Votre navigateur n'accepte pas le Javascript.La navigation sur ce site risque de ne pas fonctionner correctement.

325. Simplification de fractions grâce aux polynômes

Simplifiez $A = \frac{1}{\sqrt[3]{5}+\sqrt[3]{25}}$

Vous posez $\alpha = \sqrt[3]{5}.$ Pour rappel, $\alpha^3 = 5.$ Alors $(\alpha^3)^2 = 25$ ce qui s’écrit $\alpha^6 = 25.$

Comme $\alpha^6 = (\alpha^2)^3$ vous déduisez $(\alpha^2)^3=25$ soit $\alpha^2 = \sqrt[3]{25}.$

Le nombre réel $A$ est égal à :

A = \frac{1}{\alpha+\alpha^2}.

Vous notez $Q$ le polynôme réel défini par $\boxed{Q(X) = X^2+X}$, de sorte que :

A = \frac{1}{Q(\alpha)}.

Comme $\alpha^3-5=0$ vous définissez le polynôme réel $P$ par $\boxed{P(X) = X^3-5}$ et notez que $\alpha$ est une racine de $P.$

Constatant que le degré de $Q$ est strictement inférieur à celui de $P$, vous utilisez l’algorithme d’Euclide étendu.

Tout d’abord vous effectuez la division euclidienne du polynôme $X^3-5$ par le polynôme $X^2+X.$

\begin{array}{llll|l}
X^3&&&-5 & X^2+X\\
\hline
X^3&+X^2&&& X-1\\
&-X^2&&-5\\ 
\hline
&-X^2&-X\\
&&X&-5
\end{array}

Ce calcul montre que :

X^3-5 = (X^2+X)(X-1)+X-5.

Cette étape est schématisée dans le tableau suivant.

\begin{array}{l | l | l | l }
 & P& Q \\
\hline
X^3-5 & 1 & 0 & L_1\\
X^2+X & 0 & 1  & L_2\\
X-5 & 1 & -X+1 & L_3 = L_1-(X-1)L_2
\end{array}

Vous poursuivez et effectuez la division euclidienne du polynôme $X^2+X$ par le polynôme $X-5.$

\begin{array}{lll | l}
X^2&+X && X-5 \\
\hline
X^2&-5X && X+6\\
&\hphantom{-}6X \\
\hline
&\hphantom{-}6X&-30\\
&&\hphantom{-}30
\end{array}

Ce calcul montre que :

X^2+X = (X-5)(X+6)+30.

Vous poursuivez le tableau précédent :

\begin{array}{l | l | l | l }
 & P& Q \\
\hline
X^3-5 & 1 & 0 & L_1\\
X^2+X & 0 & 1  & L_2\\
X-5 & 1 & -X+1 & L_3 = L_1-(X-1)L_2\\
30& -X-6 & 1-(X+6)(-X+1) & L_4 = L_2-(X+6)L_3
\end{array}

Vous développez l’expression $1-(X+6)(-X+1).$

\begin{align*}
1-(X+6)(-X+1) &= 1+(X+6)(X-1)\\
&=1+X^2+5X-6\\
&=X^2+5X-5.
\end{align*} 

En définitive, les étapes de l’algorithme d’Euclide étendu sont les suivantes.

\begin{array}{l | l | l | l }
 & P& Q \\
\hline
X^3-5 & 1 & 0 & L_1\\
X^2+X & 0 & 1  & L_2\\
X-5 & 1 & -X+1 & L_3 = L_1-(X-1)L_2\\
30& -X-6 & X^2+5X-5 & L_4 = L_2-(X+6)L_3
\end{array}

La dernière ligne obtenue montre que :

\boxed{(-X-6)P(X) + (X^2+5X-5)Q(X) = 30.}

Vous évaluez cette expression en $\alpha$, en notant que $P(\alpha)=0.$

\begin{align*}
(\alpha^2+5\alpha-5)Q(\alpha)&=30\\
\alpha^2+5\alpha-5 &=\frac{30}{Q(\alpha)}\\
\frac{\alpha^2+5\alpha-5}{30} &=\frac{1}{Q(\alpha)}\\
\frac{\alpha^2+5\alpha-5}{30} &=A.
\end{align*}

Pour conclure cette section :

\boxed{A = \frac{1}{\sqrt[3]{5}+\sqrt[3]{25}} = \frac{\sqrt[3]{25}+5\sqrt[3]{5}-5}{30}.}

Simplifiez $B = \frac{\sqrt[3]{2}}{1+\sqrt[3]{2}+\sqrt[3]{4}}$

Cette section est indépendante de la précédente.

Vous posez $\beta = \sqrt[3]{2}.$ Comme $\beta^3 = 2$ vous posez $\boxed{P(X) = X^3-2}.$

Compte tenu du dénominateur de la fraction $B$ vous posez $Q(X) = X^2+X+1.$

Vous effectuez l’algorithme d’Euclide étendu.

\begin{array}{l | l | l | l }
 & P& Q \\
\hline
X^3-2 & 1 & 0 & L_1\\
X^2+X+1 & 0 & 1  & L_2\\
-X^2-X-2 & 1 & -X & L_3 = L_1-XL_2\\
-1& 1 & -X+1 & L_4 = L_2+L_3\\
1& -1 & X-1 & L_5 = -L_4\\
\end{array}

Il en résulte que :

\boxed{(-1)(X^3-2)+(X-1)(X^2+X+1) = 1.}

Vous évaluez en $\beta$ :

\begin{align*}
(\beta-1)Q(\beta)&=1\\
\beta-1 &=\frac{1}{Q(\beta)}\\
\beta^2-\beta &=\frac{\beta}{Q(\beta)}\\
\beta^2-\beta &=\frac{\beta}{1+\beta+\beta^2}\\
\beta^2-\beta &=B.
\end{align*}

En définitive :

\boxed{B =  \frac{\sqrt[3]{2}}{1+\sqrt[3]{2}+\sqrt[3]{4}} = \sqrt[3]{4}-\sqrt[3]{2}.}

324. Factorisez sans facteur carré un polynôme réel

Soit à déterminer, sans rechercher ses racines, une factorisation sans facteur carré dans $\R[X]$ du polynôme réel défini par :

P(X) = X^5-2 X^4-X^3+5 X^2-4 X+1.

Pour rappel, une factorisation sans carré d’un polynôme est une factorisation en puissances de facteurs sans carré.

Le polynôme $P$ étant unitaire, il existe un 5-uplet $(B_1,B_2,B_3,B_4,B_5)\in(\R[X])^5$ de polynômes réels unitaires et sans facteur carré, deux à deux premiers entre eux, tels que :

P(X)= B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^3B_4(X)^4B_5(X)^5.

Il sera ainsi possible de déterminer les multiplicités de chaque racine de $P.$

Il est important de noter que, pour tout $i\in\llbracket 1, 5\rrbracket$ le polynôme $B_i$, même factorisé dans $\C[X]$, n’admet que des racines simples, puisqu’il est sans facteur carré.

Note n°1. Cette écriture s’obtient en décomposant $P$ comme produit de polynômes unitaires irréductibles dans $\R[X]$, puis en regroupant les facteurs identiques avec des puissances, et enfin en regroupant ensemble les polynômes ayant la même multiplicité.

Note n°2. Pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $5$, le polynôme $B_i$ n’est divisible par aucun carré de polynôme non constant.

Note n°3. Dans la décomposition du polynôme $P$ sans facteur carré, il est possible qu’il existe un ou plusieurs entiers $i$ compris entre $1$ et $5$, tels que $B_i = 1.$

Note n°4. Il y a en fait unicité de la décomposition de $P$ comme produit de facteurs unitaires sans carré.

Afin de mener à bien une façon de calculer, pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $5$, les polynômes $B_i$, le lemme suivant sera très utile. L’unicité sera même une conséquence de ce lemme.

Lemme : du polynôme $P$ au PGCD de $P$ et de $P’$

Cette section est un aparté.

Soit $P$ un polynôme réel non constant et unitaire, admettant la décomposition suivante comme produit de facteurs réels unitaires sans carré :

P(X)= B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^3B_4(X)^4B_5(X)^5.

Vous dérivez ce produit, ce qui fournit :

\begin{align*}
P'(X) &= B_1^\prime(X) B_2(X)^2B_3(X)^3B_4(X)^4B_5(X)^5 \\
&\quad +2B_1(X)B_2(X)B_2^\prime(X)B_3(X)^3B_4(X)^4B_5(X)^5\\
&\quad +3B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^2B_3^\prime(X) B_4(X)^4B_5(X)^5\\
&\quad +4B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^3 B_4(X)^3B_4^\prime(X) B_5(X)^5\\
&\quad +5B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^3 B_4(X)^4  B_5(X)^4B_5^\prime(X).
\end{align*}

Vous constatez que les cinq termes du membre de droite sont factorisables par $B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4.$ En effet :

\begin{align*}
P'(X) &= B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4 \left[ B_1^\prime(X) B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X) \right.\\
&\quad +2B_1(X)B_2^\prime(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X)\\
&\quad +3B_1(X)B_2(X)B_3^\prime(X) B_4(X)B_5(X)\\
&\quad +4B_1(X)B_2(X)B_3(X)B_4^\prime(X) B_5(X)\\
&\quad +5B_1(X)B_2(X)B_3(X) B_4(X)  B_5^\prime(X)\left]\right..
\end{align*}

Vous notez par $S$ le polynôme qui intervient dans le dernier facteur, soit :

\begin{align*}
S(X) &= B_1^\prime(X) B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X) \\
&\quad +2B_1(X)B_2^\prime(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X)\\
&\quad +3B_1(X)B_2(X)B_3^\prime(X) B_4(X)B_5(X)\\
&\quad +4B_1(X)B_2(X)B_3(X)B_4^\prime(X) B_5(X)\\
&\quad +5B_1(X)B_2(X)B_3(X) B_4(X)  B_5^\prime(X).
\end{align*}

Ainsi :

\begin{align*}
P'(X) &= B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4 S(X).
\end{align*}

Vous notez alors que le polynôme :

B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4

divise à la fois $P$ et $P’$ donc il divise $\mathrm{PGCD}(P,P’)$ :

B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4 \mid \mathrm{PGCD}(P,P').

Vous souhaitez montrer que $\mathrm{PGCD}(P,P’)=B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4.$ D’après ce qui a été établi, il existe un polynôme $T\in\R[X]$ tel que :

\mathrm{PGCD}(P,P') = T(X) \times B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4  .

