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322. La borne de Cauchy (2/2)

Dans le prolongement du contenu écrit dans l'article 321, il sera donné des moyens de calculer la borne de Cauchy d’un polynôme.

Dans toute la suite, $P$ désignera un polynôme à coefficients complexes et non constant. Vous noterez $m$ son degré et vous supposerez que $P \neq X^m.$ Ainsi il existe un unique $m$-uplet $(a_{m-1},\dots,a_0)\in\C^m\setminus\{(0,\dots,0)\}$ tel que :

P(X) = X^m-a_{m-1}X^{m-1}-\cdots-a_1X-a_0.

Localisez la borne de Cauchy en utilisant la méthode de dichotomie

Rappels sur les outils

Vous considérez le polynôme $Q$ défini par :

Q(X) = X^m - \vert a_{m-1}\vert X^{m-1}-\cdots-\vert a_{1}\vert X-\vert a_{0}\vert.

Pour tout réel $x\in ]0,+\infty[$ vous posez:

f(x) = \frac{Q(x)}{x^m}.

Il a été vu dans le contenu rédigé dans l'article 321 que la borne de Cauchy de $P$ est l’unique réel strictement positif noté $c(P)$ qui vérifie la double égalité $f(c(P))=0$ et $Q(c(P))=0.$ Il a été établi que la fonction $f$ est strictement croissante sur $]0,+\infty[.$

Soit $A$ le maximum du module de tous les coefficients de $P$, sans tenir compte de son coefficient dominant. Autrement dit vous avez:

A = \max\{\vert a_i\vert, i\in\llbracket 0, m-1 \rrbracket\}.

Le contenu rédigé dans l'article 321 a montré que $c(P) \leq 1+A$, que $Q(1+A)\geq 0$ et que :

c(P)\in[0, 1+A].

Une récurrence pour construire l’algorithme de dichotomie

Vous noterez $u_0 = 0$ et $v_0 =1+A$, de sorte que $c(P)\in[u_0,v_0].$ Notez que $Q(u_0) = Q(0)=-\vert a_0\vert.$ Donc $Q(u_0)\leq 0.$ De plus, $Q(v_0) \geq 0.$ Notez que :

v_0 = u_0+\frac{1+A}{2^0}.

Soit maintenant $n$ un entier naturel et supposez construits des réels positifs $u_n$ et $v_n$ avec $v_n = u_n + \frac{1+A}{2^n}$ tels que $c(P)\in[u_n,v_n]$, $Q(u_n)\leq 0$ et $Q(v_n)\geq 0.$

Considérez le réel positif $c_n=\frac{a_n+b_n}{2}.$

1er cas. $Q(c_n)< 0.$ Vous posez $u_{n+1} = c_n$ et $v_{n+1} = v_n.$ Les réels $u_{n+1}$ et $v_{n+1}$ sont alors positifs.

D’autre part :

\begin{align*}
v_{n+1}-u_{n+1} &= v_n-c_n \\
&= \frac{2v_n}{2}-\frac{u_n+v_n}{2}\\
&=\frac{2v_n-u_n-v_n}{2}\\
&=\frac{v_n-u_n}{2}\\
&=\frac{\frac{1+A}{2^n}}{2}\\
&=\frac{1+A}{2^{n+1}.}
\end{align*}

Vous avez bien $Q(u_{n+1}) = Q(c_n)$ et donc $Q(u_{n+1})\leq 0.$ De même, $Q(v_{n+1})=Q(v_n)$ donc $Q(v_{n+1})\geq 0.$

L’égalité $v_{n+1} = u_{n+1} + \frac{1+A}{2^{n+1}}$ montre que $v_{n+1}>0$ Du coup $\frac{Q(v_{n+1})}{v_{n+1}^m }\geq 0$ et $f(v_{n+1})\geq 0$ soit $f(v_{n+1}) \geq f(c(P)).$

Si vous avez $c(P) > v_{n+1}$, notez d’abord que $c(P)$ et $v_{n+1}$ sont deux nombres appartenant à $]0,+\infty[$, intervalle où $f$ est strictement croissante, alors $f(c(P))>f(v_{n+1})$, contradiction. Donc $c(P) \leq v_{n+1}.$

De même, supposez que $u_{n+1} > c(P).$ Comme $c(P)$ et $u_{n+1}$ sont deux nombres appartenant à $]0,+\infty[$, intervalle où $f$ est strictement croissante, vous déduisez $f(u_{n+1})>f(c(P))$ donc $\frac{Q(u_{n+1})}{u_{n+1}^m} > 0$ et donc $Q(u_{n+1})>0$ soit $Q(c_n)> 0.$ Contradiction. Donc $u_{n+1} \leq c(P).$

2ème cas. $Q(c_n)\geq 0.$ Vous posez $u_{n+1} = u_n$ et $v_{n+1} = c_n.$ Les réels $u_{n+1}$ et $v_{n+1}$ sont encore positifs.

\begin{align*}
v_{n+1}-u_{n+1} &= c_n-u_n \\
&= \frac{u_n+v_n}{2}-\frac{2u_n}{2}\\
&=\frac{u_n+v_n-2u_n}{2}\\
&=\frac{v_n-u_n}{2}\\
&=\frac{\frac{1+A}{2^n}}{2}\\
&=\frac{1+A}{2^{n+1}.}
\end{align*}

Vous avez $Q(u_{n+1}) = Q(u_n)$ or $Q(u_n)\leq 0$ donc $Q(u_{n+1})\leq 0.$
De même, $Q(v_{n+1}) = Q(c_n)$ or $Q(c_n)\geq 0$ donc $Q(v_{n+1})\geq 0.$

Supposez que $c(P)<u_{n+1}.$ Le réel $c(P)$ étant strictement positif, vous déduisez que $c(P)$ et $u_{n+1}$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Par stricte croissance de la fonction $f$ sur cet intervalle, il vient $f(c(P))< f(u_{n+1})$ donc $0<\frac{Q(u_{n+1})}{u_{n+1}^m}$ donc $Q(u_{n+1})> 0$, contradiction. Donc $u_{n+1}\leq c(P).$

Supposez que $v_{n+1}<c(P).$ Vous avez $v_{n+1} = u_{n+1}+\frac{1+A}{2^{n+1}}$ avec $A>0$ et $u_{n+1}$ positif, donc $v_{n+1}>0.$ Les réels $c(P)$ et $v_{n+1}$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Par stricte croissance de la fonction $f$ sur cet intervalle, il vient $ f(v_{n+1}) < f(c(P))$ donc $f(v_{n+1})<0$ d’où $\frac{Q(v_{n+1})}{v_{n+1}^m}< 0$ et donc $Q(v_{n+1})<0$ contradiction. Donc $c(P)\leq v_{n+1}.$

La récurrence est donc terminée.

Explicitez l’algorithme de dichotomie

Vous posez $u_0 = 0$ et $v_0 = 1+A.$

Pour tout entier naturel $n$ vous calculez $c_n=\frac{u_n+v_n}{2}.$

  • Si $Q(c_n)< 0$ vous posez $u_{n+1} = c_n$ et $v_{n+1} = v_n$ ;
  • Si $Q(c_n)\geq 0$ vous posez $u_{n+1} = u_n$ et $v_{n+1} = c_n.$

Il a été démontré ci-dessus que :

\forall n\in\N, u_n\leq c(P) \leq v_n.

D’autre part il est aussi établi que :

\forall n\in\N, v_n =  u_n + \frac{1+A}{2^n}.

Comme $2>1$, vous avez $\lim_{n\to +\infty} 2^n = +\infty$ et par quotient $\lim_{n\to +\infty} \frac{1+A}{2^n} = 0.$
Ainsi, la suite $(v_n-u_n)_{n\geq 0}$ converge vers $0.$

Soit $n$ un entier naturel. Si $Q(c_n)\geq 0$, $u_{n+1}-u_n = 0$ donc $u_{n+1}\geq u_n.$
Si $Q(c_n)<0$, il vient : $u_{n+1}-u_n = c_n-u_n = \frac{1+A}{2^{n+1}}$ or $1+A> 0$ donc $u_{n+1}-u_n\geq 0.$
Vous en déduisez que la suite $(u_n)_{n\geq 0}$ est croissante.

Soit $n$ un entier naturel. Si $Q(c_n) < 0$, $v_{n+1}-v_n = 0$ donc $v_{n+1}\leq v_n.$
Si $Q(c_n)\geq 0$, il vient : $v_{n+1}-v_n = v_n-c_n = \frac{1+A}{2^{n+1}}$ or $1+A> 0$ donc $v_{n+1}-v_n\geq 0.$
Vous en déduisez que la suite $(v_n)_{n\geq 0}$ est décroissante.

Etant donné que les suites $(u_n)_{n\geq 0}$ et $(v_n)_{n\geq 0}$ sont adjacentes, elles convergent vers la même limite $\ell \in\R.$

Comme $\forall n\in\N, u_n\leq c(P) \leq v_n$ le théorème des gendarmes fournit $c(P) = \ell.$

Concluez

En définitive, les suites $(u_n)_{n\geq 0}$ et $(v_n)_{n\geq 0}$ convergent vers la borne de Cauchy $c(P).$

Pour tout $n\in\N$, les inégalités $u_n\leq c(P) \leq v_n$ fournissent un encadrement de $c(P)$ d’amplitude $\frac{1+A}{2^n}$ ce qui permet d’obtenir une valeur approchée de $c(P)$ à la précision que l’on souhaite.

Un exemple

Soit $P$ le polynôme défini par :

P(X) = X^3+(-2+3i)X^2+(-3-5i)X+(6-2i.)

Vous calculez les modules des coefficients de $P$ :

\begin{align*}
\vert -2+3i\vert &= \sqrt{4+9} = \sqrt{13}\\
\vert -3-5i\vert &= \sqrt{9+25} = \sqrt{34}\\
\vert 6-2i\vert &= \sqrt{36+4} = \sqrt{40} = 2\sqrt{10}.\\

\end{align*}

La borne de Cauchy $c(P)$ est l’unique racine réelle strictement positive du polynôme $Q$ défini par :

Q(X) = X^3-\sqrt{13}X^2-\sqrt{34}X-2\sqrt{10}.

Le maximum du module des coefficients de $P$, excepté son coefficient dominant, vaut :

A = 2\sqrt{10}.

Pour trouver un encadrement de $c(P)$ d’amplitude $10^{-3}$, vous posez :

\left\{\begin{align*}
u_0 &= 0\\
v_0 &= 1+2\sqrt{10}.
\end{align*} 
\right.

Pour tout entier naturel $n$, vous posez $c_n=\frac{u_n+v_n}{2}.$ Puis vous posez :

u_{n+1} = \left\{\begin{align*}
c_n &\text{ si } Q(c_n) < 0\\
u_n &\text{ sinon}
\end{align*} 
\right.
v_{n+1} = \left\{\begin{align*}
v_n &\text{ si } Q(c_n) < 0\\
c_n &\text{ sinon.}
\end{align*} 
\right.

L’amplitude de l’encadrement souhaité fournit :

\begin{align*}
\frac{1+A}{2^n} &\leq 10^{-3} \\
1000(1+A)&\leq 2^n\\
3 + \log(1+A)&\leq n(\log 2)\\
\frac{3+\log(1+2\sqrt{10})}{\log 2} &\leq n\\
12,8&\leq n\\
13&\leq n.
\end{align*}

Il suffit de faire tourner la boucle de l’algorithme ci-dessous $13$ fois.

