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218. Calculez la norme d’un polynôme de Legendre

Dans le cadre du contenu se trouvant dans l'article 214, les polynômes de Legendre sont définis, en utilisant la formule de Rodrigues, par :

$\forall n\in \N, \mathscr{L}_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

L’espace vectoriel $\R[X]$ est muni du produit scalaire suivant :

$\forall (P,Q)\in(\R[X])^2, \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^{1} P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t.$

La norme associée est définie par :

$\forall P\in\R[X], \Vert P \Vert = \sqrt{\langle P, P \rangle}.$

L’objectif de cet article est de trouver un moyen qui permet de calculer, quand $n\in\N$, le nombre $\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2.$

Dans la suite de ce paragraphe, vous fixez $n\in\N.$

Utilisez des notations adaptées

Posez $P(X) = (X^2-1)^n$ et $c = \frac{1}{2^n n!}$, de sorte que $\mathscr{L}_n(X) = cP^{(n)}(X).$

Le calcul de la norme au carré fournit :

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= \langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_n \rangle \\
&= c^2 \langle P^{(n)}, P^{(n)} \rangle.
\end{aligned}

Dérivée d’ordre $2n$

Utilisant la formule du binôme, $P(X) = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}(-1)^{n-k}X^{2k}.$
Isolant un terme des autres et posant $A(X) = \sum_{k=0}^{n-1} \binom{n}{k}(-1)^{n-k}X^{2k}$ il vient $P(X) = X^{2n} + A(X).$

En dérivant $2n$ fois, le polynôme $A$ qui a un degré strictement inférieur à $2n$, est nul.
Il vient donc $\boxed{P^{(2n)}(X) = (2n)!.}$

Evaluation en $1$ et en $-1$ de certaines dérivées

Notez que $P(X) = (X+1)^n(X-1)^n$ ce qui montre que $1$ est racine de $P$ avec une multiplicité égale à $n.$

Ainsi, de part l’étude des racines multiples effectuée dans l'article 217, $\forall k\in \llbracket 0,n-1 \rrbracket , P^{(k)}(1)=0.$

D’autre part, $P(-X) = P(X).$

En dérivant, il vient $P^{(n)}(X) = (-1)^n P(-X)$ donc en définitive :

$\boxed{\forall k\in \llbracket 0,n-1 \rrbracket, P^{(k)}(-1)=P^{(k)}(1) = 0.}$

Utilisez une récurrence limitée

En utilisant des intégrations par parties successives, vous allez intégrer le $P^{(n)}$ de gauche et dériver $P^{(n)}$. En intégrant $n$ fois le polynôme $P^{(n)}$, vous allez arriver sur $P.$ En dérivant $n$ fois le polynôme $P^{(n)}$ vous allez tomber sur $P^{(2n)}$ qui est un polynôme constant, puisque $P$ est de degré $2n.$ Cela conduit à la récurrence limitée suivante.

Pour tout entier $k$ compris entre $0$ et $n$, vous notez $\mathscr{P}(k)$ le prédicat :
« $\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 = c^2 (-1)^k\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle.$ »

Initialisation. Quand $k = 0$ :

\begin{aligned}
c^2 (-1)^k\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle &= c^2 (-1)^0\langle P^{(n-0)}, P^{(n+0)} \rangle \\
&= c^2 \langle P^{(n)}, P^{(n)} \rangle \\
&= \Vert \mathscr{L}_n \Vert^2.
\end{aligned}

Hérédité. Soit $k$ un entier compris entre $0$ et $n-1.$ Supposez $\mathscr{P}(k).$ Commencez par une intégration par parties :

\begin{aligned}
\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle &= \int_{-1}^{1} P^{(n-k)}(t) P^{(n+k)}(t)\,\mathrm{d}t \\
&= \left[P^{(n-k-1)}(t) P^{(n+k)}(t) \right]_{-1}^{1}- \int_{-1}^{1} P^{(n-k-1)}(t) P^{(n+k+1)}(t)\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

Notez que, comme $0\leq k\leq n-1$, le nombre $n-k-1$ est compris entre $0$ et $n-1$, donc $P^{(n-k-1)}(1) = P^{(n-k-1)}(-1) = 0.$

\begin{aligned}
\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle &= – \int_{-1}^{1} P^{(n-k-1)}(t) P^{(n+k+1)}(t)\,\mathrm{d}t \\
&= – \langle P^{(n-k-1)}, P^{(n+k+1)} \rangle\\
&= – \langle P^{(n-(k+1))}, P^{(n+(k+1))}\rangle.
\end{aligned}

Du coup :

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= c^2 (-1)^k\langle P^{(n-k)}, P^{(n+k)} \rangle \\
&= – c^2 (-1)^k \langle P^{(n-(k+1))}, P^{(n+(k+1))}\rangle\\
&= c^2 (-1)^{k+1}\langle P^{(n-(k+1))}, P^{(n+(k+1))}\rangle.
\end{aligned}

Le prédicat $\mathscr{P}(k+1)$ est vérifié.

D’après ce qui précède, le prédicat $\mathscr{P}(n)$ est vérifié. Donc :

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= c^2 (-1)^n \langle P, P^{(2n)} \rangle \\
&= (2n)! c^2 (-1)^n \langle P, 1 \rangle \\
&= (2n)! c^2 (-1)^n \int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

L’évaluation de l’intégrale $\int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t$ est effectuée dans l'article 219. Vous avez $\int_{-1}^{1} (t^2-1)^n\,\mathrm{d}t = (-1)^{n} \frac{2^{2n+1} (n!)^2}{(2n+1)!}.$

\begin{aligned}
\Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 &= (2n)! c^2 (-1)^n (-1)^{n} \frac{2^{2n+1} (n!)^2}{(2n+1)!} \\
&= (2n)! \times \frac{1}{2^{2n} (n!)^2} \times \frac{2^{2n+1} (n!)^2}{(2n+1)!}\\
&= (2n)! \times \frac{1}{2^{2n} } \times \frac{2^{2n+1} }{(2n+1)!}\\
&= \frac{ (2n)!}{(2n+1)!} \times \frac{2^{2n+1}}{2^{2n} } \\
&= \frac{2}{2n+1}.
\end{aligned}

Ainsi, $\boxed{\forall n\in\N, \Vert \mathscr{L}_n \Vert^2 = \frac{2}{2n+1}.}$

217. Caractérisez les racines multiples d’un polynôme avec ses dérivées successives

Par définition, un polynôme $P\in\R[X]$ admet une racine $a\in\R$ de multiplicité $n\in\N^{*}$, si et seulement si, il existe un polynôme $Q\in\R[X]$ tel que $P(X)=(X-a)^nQ(X)$ et $Q(a)\neq 0.$

Démontrez que les $n$ dérivées successives du polynôme $P$ sont nulles et que $P^{(n)}(a)$ est non nul

Soit $n$ un entier naturel non nul et $P$ un polynôme de $\R[X]$ admettant une racine $a\in\R$ de multiplicité $n.$

Alors il existe un polynôme $Q\in\R[X]$ tel que $P(X)=(X-a)^nQ(X)$ et $Q(a)\neq 0.$

Par commodité, il sera utile de noter $T(X) = (X-a)^n$ et de remarquer que, pour tout entier naturel $k\in[0,n-1], T^{(k)}(X) = \frac{n!}{(n-k)!}(X-a)^{n-k}.$

Partez de $P = TQ.$

Soit maintenant $k\in[0,n-1]\in \N$ et appliquez la formule de Leibniz.

\begin{aligned}
P^{(k)}(X) &= \sum_{i=0}^k \binom{k}{i} T^{(i)}(X) Q^{(k-i)}(X).
\end{aligned}

Du coup :

\begin{aligned}
P^{(k)}(a) &= \sum_{i=0}^k \binom{k}{i} T^{(i)}(a) Q^{(k-i)}(a).
\end{aligned}