Raisonnez maintenant par l’absurde et supposez que le polynôme $T$ n’est pas constant.

Notez alors $U$ un facteur irréductible dans $\R[X]$ du polynôme $T.$

D’une part :

U(X) \mid T(X) \mid \mathrm{PGCD}(P,P') \mid P(X).

Vous déduisez :

U(X)  \mid B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^3B_4(X)^4B_5(X)^5.

$U$ étant irréductible et divisant un produit, il divise l’un des facteurs de ce produit par le lemme d’Euclide, donc il existe un entier $i$ appartenant à l’intervalle $\llbracket 1, 5\rrbracket$ tel que :

U(X) \mid B_i(X).

D’autre part :

\mathrm{PGCD}(P,P') \mid P'(X).

Cela s’écrit ainsi :

 T(X) \times B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4  \mid  S(X) \times B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4.

L’anneau $\R[X]$ étant intègre, il vient :

T(X) \mid S(X).

Du coup :

\begin{align*}
T(X) &\mid \sum_{j=1}^5 j B_j^\prime(X) \prod_{\substack{1\leq k\leq 5\\k\neq j}}B_k(X).
\end{align*}

Comme $T(X)$ divise $B_i(X)$, il vient :

T(X) | iB_i^\prime(X) \prod_{\substack{1\leq k\leq 5\\k\neq i}}B_k(X).

Par suite :

T(X) | B_i^\prime(X) \prod_{\substack{1\leq k\leq 5\\k\neq i}}B_k(X).

Notez que s’il existait $k\in\llbracket 1,5\rrbracket \setminus\{i\}$ tel que $T(X)\mid B_k(X)$, alors vous auriez $T(X)\mid \mathrm{PGCD}(B_i,B_k).$ Les polynômes $B_i$ et $B_k$ sont premiers entre eux, cela entraînerait $T(X) \mid 1$ et $T$ serait constant, ce qui est exclu.

Appliquant le lemme d’Euclide, vous constatez alors que nécessairement :

T(X)\mid B_i^\prime(X).

Or, vous avez déjà :

T(X)\mid B_i(X).

Il existe un polynôme $C_i\in\R[X]$ tel que $B_i(X) = T(X)C_i(X).$ En dérivant :

B_i^\prime(X) = T'(X)C_i(X)+T(X)C_i^\prime(X).

Du coup :

T(X) \mid T'(X)C_i(X).

Notez que $T(X) \mid T'(X)$ implique que le degré de $T$ soit inférieur ou égal au degré de $T’.$ Or le degré de $T’$ est égal au degré de $T$ diminué de $1$, ce qui est contradictoire.

Du coup, le lemme d’Euclide fournit :

T(X)\mid C_i(X).

Puis :

T(X)^2 \mid T(X) C_i(X)

Donc :

T(X)^2 \mid B_i(X).

Le polynôme $B_i$ possède un facteur carré non constant, ce qui est absurde. Donc le polynôme $T$ est constant. Par identification du coefficient dominant de l’égalité $\mathrm{PGCD}(P,P’) = T(X) \times B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4$ il vient $T(X)=1$, comme annoncé.

En définitive il a été démontré que, pour tout polynôme réel $P$ unitaire et non constant, si :

\boxed{P(X)= B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^3B_4(X)^4B_5(X)^5}

est une décomposition de $P$ en produit de facteurs réels, unitaires et sans carré, alors :

\boxed{\mathrm{PGCD}(P,P') = B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4.}

Etape 1 : supprimez toutes les multiplicités et calculez le produit $B_1(X)B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X)$

Pour revenir au problème initial de cet article, il est rappelé que :

P(X)X^5-2 X^4-X^3+5 X^2-4 X+1.

Vous notez $Q_0 = P.$ D’après ce qui a été précisé ci-dessus :

Q_0(X) = P(X)= B_1(X)B_2(X)^2B_3(X)^3B_4(X)^4B_5(X)^5.

Vous posez $Q_1 = \mathrm{PGCD}(Q_0,Q_{0}^{\prime})$, ce qui fournit :

Q_1(X) = \mathrm{PGCD}(Q_0,Q_0') = X^2-2 X+1.

Or :

Q_1(X) = B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4

Vous posez $R_0 =\frac{Q_0}{Q_1}.$ Par division euclidienne, vous trouvez :

\begin{align*}
R_0(X) &=\frac{Q_0(X)}{Q_1(X)}\\
&= B_1(X)B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X)\\
&=\frac{X^5-2 X^4-X^3+5 X^2-4 X+1}{X^2-2 X+1}.
\end{align*}

Soit, après calcul de la division euclidienne :

\boxed{R_0(X) =  B_1(X)B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X) = X^3-2 X+1.}

Etape 2 : partez du polynôme $Q_1$ et calculez le produit $B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X)$

Vous avez :

Q_1(X) = X^2-2 X+1 = B_2(X)B_3(X)^2B_4(X)^3B_5(X)^4

Vous posez $Q_2 = \mathrm{PGCD}(Q_1,Q_1^{\prime})$, ce qui fournit :

Q_2(X) = \mathrm{PGCD}(Q_1,Q_1') = X-1.

Or :

Q_2(X) = B_3(X)B_4(X)^2B_5(X)^3

Vous posez $R_1 =\frac{Q_1}{Q_2}.$ Par division euclidienne, vous trouvez :

\begin{align*}
R_1(X) &=\frac{Q_1(X)}{Q_2(X)}\\
&= B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X)\\
&=\frac{X^2-2 X+1}{X-1}\\
&=X-1.
\end{align*}

Soit :

\boxed{R_1(X) = B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X) = X-1.}

Etape 3 : partez du polynôme $Q_2$ et calculez le produit $B_3(X)B_4(X)B_5(X)$

Vous avez :

Q_2(X) = X-1 = B_3(X)B_4(X)^2B_5(X)^3.

Vous posez $Q_3 = \mathrm{PGCD}(Q_2,Q_2^{\prime})$, ce qui fournit :

Q_3(X) = \mathrm{PGCD}(Q_2,Q_2') = 1.

Or :

Q_3(X) = B_4(X)B_5(X)^2.

Vous posez $R_2 =\frac{Q_2}{Q_3}.$ Par division euclidienne, vous trouvez :

\begin{align*}
R_2(X) &=\frac{Q_2(X)}{Q_3(X)}\\
&= B_3(X)B_4(X)B_5(X)\\
&=\frac{X-1}{1}\\
&=X-1.
\end{align*}

Soit :

\boxed{R_2(X) =  B_3(X)B_4(X)B_5(X) = X-1.}

Etape 4 : déterminez la décomposition de $P$

Comme $Q_3(X) = B_4(X)B_5(X)^2 = 1$ vous déduisez immédiatement pour une question de degré que les polynômes $B_4$ et $B_5$ sont constants. Etant unitaires, vous en tirez que :

\boxed{B_4(X) = B_5(X) = 1.}

Comme $R_2(X) = X-1 = B_3(X)B_4(X)B_5(X)$ vous déduisez que :

\boxed{B_3(X) = X-1.}

Comme $R_1(X) = X-1 = B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X)$ vous déduisez que :

\boxed{B_2(X) = 1.}

Comme $ R_0(X) =B_1(X)B_2(X)B_3(X)B_4(X)B_5(X) =X^3-2 X+1$ vous déduisez :

\begin{align*}
B_1(X) &= \frac{R_0(X)}{ R_1(X)}\\
&= \frac{X^3-2 X+1}{X-1}.
\end{align*}

En calculant le quotient de la division euclidienne obtenue, il vient :

\boxed{B_1(X) = X^2+X-1.}

Concluez

Vous avez obtenu une factorisation de $P(X)=X^5-2 X^4-X^3+5 X^2-4 X+1$ en trouvant toutes les multiplicités, comme indiqué. Il vient :

\boxed{P(X) = (X^2+X-1)(X-1)^3.}

Le réel $1$ est racine triple du polynôme $P$, et les deux racines réelles $\alpha$ et $\beta$ du polynôme $X^2+X-1$ sont racines simples de $P.$

Note. L’algorithme utilisé montre que, pour tout entier $i$ compris entre $1$ et $5$, les polynômes $B_i$ sont uniques.

323. Localisation des racines d’un polynôme réel dont les coefficients sont strictement positifs et strictement décroissants

Soit $n$ un entier naturel non nul. On désigne par $a_0,\dots,a_n$ des nombres réels tels que :

0 < a_0 < \cdots < a_n.

Soit $P$ le polynôme réel défini par :

P(X) = a_nX^n+\cdots+a_1X+a_0 = \sum_{i=0}^n a_i X^i.

L’objectif de cet article est de démontrer que, pour tout nombre complexe $z$ :

P(z) = 0 \implies \vert z\vert <1.

Introduisez un polynôme $Q$

Soit $z$ une racine complexe de $P.$

Alors :

\begin{align*}
a_n z^n+\cdots+a_1 z+a_0  = 0\\
\sum_{i=0}^n a_i z^i = 0.
\end{align*}

Afin de faire apparaître des différences entre les coefficients de $P$, vous multipliez l’égalité précédente par $z$ :

\begin{align*}
a_n z^{n+1}+\cdots+a_1 z^2+a_0z  = 0\\
\sum_{i=1}^{n+1} a_{i-1}z^i = 0.
\end{align*}

Par différence des deux égalités précédentes :

\begin{align*}
a_n z^{n+1} + (a_{n-1}-a_n)z^n+\cdots+(a_0-a_1)z - a_0 = 0\\
a_n z^{n+1} + \sum_{i=1}^n (a_{i-1}-a_i)z^i - a_0 = 0.
\end{align*}

Afin d’obtenir un coefficient dominant égal à $1$, vous divisez le tout par $a_n$ qui est non nul :

\begin{align*}
z^{n+1} + \frac{a_{n-1}-a_n}{a_n}z^n+\cdots+\frac{a_0-a_1}{a_n}z + \frac{- a_0}{a_n} = 0\\
z^{n+1} + \sum_{i=1}^n \frac{a_{i-1}-a_i}{a_n}z^i + \frac{-a_0}{a_n}=0\\
z^{n+1} - \sum_{i=1}^n \frac{a_i-a_{i-1}}{a_n}z^i - \frac{a_0}{a_n}=0.
\end{align*}

Cette égalité amène à poser :

\boxed{
\begin{align*}
&b_0 = \frac{a_0}{a_n}\\
&\forall i\in\llbracket 1, n\rrbracket, b_i = \frac{a_i-a_{i-1}}{a_n}.
\end{align*}
}

Du coup :

z^{n+1} - \sum_{i=0}^n b_i z^i = 0.

