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273. Effectuer une opération élémentaire de dilatation sur une ligne d’une matrice revient à la multiplier à gauche par une matrice élémentaire de dilatation (2/3)

Cet article utilise les mêmes notations que celles qui se trouvent au sein du contenu que vous trouverez dans l'article 272.

Effet des matrices élémentaires de deuxième type, dites de dilatation

Soient $k$ un élément de l’ensemble $\llbracket 1, n \rrbracket$ et $\lambda\in\K^{*}.$

Par définition de la matrice identité $I$, vous avez :

I = \sum_{m=1}^n F_{mm}.

Vous séparez la ligne $k$ du reste de la somme

I = F_{kk} + \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}} F_{mm}.

On appelle matrice de dilatation $J$ de la ligne $k$ par le scalaire $\lambda$ où $\lambda \neq 0$, la matrice $I$ qui subit elle-même la multiplication de la ligne $k$ par le scalaire $\lambda.$

Ainsi :

J = \lambda F_{kk} + \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}} F_{mm}.

Vous allez maintenant montrer que la matrice $JA$ est la matrice $A$ qui subit la multiplication de sa ligne $k$ avec le scalaire $\lambda.$

\begin{align*}
JA &= \left( \lambda F_{kk} + \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}} F_{mm}\right) 
\left( \sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} } a_{ij} E_{ij}\right) \\
&= \lambda \sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} }  a_{ij} F_{kk}E_{ij} 
+ \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}} \sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} }  a_{ij}F_{mm}E_{ij} \\
&=  \lambda \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} }  a_{kj} F_{kk}E_{kj} 
+ \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}} \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} }  a_{mj}F_{mm}E_{mj} \\
&=  \lambda \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} }  a_{kj} E_{kj} 
+ \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}} \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} }  a_{mj}E_{mj} \\
&=  \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} } ( \lambda a_{kj} ) E_{kj} 
+ \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}} \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} }  a_{mj}E_{mj}.
\end{align*}

Cette dernière expression montre que les coefficients situés à la ligne $k$ de $JA$ sont ceux de la ligne $k$ de la matrice $A$ multipliés par $\lambda.$
D’autre part, quel que soit $m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k\}$ les lignes numéro $m$ des matrices $A$ et $JA$ comportent les mêmes coefficients.

Concluez

Quel que soit $k$ un élément de l’ensemble $\llbracket 1, n \rrbracket$ et quel que soit $\lambda\in\K^{*}$ multiplier la ligne $k$ de la matrice $A$ par $\lambda$ revient à la multiplier à gauche par une matrice élémentaire de dilatation, cette matrice s’obtenant en faisant subir à la matrice identité $I$ la même opération que celle effectuée sur $A.$

Visualisez cette propriété sur un exemple

Soit $A$ la matrice définie par :

A=\begin{pmatrix}1 & 1 & 2 & 1 \\
0 & 1 & 1 & 2 \\ 2 & 1 & 1  & 1\end{pmatrix}.

Comme vous souhaitez multiplier $A$ à gauche, vous formez la matrice identité d’ordre $3$ :

I=\begin{pmatrix}1 & 0 &  0 \\
0 & 1 & 0  \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

Vous multipliez la lignes $3$ de la matrice $I$ par $-2$, vous obtenez la matrice $J$ suivante :

J=\begin{pmatrix}1 & 0 &  0 \\
0 & 1 & 0  \\ 0 & 0 & -2 \end{pmatrix}.

Effectuez le produit matriciel $JA.$

\begin{align*}
JA&=\begin{pmatrix}1 & 0 &  0 \\
0 & 1 & 0  \\ 0 & 0 & -2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix}1 & 1 & 2 & 1 \\
0 & 1 & 1 & 2 \\ 2 & 1 & 1  & 1\end{pmatrix}  \\
&=\begin{pmatrix}1 & 1  & 2 & 1 \\ 0 & 1 & 1 & 2 \\ -4 & -2 & -2 & -2\end{pmatrix}.
\end{align*}

Vous constatez qu’en multipliant la ligne $3$ de la matrice $A$ par $-2$, vous obtenez bien la matrice $JA.$

272. Effectuer une opération élémentaire de permutation sur les lignes d’une matrice revient à la multiplier à gauche par une matrice élémentaire de permutation (1/3)

Soit $n$ un nombre entier supérieur ou égal à $2$ et $p$ un nombre entier supérieur ou égal à $1.$

Vous désignez par $A$ une matrice rectangulaire qui possède $n$ lignes et $p$ colonnes, à coefficients dans un corps $\K.$

Il sera commode de noter $I$ la matrice identité d’ordre $n$ à coefficients dans $\K.$

Il existe ainsi $(a_{ij})_{ \substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} }$ tel que :

\left\{
\begin{array}{ll}
\forall i\in \llbracket1, n\rrbracket, \forall j\in \llbracket1, p\rrbracket,  a_{ij}\in\K\\
A = (a_{ij})_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} }.
\end{array}\right.

Décomposez la matrice $A$

Quels que soient les entiers $i\in \in \llbracket1, n\rrbracket$ et $j\in \llbracket1, p\rrbracket$ notez $E_{ij}$ la matrice rectangulaire comportant $n$ lignes et $p$ colonnes, dont toutes les lignes sont nulles excepté la ligne numéro $i.$ La ligne numéro $i$ ne comporte que des zéros sauf à la colonne numéro $j$ où elle est égale à $1$, le neutre de $\K$ pour la multiplication.

Autrement dit, $E_{ij}$ ne comporte que des zéros, sauf à la ligne $i$ et à la colonne $j$ où son coefficient vaut $1.$

De ce qui précède, la matrice $A$ s’écrit ainsi :

A = \sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} } a_{ij} E_{ij}.

Les matrices $F_{k \ell}$

Quels que soient les entiers $k\in \in \llbracket1, n\rrbracket$ et $\ell \in \llbracket1, n\rrbracket$ notez $F_{k \ell}$ la matrice carrée comportant $n$ lignes et $n$ colonnes, dont toutes les lignes sont nulles excepté la ligne numéro $k.$ La ligne numéro $k$ ne comporte que des zéros sauf à la colonne numéro $\ell$ où elle est égale à $1$, le neutre de $\K$ pour la multiplication.

Autrement dit, $F_{k \ell}$ ne comporte que des zéros, sauf à la ligne $k$ et à la colonne $\ell$ où son coefficient vaut $1.$

Multiplication à gauche d’une matrice $E_{ij}$ par une matrice $F_{k \ell}$

Vous êtes amené à vérifier que :

 \forall k\in \llbracket 1, n\rrbracket, \forall \ell\in \llbracket 1, n\rrbracket,   \forall i\in \llbracket 1, n\rrbracket, \forall j\in \llbracket 1, p\rrbracket,  \left\{\begin{array}{ll} F_{k \ell} E_{ij} = E_{kj} &\text{ si } \ell=i\\ F_{k \ell} E_{ij} =0 &\text{ si } \ell \neq i.\end{array}\\\right.

Effet des matrices élémentaires de premier type, dites de permutation

Soient $k$ et $\ell$ deux éléments de l’ensemble $\llbracket 1, n \rrbracket$ de sorte que $k\neq \ell.$

Par définition de la matrice $I$, vous avez :

I = \sum_{m=1}^n F_{mm}.

Vous séparez les lignes $k$ et $\ell$ de la somme, pour obtenir :

I = F_{kk} + F_{\ell\ell} + \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k, \ell\}} F_{mm}.

On appelle matrice de permutation $J$ des lignes $k$ et $\ell$ la matrice $I$ qui subit la permutation de la ligne $k$ et de la ligne $\ell.$

Ainsi :

J = F_{k\ell} + F_{\ell k} + \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k, \ell\}} F_{mm}.

Vous allez maintenant montrer que la matrice $JA$ est la matrice $A$ qui subit la permutation de sa ligne $k$ avec sa ligne $\ell.$

\begin{align*}
JA &= \left(F_{k\ell} + F_{\ell k} + \sum_{m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k, \ell\}} F_{mm}\right)\left(\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} } a_{ij} E_{ij}\right) \\
&= \sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} } a_{ij} F_{k\ell}E_{ij} 
+ \sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p} } a_{ij} F_{\ell k}E_{ij} 
+ \sum_{\substack{1\leq i \leq n \\ 1\leq j \leq p \\ m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k, \ell\}}   } a_{ij} F_{mm}E_{ij} \\
&= \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} } a_{\ell j} F_{k\ell}E_{\ell j} 
+ \sum_{ 1\leq j \leq p } a_{kj} F_{\ell k}E_{kj} 
+ \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p \\ m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k, \ell\}}   } a_{mj} F_{mm}E_{mj} \\
&= \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p} } a_{\ell j} E_{k j} 
+ \sum_{ 1\leq j \leq p } a_{kj} E_{\ell j} 
+ \sum_{\substack{ 1\leq j \leq p \\ m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k, \ell\}}   } a_{mj} E_{mj} \\ 

\end{align*}

Cette dernière expression montre que les coefficients situés à la ligne $k$ de $JA$ sont ceux de la ligne $\ell$ de la matrice $A.$
De même les coefficients situés à la ligne $\ell$ de $JA$ sont ceux de la ligne $k$ de la matrice $A.$
D’autre part, quel que soit $m\in\llbracket 1, n\rrbracket \setminus \{k, \ell\}$ les lignes numéro $m$ des matrices $A$ et $JA$ ont les mêmes coefficients.

Concluez

Quels que soient $k$ et $\ell$ deux éléments de l’ensemble $\llbracket 1, n \rrbracket$ tels que $k\neq \ell$, permuter les lignes $k$ et $\ell$ de la matrice $A$ revient à la multiplier à gauche par une matrice élémentaire de permutation, cette matrice s’obtenant en faisant subir à la matrice identité $I$ la même permutation de lignes.