Pour tout $i\in[0,k]\cap \N, i\in[0,n-1]$ donc $T^{(i)}(a) = 0.$

Il vient $P^{(k)}(a) = 0.$

Vous avez donc montré que $\boxed{\forall k\in[0,n-1]\in\N, P^{(k)}(a) = 0.}$

De plus,

\begin{aligned}
P^{(n)}(a) &= \sum_{i=0}^n \binom{n}{i} T^{(i)}(a) Q^{(n-i)}(a) \\
&= \sum_{i=0}^{n-1} \binom{n}{i} T^{(i)}(a) Q^{(n-i)}(a) + \binom{n}{n} T^{(n)}(a) Q^{(0)}(a) \\
&= \sum_{i=0}^{n-1}0 \times Q^{(n-i)}(a) + n! Q(a) \\
&= n! Q(a).
\end{aligned}

Et par suite $\boxed{P^{(n)}(a) \neq 0.}$

Etablissez la réciproque

Etablissez d’abord un lemme

Pour tout entier naturel $n\geq 1$, notez $\mathscr{P}(n)$ le prédicat :

« $\forall a\in\R, \forall P\in\R[X], (\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0) \implies (\exists Q\in\R[X], P(X) = (X-a)^nQ(X).)$ »

Initialisation. Supposez $n=1$, soit $a\in\R$ et soit $P\in\R[X]$ tel que $P(a)=0.$

Le nombre $a$ étant racine de $P$, il existe $Q\in\R[X]$ tel que $P(X)=(X-a)Q(X).$

Le prédicat $\mathscr{P}(1)$ est vérifié.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel tel que $n\geq 1.$ Supposez que $\mathscr{P}(n)$ est vérifié.

Soient $a\in\R$ et $P\in\R[X]$ tels que $\forall k\in[0,n]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0.$

Il convient de remarquer d’abord que $\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0.$

D’après l’hypothèse de récurrence, il existe un polynôme $Q\in\R[X], P(X) = (X-a)^{n}Q(X).$

En utilisant la formule de Leibniz, et en évaluant en $a$, il vient $P^{(n)}(a) = n! Q(a).$ Comme $P^{(n)}(a) = 0$, vous avez $Q(a) = 0.$ Donc il existe un polynôme $R\in\R[X], Q(X) = (X-a)R(X).$

Mis bout à bout, il vient $P(X) = (X-a)^{n+1}R(X)$ et le prédicat $\mathscr{P}(n+1)$ est vérifié.

Par récurrence, vous avez montré que $\forall n\in\N^{*}, \forall a\in\R, \forall P\in\R[X], (\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0) \implies (\exists Q\in\R[X], P(X) = (X-a)^nQ(X).)$

Concluez

Soit $n$ un entier naturel non nul, soit $a\in\R$ et soit $P\in\R[X].$

Supposez que $\forall k\in[0,n-1]\cap \N, P^{(k)}(a) = 0$ et que $P^{(n)}(a)\neq 0.$

D’après le lemme établi ci-dessus, il existe $Q\in\R[X]$ tel que $P(X) = (X-a)^nQ(X).$

Or, toujours d’après la formule de Leibniz, et après évaluation en $a$, il vient $P^{(n)}(a) = n! Q(a).$

Comme $P^{(n)}(a) \neq 0$, vous avez $Q(a)\neq 0$ et la réciproque est démontrée.

Enoncez le résultat final

D’après ce qui a été établi, vous avez l’équivalence suivante : pour tout polynôme $P\in\R[X]$, pour tout réel $a$ et pour tout nombre entier naturel $n$ non nul, le nombre $a$ est racine du polynôme $P$ avec une multiplicité égale à $n$, si et seulement si, $P^{(n)}(a)\neq 0$ et pour tout entier naturel $k$ inférieur ou égal à $n-1, P^{(k)}(a) = 0.$

Prolongement

Le résultat de cet article subsiste-t-il si on remplace l’ensemble $\R$ par l’ensemble $\C$ ou par un corps $\K$ commutatif ?

216. Orthogonalité des polynômes de Legendre

Dans le cadre de la suite du contenu écrit dans l'article 214, vous définissez les polynômes de Legendre par :

$\forall n\in \N, \mathscr{L}_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

Dans cette étude, l’orthogonalité est relative au produit scalaire suivant, défini sur l’ensemble des polynômes réels $\R[X]$ :

$\forall (P,Q)\in (\R[X])^2, \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t.$

Démontrez l’orthogonalité

Soient $n$ et $m$ deux entiers naturels tels que $n>m.$ Il s’agit de comprendre pourquoi $\langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle = 0.$

Par définition du produit scalaire :

\begin{aligned}
\langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle &= \int_{-1}^1 \mathscr{L}_n(t) \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t\\
&= \frac{1}{2^n n!} \int_{-1}^1 \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}t^n}\left[(t^2-1)^n\right] \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

Posez $I = \int_{-1}^1 \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}t^n}\left[(t^2-1)^n\right] \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t$ et remarquez que $ \langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle = \frac{I}{2^n n!}.$

Afin d’évaluer l’intégrale $I$, il sera utile de poser $Q(t) = (t^2-1)^n$ et d’intégrer par parties.

La clé du raisonnement est de constater que $Q(t) = (t-1)^n(t+1)^n$, ce qui prouve que le polynôme $Q$ est factorisable par $(t-1)^n$ et par $(t+1)^n$, d’où $\forall k\in[0,n-1]\cap\N, Q^{(k)}(1) = Q^{(k)}(-1)=0.$

Le calcul suivant va inciter à conduire une récurrence limitée, l’idée étant de faire remonter le nombre de dérivations imposées au polynôme $Q$, dérivant par la suite le polynôme $\mathscr{L}_m.$

\begin{aligned}
I &= \int_{-1}^1 \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}t^n}\left[(t^2-1)^n\right] \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t\\
&= \int_{-1}^1 Q^{(n)}(t) \mathscr{L}_m(t)\,\mathrm{d}t\\
&= \langle Q^{(n)}, \mathscr{L}_m \rangle\\
&=\left[ Q^{(n-1)}(t) \mathscr{L}_m(t)\right]_{-1}^1 – \int_{-1}^1 Q^{(n-1)}(t) (\mathscr{L}_m)'(t)\,\mathrm{d}t\\
&= – \int_{-1}^1 Q^{(n-1)}(t) (\mathscr{L}_m)'(t)\,\mathrm{d}t\\
&= – \langle Q^{(n-1)}, \mathscr{L}_m’ \rangle.
\end{aligned}

Vous allez maintenant considérer, pour tout entier $k\in[0,n]$ le prédicat suivant $P(k)$ : « $I = (-1)^k \langle Q^{(n-k)}, \mathscr{L}_m^{(k)} \rangle.$ »

Pour $k=0$ :

\begin{aligned}
(-1)^0 \langle Q^{(n-0)}, (\mathscr{L}_m)^{(0)} \rangle &= \langle Q^{(n)}, \mathscr{L}_m \rangle \\
&=I.
\end{aligned}

Donc $P(0)$ est vérifié.

Hérédité. Soit $k$ un entier appartenant à l’intervalle $[0,n-1]$. Supposez $P(k).$

\begin{aligned}
I &= (-1)^k \langle Q^{(n-k)}, \mathscr{L}_m^{(k)} \rangle\\
&= (-1)^k \int_{-1}^1 Q^{(n-k)}(t) (\mathscr{L}_m)^{(k)}(t)\,\mathrm{d}t\\
&= (-1)^k \left[ Q^{(n-k-1)}(t) (\mathscr{L}_m(t))^{(k)}\right]_{-1}^1 – (-1)^k \int_{-1}^1 Q^{(n-k-1)}(t) (\mathscr{L}_m)^{(k+1)}(t)\,\mathrm{d}t.
\end{aligned}

Comme $0\leq n-k-1 \leq n-1$, vous avez $Q^{(n-k-1)}(1)=Q^{(n-k-1)}(-1) = 0.$

D’où :

\begin{aligned}
I &= (-1)^{k+1} \int_{-1}^1 Q^{(n-(k+1))}(t) (\mathscr{L}_m)^{(k+1)}(t)\,\mathrm{d}t\\
&= (-1)^{k+1} \langle Q^{(n-(k+1))}, \mathscr{L}_m^{(k+1)} \rangle.
\end{aligned}

Le prédicat $P(k+1)$ est vérifié.

Ainsi, par récurrence limitée, $P(n)$ est vérifié.