Notez que, compte tenu des propriétés des coefficients $(a_i)_{0\leq i\leq n}$ vous avez :

\forall i\in\llbracket 0, n\rrbracket, b_i > 0.

Comme :

z^{n+1} = \sum_{i=0}^n b_i z^i

en prenant le module, il vient :

\vert z \vert ^{n+1} =\left\vert \sum_{i=0}^n b_i z^i\right\vert

C’est maintenant que l’inégalité triangulaire va intervenir. Il vient :

\begin{align*}
\vert z \vert^{n+1}&\leq \sum_{i=0}^n \vert b_i \vert \vert z\vert ^i\\
&\leq\sum_{i=0}^n b_i \vert z \vert ^i.
\end{align*}

Si bien que :

\boxed{\vert z \vert ^{n+1} - \sum_{i=0}^n b_i \vert z \vert ^i \leq 0.}

Le moment est venu de poser :

Q(X) = X^{n+1}-\sum_{i=0}^n b_iX^i.

Il a été établi que, pour tout nombre complexe $z$ :

\boxed{P(z)=0 \implies (Q(\vert z \vert)\leq 0 \text{ et } Q(z)=0.)}

Introduisez une fonction $f$

Vous définissez une fonction $f$ sur $]0,+\infty[$ en posant:

\forall x>0, f(x) = \frac{Q(x)}{x^{n+1}} = 1- \sum_{i=0}^n\frac{b_i x^i}{x^{n+1}}.

Cette fonction s’écrit comme une somme de fonctions de références, ce qui va permettre d’obtenir rapidement un résultat sur sa monotonie.

Or, pour tout réel $x>0$:

\begin{align*}
f(x) &= 1-\sum_{i=0}^n\frac{b_i}{x^{n+1-i}} \\
&=1-\sum_{j=1}^{n+1}\frac{b_{n+1-j}}{x^j}.
\end{align*}

Cette expression montre que $f$ est dérivable sur $]0,+\infty[$ et que pour tout réel $x>0$, vous avez:

\begin{align*}
f'(x) &= -\sum_{j=1}^{n+1}\frac{-j b_{n+1-j}}{x^{j+1}}\\
&= \sum_{j=1}^{n+1}\frac{j b_{n+1-j}}{x^{j+1}}\\
&= \sum_{i=0}^{n}\frac{(n+1-i) b_{i}}{x^{n+2-i}}.
\end{align*}

Or, pour tout $i\in\llbracket 0, n\rrbracket$:

\begin{align*}
(n+1-i )> 0\\
b_i >0.
\end{align*}

Par somme de réels strictement positifs, vous déduisez que:

\forall x>0, f'(x)>0.

La fonction $f$ est donc strictement croissante sur $]0,+\infty[.$

Établissez le signe de la fonction $f$

Pour tout réel $x>0$:

Q(x) = x^{n+1} - \sum_{i=1}^n \frac{a_i-a_{i-1}}{a_n}x^i - \frac{a_0}{a_n}.

La somme du milieu devient télescopique en évaluant le polynôme $Q$ en $1$:

\begin{align*}
Q(1) &= 1- \sum_{i=1}^n \frac{a_i-a_{i-1}}{a_n} - \frac{a_0}{a_n}\\
&=1- \sum_{i=1}^n \frac{a_i}{a_n} + \sum_{i=1}^n \frac{a_{i-1}}{a_n} - \frac{a_0}{a_n}\\
&=1- \sum_{i=1}^n \frac{a_i}{a_n} + \sum_{i=0}^{n-1} \frac{a_{i}}{a_n} - \frac{a_0}{a_n}\\
&=1- \left(\frac{a_0}{a_n}+\sum_{i=1}^n \frac{a_i}{a_n}   \right)+ \sum_{i=0}^{n-1} \frac{a_{i}}{a_n} \\
&=1- \sum_{i=0}^n \frac{a_i}{a_n}  + \sum_{i=0}^{n-1} \frac{a_{i}}{a_n} \\
&=1- \sum_{i=0}^{n-1} \frac{a_i}{a_n}  -\frac{a_n}{a_n}+ \sum_{i=0}^{n-1} \frac{a_{i}}{a_n} \\
&=1 -\frac{a_n}{a_n}  \\
&=0.
\end{align*}

Ainsi il vient $\boxed{f(1) = 0.}$

Vous déduisez que:

  • sur l’intervalle $]0,1[$, la fonction $f$ est strictement négative;
  • sur l’intervalle $]1,+\infty[$, la fonction $f$ est strictement positive.

Justifiez que les racines de $P$ ne peuvent être de module égal à $1$

Soit $z$ une racine de $P.$

Alors il a déjà été vu que:

z^{n+1} = \sum_{i=0}^n b_i z^i.

Raisonnez par l’absurde et supposez que $\vert z \vert = 1.$

D’une part:

\begin{align*}
\left\vert \sum_{i=0}^n b_i z^i \right\vert&= \vert z^{n+1}\vert\\
& = \vert z \vert^{n+1} \\
&= 1^{n+1}\\
&=1.
\end{align*}

D’autre part:

\begin{align*}
\sum_{i=0}^n\vert b_i z^i\vert &= \sum_{i=0}^n \vert b_i\vert \vert z\vert ^i\\
&= \sum_{i=0}^n  b_i \vert z\vert ^i\\
&= \sum_{i=0}^n  b_i 1 ^i\\
&=\sum_{i=0}^n  b_i\\
&= b_0 + \sum_{i=1}^n b_i\\
&=\frac{a_0}{a_n}+\sum_{i=1}^n \frac{a_i-a_{i-1}}{a_n}\\
&=\frac{a_0}{a_n}+\sum_{i=1}^n \frac{a_i}{a_n}-\sum_{i=1}^n \frac{a_{i-1}}{a_n}\\
&=\sum_{i=0}^n \frac{a_i}{a_n}-\sum_{i=1}^n \frac{a_{i-1}}{a_n}\\
&=\sum_{i=0}^n \frac{a_i}{a_n}-\sum_{i=0}^{n-1} \frac{a_{i}}{a_n}\\
&=\frac{a_n}{a_n}\\
&=1.
\end{align*}

Vous déduisez que vous êtes dans le cas d’égalité de l’inégalité triangulaire:

\left\vert \sum_{i=0}^n b_i z^i \right\vert = \sum_{i=0}^n \vert b_i z^i \vert.

Comme $b_n z^n$ est de module égal à $b_n$, vous déduisez que $b_nz^n \neq 0.$

Il existe des réels positifs $\lambda_0,\dots,\lambda_{n-1}$ tels que:

\begin{align*}
b_{n}z^{n} &= 1\times b_nz^n\\
b_{n-1}z^{n-1} &= \lambda_{n-1}\times b_nz^n\\
&\vdots\\
b_{0} &= \lambda_{0}\times b_nz^n.
\end{align*}

Note. Pour une démonstration complète sur l’existence de ces réels, vous pouvez vous reporter à la lecture du contenu rédigé dans l'article 319.

Par somme :

\begin{align*}
b_nz^n+b_{n-1}z^{n-1}+\cdots+b_0 &= (1+\lambda_{n-1}+\cdots+\lambda_0) b_n z^n\\
z^{n+1} &= (1+\lambda_{n-1}+\cdots+\lambda_0) b_n z^n.
\end{align*}

Comme $z$ est de module $1$, il est non nul, du coup :

z = (1+\lambda_{n-1}+\cdots+\lambda_0) b_n.

En prenant les modules :

\begin{align*}
\vert b_{n-1}z^{n-1}\vert  &= \vert \lambda_{n-1}\times b_nz^n\vert \\
&\vdots\\
\vert b_{0}\vert  &= \vert \lambda_{0}\times b_nz^n\vert.
\end{align*}

Comme les réels $b_0,\dots,b_{n-1}$, $\lambda_0,\dots,\lambda_{n-1}$ sont positifs :

\begin{align*}
 b_{n-1}  &=  \lambda_{n-1} \\
&\vdots\\
 b_{0}  &=  \lambda_{0}.
\end{align*}

Finalement :

z = (1+b_{n-1}+\cdots+b_0) b_n.

Cela prouve que $z$ est un réel strictement positif. En prenant le module :

1 = (1+b_{n-1}+\cdots+b_0)b_n.

Il a été vu que :

b_0+\cdots+b_{n-1}+b_n = 1.

Donc :

\begin{align*}
1 = (1+(1-b_n))b_n\\
1 = (2-b_n)b_n\\
1 = 2b_n-b_n^2\\
b_n^2-2b_n+1 = 0\\
(b_n-1)^2 = 0\\
b_n =1.
\end{align*}

Or :

\begin{align*}
b_n &= \frac{a_n-a_{n-1}}{a_n}\\
1 &= \frac{a_n-a_{n-1}}{a_n}\\
a_n &= a_n-a_{n-1}\\
0 &= a_{n-1}.
\end{align*}

Ce dernier résultat contredit $a_{n-1}> 0.$

Il en résulte le résultat suivant. Pour tout nombre complexe $z$ :

\boxed{P(z) = 0 \implies \vert z\vert \neq 1.}

Justifiez que les racines de $P$ sont à l’intérieur du disque unité ouvert

Soit $z$ une racine du polynôme $P.$ Raisonnez par l’absurde et supposez que $\vert z \vert \geq 1.$

D’après le contenu précédent, vous avez $\vert z \vert \neq 1$ donc $\vert z \vert > 1.$

Comme $\vert z \vert$ appartient à l’intervalle $]1,+\infty[$ vous déduisez de l’étude du signe de $f$ que :

f(\vert z \vert) > 0.

Comme $Q(\vert z\vert) \leq 0$, en divisant par $\vert z \vert ^{n+1}$, vous avez $\frac{Q(\vert z \vert)}{\vert z\vert ^{n+1}}\leq 0$ soit :

f(\vert z \vert) \leq 0.

Les deux résultats obtenus sont contradictoires.

