \sqrt{n}+1/2 \right\rfloor.}

Notez que $1\leq \sqrt{2}+\frac{1}{2}\leq \sqrt{n} + \frac{1}{2}.$ Comme $T$ est par définition le plus grand entier inférieur ou égal à $\sqrt{n} + \frac{1}{2}$ vous déduisez que $1\leq T.$

Vous posez ensuite :

\boxed{t = T^2-n.}

D’une part :

T\leq \sqrt{n}+\frac{1}{2}.

Comme ces deux réels sont positifs, en élevant au carré, il vient :

\begin{align*}
T^2 &\leq \left(\sqrt{n}+\frac{1}{2}\right)^2\\
&\leq n+\frac{1}{4}+\sqrt{n}.
\end{align*} 

En retranchant $n$, vous déduisez :

\begin{align*}
T^2-n &\leq \frac{1}{4}+\sqrt{n}\\
t &\leq \frac{1}{4}+\sqrt{n}.
\end{align*}

Par définition de $T$, l’entier $T+1$ est strictement supérieur à $\sqrt{n} + \frac{1}{2}$ d’où :

\begin{align*}
\sqrt{n}+\frac{1}{2} & < T+1 \\
\sqrt{n}&< T+\frac{1}{2}\\
\sqrt{n}+\frac{1}{4}&< T + \frac{3}{4}.
\end{align*}

En cumulant les inégalités obtenues, vous obtenez :

t< T+\frac{3}{4}.

Or, $T+\frac{3}{4} < T+1$ du coup $t< T+1.$ Comme $t$ et $T$ sont deux entiers, il vient :

\boxed{t\leq T.}

D’autre part :

\begin{align*}
\sqrt{n} + \frac{1}{2}  &< T+1\\
\sqrt{n}-\frac{1}{2}&< T.
\end{align*}

Comme $n\geq 1$ vous avez $\sqrt{n}\geq 1$ et $\sqrt{n}-\frac{1}{2}$ est un nombre positif. En élevant au carré, il vient :

\begin{align*}
n+\frac{1}{4}-\sqrt{n} &< T^2\\
n-T^2 &< \sqrt{n}-\frac{1}{4}.
\end{align*}

Or :

\begin{align*}
\sqrt{n}-\frac{1}{2}&< T \\
\sqrt{n}&< T +\frac{1}{2}\\
\sqrt{n}-\frac{1}{4} &< T +\frac{1}{4}.
\end{align*}

En cumulant ces inégalités, vous déduisez :

\begin{align*}
n-T^2< T+\frac{1}{4}\\
-t < T+\frac{1}{4}.
\end{align*}

Comme $T+\frac{1}{4} < T+1$ vous avez :

-t< T+1.

Comme $-t$ et $T+1$ sont des entiers vous obtenez :

\boxed{-t\leq T.}

En résumé, la valeur absolue de l’entier $t$ est majorée par l’entier positif $T$, ce qui s’écrit :

\boxed{\vert t \vert \leq T.}

Deux lemmes

D’une part :

T\leq \sqrt{n}+\frac{1}{2}.

D’autre part :

T-1\leq \sqrt{n}-\frac{1}{2}.

Les entiers $T$ et $T-1$ étant positifs, par produit, il vient :

T(T-1)\leq n-\frac{1}{4}.

Du coup :

\boxed{T(T-1)< n.}

Ensuite, partant de $T\leq \sqrt{n}+\frac{1}{2}$ et en élevant au carré deux réels positifs vous avez :

T^2\leq n+\frac{1}{4}+\sqrt{n}.

Comme $8 < 9$ il vient en prenant la racine carrée $2\sqrt{2}< 3$ et donc $\frac{3+2\sqrt{2}}{4}< \frac{6}{4}$ d’où $\frac{3+2\sqrt{2}}{4}< \frac{3}{2}< 2 < n.$ Par suite :

\begin{align*}
&\frac{3+2\sqrt{2}}{4}< n\\
&\frac{1+2+2\sqrt{2}}{4}< n\\
&\left(\frac{1+\sqrt{2}}{2}\right)^2< n\\
&\frac{1+\sqrt{2}}{2}< \sqrt{n}\\
&1+\sqrt{2} < 2\sqrt{n}\\
&\sqrt{2}< 2\sqrt{n}-1\\
&2< (2\sqrt{n}-1)^2\\
&0 < (2\sqrt{n}-1)^2-2\\
&0 < 4n-4\sqrt{n}-1\\
&1+4\sqrt{n} < 4n\\
&1/4+\sqrt{n} < n\\
&n+1/4+\sqrt{n} < 2n\\
&T^2 < 2n.
\end{align*}

Le second résultat est établi :

\boxed{T^2<2n.}

Effectuez deux divisions euclidiennes

L’entier $x$ est positif et l’entier $T$ est strictement positif. Il existe un quotient $a\geq 0$ et un reste $b\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

x = aT+b.

Si l’entier $a$ était strictement supérieur à $T$, alors $a$ serait supérieur ou égal à $T+1$ et par produit, $aT$ serait supérieur ou égal $T^2+T.$ Comme $b$ est positif, vous auriez $x\geq T^2+T.$ Comme $-t\leq T$ il vient $n-T^2\leq T$ et $n\leq T^2+T.$ Par cumul d’inégalités vous auriez $x\geq n$ ce qui contredit le fait que $x$ est strictement inférieur à $n.$

Par suite :

\boxed{0\leq a \leq T.}

En effectuant le même raisonnement sur l’entier $y$ vous déduisez l’existence d’un entier $c$ et d’un reste $d\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

\left\{\begin{align*}
&y = cT+d\\
&0\leq c\leq T.
\end{align*}
\right.

Effectuez le produit $xy$

Vous partez des relations suivantes :

\left\{\begin{align*}
x&=aT+b\\
y&=cT+d.
\end{align*}
\right.

Après multiplication, vous avez :

\begin{align*}
xy &= acT^2+(ad+bc)T+bd\\
 &= ac(T^2-n)+(ad+bc)T+bd+nac\\
 &= act+(ad+bc)T+bd+nac.
\end{align*} 

Modulo $n$ il en résulte que :

xy\equiv act+(ad+bc)T+bd.

Obtenez le résidu de $ad+bc$ modulo $n$

Il est rappelé ce qui suit :

\left\{\begin{align*}
&0\leq a \leq T\\
&0\leq d \leq T-1.
\end{align*}
\right.

Par produit, vous obtenez :

0\leq ad \leq T(T-1) < n.

De même :

\left\{\begin{align*}
&0\leq b \leq T-1\\
&0\leq c \leq T.
\end{align*}
\right.

Par produit, vous obtenez :

0\leq bc \leq T(T-1) < n.

Par somme, le nombre $ad+bc$ appartient à l’intervalle $\llbracket 0, 2n\llbracket.$ Vous restez bien avec une valeur strictement inférieure à $2n.$

Si $ad+bc$ appartient à l’intervalle $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ vous posez $z = ad+bc.$

Sinon, $ad+bc$ appartient à l’intervalle $\llbracket n, 2n-1\rrbracket$ et par suite $ad+bc-n$ appartient à $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ vous posez $z = ad+bc-n.$

Dans les deux cas, vous avez un nombre $z$ appartenant à l’intervalle $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ de sorte que, modulo $n$ la congruence suivante est vérifiée :

z\equiv ad+bc.

Modulo $n$ vous avez montré que :

xy\equiv act+zT+bd.

Effectuez une troisième division euclidienne

Il est rappelé que :

\left\{\begin{align*}
&0\leq a \leq T\\
&0\leq c \leq T.
\end{align*}
\right.

Le produit $ac$ est positif et il est inférieur ou égal à $T^2.$ Il a été vu que $T^2<2n$ vous êtes assuré de pouvoir effectuer ce produit sans dépasser $2n$ ou l’atteindre.

Une fois ce produit effectué, vous n’allez pas le réduire modulo $n$ mais vous allez effectuer la division euclidienne de $ac$ par $T.$ Il existe un quotient $e\geq 0$ et un reste $f\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

ac = eT+f.