Concluez

De ce qui précède :

\begin{aligned}
I &=(-1)^n \langle Q^{(0)}, \mathscr{L}_m^{(n)} \rangle\\
&= (-1)^n \langle Q, \mathscr{L}_m^{(n)} \rangle.
\end{aligned}

Comme le polynôme $\mathscr{L}_m$ est degré $m$ et que $n>m$, en dérivant $n$ fois ce polynôme, vous obtenez $\mathscr{L}_m^{(n)}=0.$

Par suite, $I = (-1)^n \langle Q, 0 \rangle = 0$ et donc $\boxed{\langle \mathscr{L}_n, \mathscr{L}_m \rangle = \frac{I}{2^n n!} = 0.}$

Prolongement

En utilisant l’orthogonalité des polynômes de Legendre, pourriez-vous démontrer que, pour tout entier naturel $n$ non nul, le polynôme $\mathscr{L}_n$ est scindé à racines simples ?

215. Les polynômes de Legendre sont scindés à racines simples

Dans cet article vous vous basez sur la définition des polynômes de Legendre utilisant la formule de Rodrigues vue dans l'article 214.

Pour tout entier naturel $n$, vous posez $L_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

Il s’agit de comprendre pourquoi, pour tout entier naturel $n\geq 1$, le polynôme $L_n$, de degré $n$, admet précisément $n$ racines réelles deux à deux distinctes, appartenant toutes à l’intervalle ouvert $]-1,1[.$

Utilisez une récurrence limitée

Soit $n\geq 1$ un entier naturel fixé. Vous posez $Q(X) = (X^2-1)^n = (X-1)^n(X+1)^n.$

Pour tout entier $k$ compris entre $0$ et $n$, vous notez $P(k)$ le prédicat : « le polynôme $Q^{(k)}$ admet $k$ racines appartenant à l’intervalle $]-1,1[$. »

Représentation graphique de deux polynômes dérivés
Illustration quand $n=2$, $Q’$ possède une racine dans $]-1,1[$ et $Q^{\prime\prime}$ possède deux racines dans $]-1,1[.$

Pour $k=0$, $Q^{(k)} = Q.$ Or les racines de $Q$ sont les mêmes que celles du polynôme $X^2-1=(X-1)(X+1).$ Les deux racines étant $1$ et $-1$, le polynôme $Q$ n’admet pas de racine appartenant à l’intervalle $]-1,1[$ donc $P(0)$ est vérifié.

Soit $k$ un entier naturel compris entre $0$ et $n-1$. Vous supposez que $P(k)$ est vérifié.

Alors le polynôme $Q^{(k)}$ admet $k$ racines appartenant à l’intervalle $]-1,1[.$ Notez-les $x_1, \dots, x_k$ où $-1<x_1<\dots < x_k<1.$

Cependant, le polynôme $Q$ est factorisable par $(X-1)^n$. Comme $k$ est inférieur à $n-1$, vous avez $Q^{(k)}(1)=0.$

De même, le polynôme $Q$ est factorisable par $(X+1)^n$. Comme $k$ est inférieur à $n-1$, vous avez $Q^{(k)}(-1)=0.$

Le polynôme $Q^{(k)}$ admet donc au moins $k+2$ racines, deux à deux distinctes, qui sont $x_0 = -1$, $x_1, \dots, x_k$ et $x_{k+1}= 1.$

Pour tout $\ell$ compris entre $1$ et $k+1$, la fonction $Q^{(k)}$ est une fonction continue sur $[x_{\ell-1}, x_{\ell}]$ et dérivable sur $]x_{\ell-1}, x_{\ell}[$ puisque c’est un polynôme, avec $Q^{(k)}(x_{\ell-1}) = Q^{(k)}(x_{\ell}) = 0.$

L’application du théorème de Rolle fournit l’existence d’un réel $y_{\ell}\in]x_{\ell-1}, x_{\ell}[$ tel que $\left(Q^{(k)}\right)’ = Q^{(k+1)}(y_{\ell}) = 0.$

Vous avez les inégalités suivantes : $x_0 < y_1 < x_1 < \cdots < x_k < y_{k+1} < x_{k+1}$ ce qui prouve que les $y_{\ell}$ sont deux à deux distincts quand $\ell$ parcourt tous les entiers compris entre $1$ et $k+1.$

De ce qui précède, vous déduisez que le polynôme $Q^{(k+1)}$ admet $k+1$ racines appartenant à l’intervalle $]-1,1[$, deux à deux distinctes.

Concluez

La récurrence limitée effectuée ci-dessus montre, en particulier, que $P(n)$ est vérifié.

Du coup, le polynôme $Q^{(n)}$ possède $n$ racines deux à deux distinctes qui appartiennent toutes à l’intervalle $]-1,1[.$

Après multiplication par $\frac{1}{2^n n!}$, vous déduisez que le polynôme de Legendre $L_n$ admet bien $n$ racines deux à deux distinctes qui appartiennent toutes à l’intervalle $]-1,1[.$ Comme $L_n$ est de degré $n$, $L_n$ est bien scindé à racines simples.

Prolongement

Si vous utilisez le fait que les polynômes de Legendre sont orthogonaux pour le produit scalaire défini par $\forall (P,Q)\in\R[X]^2, \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t$, pourriez-vous démontrer qu’ils sont scindés ?

214. Normalisation et construction des polynômes de Legendre à partir de la formule de Rodrigues

Suivant la formule attribuée à Rodrigues, pour tout entier naturel $n$ vous définissez le polynôme $P_n$, de degré $n$, comme étant la dérivée $n$-ième du polynôme $(X^2-1)^n$ de degré $2n$.

$\forall n\in \N, P_n(X) = \frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right].$

Les premiers calculs montrent que :

\begin{aligned}
P_0 &= 1\\
P_1 &= 2X\\
P_2 &= 12X^2-4.
\end{aligned}

Comme $P_1(1) = 2$, et que $P_2(1) = 8$, ces polynômes ne sont pas normalisés.

Par contre, $L_1 = \frac{1}{2}P_1$ et $L_2=\frac{1}{8}P_2$ le sont, puisque $L_1(1) = L_2(1) = 1.$

Les polynômes de Legendre sont ceux construits à partir des polynômes $P_n$ quand ils sont normalisés.

Déterminez la valeur de $P_n(1)$

Soit $n$ un entier naturel.

Accéder à $P_n(1)$ n’est pas chose aisée car le calcul explicite de $P_n$, par la formule du binôme sur $(X^2-1)^n$, aboutit à un sigma peu attractif, qu’il faudra dériver $n$ fois… ce qui aboutit à une impasse.

Une autre approche possible consiste à utiliser la formule de Taylor.

Posez $Q(X) = (X^2-1)^n = (X-1)^n(X+1)^n$, de sorte que $P_n(X) = Q^{(n)}(X).$

Alors d’une part :

\begin{aligned}
Q(X) &= Q(1)+Q'(1)(X-1)+\dots+\frac{Q^{(2n)}(1)}{(2n)!}(X-1)^{2n}\\
&=\sum_{i=0}^{2n} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i}\\
\end{aligned}

D’autre part, par la formule du binôme :

\begin{aligned}
(X+1)^n &= ((X-1)+2)^n\\
&=\sum_{k=0}^n \binom{n}{k}2^{n-k}(X-1)^k
\end{aligned}

D’où, après multiplication par $(X-1)^n$ :

\begin{aligned}
Q(X) &= (X-1)^n(X+1)^n \\
&=\sum_{k=0}^n \binom{n}{k}2^{n-k}(X-1)^{n+k}
\end{aligned}

L’écriture de $Q(X)$, scindée en deux, fournit des renseignements intéressants.

\begin{aligned}
Q(X) &=\sum_{i=0}^{2n} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i}\\
&= \sum_{i=0}^{n-1} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i} + \sum_{i=n}^{2n} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i}\\
&= \sum_{i=0}^{n-1} \frac{Q^{(i)}(1)}{i!}(X-1)^{i} + \sum_{k=0}^{n} \frac{Q^{(k+n)}(1)}{(k+n)!}(X-1)^{k+n}\\
\end{aligned}

Vous avez obtenu deux décompositions de $Q(X)$ dans la base $(1,(X-1), \dots, (X-1)^{2n})$ du $\R$-espace vectoriel formé par les polynômes dont le degré est inférieur ou égal à $2n.$

Cette famille est bien une base car les polynômes qui la forment est étagée en degré et le nombre de polynômes de cette famille est égal à $2n+1$, qui est la dimension de l’espace vectoriel précité.