Visualisez cette propriété sur un exemple

Soit $A$ la matrice définie par :

A=\begin{pmatrix}1 & 1 & 2 & 1 \\
0 & 1 & 1 & 2 \\ 2 & 1 & 1  & 1\end{pmatrix}.

Comme vous souhaitez multiplier $A$ à gauche, vous formez la matrice identité d’ordre $3$ :

I=\begin{pmatrix}1 & 0 &  0 \\
0 & 1 & 0  \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

Vous permutez les lignes $1$ et $2$ de la matrice $I$, vous obtenez la matrice $J$ suivante :

J=\begin{pmatrix}0 & 1 &  0 \\
1 & 0 & 0  \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

Effectuez le produit matriciel $JA.$

\begin{align*}
JA&=\begin{pmatrix}0 & 1 &  0 \\
1 & 0 & 0  \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix}1 & 1 & 2 & 1 \\
0 & 1 & 1 & 2 \\ 2 & 1 & 1  & 1\end{pmatrix}  \\
&=\begin{pmatrix}0 & 1 & 1 & 2 \\
1 & 1 & 2 & 1 \\ 2 & 1 & 1  & 1\end{pmatrix}.
\end{align*}

Vous constatez qu’en permutant les lignes $1$ et $2$ de la matrice $A$, vous obtenez bien $JA.$

271. Une application linéaire et bijective a une bijection réciproque qui est nécessairement linéaire

Dans cet article, $\K$ désigne un corps. Soient $E$ et $F$ deux $\K$-espaces vectoriels.

Supposez qu’il existe une application bijective $f$ allant de $E$ vers $F$ et qui soit linéaire.

Linéarité et bijectivité de l’application $f$

Rappelez-vous que la linéarité de $f$ se traduit par la propriété suivante :

\forall (\lambda, \mu)\in\K^2, \forall (u,v)\in E^2, f(\lambda u+\mu v)=\lambda f(u)+\mu f(v).

Vous allez montrer que la bijection réciproque de $f$, qui sera notée $g$, est aussi linéaire.

Rappelez-vous que, comme $f$ est une bijection :

\forall u'\in F, \exists!u\in E, u'=f(u).

Autrement dit, pour tout $u’\in F$, $g(u’)$ désigne l’unique antécédent par $f$ du vecteur $u’.$ Il vient donc :

\forall u'\in F, f(g(u'))=u'.

Linéarité de l’application $g$

Soit $(\lambda, \mu)\in\K^2$ et soit $(x,y)\in F^2.$

Le vecteur $g(x)$ est l’unique antécédent de $x$ par la fonction $f$, donc $f(g(x))=x.$

Il en va de même pour $g(y)$ qui vérifie l’égalité $f(g(y)) = y.$

Utilisant la linéarité de la fonction $f$, vous obtenez :

\begin{align*}
f(\lambda g(x)+\mu g(y)) &= \lambda f(g(x))+\mu f(g(y)) \\
&= \lambda x + \mu y.
\end{align*}

Il est ainsi prouvé que $\lambda x + \mu y$ admet $\lambda g(x) + \mu g(y)$ pour antécédent par $f.$

Or, le vecteur $\lambda x + \mu y$ appartient à $F.$ Via la fonction $g$, le vecteur $g(\lambda x + \mu y)$ est l’unique antécédent par la fonction $f$ du vecteur $\lambda x + \mu y.$

Ainsi les vecteurs $\lambda g(x) + \mu g(y)$ et $g(\lambda x + \mu y)$ sont deux antécédents par $f$ du vecteur $\lambda x + \mu y.$ Il s’ensuit que :

g(\lambda x + \mu y) = \lambda g(x) + \mu g(y).

Concluez

La bijection réciproque d’une application linéaire est elle-même linéaire. Avec le vocabulaire des espaces vectoriels, cela se reformule ainsi : la bijection réciproque d’un isomorphisme est aussi un isomorphisme.

270. Matrices d’un endomorphisme et conjugaisons

Cet article est le prolongement du contenu se trouvant dans l'article 269.

Il y a été établi que l’application $\varphi$ est un isomorphisme de $\R^3$ vers $\R_2[X]$ qui se déduit de la base $(X^2,X,1)$ choisie pour $\R_2[X].$ Pour rappel, $\varphi$ est définie par :

\forall (a,b,c)\in\R^3, \varphi((a,b,c)) = aX^2+bX+c.

De même, l’application $\psi$ est un isomorphisme de $\R^3$ vers $\R_2[X]$ concernant la base $(X(X-1),X(X-2),(X-1)(X-2)).$ Pour rappel, $\psi$ est définie par :

\forall (a,b,c)\in\R^3, \psi((a,b,c))=aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2).

Vous considérez maintenant l’application $f$ suivante :

\begin{array}{cccc}
f: &\R_2[X] & \to & \R_2[X] \\
&P & \mapsto & P+P'
\end{array}

et allez représenter celle-ci par des matrices en fonction des bases choisies.

Montrez que $f$ est un endomorphisme

Comme $f$ a le même espace de départ et d’arrivée qui est un espace vectoriel, il suffit de vérifier que $f$ est linéaire.

Soit $(\lambda, \mu)\in\R^2$ et soit $(P,Q)\in (\R_2[X])^2.$

\begin{align*}
f(\lambda P+\mu Q) &= \lambda P+\mu Q + (\lambda P+\mu Q)'\\
&= \lambda P+\mu Q + \lambda P'+\mu Q'\\
&= \lambda(P+P')+\mu(Q+Q')\\
&= \lambda f(P)+\mu f(Q).
\end{align*}

Ainsi :

\forall(\lambda, \mu)\in\R^2, \forall(P,Q)\in (\R_2[X])^2, f(\lambda P + \mu Q) = \lambda f(P)+\mu f(Q).

L’application $f$ est bien un endomorphisme.

Matrice de $f$ dans la base $(X^2, X, 1)$

Il a été déjà vu plus haut que se donner une base de $\R_2[X]$, c’est choisir un isomorphisme de $\R^3$ vers $\R_2[X].$

En effectuant le choix de la base $(X^2,X,1)$ vous mettez $\R^3$ et $\R_2[X]$ en relation via l’isomorphisme $\varphi.$

Comme des matrices vont être utilisées dans la suite, on conviendra exceptionnellement de confondre une ligne avec sa colonne, autrement on s’autorisera à considérer que :

\R^3 = \left\{\begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}, a\in\R, b\in\R, c\in\R\right\}.

Soit $\begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}$ un élément de $\R^3.$

$\varphi\left( \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} \right) \in\R_2[X].$

De même, les parenthèses doubles seront omises afin de simplifier les notations. Vous noterez par exemple :

\varphi \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}   = \varphi\left( \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} \right).

Il convient de remarquer les résultats suivants.

\begin{align*}

\varphi \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}  \in\R_2[X] \\

f\left(\varphi \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} \right) \in\R_2[X] \\

(f\circ \varphi) \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} \in\R_2[X]

\end{align*}

Notez $\varphi^{-1}$ la bijection réciproque de $\varphi$, qui est aussi un isomorphisme (ce résultat est général, une application linéaire bijective a sa bijection réciproque automatiquement linéaire, allez consulter le contenu se trouvant dans l'article 271) :

\forall (a,b,c)\in\R^3, \varphi^{-1} (aX^2+bX+c) = \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}.

Alors :

\begin{align*}

\varphi^{-1}\left((f\circ \varphi) \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}\right) \in\R^3\\

(\varphi^{-1}\circ f\circ \varphi) \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} \in \R^3. 

\end{align*}

Pour résumer ce processus, si $f$ est un endomorphisme de $\R_2[X]$, l’application $\varphi^{-1}\circ f \circ \varphi$ est un endomorphisme de $\R^3.$

Ce processus est appelé conjugaison.

La matrice $A$ de $f$ dans la base $(X^2,X,1)$ est celle qui va apparaître dans l’écriture matricielle de l’endomorphisme $\varphi^{-1}\circ f \circ \varphi.$

Pour déterminer une telle matrice, il est plus simple de procéder colonne par colonne.

Première colonne de la matrice de $f$

\begin{align*}

\varphi \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}  &= X^2 \\

f(X^2) &= X^2+2X = 1X^2+2X \\

\varphi^{-1} (X^2+2X) &= \begin{pmatrix} 1 \\ 2 \\ 0 \end{pmatrix} \\


(\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi) \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}&= \begin{pmatrix} 1 \\ 2 \\ 0 \end{pmatrix}.

\end{align*}

La première colonne de la matrice $A$ est $\begin{pmatrix} 1 \\ 2 \\ 0 \end{pmatrix}.$

Deuxième colonne de la matrice de $f$

\begin{align*}

\varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix}  &= X \\

f(X) &= X+1 = 1X+1 \\

\varphi^{-1} (X+1) &= \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} \\


(\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi) \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix}&= \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}.

\end{align*}

La deuxième colonne de la matrice $A$ est $\begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}.$

Troisième colonne de la matrice de $f$

\begin{align*}

\varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}  &= 1 \\

f(X) &= 1+0= 1\\

\varphi^{-1} (1) &= \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} \\


(\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi) \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}&= \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}.