Comme $f$ est positif et comme $ac\leq T^2$ il vient :

eT\leq T^2.

Comme $T>0$ en divisant vous obtenez :

\boxed{0\leq e\leq T.}

Du coup :

\begin{align*}
xy&\equiv act+zT+bd\\
&\equiv (eT+f)t+zT+bd\\
&\equiv ft+(et+z)T+bd.
\end{align*}

Effectuez une réduction modulo $n$

Vous majorez la valeur absolue de $et$ comme suit :

\begin{align*}
\vert et\vert &\leq \vert e \vert \times \vert t \vert\\
&\leq T\times T\\
&\leq T^2.
\end{align*}

Comme $T^2<2n$ il n’y a pas de débordement. Ainsi, $et \in\llbracket 1-2n, 2n-1\rrbracket.$ Parmi les quatre nombres $et$, $et-n$, $et+n$ et $et+2n$ il y en a au moins un qui est égal au résidu de $et$ modulo $n.$

Comme $z$ est égal à son propre résidu modulo $n$, vous déduisez sans débordement la valeur du résidu $v$ modulo $n$ de $et+z.$ Il en résulte que :

\begin{align*}
xy &\equiv ft+vT+bd.
\end{align*}

Effectuez une quatrième division euclidienne

Vous divisez $v$ par $T$ il existe un quotient $g\geq 0$ et un reste $h\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

v = gT+h.

Si $g>T$, alors $g\geq T+1$ et $gT\geq T^2+T$ donc $v\geq T^2+T.$ Or il a été vu que $T^2+T\geq n$ donc $v\geq n$ ce qui contredit le fait que $v\in\llbracket 0, n-1\rrbracket.$ Donc :

\boxed{0\leq g\leq T.}

Vous en déduisez que :

\begin{align*}
xy &\equiv ft+vT+bd\\
&\equiv ft+(gT+h)T+bd\\
&\equiv ft+gT^2+hT+bd\\
&\equiv ft+g(T^2-n)+hT+bd\\
&\equiv ft+gt+hT+bd.
\end{align*}

Concluez

Il a été vu que :

\begin{align*}
&0\leq f\leq T-1\\
&\vert t \vert \leq T.
\end{align*}

Par produit $\vert ft \vert$ est inférieur ou égal à $T(T-1)$ et comme $T(T-1)<n$ vous avez $\vert ft \vert < n$ ce qui prouve que le résidu modulo $n$ de $ft$ est calculable sans débordement.

De même :

\begin{align*}
&0\leq g\leq T\\
&\vert t \vert \leq T.
\end{align*}

Par produit $\vert gt \vert$ est inférieur ou égal à $T^2$ et comme $T^2<2n$ vous avez $\vert gt \vert < 2n$ ce qui prouve que le résidu modulo $n$ de $gt$ est calculable sans débordement.

En poursuivant :

0\leq h\leq T-1.

Par produit $hT$ est inférieur ou égal à $T(T-1)$ et comme $T(T-1)<n$ vous avez $hT< n$ ce qui prouve que $hT$ est déjà égal à son propre résidu modulo $n.$

Enfin, vous avez :

\begin{align*}
&0\leq b\leq T-1 \le T\\
& 0\leq d  \leq T.
\end{align*}

Par produit $bd$ est inférieur ou égal à $T(T-1)$ et comme $T(T-1)<n$ vous avez $bd< n$ ce qui prouve que $bd$ est déjà égal à son propre résidu modulo $n.$

Par somme, vous calculez le résidu modulo $n$ de $ft+gt$ modulo $n$ sans débordement, il est soit égal à $ft+gt$ soit à $ft+gt-n.$

Puis vous calculez le résidu modulo $n$ de $(ft+gt)+hT$ en effectuant la somme des deux résidus précédents quitte à soustraire une fois $n.$

En définitive, vous calculez le résidu modulo $n$ de $((ft+gt)+hT)+bd$ en effectuant la somme du résidu de $(ft+gt)+hT$ avec celle du résidu de $bd$, sans débordement, quitte à soustraire $n$ encore une fois si nécessaire.

Comme $xy\equiv ft+gt+hT+bd$ modulo $n$ vous avez bien obtenu le résidu du produit $xy$ modulo $n$ en restant toujours avec des nombres dont la valeur absolue est strictement inférieure à $2n.$

358. Un énoncé équivalent à la conjecture de Goldbach

La conjecture de Goldbach énonce que tout entier pair supérieur ou égal à $4$ peut s’écrire comme la somme de deux nombres premiers.

Vous allez démontrer que cette conjecture est équivalente à la propriété $(P)$ : « tout entier supérieur ou égal à $6$ peut s’écrire comme la somme de trois nombres premiers. »

Premier sens

Vous supposez que la conjecture de Goldbach est vraie.

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $6.$

Premier cas. $n$ est pair. Alors $n-2$ est un entier pair supérieur ou égal à $4.$ D’après la conjecture de Goldbach appliquée à $n-2$, il existe deux nombres premiers $p_1$ et $p_2$ tels que $n-2 = p_1+p_2.$ Du coup $n = 2+p_1+p_2$ et $n$ s’écrit comme somme de trois nombres premiers.

Second cas. $n$ est impair. Comme $n\geq 6$ vous avez même $n\geq 7.$ Ainsi $n-3\geq 4.$ Or, $n-3$ est pair. D’après la conjecture de Goldbach appliquée à $n-3$ il existe deux nombres premiers $p_1$ et $p_2$ tels que $n-3 = p_1+p_2.$ Du coup $n = 3+p_1+p_2$ et $n$ s’écrit comme somme de trois nombres premiers.

Deuxième sens

Vous supposez que la propriété $(P)$ « tout entier supérieur ou égal à $6$ peut s’écrire comme la somme de trois nombres premiers » est vraie.

Soit $n$ un entier pair supérieur ou égal à $4.$ Alors $n+2$ est un entier supérieur ou égal à $6.$ Appliquant la propriété $(P)$ à $n+2$ vous déduisez qu’il existe trois nombres premiers $p_1$, $p_2$ et $p_3$ tels que $n+2 = p_1+p_2+p_3.$ Si les trois nombres $p_1$, $p_2$ et $p_3$ sont impairs, alors leur somme $p_1+p_2+p_3$ l’est aussi, donc $n$ aussi. Mais $n$ est pair donc $n+2$ aussi, contradiction. Donc il existe $i\in\llbracket 1, 3\rrbracket$ tel que $p_i$ est pair. Comme $p_i$ est premier et que $2$ est le seul nombre premier, vous avez $p_i = 2.$ Donc vous avez :

\begin{align*}
n+2 &= p_i + \sum_{\substack{1\leq j \leq 3 \\ j\neq i}} p_j \\
&= 2 +  \sum_{\substack{1\leq j \leq 3 \\ j\neq i}} p_j.
\end{align*}

Du coup $n = \sum_{\substack{1\leq j \leq 3 \\ j\neq i}} p_j$ ce qui prouve que $n$ s’écrit comme la somme de deux nombres premiers.

357. Une version faible du théorème des nombres premiers (2/2)

Vous trouverez dans le contenu rédigé dans l'article 356 une minoration de la fonction $\pi.$

Dans cet article les notations du précédent sont reprises et vous allez démontrer la majoration suivante :

\forall n\in\N, n\geq 3 \implies \pi(n) \leq \e \frac{n}{\ln n}.

Montrez que pour tout entier $m\geq 1$ le produit $\prod_{m+1<p\leq 2m+1}p$ divise le coefficient binomial $\binom{2m+1}{m+1}$

Soient $m$ un entier supérieur ou égal à $1$ et $p$ un nombre premier tel que $m+1<p\leq 2m+1.$

Le coefficient binomial $\binom{2m+1}{m+1}$ est un nombre entier qui s’exprime avec les factorielles suivantes :

\binom{2m+1}{m+1} = \frac{(2m+1)!}{m!(m+1)!}.

Vous déduisez que :

m!(m+1)! \binom{2m+1}{m+1} = (2m+1)!.