Le résultat est ainsi prouvé. Toutes les racines complexes du polynôme $P$ sont situées dans le disque unité ouvert. Autrement dit, pour tout nombre complexe $z$ :

\boxed{P(z) = 0\implies \vert z \vert < 1.}

322. La borne de Cauchy (2/2)

Dans le prolongement du contenu écrit dans l'article 321, il sera donné des moyens de calculer la borne de Cauchy d’un polynôme.

Dans toute la suite, $P$ désignera un polynôme à coefficients complexes et non constant. Vous noterez $m$ son degré et vous supposerez que $P \neq X^m.$ Ainsi il existe un unique $m$-uplet $(a_{m-1},\dots,a_0)\in\C^m\setminus\{(0,\dots,0)\}$ tel que :

P(X) = X^m-a_{m-1}X^{m-1}-\cdots-a_1X-a_0.

Localisez la borne de Cauchy en utilisant la méthode de dichotomie

Rappels sur les outils

Vous considérez le polynôme $Q$ défini par :

Q(X) = X^m - \vert a_{m-1}\vert X^{m-1}-\cdots-\vert a_{1}\vert X-\vert a_{0}\vert.

Pour tout réel $x\in ]0,+\infty[$ vous posez:

f(x) = \frac{Q(x)}{x^m}.

Il a été vu dans le contenu rédigé dans l'article 321 que la borne de Cauchy de $P$ est l’unique réel strictement positif noté $c(P)$ qui vérifie la double égalité $f(c(P))=0$ et $Q(c(P))=0.$ Il a été établi que la fonction $f$ est strictement croissante sur $]0,+\infty[.$

Soit $A$ le maximum du module de tous les coefficients de $P$, sans tenir compte de son coefficient dominant. Autrement dit vous avez:

A = \max\{\vert a_i\vert, i\in\llbracket 0, m-1 \rrbracket\}.

Le contenu rédigé dans l'article 321 a montré que $c(P) \leq 1+A$, que $Q(1+A)\geq 0$ et que :

c(P)\in[0, 1+A].

Une récurrence pour construire l’algorithme de dichotomie

Vous noterez $u_0 = 0$ et $v_0 =1+A$, de sorte que $c(P)\in[u_0,v_0].$ Notez que $Q(u_0) = Q(0)=-\vert a_0\vert.$ Donc $Q(u_0)\leq 0.$ De plus, $Q(v_0) \geq 0.$ Notez que :

v_0 = u_0+\frac{1+A}{2^0}.

Soit maintenant $n$ un entier naturel et supposez construits des réels positifs $u_n$ et $v_n$ avec $v_n = u_n + \frac{1+A}{2^n}$ tels que $c(P)\in[u_n,v_n]$, $Q(u_n)\leq 0$ et $Q(v_n)\geq 0.$

Considérez le réel positif $c_n=\frac{a_n+b_n}{2}.$

1er cas. $Q(c_n)< 0.$ Vous posez $u_{n+1} = c_n$ et $v_{n+1} = v_n.$ Les réels $u_{n+1}$ et $v_{n+1}$ sont alors positifs.

D’autre part :

\begin{align*}
v_{n+1}-u_{n+1} &= v_n-c_n \\
&= \frac{2v_n}{2}-\frac{u_n+v_n}{2}\\
&=\frac{2v_n-u_n-v_n}{2}\\
&=\frac{v_n-u_n}{2}\\
&=\frac{\frac{1+A}{2^n}}{2}\\
&=\frac{1+A}{2^{n+1}.}
\end{align*}

Vous avez bien $Q(u_{n+1}) = Q(c_n)$ et donc $Q(u_{n+1})\leq 0.$ De même, $Q(v_{n+1})=Q(v_n)$ donc $Q(v_{n+1})\geq 0.$

L’égalité $v_{n+1} = u_{n+1} + \frac{1+A}{2^{n+1}}$ montre que $v_{n+1}>0$ Du coup $\frac{Q(v_{n+1})}{v_{n+1}^m }\geq 0$ et $f(v_{n+1})\geq 0$ soit $f(v_{n+1}) \geq f(c(P)).$

Si vous avez $c(P) > v_{n+1}$, notez d’abord que $c(P)$ et $v_{n+1}$ sont deux nombres appartenant à $]0,+\infty[$, intervalle où $f$ est strictement croissante, alors $f(c(P))>f(v_{n+1})$, contradiction. Donc $c(P) \leq v_{n+1}.$

De même, supposez que $u_{n+1} > c(P).$ Comme $c(P)$ et $u_{n+1}$ sont deux nombres appartenant à $]0,+\infty[$, intervalle où $f$ est strictement croissante, vous déduisez $f(u_{n+1})>f(c(P))$ donc $\frac{Q(u_{n+1})}{u_{n+1}^m} > 0$ et donc $Q(u_{n+1})>0$ soit $Q(c_n)> 0.$ Contradiction. Donc $u_{n+1} \leq c(P).$

2ème cas. $Q(c_n)\geq 0.$ Vous posez $u_{n+1} = u_n$ et $v_{n+1} = c_n.$ Les réels $u_{n+1}$ et $v_{n+1}$ sont encore positifs.

\begin{align*}
v_{n+1}-u_{n+1} &= c_n-u_n \\
&= \frac{u_n+v_n}{2}-\frac{2u_n}{2}\\
&=\frac{u_n+v_n-2u_n}{2}\\
&=\frac{v_n-u_n}{2}\\
&=\frac{\frac{1+A}{2^n}}{2}\\
&=\frac{1+A}{2^{n+1}.}
\end{align*}

Vous avez $Q(u_{n+1}) = Q(u_n)$ or $Q(u_n)\leq 0$ donc $Q(u_{n+1})\leq 0.$
De même, $Q(v_{n+1}) = Q(c_n)$ or $Q(c_n)\geq 0$ donc $Q(v_{n+1})\geq 0.$

Supposez que $c(P)<u_{n+1}.$ Le réel $c(P)$ étant strictement positif, vous déduisez que $c(P)$ et $u_{n+1}$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Par stricte croissance de la fonction $f$ sur cet intervalle, il vient $f(c(P))< f(u_{n+1})$ donc $0<\frac{Q(u_{n+1})}{u_{n+1}^m}$ donc $Q(u_{n+1})> 0$, contradiction. Donc $u_{n+1}\leq c(P).$

Supposez que $v_{n+1}<c(P).$ Vous avez $v_{n+1} = u_{n+1}+\frac{1+A}{2^{n+1}}$ avec $A>0$ et $u_{n+1}$ positif, donc $v_{n+1}>0.$ Les réels $c(P)$ et $v_{n+1}$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Par stricte croissance de la fonction $f$ sur cet intervalle, il vient $ f(v_{n+1}) < f(c(P))$ donc $f(v_{n+1})<0$ d’où $\frac{Q(v_{n+1})}{v_{n+1}^m}< 0$ et donc $Q(v_{n+1})<0$ contradiction. Donc $c(P)\leq v_{n+1}.$

La récurrence est donc terminée.

Explicitez l’algorithme de dichotomie

Vous posez $u_0 = 0$ et $v_0 = 1+A.$

Pour tout entier naturel $n$ vous calculez $c_n=\frac{u_n+v_n}{2}.$

  • Si $Q(c_n)< 0$ vous posez $u_{n+1} = c_n$ et $v_{n+1} = v_n$ ;
  • Si $Q(c_n)\geq 0$ vous posez $u_{n+1} = u_n$ et $v_{n+1} = c_n.$

Il a été démontré ci-dessus que :

\forall n\in\N, u_n\leq c(P) \leq v_n.

D’autre part il est aussi établi que :

\forall n\in\N, v_n =  u_n + \frac{1+A}{2^n}.

Comme $2>1$, vous avez $\lim_{n\to +\infty} 2^n = +\infty$ et par quotient $\lim_{n\to +\infty} \frac{1+A}{2^n} = 0.$
Ainsi, la suite $(v_n-u_n)_{n\geq 0}$ converge vers $0.$

Soit $n$ un entier naturel. Si $Q(c_n)\geq 0$, $u_{n+1}-u_n = 0$ donc $u_{n+1}\geq u_n.$
Si $Q(c_n)<0$, il vient : $u_{n+1}-u_n = c_n-u_n = \frac{1+A}{2^{n+1}}$ or $1+A> 0$ donc $u_{n+1}-u_n\geq 0.$
Vous en déduisez que la suite $(u_n)_{n\geq 0}$ est croissante.

Soit $n$ un entier naturel. Si $Q(c_n) < 0$, $v_{n+1}-v_n = 0$ donc $v_{n+1}\leq v_n.$
Si $Q(c_n)\geq 0$, il vient : $v_{n+1}-v_n = v_n-c_n = \frac{1+A}{2^{n+1}}$ or $1+A> 0$ donc $v_{n+1}-v_n\geq 0.$
Vous en déduisez que la suite $(v_n)_{n\geq 0}$ est décroissante.

Etant donné que les suites $(u_n)_{n\geq 0}$ et $(v_n)_{n\geq 0}$ sont adjacentes, elles convergent vers la même limite $\ell \in\R.$

Comme $\forall n\in\N, u_n\leq c(P) \leq v_n$ le théorème des gendarmes fournit $c(P) = \ell.$

Concluez

En définitive, les suites $(u_n)_{n\geq 0}$ et $(v_n)_{n\geq 0}$ convergent vers la borne de Cauchy $c(P).$

Pour tout $n\in\N$, les inégalités $u_n\leq c(P) \leq v_n$ fournissent un encadrement de $c(P)$ d’amplitude $\frac{1+A}{2^n}$ ce qui permet d’obtenir une valeur approchée de $c(P)$ à la précision que l’on souhaite.

Un exemple

Soit $P$ le polynôme défini par :

P(X) = X^3+(-2+3i)X^2+(-3-5i)X+(6-2i.)

Vous calculez les modules des coefficients de $P$ :

\begin{align*}
\vert -2+3i\vert &= \sqrt{4+9} = \sqrt{13}\\
\vert -3-5i\vert &= \sqrt{9+25} = \sqrt{34}\\
\vert 6-2i\vert &= \sqrt{36+4} = \sqrt{40} = 2\sqrt{10}.\\

\end{align*}

La borne de Cauchy $c(P)$ est l’unique racine réelle strictement positive du polynôme $Q$ défini par :

Q(X) = X^3-\sqrt{13}X^2-\sqrt{34}X-2\sqrt{10}.