\end{align*}

La troisième colonne de la matrice $A$ est $\begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}.$

Écriture de $\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi$ sous forme matricielle

Soit $(a,b,c)\in\R^3.$ Utilisant la linéarité de $\varphi$ :

\begin{align*}
\varphi \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} &= \varphi \left(a \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}+ b \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix} + c \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}\right) \\
&= a\ \varphi\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} + b\ \varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix} + c\ \varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}.
\end{align*}

Utilisez maintenant la linéarité de $f$ :

\begin{align*}
f\left(\varphi \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}\right)
&= a\ f\left(\varphi\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} \right)+ b\ f\left(\varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix} \right)+ c\ f\left(\varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}\right).
\end{align*}

Finissez avec la linéarité de $\varphi^{-1}$ :

\begin{align*}
\varphi^{-1} \left(f\left(\varphi \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix}\right) \right)
&= a\ \varphi^{-1} \left( f\left(\varphi\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} \right) \right) + b\ \varphi^{-1} \left(  f\left(\varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix} \right) \right) + c\ \varphi^{-1}  \left( f\left(\varphi \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}\right) \right).
\end{align*}

Cela s’écrit :

\begin{align*}
(\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi)  \begin{pmatrix} a \\ b \\ c \end{pmatrix} &= a\  (\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi) \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} + b\  (\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi)\begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix} + c\  (\varphi^{-1} \circ f \circ \varphi)\begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} \\
&=a \begin{pmatrix} 1 \\ 2 \\ 0 \end{pmatrix} + b \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} + c \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} \\
&= \begin{pmatrix} a \\ 2a \\ 0 \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 0 \\ b \\ b \end{pmatrix}+ \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ c \end{pmatrix}\\
&= \begin{pmatrix} a \\ 2a+b \\ b+c \end{pmatrix}\\
&= \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 2 & 1 & 0 \\ 0 &1&1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} a\\ b \\ c \end{pmatrix}.
\end{align*}

Concluez pour la matrice de $f$

D’après les calculs précédents, vous avez obtenu que la matrice de $f$ dans la base $(X^2,X,1)$ est égale à :

\boxed{A =  \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 2 & 1 & 0 \\ 0 &1&1 \end{pmatrix}.}

Matrice de $f$ dans la base $(X(X-1),X(X-2),(X-1)(X-2))$

Vous suivez la même démarche que celle initiée.

Par conjugaison, l’application $\psi^{-1}\circ f \circ \psi$ est un endomorphisme de $\R^3.$

Il a été vu dans l'article 269 que :

\forall (a,b,c)\in\R^3, \psi \left(\frac{4a+2b+c}{2},-a-b-c,\frac{c}{2} \right) = aX^2+bX+c.

Vous déduisez que :

\forall (a,b,c)\in\R^3, \psi^{-1}(aX^2+bX+c) =\left(\frac{4a+2b+c}{2},-a-b-c,\frac{c}{2} \right).

Première colonne de la matrice de $f$

\begin{align*}
\psi \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}  &= X(X-1) = X^2-X \\
f(X^2-X) &= X^2-X+2X-1 = X^2+X-1 \\
\end{align*}

Compte tenu de l’expression de $\psi^{-1}$ il vient :

\begin{align*}
\psi^{-1} (X^2+X-1) &= \left(\frac{4+2-1}{2},-1-1+1,\frac{-1}{2} \right) \\
&=\left(\frac{5}{2},-1,\frac{-1}{2} \right).
\end{align*}

De ce qui précède, la première colonne de la matrice de $f$ est : $\begin{pmatrix} 5/2 \\ -1 \\ -1/2 \end{pmatrix}.$

Deuxième colonne de la matrice de $f$

\begin{align*}
\psi \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 0 \end{pmatrix}  &= X(X-2) = X^2-2X \\
f(X^2-2X) &= X^2-2X+2X-2 = X^2-2 \\
\psi^{-1}(X^2-2)&= \left(\frac{4-2}{2},-1+2,\frac{-2}{2} \right) = \left(1,1,-1\right) .
\end{align*}

La deuxième colonne de la matrice de $f$ est : $\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ -1 \end{pmatrix}.$

Troisième colonne de la matrice de $f$

\begin{align*}
\psi \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}  &= (X-1)(X-2) = X^2-3X+2 \\
f(X^2-3X+2) &= X^2-3X+2+2X-3 = X^2-X-1 \\
\psi^{-1}(X^2-X-1)&= \left(\frac{4-2-1}{2},-1+1+1,\frac{-1}{2} \right) =  \left(\frac{1}{2},1,\frac{-1}{2} \right).
\end{align*}

La troisième colonne de la matrice de $f$ est : $\begin{pmatrix} 1/2 \\ 1 \\ -1/2 \end{pmatrix}.$

De ce qui précède, la deuxième colonne de la matrice de $f$ est : $\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ -1 \end{pmatrix}.$

Concluez pour la matrice de $f$

Vous avez obtenu que la matrice de $f$ dans la base $(X(X-1),X(X-2),(X-1)(X-2))$ est égale à :

\boxed{B =  \begin{pmatrix} 5/2 & 1 & 1/2 \\ -1 & 1 & 1 \\ -1/2 &-1&-1/2 \end{pmatrix}.}

269. Isomorphismes d’espaces vectoriels

Désignez par $\R_2[X]$ l’ensemble des polynômes réels dont le degré est inférieur ou égal à $2.$

\R_2[X]=\{aX^2+bX+c, (a,b,c)\in\R^3\}.

Vous allez constater que $\R_2[X]$ est isomorphe à $\R^3$ et que plusieurs isomorphismes existent entre ces deux espaces vectoriels.

Le choix de la base canonique $(X^2, X, 1)$ de $\R_2[X]$ induit un isomorphisme de $\R^3$ vers $\R_2[X]$

Notez $\varphi$ l’application suivante :

\begin{array}{cccc}
\varphi:&  \R^3 & \to & \R_2[X] \\
&(a,b,c) & \mapsto & aX^2+bX+c.
\end{array}

Linéarité de $\varphi$

Soit $(\lambda,\lambda’)\in\R^2$ et $(u,u’)\in(\R^3)^2.$

Il existe $(a,b,c)\in\R^3$ et $(a’,b’,c’)\in\R^3$ tels que :

\begin{align*}
u&=(a,b,c)\\
u'&=(a',b',c').
\end{align*}

Dès lors :

\begin{align*}
\lambda u +\lambda' u' &= \lambda(a,b,c)+\lambda'(a',b',c')\\
&= (\lambda a, \lambda b, \lambda c)+(\lambda' a', \lambda' b', \lambda' c')\\
&= (\lambda a+\lambda' a', \lambda b+\lambda' b', \lambda c+\lambda' c').
\end{align*}

Alors :

\begin{align*}
\varphi(\lambda u + \lambda' u') &= \varphi((\lambda a+\lambda' a', \lambda b+\lambda' b', \lambda c+\lambda' c')) \\
&=( \lambda a+\lambda' a' ) X^2+( \lambda b+\lambda' b')X+(\lambda c+\lambda' c')\\
&= \lambda(aX^2+bX+c)+\lambda'(a'X^2+b'X+c')\\
&= \lambda \varphi((a,b,c))+ \lambda' \varphi((a',b',c'))\\
&= \lambda \varphi(u)+ \lambda' \varphi(u').
\end{align*}

Il est ainsi démontré que $\varphi$ est linéaire :

\boxed{\forall (\lambda,\lambda')\in\R^2,  \forall (u,u')\in(\R^3)^2, \varphi(\lambda u + \lambda' u')  = \lambda \varphi(u)+ \lambda' \varphi(u').}

Bijectivité de $\varphi$

Soit $P$ un élément de $\R_2[X].$ Par définition de $\R_2[X]$ il existe un triplet $(a,b,c)\in\R^3$ tel que :

\begin{align*}
P &= aX^2+bX+c \\
&= \varphi((a,b,c)).
\end{align*}

Par conséquent l’application $\varphi$ est surjective.

Déterminez maintenant le noyau de $\varphi.$ Soit $u\in\R^3$ tel que $\varphi(u)=0.$

Il existe $(a,b,c)\in\R^3$ tel que $u=(a,b,c)$ et donc :

\begin{align*}
\varphi(u) &=0 \\
\varphi((a,b,c))&=0\\
aX^2+bX+c &= 0
\end{align*}

Et par conséquent tous les coefficients du polynôme $aX^2+bX+c$ sont nuls, donc $u=(0,0,0).$

Comme $\ker \varphi \subset \{(0,0,0)\}$ vous déduisez que $\varphi$, qui est déjà linéaire, est aussi injective.

En résumé $\varphi$ est bien bijective.

Concluez

$\varphi$ est une application linéaire et bijective de $\R^3$ vers $\R_2[X]$, c’est un isomorphisme de $\R^3$ vers $\R_2[X].$

Le choix de la famille $(X(X-1), X(X-2), (X-1)(X-2))$ de $\R_2[X]$ induit un isomorphisme de $\R^3$ vers $\R_2[X]$

Notez $\psi$ l’application suivante :

\begin{array}{cccc}
\psi:&  \R^3 & \to & \R_2[X] \\
&(a,b,c) & \mapsto & aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2).
\end{array}

Linéarité de $\psi$

Soit $(\lambda,\lambda’)\in\R^2$ et $(u,u’)\in(\R^3)^2.$

Il existe $(a,b,c)\in\R^3$ et $(a’,b’,c’)\in\R^3$ tels que :

\begin{align*}
u&=(a,b,c)\\
u'&=(a',b',c').
\end{align*}

Il a été vu que :

\lambda u +\lambda' u' = (\lambda a+\lambda' a', \lambda b+\lambda' b', \lambda c+\lambda' c').

Alors :

\begin{align*}
\psi(\lambda u + \lambda' u') &= \psi((\lambda a+\lambda' a', \lambda b+\lambda' b', \lambda c+\lambda' c')) \\
&=( \lambda a+\lambda' a' ) X(X-1)+( \lambda b+\lambda' b')X(X-2)+(\lambda c+\lambda' c')(X-1)(X-2)\\
&= \lambda(aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2))+\lambda'(a'X(X-1)+b'X(X-2)+c'(X-1)(X-2))\\
&= \lambda \psi((a,b,c))+ \lambda' \psi((a',b',c'))\\
&= \lambda \psi(u)+ \lambda' \psi(u').
\end{align*}

Il est ainsi démontré que $\psi$ est linéaire :

\boxed{\forall (\lambda,\lambda')\in\R^2,  \forall (u,u')\in(\R^3)^2, \psi(\lambda u + \lambda' u')  = \lambda \psi(u)+ \lambda' \psi(u').}

Injectivité de $\psi$

L’application $\psi$ étant linéaire, il suffit de prouver que son noyau est inclus dans $\{(0,0,0)\}$ pour en déduire qu’elle est injective. Soit $u\in\R^3$ tel que $\psi(u)=0.$

Il existe $(a,b,c)\in\R^3$ tel que $u=(a,b,c)$ et donc :

\begin{align*}
\psi(u) &=0 \\
\psi((a,b,c))&=0\\
aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2) &= 0.
\end{align*}

Le polynôme $aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2)$ est donc le polynôme nul.