Comme $p$ est un facteur du produit $(2m+1)!$ vous avez $p \mid (2m+1)!.$

Supposez, en raisonnant par l’absurde, que $p$ divise le produit $m! (m+1)! = 1\times\cdots\times m \times 1\times \cdots \times m \times (m+1).$ Comme $p$ est un nombre premier, d’après le lemme d’Euclide, il divise un des facteurs de ce produit. Donc il existe un entier $k$ compris entre $1$ et $m+1$ tel que $p\mid k$ donc $p\leq k.$ Or $k \leq m+1$ du coup $p\leq m+1.$ Le nombre premier $p$ étant strictement supérieur à $m+1$ vous obtenez une contradiction. Ainsi $p\nmid m!(m+1)!.$

Considérez maintenant le nombre $PGCD(p, m!(m+1)!).$ Comme il divise $p$ qui est premier, vous avez $PGCD(p, m!(m+1)!) \in\{1, p\}.$ De plus, $PGCD(p, m!(m+1)!) \mid m!(m+1)!$ et comme $p\nmid m!(m+1)!$ vous avez $PGCD(p, m!(m+1)!) \neq p$ et par suite $PGCD(p, m!(m+1)!) = 1.$

Comme $p$ divise $m!(m+1)! \binom{2m+1}{m+1}$ l’application du théorème de Gauss fournit $p\mid \binom{2m+1}{m+1}.$

Pour tout nombre premier $p$ tel que $m+1<p\leq 2m+1$ vous avez :

 p\mid \binom{2m+1}{m+1}.

S’il n’existe pas de nombre premier $p$ tel que $m+1<p\leq 2m+1$ le produit $\prod_{m+1<p\leq 2m+1}p$ est égal à $1$ par convention et il divise donc $\binom{2m+1}{m+1}.$

S’il existe au moins un nombre premier $p$ tel que $m+1<p\leq 2m+1$ il existe un entier $s\geq 1$ de sorte que $(p_k)_{1\leq k\leq s}$ soit une énumération des $s$ nombres premiers appartenant à l’intervalle $\rrbracket m+1,2m+1\rrbracket.$

Pour tout $i\in\llbracket 1, s\rrbracket$ vous avez $p_i \mid \binom{2m+1}{m+1}.$

Supposez qu’il existe deux entiers $i$ et $j$ de l’intervalle $\llbracket 1, s\rrbracket$ tels que $PGCD(p_i,p_j)\neq 1.$ Comme $PGCD(p_i,p_j) \mid p_i$ avec $p_i$ qui est premier, vous avez $PGCD(p_i,p_j) \in {1, p_i}.$ Comme il est supposé que $PGCD(p_i,p_j)\neq 1$ vous déduisez $PGCD(p_i,p_j) = p_i.$ Or $PGCD(p_i,p_j) \mid p_j$ donc $p_i \mid p_j.$ Comme $p_j$ est premier, il en résulte que $p_i\in\{1, p_j\}.$ Or $p_i\neq 1$ en tant que nombre premier donc $p_i = p_j.$ Compte tenu du fait que $(p_k)_{1\leq k \leq s}$ est une énumération des $s$ nombres premiers appartenant à l’intervalle $]m+1,2m+1]$ vous avez $i=j.$

Par contraposée, vous déduisez que les nombres de l’énumération $(p_k)_{1\leq k \leq s}$ sont deux à deux premiers entre eux. Suivant un corollaire du théorème de Gauss, vous en déduisez que :

\prod_{i=1}^s p_i \mid \binom{2m+1}{m+1}.

Autrement dit :

\boxed{\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \mid \binom{2m+1}{m+1}.}

Montrez que pour tout entier $m\geq 1$ le produit $\prod_{m+1<p\leq 2m+1}p$ est inférieur ou égal à $4^m$

Soit $m$ un entier supérieur ou égal à $1.$

Vous utilisez la formule du binôme :

\begin{align*}
(1+1)^{2m+1} &= \sum_{k=0}^{2m+1}\binom{2m+1}{k} 1^k 1^{2m+1-k}\\
&=\sum_{k=0}^{2m+1}\binom{2m+1}{k}.
\end{align*}

Les coefficients binomiaux étant tous positifs vous avez la minoration :

\begin{align*}
(1+1)^{2m+1} &\geq \sum_{k=m}^{m+1}\binom{2m+1}{k}\\
&\geq \binom{2m+1}{m}+ \binom{2m+1}{m+1}.
\end{align*}

Or, par symétrie, les coefficients binomiaux $\binom{2m+1}{m}$ et $\binom{2m+1}{m+1}$ sont égaux.

Du coup :

\begin{align*}
(1+1)^{2m+1} &\geq 2 \binom{2m+1}{m}\\
2^{2m}\times 2 &\geq 2  \binom{2m+1}{m}\\
2^{2m} &\geq \binom{2m+1}{m}\\
(2^2)^{m} &\geq \binom{2m+1}{m}\\
4^{m} &\geq \binom{2m+1}{m}.
\end{align*}

Il a été montré dans la section précédente que $\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \mid \binom{2m+1}{m+1}$ donc :

\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \leq \binom{2m+1}{m+1}.

En combinant les inégalités précédentes, il vient $\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \leq 4^m.$

En définitive :

\boxed{\forall m\in\NN, \prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \leq 4^m.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 2$ le produit $\prod_{p\leq n}p$ est inférieur ou égal à $4^n$

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété : « $\prod_{p\leq n}p \leq 4^n.$ »

Initialisation. Pour $n=2$ le produit $\prod_{p\leq n}p$ est égal à $\prod_{p\leq 2}p.$ Or seul $2$ est un nombre premier inférieur ou égal à $2$ donc $\prod_{p\leq 2}p = 2.$ Or $4^n = 4^2= 16$ donc l’inégalité $\prod_{p\leq 2}p \leq 4^2$ est vérifiée et $\mathscr{P}(2)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que $\mathscr{P}(2),\dots,\mathscr{P}(n)$ sont vraies.

Premier cas. L’entier $n+1$ est pair. Remarquez que $n+1\geq 3.$ Or $2$ est le seul nombre premier pair. Donc $n+1$ n’est pas premier. Il en résulte que :

\prod_{p\leq n+1}p = \prod_{p\leq n}p.

D’après l’hypothèse de récurrence, $\prod_{p\leq n}p \leq 4^n.$ Or $4^n\leq 4^{n+1}.$ Vous déduisez :

\prod_{p\leq n+1}p \leq 4^{n+1}.

Second cas. L’entier $n+1$ est impair. Comme $n+1\geq 3$ il existe un entier $m\geq 1$ tel que $n+1 = 2m+1.$ Vous avez :

\begin{align*}
\prod_{p\leq n+1}p &= \prod_{p\leq 2m+1}p\\
&= \left( \prod_{  p\leq m+1}p \right) \left(\prod_{ m+1<  p\leq 2m+1}p\right)\\
\end{align*}

D’après l’hypothèse de récurrence, $\prod_{ p\leq m+1}p \leq 4^{m+1}.$ Il a été démontré dans la section précédente que $\prod_{ m+1< p\leq 2m+1}p \leq 4^m.$ En combinant ces inégalités vous déduisez :

\begin{align*}
\prod_{p\leq n+1}p &\leq 4^{m+1}4^m\\
&\leq 4^{2m+1}\\
&\leq 4^{n+1}.
\end{align*}

Il est ainsi prouvé que $\mathscr(P)(n+1)$ est vraie.

Conclusion. Par récurrence forte, il a été démontré que :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2 \implies \prod_{p\leq n}p \leq 4^n.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 2$, la factorielle $\pi(n)!$ est inférieure ou égale à $4^n$

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, vous notez $\mathscr{Q}(n)$ la propriété : « $\pi(n)! \leq \prod_{p\leq n}p.$ »

Initialisation. Pour $n=2$ la factorielle $\pi(2)!$ est égale à $1! = 1$ puisque $2$ est le seul nombre premier inférieur ou égal à $2.$ Pour la même raison $\prod_{p\leq 2}p = 2$ et vous déduisez $\pi(2)!\leq \prod_{p\leq 2}p$ et $\mathscr{Q}(2)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que $\mathscr{Q}(n)$ est vraie.