Le maximum du module des coefficients de $P$, excepté son coefficient dominant, vaut :

A = 2\sqrt{10}.

Pour trouver un encadrement de $c(P)$ d’amplitude $10^{-3}$, vous posez :

\left\{\begin{align*}
u_0 &= 0\\
v_0 &= 1+2\sqrt{10}.
\end{align*} 
\right.

Pour tout entier naturel $n$, vous posez $c_n=\frac{u_n+v_n}{2}.$ Puis vous posez :

u_{n+1} = \left\{\begin{align*}
c_n &\text{ si } Q(c_n) < 0\\
u_n &\text{ sinon}
\end{align*} 
\right.
v_{n+1} = \left\{\begin{align*}
v_n &\text{ si } Q(c_n) < 0\\
c_n &\text{ sinon.}
\end{align*} 
\right.

L’amplitude de l’encadrement souhaité fournit :

\begin{align*}
\frac{1+A}{2^n} &\leq 10^{-3} \\
1000(1+A)&\leq 2^n\\
3 + \log(1+A)&\leq n(\log 2)\\
\frac{3+\log(1+2\sqrt{10})}{\log 2} &\leq n\\
12,8&\leq n\\
13&\leq n.
\end{align*}

Il suffit de faire tourner la boucle de l’algorithme ci-dessous $13$ fois.

25/02/2024 - Avosz image article 322 programme dichotomie pour borne de cauchy

Il vient :

\begin{align*}
u_{13}\leq c(P) \leq v_{13}.
\end{align*}

En prenant la valeur approchée par défaut de $u_{13}$ à $10^{-4}$ et celle par excès de $v_{13}$ à $10^{-4}$, il vient un encadrement correct :

\boxed{5,0177\leq c(P) \leq 5,0187.}

Note. La borne de Cauchy fournit un majorant du module de l’ensemble des racines de $P.$ Cependant ce dernier est loin d’être optimal, même s’il peut arriver que certains polynômes aient une racine égale à leur borne de Cauchy.

321. La borne de Cauchy (1/2)

Etant donné un polynôme à coefficients complexes non constant, comment majorer le module de ses racines ?

Une réponse sera abordée dans cet article, grâce à la notion de borne de Cauchy.

Soit $n$ un entier naturel non nul et soit $P\in\C[X]$ un polynôme unitaire de degré $n.$ Il existe $n$ coefficients, $a_0,\dots,a_{n-1}$ tels que :

P(X) = X^n + a_{n−1}X^{n−1} + \cdots + a_1X + a_0.

Le cas $a_0 = \cdots = a_{n-1} = 0$ fournit $P(X) = X^n$ et $P$ admet $0$ pour racine unique.

Dans la suite, vous supposerez que les coefficients $a_0,\dots,a_{n-1}$ ne sont pas tous simultanément nuls.

Ramenez-vous à un polynôme réel

Considérez le polynôme $Q\in\R[X]$ défini par :

Q(X) = X^n - \vert a_{n−1}\vert X^{n−1} - \cdots - \vert a_1\vert X - \vert a_0\vert.

Ensuite, pour tout réel $x > 0$ vous posez :

f(x) = \frac{Q(x)}{x^n}.

Cette égalité définit une fonction réelle $f$, définie sur $]0,+\infty[.$

Notez que, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
 f(x) &= 1-\frac{\vert a_{n−1}\vert}{x} - \cdots - \frac{\vert a_1\vert}{x^{n-1}} - \frac{\vert a_0\vert}{x^n}\\
&=1-\sum_{k=1}^n \frac{\vert a_{n-k}\vert}{x^k}\\
&=1-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}}.
\end{align*}

En dérivant, il vient, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
f'(x) &= - \sum_{k=1}^n \frac{-k \vert a_{n-k} \vert }{x^{k+1}}\\
&=   \sum_{k=1}^n \frac{k \vert a_{n-k} \vert }{x^{k+1}}\\
&=  \sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{(n-\ell) \vert a_{\ell} \vert }{x^{n-\ell+1}}.
\end{align*}

Soit $i\in\llbracket 0,n-1\rrbracket$ tel que $a_i \neq 0.$ Par positivité des éléments de la somme précédente, vous déduisez:

\forall x>0, f'(x)\geq \frac{(n-i)\vert a_i \vert}{x^{n-i+1}}.

Comme $\vert a_i \vert >0$ vous déduisez:

\forall x>0, f'(x) >0.

Sur l’intervalle $]0,+\infty[$ la fonction $f$ est strictement croissante.

D’autre part, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
 \sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\geq \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\leq - \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
1-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\leq 1- \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
f(x) &\leq 1- \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}.
\end{align*}

D’autre part, comme $n-i > 0$, vous déduisez:

\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} x^{n-i} = 0^{+}.

Ainsi:

\begin{align*}
\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} \frac{\vert a_i \vert}{x^{n-i}} &= +\infty \\
\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} 1-\frac{\vert a_i \vert}{x^{n-i}} &= -\infty.
\end{align*}

Par comparaison, il vient:

\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} f(x) = -\infty.

Maintenant, pour l’étude en $+\infty$ vous pouvez remarquer que:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \lim_{x\to +\infty} x^k = +\infty.

Du coup:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \lim_{x\to +\infty} \frac{\vert a_{n-k}\vert}{x^k}  = 0.

Par somme, vous déduisez:

\lim_{x\to +\infty} f(x) = 1.

Compte tenu des limites précédentes, de la continuité de $f$ sur $]0,+\infty[$ et de sa stricte monotonie, vous avez établi que la fonction $f$ réalise une bijection de $]0,+\infty[$ vers $]-\infty,1[.$

Comme $0\in]-\infty,1[$, l’équation $f(x) = 0$ admet une solution et une seule dans $]0,+\infty[.$

Définissez la borne de Cauchy

D’après la section précédente, il existe un unique réel strictement positif, noté $c(P)$ tel que $f(c(P))=0.$ Le nombre $c(P)$ sera appelé borne de Cauchy du polynôme $P.$

Vous allez montrer que $c(P)$ est l’unique solution strictement positive de l’équation $Q(x)=0.$

Analyse. Soit $t\in\R$ un nombre strictement positif tel que $Q(t) = 0.$ Alors $\frac{Q(t)}{t^n} = 0$ donc $f(t)=0$ et $t = c(P).$

Synthèse. Posez $t = c(P)$. Alors $t>0$ et comme $f(t)=0$ il vient $\frac{Q(t)}{t^n} = 0$ puis $Q(t)=0.$

En définitive, il existe un unique réel strictement positif, noté $c(P)$ et appelé borne de Cauchy, tel que:

\boxed{c(P)^n =  \vert a_{n−1}\vert c(P)^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert c(P) + \vert a_0\vert.}

Obtenez un encadrement du maximum du module des racines de $P$

En tant que polynôme unitaire de $\C[X]$ et en vertu du théorème de d’Alembert, il existe $n$ nombres complexes (pas nécessairement distincts) $r_1,\dots, r_n$ tels que :

P(X) = (X-r_1)\cdots(X-r_n).

Vous notez $\boxed{R = \max \{\vert r_i\vert, i\in\llbracket 1,n\rrbracket\}.}$

Une majoration de $R$

Soit $i\in\llbracket 1, n\rrbracket.$ Comme $P(r_i) = 0$, vous déduisez :

\begin{align*}
r_i^n &= - a_{n−1}r_i^{n−1} - \cdots - a_1r_i - a_0\\
\vert r_i\vert ^n &= \vert -a_{n−1}r_i^{n−1} - \cdots - a_1r_i - a_0 \vert\\
\vert r_i\vert ^n &= \vert a_{n−1}r_i^{n−1} + \cdots + a_1r_i + a_0 \vert.
\end{align*} 

Utilisant l’inégalité triangulaire :

\begin{align*}
\vert r_i\vert ^n &\leq \vert a_{n−1} r_i\vert^{n−1} + \cdots + \vert a_1r_i\vert + \vert a_0 \vert\\
 &\leq \vert a_{n−1}\vert \vert  r_i\vert^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert \vert r_i\vert + \vert a_0 \vert\\
&\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert.
\end{align*}

Ainsi :

\forall i\in\llbracket 1,n\rrbracket, \vert r_i\vert^n\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert.

Or, il existe $i_0\in\llbracket 1, n\rrbracket$ tel que $R = \vert r_{i_0}\vert.$ Du coup :

\begin{align*}
R^n&\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert \\
R^n -\vert a_{n−1}\vert R^{n−1} - \cdots - \vert a_1\vert R - \vert a_0 \vert &\leq 0\\
Q(R)&\leq 0.
\end{align*} 

Si $R$ est nul, alors $\vert r_1 \vert = \cdots = \vert r_n \vert = 0$ et donc $P(X) = X^n$ ce qui entraîne la nullité de tous les coefficients $a_0,\dots,a_{n-1}$ ce qui est absurde. Donc $R>0.$

Du coup, $\frac{Q(R)}{R^n} \leq 0$ soit $f(R)\leq 0$ et par suite $f(R)\leq f(c(P)).$ Supposez que $R > c(P).$ Comme $c(P)>0$, $R$ et $c(P)$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Comme $f$ est strictement croissante sur cet intervalle, vous déduisez $f(R) > f(c(P))$, contradiction.

Ainsi, le maximum des modules des racines de $P$ est inférieur ou égal à la borne de Cauchy:

\boxed{R\leq c(P).}

Une minoration de $R$

Vous développez l’expression:

P(X) = (X-r_1)\cdots(X-r_n).

Pour cela vous utilisez les fonctions symétriques des racines:

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 &= r_1+\cdots+r_n =\sum_{i=1}^n r_i\\
\vdots\\
\sigma_k &= \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} r_{i_1}\cdots r_{i_k}\\
\vdots\\
\sigma_n &= r_1\cdots r_n.\\
\end{align*}
\right.

Il vient:

P(X) = X^n-\sigma_1X^{n-1}+\cdots+(-1)^k \sigma_kX^{n-k}+\cdots+(-1)^n\sigma_n.

Or:

P(X) = X^n + \sum_{k=1}^n a_{n−k}X^{n−k}.

Par identification, vous déduisez:

\forall k\in\llbracket 1,n\rrbracket, a_{n-k} = (-1)^k\sigma_k.