En substituant $X=0$, vous trouvez $c\times (-1)\times (-2) = 0$ donc $c=0.$

En substituant $X=1$, vous trouvez $b\times 1\times (-1) = 0$ donc $b=0.$

En substituant $X=2$, vous trouvez $a\times 2\times 1 = 0$ donc $a=0.$

Comme $\ker \psi \subset \{(0,0,0)\}$ vous déduisez le résultat annoncé.

Surjectivité de $\psi$

Vous voulez démontrer de façon explicite pourquoi tout élément de $\R_2[X]$ admet un antécédent par $\psi.$

Comme $\R_2[X]$ est muni d’une base canonique $(X^2,X,1)$ vous démontrez d’abord que les polynômes $X^2$, $X$ et $1$ ont bien chacun un antécédent par $\psi.$

Recherchez un antécédent de $X^2$

Analyse. Soit $(a,b,c)\in\R^3$ tel que $\psi((a,b,c))=X^2.$

Alors :

aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2) = X^2.

En substituant $X=0$, vous trouvez $c\times (-1)\times (-2) = 0$ donc $c=0.$

En substituant $X=1$, vous trouvez $b\times 1\times (-1) = 1$ donc $b=-1.$

En substituant $X=2$, vous trouvez $a\times 2\times 1 = 4$ donc $a=2.$

Synthèse. Posez $u = (2,-1,0).$

Alors :

\begin{align*}
\psi(u) &= 2X(X-1)-X(X-2)+0(X-1)(X-2)\\
&= 2X(X-1)-X(X-2)\\
&=2X^2-2X-X^2+2X\\
&=X^2.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\psi((2,-1,0)) = X^2.}

Recherchez un antécédent de $X$

Analyse. Soit $(a,b,c)\in\R^3$ tel que $\psi((a,b,c))=X.$

Alors :

aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2) = X.

En substituant $X=0$, vous trouvez $c\times (-1)\times (-2) = 0$ donc $c=0.$

En substituant $X=1$, vous trouvez $b\times 1\times (-1) = 1$ donc $b=-1.$

En substituant $X=2$, vous trouvez $a\times 2\times 1 = 2$ donc $a=1.$

Synthèse. Posez $u = (1,-1,0).$

Alors :

\begin{align*}
\psi(u) &= X(X-1)-X(X-2)+0(X-1)(X-2)\\
&= X(X-1)-X(X-2)\\
&=X^2-X-X^2+2X\\
&=X.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\psi((1,-1,0)) = X.}

Recherchez un antécédent de $1$

Analyse. Soit $(a,b,c)\in\R^3$ tel que $\psi((a,b,c))=1.$

Alors :

aX(X-1)+bX(X-2)+c(X-1)(X-2) = 1.

En substituant $X=0$, vous trouvez $c\times (-1)\times (-2) = 1$ donc $c=\frac{1}{2}.$

En substituant $X=1$, vous trouvez $b\times 1\times (-1) = 1$ donc $b=-1.$

En substituant $X=2$, vous trouvez $a\times 2\times 1 = 1$ donc $a=\frac{1}{2}.$

Synthèse. Posez $u = \left(\frac{1}{2},-1,\frac{1}{2}\right).$

Alors :

\begin{align*}
\psi(u) &= \frac{1}{2}X(X-1)-X(X-2)+\frac{1}{2}(X-1)(X-2)\\
&= \frac{X(X-1)-2X(X-2)+(X-1)(X-2)}{2}\\
&=\frac{X^2-X-2X^2+4X+X^2-2X-X+2}{2}\\
&=\frac{2}{2}\\
&=1.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\psi\left( \left(\frac{1}{2},-1,\frac{1}{2}\right)\right) = 1.}

Concluez à propos de la surjectivité de $\psi$

Soit $P\in\R_2[X].$ Il existe $(a,b,c)\in\R^3$ tel que $P = aX^2+bX+c.$ Du coup :

\begin{align*}
P &= a\ \psi((2,-1,0)) + b\ \psi((1,-1,0))+c\ \psi\left( \left(\frac{1}{2},-1,\frac{1}{2}\right)\right)\\
&=  \psi\left(a (2,-1,0) + b(1,-1,0)+ c \left(\frac{1}{2},-1,\frac{1}{2}\right) \right)\\
&= \psi\left( (2a,-a,0) + (b,-b,0)+  \left(\frac{c}{2},-c,\frac{c}{2}\right) \right)\\
&= \psi\left( \left(2a+b+\frac{c}{2},-a-b-c,\frac{c}{2} \right) \right)\\
&= \psi\left( \left(\frac{4a+2b+c}{2},-a-b-c,\frac{c}{2} \right) \right).
\end{align*}

Tout polynôme $P$ de $\R_2[X]$ admet au moins un antécédent par $\psi$ qui est bien surjective.

Concluez

$\psi$ est une application linéaire et bijective de $\R^3$ vers $\R_2[X]$, c’est bien un isomorphisme de $\R^3$ vers $\R_2[X].$

Remarque n°1. Comme $((1,0,0), (0,1,0), (0,0,1))$ est une base de $\R^3$ on en déduit par l’isomorphisme $\psi$ que $(\psi(1,0,0), \psi(0,1,0), \psi(0,0,1))$ est une base de $\R_2[X].$

Comme :

\begin{align*}
\psi((1,0,0)) &= X(X-1) \\
\psi((0,1,0)) &= X(X-2) \\
\psi((0,0,1)) &= (X-1)(X-2)
\end{align*}

vous déduisez que la famille $(X(X-1),X(X-2), (X-1)(X-2) )$ est une base de $\R_2[X].$

Remarque n°2. Le choix de la base de trois vecteurs $(X^2,X,1)$ de $\R_2[X]$ induit un isomorphisme $\varphi$ de $\R^3$ vers $\R_2[X].$
De même, le choix d’une autre base de trois vecteurs $(X(X-1), X(X-2), (X-1)(X-2))$ induit un autre isomorphisme $\psi$ de $\R^3$ vers $\R_2[X].$

Les isomorphismes $\varphi$ et $\psi$ sont différents

En effet :

\begin{align*}
\varphi((1,0,0)) &= X^2 \\
\psi((1,0,0)) &= X(X-1) = X^2-X.
\end{align*}

Il en résulte que $\varphi((1,0,0)) \neq \psi((1,0,0))$ et par conséquent $\varphi \neq \psi.$

268. Toute fonction affine conserve les barycentres

Soit $m$ un nombre réel non nul et soit $p$ un nombre réel. On définit la fonction affine $f$ en posant :

\forall x\in\R, f(x)=mx+p.

Dans toute la suite, on désigne par $a$ et $b$ deux nombres réels fixés.

Notion de barycentre de deux réels

Soit $t$ un nombre réel. Le barycentre des réels $a$ et $b$ affecté des coefficients respectifs $t$ et $1-t$ est le réel défini par :

ta+(1-t)b.

Effet de la fonction affine $f$ sur un barycentre

Par définition de la fonction $f$, il vient :

\begin{align*}
f(a) &= ma+p \\
f(b) &= mb+p.
\end{align*}

Soit $t$ un nombre réel. Après multiplication par $t$ de la première ligne et par $1-t$ de la seconde, vous obtenez :

\begin{align*}
tf(a) &= mta+tp \\
(1-t)f(b) &= m(1-t)b+(1-t)p.
\end{align*}

Par somme vous déduisez :

\begin{align*}
tf(a)+(1-t)f(b) &= mta+m(1-t)b + tp +(1-t)p \\
&= m\left[ta+(1-t)b\right] + tp+p-tp\\
&= m\left[ta+(1-t)b\right] +p\\
&= f(ta+(1-t)b).
\end{align*}
 

Est ainsi démontré la conservation du barycentre de deux points par une fonction affine $f$.

Autrement dit, si $f$ est une fonction affine :

\boxed{\forall (a,b,t)\in\R^3, f(ta+(1-t)b) =tf(a)+(1-t)f(b).}

Cela se reformule ainsi :

\forall (a,b,\lambda, \mu)\in\R^4, \lambda+\mu = 1 \implies f(\lambda a+\mu b) =\lambda f(a)+\mu f(b).

Une fonction affine se comporte comme une fonction linéaire sous réserve que les scalaires $\lambda$ et $\mu$ aient une somme égale à $1.$

Application : déterminez toutes les fonctions affines $f$ telles que $f(2)=3$ et $f(5)=4$

Analyse

Supposez qu’il existe une fonction affine $f$ telle que $f(2) = 3$ et $f(5) = 4.$

Soit $x$ un nombre réel.

Il s’agit de déterminer $f(x).$

D’après la propriété vue ci-dessus sur les fonctions affines, vous avez :

\ \begin{align*}
\forall t\in\R, f(2t+5(1-t))&=tf(2)+(1-t)f(5)\\
f(2t+5-5t)&=3t+4(1-t)\\
f(-3t+5)&=3t+4-4t\\
f(-3t+5)&=-t+4.
\end{align*}

Posez alors $t = \frac{5-x}{3}.$

Vous avez :

\begin{align*}
3t &= 5-x\\
x &= -3t+5.
\end{align*}

Ainsi :

\begin{align*}
f(x) &= f(-3t+5)\\
&= -t+4\\
&= - \frac{5-x}{3} + 4\\
&= \frac{x-5}{3}+4\\
&= \frac{x-5}{3}+\frac{12}{3}\\
&=\frac{x+7}{3}.
\end{align*}

S’il existe une fonction affine $f$ telle que $f(2) = 3$ et $f(5) = 4$ alors elle est unique et elle est définie par :

\forall x\in\R, f(x) = \frac{x+7}{3}. 