Par unicité de la décomposition d’un vecteur dans une base, vous déduisez :

Pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $n-1$, $Q^{(i)}(1) = 0$ et $\frac{Q^{(n)}(1)}{n!} = 2^n.$

Vous déduisez que $\boxed{\forall n\in \N, P_n(1) = 2^n n!.}$

Concluez

Pour tout entier naturel $n$ vous posez $\boxed{L_n(X) = \frac{1}{2^n n!}\frac{\mathrm{d}^n}{\mathrm{d}X^n}\left[(X^2-1)^n\right]}$ appelé $n$-ième polynôme de Legendre.

De cet article il résulte que, pour tout entier naturel $n$, $L_n$ est un polynôme de degré $n$ et il est normalisé, autrement dit, $L_n(1)=1.$

Prolongement

Pourriez-vous démontrer que la famille des polynômes de Legendre est orthogonale vis-à-vis du produit scalaire défini par $\forall (P,Q)\in\R[X], \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t$ ?

Autrement dit, quels que soient les entiers naturels $n$ et $m$ tels que $n\leq m$, pourriez-vous démontrer que $\langle L_n, L_m \rangle = 0$ ?

213. Une fonction dont les sommes de Riemann convergent est une fonction Riemann-intégrable

Cet article s’inscrit dans la continuité de ce qui a été vu dans l'article 209 et dans l'article 212. Il constitue le caractère réciproque de l’étude effectuée dans l'article 211.

Vous considérez à nouveau une fonction $f$ qui admet des sommes de Riemann convergentes : la fonction $f$ est une fonction réelle définie sur un intervalle $[a,b]$ où $a$ et $b$ sont deux réels tels que $a<b$, qui vérifie l’énoncé suivant.

Il existe un nombre réel $A$ tel que, pour tout réel $\varepsilon > 0$, il existe un réel $\delta>0$ tel que, pour toute subdivision $x_0<x_1<\cdots<x_n$ de l’intervalle $[a,b]$ qui soit $\delta$-fine, et pour tout choix de $n$ réels $t_1$, $\dots$, $t_n$ tel que pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $n$, $t_i\in[x_{i-1}, x_i]$, la somme de Riemann $\sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1})$ vérifie la majoration $\left\vert \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) – A\right\vert \leq \varepsilon.$

Comme cela a été effectué dans l'article 212, la fonction $f$ est bornée.

Pour toute subdivision $P$ de l’intervalle $[a,b]$ les sommes de Darboux inférieure et supérieure sont bien définies.

Démontrez que la fonction $f$ est Riemann-intégrable

Soit $\varepsilon$ un nombre réel strictement positif fixé.

Il existe un réel $\delta$ strictement positif tel que, pour toute subdivision $x_0<x_1<\cdots<x_n$ de l’intervalle $[a,b]$ qui soit $\delta$-fine, et pour tout choix de $n$ réels $t_1$, $\dots$, $t_n$ tel que pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $n$, $t_i\in[x_{i-1}, x_i]$, vous avez $\left\vert \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) – A\right\vert \leq \frac{\varepsilon}{4}.$

D’après ce qui a été effectué dans l'article 209, il suffit de démontrer qu’il existe une subdivision $P$ de l’intervalle $[a,b]$ vérifiant $U(P)-L(P)\leq \varepsilon$ pour avoir le résultat annoncé.

Vous allez démontrer un résultat plus fort ici, à savoir que, pour toute subdivision $P$ qui est $\delta$-fine, vous avez toujours $U(P)-L(P)\leq \varepsilon.$

Examinez les sommes de Darboux

Fixez une subdivision $P$ qui soit $\delta$-fine.

La somme de Darboux supérieure est $\sum_{i=1}^n M_i(x_i-x_{i-1})$ où $M_i$ est la borne supérieure de l’ensemble $\{f(x), x\in[x_{i-1},x_i]\}.$

Par définition de $M_i$, il existe un réel $t_i\in[x_{i-1},x_i]$ tel que $M_i \leq f(t_i) + \frac{\varepsilon}{4(b-a)}.$

Du coup, vous avez les majorations suivantes :

\begin{aligned}
U(P) &\leq \sum_{i=1}^n M_i(x_i-x_{i-1})\\
&\leq \sum_{i=1}^n \left(f(t_i)+\frac{\varepsilon}{4(b-a)}\right)(x_i-x_{i-1}) \\
&\leq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) +\frac{\varepsilon}{4(b-a)} \sum_{i=1}^n (x_i-x_{i-1})\\
&\leq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) +\frac{\varepsilon}{4}.
\end{aligned}

La somme de Darboux inférieure est $\sum_{i=1}^n m_i(x_i-x_{i-1})$ où $m_i$ est la borne inférieure de l’ensemble $\{f(x), x\in[x_{i-1},x_i]\}.$

Par définition de $m_i$, il existe un réel $r_i\in[x_{i-1},x_i]$ tel que $r_i – \frac{\varepsilon}{4(b-a)} \leq m_i.$

Du coup, vous avez les minorations suivantes :

\begin{aligned}
L(P) &\geq \sum_{i=1}^n m_i(x_i-x_{i-1})\\
&\geq \sum_{i=1}^n \left(f(r_i)-\frac{\varepsilon}{4(b-a)}\right)(x_i-x_{i-1})\\
&\geq \sum_{i=1}^n f(r_i)(x_i-x_{i-1}) – \frac{\varepsilon}{4(b-a)} \sum_{i=1}^n (x_i-x_{i-1})\\
&\geq \sum_{i=1}^n f(r_i)(x_i-x_{i-1}) – \frac{\varepsilon}{4}.
\end{aligned}

Concluez

La subdivision $P$ étant $\delta$-fine, vous avez les deux majorations suivantes :

\begin{aligned}
\left\vert \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) – A \right\rvert\leq \frac{\varepsilon}{4}\\
\left\vert \sum_{i=1}^n f(r_i)(x_i-x_{i-1}) – A \right\rvert\leq \frac{\varepsilon}{4}.
\end{aligned}

Vous déduisez que :

\begin{aligned}
\sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) \leq A +\frac{\varepsilon}{4}\\
\sum_{i=1}^n f(r_i)(x_i-x_{i-1}) \geq A – \frac{\varepsilon}{4}.
\end{aligned}

Il vient successivement :

\begin{aligned}
U(P) &\leq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) +\frac{\varepsilon}{4} \\
&\leq A + \frac{2\varepsilon}{4} \\
&\leq \sum_{i=1}^n f(r_i)(x_i-x_{i-1}) +\frac{3\varepsilon}{4} \\
&\leq L(P) + \varepsilon.
\end{aligned}

Ainsi, pour toute subdivision $P$ qui est $\delta$-fine, $U(P)-L(P)\leq \varepsilon.$

Or, vous constatez, par exemple en choisissant une subdivision uniforme $x_0 = a, \dots, x_k = a+ k\frac{b-a}{n}, \dots , x_n = b$ où $n$ est un entier fixé tel que $n\geq \mathrm{Max}\left(\frac{b-a}{\delta},2\right)$ qu’une telle subdivision existe toujours.

Via le critère qui a été explicité dans l'article 209, vous déduisez que la fonction $f$ est par conséquent Riemann-intégrable sur l’intervalle $[a,b]$.

Complément : montrez que $A = \int_a^b f$

Vous vous attendez à ce que le réel $A$ soit non seulement unique, mais égal à l’intégrale de la fonction $f$.

C’est effectivement le cas.

En effet, l’intégrale de la fonction $f$ est l’unique réel noté $\int_a^b f$ tel que, pour toute subdivision $P$ de l’intervalle $[a,b]$, on ait $L(P)\leq \int_a^b f \leq U(P).$

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif. D’après ce qui a été étudié plus haut, il existe un réel $\delta_1>0$ de sorte que, pour toute subdivision $\delta_1$-fine, vous avez $U(P)-L(P)\leq \varepsilon.$

D’autre part, par convergence des sommes de Riemann, il existe aussi un réel $\delta_2$, de sorte que pour toute subdivision $x_0<x_1<\cdots<x_n$ de l’intervalle $[a,b]$ qui soit $\delta_2$-fine, et pour tout choix de $n$ réels $t_1$, $\dots$, $t_n$ tel que pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $n$, $t_i\in[x_{i-1}, x_i]$, vous avez $\left\vert \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) – A\right\vert \leq \varepsilon.$

Choisissez une subdivision $P$ uniforme qui soit à la fois $\delta_1$-fine et $\delta_2$-fine.