Soit maintenant $k$ fixé appartenant à l’intervalle d’entiers $\llbracket 1, n\rrbracket.$ Vous avez:

\begin{align*}
\vert a_{n-k} \vert &= \vert \sigma_k\vert \\
&=\left\vert \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} r_{i_1}\cdots r_{i_k} \right\vert.
\end{align*}

Par inégalité triangulaire:

\begin{align*}
\vert a_{n-k} \vert &\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} \vert r_{i_1}\cdots r_{i_k} \vert \\
&\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} \vert r_{i_1}\vert \cdots \vert r_{i_k} \vert \\
&\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n}R^k \\
&\leq  \binom{n}{k} R^k.
\end{align*}

Ainsi:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \vert a_{n-k} \vert \leq  \binom{n}{k} R^k.

Or:

c(P)^n =  \sum_{k=1}^n\vert a_{n−k}\vert c(P)^{n−k}.

Vous déduisez la majoration:

c(P)^n \leq  \sum_{k=1}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k}.

Il manque un terme pour obtenir le développement du binôme. Vous rajoutez ce terme:

\begin{align*}
c(P)^n + c(P)^n &\leq  \sum_{k=1}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k} + c(P)^n \\
2 c(P)^n &\leq  \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k} \\
2 c(P)^n &\leq   (R + c(P) )^{n} \\
\sqrt[n]{2} c(P) &\leq R+c(P).
\end{align*} 

Finalement :

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq R.}

Concluez

En notant $R$ le maximum des modules de racines de $P$ et $c(P)$ la borne de Cauchy de $P$, vous avez un encadrement de $R$ :

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq R\leq c(P).}

Une majoration de $c(P)$ par les coefficients du polynôme $P$

Il a été vu que $c(P)$ vérifie l’égalité suivante $f(c(P))=0.$

Pour effectuer une majoration, vous posez :

A = \max\{\vert a_i\vert, i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket\}.

Remarquez que $A >0.$

Cela aboutit à :

\begin{align*}
\vert a_{n−1}\vert (1+A)^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert (1+A) + \vert a_0\vert &\leq A((1+A)^{n-1}+\cdots+(1+A)+1)\\
&\leq A  \times \frac{(1+A)^n-1}{(1+A)-1} \\
&\leq (1+A)^n-1\\
&< (1+A)^n.
\end{align*}

Par suite, $Q(1+A) > 0$ et donc $\frac{Q(1+A)}{(1+A)^n} > 0$ donc $f(1+A)>0$ et donc $f(1+A)> f(c(P)).$

Si $1+A\leq c(P) $, alors vu que $c(P)>0$ les réels $c(P)$ et $1+A$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Or $f$ est croissante sur cet intervalle, donc $f(1+A)\leq f(c(P))$, contradiction. Ainsi $c(P) < 1+A.$

Concluez

Pour tout polynôme $P$ à coefficients complexes non constant, vous notez $\rho(P)$ le maximum du module de ses racines.

Pour tout polynôme $P$ unitaire à coefficients complexes, non constant de degré $n\in\NN$, différent de $X^n$, il existe un unique $n$-uplet $(a_0\dots,a_{n-1})\in\C^n \setminus \{(0,\dots,0)\}$ tel que:

P(X) = X^n + a_{n−1}X^{n−1} + \cdots + a_1X + a_0.

De plus, il existe un unique $c(P)\in\R_{+}^{*}$, appelé borne de Cauchy de $P$, qui est la seule solution de l’équation suivante d’inconnue $x\in\R_{+}^{*}$:

x^n = \vert a_{n-1}\vert x^{n-1}+\cdots+\vert a_1\vert  x +\vert a_0\vert .

De plus, les inégalités suivantes sont vérifiées:

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq \rho(P)\leq c(P)< 1+\max \{\vert a_i \vert, i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket \}.}

320. Le théorème de Gauss-Lucas

Considérez un entier $n$ supérieur ou égal à $2$ et fixez un polynôme, noté $P$, à coefficients complexes, de degré $n.$

Le théorème de Gauss-Lucas fournit une information sur la localisation des racines du polynôme dérivé $P’$ à partir des racines de $P.$

Note. Pour avoir $P’$ non constant (et donc scindé sur $\C[X]$) l’hypothèse $n\geq 2$ s’avère pertinente. Le cas où $P$ est constant conduit à $P’ = 0$ et $P’$ est constant. Le cas où $P$ est de degré $1$ amène à avoir $P’$ constant aussi.

Grâce au théorème de d’Alembert, le polynôme $P$ est scindé sur $\C[X]$. Autrement dit, il existe un nombre complexe $a$ non nul et $n$ nombres complexes $\lambda_1,\dots,\lambda_n$ pas nécessairement distincts, tels que :

\boxed{P(X) = a(X-\lambda_1)\cdots(X-\lambda_n).}

Remarque. Toujours grâce au théorème de d’Alembert, $P’$ qui est non constant est scindé sur $\C[X]$ et il admet au moins une racine complexe.

Calculez le polynôme dérivé $P’$

Quand on dérive un produit, on ne dérive qu’un seul facteur à la fois, puis on fait la somme. Ceci peut être illustré avec $2$ ou $3$ facteurs, quels que soient les polynômes complexes $F$, $G$ et $H$ vous avez :

\begin{align*}
(FG)' &= F'G+FG'\\
(FGH)' &= F'GH+FG'H+FGH'.
\end{align*}

Vous écrivez $P(X)$ comme le produit suivant :

P(X)= a\prod_{i=1}^n (X-\lambda_i).

En dérivant cette expression, vous déduisez :

\boxed{P'(X) = a\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (X-\lambda_i).}

Exemple. Avec $n=3$, vous avez :

P(X) =a(X-\lambda_1)(X-\lambda_2)(X-\lambda_3).

En dérivant, il vient :

P'(X) = a(X-\lambda_2)(X-\lambda_3)+a(X-\lambda_1)(X-\lambda_3)+a(X-\lambda_1)(X-\lambda_2).

Trouvez une égalité satisfaite pour une racine de $P’$

Soit maintenant $z$ un nombre complexe qui soit une racine du polynôme dérivé $P’.$

Le cas le plus rapide est celui où $z\in\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}.$

Supposez dans la suite que :

z\notin\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}.

Comme $P'(z) =0$, il vient :

a\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0.

En divisant par $a$ qui est non nul, vous avez :

\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0.

D’autre part, pour tout entier $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $z-\lambda_i\neq 0.$

Du coup, le produit suivant est non nul :

\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)\neq 0.

Fixez maintenant un entier $j\in\llbracket 1, n\rrbracket.$

Le quotient suivant se simplifie :

\begin{align*}
\frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)}
&=\frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{(z-\lambda_j)\prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i)} \\
&= \frac{1}{z-\lambda_j}.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall j\in\llbracket 1,n\rrbracket, \frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)} = \frac{1}{z-\lambda_j}.}

En divisant $\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0$ par le produit $\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)$ vous déduisez :

\sum_{j=1}^n \frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i)  }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)}= 0.

Finalement, pour tout nombre complexe $z$ qui est racine de $P’$ :

\boxed{\sum_{j=1}^n \frac{1}{z-\lambda_j} = 0 \text{ ou } z\in\{\lambda_i, 1\leq i\leq n\}.}

Exemple. Avec $n=3$, si $z$ est une racine de $P’$ telle que $z\notin\{\lambda_i, 1\leq i\leq 3\}$, vous avez :

\frac{1}{z-\lambda_1}+\frac{1}{z-\lambda_2}+\frac{1}{z-\lambda_3} = 0.

L’enveloppe convexe des racines de $P$

Cet ensemble est défini comme étant l’ensemble des nombres complexes qui peuvent s’écrire comme un barycentre des nombres $\lambda_1,\dots,\lambda_n.$

Formellement, l’enveloppe convexe des racines de $P$ est défini par :

\boxed{C = \{u\in\C, \exists (t_1,\dots,t_n)\in\R_{+}^n \setminus (0,\dots,0),\quad t_1\lambda_1+\cdots t_n\lambda_n =(t_1+\cdots+t_n)u \}.}

Montrez que toute racine de $P’$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P$

Soit $z$ une racine de $P’.$

Traitez le cas où $z$ est racine de $P$

Si $z\in\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}$, il existe $k\in\llbracket 1,n\rrbracket$ tel que $z = \lambda_k.$

Pour tout $i\in\llbracket 1,n \rrbracket \setminus \{k\}$ vous posez $t_i = 0.$ Vous posez $t_k = 1.$

D’une part :

t_1\lambda_1+\cdots+t_n\lambda_n = t_k\lambda_k = \lambda_k.

D’autre part :

(t_1+\cdots+t_n) z = 1\times \lambda_k.

Ainsi :

t_1\lambda_1+\cdots+t_n\lambda_n = (t_1+\cdots+t_n) z.

Pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $t_i\in\R_{+}$ et comme $t_k\neq 0$ vous avez $(t_1,\dots,t_n)\neq (0,\dots,0).$

Donc $\boxed{z\in C.}$

Traitez le cas où $z$ n’est pas racine de $P$

Vous avez l’égalité :

\sum_{j=1}^n \frac{1}{z-\lambda_j} = 0.

Afin de faire apparaître des nombres réels positifs, vous multipliez les $n$ fractions par le conjugué de leur dénominateur. Cela est rendu possible puisque, pour tout $j\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $\overline{z} \neq \overline{\lambda_j}.$

\sum_{j=1}^n \frac{\overline{z}-\overline{\lambda_j}}{(z-\lambda_j)(\overline{z}-\overline{\lambda_j})} = 0.

Cela s’écrit, avec le module :

\sum_{j=1}^n \frac{\overline{z}-\overline{\lambda_j}}{\vert z-\lambda_j\vert^2} = 0.

Vous conjuguez encore cette égalité :

\sum_{j=1}^n \frac{z-\lambda_j}{\vert z-\lambda_j\vert^2} = 0.

Ainsi :

\begin{align*}
\sum_{j=1}^n \frac{z}{\vert z-\lambda_j\vert^2} &= \sum_{j=1}^n \frac{\lambda_j}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\\
\left(\sum_{j=1}^n \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\right)z &= \sum_{j=1}^n \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\lambda_j.
\end{align*}

Pour tout $j\in\llbracket 1, n\rrbracket$, vous posez $t_j = \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}$ qui est un réel strictement positif.

Vous avez obtenu :

\left(\sum_{j=1}^n t_j\right) z = \sum_{j=1}^n t_j\lambda_j.