Synthèse

Réciproquement, considérez la fonction $f$ définie par :

\forall x\in\R, f(x) = \frac{x+7}{3} = \frac{1}{3}x+\frac{7}{3}.

La fonction $f$ est bien affine, avec $m = \frac{1}{3}$ et $p=\frac{7}{3}.$

De plus :

\begin{align*}
f(2) &= \frac{2+7}{3} = \frac{9}{3} = 3\\
f(5) &= \frac{5+7}{3} = \frac{12}{3} = 4.
\end{align*}

La fonction $f$ convient bien.

Concluez

Il existe une unique fonction affine $f$ telle que $f(2)=3$ et $f(5)=4.$

Elle est définie par :

\boxed{\forall x\in\R, f(x) = \frac{x+7}{3}. }

267. Déterminez les racines carrées d’un nombre complexe

Sur un exemple concret, vous allez voir comment il est possible de trouver tous les nombres complexes $z$ tels que :

z^2 = -3-4i.

Justifiez de l’existence d’un tel nombre

L’utilisation de l’artillerie lourde permet de conclure : d’après le théorème de d’Alembert, appelé aussi théorème fondamental de l’algèbre, tout polynôme non constant de $\C[X]$ admet une racine complexe.

Il en est donc ainsi pour le polynôme du second degré $X^2+3+4i.$

Déterminez la partie réelle et la partie imaginaire

Notez $z$ un nombre complexe tel que $z^2 = -3-4i.$ Il existe un couple $(a,b)\in\R^2$ tel que :

z=a+ib.

Vous élevez au carré :

\begin{align*}
z^2 &= (a+ib)^2\\
&= a^2+(ib)^2+2a\times ib\\
&=a^2+i^2b^2+2iab\\
&=a^2-b^2+i(2ab).
\end{align*}

En identifiant la partie réelle et la partie imaginaire de $z^2$ il vient :

\left\{\begin{align*}
a^2-b^2 &= -3\\
2ab &= -4.
\end{align*}\right.

Remarquez que la seconde équation est simplifiable après division par $2$ :

\left\{\begin{align*}
a^2-b^2 &= -3\\
ab &= -2.
\end{align*}\right.

Eliminez une inconnue

Partez de la relation :

a^2-b^2=-3.

Souhaitant utiliser $ab=-2$ vous multipliez par $a$ :

\begin{align*}
a^3-ab^2&=-3a\\
a^3-(ab)b &=-3a\\
a^3-(-2)b&=-3a\\
a^3+2b&=-3a.
\end{align*}

Vous avez abaissé le degré de $b$ qui est passé de $2$ à $1.$ Poursuivez en multipliant encore par $a$ :

\begin{align*}
a^3+2b&=-3a\\
a^4+2ab&=-3a^2\\
a^4-4&=-3a^2\\
a^4+3a^2-4 &= 0.
\end{align*}

Résolvez l’équation bicarrée

L’équation de degré $4$ se ramène à une équation de degré $2$ :

\begin{align*}
a^4+3a^2-4 &= 0\\
(a^2)^2+3a^2-4&=0.
\end{align*}

Posez $A = a^2.$ Le réel $A$ est solution de l’équation :

A^2+3A-4 = 0.

Vous constatez que $A=1$ est racine évidente. L’expression du membre de gauche est factorisable par $A-1.$ Cela conduit à écrire ce qui suit :

\begin{align*}
(A-1)(A+4) &=0.
\end{align*}

Du coup :

A\in\{1, -4\}.

Comme $A$ est un carré, $A$ est nécessairement positif, donc $A = 1.$

Ainsi, $a^2 = 1$ et donc $a\in\{-1,1\}.$

Trouvez les valeurs possibles

Si $a=1$

Comme $ab = -2$ vous déduisez $b=-2$ et donc $z = 1-2i.$

Si $a=-1$

Comme $ab = -2$ vous déduisez $b=2$ et donc $z = -1+2i.$

Si $z$ est une solution de l’équation $z^2 = -3-4i$, alors $z\in\{1-2i, -1+2i\}.$

Effectuez la réciproque

Si $z = 1-2i$, alors :

\begin{align*}
z^2  &= (1-2i)^2\\
&= 1^2+(2i)^2-2\times 1\times 2i\\
&= 1-4-4i\\
&=-3-4i.
\end{align*}

De même, si $z = -1+2i$, alors :

\begin{align*}
z^2 &= (-1+2i)^2\\
&= ((-1)\times (1-2i))^2\\
&=(-1)^2(1-2i)^2\\
&=1\times(-3-4i)\\
&=-3-4i.
\end{align*}

Concluez

Pour tout nombre complexe $z$, l’équivalence suivante est vérifiée :

\boxed{z^2 = -3-4i \Longleftrightarrow z\in\{1-2i, -1+2i\}.}

266. Comment savoir si deux polynômes ont une racine commune avec le résultant

Pour fixer les idées, considérez deux polynômes unitaires $P$ et $Q$ à coefficients dans un corps $\K$, l’un étant de degré $2$, l’autre de degré $3.$ Il existe $(a,b,u,v,w)\in\K^5$ tel que :

\begin{align*}
P(X) &= X^2+aX+b\\
Q(X) &= X^3+uX^2+vX+w.
\end{align*}

En utilisant la notion de corps de rupture, qui ne sera pas détaillée ici, vous déduisez l’existence d’une extension $\L$ du corps $\K$ dans laquelle les polynômes $P$ et $Q$ sont scindés.

Il existe $(x_1,x_2,y_1,y_2,y_3)\in\L^5$ tel que :

\begin{align*}
P(X) &= (X-x_1)(X-x_2)\\
Q(X) &= (X-y_1)(X-y_2)(X-y_3).
\end{align*}

Vous appelez alors résultant de $P$ suivi de $Q$ le nombre suivant :

\mathrm{Res}(P,Q)=(x_1-y_1)(x_1-y_2)(x_1-y_3)(x_2-y_1)(x_2-y_2)(x_2-y_3).

Le résultant est nul, si et seulement si, il existe $i\in\llbracket 1,2 \rrbracket$ et il existe $j\in\llbracket 1,3 \rrbracket$ tels que $x_i-y_j=0.$

Autrement dit, le résultant est nul, si et seulement si, $P$ et $Q$ ont une racine commune.

Ce qui est remarquable, c’est que le nombre $\mathrm{Res}(P,Q)$ qui a priori appartient au corps $\L$, appartient aussi au corps de base $\K.$ C’est ce que vous allez démontrer dans la suite.

Formez une expression du résultant comme un produit de valeurs prises par un polynôme

Comme :

\begin{align*}
(x_1-y_1)(x_1-y_2)(x_1-y_3) &= Q(x_1) \\
(x_2-y_1)(x_2-y_2)(x_2-y_3) &= Q(x_2) \\
\end{align*}

il vient, par produit :

\boxed{\mathrm{Res}(P,Q) = Q(x_1)Q(x_2).}

Utilisez les fonctions symétriques élémentaires

Tout d’abord, vous développez :

\begin{align*}
\mathrm{Res}(P,Q) &= Q(x_1)Q(x_2)\\
&= (x_1^3+ux_1^2+vx_1+w)(x_2^3+ux_2^2+vx_2+w)\\
&= x_1^3x_2^3+ux_1^3x_2^2+vx_1^3x_2+wx_1^3\\
&\quad + ux_1^2x_2^3+u^2x_1^2x_2^2+uvx_1^2x_2+uwx_1^2\\
&\quad + vx_1x_2^3+uvx_1x_2^2+v^2x_1x_2+vwx_1\\
&\quad + wx_2^3+uwx_2^2+vwx_2+w^2\\
&= x_1^3x_2^3 \\
&\quad + ux_1^3x_2^2+ux_1^2x_2^3\\
&\quad +  vx_1^3x_2+vx_1x_2^3\\
&\quad  +wx_1^3+wx_2^3\\
&\quad +u^2x_1^2x_2^2\\
&\quad +uvx_1^2x_2+uvx_1x_2^2\\
&\quad +uw x_1^2+uwx_2^2\\
&\quad +v^2x_1x_2\\
&\quad +vwx_1+vwx_2\\
&\quad +w^2.
\end{align*}

Les fonctions symétriques élémentaires sont données par :

\begin{align*}
\sigma_1 &= x_1+x_2\\
\sigma_2 &=x_1x_2.
\end{align*}

Vous écrivez le résultant sous cette forme :

\begin{align*}
\mathrm{Res}(P,Q) &= (x_1x_2)^3 \\
&\quad + u(x_1^3x_2^2+x_1^2x_2^3)\\
&\quad +  v(x_1^3x_2+x_1x_2^3)\\
&\quad  +w(x_1^3+x_2^3)\\
&\quad +u^2(x_1x_2)^2\\
&\quad +uv(x_1^2x_2+x_1x_2^2)\\
&\quad +uw (x_1^2+x_2^2)\\
&\quad +v^2x_1x_2\\
&\quad +vw(x_1+x_2)\\
&\quad +w^2 \\
&= \sigma_2^3 \\
&\quad + u(x_1+x_2)(x_1x_2)^2\\
&\quad +  vx_1x_2(x_1^2+x_2^2)\\
&\quad  +w(x_1^3+x_2^3)\\
&\quad +u^2\sigma_2^2\\
&\quad +uvx_1x_2(x_1+x_2)\\
&\quad +uw (x_1^2+x_2^2)\\
&\quad +v^2\sigma_2\\
&\quad +vw\sigma_1\\
&\quad +w^2\\
&= \sigma_2^3 + u\sigma_1\sigma_2^2+  v\sigma_2(x_1^2+x_2^2) +w(x_1^3+x_2^3)\\
&\quad +u^2\sigma_2^2 +uv\sigma_1\sigma_2 +uw (x_1^2+x_2^2) +v^2\sigma_2 +vw\sigma_1+w^2.
\end{align*}

Il reste à calculer les sommes de Newton suivantes : $x_1^2+x_2^2$ et $x_1^3+x_2^3.$

Commencez d’abord par le deuxième degré :

\begin{align*}
x_1^2+x_2^2 -\sigma_1^2 &= x_1^2+x_2^2 -(x_1+x_2)^2\\
&= x_1^2+x_2^2 -(x_1^2+x_2^2+2x_1x_2)\\
&=-2x_1x_2\\
&=-2\sigma_2.
\end{align*}

Vous gardez le fait que :

x_1^2+x_2^2=\sigma_1^2-2\sigma_2.