Il suffit pour cela de choisir un entier $n$ fixé supérieur ou égal à $\mathrm{Max}\left(\frac{b-a}{\delta_1},\frac{b-a}{\delta_2},2\right)$ et de poser $x_0 = a, \dots, x_k = a+ k\frac{b-a}{n}, \dots , x_n = b.$

Pour tout entier $k$ compris entre $1$ et $n$, vous posez $t_i = x_i.$

Vous utilisez les inégalités suivantes :

\begin{aligned}
A- \varepsilon \leq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) \leq A + \varepsilon &\quad \text{(convergence des sommes de Riemann)}\\
L(P)\leq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) \leq U(P) &\quad \text{(définition des bornes inférieures et supérieures)}\\
U(P)-L(P)\leq \varepsilon &\quad \text{(caractère fin de la subdivision)}\\
L(P)\leq \int_a^b f \leq U(P). &\quad \text{(caractère Riemann-intégrable de la fonction étudiée)}\\
\end{aligned}

Vous déduisez de ce qui précède :

\begin{aligned}
A &\leq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) + \varepsilon\\
&\leq U(P)+\varepsilon\\
&\leq L(P)+2\varepsilon\\
&\leq \left(\int_a^b f\right) + 2\varepsilon.
\end{aligned}

D’autre part :

\begin{aligned}
A &\geq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) – \varepsilon \\
&\geq L(P) – \varepsilon\\
&\geq U(P)-2\varepsilon\\
&\geq \left(\int_a^b f\right) – 2\varepsilon.
\end{aligned}

Des deux inégalités ci-dessus cumulées, vous déduisez $\left\vert A – \int_a^b f \right\vert \leq 2\varepsilon.$

Cette inégalité étant vraie pour tout réel $\varepsilon > 0$, en faisant tendre $\varepsilon$ vers $0$, vous aboutissez à $A = \int_a^b f.$

Ainsi, quand les sommes de Riemann convergent, la fonction $f$ est bornée, elle est Riemann-intégrable et les sommes de Riemann convergent vers un unique réel qui est l’intégrale $\int_a^b f.$

212. Une fonction dont les sommes de Riemann convergent est nécessairement une fonction bornée

Par analogie avec la définition des suites réelles convergentes, vous considérez une fonction $f$ qui admet des sommes de Riemann convergentes.

Plus précisément, le contexte est le suivant.

Soit $f$ une fonction réelle définie sur un intervalle $[a,b]$ où $a<b$ vérifiant l’énoncé ci-dessous.

Il existe un nombre réel $A$ tel que, pour tout réel $\varepsilon > 0$, il existe un réel $\delta>0$ tel que, pour toute subdivision $x_0<x_1<\cdots<x_n$ de l’intervalle $[a,b]$ qui soit $\delta$-fine, et pour tout choix de $n$ réels $t_1$, $\dots$, $t_n$ tel que pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $n$, $t_i\in[x_{i-1}, x_i]$, la somme de Riemann $\sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1})$ vérifie la majoration $\left\vert \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) – A\right\vert \leq \varepsilon.$

Justifiez le fait que $f$ est bornée

Prenez $\varepsilon = 1.$ Il existe donc un réel $\delta > 0$ tel que, pour toute subdivision $x_0<x_1<\cdots<x_n$ $\delta$-fine et pour tout choix de $n$ réels $t_1$, $\dots$, $t_n$ tel que pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $n$, $t_i\in[x_{i-1}, x_i]$, la somme de Riemann $\sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1})$ vérifie la majoration $\left\vert \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{i-1}) – A\right\vert \leq 1.$

Choisissez un entier $N$ fixé, tel que $N \geq \mathrm{Max}\left(\frac{b-a}{\delta}, 2\right)$ et considérez la subdivision régulière $x_0<x_1<\cdots < x_N$ suivante, en posant $x_0 = a$, $x_1 = a+\frac{1}{N}$, $\dots$, $x_k = a+k\frac{b-a}{N}$, $\dots$, $x_N = b.$

Il sera commode de poser $M = \mathrm{Max}\{\left\lvert f(x_k)\right\vert, 0\leq k\leq N\}.$

Pour tout entier $k$ compris entre $1$ et $N$ :

\begin{aligned}
x_k-x_{k-1} &\leq \left(a+k\frac{b-a}{N}\right)- \left(a+(k-1)\frac{b-a}{N}\right) \\
&\leq \frac{b-a}{N} \\
&\leq \delta.
\end{aligned}

Cette subdivision est donc $\delta$-fine.

Si $x$ est un nombre réel égal à l’un des $x_k$, pour un certain $k$ compris entre $0$ et $N$, $\left\lvert f(x)\right\vert \leq M$ et par suite $\left\lvert f(x)\right\vert \leq \frac{N(1+\vert A \vert)}{b-a} +(N+1)M.$

Soit maintenant $x$ un nombre réel appartenant à l’intervalle $[a,b]$ tel que, pour tout entier $k$ compris entre $1$ et $N$, $x_k \neq x.$

Il existe un unique entier $k_0$ compris entre $1$ et $N$ tel que $x\in]x_{k_0-1}, x_{k_0}[.$ Vous posez $t_{k_0} = x.$

Pour tout entier $k\neq k_0$ compris entre $1$ et $N$, vous posez $t_k = x_k.$

Comme les sommes de Riemann convergent, vous déduisez que $\left\vert \sum_{k=1}^N f(t_k)(x_k-x_{k-1}) – A\right\vert \leq 1$, ce qui s’écrit:

\begin{aligned}
\left\vert \sum_{\substack{k\neq k_0 \\ 1\leq k \leq N}} f(t_k)\frac{b-a}{N} + f(x)\frac{b-a}{N} – A\right\vert &\leq 1\\
\left\vert \sum_{\substack{k\neq k_0 \\ 1\leq k \leq N}} f(t_k) + f(x) – \frac{AN}{b-a}\right\vert &\leq \frac{N}{b-a}.
\end{aligned}

Usant de l’inégalité triangulaire:

\begin{aligned}
\left\vert f(x) \right\vert &\leq \left\vert f(x) -\frac{AN}{b-a} + \sum_{\substack{k\neq k_0 \\ 1\leq k \leq N}}f(t_i)\right\vert + \left\vert \frac{AN}{b-a} – \sum_{\substack{k\neq k_0 \\ 1\leq k \leq N}} f(t_k)\right\vert \\
&\leq \frac{N}{b-a} + \left\vert \frac{AN}{b-a} \right\vert + \left\vert \sum_{\substack{k\neq k_0 \\ 1\leq k \leq N}} f(t_k) \right\vert\\
&\leq \frac{N}{b-a} + \left\vert \frac{AN}{b-a} \right\vert + \sum_{\substack{k\neq k_0 \\ 1\leq k \leq N}} \left\vert f(t_k) \right\vert\\
&\leq \frac{N}{b-a} + \left\vert \frac{AN}{b-a} \right\vert +\sum_{k=1}^N \left\vert f(t_k) \right\vert\\
&\leq \frac{N}{b-a} + \left\vert \frac{AN}{b-a} \right\vert +\sum_{k=0}^N \left\vert f(t_k) \right\vert\\
&\leq \frac{N}{b-a} + \left\vert \frac{AN}{b-a} \right\vert +(N+1)M\\
&\leq \frac{N(1+\vert A \vert)}{b-a} +(N+1)M.
\end{aligned}

Ainsi, $\boxed{\forall x\in[a,b], \left\vert f(x) \right\vert \leq \frac{N(1+\vert A \vert)}{b-a} +(N+1)M.}$

La fonction $f$ est donc bornée sur l’intervalle $[a,b].$

Prolongement

La fonction $f$ étant bornée sur l’intervalle $[a,b]$, les sommes de Darboux de $f$ sont bien définies ainsi que son intégrale inférieure et supérieure sur l’intervalle $[a,b].$ Pourriez-vous utiliser les propriétés des bornes supérieures et inférieures afin de démontrer que, si $f$ a ses sommes de Riemann qui convergent, alors $f$ est Riemann-intégrable ?