Comme $t_1\neq 0$, $(t_1,\dots,t_n)\in\R_{+}\setminus \{0,\dots,0\}.$

Ainsi vous avez encore $\boxed{z\in C.}$

Le théorème de Gauss-Lucas est démontré et il s’énonce ainsi : pour tout polynôme $P\in\C[X]$ de degré supérieur ou égal à $2$, toute racine de $P’$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P.$

Premier prolongement

Soit $P$ un polynôme réel scindé de degré supérieur ou égal à $2$. Autrement dit, il existe un entier $m$ supérieur ou égal à $2$, un nombre $a\in\R$ non nul et des réels $r_1,\dots,r_m$ avec $r_1\leq \cdots \leq r_m$ tels que :

P(X) = a(X-r_1)\cdots(X-r_m).

Pourriez-vous démontrer, à l’aide du théorème de Gauss-Lucas, que $P’$ est scindé sur $\R[X]$ et que toute racine de $P’$ appartient à l’intervalle $[r_1,r_m]$ ?

Autre prolongement

Si $P$ est un polynôme réel de degré supérieur ou égal à $2$ et qui admet au moins deux racines réelles distinctes, notées, $r_1 < \dots < r_q$, est-il vrai que toutes les racines réelles de $P’$ sont situées dans l’intervalle $[r_1,r_q]$ ? Pour en savoir davantage, allez lire le contenu rédigé dans l'article 336.

319. Inégalité triangulaire généralisée avec des nombres complexes (2/2)

Dans ce document, vous trouverez l’étude complète du cas d’égalité de l’inégalité triangulaire généralisée qui arrive que le prolongement du contenu rédigé de l'article 318.

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$.

Supposez qu’il existe $n$ nombres complexes $z_1,\dots, z_n$, avec $z_1\neq 0$, qui vérifient l’égalité :

\vert z_1+\dots+z_n \vert = \vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert.

Pour en savoir plus, il semble logique d’élever au carré, exactement comme dans le cas où $n=2$, décrit dans l'article 318.

Elevez au carré le membre de gauche

En utilisant le conjugué de nombres complexes, vous établissez successivement :

\begin{align*}
\vert z_1+\dots+z_n \vert^2 &= (z_1+\dots+z_n)(\overline{z_1+\dots+z_n})\\
&= (z_1+\dots+z_n)(\overline{z_1}+\dots+\overline{z_n})\\
&=\left(\sum_{i=1}^n z_i\right)\left(\sum_{j=1}^n \overline{z_j}\right)\\
&=\sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n}}  z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ i=j}}  z_i\overline{z_j}+\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ i<  j}}  z_i\overline{z_j}+\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ j<  i}}  z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  z_i\overline{z_j}+\sum_{1\leq j < i \leq n} z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  z_i\overline{z_j}+\sum_{1\leq i < j \leq n} z_j\overline{z_i}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  (z_i\overline{z_j}+ z_j\overline{z_i})\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  (z_i\overline{z_j}+ \overline{z_i \overline{z_j}})\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  2\mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}).
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\vert z_1+\dots+z_n \vert^2  =\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert^2+2 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}).}

Elevez au carré le membre de droite

Les calculs sont similaires.

\begin{align*}
(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)^2 &= (\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)\\
&= \left(\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert\right)   \left(\sum_{j=1}^n \vert z_j \vert\right)\\
&= \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ i = j}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ i < j}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ j < i}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{1 \leq j < i \leq n } \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{1 \leq i < j \leq n } \vert z_j\vert \vert z_i \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert \overline{z_j} \vert.
\end{align*}

Finalement :

\boxed{(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)^2 = \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.}

Déduisez-en une propriété vérifiée par les nombres complexes $z_1\overline{z_k}$, pour $2\leq k \leq n$

L’égalité :

\vert z_1+\dots+z_n \vert = \vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert

fournit, après élévation au carré :

\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert^2+2 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) = \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Du coup :

 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) =\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Maintenant vous allez raisonner par l’absurde.
Supposez qu’il existe un entier $k\in\llbracket 2, n\rrbracket$ tel que :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  \neq  \vert z_1\overline{z_k}\vert.

Comme la partie réelle d’un nombre complexe est toujours inférieure à son module, vous déduisez que :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  <  \vert z_1\overline{z_k}\vert.

D’autre part, pour tout $j\in\llbracket 2, n\rrbracket \setminus \{k\}$ vous avez :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})  \leq  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

Par somme, vous avez l’inégalité stricte :

\mathrm{Re}(z_1\overline{z_k}) + \sum_{\substack{2\leq j \leq n \\ j\neq k}} \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})   < \vert z_1\overline{z_k}\vert + \sum_{\substack{2\leq j \leq n \\ j\neq k}}  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

Ainsi :

 \sum_{2\leq j \leq n } \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})   < \sum_{2\leq j \leq n }  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

D’autre part :

 \sum_{2\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) \leq \sum_{2 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Par sommation des deux dernières inégalités, vous obtenez l’inégalité stricte :

 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) < \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Cela contredit l’égalité $\sum_{1\leq i < j \leq n } \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) =\sum_{1 \leq i < j \leq n } \vert z_i \overline{z_j} \vert.$

Il est ainsi établi le résultat suivant. Pour tout entier $k$ compris entre $2$ et $n$ :

\boxed{ \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  = \vert z_1\overline{z_k}\vert.}

Déterminez les nombres complexes $z$ dont la partie réelle est égale au module

Cette section est un aparté.

Soit $z$ un nombre complexe tel que :

\mathrm{Re}(z) = \vert z \vert.

Ecrivez $z$ sous forme algébrique. Il existe deux réels $x$ et $y$ tels que :

z = x+iy.

Comme :

x = \sqrt{x^2+y^2}

vous déduisez immédiatement que $x$ est un réel positif.

Maintenant, en élevant au carré :

x^2 = x^2+y^2

donc $y^2=0$ puis $y=0$ et $z = x.$

Vous avez ainsi établi ce résultat :

\boxed{\forall z\in\C, \mathrm{Re}(z) = \vert z \vert \implies z\in\R_{+}.}

Concluez

Soit $k$ un entier compris entre $2$ et $n.$
Puisque $ \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k}) = \vert z_1\overline{z_k}\vert$, vous déduisez que $z_1\overline{z_k}\in\R_{+}.$

Il existe donc un réel positif $t_k$ tel que :

z_1\overline{z_k} = t_k.

Comme $z_1$ est supposé non nul :

\overline{z_k} = \frac{t_k}{z_1}.

$\overline{z_1}$, $\vert z_1 \vert $ étant non nuls :

\begin{align*}
\overline{z_k} &= \frac{t_k}{z_1\overline{z_1}}\overline{z_1}\\
&= \frac{t_k}{\vert z_1\vert ^2}\overline{z_1}.
\end{align*}

Vous conjuguez cette égalité et tenez compte du fait que $t_k$ est réel :

z_k = \frac{t_k}{ \vert z_1 \vert ^2}z_1.

Vous posez maintenant $u_k = \frac{t_k}{\vert z_1 \vert^2}.$ Alors $u_k \in\R_{+}$ et :

z_k = u_k z_1.

En définitive :

\boxed{\forall k\in \llbracket 2, n\rrbracket, \exists u_k\in\R_{+}, z_k = u_k z_1.}

En d’autres termes, les nombres complexes non nuls parmi $z_1,\dots, z_n$ ont tous le même argument modulo $2\pi.$

318. Inégalité triangulaire généralisée avec des nombres complexes (1/2)

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Le but de cet article est de démontrer que, étant donnés $n$ nombres complexes $z_1, \dots z_n$, l’inégalité suivante, appelée inégalité triangulaire généralisée est vérifiée :

\vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.

Etablissez le cas où il y a seulement deux nombres complexes

Soient $z_1$ et $z_2$ deux nombres complexes.

Vous calculez le carré du nombre réel positif $\vert z_1+z_2 \vert$ :

\begin{align*}
\vert z_1+z_2\vert^2 &= (z_1+z_2)(\overline{z_1+z_2})\\
&= (z_1+z_2)(\overline{z_1}+\overline{z_2})\\
&=z_1\overline{z_1} + z_1\overline{z_2} + z_2\overline{z_1}+z_2\overline{z_2}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + z_1\overline{z_2} + z_2\overline{z_1}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + z_1\overline{z_2} + \overline{z_1\overline{z_2}}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\mathrm{Re}(z_1\overline{z_2}).
\end{align*}

La partie réelle d’un nombre complexe est inférieure ou égale à son module, donc :

\mathrm{Re}(z_1\overline{z_2})\leq \vert z_1\overline{z_2}\vert.

Vous déduisez de ce qui précède :

\begin{align*}
\vert z_1+z_2\vert^2 &\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\overline{z_2}\vert\\
&\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\vert \vert \overline{z_2}\vert\\
&\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\vert \vert z_2\vert.
\end{align*}

Or :

(\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert)^2 = \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2+2\vert z_1\vert \vert z_2\vert.

Ainsi :

\vert z_1+z_2\vert^2 \leq (\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert)^2.

Comme $\vert z_1+z_2\vert$ et $\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert$ sont deux réels positifs, ils sont rangés dans le même ordre que leur carré. D’où :

\boxed{\vert z_1+z_2\vert \leq \vert z_1\vert + \vert z_2 \vert.}

Etablissez le cas général

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété :  » quels que soient les nombres complexes $z_1,\dots, z_n$, $\vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert$ ».

Initialisation. Le cas où $n=2$ a été établi à la section précédente.

Hérédité. Soit maintenant $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que la propriété $\mathscr{P}(n)$ est vérifiée.

Soit $(z_1,\dots , z_n, z_{n+1})\in\C^{n+1}.$

Pour posez $z = z_1+\cdots+z_n.$

Alors :

\vert z_1 + \cdots +z_n + z_{n+1}|  = \vert z +  z_{n+1} \vert.

Or, d’après l’initialisation :

\vert z +  z_{n+1} \vert \leq \vert z \vert + \vert z_{n+1} \vert .

D’autre part :

\vert z \vert + \vert z_{n+1} \vert=  \vert z_1+\cdots+z_n \vert + \vert z_{n+1} \vert.

Vous faites appel à l’hypothèse de récurrence, il vient :

 \vert z_1+\cdots+z_n \vert + \vert z_{n+1} \vert \leq \vert  z_1 \vert + \cdots+\vert  z_n \vert +\vert z_{n+1} \vert.