Premier cas. $n+1$ est un nombre premier. Dans ce cas, $\pi(n+1) = 1+\pi(n).$

\begin{align*}
\pi(n+1)! &= (1+\pi(n))!\\
&= \pi(n)! \times (1+\pi(n)).
\end{align*}

D’une part, grâce à l’hypothèse de récurrence, $\pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p.$

D’autre part, $\pi(n)$ désigne le nombre de nombres premiers qui sont inférieurs ou égaux à $n.$ Comme les nombres premiers inférieurs ou égaux à $n$ sont inclus dans l’ensemble $\llbracket 1, n\rrbracket$ il s’ensuit que $\pi(n)\leq n$ d’où $1+\pi(n)\leq 1+n.$

En cumulant ces résultats, vous déduisez :

\begin{align*}
\pi(n+1)! &\leq  \left(\prod_{p\leq n}p\right) \times (1+n).
\end{align*}

Comme $n+1$ est premier :

  \prod_{p\leq n+1}p =   \left(\prod_{p\leq n}p\right) \times (1+n).

Du coup :

\pi(n+1)! \leq  \prod_{p\leq n+1}p.

Second cas. $n+1$ n’est pas un nombre premier. Alors $\pi(n) =\pi(n+1)$ et $\prod_{p\leq n+1}p = \prod_{p\leq n}p.$ Comme $\pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p$ il vient à nouveau :

\pi(n+1)! \leq  \prod_{p\leq n+1}p.

La propriété $\mathscr{Q}(n+1)$ est donc vraie.

Conclusion. Par récurrence faible, il a été démontré que :

\forall n\in\N, n\geq 2 \implies \pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p.

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$

D’une part, $\pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p$ et d’autre part, grâce à la section précédente $\prod_{p\leq n}p \leq 4^n.$ En combinant ces inégalités, il vient $\pi(n)! \leq 4^n.$ Il vient d’être démontré que :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2 \implies \pi(n)!\leq 4^n.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 2$, $\pi(n) (\ln \pi(n) – 1) \leq n\ln 4$

Pour tout entier naturel $m$ non nul vous notez $\mathscr{R}(m)$ la propriété « $\forall x\in[0,+\infty[, \e^x\geq \frac{x^m}{m!}.$ »

Initialisation. Posez $m=1$ et considérez la fonction $f$ définie sur $[0,+\infty[$ par:

f(x) = \e^x-x.

En dérivant, il vient:

\forall x\geq 0, f'(x) = \e^x-1.

Fixez un réel $x$ positif ou nul. Comme $x\geq 0$ en appliquant la fonction exponentielle qui est croissante sur $\R$ il vient $\e^x \geq \e^0$ et $\e^x \geq 1.$ Donc $f'(x)$ est positif.

Par suite, la fonction $f$ est croissante sur $[0,+\infty[.$ Soit maintenant $x$ un réel positif ou nul. Vous avez $f(x)\geq f(0)$ donc $\e^x-x\geq 1.$ Du coup $\e^x-x > 0$ et $\e^x \geq x.$

La propriété $\mathscr{R}(1)$ est vraie.

Hérédité. Soit $m$ un entier naturel non nul tel que $\mathscr{R}(m)$ soit vraie.

Pour tout réel $x$ positif ou nul, vous définissez une fonction $g$ en posant:

g(x) = \e^x-\frac{x^{m+1}}{(m+1)!}.

En dérivant vous obtenez:

\forall x\geq0, g'(x) = \e^x-\frac{(m+1)x^m}{m!\times (m+1)} = \e^x-\frac{x^m}{m!}.

D’après l’hypothèse de récurrence, vous avez $\forall x \geq 0, g'(x)\geq 0.$

La fonction $g$ est donc croissante sur $]0,+\infty[.$ Soit $x$ un réel positif ou nul. Vous avez $g(x)\geq g(0)$ donc $\e^x-\frac{x^{m+1}}{(m+1)!}\geq 1$ et par suite $\e^x-\frac{x^{m+1}}{(m+1)!}\geq 0.$

La propriété $\mathscr{R}(m+1)$ est vraie.

Conclusion. Il a été montré par récurrence faible que:

\boxed{\forall m\in\NN, \forall x\in[0,+\infty[, \e^x\geq \frac{x^m}{m!}.}

Utilisant le résultat précédent en choisissant $x=m$, vous obtenez:

\boxed{\forall m\in\NN, \e^m\geq \frac{m^m}{m!}.}

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Comme $2$ est premier, vous avez $\pi(n)\geq 1.$ Vous appliquez le résultat précédent pour $m=\pi(n)$ ce qui fournit:

\begin{align*}
&\e^{\pi (n)}\geq \frac{\pi(n)^{\pi(n)}}{\pi(n)!} \\
&\pi(n)\geq \pi(n)\ln\pi(n)-\ln (\pi(n)!) \\
&\ln (\pi(n)!) \geq \pi(n)(\ln \pi(n)-1).
\end{align*}

Or d’après la section précédente:

\begin{align*}
&\pi(n)!\leq 4^n\\
&\ln (\pi(n)!) \leq n\ln 4.
\end{align*}

En cumulant ces résultats vous avez $\pi(n)(\ln \pi(n)-1) \leq n\ln 4.$ D’où:

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2\implies \pi(n)(\ln \pi(n)-1) \leq n\ln 4.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 3$, $\pi(n)\leq \e\frac{n}{\ln n}$

Pour tout réel $x$ strictement positif, vous définissez une fonction $h$ en posant:

h(x)=x(\ln x-1).

En dérivant, vous avez:

\forall x >0, h'(x) = 1\times(\ln x-1)+x\times \frac{1}{x} = \ln x.

Il en résulte que la fonction $h’$ est strictement positive sur l’intervalle $]1, +\infty[.$ Du coup, la fonction $h$ est strictement croissante sur l’intervalle $]1,+\infty[.$

Vous raisonnez maintenant par l’absurde en supposant qu’il existe un entier $n_0$ supérieur ou égal à $3$, tel que $\pi(n_0) > \e\frac{n_0}{\ln n_0}.$

Il a été démontré à la section précédente que $\forall x\in [0,+\infty[, \e^x > x.$ En particulier $\e^{n_0} > n_0$ donc $n_0 > \ln n_0$ donc $\frac{n_0}{\ln n_0} > 1$ et $\e\frac{n_0}{\ln n_0} > 1.$

Les deux réels $\pi(n_0)$ et $\e\frac{n_0}{\ln n_0}$ appartiennent donc à l’intervalle $]1, +\infty[.$ Par stricte croissance de la fonction $h$ sur cet intervalle il vient:

\begin{align*}
&h(\pi(n_0)) > h\left(\e\frac{n_0}{\ln n_0}\right)\\
&\pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \left(\ln \left(\e\frac{n_0}{\ln n_0}\right) - 1\right)\\
&\pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \left(\ln \e +\ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right) - 1\right)\\
&\pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right).
\end{align*} 

Or, d’après le résultat de la section précédente:

 \pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) \leq n_0\ln 4.