25/02/2024 - Avosz image article 322 programme dichotomie pour borne de cauchy

Il vient :

\begin{align*}
u_{13}\leq c(P) \leq v_{13}.
\end{align*}

En prenant la valeur approchée par défaut de $u_{13}$ à $10^{-4}$ et celle par excès de $v_{13}$ à $10^{-4}$, il vient un encadrement correct :

\boxed{5,0177\leq c(P) \leq 5,0187.}

Note. La borne de Cauchy fournit un majorant du module de l’ensemble des racines de $P.$ Cependant ce dernier est loin d’être optimal, même s’il peut arriver que certains polynômes aient une racine égale à leur borne de Cauchy.

321. La borne de Cauchy (1/2)

Etant donné un polynôme à coefficients complexes non constant, comment majorer le module de ses racines ?

Une réponse sera abordée dans cet article, grâce à la notion de borne de Cauchy.

Soit $n$ un entier naturel non nul et soit $P\in\C[X]$ un polynôme unitaire de degré $n.$ Il existe $n$ coefficients, $a_0,\dots,a_{n-1}$ tels que :

P(X) = X^n + a_{n−1}X^{n−1} + \cdots + a_1X + a_0.

Le cas $a_0 = \cdots = a_{n-1} = 0$ fournit $P(X) = X^n$ et $P$ admet $0$ pour racine unique.

Dans la suite, vous supposerez que les coefficients $a_0,\dots,a_{n-1}$ ne sont pas tous simultanément nuls.

Ramenez-vous à un polynôme réel

Considérez le polynôme $Q\in\R[X]$ défini par :

Q(X) = X^n - \vert a_{n−1}\vert X^{n−1} - \cdots - \vert a_1\vert X - \vert a_0\vert.

Ensuite, pour tout réel $x > 0$ vous posez :

f(x) = \frac{Q(x)}{x^n}.

Cette égalité définit une fonction réelle $f$, définie sur $]0,+\infty[.$

Notez que, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
 f(x) &= 1-\frac{\vert a_{n−1}\vert}{x} - \cdots - \frac{\vert a_1\vert}{x^{n-1}} - \frac{\vert a_0\vert}{x^n}\\
&=1-\sum_{k=1}^n \frac{\vert a_{n-k}\vert}{x^k}\\
&=1-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}}.
\end{align*}

En dérivant, il vient, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
f'(x) &= - \sum_{k=1}^n \frac{-k \vert a_{n-k} \vert }{x^{k+1}}\\
&=   \sum_{k=1}^n \frac{k \vert a_{n-k} \vert }{x^{k+1}}\\
&=  \sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{(n-\ell) \vert a_{\ell} \vert }{x^{n-\ell+1}}.
\end{align*}

Soit $i\in\llbracket 0,n-1\rrbracket$ tel que $a_i \neq 0.$ Par positivité des éléments de la somme précédente, vous déduisez:

\forall x>0, f'(x)\geq \frac{(n-i)\vert a_i \vert}{x^{n-i+1}}.

Comme $\vert a_i \vert >0$ vous déduisez:

\forall x>0, f'(x) >0.

Sur l’intervalle $]0,+\infty[$ la fonction $f$ est strictement croissante.

D’autre part, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
 \sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\geq \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\leq - \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
1-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\leq 1- \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
f(x) &\leq 1- \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}.
\end{align*}

D’autre part, comme $n-i > 0$, vous déduisez:

\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} x^{n-i} = 0^{+}.

Ainsi:

\begin{align*}
\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} \frac{\vert a_i \vert}{x^{n-i}} &= +\infty \\
\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} 1-\frac{\vert a_i \vert}{x^{n-i}} &= -\infty.
\end{align*}

Par comparaison, il vient:

\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} f(x) = -\infty.

Maintenant, pour l’étude en $+\infty$ vous pouvez remarquer que:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \lim_{x\to +\infty} x^k = +\infty.

Du coup:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \lim_{x\to +\infty} \frac{\vert a_{n-k}\vert}{x^k}  = 0.

Par somme, vous déduisez:

\lim_{x\to +\infty} f(x) = 1.

Compte tenu des limites précédentes, de la continuité de $f$ sur $]0,+\infty[$ et de sa stricte monotonie, vous avez établi que la fonction $f$ réalise une bijection de $]0,+\infty[$ vers $]-\infty,1[.$

Comme $0\in]-\infty,1[$, l’équation $f(x) = 0$ admet une solution et une seule dans $]0,+\infty[.$

Définissez la borne de Cauchy

D’après la section précédente, il existe un unique réel strictement positif, noté $c(P)$ tel que $f(c(P))=0.$ Le nombre $c(P)$ sera appelé borne de Cauchy du polynôme $P.$

Vous allez montrer que $c(P)$ est l’unique solution strictement positive de l’équation $Q(x)=0.$

Analyse. Soit $t\in\R$ un nombre strictement positif tel que $Q(t) = 0.$ Alors $\frac{Q(t)}{t^n} = 0$ donc $f(t)=0$ et $t = c(P).$

Synthèse. Posez $t = c(P)$. Alors $t>0$ et comme $f(t)=0$ il vient $\frac{Q(t)}{t^n} = 0$ puis $Q(t)=0.$

En définitive, il existe un unique réel strictement positif, noté $c(P)$ et appelé borne de Cauchy, tel que:

\boxed{c(P)^n =  \vert a_{n−1}\vert c(P)^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert c(P) + \vert a_0\vert.}

Obtenez un encadrement du maximum du module des racines de $P$

En tant que polynôme unitaire de $\C[X]$ et en vertu du théorème de d’Alembert, il existe $n$ nombres complexes (pas nécessairement distincts) $r_1,\dots, r_n$ tels que :

P(X) = (X-r_1)\cdots(X-r_n).

Vous notez $\boxed{R = \max \{\vert r_i\vert, i\in\llbracket 1,n\rrbracket\}.}$

Une majoration de $R$

Soit $i\in\llbracket 1, n\rrbracket.$ Comme $P(r_i) = 0$, vous déduisez :

\begin{align*}
r_i^n &= - a_{n−1}r_i^{n−1} - \cdots - a_1r_i - a_0\\
\vert r_i\vert ^n &= \vert -a_{n−1}r_i^{n−1} - \cdots - a_1r_i - a_0 \vert\\
\vert r_i\vert ^n &= \vert a_{n−1}r_i^{n−1} + \cdots + a_1r_i + a_0 \vert.
\end{align*} 

Utilisant l’inégalité triangulaire :

\begin{align*}
\vert r_i\vert ^n &\leq \vert a_{n−1} r_i\vert^{n−1} + \cdots + \vert a_1r_i\vert + \vert a_0 \vert\\
 &\leq \vert a_{n−1}\vert \vert  r_i\vert^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert \vert r_i\vert + \vert a_0 \vert\\
&\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert.
\end{align*}

Ainsi :

\forall i\in\llbracket 1,n\rrbracket, \vert r_i\vert^n\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert.

Or, il existe $i_0\in\llbracket 1, n\rrbracket$ tel que $R = \vert r_{i_0}\vert.$ Du coup :

\begin{align*}
R^n&\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert \\
R^n -\vert a_{n−1}\vert R^{n−1} - \cdots - \vert a_1\vert R - \vert a_0 \vert &\leq 0\\
Q(R)&\leq 0.
\end{align*} 

Si $R$ est nul, alors $\vert r_1 \vert = \cdots = \vert r_n \vert = 0$ et donc $P(X) = X^n$ ce qui entraîne la nullité de tous les coefficients $a_0,\dots,a_{n-1}$ ce qui est absurde. Donc $R>0.$

Du coup, $\frac{Q(R)}{R^n} \leq 0$ soit $f(R)\leq 0$ et par suite $f(R)\leq f(c(P)).$ Supposez que $R > c(P).$ Comme $c(P)>0$, $R$ et $c(P)$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Comme $f$ est strictement croissante sur cet intervalle, vous déduisez $f(R) > f(c(P))$, contradiction.

Ainsi, le maximum des modules des racines de $P$ est inférieur ou égal à la borne de Cauchy:

\boxed{R\leq c(P).}

Une minoration de $R$

Vous développez l’expression:

P(X) = (X-r_1)\cdots(X-r_n).

Pour cela vous utilisez les fonctions symétriques des racines:

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 &= r_1+\cdots+r_n =\sum_{i=1}^n r_i\\
\vdots\\
\sigma_k &= \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} r_{i_1}\cdots r_{i_k}\\
\vdots\\
\sigma_n &= r_1\cdots r_n.\\
\end{align*}
\right.

Il vient:

P(X) = X^n-\sigma_1X^{n-1}+\cdots+(-1)^k \sigma_kX^{n-k}+\cdots+(-1)^n\sigma_n.

Or:

P(X) = X^n + \sum_{k=1}^n a_{n−k}X^{n−k}.

Par identification, vous déduisez:

\forall k\in\llbracket 1,n\rrbracket, a_{n-k} = (-1)^k\sigma_k.

Soit maintenant $k$ fixé appartenant à l’intervalle d’entiers $\llbracket 1, n\rrbracket.$ Vous avez:

\begin{align*}
\vert a_{n-k} \vert &= \vert \sigma_k\vert \\
&=\left\vert \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} r_{i_1}\cdots r_{i_k} \right\vert.
\end{align*}

Par inégalité triangulaire:

\begin{align*}
\vert a_{n-k} \vert &\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} \vert r_{i_1}\cdots r_{i_k} \vert \\
&\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} \vert r_{i_1}\vert \cdots \vert r_{i_k} \vert \\
&\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n}R^k \\
&\leq  \binom{n}{k} R^k.
\end{align*}

Ainsi:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \vert a_{n-k} \vert \leq  \binom{n}{k} R^k.

Or:

c(P)^n =  \sum_{k=1}^n\vert a_{n−k}\vert c(P)^{n−k}.

Vous déduisez la majoration:

c(P)^n \leq  \sum_{k=1}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k}.

Il manque un terme pour obtenir le développement du binôme. Vous rajoutez ce terme:

\begin{align*}
c(P)^n + c(P)^n &\leq  \sum_{k=1}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k} + c(P)^n \\
2 c(P)^n &\leq  \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k} \\
2 c(P)^n &\leq   (R + c(P) )^{n} \\
\sqrt[n]{2} c(P) &\leq R+c(P).
\end{align*} 

Finalement :

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq R.}

Concluez

En notant $R$ le maximum des modules de racines de $P$ et $c(P)$ la borne de Cauchy de $P$, vous avez un encadrement de $R$ :

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq R\leq c(P).}

Une majoration de $c(P)$ par les coefficients du polynôme $P$

Il a été vu que $c(P)$ vérifie l’égalité suivante $f(c(P))=0.$

Pour effectuer une majoration, vous posez :

A = \max\{\vert a_i\vert, i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket\}.

Remarquez que $A >0.$

Cela aboutit à :

\begin{align*}
\vert a_{n−1}\vert (1+A)^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert (1+A) + \vert a_0\vert &\leq A((1+A)^{n-1}+\cdots+(1+A)+1)\\
&\leq A  \times \frac{(1+A)^n-1}{(1+A)-1} \\
&\leq (1+A)^n-1\\
&< (1+A)^n.
\end{align*}

Par suite, $Q(1+A) > 0$ et donc $\frac{Q(1+A)}{(1+A)^n} > 0$ donc $f(1+A)>0$ et donc $f(1+A)> f(c(P)).$

Si $1+A\leq c(P) $, alors vu que $c(P)>0$ les réels $c(P)$ et $1+A$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Or $f$ est croissante sur cet intervalle, donc $f(1+A)\leq f(c(P))$, contradiction. Ainsi $c(P) < 1+A.$

Concluez

Pour tout polynôme $P$ à coefficients complexes non constant, vous notez $\rho(P)$ le maximum du module de ses racines.