Autrement dit pourriez-vous démontrer l’égalité $\underline{\int}_a^b f = \overline{\int}_a^b f$ ? Ce qui revient à démontrer, en vertu de ce qui a été vu dans l'article 209 que pour tout $\varepsilon>0$, il existe une subdivision $P$ telle que $U(P)-L(P)\leq \varepsilon$ ?

211. Une fonction Riemann-intégrable a des sommes de Riemann très proches de la valeur de l’intégrale

Tout d’abord, si besoin, reportez-vous à la définition d’une fonction Riemann-intégrable (certains auteurs parlent aussi de fonction Darboux-intégrable ce qui ne sera pas fait ici.), qui est donnée dans l'article 209. Les notations seront réutilisées.

Le contexte de cet article est le suivant. Vous considérez une fonction bornée sur un intervalle $[a,b]$ et qui soit Riemann-intégrable. Autrement dit, les intégrales supérieure et inférieure de la fonction $f$ sont égales : $\overline{\int}_a^b f = \underline{\int}_a^b f$ et vous notez l’intégrale de $f$ comme suit : $\int_a^b f = \overline{\int}_a^b f = \underline{\int}_a^b f.$

Il existe donc un réel $M>0$ tel que, pour tout $x\in[a,b], -M\leq f(x) \leq M.$

Le concept de subdivision fine va permettre d’aller plus loin, et d’énoncer une propriété similaire à celle des suites convergentes.

Définition. Pour tout $\delta > 0$, une subdivision $P$ notée par $x_0 < \cdots < x_n$ est dite $\delta$-fine, si et seulement si, pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $n$, $x_i-x_{i-1}\leq \delta.$

Il va s’agir de comprendre pourquoi, quand une subdivision $P$ notée $x_0 < x_1 <\cdots < x_n$ devient de plus en plus fine, la donnée de $n$ réels $t_1$, … ,$t_n$ vérifiant $t_i\in[x_{i-1},x_i]$ fournit une somme dite de Riemann, définie par $\sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{x-1})$ qui n’est plus une somme de Darboux, qui va se rapprocher d’aussi près que l’on veut de la valeur de l’intégrale de $f$.

Vous allez montrer que, pour tout $\varepsilon$ strictement positif, il existe un réel $\delta$ strictement positif, de sorte que, pour toute subdivision $P$ $\delta$-fine notée $x_0 < x_1 < \cdots < x_n$ de l’intervalle $[a,b]$, et quels que soient les réels $t_1$, $\dots$, $t_n$ vérifiant la condition pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $n$, $t_i\in[x_{i-1}, x_i]$, la somme de Riemann $\sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{x-1})$ est comprise entre $\left(\int_a^b f\right) + \varepsilon$ et $\left(\int_a^b f\right) – \varepsilon.$

Améliorez le résultat des sommes de Darboux

Rappelez-vous que, pour tout réel $\varepsilon$ strictement positif, il existe une subdivision $P$ de l’intervalle $[a,b]$ de sorte que ses sommes de Darboux vérifient $U(P)-L(P) \leq \varepsilon.$

Dans cette section, vous allez démontrer que, pour tout réel $\varepsilon$ strictement positif, il existe un réel $\delta$ strictement positif, de sorte que pour toute subdivision $P$ $\delta$-fine, vous avez $U(P)-L(P)\leq \varepsilon.$

Ce résultat est beaucoup plus fort que le précédent : dès qu’une subdivision est suffisamment fine, les sommes de Darboux supérieure et inférieure de cette subdivision sont très proches.

La démonstration proposée de ce résultat est technique.

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif.

Il existe tout d’abord une subdivision $Q$, de la forme $a = y_0 < y_1 <\cdots < y_m=b$ telle que $U(Q)-L(Q)\leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Notez $\delta$ le réel défini par $\delta = \frac{\varepsilon}{8M(m+1)}.$

Soit maintenant $P$ une subdivision $\delta$-fine.

Il existe un entier naturel $n$ tel que $P$ se mette sous la forme $a = x_0 < x_1 < \cdots < x_n = b.$

Pour tout $i$ compris entre $1$ et $n$, vous notez $m_i$ et $M_i$ les bornes inférieure et supérieure de la fonction $f$ sur l’intervalle $[x_{i-1}, x_i].$

L’évaluation de $U(P)-L(P)$ fournit $U(P)-L(P) = \sum_{i=1}^n (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1}).$

Vous allez séparer les indices $i$ en deux.

Notez $I = \{i\in\N, 1\leq i\leq n \text{ et } [x_{i-1}, x_i]\cap Q \neq \varnothing \}.$

$I$ désigne l’ensemble des numéros des intervalles de la subdivision $P$ qui rencontrent au moins un élément de la subdivision $Q.$

L’ensemble $I$ est égal à $I = \bigcup_{j=0}^{m} \{i\in\N, 1\leq i \leq n \text{ et }[x_{i-1}, x_i] \cap \{y_j\} \neq \varnothing \}.$

Or, chaque pour tout entier $j$ compris entre $0$ et $m$, le réel $y_j$ appartient à un ou deux intervalles de la forme $[x_{i-1}, x_i]$, selon qu’il soit à l’intérieur de l’un d’entre eux ou à la frontière de deux d’entre eux.

Du coup, pour tout entier $j$ compris entre $0$ et $m$, le nombre d’éléments de l’ensemble $ \{i\in\N, 1\leq i \leq n \text{ et }[x_{i-1}, x_i] \cap \{y_j\} \neq \varnothing \}$ est majoré par $2.$

Ainsi, le nombre d’éléments de $I$ est majoré par $2(m+1).$

Notez maintenant $J = \{i\in\N, 1\leq i\leq n \text{ et } [x_{i-1}, x_i]\cap Q = \varnothing \}.$

La somme $\sum_{i\in J} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1})$ est le résultat d’additions de sommes de Darboux sur des intervalles ne contenant aucun élément de la subdivision $Q.$

Lorsque ou un plusieurs intervalles de la forme $[x_{i-1}, x_i]$ avec $i\in J$ sont contigus, il sont contenus dans un seul intervalle de la forme $[y_{k-1}, y_k].$

Subdivisez l’ensemble $J$ en une partition de sous-ensembles $J_1$, …, $J_{\ell}$ où, sur chaque $J_p$, les intervalles $[x_{i-1}, x_i]$ sont contigus.

$\sum_{i\in J} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1}) = \sum_{p=1}^{\ell} \sum_{i\in J_p} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1}).$

Pour tout $p$ compris entre $1$ et $\ell$, $\sum_{i\in J_p} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1})$ est égal à $U(R)-L(R)$ où $R$ est une subdivision de la réunion $\bigcup_{i\in J_p} [x_{i-1},x_i]$ que nous noterons $[x_s, x_r].$ Or, $[x_s,x_r]$, qui ne contient aucun élément de $Q$, est nécessairement recouvert par un intervalle de la forme $[y_{{k_p}-1}, y_{k_p}]$ d’où il vient, d’après les propriétés des sommes de Darboux, que :

\begin{aligned}
U(R)-L(R) &\leq (\mathrm{Sup}\{f(x), x\in[x_s, x_r]\} -\mathrm{Inf}\{f(x), x\in[x_s, x_r]\})(x_r-x_s)\\
&\leq (\mathrm{Sup}\{f(x), x\in[x_s, x_r]\} -\mathrm{Inf}\{f(x), x\in[x_s, x_r]\})(y_{k_p}-y_{{k_p}-1})\\
&\leq (\mathrm{Sup}\{f(x), x\in[y_{{k_p}-1}, y_{k_p}]\} -\mathrm{Inf}\{f(x), x\in[y_{{k_p}-1}, y_{k_p}]\})(y_{k_p}-y_{{k_p}-1}).
\end{aligned}

Quand $p$ parcourt tous les entiers compris entre $1$ et $\ell$, les réunions $\bigcup_{i\in J_p} [x_{i-1},x_i]$ sont recouvertes par des intervalles de la forme $[y_{{k_p}-1}, y_{k_p}]$ et l’application $p\mapsto k_p$ est injective.