Ainsi:

\begin{align*}
&n_0 \ln 4 >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right)  \\
& \ln 4 >  \frac{\e}{\ln n_0} \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right)  \\
& (\ln n_0)\ln 4 > \e  \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right)  \\
& (\ln n_0)\ln 4 > \e  \times \left(\ln n_0 - \ln \ln n_0\right)  \\
& (\ln n_0)\ln 4 > \e  \ln n_0 - \e \ln \ln n_0 \\
& \e \ln \ln n_0 > (\e-\ln 4)  \ln n_0   \\
& \frac{\ln \ln n_0}{\ln n_0} > \frac{\e - \ln 4}{\e}.
\end{align*}

Pour tout réel $x\in[1, +\infty[$ vous posez $u(x) = \frac{\ln x}{x}.$

En dérivant, il vient:

\forall x\geq 1, u'(x) = \frac{\frac{1}{x}\times x - \ln x}{x^2} = \frac{1-\ln x}{x^2}

Sur l’intervalle $[1, \e]$ la fonction $u’$ est positive et sur l’intervalle $[\e, +\infty[$ la fonction $u’$ est négative. Il en résulte que, sur l’intervalle $[1, +\infty[$ la fonction $u$ admet un minimum pour $x = \e.$ La valeur de ce minimum est $u(\e) = \frac{\ln \e}{\e} = \frac{1}{\e}.$

Comme $\ln n_0 \in [\ln 3,+\infty[$ avec $\ln 3 > 1$ vous avez aussi $\ln n_0 \in [1, +\infty[.$ Du coup, $u(\ln n_0)=\frac{\ln \ln n_0}{\ln n_0}$ est inférieur ou égal à $\frac{1}{\e}.$

Vous en déduisez que :

\begin{align*}
&\frac{1}{\e} > \frac{\e - \ln 4}{\e}\\
&1>\e-\ln 4\\
&\ln 4 > \e-1.
\end{align*}

Utilisant le fait que $\ln 2 < 0,694$ vous déduisez $\ln 4 < 1,388.$

D’autre part $\e > 2,718$ donc $\e-1> 1,718.$ Donc $\ln 4 < 1,388 < 1,718 < \e-1$ et $\ln 4 < \e-1$ d’où une contradiction. L’entier $n_0$ ne peut pas exister.

Finalement :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 3\implies \pi(n)\leq \e\frac{n}{\ln n}.}

356. Une version faible du théorème des nombres premiers (1/2)

Pour tout réel $x$, vous notez $\pi(x)$ le nombre de nombre premiers qui sont inférieurs ou égaux à $x.$

Formellement, cela se note ainsi :

\boxed{\forall x\in\R, \pi(x) = \sum_{p\leq x} 1.}

Exemple. En énumérant tous les entiers de $1$ à $10$, vous constatez que seuls $2$, $3$, $5$ et $7$ sont premiers, ce qui fournit 4 nombres premiers, donc $\pi(10) = 4.$

Le théorème des nombres premiers énonce que :

\lim_{x\to +\infty} \frac{\pi(x)}{\frac{x}{\ln x}} = 1.

Il sera démontré dans cet article une version faible, à savoir :

\forall n\in\N, n\geq 4 \implies \pi(n) \geq \frac{\ln 2}{2}\times\frac{n}{\ln n}.

Dans tout cet article, la lettre $p$ sous un symbôle de sommation désignera un nombre premier.

Valuation $p$-adique d’un entier

Étant donnés un entier $n\geq 2$ et un nombre premier $p$, vous appelez valuation $p$-adique de $n$ l’entier noté $\boxed{v_p(n)}$ égal à l’exposant de $p$ dans sa décomposition en produit de nombres premiers.

Par exemple, si vous prenez $350$, vous obtenez :

\begin{align*}
350 &= 35\times 10\\
&= 7\times 5 \times 2\times 5\\
&=2^1\times 5^2\times 7^1.
\end{align*}

Ainsi, $v_2(350)=1$, $v_5(350)=2$ et $v_7(350) = 1.$

Lorsqu’un nombre premier n’apparaît pas explicitement dans la décomposition en produit de nombres premiers, il est toujours possible d’utiliser la puissance $0.$ Comme $13^0 = 1$ vous avez :

350 = 2^1\times 5^2\times 7^1\times 13^0.

Cela permet d’écrire $v_{13}(350) = 0.$

Le $PPCM$ des premiers entiers naturels

Pour tout entier naturel $n\geq 2$, vous notez $\boxed{\Delta_n}$ le plus petit multiple commun des entiers naturels compris entre $1$ et $n.$ C’est aussi le $PPCM$ des entiers naturels compris entre $2$ et $n.$

Exemple. Vous avez :

\begin{align*}
\Delta_6 &= PPCM(1,2,3,4,5,6)\\
&= PPCM(2,3,4,5,6).
\end{align*}

Parmi les entiers naturels allant de $2$ à $6$, seuls les nombres premiers $2$, $3$ et $5$ sont utilisés. Vous avez en effet, pour chaque décomposition en produit de nombres premiers :

\begin{align*}
2 &= 2^1\times 3^0 \times 5^0\\
3 &= 2^0\times 3^1 \times 5^0\\
4 &= 2^2\times 3^0 \times 5^0\\
5 &= 2^0\times 3^0 \times 5^1\\
6 &= 2^1\times 3^1 \times 5^0.
\end{align*}

Pour obtenir le $PPCM$ de ces entiers, vous prenez la valuation $p$-adique maximale pour chaque nombre premier $p$ appartenant à $\{2,3,5\}.$

Autrement dit, pour tout $p\in\{2,3,5\}$ vous avez :

v_p(\Delta_6) = \max \{v_p(k), 2\leq k \leq 6\}.

Du coup :

\left\{\begin{align*}
v_2(\Delta_6) &= 2\\
v_3(\Delta_6) &= 1\\
v_5(\Delta_6) &= 1.
\end{align*}
\right.

Vous en déduisez que :

\boxed{\Delta_6 = 2^2\times 3^1\times 5^1 = 60.}

Montrez que pour tout nombre premier $q$ et pour tout entier $n\geq 2$ vous avez $q^{v_q(\Delta_n)}\leq n$

Soit $q$ un nombre premier et soit $n$ un entier tel que $n\geq 2.$

Vous avez $v_q(\Delta_n) = \max \{v_q(k), 2\leq k \leq n\}.$

Comme l’ensemble $\{v_q(k), 2\leq k \leq n\}$ est fini, il existe un entier $k_0$ compris entre $2$ et $n$ tel que $v_q(k_0) = \max \{v_q(k), 2\leq k \leq n\}.$

Or l’entier $k_0$ est égal au produit suivant :

k_0 = \prod_{p\leq n} p^{v_p(k_0)}. 

Premier cas. Si $q$ est inférieur ou égal à $n$, il apparaît dans le produit de $k_0$ et donc $q^{v_q(k_0)}\leq k_0.$ Or $k_0$ est inférieur ou égal à $n$ donc $q^{v_q(k_0)}\leq n.$

Il a été vu que $v_q(\Delta_n) = v_q(k_0)$ ce qui prouve le résultat suivant :

\boxed{q^{v_q(\Delta_n)} \leq n.}

Second cas. Si $q$ est strictement supérieur à $n$, alors $q$ ne peut apparaître dans aucune décomposition en facteurs premiers de $k$ où $k\in\llbracket 2, n\rrbracket$ donc $v_q(\Delta_n) = 0$ et donc $q^{v_q(\Delta_n)} = 1.$ Comme $n\geq 2$ vous déduisez que l’inégalité $q^{v_q(\Delta_n)} \leq n$ est encore valable.

Montrez que pour tout entier $n\geq2$ vous avez $\Delta_n \leq n^{\pi(n)}$

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Vous notez $s=\pi(n)$ et $p_1,\dots,p_s$ les nombres premiers des décompositions en facteurs premiers de tous les entiers $k$ compris entre $2$ et $n.$

Utilisant les valuations, vous obtenez :

\forall k\in\llbracket 2, n\rrbracket, k= \prod_{i=1}^s p_i^{v_{p_i}(k)}.

Pour tout $i\in\llbracket 1, s\rrbracket$, vous avez $v_{p_i}(\Delta_n) = \max \{v_{p_i}(k), 2\leq k\leq n\}$ avec :

 \Delta_n= \prod_{i=1}^s p_i^{v_{p_i}(\Delta_n)}.

D’après le résultat établi à la précédente section :

\forall i\in\llbracket 1, s\rrbracket, p_i^{v_{p_i}(\Delta_n)} \leq n.

Du coup :

\begin{align*}
\Delta_n &\leq \prod_{i=1}^s n\\
&\leq n^s\\
&\leq n^{\pi(n)}.
\end{align*}

Il a été prouvé que :

\boxed{\forall n\geq 2, \Delta_n \leq n^{\pi(n)}.}

Déduisez-en une version faible du théorème des nombres premiers

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $4.$

Alors :

\begin{align*}
n&\geq 4\\
2n &\geq 4+n\\
2n-4&\geq n\\
n-2&\geq \frac{n}{2}.
\end{align*} 

Note. Cette astuce est effectuée afin de pouvoir appliquer la fonction logarithme sans faire apparaître de soustraction.