Pour tout polynôme $P$ unitaire à coefficients complexes, non constant de degré $n\in\NN$, différent de $X^n$, il existe un unique $n$-uplet $(a_0\dots,a_{n-1})\in\C^n \setminus \{(0,\dots,0)\}$ tel que:

P(X) = X^n + a_{n−1}X^{n−1} + \cdots + a_1X + a_0.

De plus, il existe un unique $c(P)\in\R_{+}^{*}$, appelé borne de Cauchy de $P$, qui est la seule solution de l’équation suivante d’inconnue $x\in\R_{+}^{*}$:

x^n = \vert a_{n-1}\vert x^{n-1}+\cdots+\vert a_1\vert  x +\vert a_0\vert .

De plus, les inégalités suivantes sont vérifiées:

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq \rho(P)\leq c(P)< 1+\max \{\vert a_i \vert, i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket \}.}

320. Le théorème de Gauss-Lucas

Considérez un entier $n$ supérieur ou égal à $2$ et fixez un polynôme, noté $P$, à coefficients complexes, de degré $n.$

Le théorème de Gauss-Lucas fournit une information sur la localisation des racines du polynôme dérivé $P’$ à partir des racines de $P.$

Note. Pour avoir $P’$ non constant (et donc scindé sur $\C[X]$) l’hypothèse $n\geq 2$ s’avère pertinente. Le cas où $P$ est constant conduit à $P’ = 0$ et $P’$ est constant. Le cas où $P$ est de degré $1$ amène à avoir $P’$ constant aussi.

Grâce au théorème de d’Alembert, le polynôme $P$ est scindé sur $\C[X]$. Autrement dit, il existe un nombre complexe $a$ non nul et $n$ nombres complexes $\lambda_1,\dots,\lambda_n$ pas nécessairement distincts, tels que :

\boxed{P(X) = a(X-\lambda_1)\cdots(X-\lambda_n).}

Remarque. Toujours grâce au théorème de d’Alembert, $P’$ qui est non constant est scindé sur $\C[X]$ et il admet au moins une racine complexe.

Calculez le polynôme dérivé $P’$

Quand on dérive un produit, on ne dérive qu’un seul facteur à la fois, puis on fait la somme. Ceci peut être illustré avec $2$ ou $3$ facteurs, quels que soient les polynômes complexes $F$, $G$ et $H$ vous avez :

\begin{align*}
(FG)' &= F'G+FG'\\
(FGH)' &= F'GH+FG'H+FGH'.
\end{align*}

Vous écrivez $P(X)$ comme le produit suivant :

P(X)= a\prod_{i=1}^n (X-\lambda_i).

En dérivant cette expression, vous déduisez :

\boxed{P'(X) = a\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (X-\lambda_i).}

Exemple. Avec $n=3$, vous avez :

P(X) =a(X-\lambda_1)(X-\lambda_2)(X-\lambda_3).

En dérivant, il vient :

P'(X) = a(X-\lambda_2)(X-\lambda_3)+a(X-\lambda_1)(X-\lambda_3)+a(X-\lambda_1)(X-\lambda_2).

Trouvez une égalité satisfaite pour une racine de $P’$

Soit maintenant $z$ un nombre complexe qui soit une racine du polynôme dérivé $P’.$

Le cas le plus rapide est celui où $z\in\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}.$

Supposez dans la suite que :

z\notin\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}.

Comme $P'(z) =0$, il vient :

a\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0.

En divisant par $a$ qui est non nul, vous avez :

\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0.

D’autre part, pour tout entier $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $z-\lambda_i\neq 0.$

Du coup, le produit suivant est non nul :

\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)\neq 0.

Fixez maintenant un entier $j\in\llbracket 1, n\rrbracket.$

Le quotient suivant se simplifie :

\begin{align*}
\frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)}
&=\frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{(z-\lambda_j)\prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i)} \\
&= \frac{1}{z-\lambda_j}.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall j\in\llbracket 1,n\rrbracket, \frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)} = \frac{1}{z-\lambda_j}.}

En divisant $\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0$ par le produit $\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)$ vous déduisez :

\sum_{j=1}^n \frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i)  }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)}= 0.

Finalement, pour tout nombre complexe $z$ qui est racine de $P’$ :

\boxed{\sum_{j=1}^n \frac{1}{z-\lambda_j} = 0 \text{ ou } z\in\{\lambda_i, 1\leq i\leq n\}.}

Exemple. Avec $n=3$, si $z$ est une racine de $P’$ telle que $z\notin\{\lambda_i, 1\leq i\leq 3\}$, vous avez :

\frac{1}{z-\lambda_1}+\frac{1}{z-\lambda_2}+\frac{1}{z-\lambda_3} = 0.

L’enveloppe convexe des racines de $P$

Cet ensemble est défini comme étant l’ensemble des nombres complexes qui peuvent s’écrire comme un barycentre des nombres $\lambda_1,\dots,\lambda_n.$

Formellement, l’enveloppe convexe des racines de $P$ est défini par :

\boxed{C = \{u\in\C, \exists (t_1,\dots,t_n)\in\R_{+}^n \setminus (0,\dots,0),\quad t_1\lambda_1+\cdots t_n\lambda_n =(t_1+\cdots+t_n)u \}.}

Montrez que toute racine de $P’$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P$

Soit $z$ une racine de $P’.$

Traitez le cas où $z$ est racine de $P$

Si $z\in\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}$, il existe $k\in\llbracket 1,n\rrbracket$ tel que $z = \lambda_k.$

Pour tout $i\in\llbracket 1,n \rrbracket \setminus \{k\}$ vous posez $t_i = 0.$ Vous posez $t_k = 1.$

D’une part :

t_1\lambda_1+\cdots+t_n\lambda_n = t_k\lambda_k = \lambda_k.

D’autre part :

(t_1+\cdots+t_n) z = 1\times \lambda_k.

Ainsi :

t_1\lambda_1+\cdots+t_n\lambda_n = (t_1+\cdots+t_n) z.

Pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $t_i\in\R_{+}$ et comme $t_k\neq 0$ vous avez $(t_1,\dots,t_n)\neq (0,\dots,0).$

Donc $\boxed{z\in C.}$

Traitez le cas où $z$ n’est pas racine de $P$

Vous avez l’égalité :

\sum_{j=1}^n \frac{1}{z-\lambda_j} = 0.

Afin de faire apparaître des nombres réels positifs, vous multipliez les $n$ fractions par le conjugué de leur dénominateur. Cela est rendu possible puisque, pour tout $j\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $\overline{z} \neq \overline{\lambda_j}.$

\sum_{j=1}^n \frac{\overline{z}-\overline{\lambda_j}}{(z-\lambda_j)(\overline{z}-\overline{\lambda_j})} = 0.

Cela s’écrit, avec le module :

\sum_{j=1}^n \frac{\overline{z}-\overline{\lambda_j}}{\vert z-\lambda_j\vert^2} = 0.

Vous conjuguez encore cette égalité :

\sum_{j=1}^n \frac{z-\lambda_j}{\vert z-\lambda_j\vert^2} = 0.

Ainsi :

\begin{align*}
\sum_{j=1}^n \frac{z}{\vert z-\lambda_j\vert^2} &= \sum_{j=1}^n \frac{\lambda_j}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\\
\left(\sum_{j=1}^n \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\right)z &= \sum_{j=1}^n \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\lambda_j.
\end{align*}

Pour tout $j\in\llbracket 1, n\rrbracket$, vous posez $t_j = \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}$ qui est un réel strictement positif.

Vous avez obtenu :

\left(\sum_{j=1}^n t_j\right) z = \sum_{j=1}^n t_j\lambda_j.

Comme $t_1\neq 0$, $(t_1,\dots,t_n)\in\R_{+}\setminus \{0,\dots,0\}.$

Ainsi vous avez encore $\boxed{z\in C.}$

Le théorème de Gauss-Lucas est démontré et il s’énonce ainsi : pour tout polynôme $P\in\C[X]$ de degré supérieur ou égal à $2$, toute racine de $P’$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P.$

Premier prolongement

Soit $P$ un polynôme réel scindé de degré supérieur ou égal à $2$. Autrement dit, il existe un entier $m$ supérieur ou égal à $2$, un nombre $a\in\R$ non nul et des réels $r_1,\dots,r_m$ avec $r_1\leq \cdots \leq r_m$ tels que :

P(X) = a(X-r_1)\cdots(X-r_m).

Pourriez-vous démontrer, à l’aide du théorème de Gauss-Lucas, que $P’$ est scindé sur $\R[X]$ et que toute racine de $P’$ appartient à l’intervalle $[r_1,r_m]$ ?

Autre prolongement

Si $P$ est un polynôme réel de degré supérieur ou égal à $2$ et qui admet au moins deux racines réelles distinctes, notées, $r_1 < \dots < r_q$, est-il vrai que toutes les racines réelles de $P’$ sont situées dans l’intervalle $[r_1,r_q]$ ? Pour en savoir davantage, allez lire le contenu rédigé dans l'article 336.

319. Inégalité triangulaire généralisée avec des nombres complexes (2/2)

Dans ce document, vous trouverez l’étude complète du cas d’égalité de l’inégalité triangulaire généralisée qui arrive que le prolongement du contenu rédigé de l'article 318.

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$.

Supposez qu’il existe $n$ nombres complexes $z_1,\dots, z_n$, avec $z_1\neq 0$, qui vérifient l’égalité :

\vert z_1+\dots+z_n \vert = \vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert.

Pour en savoir plus, il semble logique d’élever au carré, exactement comme dans le cas où $n=2$, décrit dans l'article 318.

Elevez au carré le membre de gauche

En utilisant le conjugué de nombres complexes, vous établissez successivement :

\begin{align*}
\vert z_1+\dots+z_n \vert^2 &= (z_1+\dots+z_n)(\overline{z_1+\dots+z_n})\\
&= (z_1+\dots+z_n)(\overline{z_1}+\dots+\overline{z_n})\\
&=\left(\sum_{i=1}^n z_i\right)\left(\sum_{j=1}^n \overline{z_j}\right)\\
&=\sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n}}  z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ i=j}}  z_i\overline{z_j}+\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ i<  j}}  z_i\overline{z_j}+\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ j<  i}}  z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  z_i\overline{z_j}+\sum_{1\leq j < i \leq n} z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  z_i\overline{z_j}+\sum_{1\leq i < j \leq n} z_j\overline{z_i}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  (z_i\overline{z_j}+ z_j\overline{z_i})\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  (z_i\overline{z_j}+ \overline{z_i \overline{z_j}})\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  2\mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}).
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\vert z_1+\dots+z_n \vert^2  =\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert^2+2 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}).}

Elevez au carré le membre de droite

Les calculs sont similaires.

\begin{align*}
(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)^2 &= (\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)\\
&= \left(\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert\right)   \left(\sum_{j=1}^n \vert z_j \vert\right)\\
&= \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ i = j}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ i < j}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ j < i}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{1 \leq j < i \leq n } \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{1 \leq i < j \leq n } \vert z_j\vert \vert z_i \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert \overline{z_j} \vert.
\end{align*}

Finalement :

\boxed{(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)^2 = \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.}

Déduisez-en une propriété vérifiée par les nombres complexes $z_1\overline{z_k}$, pour $2\leq k \leq n$

L’égalité :

\vert z_1+\dots+z_n \vert = \vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert

fournit, après élévation au carré :

\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert^2+2 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) = \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Du coup :

 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) =\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Maintenant vous allez raisonner par l’absurde.
Supposez qu’il existe un entier $k\in\llbracket 2, n\rrbracket$ tel que :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  \neq  \vert z_1\overline{z_k}\vert.