Passez maintenant au troisième degré :

\begin{align*}
x_1^3+x_2^3 -\sigma_1^3 &= x_1^3+x_2^3 -(x_1+x_2)^3\\
&= x_1^2+x_2^2 -(x_1^3+x_2^3+3x_1^2x_2+3x_1x_2^2)\\
&=-3x_1x_2(x_1+x_2)\\
&=-3\sigma_1\sigma_2.
\end{align*}

Ainsi :

x_1^3+x_2^3=\sigma_1^3-3\sigma_1\sigma_2.

Revenez au calcul du résultant :

\begin{align*}
\mathrm{Res}(P,Q) &= \sigma_2^3 + u\sigma_1\sigma_2^2+  v\sigma_2(x_1^2+x_2^2) +w(x_1^3+x_2^3)\\
&\quad +u^2\sigma_2^2 +uv\sigma_1\sigma_2 +uw (x_1^2+x_2^2) +v^2\sigma_2 +vw\sigma_1+w^2\\
&= \sigma_2^3 + u\sigma_1\sigma_2^2+  v\sigma_2(\sigma_1^2-2\sigma_2) +w(\sigma_1^3-3\sigma_1\sigma_2)\\
&\quad +u^2\sigma_2^2 +uv\sigma_1\sigma_2 +uw (\sigma_1^2-2\sigma_2) +v^2\sigma_2 +vw\sigma_1+w^2.
\end{align*}

Exprimez $\sigma_1$ et $\sigma_2$ en fonction des coefficients

En développant le polynôme $P$, il vient :

\begin{align*}
P(X) &= (X-x_1)(X-x_2)\\
&=X^2-(x_1+x_2)X+x_1x_2\\
&=X^2-\sigma_1X+\sigma_2.
\end{align*}

Or :

P(X)=X^2+aX+b.

Par identification des coefficients, vous obtenez :

\begin{align*}
\sigma_1 &=-a\\
\sigma_2 &=b.
\end{align*}

Obtenez l’expression finale du résultant

\begin{align*}
\mathrm{Res}(P,Q) &= \sigma_2^3 + u\sigma_1\sigma_2^2+  v\sigma_2(\sigma_1^2-2\sigma_2) +w(\sigma_1^3-3\sigma_1\sigma_2)\\
&\quad +u^2\sigma_2^2 +uv\sigma_1\sigma_2 +uw (\sigma_1^2-2\sigma_2) +v^2\sigma_2 +vw\sigma_1+w^2 \\
&= b^3 - uab^2+  vb(a^2-2b) +w(-a^3+3ab)\\
&\quad +u^2b^2 -uvab +uw (a^2-2b) +v^2b -vwa+w^2\\
&= b^3 - uab^2+  vba^2-2vb^2 -wa^3+3abw+u^2b^2 -uvab +uw a^2-2uwb +v^2b -vwa+w^2.
\end{align*}

Et enfin :

\boxed{\mathrm{Res}(P,Q)=-a^3w+ a^2bv+ a^2uw -ab^2u-abuv+3abw-avw+ b^3+b^2u^2-2b^2v-2buw +bv^2+w^2.}

265. Construisez un résultant pour trouver un polynôme annulateur

Considérez le nombre réel $\boxed{\alpha = \sqrt{2}+\sqrt[3]{7}.}$ Le but de cet article est de construire un polynôme à coefficients entiers qui admette $\alpha$ pour racine.

Formez deux polynômes annulateurs

Vous posez $\boxed{u = \sqrt{2}}$ de sorte que $u^2 = 2$ donc $u^2-2 = 0.$

Le nombre $u$ est annulé par le polynôme $P = X^2-2\in\Z[X].$

Ensuite, vous posez $\boxed{v = \sqrt[3]{7}.}$ Alors $v^3 = 7$ et $v^3-7 = 0.$

Donc le nombre $v$ est annulé par le polynôme $Q = X^3-7\in\Z[X].$

A partir de ces deux polynômes annulateurs, l’un annulant $u$ et l’autre annulant $v$, il est possible de construire explicitement un polynôme appartenant à $\Z[X]$ qui annule la somme $ u+v = \alpha.$

Tout part du fait que $v = \alpha – u$, de sorte que le nombre $v$ est éliminé :

\begin{align*}
P(u) &= 0\\
Q(\alpha - u) &= 0.
\end{align*}

Il va maintenant falloir éliminer le réel $u.$

Formez une matrice rectangulaire

La relation $P(u)=0$ s’écrit matriciellement :

\begin{pmatrix}
1 & 0 & -2
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=0.

La relation $Q(\alpha-u)=0$ s’écrit en développant :

\begin{align*}
(\alpha-u)^3-7 &= 0\\
\alpha^3-3u\alpha^2+3u^2\alpha-u^3-7&=0\\
-u^3+3\alpha u^2-3\alpha^2u+(\alpha^3-7)&=0.
\end{align*}

Matriciellement vous obtenez :

\begin{pmatrix}
-1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^3\\
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=0.

Vous déduisez de ce qui précède :

\begin{pmatrix}
0 & 1 & 0 & -2 \\
-1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^3\\
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=\begin{pmatrix}
0 \\ 
0 
\end{pmatrix}.

Le vecteur $\begin{pmatrix} u^3 \\ u^2 \\ u \\ 1 \end{pmatrix}$ est non nul ce qui est une bonne chose, mais la matrice

\begin{pmatrix}
0 & 1 & 0 & -2 \\
-1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}

n’est pas carrée.

Dans ce qui suit, vous allez rajouter des équations supplémentaires, afin d’obtenir une matrice carrée.

Construisez un déterminant, appelé résultant

Multipliez la relation $u^2-2 = 0$ par $u$, vous obtenez :

u^3-2u = 0.

Matriciellement, les deux équations fournissent :

\begin{pmatrix}
1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 1 & 0 & -2
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^3\\
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=\begin{pmatrix}
0\\
0
\end{pmatrix}.

Du coup :

\begin{pmatrix}
1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 1 & 0 & -2\\
-1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^3\\
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=\begin{pmatrix}
0\\
0\\
0
\end{pmatrix}.

La matrice obtenue n’est toujours pas carrée.

Poursuivez le processus

Ajoutant $u^4$, vous obtenez :

\begin{pmatrix}
0 & 1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 0 & 1 & 0 & -2\\
0 & -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^4\\
u^3\\
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=\begin{pmatrix}
0\\
0\\
0
\end{pmatrix}.

La relation $-u^3+3\alpha u^2-3\alpha^2u+(\alpha^3-7)=0.$, multipliée aussi par $u$, fournit :

-u^4+3\alpha u^3-3\alpha^2u^2+(\alpha^3-7)u=0.

Ainsi :

\begin{pmatrix}
0 & 1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 0 & 1 & 0 & -2\\
 -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7 & 0\\
0 & -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^4\\
u^3\\
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=\begin{pmatrix}
0\\
0\\
0\\
0
\end{pmatrix}.

La relation $u^3-2u = 0$ après multiplication par $u$, fournit :

u^4-2u^2 = 0.

Pour récapituler, vous avez obtenu :

\begin{pmatrix}
 1 & 0 & -2 & 0 & 0\\
0 & 1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 0 & 1 & 0 & -2\\
 -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7 & 0\\
0 & -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}
\begin{pmatrix}
u^4\\
u^3\\
u^2 \\ 
u \\
1
\end{pmatrix}
=\begin{pmatrix}
0\\
0\\
0\\
0\\
0
\end{pmatrix}.

Notez alors :

A = \begin{pmatrix}
 1 & 0 & -2 & 0 & 0\\
0 & 1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 0 & 1 & 0 & -2\\
 -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7 & 0\\
0 & -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{pmatrix}.

En notant $C_1$, $C_2$, $C_3$, $C_4$ et $C_5$ les colonnes de $A$ de la gauche vers la droite, il apparaît que :

u^4C_1+u^3C_2+u^2C_3+uC_4+C_5 = 0.

Du coup :

C_5 = -u^4C_1-u^3C_2-u^2C_3-uC_4.

Une des colonnes de la matrice $A$ est une combinaison linéaire des quatre autres, par conséquent le déterminant de $A$ est nul, ce qui s’écrit :

\boxed{\begin{vmatrix}
 1 & 0 & -2 & 0 & 0\\
0 & 1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 0 & 1 & 0 & -2\\
 -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7 & 0\\
0 & -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{vmatrix}= 0.}

Note. Par définition, le déterminant ci-dessus est appelé résultant des polynômes $X^2-2$ et $3\alpha X^2-3\alpha^2X+(\alpha^3-7).$ Il s’agit du résultant des polynômes $P(X)$ et $Q(\alpha-X).$

Déterminez un polynôme annulateur de $\alpha$

Le développement du déterminant trouvé va donner le résultat.