D’après le contenu rédigé dans l'article 348 vous avez $\Delta_n \geq \frac{2^n}{4}.$

Utilisant le fait que $\frac{2^n}{4} = 2^{n-2}$ vous avez $\Delta_n \geq 2^{n/2}.$

Du coup, en tenant compte de la section précédente :

\begin{align*}
2^{n/2} &\leq n^{\pi(n)} \\
\frac{n}{2}\ln 2  &\leq \pi(n) \ln n\\
\frac{\ln 2}{2}\times \frac{n}{\ln n} &\leq \pi(n).
\end{align*}

Vous avez obtenu le résultat souhaité :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 4 \implies  \frac{\ln 2}{2}\times\frac{n}{\ln n} \leq \pi(n).}

Prolongement

Allez lire le contenu rédigé dans l'article 357 pour obtenir une majoration de la fonction $\pi.$

355. Il n’existe qu’un seul triplet premier

Les nombres premiers jumeaux, par exemple $3$ et $5$, sont deux nombres premiers dont la différence est égale à $2.$ Il a été conjecturé qu’il en existe une infinité et ce sujet fait l’objet d’études.

Comme $3$, $5$ et $7$ sont des nombres premiers il semble légitime de de se demander s’il existe d’autres possibilités avec trois nombres premiers.

Qu’est-ce qu’un triplet premier ?

Pour tout entier naturel $p$ un triplet premier est constitué par les trois nombres $p$, $p+2$ et $p+4$, à condition qu’ils soient tous premiers.

En prenant $p=3$, vous obtenez $3$, $5$ et $7$ qui est un triplet premier ce qui a déjà été évoqué.

Analyse sur les triplets premiers

Soit $p$ un entier naturel tel que $p$, $p+2$ et $p+4$ soient trois nombres premiers.

Modulo trois, il y a trois possibilités :

  • soit $p\equiv 0\, [3]$
  • soit $p\equiv 1\, [3]$
  • soit $p\equiv 2\, [3].$

Premier cas. Supposez que $p\equiv 0\, [3].$

Alors $3$ divise $p$ mais $p$ est un nombre premier qui admet deux diviseurs, à savoir $1$ et $p.$

Comme $3$ est un diviseur de $p$ différent de $1$, vous déduisez $p=3$ et vous retombez sur le triplet $3$, $5$ et $7.$

Deuxième cas. Supposez que $p\equiv 1\, [3].$

Alors $p+2\equiv 3\, [3]$ donc $p+2\equiv 0\, [3]$ donc $3\mid p+2.$ Comme $p+2$ est premier et que $3$ est un diviseur de ce dernier différent de $1$, il vient $p+2 = 3$ d’où $p=1$ mais c’est impossible puisque $p$ en tant que nombre premier est nécessairement supérieur ou égal à $2.$

Troisième cas. Supposez que $p\equiv 2\, [3].$

Alors $p+4\equiv 6\, [3]$ donc $p+4\equiv 0\, [3]$ donc $3\mid p+4.$ Comme $p+4$ est premier et que $3$ est un diviseur de ce dernier différent de $1$, il vient $p+4 = 3.$ Or $p$ est un entier naturel donc $p+4\geq 4$ d’où une contradiction.

Concluez

La synthèse est immédiate, dans la mesure où $3$, $5$ et $7$ sont trois nombres premiers.

Du coup, il existe un unique triplet premier qui est donné par $3$, $5$ et $7.$

354. Factorisez un entier naturel avec la méthode de Fermat

Soit $n$ un entier naturel. Il convient tout d’abord de remarquer que la racine de $n$ est inférieure ou égale à $\frac{n+1}{2}.$ En effet :

\begin{align*}
(n-1)^2 &\geq 0\\
n^2-2n+1&\geq 0\\
n^2+2n+1&\geq 4n\\
(n+1)^2 &\geq 4n\\
n+1 &\geq 2\sqrt{n}\\
\frac{n+1}{2}&\geq \sqrt{n}.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall n\in\N, \sqrt{n}\leq \frac{n+1}{2}.}

Par définition, un entier naturel qui n’est pas premier sera qualifié de composé.

Le résultat à démontrer

Il s’agit d’établir que, pour tout entier naturel $n$ impair supérieur ou égal à $3$, vous avez l’équivalence :

\boxed{n\text{ n'est pas premier}\Longleftrightarrow \exists k\in \N \cap \left[\sqrt{n}, \frac{n+1}{2}\right[, k^2-n\text{ est le carré d'un entier.} }

Note. Ce résultat a déjà été établi dans le contenu rédigé dans l'article 296. Une démonstration plus succincte est présentée dans cet article.

Démontrez le sens $\implies$

Soit $n$ un entier naturel impair composé supérieur ou égal à $3.$ Il existe deux entiers naturels $a$ et $b$ compris entre $2$ et $n-1$ tels que $n=ab.$

Si $a$ est pair, alors $2\mid a.$ Comme $a\mid n$ vous déduisez par transitivité que $2\mid n$ donc $n$ est pair ce qui est absurde. De même si $b$ est pair, il vient $2\mid b$ puis $b\mid n$ donc $2\mid n$ du coup $n$ est pair, contradiction. Donc $a$ et $b$ sont impairs.

Le quotient de la division euclidienne de $a$ par $2$ est donc égal à $1.$ De même, le quotient de la division euclidienne de $b$ par $2$ est égal à $1.$ Il existe deux entiers naturels $a’$ et $b’$ tels que $a = 2a’+1$ et $b = 2b’+1$ d’où $a+b = 2(a+a’+1)$ ce qui prouve que $a+b$ est pair. Ainsi $\frac{a+b}{2}$ est un entier naturel. Utilisant le même raisonnement, $a – b = 2(a’-b’)$ donc $a-b$ est un entier relatif pair et $\frac{a-b}{2}$ est un entier relatif.

Vous posez maintenant $k = \frac{a+b}{2}.$ Il a été vu que $k\in\N.$

Comme $a>1$ et comme $b>1$, le produit $(a-1)(b-1)$ est strictement positif. En développant, vous obtenez :

\begin{align*}
&(a-1)(b-1)> 0\\
&ab-a-b+1 > 0\\
&ab+1 > a+b\\
&n+1 > a+b\\
&\frac{n+1}{2} > k.
\end{align*}

Maintenant, $k^2-n$ est le carré d’un entier relatif. En effet :

\begin{align*}
k^2-n &= \left(\frac{a+b}{2}\right)^2-ab\\
&= \frac{a^2+2ab+b^2}{4}-\frac{4ab}{4}\\
&= \frac{a^2-2ab+b^2}{4}\\
&=\left(\frac{a-b}{2}\right)^2.
\end{align*}

Comme un carré est positif, il vient $k^2-n \geq 0$ puis $k^2\geq n$ et enfin $k\geq \sqrt{n}$ ce donne le résultat.

Démontrez le sens $\impliedby$

Soit $n$ un entier naturel impair supérieur ou égal à $3.$ Vous supposez qu’il existe un entier naturel $k$ tel que :

\left\{\begin{align*}
&\sqrt{n}\leq k < \frac{n+1}{2}\\
&k^2-n\text{ est le carré d'un entier}.
\end{align*}
\right.