Comme la partie réelle d’un nombre complexe est toujours inférieure à son module, vous déduisez que :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  <  \vert z_1\overline{z_k}\vert.

D’autre part, pour tout $j\in\llbracket 2, n\rrbracket \setminus \{k\}$ vous avez :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})  \leq  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

Par somme, vous avez l’inégalité stricte :

\mathrm{Re}(z_1\overline{z_k}) + \sum_{\substack{2\leq j \leq n \\ j\neq k}} \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})   < \vert z_1\overline{z_k}\vert + \sum_{\substack{2\leq j \leq n \\ j\neq k}}  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

Ainsi :

 \sum_{2\leq j \leq n } \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})   < \sum_{2\leq j \leq n }  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

D’autre part :

 \sum_{2\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) \leq \sum_{2 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Par sommation des deux dernières inégalités, vous obtenez l’inégalité stricte :

 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) < \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Cela contredit l’égalité $\sum_{1\leq i < j \leq n } \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) =\sum_{1 \leq i < j \leq n } \vert z_i \overline{z_j} \vert.$

Il est ainsi établi le résultat suivant. Pour tout entier $k$ compris entre $2$ et $n$ :

\boxed{ \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  = \vert z_1\overline{z_k}\vert.}

Déterminez les nombres complexes $z$ dont la partie réelle est égale au module

Cette section est un aparté.

Soit $z$ un nombre complexe tel que :

\mathrm{Re}(z) = \vert z \vert.

Ecrivez $z$ sous forme algébrique. Il existe deux réels $x$ et $y$ tels que :

z = x+iy.

Comme :

x = \sqrt{x^2+y^2}

vous déduisez immédiatement que $x$ est un réel positif.

Maintenant, en élevant au carré :

x^2 = x^2+y^2

donc $y^2=0$ puis $y=0$ et $z = x.$

Vous avez ainsi établi ce résultat :

\boxed{\forall z\in\C, \mathrm{Re}(z) = \vert z \vert \implies z\in\R_{+}.}

Concluez

Soit $k$ un entier compris entre $2$ et $n.$
Puisque $ \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k}) = \vert z_1\overline{z_k}\vert$, vous déduisez que $z_1\overline{z_k}\in\R_{+}.$

Il existe donc un réel positif $t_k$ tel que :

z_1\overline{z_k} = t_k.

Comme $z_1$ est supposé non nul :

\overline{z_k} = \frac{t_k}{z_1}.

$\overline{z_1}$, $\vert z_1 \vert $ étant non nuls :

\begin{align*}
\overline{z_k} &= \frac{t_k}{z_1\overline{z_1}}\overline{z_1}\\
&= \frac{t_k}{\vert z_1\vert ^2}\overline{z_1}.
\end{align*}

Vous conjuguez cette égalité et tenez compte du fait que $t_k$ est réel :

z_k = \frac{t_k}{ \vert z_1 \vert ^2}z_1.

Vous posez maintenant $u_k = \frac{t_k}{\vert z_1 \vert^2}.$ Alors $u_k \in\R_{+}$ et :

z_k = u_k z_1.

En définitive :

\boxed{\forall k\in \llbracket 2, n\rrbracket, \exists u_k\in\R_{+}, z_k = u_k z_1.}

En d’autres termes, les nombres complexes non nuls parmi $z_1,\dots, z_n$ ont tous le même argument modulo $2\pi.$

318. Inégalité triangulaire généralisée avec des nombres complexes (1/2)

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Le but de cet article est de démontrer que, étant donnés $n$ nombres complexes $z_1, \dots z_n$, l’inégalité suivante, appelée inégalité triangulaire généralisée est vérifiée :

\vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.

Etablissez le cas où il y a seulement deux nombres complexes

Soient $z_1$ et $z_2$ deux nombres complexes.

Vous calculez le carré du nombre réel positif $\vert z_1+z_2 \vert$ :

\begin{align*}
\vert z_1+z_2\vert^2 &= (z_1+z_2)(\overline{z_1+z_2})\\
&= (z_1+z_2)(\overline{z_1}+\overline{z_2})\\
&=z_1\overline{z_1} + z_1\overline{z_2} + z_2\overline{z_1}+z_2\overline{z_2}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + z_1\overline{z_2} + z_2\overline{z_1}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + z_1\overline{z_2} + \overline{z_1\overline{z_2}}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\mathrm{Re}(z_1\overline{z_2}).
\end{align*}

La partie réelle d’un nombre complexe est inférieure ou égale à son module, donc :

\mathrm{Re}(z_1\overline{z_2})\leq \vert z_1\overline{z_2}\vert.

Vous déduisez de ce qui précède :

\begin{align*}
\vert z_1+z_2\vert^2 &\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\overline{z_2}\vert\\
&\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\vert \vert \overline{z_2}\vert\\
&\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\vert \vert z_2\vert.
\end{align*}

Or :

(\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert)^2 = \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2+2\vert z_1\vert \vert z_2\vert.

Ainsi :

\vert z_1+z_2\vert^2 \leq (\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert)^2.

Comme $\vert z_1+z_2\vert$ et $\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert$ sont deux réels positifs, ils sont rangés dans le même ordre que leur carré. D’où :

\boxed{\vert z_1+z_2\vert \leq \vert z_1\vert + \vert z_2 \vert.}

Etablissez le cas général

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété :  » quels que soient les nombres complexes $z_1,\dots, z_n$, $\vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert$ ».

Initialisation. Le cas où $n=2$ a été établi à la section précédente.

Hérédité. Soit maintenant $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que la propriété $\mathscr{P}(n)$ est vérifiée.

Soit $(z_1,\dots , z_n, z_{n+1})\in\C^{n+1}.$

Pour posez $z = z_1+\cdots+z_n.$

Alors :

\vert z_1 + \cdots +z_n + z_{n+1}|  = \vert z +  z_{n+1} \vert.

Or, d’après l’initialisation :

\vert z +  z_{n+1} \vert \leq \vert z \vert + \vert z_{n+1} \vert .

D’autre part :

\vert z \vert + \vert z_{n+1} \vert=  \vert z_1+\cdots+z_n \vert + \vert z_{n+1} \vert.

Vous faites appel à l’hypothèse de récurrence, il vient :

 \vert z_1+\cdots+z_n \vert + \vert z_{n+1} \vert \leq \vert  z_1 \vert + \cdots+\vert  z_n \vert +\vert z_{n+1} \vert.

De ce qui précède, vous déduisez :

\vert z_1 + \cdots +z_n + z_{n+1}|  \leq  \vert  z_1 \vert + \cdots+\vert  z_n \vert +\vert z_{n+1} \vert.

La propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est donc vérifiée.

Concluez

Il est ainsi établi par récurrence que :

\boxed{\forall n\geq 2, \forall (z_1\dots, z_n)\in\C^n, \vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.}

Prolongement

Il est possible d’aller plus loin.
Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$. Soient $n$ nombres complexes $z_1, \dots z_n$ avec $z_1\neq 0$, tels que :

\vert z_1 + \cdots +z_n| = \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.

Alors il existe $n-1$ réels positifs $u_2, \dots u_{n}$ tels que :

\forall i\in \llbracket 2, n\rrbracket, z_i = u_i z_1.

Ce résultat sera démontré dans le contenu rédigé dans l'article 319.

317. Les sommes de Newton (2/2)

Soient $x_1$, $x_2$ et $x_3$ les trois racines réelles du polynôme $X^3-2X-1.$

Sans chercher à calculer ces nombres directement, vous allez déterminer la valeur exacte de :

x_1^6+x_2^6+x_3^6.

Abaissez le degré

Vous effectuez la division euclidienne du polynôme $X^6$ par $X^3-2X-1.$

\begin{align*}
X^6 - (X^3-2X-1)X^3 &=2X^4+X^3 \\
 2X^4+X^3 - (X^3-2X-1)(2X) &= X^3+4X^2+2X\\
X^3+4X^2+2X - (X^3-2X-1)(1) &= 4X^2+4X+1.
\end{align*}

Ainsi :

X^6 - (X^3-2X+1)(X^3+2X+1) = 4X^2+4X+1.

En substituant à l’indéterminée $X$ les réels $x_1$, $x_2$ et $x_3$, vous obtenez finalement :

\forall i \in\llbracket 1, 3\rrbracket, x_i^6 = 4x_i^2+4x_i+1.

Par somme, il vient :

\boxed{x_1^6+x_2^6+x_3^6 = 4(x_1^2+x_2^2+x_3^2)+4(x_1+x_2+x_3)+3.}

Note. Prenez garde, en effectuant la somme, au dernier terme qui est $1$ plus $1$ plus $1$, soit $3.$

Calculez les fonctions symétriques des racines

Puisque $X^3-2X-1 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3)$, en développant, il vient :

\begin{align*}
X^3-2X-1 &= (X^2-(x_1+x_2)X+x_1x_2)(X-x_3) \\
&=X^3-(x_1+x_2)X^2+x_1x_2X-x_3X^2+(x_1x3+x_2x_3)X-x_1x_2x_3\\
&=X^3+(-x_1-x_2-x_3)X^2+(x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)X-x_1x_2x_3.
\end{align*}

Par identification des coefficients, il vient :

\left\{\begin{align*}
-x_1-x_2-x_3 &= 0\\
x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3 &= -2\\
-x_1x_2x_3 &= -1.
\end{align*}
\right.

Déterminez la première somme de Newton

D’après ce qui précède :

\boxed{x_1+x_2+x_3 = 0.}

Déterminez la deuxième somme de Newton

Vous élevez au carré la première somme de Newton :

\begin{align*}
(x_1+x_2+x_3)^2 &= 0\\
x_1^2+x_2^2+x_3^2+2(x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3) &= 0\\
x_1^2+x_2^2+x_3^2 &= -2\times (-2).
\end{align*}

Vous déduisez :

\boxed{x_1^2+x_2^2+x_3^2 = 4.}

Concluez

En utilisant les résultats précédents :

\begin{align*}
x_1^6+x_2^6+x_3^6 &= 4(x_1^2+x_2^2+x_3^2)+4(x_1+x_2+x_3)+3 \\
&= 4\times 4+4\times 0+3.
\end{align*}

La valeur cherchée est trouvée :

\boxed{x_1^6+x_2^6+x_3^6 = 19.}

316. Les sommes de Newton (1/2)

Contrairement au contenu rédigé dans l'article 084, vous allez utiliser un exemple à partir duquel vous allez construire les formules donnant les relations qui lient les sommes de Newton.

Soient $x_1$, $x_2$ et $x_3$ trois nombres complexes vérifiant les conditions suivantes :

\left\{\begin{align*}
x_1+x_2+x_3 &= 3 \\
x_1^3+x_2^3+x_3^3 &= 15 \\
x_1^4+x_2^4+x_3^4 &= 35.
\end{align*}
\right.

Le but de cet article consiste à calculer la valeur de :

x_1^5+x_2^5+x_3^5

sans chercher à calculer explicitement les complexes $x_1$, $x_2$ et $x_3.$

Introduisez les symétries

Comme les données sont invariantes par permutation quelconque des complexes $x_1$, $x_2$ et $x_3$ vous allez poser :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 &= x_1+x_2+x_3 \\
\sigma_2 &= x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3 \\
\sigma_3 &= x_1x_2x_3.
\end{align*}
\right.

Introduisez les sommes de Newton

Pour tout entier $i$ supérieur ou égal à $1$, vous posez :

S_i = x_1^i+x_2^i+x_3^i.