La somme $\sum_{p=1}^{\ell} \sum_{i\in J_p} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1})$ est majorée par $\sum_{p=1}^{\ell} (\mathrm{Sup}\{f(x), x\in[y_{{k_p}-1}, y_{k_p}]\} -\mathrm{Inf}\{f(x), x\in[y_{{k_p}-1}, y_{k_p}]\})(y_{k_p}-y_{{k_p}-1})$ qui est elle même majorée par $U(Q)-L(Q).$

Finalement :

\begin{aligned}
U(P)-L(P) &\leq \sum_{i=1}^n (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1})\\
&\leq \sum_{i\in I} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1}) + \sum_{i\in J} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1}) \\
&\leq 2M \sum_{i\in I} (x_i-x_{i-1}) + \sum_{i\in J} (M_i-m_i) (x_i-x_{i-1}) \\
&\leq 2M \sum_{i\in I} (x_i-x_{i-1}) + U(Q)-L(Q) \\
&\leq 2M \delta \sum_{i\in I} 1 + \frac{\varepsilon}{2}\\
&\leq 2M \delta (2m+2) + \frac{\varepsilon}{2}\\
&\leq 2M (2m+2) \frac{\varepsilon}{8M(m+1)} + \frac{\varepsilon}{2}\\
&\leq \frac{\varepsilon}{2} + \frac{\varepsilon}{2}\\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

Démontrez maintenant le fait que les sommes de Riemann sont proches de l’intégrale de $f$

Vous êtes maintenant prêt à montrer la propriété annoncée. Elle traduit le fait que, plus la subdivision devient fine, plus les sommes de Riemann se rapprochent de l’intégrale de la fonction $f$.

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif.

D’après le résultat établi ci-dessus, il existe un nombre réel $\delta$ strictement positif, de sorte que pour toute subdivision $P$ qui soit $\delta$-fine, $U(P)-L(P)\leq \varepsilon.$

Soit $P$ une subdivision de $[a,b]$, $\delta$-fine, notée $x_0<\cdots<x_n$ et soit $(t_1, \dots, t_n)$ des réels vérifiant $t_i\in[x_{i-1},x_i].$

Notez que, comme $m_i \leq f(t_i) \leq M_i$, il vient immédiatement $L(P)\leq \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{x-1}) \leq U(P).$

Comme $P$ est $\delta$-fine, $U(P)-L(P)\leq \varepsilon.$

D’autre part, comme $f$ est Riemann-intégrable, la valeur de l’intégrale est le seul réel qui soit compris entre les sommes de Darboux inférieure et supérieure, ce qui se traduit par $L(P)\leq \int_a^b f \leq U(P).$

Les deux réels $\sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{x-1})$ et $\int_a^b f$ appartiennent au même intervalle $[L(P),U(P)].$

Or, $U(P)-L(P) \leq \varepsilon$ donc $\left\lvert \sum_{i=1}^n f(t_i)(x_i-x_{x-1}) – \int_a^b f \right\vert \leq \varepsilon.$

210. Une question du sujet 2022 de l’agrégation interne de mathématiques

Soit $M\in SL_2(\Z)$ une matrice à coefficients entiers ayant un déterminant égal à $1.$

Démontrez que $\mathrm{Tr}(M^4) = \mathrm{Tr}(M)^4-4\mathrm{Tr}(M)^2+2$

Il existe quatre nombres entiers $a$, $b$, $c$ et $d$ tels que $M = \begin{pmatrix}a & b\\ c & d\end{pmatrix}.$

Vous allez évaluer la trace de la matrice $M^4$.

Tout d’abord vous calculez $M^2 = \begin{pmatrix}a^2+bc & ab+bd\\ ac+cd & bc+d^2\end{pmatrix}.$

Vous élevez la matrice $M^2$ au carré et conservez les coefficients diagonaux.

$M^4 = \begin{pmatrix}(a^2+bc)^2 + (ab+bd)(ac+cd) & \cdots \\ \cdots & (ac+cd)(ab+bd)+(bc+d^2)^2\end{pmatrix}.$

Du coup, il vient :

\begin{aligned}
\mathrm{Tr}(M^4) &= (a^2+bc)^2 + 2(ab+bd)(ac+cd) +(bc+d^2)^2\\
&= (a^2+bc)^2 + 2bc(a+d)(a+d) +(bc+d^2)^2.
\end{aligned}

\begin{aligned}
\mathrm{Tr}(M^4) +4 \mathrm{Tr}(M)^2 &= (a^2+bc)^2 + 2bc(a+d)(a+d) +(bc+d^2)^2 +4(a+d)^2\\
&= (a^2+bc)^2 + (2bc+4)(a+d)(a+d) +(bc+d^2)^2.
\end{aligned}

Or, $ad-bc = 1$ d’où :

\begin{aligned}
\mathrm{Tr}(M^4) +4 \mathrm{Tr}(M)^2 &= (a^2+ad-1)^2 + (2ad+2)(a+d)^2 +(ad-1+d^2)^2\\
&=a^4+a^2d^2+1+2a^3d-2a^2-2ad+(2ad+2)(a^2+2ad+d^2)+a^2d^2+1+d^4-2ad+2ad^3-2d^2\\
&=a^4+2a^3d+2a^2d^2+2ad^3+d^4+(2ad+2)(a^2+2ad+d^2)-2a^2-2d^2-4ad+2\\
&=a^4+2a^3d+2a^2d^2+2ad^3+d^4+2a^3d+4a^2d^2+2ad^3+2a^2+4ad+2d^2-2a^2-2d^2-4ad+2\\
&=a^4+4a^3d+6a^2d^2+4ad^3+d^4+2\\
&=(a+d)^4+2\\
&=\mathrm{Tr}(M)^4+2.
\end{aligned}

Ainsi, $\boxed{\forall M\in SL_2(\Z), \mathrm{Tr}(M^4) +4 \mathrm{Tr}(M)^2 = \mathrm{Tr}(M)^4+2.}$

Démontrez que $\mathrm{Tr}(M^4) \equiv 2[8]$ ou $\mathrm{Tr}(M^4) \equiv -1[8]$

Soit $M\in SL_2(\Z).$

Modulo $8$, un entier peut être congru à $-3$, $-2$, $-1$, $0$, $1$, $2$, $3$ ou $4.$

Vous obtenez les possibilités suivantes qui indiquent les congruences modulo $8.$

\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
\mathrm{Tr}(M) & -3 & -2 & -1  &0 & 1 & 2 & 3 & 4 \\ \hline
\mathrm{Tr}(M)^2 & 1 & 4 & 1 & 0 & 1 & 4 & 1 & 0\\ \hline
\mathrm{Tr}(M)^4 & 1 & 0 & 1 & 0 & 1 & 0 & 1 & 0\\ \hline
4\mathrm{Tr}(M)^2 & 4 & 0 & 4 & 0 & 4 & 0 & 4 & 0\\ \hline
\mathrm{Tr}(M^4) = \mathrm{Tr}(M)^4-4\mathrm{Tr}(M)^2 +2& -1 & 2 & -1 & 2 & -1 & 2 & -1 & 2 \\ \hline
\end{array}

Ainsi, pour toute matrice $M\in SL_2(\Z), \mathrm{Tr}(M^4) \equiv 2[8]$ ou $\mathrm{Tr}(M^4) \equiv -1[8].$

209. Equivalence de trois propriétés pour une fonction Riemann intégrable

Dans tout cet article, $a$ et $b$ désignent deux nombres réels tels que $a<b$ et $f$ est une fonction réelle et bornée, définie sur l’intervalle $[a,b].$

Vous appellerez subdivision du segment $[a,b]$ toute suite finie strictement croissante dont le premier terme est $a$ et le dernier terme est $b$. Usuellement, une telle subdivision est notée $P$, il existe un nombre entier $n$ tel que $P = (x_i)_{0\leq i \leq n}$, avec $a = x_0$ et $b = x_n.$

Manipulez des bornes supérieures et inférieures

Pour toute subdivision $P = (x_i)_{0\leq i \leq n}$ de l’intervalle $[a,b]$ vous définissez des bornes supérieures et inférieures suivantes :

$\forall i\in\N, 1\leq i \leq n$ vous posez $m_i = \mathrm{Inf} \{f(x), x\in[x_i, x_{i-1}]\}.$

$\forall i\in\N, 1\leq i \leq n$ vous posez $M_i = \mathrm{Sup} \{f(x), x\in[x_i, x_{i-1}]\}.$

Il convient de vérifier d’abord que ces quantités sont bien définies.