Comme $n\geq 1$ il vient $\sqrt{n}\geq 1$ donc $k\geq 1.$

Il existe un entier relatif $u$ tel que $k^2-n=u^2 = (\vert u \vert)^2.$ En posant $\ell = \vert u \vert$ il vient :

\begin{align*}
k^2-n&=\ell^2\\
k^2-\ell^2 &=n\\
(k+\ell)(k-\ell) &= n.
\end{align*}

Comme $2k < n+1$ vous déduisez ce qui suit :

\begin{align*}
2k<  n+1\\
-n < -2k+1\\
k^2-n < k^2-2k+1\\
\ell^2<(k-1)^2.
\end{align*} 

Comme $\ell$ et $k-1$ sont positif, vous déduisez $\ell < k-1$ donc $1< k-\ell.$

Ainsi, l’entier $k-\ell$ est supérieur ou égal à $2$ et divise $n.$

Si $n$ était premier, alors $k-\ell = n.$ L’égalité $(k+\ell)(k-\ell) = n$ s’écrit $n(k+\ell) = n$ d’où $k+\ell =1.$ Comme $k$ est supérieur ou égal à $1$ il vient $\ell = 0$ donc $n = k^2$ donc $k$ divise $n.$ Si $k=1$ alors $n =1$ ce qui contredit le fait que $n$ est premier. Si $k=n$ alors $n = n^2$ d’où $n=1$ après simplification par $n$ ce qui est absurde.

Donc $n$ est composé.

Application : factorisez $2279$

Cherchez d’abord le plus petit carré parfait qui soit supérieur ou égal à $2279.$

Comme $40^2 = 1600$ et comme $50^2=2500$ vous prenez $45^2=2025.$

Ce nombre étant strictement inférieur à $2279$ vous calculez le carré suivant.

\begin{align*}
46^2&= 2025+45+46\\
&= 2025+91\\
&= 2116.
\end{align*} 

Vous poursuivez :

\begin{align*}
47^2&= 2116+46+47\\
&= 2116+93\\
&= 2209.
\end{align*} 

Vous continuez :

\begin{align*}
48^2&= 2209+47+48\\
&= 2209+95\\
&= 2304.
\end{align*} 

Comme $48^2 \geq 2279$ vous évaluez la différence suivante :

\begin{align*}
48^2- 2279 &= 2304-2279\\
&=104-79\\
&=99-74\\
&=25\\
&=5^2.
\end{align*}

Ainsi $2279$ va être factorisé comme suit :

\begin{align*}
2279 &= 48^2-5^2\\
&=(48+5)(48-5)\\
&=53\times 43.
\end{align*}

Application : factorisez $10541$

Vous avez $100^2 =10000$ ce qui vous amène à calculer le carré parfait suivant.

\begin{align*}
101^2&= 10000+100+101\\
&= 10000+201\\
&= 10201.
\end{align*} 

Comme $10201< 10541$ vous poursuivez.

\begin{align*}
102^2&= 10201+101+102\\
&= 10201+203\\
&= 10404.
\end{align*} 

Comme $10404< 10541$ vous poursuivez.

\begin{align*}
103^2&= 10404+102+103\\
&= 10404+205\\
&= 10605.
\end{align*} 

Etant donné que $10609\geq 10541$ vous calculez la différence suivante :

\begin{align*}
103^2-10541 &= 10609-10541\\
&=109-41\\
&=99-31\\
&=68.
\end{align*} 

Comme $68$ n’est pas un carré parfait, vous calculez la prochaine différence :

\begin{align*}
104^2-10541 &= (103^2-10541) + (103+104)\\
&=68+207\\
&=275.
\end{align*} 

Comme $275$ n’est pas un carré parfait, vous calculez la prochaine différence :

\begin{align*}
105^2-10541 &= (104^2-10541) + (104+105)\\
&=275+209\\
&=484\\
&=22^2.
\end{align*} 

Ainsi, $10541$ est factorisable et :

\begin{align*}
10541 &= 105^2-22^2\\
&=(105+22)(105-22)\\
&=127\times 83.
\end{align*}

Prolongement

Vous êtes invité à lire le contenu rédigé dans l'article 295 qui détaille un autre exemple.

353. Tout sous-groupe fini des éléments inversibles d’un corps commutatif est cyclique

Soit $K$ un corps commutatif et soit $G$ une partie de $K\setminus\{0\}$ qui soit un groupe fini de cardinal $n$ lors qu’il est muni de la multiplication dans $K$ comme opération.

Note. En tant que groupe, l’ensemble $G$ n’est pas vide donc l’entier $n$ est supérieur ou égal à $1.$ Il existe un élément $k\in G.$ Comme $G$ est inclus dans $K\setminus\{0\}$ il vient $k\neq 0$ donc $k^{-1}$ est bien défini. En tant que groupe, $k^{-1}$ appartient à $G$ et par produit, $1 = k \times k^{-1}$ appartient à $G.$ Ainsi, le neutre $1$ de la multiplication du corps $K$ appartient aussi à $G$ c’est l’élément neutre du groupe $G.$

Prérequis : ordre d’un élément du groupe $G$

Soit $x$ un élément du groupe $G.$

Existence de l’ordre

Vous considérez l’application $f$ suivante, définie sur $\N$ par :

\forall u\in\N, f(u) = x^u.

Comme l’ensemble $f(\N) = \{f(u), u\in\N\}$ est inclus dans $G$ qui est un groupe fini, l’application $f$ ne peut pas être injective : si tel était le cas, $f(\N)$ serait infini parce que $\N$ l’est, ce qui contredit l’inclusion $f(\N)\subset G;$ Donc il existe deux entiers naturels $p$ et $q$, avec $p\neq q$ tels que $x^p =x^q.$ Si $p>q$, cela s’écrit $x^{p-q}x^q = x^q$ d’où $x^{p-q}= 1$ après simplification par $x^q.$ Sinon, $p<q$ et alors $x^p = x^{q-p}x^p$ d’où $x^{q-p}=1.$ Cela montre qu’il existe un entier naturel non nul $r$ tel que $x^r = 1.$

Le plus petit entier naturel $r$ non nul tel que $x^r=1$ est l’ordre de $x.$ Notez-le $d.$ Par définition de $d$, vous avez :

\boxed{\left\{\begin{align*}
&x^d = 1\\
&\forall i\in\llbracket 0, d-1\rrbracket, x^i \neq 1.
\end{align*}\right.}

Critère de divisibilité

Soit $p$ un entier relatif tel que $x^p = 1.$

En utilisant la division euclidienne de $p$ par $d$, il existe deux entiers $a$ et $b$ avec $0\leq b \leq d-1$ tels que $ p = ad+b.$

Alors :

\begin{align*}
1 &= x^p\\
&= x^{ad+b}\\
&= (x^d)^ax^b\\
&= 1^a x^b\\
&= x^b.
\end{align*} 

Si $b$ n’était pas nul, il serait un entier naturel non nul, strictement inférieur à l’ordre $d$, tel que $x^b=1$ ce qui est impossible par définition de cet ordre.

Donc $b=0$ et $d\mid p.$

Réciproquement, si $p$ est un entier tel que $d\mid p$ alors $p/d$ est un entier ce qui fournit :

\begin{align*}
x^p &= (x^d)^{p/d}\\
&= 1^{p/d}\\
&=1.
\end{align*} 

Il a été démontré ce qui suit, $x$ ayant pour ordre $d$ vous avez :

\boxed{\forall p\in\Z, x^p=1 \Longleftrightarrow d\mid p.}

L’ordre divise le cardinal du groupe

Vous allez maintenant démontrer que l’entier $d$ est un diviseur de $n.$

Soit $H$ la partie finie de $G$ définie par :

H = \{x^i, i\in\llbracket 0, d-1\rrbracket\}.

Par définition, $H$ possède au maximum $d$ éléments.

Soient maintenant $i$ et $j$ deux entiers appartenant à l’intervalle $\llbracket 0, d-1\rrbracket$ tels que $x^i = x^j.$ Si $i>j$ on peut écrire $x^{i-j} = 1$ du coup $d\mid i-j.$ Du coup $d\leq i-j.$ Or, comme $i$ et $j$ sont deux éléments de $\llbracket 0, d-1\rrbracket$ il en est de même de $i-j$ et par suite $i-j\leq d-1$ ce qui fournit $d\leq d-1$ qui est une contradiction. De même, si $i<j$ on écrit $x^{j-i}=1$ ce qui conduit à $d\mid j-i$ avec $d\leq j-i \leq d-1.$ Du coup, $i=j.$ Cela prouve que $H$ possède au moins $d$ éléments.