Le problème est reformulé ainsi. Sachant que :

\left\{\begin{align*}
S_1 &= 3\\
S_3 &= 15\\
S_4 &= 35
\end{align*}
\right.

calculez le nombre $S_5.$

Calculez $\sigma_1$, $\sigma_2$ et $\sigma_3$

Comme :

\begin{align*}
\sigma_1 &= x_1+x_2+x_3 \\
&= S_1\\
&=3
\end{align*}

il reste à calculer $\sigma_2$ et $\sigma_3.$

Etablissez un lien entre $S_2$ et $S_1$

Comme le degré total de $S_2$ est $2$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_1.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_1 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1+x_2+x_3) \\
&= x_1^2+x_1x_2+x_1x_3+x_1x_2+x_2^2+x_2x_3+x_1x_3+x_2x_3+x_3^2\\
&= S_2+2x_1x_2+2x_1x_3+2x_2x_3\\
&= S_2 + 2\sigma_2.
\end{align*}

Vous obtenez la relation de Newton suivante :

\boxed{S_2 = \sigma_1S_1-2\sigma_2.}

Ainsi, il vient :

\boxed{S_2 = 9-2\sigma_2.}

Etablissez un lien entre $S_3$ et les sommes $S_1$ et $S_2$

Comme le degré total de $S_3$ est $3$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_2.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_2 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1^2+x_2^2+x_3^2) \\
&= x_1^3+x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^3+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2+x_3^3\\
&=S_3+x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{2,1} &= x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2 \\
&= x_2^2x_1+x_3^2x_1+x_1^2x_2+x_3^2x_2+x_2^2x_3+x_1^2x_3 \\
&= (x_2^2+x_3^2)x_1+(x_1^2+x_3^2)x_2+(x_2^2+x_1^2)x_3 \\
&= \sum_{1\leq i\leq 3}\sum_{\substack{1\leq j\leq 3 \\j\neq i}}x_j^2x_i.
\end{align*}

Vous avez obtenu :

\sigma_1 S_2 = S_3 + P_{2,1}.

De même, calculez $\sigma_2 S_1$ qui aura un degré total de $3.$

\begin{align*}
\sigma_2 S_1 &= (x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)(x_1+x_2+x_3) \\
&= x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2x_3+x_1x_2^2+x_1x_2x_3+x_2^2x_3+x_1x_2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2\\
&=P_{2,1}+3\sigma_3.
\end{align*}

Du coup :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 S_2 &= S_3 + P_{2,1}\\
\sigma_2 S_1 &= P_{2,1} + 3\sigma_3.
\end{align*}
\right.

Par soustraction, vous éliminez $P_{2,1}$ et obtenez une nouvelle relation de Newton :

\boxed{S_3 = \sigma_1S_2-\sigma_2S_1+3\sigma_3.}

Ainsi, il vient :

15 = 3S_2-3\sigma_2+3\sigma_3.

Après division par $3$ :

\boxed{5 = S_2-\sigma_2+\sigma_3.}

Etablissez un lien entre $S_4$ et les sommes $S_1$, $S_2$, $S_3$

Comme le degré total de $S_4$ est $4$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_3.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_3 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1^3+x_2^3+x_3^3) \\
&= x_1^4+x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^4+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3+x_3^4\\
&=S_4+x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{3,1} &= x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3 \\
&= (x_2^3+x_3^3)x_1+(x_1^3+x_3^3)x_2+(x_2^3+x_1^3)x_3 \\
&= \sum_{1\leq i\leq 3}\sum_{\substack{1\leq j\leq 3 \\j\neq i}}x_j^3x_i.
\end{align*}

Vous avez obtenu :

\sigma_1 S_3 = S_4 + P_{3,1}.

De même, calculez $\sigma_2 S_2$ qui aura un degré total de $4.$

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 &= (x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)(x_1^2+x_2^2+x_3^2) \\
&=x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1^2x_2x_3+x_1x_2^3+x_1x_2^2x_3+x_2^3x_3+x_1x_2x_3^2+x_1x_3^3+x_2x_3^3\\
&=P_{3,1}+x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{2,1,1} &= x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2\\
&= \sum_{1\leq i< j \leq 3}\sum_{\substack{1\leq k\leq 3 \\k \notin\{i,j\} }}x_k^2x_jx_i.
\end{align*}

Ainsi :

\sigma_2 S_2 = P_{3,1}+P_{2,1,1}.

Vous calculez maintenant $\sigma_3 S_1.$

\begin{align*}
\sigma_3 S_1 &= x_1x_2x_3(x_1+x_2+x_3)\\
 &= x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2 \\
&=P_{2,1,1}.
\end{align*}

Pour récapituler, vous avez :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 S_3 &= S_4 + P_{3,1}\\
-\sigma_2 S_2 &= -P_{3,1} - P_{2,1,1}\\
\sigma_3 S_1 &= P_{2,1,1}
\end{align*}
\right.

Par somme, vous éliminez $P_{3,1}$ et $P_{2,1,1}.$ Vous obtenez une somme de Newton :

\boxed{S_4 = \sigma_1S_3 -\sigma_2S_2+\sigma_3S_1.}

Dans le cas présent, il vient :

35 = 3\times 15-\sigma_2 S_2+3\sigma_3.

Ainsi :

\boxed{\sigma_2 S_2 - 3\sigma_3=10.}

Résolvez le système obtenu

Il reste à déterminer $S_2$, $\sigma_2$ et $\sigma_3$ en sachant que ces nombres vérifient les conditions suivantes :

\left\{\begin{align*}
S_2 +2\sigma_2&= 9\\
 S_2-\sigma_2+\sigma_3&=5\\
\sigma_2 S_2 - 3\sigma_3&=10.
\end{align*}
\right.

Vous multipliez l’équation $2$ par $3$ et vous l’ajoutez à l’équation $3$ et vous obtenez :

3S_2-3\sigma_2+\sigma_2 S_2 =25.

Vous remplacez $S_2$ par $9-2\sigma_2$ pour obtenir :

\begin{align*}
3(9-2\sigma_2)-3\sigma_2+\sigma_2 (9-2\sigma_2) &=25\\
27-6\sigma_2-3\sigma_2+9\sigma_2 -2\sigma_2^2 &=25\\
-2\sigma_2^2 +27  &=25\\
2 &= 2\sigma_2^2 \\
1 &= \sigma_2^2.
\end{align*}

Finalement :

\sigma_2\in\{-1,1\}.

Traitez les deux cas obtenus

Premier cas

Supposez que :

\sigma_2 = 1.

Vous déduisez :

\begin{align*}
S_2&= 9- 2\sigma_2\\
&= 9-2\\
&=7.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 -10 &=3\sigma_3 \\
1\times 7-10  &=3\sigma_3 \\
-3 &= 3\sigma_3 \\
-1 &= \sigma_3.
\end{align*}


En définitive :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1  &=3 \\
\sigma_2  &=1 \\
\sigma_3  &=-1.
\end{align*}
\right.

Les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ sont ainsi les trois racines du polynôme $X^3-\sigma_1 X^2+\sigma_2 X – \sigma_3.$

Plus précisément :

X^3-3X^2+ X + 1 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3).

Pour calculer $S_5 = x_1^5+x_2^5+x_3^5$ il serait possible de l’exprimer, par les relations de Newton, en fonction de $S_4$, $S_3$ et $S_2.$ Vous allez utiliser une division euclidienne qui amènera à abaisser le degré $5.$

Vous effectuez la division euclidienne de $X^5$ par $X^3-3X^2+ X + 1$ qui sera le diviseur.

Vous abaissez le degré de $X^5$ en multipliant le diviseur par $X^2.$

X^5 - (X^3-3X^2+ X + 1)X^2 = 3X^4-X^3-X^2.

Partant du polynôme $3X^4-X^3-X^2$ vous abaissez son degré en multipliant le diviseur par $3X.$

 3X^4-X^3-X^2 - (X^3-3X^2+ X + 1)(3X) = 8X^3-4X^2-3X.

Enfin, vous abaissez le degré de $8X^3-4X^2-3X$ en multipliant le diviseur par $8.$

   8X^3-4X^2-3X - (X^3-3X^2+ X + 1)\times 8 = 20X^2-11X-8.

En sommant les trois égalités précédentes et après élimination des termes identiques dans les deux membres, il vient :

X^5 - (X^3-3X^2+ X + 1)(X^2+3X+8) = 20X^2-11X-8.

En substituant à $X$ les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ vous avez :

\forall i\in\llbracket 1, 3\rrbracket, x_i^5 = 20x_i^2-11x_i-8.

En sommant ces égalités, vous avez :

\begin{align*}
S_5 &= 20S_2-11S_1-24\\
&=20\times 7-11\times 3-24\\
&=140-33-24\\
&=140-57\\
&=143-60\\
&=83.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{x_1^5+x_2^5+x_3^5 = S_5 = 83.}

Second cas

Supposez que :

\sigma_2 = -1.

Vous déduisez :

\begin{align*}
S_2&= 9- 2\sigma_2\\
&= 9+2\\
&=11.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 -10 &=3\sigma_3 \\
-1\times 11-10  &=3\sigma_3 \\
-21 &= 3\sigma_3 \\
-7 &= \sigma_3.
\end{align*}


En définitive :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1  &=3 \\
\sigma_2  &=-1 \\
\sigma_3  &=-7.
\end{align*}
\right.

Les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ sont ainsi les trois racines du polynôme $X^3-\sigma_1 X^2+\sigma_2 X – \sigma_3.$

Plus précisément :

X^3-3X^2- X + 7 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3).

Pour calculer $S_5 = x_1^5+x_2^5+x_3^5$ il serait possible de l’exprimer, par les relations de Newton, en fonction de $S_4$, $S_3$ et $S_2.$ Vous allez utiliser une division euclidienne qui amènera à abaisser le degré $5.$

Vous effectuez la division euclidienne de $X^5$ par $X^3-3X^2- X + 7$ qui sera le diviseur.

Vous obtenez successivement :

\begin{align*}
X^5 - (X^3-3X^2- X + 7)X^2 &=3X^4 +X^3-7X^2\\
3X^4 +X^3-7X^2 - (X^3-3X^2- X + 7)(3X) &=10X^3-4X^2-21X\\
10X^3-4X^2-21X - (X^3-3X^2- X + 7)\times 10 &=26X^2-11X-70.
\end{align*}

Par somme :

X^5-(X^3-3X^2- X + 7)(X^2+3X+10)=26X^2-11X-70.

Ainsi, en substituant trois fois $X$ par $x_1$, $x_2$ et $x_3$ puis en sommant :

\begin{align*}
S_5 &= 26S_2-11S_1-210\\
&=26\times11-11\times 3-210\\
&=23\times 11 - 210\\
&=253-210\\
&=43.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{x_1^5+x_2^5+x_3^5 = S_5 = 43.}

Concluez

Il a été établi que $\boxed{S_5 \in \{43,83\} .}$

315. Irréductibilité d’un polynôme à coefficients entiers (2/2)

Vous allez justifier dans cet article que le polynôme à coefficients entiers suivant :

P = X^4-10X^2+1

est irréductible dans $\Q[X].$

Vous effectuez d’abord une analyse, en supposant que $P$ s’écrit comme produit de deux polynômes à coefficients rationnels, ces deux polynômes ayant un degré inférieur ou égal à $3.$

Analyse 1/4 : utilisez le lemme de Gauss

Comme $P$ est réductible dans $\Q[X]$ mais appartient aussi à $\Z[X]$ il s’ensuit, d’après le contenu rédigé dans l'article 314 que $P$ est réductible dans $\Z[X].$

$P$ s’écrit donc comme le produit de deux polynômes à coefficients entiers, ces deux polynômes ayant un degré inférieur ou égal à $3.$

Analyse 2/4 : éliminez les degrés $1$ et $3$ dans la décomposition du polynôme $P$

Supposez que l’un des deux polynômes soit de degré $1.$

Il existe $(a,b,r,s,t,u)\in\Z^6$ tel que $P = QR$ avec :

\begin{align*}
Q &= aX+b\\
R &= rX^3+sX^2+tX+u.
\end{align*}

Par identification du coefficient dominant de $QR$ vous déduisez :

ar = 1.