Effectuez l’opération élémentaire $L_4\leftarrow L_4 + L_1$, vous obtenez :

\begin{vmatrix}
 1 & 0 & -2 & 0 & 0\\
0 & 1 & 0 & -2 & 0\\
0 & 0 & 1 & 0 & -2\\
 0 & 3\alpha & -3\alpha^2 -2 & \alpha^3-7 & 0\\
0 & -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{vmatrix}=0.

Le développement de ce déterminant par rapport à la première colonne fournit :

\begin{vmatrix}
 1 & 0 & -2 & 0\\
 0 & 1 & 0 & -2\\
  3\alpha & -3\alpha^2 -2 & \alpha^3-7 & 0\\
 -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{vmatrix}=0.

Vous effectuez l’opération élémentaire $L_3 \leftarrow L_3-3\alpha L_1$, vous avez :

\begin{vmatrix}
 1 & 0 & -2 & 0\\
 0 & 1 & 0 & -2\\
  0 & -3\alpha^2 -2 & \alpha^3+6\alpha-7 & 0\\
 -1 & 3\alpha & -3\alpha^2 & \alpha^3-7
\end{vmatrix}=0.

Vous effectuez l’opération élémentaire $L_4 \leftarrow L_4+L_1$, vous obtenez :

\begin{vmatrix}
 1 & 0 & -2 & 0\\
 0 & 1 & 0 & -2\\
  0 & -3\alpha^2 -2 & \alpha^3+6\alpha-7 & 0\\
 0 & 3\alpha & -3\alpha^2 -2& \alpha^3-7
\end{vmatrix}=0.

Du coup :

\begin{vmatrix}
  1 & 0 & -2\\
  -3\alpha^2 -2 & \alpha^3+6\alpha-7 & 0\\
  3\alpha & -3\alpha^2 -2& \alpha^3-7
\end{vmatrix}=0.

Vous effectuez l’opération élémentaire $L_3 \leftarrow L_3-3\alpha L_1$, vous avez :

\begin{vmatrix}
  1 & 0 & -2\\
  -3\alpha^2 -2 & \alpha^3+6\alpha-7 & 0\\
  0 & -3\alpha^2 -2& \alpha^3+6\alpha-7
\end{vmatrix}=0.

Vous effectuez l’opération élémentaire $L_2 \leftarrow L_2+(3\alpha^2+2) L_1$, vous avez :

\begin{vmatrix}
  1 & 0 & -2\\
  0 & \alpha^3+6\alpha-7 & -6\alpha^2-4\\
  0 & -3\alpha^2 -2& \alpha^3+6\alpha-7
\end{vmatrix}=0.

Ainsi :

\begin{vmatrix}
   \alpha^3+6\alpha-7 & -2(3\alpha^2+2)\\
   -(3\alpha^2 +2)& \alpha^3+6\alpha-7
\end{vmatrix}=0.

En définitive :

\begin{align*}
(\alpha^3+6\alpha-7)^2-2(3\alpha^2+2)^2&=0\\
\alpha^6+36\alpha^2+49+12\alpha^4-14\alpha^3-84\alpha-2(9\alpha^4+4+12\alpha^2) &= 0\\
\alpha^6+36\alpha^2+49+12\alpha^4-14\alpha^3-84\alpha-18\alpha^4-8-24\alpha^2&= 0\\
\alpha^6-6\alpha^4 -14\alpha^3+12\alpha^2-84\alpha+41&= 0.
\end{align*}

Concluez

Le réel $\alpha = \sqrt{2}+\sqrt[3]{7}$ est annulé par le polynôme $\boxed{X^6-6X^4-14X^3+12X^2-84X+41\in\Z[X].}$

264. Déterminez la valeur du discriminant universel d’ordre 3

Dans cet article vous travaillez dans l’anneau des polynômes à $3$ indéterminées à coefficients dans $\Z$ qui sera noté $\Z[X_1,X_2,X_3].$

Par définition, le discriminant universel d’ordre $3$ est défini par :

\boxed{\Delta = (X_1-X_2)^2(X_1-X_3)^2(X_2-X_3)^2.}

Les carrés sont pris pour obtenir une invariance de $\Delta$ par toute permutation des indéterminées.

Ainsi, vous savez d’après le théorème sur les polynômes symétriques que $\Delta$ s’écrit comme un polynôme en fonction des polynômes symétriques élémentaires $\sigma_1$, $\sigma_2$ et $\sigma_3$ définis par :

\boxed{
\begin{align*}
\sigma_1 &= X_1+X_2+X_3 \\
\sigma_2 &= X_1X_2+X_1X_3+X_2X_3 \\
\sigma_3 &= X_1X_2X_3.
\end{align*}
}

L’objectif est ici de déterminer un tel polynôme.

Développez le discriminant $\Delta$

Vous développez d’abord le polynôme $R$ défini par $R = (X_1-X_2)(X_1-X_3)(X_2-X_3)$ en prenant soin d’utiliser l’ordre lexicographique sur les puissances respectives des $3$ indéterminées :

\begin{align*}
R &=   \left[(X_1-X_2)(X_1-X_3)\right](X_2-X_3) \\
 &= (X_1^2-X_1X_3-X_1X_2+X_2X_3)(X_2-X_3)\\
 &= (X_1^2-X_1X_2-X_1X_3+X_2X_3)(X_2-X_3)\\
 &= X_1^2X_2-X_1X_2^2-X_1X_2X_3+X_2^2X_3\\
&\quad -X_1^2X_3+X_1X_2X_3+X_1X_3^2-X_2X_3^2\\
 &= X_1^2X_2-X_1^2X_3-X_1X_2^2+X_1X_3^2+X_2^2X_3 -X_2X_3^2.
\end{align*}

En mettant le tout au carré, vous obtenez, en ordonnant les exposants $(4,2,0)$, $(4,1,1)$, $(3,3,0)$, $(3,2,1)$, $(2,2,2)$ avec leurs permutés :

\begin{align*}
\Delta &= R^2 \\
 &=  ( X_1^2X_2-X_1^2X_3-X_1X_2^2+X_1X_3^2+X_2^2X_3 -X_2X_3^2) ^2 \\
&=X_1^4X_2^2+X_1^4X_3^2+X_1^2X_2^4+X_1^2X_3^4+X_2^4X_3^2 +X_2^2X_3^4\\
&\quad -2X_1^4X_2X_3-2X_1^3X_2^3+2X_1^3X_2X_3^2+2X_1^2X_2^3X_3-2X_1^2X_2^2X_3^2\\
&\quad +2X_1^3X_2^2X_3-2X_1^3X_3^3-2X_1^2X_2^2X_3^2+2X_1^2X_2X_3^3\\
&\quad -2X_1^2X_2^2X_3^2-2X_1X_2^4X_3+2X_1X_2^3X_3^2\\
&\quad +2X_1X_2^2X_3^3-2X_1X_2X_3^4\\
&\quad -2X_2^3X_3^3\\
&=X_1^4X_2^2+X_1^4X_3^2+X_1^2X_2^4+X_1^2X_3^4+X_2^4X_3^2 +X_2^2X_3^4\\
&\quad -2X_1^4X_2X_3-2X_1X_2^4X_3-2X_1X_2X_3^4\\
&\quad -2X_1^3X_2^3-2X_1^3X_3^3-2X_2^3X_3^3\\
&\quad +2X_1^3X_2^2X_3+2X_1^3X_2X_3^2+2X_1^2X_2^3X_3+2X_1^2X_2X_3^3+2X_1X_2^3X_3^2+2X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad -6X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Traitez l’exposant $(4,2,0)$ et ses permutés

Pour éliminer la somme :

X_1^4X_2^2+X_1^4X_3^2+X_1^2X_2^4+X_1^2X_3^4+X_2^4X_3^2 +X_2^2X_3^4

vous remarquez que $X_1^4X_2^2 = X_1^2(X_1X_2)^2.$ Il convient de développer $\sigma_1^2\sigma_2^2.$ Vous commencez par le développement du produit suivant :

\begin{align*}
\sigma_1\sigma_2 &= (X_1+X_2+X_3)(X_1X_2+X_1X_3+X_2X_3)\\
&=X_1^2X_2+X_1^2X_3+X_1X_2X_3\\
&\quad +X_1X_2^2+X_1X_2X_3+X_2^2X_3\\
&\quad +X_1X_2X_3+X_1X_3^2+X_2X_3^2\\
&=X_1^2X_2+X_1^2X_3+X_1X_2^2+X_1X_3^2+X_2^2X_3+X_2X_3^2\\
&\quad + 3X_1X_2X_3.
\end{align*}

Puis vous mettez le tout au carré :

\begin{align*}
\sigma_1^2\sigma_2^2 &= (\sigma_1\sigma_2)^2 \\
&= (X_1^2X_2+X_1^2X_3+X_1X_2^2+X_1X_3^2+X_2^2X_3+X_2X_3^2 + 3X_1X_2X_3)^2\\
&=X_1^4X_2^2+X_1^4X_3^2+X_1^2X_2^4+X_1^2X_3^4+X_2^4X_3^2+X_2^2X_3^4+ 9X_1^2X_2^2X_3^2\\
&\quad  +2X_1^4X_2X_3+2X_1^3X_2^3+2X_1^3X_2X_3^2+2X_1^2X_2^3X_3+2X_1^2X_2^2X_3^2+6X_1^3X_2^2X_3\\
&\quad +2X_1^3X_2^2X_3+2X_1^3X_3^3+2X_1^2X_2^2X_3^2+2X_1^2X_2X_3^3+6X_1^3X_2X_3^2\\
&\quad +2X_1^2X_2^2X_3^2+2X_1X_2^4X_3+2X_1X_2^3X_3^2+6X_1^2X_2^3X_3\\
&\quad +2X_1X_2^2X_3^3+2X_1X_2X_3^4+6X_1^2X_2X_3^3\\
&\quad +2X_2^3X_3^3+6X_1X_2^3X_3^2\\
&\quad +6X_1X_2^2X_3^3\\
&=X_1^4X_2^2+X_1^4X_3^2+X_1^2X_2^4+X_1^2X_3^4+X_2^4X_3^2+X_2^2X_3^4\\
&\quad +2X_1^4X_2X_3+2X_1X_2^4X_3+2X_1X_2X_3^4\\
&\quad +2X_1^3X_2^3+2X_1^3X_3^3+2X_2^3X_3^3\\
&\quad +8X_1^3X_2^2X_3+8X_1^3X_2X_3^2 +8X_1^2X_2^3X_3+8X_1^2X_2X_3^3+8X_1X_2^3X_3^2+8X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad+ 15X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Par soustraction avec l’expression développée de $\Delta$ il vient :

\begin{align*}
\Delta - \sigma_1^2\sigma_2^2&= -4X_1^4X_2X_3-4X_1X_2^4X_3-4X_1X_2X_3^4\\
&\quad -4X_1^3X_2^3-4X_1^3X_3^3-4X_2^3X_3^3\\
&\quad -6X_1^3X_2^2X_3-6X_1^3X_2X_3^2-6X_1^2X_2^3X_3-6X_1^2X_2X_3^3-6X_1X_2^3X_3^2-6X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad -21X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Traitez l’exposant $(4,1,1)$ et ses permutés