Les éléments de $H$ sont au nombre exact de $d.$

L’ensemble $H$ contient $x^0=1$ il est non vide. Si $u$ et $v$ sont deux éléments de $H$, il existe $i$ et $j$ entiers tels que $u=x^i$ et $v=x^j.$ Alors $v^{-1} = x^{-j}$ et $uv^{-1} = x^{i-j}.$ Vous effectuez la division euclidienne de $i-j$ par $d$ il existe deux entiers $a$ et $b$ avec $0\leq b\leq d-1$ tels que $i-j = ad+b.$

Alors :

\begin{align*}
uv^{-1} &=x^{i-j}\\
 &= x^{ad+b}\\
&=(x^d)^ax^b\\
&= 1^a x^b\\
&= x^b.
\end{align*} 

Cette dernière égalité montre que $uv^{-1}\in H.$

Vous en déduisez que $H$ est un sous-groupe de $G.$ Par le théorème de Lagrange, le nombre d’éléments de $H$ divise le nombre d’éléments de $G$ et ainsi :

\boxed{d\mid n.}

Partitionnez le groupe $G$ en fonction des ordres

Pour tout entier naturel non nul $d$ divisant $n$ vous notez :

\Omega_d = \{x\in G, d\text{ est un ordre pour  }x\}.

Par définition, vous avez :

\forall d\in\llbracket 1, n\rrbracket, d\mid n \implies \Omega_d\subset G.

Vous en déduisez l’inclusion suivante :

\boxed{\bigcup_{d\mid n} \Omega_d \subset G.}

Réciproquement, soit $x$ un élément de $G.$ Il a été démontré qu’il existe un entier naturel non nul $r$ avec $r\mid n$ tel que $x$ admette $r$ pour ordre. Du coup, $x\in \Omega_r.$ Par suite l’inclusion suivante est acquise :

\boxed{G \subset \bigcup_{d\mid n} \Omega_d .}

Par double inclusion vous avez obtenu :

\boxed{G = \bigcup_{d\mid n} \Omega_d.}

Il s’agit de démontrer que cette union est disjointe.

Soient $d$ et $d’$ deux entiers naturels non nuls avec $d\mid n$ et $d’\mid n$, tels que $\Omega_d\cap \Omega_{d’} \neq \emptyset.$ Il existe $x$ appartenant à la fois à $\Omega_d$ et à $\Omega_{d’}.$ Donc $x$ admet pour ordre $d$ et $x$ admet aussi pour ordre $d’.$ On en déduit $x^d = x^{d’}=1.$ Comme $x^d = 1$ et que $d’$ est un ordre pour $x$, vous déduisez $d’\mid d.$ Comme $x^{d’}=1$ et que $d$ est un ordre pour $x$, vous déduisez $d\mid d’$ et donc $d= d’.$

Note. On retrouve le fait que tout élément d’un groupe fini admet un ordre qui est unique.

L’union $G = \bigcup_{d\mid n} \Omega_d$ étant disjointe, vous avez obtenu une partition de $G$ ce qui permet d’écrire :

\boxed{n = \sum_{d\mid n}\,(\text{nombre d'élements de }\Omega_d).}

Note. Dans certains ouvrages, il est imposé, pour utiliser le terme « partition » d’un ensemble, d’avoir en plus de l’union disjointe, un ensemble non vide pour chaque partie composant cette union. Il est considéré ici que cette restriction n’est pas pertinente dans la mesure où il est tout à fait possible que $\Omega_d$ puisse être vide pour certains diviseurs $d$ de $n.$

Majorez le nombre d’éléments de $\Omega_d$ pour tout diviseur $d$ de $n$

Soit $d$ un entier naturel non nul tel que $d\mid n.$ Il est rappelé que $\varphi(d)\geq 1.$

Dans l’hypothèse où $\Omega_d$ est vide, vous avez déjà :

\text{nombre d'élements de }\Omega_d \leq \varphi(d).

Supposez maintenant que $\Omega_d$ soit non vide. Il existe un élément $x\in G$ d’ordre $d.$ Comme cela a déjà été démontré ci-dessus, l’ensemble $H$ suivant possède $d$ éléments :

H = \{x^i, i\in\llbracket 0, d-1\rrbracket\}.

Soit $y$ un élément de $H.$ Il existe un entier $i$ tel que $y = x^i.$ Alors :

\begin{align*}
y^d &= (x^î)^d\\
&= (x^d)^i\\
&= 1^i\\
&=1.
\end{align*}

Ainsi, $H$ est inclus dans l’ensemble $S$ des racines du polynôme $X^d-1$ qui est de degré $d$ à coefficients dans le corps $K.$ Or, un tel polynôme admet au plus $d$ racines, autrement dit, $S$ possède au maximum $d$ éléments. Comme $H\subset S$ et que $H$ possède $d$ éléments, il en résulte que $H = S.$

Soit $z$ un élément de $G$ d’ordre $d.$ Comme $z^d=1$ vous déduisez $z\in S$ et donc $z\in H.$ Il existe un entier $i$ appartenant à l’intervalle $\llbracket 0, d-1\rrbracket$ tel que $z = x^i.$ Vous allez maintenant montrer que les entiers $i$ et $d$ sont premier entre eux.

Notez $u = PGCD(i,d)$ de sorte que $i/u$ et $d/u$ soient deux entiers.

\begin{align*}
z^{d/u} &= (x^i)^{d/u} \\
&= x^{id/u } \\
&=(x^d)^{i/u}\\
&= 1^{i/u}\\
&=1.
\end{align*}

Comme $z$ est d’ordre $d$, il s’ensuit que $d\mid d/u$ donc $ud \mid d$ et $u\mid 1$ ce qui prouve que $u=1.$

Vous venez donc de montrer que :

\forall z\in G, z\text{ est d'ordre }d\implies (\exists i\in\llbracket0, d-1\rrbracket, PGCD(i,d)=1 \text{ et } z = x^i).

Notez $A_d$ l’ensemble comportant $\varphi(d)$ éléments, défini par :

A_d = \{ i\in\llbracket 0, d-1\rrbracket, PGCD(i,d)=1\}.

Vous avez établi que :

\Omega_d \subset \{x^i, i\in A_d\}.

Il est rappelé que l’ensemble $H$ suivant possède $d$ éléments :

H = \{x^i, i\in\llbracket 0, d-1\rrbracket\}.

Du coup, l’application qui va de $\llbracket 0, d-1\rrbracket$ dans $H$ et qui est définie par $i\mapsto x^i$ est injective. Par restriction, l’application qui va de $A_d$ dans $H$ définie par $i\mapsto x^i$ est aussi injective. Donc le nombre d’éléments de l’ensemble $\{x^i, i\in A_d\}$ est égal au nombre d’éléments de $A_d$ soit $\varphi(d).$

L’inclusion $\Omega_d \subset \{x^i, i\in A_d\}$ fournit l’inégalité :

\text{nombre d'élements de }\Omega_d \leq \varphi(d).

En définitive, il vient d’être démontré que :

\boxed{\forall d\in\NN, d\mid n\implies \text{nombre d'élements de }\Omega_d \leq \varphi(d).}

Utilisez le lien avec la fonction indicatrice $\varphi$ d’Euler pour conclure

D’une part :

n = \sum_{d\mid n}\,(\text{nombre d'élements de }\Omega_d).

D’autre part, selon le contenu rédigé dans l'article 351, la fonction indicatrice d’Euler vérifie l’égalité :

n = \sum_{d\mid n}\,\varphi(d).

Par différence, vous déduisez :

0 = \sum_{d\mid n}\,\left[\varphi(d)-(\text{nombre d'élements de }\Omega_d)\right].

Il a été vu que les termes de cette somme sont positifs. Comme leur somme est nulle, il en résulte que :

\forall d\in\NN, d\mid n \implies \varphi(d) = \text{nombre d'élements de }\Omega_d.

En particulier, $\Omega_n$ possède $\varphi(n)$ éléments. Comme $\varphi(n)\geq 1$ l’ensemble $\Omega_n$ est non vide. Autrement dit, le groupe $G$ est cyclique.