Du coup $a\mid 1$ et :

a\in\{-1,1\}.

Par identification du coefficient constant de $QR$ vous déduisez :

bu =1.

Du coup $b\mid 1$ et :

b\in\{-1,1\}.

De ce qui précède, quatre cas sont à examiner.

Cas n°1 : $Q = X+1$

Vous observez que $Q(-1) = 0$, donc $P(-1) = Q(-1)R(-1)=0.$

Or :

\begin{align*}
P(-1) &= (-1)^4-10(-1)^2+1\\
&= 1-10+1\\
&=-8.
\end{align*}

Vous obtenez une contradiction.

Cas n°2 : $Q = X-1$

Vous observez que $Q(1) = 0$, donc $P(1) = Q(1)R(1)=0.$

Or :

\begin{align*}
P(1) &= 1^4-10\times 1^2+1\\
&= 1-10+1\\
&=-8.
\end{align*}

Vous obtenez une contradiction.

Cas n°3 : $Q = -X+1$

Vous avez $Q(1)=0$ ce qui ramène au cas n°2 et à une contradiction.

Cas n°3 : $Q = -X-1$

Vous avez $Q(-1)=0$ ce qui ramène au cas n°1 et à une contradiction.

Vous déduisez que $P$, dans sa décomposition, ne peut admettre de polynôme de degré $1$ à coefficients entiers.

De même, supposez que l’un des deux polynômes soit de degré $3.$ Pour des questions de degré, l’autre polynôme est de degré $1$ ce qui est impossible.

Vous déduisez que $P$, dans sa décomposition, ne peut admettre de polynôme de degré $3$ à coefficients entiers.

Analyse 3/4 : le degré $2$ dans la décomposition du polynôme $P$

D’après ce qui précède, $P$ s’écrit comme produit de deux polynômes de degré $2$, à coefficients entiers.

Vous notez dans la suite par $Q$ l’un de ces deux polynômes, avec $Q\in\Z[X].$

Cette fois-ci la méthode précédente ne sera pas utilisée au profit d’une variante avec les polynômes de Lagrange. Bien que longue et réservée à du calcul formel par ordinateur, cette méthode sera ici détaillée afin d’en comprendre les principes essentiels.

Pour connaître les candidats possibles pour ce polynôme $Q$ qui est de degré $2$, il suffit d’en connaître les valeurs prises sur $3$ nombres.

Comme $Q \mid P$, vous déduisez immédiatement que :

\begin{align*}
Q(0)&\mid P(0) \\
Q(2)&\mid P(2) \\
Q(-2)&\mid P(-2).
\end{align*}

Vous évaluez le polynôme $P$ en ces valeurs.

\begin{align*}
P(0) &= 1\\
P(2) &= 16-40+1 = 17-40 = -23\\
P(-2) &= P(2)  = -23.
\end{align*}

Note. Vous auriez pu utiliser $P(1) = -8$ mais $-8$ admet beaucoup trop de diviseurs, ce qui augmente le nombre de cas à traiter.

Cela s’écrit :

\begin{align*}
Q(0)&\mid 1 \\
Q(2)&\mid 23 \\
Q(-2)&\mid 23.
\end{align*}

C’est-à-dire :

\begin{align*}
Q(0)&\in \{-1,1\} \\
Q(2)&\in \{-23,-1,1,23\} \\
Q(-2)&\in \{-23,-1,1,23\}.
\end{align*}

D’après la formule des polynômes interpolateurs de Lagrange, vous avez :

\begin{align*}
Q(X) &= Q(0)\frac{(X-2)(X+2)}{(0-2)(0+2)}+Q(2)\frac{X(X+2)}{2(2+2)}+Q(-2)\frac{X(X-2)}{-2(-2-2)}\\
 &= Q(0)\frac{(X-2)(X+2)}{-4}+Q(2)\frac{X(X+2)}{8}+Q(-2)\frac{X(X-2)}{8}\\
&= Q(0)\frac{X^2-4}{-4}+Q(2)\frac{X^2+2X}{8}+Q(-2)\frac{X^2-2X}{8}\\
&= Q(0)\frac{8-2X^2}{8}+Q(2)\frac{X^2+2X}{8}+Q(-2)\frac{X^2-2X}{8}\\
&= \frac{(-2Q(0)+Q(2)+Q(-2))X^2+(2Q(2)-2Q(-2))X+8Q(0)}{8}\\
&=\frac{-2Q(0) + Q(2)+Q(-2)}{8}X^2+\frac{Q(2)-Q(-2)}{4}X + Q(0).
\end{align*}

Cela vous donne un nombre fini de candidats pour le polynôme $Q.$

Analyse 4/4 : citez les candidats potentiels

Vous obtenez le tableau suivant :

\begin{array}{|c|c|c|c|}
\hline
Q(0) & Q(2) & Q(-2) & Q(X) \\
\hline
-1 & -23 & -23 &-\frac{11 X^2}{2}-1 \\
-1 & -23 & -1 & -\frac{11 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & -23 & 1 & -\frac{5 X^2}{2}-6 X-1 \\
-1 & -23 & 23 &  \frac{X^2}{4}-\frac{23 X}{2}-1 \\
-1 & -1 & -23 &  -\frac{11 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & -1 & -1 & -1 \\
-1 & -1 & 1& \frac{X^2}{4}-\frac{X}{2}-1 \\
-1 & -1 & 23 & 3 X^2-6 X-1 \\
-1 & 1 & -23 & -\frac{5 X^2}{2}+6 X-1 \\
-1 & 1 & -1 & \frac{X^2}{4}+\frac{X}{2}-1 \\
-1 & 1 & 1& \frac{X^2}{2}-1 \\
-1 & 1 & 23 & \frac{13 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & 23 & -23 & \frac{X^2}{4}+\frac{23 X}{2}-1 \\
-1 & 23& -1 & 3 X^2+6 X-1 \\
-1 & 23 & 1& \frac{13 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & 23 & 23 & 6 X^2-1 \\
\hline
1 & -23 & -23 & -6 X^2+1 \\
1 & -23 & -1 & -\frac{13 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}+1\\
1 & -23 & 1 & -3 X^2-6 X+1\\
1 & -23 & 23 & -\frac{X^2}{4}-\frac{23 X}{2}+1 \\
1 & -1 & -23 & -\frac{13 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}+1 \\
1 & -1 & -1 & 1-\frac{X^2}{2} \\
1 & -1 & 1& -\frac{X^2}{4}-\frac{X}{2}+1 \\
1 & -1 & 23 & \frac{5 X^2}{2}-6 X+1 \\
1 & 1 & -23 & -3 X^2+6 X+1 \\
1 & 1 & -1 & -\frac{X^2}{4}+\frac{X}{2}+1 \\
1 & 1 & 1& 1 \\
1 & 1 & 23 & \frac{11 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}+1 \\
1 & 23 & -23 & -\frac{X^2}{4}+\frac{23 X}{2}+1 \\
1 & 23& -1 & \frac{5 X^2}{2}+6 X+1 \\
1 & 23 & 1& \frac{11 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}+1 \\
1 & 23 & 23 & \frac{11 X^2}{2}+1 \\
\hline
\end{array}

Comme le polynôme $Q$ appartient à $\Z[X]$ et est de degré $2$, il ne reste que six possibilités.

\left|\begin{align*}
&Q = 3 X^2-6 X-1 \\
&\text{ou}\\
&Q = 3 X^2+6 X-1\\
&\text{ou}\\
&Q = 6 X^2-1\\
&\text{ou}\\
&Q = -6 X^2+1\\
&\text{ou}\\
&Q = -3 X^2-6 X+1\\
&\text{ou}\\
&Q = -3 X^2+6 X+1.
\end{align*}
\right.

Comme $Q$ est le premier polynôme dans la décomposition de $P$ qui est réductible, vous déduisez que le reste de la division euclidienne de $P$ par $Q$ est nul et que le quotient de cette division est un polynôme à coefficients entiers.

Synthèse

Supposez que $Q$ soit un polynôme de degré $2$ à coefficients dans $\Z[X]$ tel que :

Q\in\{3 X^2-6 X-1,  3 X^2+6 X-1, 6 X^2-1, -6 X^2+1, -3 X^2-6 X+1 , -3 X^2+6 X+1\}.

Supposez que $R$ soit un polynôme de degré $2$ à coefficients dans $\Z[X]$ tel que :

P = QR.

Cette relation, dans $\Q[X]$ s’écrit :

P = QR + 0.

Du coup, $R$ est le quotient de la division euclidienne de $P$ par $Q$ et le reste de cette division est nul.

Pour les 6 divisions, vous obtenez le tableau suivant.

\begin{array}{|c|c|c|c|}
\hline
P & Q & \text{quotient} & \text{reste} \\
\hline
X^4-10X^2+1 &  3 X^2-6 X-1 & \frac{X^2}{3}+\frac{2 X}{3}-\frac{17}{9} & -\frac{32 X}{3}-\frac{8}{9} \\
X^4-10X^2+1 &   3 X^2+6 X-1 & \frac{X^2}{3}-\frac{2 X}{3}-\frac{17}{9} & \frac{32 X}{3}-\frac{8}{9} \\ 
X^4-10X^2+1 &   6 X^2-1 & \frac{X^2}{6}-\frac{59}{36} &-\frac{23}{36}  \\
X^4-10X^2+1 & -6 X^2+1 & \frac{59}{36}-\frac{X^2}{6} & -\frac{23}{36}\\
X^4-10X^2+1 &  -3 X^2-6 X+1 & -\frac{X^2}{3}+\frac{2 X}{3}+\frac{17}{9} & \frac{32 X}{3}-\frac{8}{9} \\
X^4-10X^2+1 &  -3 X^2+6 X+1 & -\frac{X^2}{3}-\frac{2 X}{3}+\frac{17}{9} & -\frac{32 X}{3}-\frac{8}{9}\\
\hline
\end{array}

Vous constatez qu’aucun quotient n’est un polynôme de $\Z[X].$ A titre surabondant, aucun reste n’est nul.

Vous déduisez qu’aucun polynôme parmi les six proposés pour $Q$ ne convient.

Note. Vous auriez pu conclure plus rapidement en procédant par une identification du coefficient dominant de $P$, montrant que le coefficient dominant du quotient ne peut être un entier. Cependant la priorité a été mise sur une méthode certes longue mais qui fonctionne dans toutes les situations.

Concluez

La partie analyse montre que, si $P$ est un polynôme réductible dans $\Q[X]$, alors il existe un polynôme $Q$ à coefficients entiers tel que :

\begin{align*}
Q &\mid P\\
Q&\in\{3 X^2-6 X-1,  3 X^2+6 X-1, 6 X^2-1, -6 X^2+1, -3 X^2-6 X+1 , -3 X^2+6 X+1\}.
\end{align*}

De plus, le reste de la division de $P$ par $Q$ est nul.
Le quotient de cette division est un polynôme à coefficients entiers.