Pour éliminer les trois permutés :

 -4X_1^4X_2X_3-4X_1X_2^4X_3-4X_1X_2X_3^4

il convient de remarquer que $X_1^4X_2X_3 = X_1^3(X_1X_2X_3).$ Vous effectuez le développement de $\sigma_1^3\sigma_3.$

Tout d’abord :

\begin{align*}
\sigma_1^2 &= (X_1+X_2+X_3)^2\\
&=X_1^2+X_2^2+X_3^2+2X_1X_2+2X_1X_3+2X_2X_3.
\end{align*}

Ensuite :

\begin{align*}
\sigma_1^3 &= \sigma_1^2\times \sigma_1\\
&=(X_1^2+X_2^2+X_3^2+2X_1X_2+2X_1X_3+2X_2X_3)(X_1+X_2+X_3)\\
&=X_1^3+X_1X_2^2+X_1X_3^2+2X_1^2X_2+2X_1^2X_3+2X_1X_2X_3\\
&\quad + X_1^2X_2+X_2^3+X_2X_3^2+2X_1X_2^2+2X_1X_2X_3+2X_2^2X_3\\
&\quad + X_1^2X_3+X_2^2X_3+X_3^3+2X_1X_2X_3+2X_1X_3^2+2X_2X_3^2 \\
&= X_1^3+X_2^3+X_3^3\\
&\quad +3X_1^2X_2+3X_1^2X_3+3X_1X_2^2+3X_1X_3^2+3X_2^2X_3+3X_2X_3^2\\
&\quad +6X_1X_2X_3.
\end{align*}

Du coup :

\begin{align*}
\sigma_1^3\sigma_3 &= (X_1^3+X_2^3+X_3^3)(X_1X_2X_3)\\
&\quad +(3X_1^2X_2+3X_1^2X_3+3X_1X_2^2+3X_1X_3^2+3X_2^2X_3+3X_2X_3^2)(X_1X_2X_3)\\
&\quad +6X_1^2X_2^2X_3^2\\
&= X_1^4X_2X_3+X_1X_2^4X_3+X_1X_2X_3^4 \\
&\quad +3X_1^3X_2^2X_3+3X_1^3X_2X_3^2+3X_1^2X_2^3X_3+3X_1^2X_2X_3^3+3X_1X_2^3X_3^2+3X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad +6X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Vous multipliez par $4$ :

\begin{align*}
4\sigma_1^3\sigma_3 &= 4X_1^4X_2X_3+4X_1X_2^4X_3+4X_1X_2X_3^4 \\
&\quad +12X_1^3X_2^2X_3+12X_1^3X_2X_3^2+12X_1^2X_2^3X_3+12X_1^2X_2X_3^3+12X_1X_2^3X_3^2+12X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad +24X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Vous déduisez ainsi :

\begin{align*}
\Delta - \sigma_1^2\sigma_2^2+4\sigma_1^3\sigma_3 &= -4X_1^3X_2^3-4X_1^3X_3^3-4X_2^3X_3^3\\
&\quad +6X_1^3X_2^2X_3+6X_1^3X_2X_3^2+6X_1^2X_2^3X_3+6X_1^2X_2X_3^3+6X_1X_2^3X_3^2+6X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad +3X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Traitez l’exposant $(3,3,0)$ et ses permutés

Pour éliminer $-4X_1^3X_2^3-4X_1^3X_3^3-4X_2^3X_3^3$ il convient de calculer $\sigma_2^3.$

Tout d’abord :

\begin{align*}
\sigma_2^2&=(X_1X_2+X_1X_3+X_2X_3)^2\\
&=X_1^2X_2^2+X_1^2X_3^2+X_2^2X_3^2\\
&\quad + 2X_1^2X_2X_3+2X_1X_2^2X_3+2X_1X_2X_3^2.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
\sigma_2^3 &= \sigma_2^2\times \sigma_2\\
&= (X_1^2X_2^2+X_1^2X_3^2+X_2^2X_3^2)(X_1X_2+X_1X_3+X_2X_3)\\
&\quad + (2X_1^2X_2X_3+2X_1X_2^2X_3+2X_1X_2X_3^2)(X_1X_2+X_1X_3+X_2X_3)\\
&= X_1^3X_2^3+X_1^3X_2X_3^2+X_1X_2^3X_3^2\\
&\quad + X_1^3X_2^2X_3+X_1^3X_3^3+X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad +X_1^2X_2^3X_3+X_1^2X_2X_3^3+X_2^3X_3^3\\
&\quad +2X_1^3X_2^2X_3+2X_1^2X_2^3X_3+2X_1^2X_2^2X_3^2\\
&\quad +2X_1^3X_2X_3^2+2X_1^2X_2^2X_3^2+2X_1^2X_2X_3^3\\
&\quad +2X_1^2X_2^2X_3^2+2X_1X_2^3X_3^2+2X_1X_2^2X_3^3\\
&=X_1^3X_2^3+X_1^3X_3^3+X_2^3X_3^3\\
&\quad +3X_1^3X_2^2X_3+3X_1^3X_2X_3^2+3X_1^2X_2^3X_3+3X_1^2X_2X_3^3+3X_1X_2^3X_3^2+3X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad +6X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Vous multipliez par $4$ :

\begin{align*}
4\sigma_2^3 &=4X_1^3X_2^3+4X_1^3X_3^3+4X_2^3X_3^3\\
&\quad +12X_1^3X_2^2X_3+12X_1^3X_2X_3^2+12X_1^2X_2^3X_3+12X_1^2X_2X_3^3+12X_1X_2^3X_3^2+12X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad +24X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Et vous déduisez :

\begin{align*}
\Delta - \sigma_1^2\sigma_2^2+4\sigma_1^3\sigma_3 +4\sigma_2^3&= 18X_1^3X_2^2X_3+18X_1^3X_2X_3^2+18X_1^2X_2^3X_3+18X_1^2X_2X_3^3+18X_1X_2^3X_3^2+18X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad +27X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Traitez l’exposant $(3,2,1)$ et ses permutés

Pour éliminer $18X_1^3X_2^2X_3+18X_1^3X_2X_3^2+18X_1^2X_2^3X_3+18X_1^2X_2X_3^3+18X_1X_2^3X_3^2+18X_1X_2^2X_3^3$ il convient de calculer $\sigma_1\sigma_2\sigma_3$ puisque $X_1^3X_2^2X_3 = X_1(X_1X_2)(X_1X_2X_3).$

Le produit $\sigma_1\sigma_2$ a déjà été calculé plus haut :

\begin{align*}
\sigma_1\sigma_2 &=X_1^2X_2+X_1^2X_3+X_1X_2^2+X_1X_3^2+X_2^2X_3+X_2X_3^2\\
&\quad + 3X_1X_2X_3.
\end{align*}

Du coup :

\begin{align*}
\sigma_1\sigma_2\sigma_3 &=(X_1^2X_2+X_1^2X_3+X_1X_2^2+X_1X_3^2+X_2^2X_3+X_2X_3^2)(X_1X_2X_3)\\
&\quad + 3X_1^2X_2^2X_3^2 \\
&= X_1^3X_2^2X_3+X_1^3X_2X_3^2+X_1^2X_2^3X_3+X_1^2X_2X_3^3+X_1X_2^3X_3^2+X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad + 3X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Vous multipliez par $18$ :

\begin{align*}
18\sigma_1\sigma_2\sigma_3 &= 18X_1^3X_2^2X_3+18X_1^3X_2X_3^2+18X_1^2X_2^3X_3+18X_1^2X_2X_3^3+18X_1X_2^3X_3^2+18X_1X_2^2X_3^3\\
&\quad + 54X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Il vient :

\begin{align*}
\Delta - \sigma_1^2\sigma_2^2+4\sigma_1^3\sigma_3 +4\sigma_2^3 - 18\sigma_1\sigma_2\sigma_3&= -27X_1^2X_2^2X_3^2.
\end{align*}

Concluez

D’après le dernier résultat obtenu, vous avez :

\begin{align*}
\Delta - \sigma_1^2\sigma_2^2+4\sigma_1^3\sigma_3 +4\sigma_2^3 - 18\sigma_1\sigma_2\sigma_3&= -27\sigma_3^2.
\end{align*}

Vous avez ainsi obtenu l’expression du discriminant universel d’ordre $3$ en fonction des polynômes symétriques élémentaires :

\boxed{\Delta =   \sigma_1^2\sigma_2^2-4\sigma_1^3\sigma_3 -4\sigma_2^3 + 18\sigma_1\sigma_2\sigma_3 -27\sigma_3^2.}