Puisque la fonction $f$ est bornée sur l’intervalle $[a,b]$, il existe deux réels $m$ et $M$ tels que, pour tout $x\in[a,b], m\leq f(x)\leq M.$

Soit $i$ un entier compris entre $1$ et $n.$

L’ensemble $\{f(x), x\in[x_i, x_{i-1}]\}$ contient $f(x_i)$ il est non vide. De plus, il est majoré par $M$ donc $M_i$ est bien défini.

De même, l’ensemble $\{f(x), x\in[x_i, x_{i-1}]\}$ contient $f(x_i)$, il est non vide et il est minoré par $m$ donc $m_i$ est bien défini.

Vous pouvez donc considérer les sommes de Darboux suivantes, elles définissent respectivement l’aire inférieure et supérieure, relativement à la subdivision $P$ :

$L(P) = \sum_{i=1}^{n} m_i (x_{i}-x_{i-1})$

$U(P) = \sum_{i=1}^{n} M_i (x_{i}-x_{i-1}).$

La fonction $f$ étant majorée par $M$ sur l’intervalle $[a,b]$, l’ensemble $\{L(P), P\text{ est une subdivision de }[a,b]\}$ contient $\mathrm{Inf}\{f(x), x\in[a,b]\}(b-a)$ et il est majoré par $M(b-a)$, vous noterez $\underline{\int}_a^b f$ sa borne supérieure qui est appelée intégrale inférieure de $f$, de $a$ à $b.$

La fonction $f$ étant minorée par $m$ sur l’intervalle $[a,b]$, l’ensemble $\{U(P), P\text{ est une subdivision de }[a,b]\}$ contient $\mathrm{Sup}\{f(x), x\in[a,b]\}(b-a)$ et il est minoré par $m(b-a)$, vous noterez $\overline{\int}_a^b f$ sa borne inférieure qui est appelée intégrale supérieure de $f$, de $a$ à $b.$

Montrez l’équivalence de trois propositions

Les trois propositions suivantes sont équivalentes :

  • 1. Il existe un unique réel $A$ tel que, pour toute subdivision $P$ de $[a,b]$, $L(P)\leq A \leq U(P).$
  • 2. $\underline{\int}_a^b f =\overline{\int}_a^b f.$
  • 3. Pour tout réel $\varepsilon$ strictement positif, il existe une subdivision $P$ de $[a,b]$ telle que $U(P)\leq L(P)+\varepsilon.$

Montrez que la proposition 1 implique la proposition 2

Soient $P$ et $Q$ deux subdivisions de l’intervalle $[a,b].$ L’union $P\cup Q$ est une subdivision de l’intervalle $[a,b]$ plus fine que $P$ et que $Q$.

Par récurrence sur le nombre de points que vous rajoutez, vous pourrez démontrer que $L(P)\leq L(P\cup Q)$ et que $U(P\cup Q)\leq U(Q).$

Comme $L(P\cup Q)\leq U(P\cup Q)$ il vient $L(P)\leq L(P\cup Q)\leq U(P\cup Q) \leq U(Q).$

$U(Q)$ est un majorant de l’ensemble $\{L(P), P\text{ est une subdivision de }[a,b]\}$ qui admet $\underline{\int}_a^b f$ comme borne supérieure. Donc $\underline{\int}_a^b f \leq U(Q).$

Maintenant, $\underline{\int}_a^b f$ est un minorant de l’ensemble $\{U(Q), Q\text{ est une subdivision de }[a,b]\}$ qui admet $\overline{\int}_a^b f$ comme borne inférieure.

Donc $\underline{\int}_a^b f \leq \overline{\int}_a^b f.$

Soit maintenant $P$ une subdivision quelconque de l’intervalle $[a,b].$

Alors $L(P)\leq \underline{\int}_a^b f \leq \overline{\int}_a^b f\leq U(P).$

Alors $L(P)\leq \underline{\int}_a^b f \leq U(P).$

En particulier : $L(P)\leq \underline{\int}_a^b f \leq U(P)$ donc par unicité $A = \underline{\int}_a^b f.$

De même, $L(P)\leq \overline{\int}_a^b f \leq U(P)$ donc par unicité $A = \overline{\int}_a^b f.$

Vous déduisez $\boxed{\underline{\int}_a^b f = \overline{\int}_a^b f.}$

Montrez que la proposition 2 implique la proposition 3

Soit $\varepsilon$ un nombre réel strictement positif.

Par définition de la borne supérieure, il existe une subdivision $P$ telle que $\underline{\int}_a^b f < L(P) + \frac{\varepsilon}{2}.$

Par définition de la borne inférieure, il existe une subdivision $Q$ telle que $U(Q) < \overline{\int}_a^b f + \frac{\varepsilon}{2}.$

Comme les intégrales supérieure et inférieure sont égales, il vient :

$U(Q) < \overline{\int}_a^b f + \frac{\varepsilon}{2} \leq \underline{\int}_a^b f + \frac{\varepsilon}{2} \leq L(P)+\varepsilon.$

Du coup, $U(P\cup Q) \leq U(Q) \leq L(P) + \varepsilon \leq L(P\cup Q)+\varepsilon.$

En posant $R = P\cup Q$, vous déduisez que la subdivision $R$ vérifie $U(R)\leq L(R)+\varepsilon.$

Montrez que la proposition 3 implique la proposition 1

Il a été vu précédemment, qu’en toute généralité, $\underline{\int}_a^b f \leq \overline{\int}_a^b f.$

Notez $A = \underline{\int}_a^b f.$

Soit $P$ une subdivision quelconque.

Alors $L(P)\leq A \leq \overline{\int}_a^b f \leq U(P).$

Donc le réel $A$ existe.

Il s’agit maintenant de prouver l’unicité.

Soit $B$ un réel tel que, pour toute subdivision $P$, $L(P)\leq B \leq U(P).$

Alors il apparaît que $B$ majore l’ensemble $\{L(P), P\text{ est une subdivision de }[a,b]\}$ donc $ \underline{\int}_a^b f \leq B$ et $A\leq B.$

Soit $\varepsilon$ un réel strictement positif.

Il existe une subdivision $P$ telle que $U(P)\leq L(P)+\varepsilon.$

Du coup, $B \leq U(P) \leq L(P)+\varepsilon \leq A + \varepsilon$

Du coup, $\forall \varepsilon > 0, B\leq A+\varepsilon.$

En faisant tendre $\varepsilon$ vers $0$, il vient $B\leq A.$

Par suite $A = B.$

Définition de l’intégrabilité d’une fonction au sens de Riemann

Lorsque la fonction $f$ satisfait l’une des conditions ci-dessus, elle les remplit toutes. On dit dans ce cas que $f$ est intégrable au sens de Riemann sur l’intervalle $[a,b].$ (Certains auteurs parlent d’intégrabilité au sens de Darboux, ce qui ne sera pas fait ici).

Les intégrales supérieure et inférieure de $f$ sont égales. On note $\int_a^b f$ l’intégrale de $f$ sur l’intervalle $[a,b]$ et on pose $\int_a^b f = \underline{\int}_a^b f = \overline{\int}_a^b f.$

D’après ce qui a été vu ci-dessus, pour toute subdivision $P$ de l’intervalle $[a,b]$, $L(P)\leq \underline{\int}_a^b f \leq \overline{\int}_a^b f \leq U(P)$ et il vient, dans le cas présent que, pour toute subdivision $P$ de l’intervalle $[a,b]$, $L(P)\leq {\int}_a^b f \leq U(P).$

Application et prolongement

Soit $f$ une fonction croissante sur l’intervalle $[a,b].$ Pourriez-vous démontrer qu’elle est Riemann-intégrable sur cet intervalle ?

Une autre propriété de l’intégrale de Riemann à découvrir

Allez jeter un oeil dans l'article 211 pour comprendre pourquoi les sommes de Riemann sont très proches de l’intégrale, dès que la subdivision est suffisamment fine.