La partie synthèse montre que, quel que soit le polynôme

Q\in\{3 X^2-6 X-1,  3 X^2+6 X-1, 6 X^2-1, -6 X^2+1, -3 X^2-6 X+1 , -3 X^2+6 X+1\}

le reste de la division de $P$ par $Q$ est non nul, autrement dit :

Q \nmid P.

Par analyse-synthèse, il a été démontré que le polynôme $P = X^4-10X^2+1$ est irréductible dans $\Q[X].$

314. Irréductibilité d’un polynôme à coefficients entiers (1/2)

Vous allez démontrer le lemme suivant, attribué à Gauss, qui stipule que, si un polynôme non constant à coefficients entiers est réductible dans $\Q[X]$, alors il est aussi réductible dans $\Z[X].$

Plus précisément, si $P$ est un polynôme non constant, de degré $n\geq 1$, à coefficients entiers de sorte que $P$ soit réductible dans $\Q[X]$ à savoir :

\exists (R,S)\in\Q[X]^2, P = RS

avec $R$ et $S$ non constants de sorte que :

\left\{\begin{align*}
\deg R < \deg P\\
\deg S < \deg P\\
\end{align*}
\right.

alors, il existe un rationnel non nul $q$ tel que :

\left\{\begin{align*}
qR &\in\Z[X]\\
\frac{1}{q}S&\in\Z[X].
\end{align*}
\right.

En posant $R’ = qR$ et $S’ = \frac{1}{q}S$ vous avez $\deg R = \deg R’$ et $\deg S’ = \deg S.$ Les polynômes $R’$ et $S’$ sont à coefficients entiers, $P = R’S’$ avec $\deg R’ < \deg P $ et $\deg S’ < \deg P$ ce qui signifie que $P$ est réductible dans $\Z[X].$

Illustration du lemme

Posez :

\begin{align*}
R &= 6 X - \frac{3}{2}\\
S &= \frac{28}{3}X+4\\
P &= RS.
\end{align*}

Alors, en développant :

\begin{align*}
P &= 56X^2-14X+24X-6\\
&=56X^2+10X-6.
\end{align*}

D’après ce qui précède, le polynôme $P$ est réductible dans $\Q[X]$ et il est à coefficients entiers.

Or :

\begin{align*}
P &= RS\\ 
& =  \left(6 X - \frac{3}{2}\right)\left(\frac{28}{3}X+4\right)\\
& = \left[\frac{1}{2}\left(12 X - 3\right)\right]\left[\frac{1}{3}\left(28X+12\right)\right]\\
& = \left[\frac{3}{2}\left(4 X - 1\right)\right]\left[\frac{4}{3}\left(7X+3\right)\right]\\
& =\left[ \frac{3}{2}\times \frac{4}{3}\right] (4 X - 1)(7X+3)\\
& =2(4 X - 1)(7X+3)\\
& =(8 X - 4)(7X+3)\\
& =\left[\frac{4}{3}\left(6 X - \frac{3}{2}\right)\right]\left[\frac{3}{4}\left(\frac{28}{3}X+4\right)\right].
\end{align*}

Vous déduisez, en posant $q = \frac{4}{3}$ :

\begin{align*}
P &=  (qR)\left(\frac{1}{q}S\right)\\
&= (8X-4)(7X+3).
\end{align*}

Cela montre bien que $P$ est réductible dans $\Z[X].$

Cet exemple illustre la méthode : vous factorisez d’abord $R$ en utilisant le PPCM des dénominateurs de ses coefficients. Puis vous factorisez $12X-3$ qui est à coefficients entiers, par le PGCD de tous ses coefficients. Vous effectuez le même procédé sur le polynôme $S.$ Vous obtenez à la fin deux polynômes à coefficients entiers.

Dans ce qui suit, vous allez démontrer que la méthode fonctionne dans tous les cas.

Une preuve du lemme de Gauss

Soient $R$ et $S$ deux polynômes à coefficients rationnels et non constants. Vous formez le produit $P = RS$ et vous supposez que $P\in\Z[X].$

En notant $r$ le degré du polynôme $R$ et $s$ celui du polynôme $S$ vous déduisez déjà que $r\geq 1$ et que $s\geq 1$ et qu’il existe $(a_0,a_1,\dots,a_r)\in\Z^{r+1}$, $(b_0,b_1,\dots,b_r)\in (\NN)^{r+1}$, $(u_0,u_1,\dots,u_s)\in\Z^{s+1}$, $(v_0,v_1,\dots,v_s)\in (\NN)^{s+1}$ tels que :

\left\{\begin{align*}
R &= \sum_{k=0}^{r}\frac{a_k}{b_k} X^k \\
S &= \sum_{\ell=0}^{s}\frac{u_{\ell}}{v_{\ell}} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Vous posez ensuite :

\left\{
\begin{align*}
b &= \mathrm{PPCM}(b_0,b_1,\dots, b_r) \\
v &= \mathrm{PPCM}(v_0,v_1,\dots, v_s).
\end{align*}
\right.

Alors $b\geq 1$ et $v\geq 1.$ De plus, pour tout $k\in\llbracket 0, r\rrbracket$ vous avez $\frac{b}{b_k} \in\NN.$ De même, pour tout $\ell \in\llbracket 0, s\rrbracket$ vous avez $\frac{v}{v_{\ell}} \in\NN.$

Il vient :

\left\{\begin{align*}
R &=\frac{1}{b} \sum_{k=0}^{r}\frac{b\ a_k}{b_k} X^k \\
S &= \frac{1}{v} \sum_{\ell=0}^{s}\frac{v\ u_{\ell}}{v_{\ell}} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Pour tout $k\in\llbracket 0, r\rrbracket$ vous posez $c_k = \frac{b\ a_k}{b_k} \in\Z.$ De même, pour tout $\ell \in\llbracket 0, s\rrbracket$ vous posez $w_{\ell} = \frac{v\ u_{\ell}}{v_{\ell}} \in\Z.$ Dès lors :

\left\{\begin{align*}
R &=\frac{1}{b} \sum_{k=0}^{r}c_k X^k \\
S &= \frac{1}{v} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Comme $c_r/b$ et $w_s/v$ sont les coefficients dominants respectifs des polynômes $R$ et $S$ qui sont non constants, vous avez $c_r \neq 0$ et $w_s\neq 0.$

Vous posez ensuite :

\left\{
\begin{align*}
c &= \mathrm{PGCD}(c_0,c_1,\dots, c_r) \\
w &= \mathrm{PGCD}(w_0,w_1,\dots, w_s).
\end{align*}
\right.

Vous notez que $c$ et $w$ sont deux entiers supérieurs ou égaux à $1.$

Pour tout $k\in\llbracket 0, r\rrbracket$ vous posez $c_k^{\#} = \frac{c_k}{c} \in\Z.$ De même, pour tout $\ell \in\llbracket 0, s\rrbracket$ vous posez $w_{\ell}^{\#} = \frac{w_{\ell}}{w} \in\Z.$

Notez que $c_r^{\#} = \frac{c_r}{c}$ donc $c_r^{\#} \neq 0.$ De même, $w_s^{\#} = \frac{w_s}{w}$ donc $w_s^{\#} \neq 0.$

Dès lors :

\left\{
\begin{align*}
 &\mathrm{PGCD}(c_0^{\#},c_1^{\#},\dots, c_r^{\#}) =1 \\
 &\mathrm{PGCD}(w_0^{\#},w_1^{\#},\dots, w_s^{\#}) =1.
\end{align*}
\right.

Les polynômes $R$ et $S$ sont enfin écrits sous la forme adéquate :

\left\{\begin{align*}
R &=\frac{c}{b} \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \\
S &= \frac{w}{v} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Par produit, il vient :

P = \frac{cw}{bv} \left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right).

Il s’agit maintenant de comprendre pourquoi le rationnel $\frac{cw}{bv}$ est un nombre entier naturel non nul.

Il a été noté que les quatre nombres entiers $c$, $w$, $b$ et $v$ sont tous strictement positifs. Le rationnel $\frac{cw}{bv}$ est donc strictement positif.

Pour comprendre pourquoi c’est un entier, vous allez multiplier l’expression de $P$ par $bv$ pour obtenir ceci :

bvP = cw  \left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right).

Dans la suite, vous notez $Q$ ce polynôme, qui est à coefficients entiers.

Pour tout $m\in\llbracket 0, r+s\rrbracket$ vous posez :

d_m = \sum_{\substack{k+\ell = m \\0\leq k \leq r \\0\leq \ell \leq s }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}

de sorte qu’après développement :

\left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right) = \sum_{m=0}^{r+s} d_m X^m.

Comme :

Q = bvP =  \sum_{m=0}^{r+s} (cwd_m) X^m

vous déduisez que tous les coefficients de $Q$ dont divisibles par l’entier $bv.$

Par identification des coefficients, vous déduisez :

\forall m\in \llbracket 0, r+s \rrbracket, bv \mid cwd_m.

Notez que par produit, $c_r^{\#} w_s^{\#} \neq 0.$ Ainsi, $d_{r+s} \neq 0$ et par suite $cw d_{r+s} \neq 0.$

Par conséquent :

\begin{align*}
&bv \mid \mathrm{PGCD}(cwd_0, cwd_1,\dots cwd_{r+s}) \\
&bv \mid  cw\times \mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}).
\end{align*}

Démontrez que $\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) = 1$

C’est le point clef de la démonstration du lemme de Gauss.

Raisonnez par l’absurde et supposez que $\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) \geq 2.$

Il existe donc un nombre premier $p$ tel que :

p\mid \mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}).

Notez que

\mathrm{PGCD}(c_0^{\#},c_1^{\#},\dots, c_r^{\#}) =1

Il est donc impossible d’avoir :

\forall k\in\llbracket 0, r\rrbracket, p\mid c_k^{\#}

sinon vous auriez :

p \mid \mathrm{PGCD}(c_0^{\#},c_1^{\#},\dots, c_r^{\#}) 

et donc $p=1$ ce qui contredit le fait que $p$ est premier.

L’ensemble suivant :

\{ k\in \llbracket 0, r\rrbracket, p \nmid c_k^{\#} \}

est non vide.

De même, l’ensemble suivant :

\{ \ell \in \llbracket 0, s\rrbracket, p \nmid w_{\ell}^{\#} \}

est aussi non vide.

Vous posez donc :

\begin{align*}
k' =\min \{ k\in \llbracket 0, r\rrbracket, p \nmid c_k^{\#} \} \\
\ell' =\min\{ \ell \in \llbracket 0, s\rrbracket, p \nmid w_{\ell}^{\#} \}.
\end{align*}

En calculant $d_{k’+\ell’}$ il vient :

\begin{align*}
d_{k'+\ell'} &= \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\0\leq k \leq r\\0\leq \ell \leq s }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#} \\
&=c_{k'}^{\#}w_{\ell'}^{\#}+ \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.
\end{align*}

Ainsi :

c_{k'}^{\#}w_{\ell'}^{\#} = d_{k'+\ell'} -  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

Comme $p\mid \mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s})$ il vient $p \mid d_{k’+\ell’}.$

D’autre part par définition du minimum $k’$ :

\forall k\in\llbracket 0, k'-1\rrbracket, p\mid c_k^{\#}.

Donc :

\forall k\in\llbracket 0, k'-1\rrbracket, \forall \ell \in\llbracket 0, s\rrbracket, p\mid c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

Vous déduisez que :

p \mid  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\} \\ k < k'  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

De même, par définition du minimum $\ell’$ :

\forall \ell \in\llbracket 0, \ell'-1\rrbracket, p\mid w_{\ell}^{\#}.

Soient maintenant $k$ et $\ell$ deux entiers tels que :

\left\{
\begin{align*}
 k+\ell = k'+\ell'\\
k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}\\
k > k' \\
\ell\in\llbracket 0, s\rrbracket  \setminus\{\ell'\}.
\end{align*}
\right.

Il vient :

k-k' = \ell'-\ell.

Or $k-k’>0$ donc $k-k’ \geq 1$ donc $\ell’-\ell \geq 1$ donc $\ell \leq \ell’-1$ et du coup $p\mid w_{\ell}^{\#}$ et $p \mid c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.$

Vous déduisez que :

p \mid  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket \\ k > k'  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

Ainsi :

\left\{\begin{align*}
&p\mid d_{k'+\ell'} \\
&p\mid  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.
\end{align*}
\right.

Par différence, vous déduisez :

\left\{\begin{align*}
&p\mid d_{k'+\ell'} -  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#} \\
&p\mid c_{k'}^{\#}w_{\ell'}^{\#}
\end{align*}
\right.

Via le lemme d’Euclide, il y a deux possibilités.

Soit $p\mid c_{k’}^{\#}$, mais cela contredit la définition de $k’$.

Soit $p\mid w_{\ell’}^{\#}$, mais cela contredit la définition de $\ell’$.

Il y a contradiction.

L’hypothèse $\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) \geq 2$ est donc fausse et par conséquent :

\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) =1.

Concluez

Du coup :

bv \mid  cw.

Le nombre $\frac{cw}{bv}$ est un entier strictement positif. Notez-le $\alpha$ dans la suite.

Alors vous avez l’égalité :

\begin{align*}
P &= \alpha \left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right)\\
&= \left( \sum_{k=0}^{r}\alpha\ c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right).
\end{align*}

Cette égalité montre bien que le polynôme $P$ est réductible dans $\Z[X].$

Vous allez terminer en effectuant le lien avec les polynômes $R$ et $S$ de départ : il reste à définir un rationnel $q$ pour avoir $qR\in\Z[X]$ et $\frac{1}{q}S \in\Z[X].$ Remarquez que :

\begin{align*}
R &=\frac{c}{b} \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \\
&=\frac{c}{\alpha\ b} \sum_{k=0}^{r}\alpha\ c_k^{\#} X^k \\
\end{align*}

Posez $q = \frac{\alpha b }{c}$, vous avez :

qR = \sum_{k=0}^{r}\alpha\ c_k^{\#} X^k.

Donc $qR \in\Z[X].$

D’autre part :

\begin{align*}
\frac{1}{q}S &= \frac{c}{\alpha\ b}\frac{w}{v} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell} \\
&=  \frac{cw}{\alpha\ bv} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}.
\end{align*}

Or : $\frac{cw}{bv} = \alpha$ donc $cw = \alpha bv$ et par suite :

\frac{1}{q}S = \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}.

Donc $\frac{1}{q}S \in\Z[X].$

Il a été démontré que :

P = (qR)\left(\frac{1}{q}S\right).

Comme les polynômes $qR$ et $\frac{1}{q}S$ sont à coefficients entiers, le polynôme $P$ se réduit bien dans $\Z[X].$

Prolongement

Vous souhaitez utiliser le résultat établi pour démontrer qu’un polynôme précis est irréductible ? Allez jeter un oeil dans le contenu rédigé dans l'article 315.

313. Le PGCD est multiplicatif

Dans cet article, l’objectif est d’aboutir à la propriété suivante, traduisant la multiplicité du $\mathrm{PGCD}$ :

\forall (a,b)\in\Z^2\setminus\{(0,0)\}, \forall m\in \N^{*}, \mathrm{PGCD}(ma,mb) = m\times \mathrm{PGCD}(a,b).

Note. L’algorithme d’Euclide permet de démontrer ce résultat. Néanmoins, une autre approche sera utilisée, de façon à manipuler les autres propriétés du $\mathrm{PGCD}.$

Démontrez une première inégalité

Fixez le contexte

Soient $a$ et $b$ deux entiers non simultanément nuls et soit $m$ un entier naturel non nul.

Comme $(a,b)\neq (0,0)$ le $\mathrm{PGCD}$ des entiers $a$ et $b$ est bien défini et :

\mathrm{PGCD}(a,b) = \max\{n\in\N^{*}, n\mid a \text{ et }n\mid b\}.

Comme $m$ est non nul, vous avez aussi $(ma,mb)\neq (0,0)$ le $\mathrm{PGCD}$ des entiers $ma$ et $mb$ est bien défini et :

\mathrm{PGCD}(ma,mb) = \max\{n\in\N^{*}, n\mid ma \text{ et }n\mid mb\}.

Passez à la démonstration

Notez $d = \mathrm{PGCD}(a,b).$

Alors $d\mid a$ et $d\mid b.$

En multipliant par $m$, il vient :

$md\mid ma$ et $md \mid mb.$

Comme $d$ et $m$ sont non nuls, vous déduisez que $md$ est non nul. Par conséquent :

md\in \{n\in\N^{*}, n\mid ma \text{ et }n\mid mb\}.

Du coup, vous déduisez :

md \leq \mathrm{PGCD}(ma,mb).

Il a donc été démontré que :

\boxed{\forall (a,b)\in\Z^2\setminus\{(0,0)\}, \forall m\in \N^{*}, m\times \mathrm{PGCD}(a,b) \leq \mathrm{PGCD}(ma,mb).}

Démontrez une seconde inégalité

Cet autre passage est plus délicat, dans la mesure où il est choisi volontairement de ne pas utiliser l’algorithme d’Euclide.

Soient $a$ et $b$ deux entiers non simultanément nuls et soit $m$ un entier naturel non nul.

Vous posez $u = \mathrm{PGCD}(ma,mb).$

Alors :

\left\{\begin{align*}
u&\mid ma\\
u&\mid mb.
\end{align*}
\right.

Vous notez encore $d = \mathrm{PGCD}(a,b).$

Il existe donc deux entiers $a’$ et $b’$ tels que :

\left\{\begin{align*}
a&= da'\\
b&= db'.
\end{align*}
\right.

Remarquez que $(a’,b’)\neq (0,0)$ sinon vous auriez $(a,b)=(0,0)$ ce qui est exclu.

Démontrez que $a’$ et $b’$ sont premiers entre eux

D’après la première inégalité, il vient :

d\times \mathrm{PGCD}(a',b') \leq \mathrm{PGCD}(da',db').

Cela s’écrit :

d\times \mathrm{PGCD}(a',b') \leq \mathrm{PGCD}(a,b).

C’est-à-dire :

d\times \mathrm{PGCD}(a',b') \leq d.

Comme $d\neq 0$ il vient :

 \mathrm{PGCD}(a',b') \leq 1.

Or, $\mathrm{PGCD}(a’,b’)$ est un entier non nul, donc :

\boxed{\mathrm{PGCD}(a',b') = 1.}

Ramenez-vous au théorème de Gauss

Comme

\left\{\begin{align*}
u&\mid mda'\\
u&\mid mdb'
\end{align*}
\right.

Il existe deux entiers $a »$ et $b »$ tels que :

\left\{\begin{align*}
mda'   &= ua''\\
mdb' &= ub''.
\end{align*} 
\right.

Ainsi :

\left\{\begin{align*}
mda'b''   &= ua''b''\\
mdb'a'' &= ua''b''.
\end{align*} 
\right.

Ainsi, il vient $mda’b » = mdb’a ».$ Comme $m\neq 0$ et comme $d\neq 0$ il vient :

a'b'' = a''b'.

Premier cas : $a’ \neq 0.$ Comme :

a' \mid a''b'

et comme $\mathrm{PGCD}(a’,b’)=1$ le théorème de Gauss (dont une preuve directe se trouve dans le contenu rédigé dans l'article 310) fournit :

a' \mid a''.

Il existe un entier $k$ tel que :

a'' = ka'.

L’égalité $mda’ = ua »$ fournit $mda’ = uka’.$ Comme $a’$ est non nul, vous obtenez $md = uk$ ce qui donne $u \mid md.$

Second cas : $a’ = 0.$ Comme $(a’,b’)\neq (0,0)$ il vient $b’\neq 0.$

Vous utilisez le fait que :

b'\mid  a'b''.

Comme $\mathrm{PGCD}(a’,b’)=1$ le théorème de Gauss fournit :

b' \mid b''.

Il existe un entier $\ell$ tel que :

b'' = \ell b'

L’égalité $mdb’ = ub »$ fournit $mdb’ = u\ell b’.$ Comme $b’\neq 0$ vous déduisez encore que $md = u\ell.$ Donc $u\mid md.$

Il a été démontré que dans tous les cas :

\boxed{u\mid md.}

Comme $u$ et $md$ sont des entiers positifs, cela entraîne :

u\leq md

donc :

\boxed{ \mathrm{PGCD}(ma,mb)\leq m\times \mathrm{PGCD}(a,b) .}

Concluez

Compte tenu des deux inégalités précédentes, le caractère multiplicatif du $\mathrm{PGCD}$ est établi.

\boxed{\forall (a,b)\in\Z^2\setminus\{(0,0)\}, \forall m\in \N^{*}, \mathrm{PGCD}(ma,mb) = m\times \mathrm{PGCD}(a,b).}

Bonus : une autre démonstration de la seconde inégalité

Soient $a$ et $b$ deux entiers non simultanément nuls et soit $m$ un entier naturel non nul.

Vous posez $u = \mathrm{PGCD}(ma,mb).$ Vous avez $u\in\NN.$

Il existe deux entiers $a’$ et $b’$ tels que :

\left\{\begin{align*}
ma &= ua'\\
mb &= ub'.
\end{align*}
\right.

Vous allez considérer dans la suite le nombre $d=\mathrm{PGCD}(u,m)$ qui est bien défini puisque $m$ est non nul. Vous avez $d\in\NN.$

Alors il existe deux entiers $u’\in\NN$ et $m’\in\NN$, nécessairement premiers entre eux, d’après la première inégalité démontrée ci-dessus, tels que :

\left\{\begin{align*}
u &=du'\\
m &= dm'.
\end{align*}
\right.

Vous obtenez alors :

\left\{\begin{align*}
dm'a &= du'a'\\
dm'b &= du'b'.
\end{align*}
\right.

Du coup, en simplifiant par $d\neq 0$ vous obtenez :

\left\{\begin{align*}
m'a &= u'a'\\
m'b &=u'b'.
\end{align*}
\right.

Et vous déduisez :

\left\{
\begin{align*}
u'&\mid m'a\\
u'&\mid m'b.
\end{align*}
\right.

Notez que $u=du’$ avec $u\neq 0$ impose $u’\neq 0.$ Comme $\mathrm{PGCD}(u’,m’)=1$ vous déduisez, par le théorème de Gauss :

\left\{
\begin{align*}
u'&\mid a\\
u'&\mid b.
\end{align*}
\right.

Par définition du $\mathrm{PGCD}$ avec $u’\in\NN$ il vient :

u'\leq \mathrm{PGCD}(a,b).

Vous multipliez par $d$ qui est positif :

du'\leq d\times \mathrm{PGCD}(a,b).

Comme $u=du’$ :

u\leq d\times  \mathrm{PGCD}(a,b).

Or, $d = \mathrm{PGCD}(u,m)$, donc $d\mid m.$ Or $d\in\NN$ et $m\in\NN$ donc $d\leq m.$

Ainsi :

u\leq m\times  \mathrm{PGCD}(a,b).

Cela s’écrit :

\boxed{ \mathrm{PGCD}(ma,mb)\leq m\times \mathrm{PGCD}(a,b) .}