De ce qui précède, vous déduisez :

\vert z_1 + \cdots +z_n + z_{n+1}|  \leq  \vert  z_1 \vert + \cdots+\vert  z_n \vert +\vert z_{n+1} \vert.

La propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est donc vérifiée.

Concluez

Il est ainsi établi par récurrence que :

\boxed{\forall n\geq 2, \forall (z_1\dots, z_n)\in\C^n, \vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.}

Prolongement

Il est possible d’aller plus loin.
Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$. Soient $n$ nombres complexes $z_1, \dots z_n$ avec $z_1\neq 0$, tels que :

\vert z_1 + \cdots +z_n| = \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.

Alors il existe $n-1$ réels positifs $u_2, \dots u_{n}$ tels que :

\forall i\in \llbracket 2, n\rrbracket, z_i = u_i z_1.

Ce résultat sera démontré dans le contenu rédigé dans l'article 319.

317. Les sommes de Newton (2/2)

Soient $x_1$, $x_2$ et $x_3$ les trois racines réelles du polynôme $X^3-2X-1.$

Sans chercher à calculer ces nombres directement, vous allez déterminer la valeur exacte de :

x_1^6+x_2^6+x_3^6.

Abaissez le degré

Vous effectuez la division euclidienne du polynôme $X^6$ par $X^3-2X-1.$

\begin{align*}
X^6 - (X^3-2X-1)X^3 &=2X^4+X^3 \\
 2X^4+X^3 - (X^3-2X-1)(2X) &= X^3+4X^2+2X\\
X^3+4X^2+2X - (X^3-2X-1)(1) &= 4X^2+4X+1.
\end{align*}

Ainsi :

X^6 - (X^3-2X+1)(X^3+2X+1) = 4X^2+4X+1.

En substituant à l’indéterminée $X$ les réels $x_1$, $x_2$ et $x_3$, vous obtenez finalement :

\forall i \in\llbracket 1, 3\rrbracket, x_i^6 = 4x_i^2+4x_i+1.

Par somme, il vient :

\boxed{x_1^6+x_2^6+x_3^6 = 4(x_1^2+x_2^2+x_3^2)+4(x_1+x_2+x_3)+3.}

Note. Prenez garde, en effectuant la somme, au dernier terme qui est $1$ plus $1$ plus $1$, soit $3.$

Calculez les fonctions symétriques des racines

Puisque $X^3-2X-1 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3)$, en développant, il vient :

\begin{align*}
X^3-2X-1 &= (X^2-(x_1+x_2)X+x_1x_2)(X-x_3) \\
&=X^3-(x_1+x_2)X^2+x_1x_2X-x_3X^2+(x_1x3+x_2x_3)X-x_1x_2x_3\\
&=X^3+(-x_1-x_2-x_3)X^2+(x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)X-x_1x_2x_3.
\end{align*}

Par identification des coefficients, il vient :

\left\{\begin{align*}
-x_1-x_2-x_3 &= 0\\
x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3 &= -2\\
-x_1x_2x_3 &= -1.
\end{align*}
\right.

Déterminez la première somme de Newton

D’après ce qui précède :

\boxed{x_1+x_2+x_3 = 0.}

Déterminez la deuxième somme de Newton

Vous élevez au carré la première somme de Newton :

\begin{align*}
(x_1+x_2+x_3)^2 &= 0\\
x_1^2+x_2^2+x_3^2+2(x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3) &= 0\\
x_1^2+x_2^2+x_3^2 &= -2\times (-2).
\end{align*}

Vous déduisez :

\boxed{x_1^2+x_2^2+x_3^2 = 4.}

Concluez

En utilisant les résultats précédents :

\begin{align*}
x_1^6+x_2^6+x_3^6 &= 4(x_1^2+x_2^2+x_3^2)+4(x_1+x_2+x_3)+3 \\
&= 4\times 4+4\times 0+3.
\end{align*}

La valeur cherchée est trouvée :

\boxed{x_1^6+x_2^6+x_3^6 = 19.}

316. Les sommes de Newton (1/2)

Contrairement au contenu rédigé dans l'article 084, vous allez utiliser un exemple à partir duquel vous allez construire les formules donnant les relations qui lient les sommes de Newton.

Soient $x_1$, $x_2$ et $x_3$ trois nombres complexes vérifiant les conditions suivantes :

\left\{\begin{align*}
x_1+x_2+x_3 &= 3 \\
x_1^3+x_2^3+x_3^3 &= 15 \\
x_1^4+x_2^4+x_3^4 &= 35.
\end{align*}
\right.

Le but de cet article consiste à calculer la valeur de :

x_1^5+x_2^5+x_3^5

sans chercher à calculer explicitement les complexes $x_1$, $x_2$ et $x_3.$

Introduisez les symétries

Comme les données sont invariantes par permutation quelconque des complexes $x_1$, $x_2$ et $x_3$ vous allez poser :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 &= x_1+x_2+x_3 \\
\sigma_2 &= x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3 \\
\sigma_3 &= x_1x_2x_3.
\end{align*}
\right.

Introduisez les sommes de Newton

Pour tout entier $i$ supérieur ou égal à $1$, vous posez :

S_i = x_1^i+x_2^i+x_3^i.

Le problème est reformulé ainsi. Sachant que :

\left\{\begin{align*}
S_1 &= 3\\
S_3 &= 15\\
S_4 &= 35
\end{align*}
\right.

calculez le nombre $S_5.$

Calculez $\sigma_1$, $\sigma_2$ et $\sigma_3$

Comme :

\begin{align*}
\sigma_1 &= x_1+x_2+x_3 \\
&= S_1\\
&=3
\end{align*}

il reste à calculer $\sigma_2$ et $\sigma_3.$

Etablissez un lien entre $S_2$ et $S_1$

Comme le degré total de $S_2$ est $2$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_1.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_1 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1+x_2+x_3) \\
&= x_1^2+x_1x_2+x_1x_3+x_1x_2+x_2^2+x_2x_3+x_1x_3+x_2x_3+x_3^2\\
&= S_2+2x_1x_2+2x_1x_3+2x_2x_3\\
&= S_2 + 2\sigma_2.
\end{align*}

Vous obtenez la relation de Newton suivante :

\boxed{S_2 = \sigma_1S_1-2\sigma_2.}

Ainsi, il vient :

\boxed{S_2 = 9-2\sigma_2.}

Etablissez un lien entre $S_3$ et les sommes $S_1$ et $S_2$

Comme le degré total de $S_3$ est $3$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_2.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_2 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1^2+x_2^2+x_3^2) \\
&= x_1^3+x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^3+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2+x_3^3\\
&=S_3+x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{2,1} &= x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2 \\
&= x_2^2x_1+x_3^2x_1+x_1^2x_2+x_3^2x_2+x_2^2x_3+x_1^2x_3 \\
&= (x_2^2+x_3^2)x_1+(x_1^2+x_3^2)x_2+(x_2^2+x_1^2)x_3 \\
&= \sum_{1\leq i\leq 3}\sum_{\substack{1\leq j\leq 3 \\j\neq i}}x_j^2x_i.
\end{align*}

Vous avez obtenu :

\sigma_1 S_2 = S_3 + P_{2,1}.

De même, calculez $\sigma_2 S_1$ qui aura un degré total de $3.$

\begin{align*}
\sigma_2 S_1 &= (x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)(x_1+x_2+x_3) \\
&= x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2x_3+x_1x_2^2+x_1x_2x_3+x_2^2x_3+x_1x_2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2\\
&=P_{2,1}+3\sigma_3.
\end{align*}

Du coup :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 S_2 &= S_3 + P_{2,1}\\
\sigma_2 S_1 &= P_{2,1} + 3\sigma_3.
\end{align*}
\right.

Par soustraction, vous éliminez $P_{2,1}$ et obtenez une nouvelle relation de Newton :

\boxed{S_3 = \sigma_1S_2-\sigma_2S_1+3\sigma_3.}

Ainsi, il vient :

15 = 3S_2-3\sigma_2+3\sigma_3.

Après division par $3$ :

\boxed{5 = S_2-\sigma_2+\sigma_3.}

Etablissez un lien entre $S_4$ et les sommes $S_1$, $S_2$, $S_3$

Comme le degré total de $S_4$ est $4$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_3.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_3 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1^3+x_2^3+x_3^3) \\
&= x_1^4+x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^4+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3+x_3^4\\
&=S_4+x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{3,1} &= x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3 \\
&= (x_2^3+x_3^3)x_1+(x_1^3+x_3^3)x_2+(x_2^3+x_1^3)x_3 \\
&= \sum_{1\leq i\leq 3}\sum_{\substack{1\leq j\leq 3 \\j\neq i}}x_j^3x_i.
\end{align*}

Vous avez obtenu :

\sigma_1 S_3 = S_4 + P_{3,1}.

De même, calculez $\sigma_2 S_2$ qui aura un degré total de $4.$

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 &= (x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)(x_1^2+x_2^2+x_3^2) \\
&=x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1^2x_2x_3+x_1x_2^3+x_1x_2^2x_3+x_2^3x_3+x_1x_2x_3^2+x_1x_3^3+x_2x_3^3\\
&=P_{3,1}+x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{2,1,1} &= x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2\\
&= \sum_{1\leq i< j \leq 3}\sum_{\substack{1\leq k\leq 3 \\k \notin\{i,j\} }}x_k^2x_jx_i.
\end{align*}

Ainsi :

\sigma_2 S_2 = P_{3,1}+P_{2,1,1}.

Vous calculez maintenant $\sigma_3 S_1.$

\begin{align*}
\sigma_3 S_1 &= x_1x_2x_3(x_1+x_2+x_3)\\
 &= x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2 \\
&=P_{2,1,1}.
\end{align*}

Pour récapituler, vous avez :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 S_3 &= S_4 + P_{3,1}\\
-\sigma_2 S_2 &= -P_{3,1} - P_{2,1,1}\\
\sigma_3 S_1 &= P_{2,1,1}
\end{align*}
\right.

Par somme, vous éliminez $P_{3,1}$ et $P_{2,1,1}.$ Vous obtenez une somme de Newton :

\boxed{S_4 = \sigma_1S_3 -\sigma_2S_2+\sigma_3S_1.}

Dans le cas présent, il vient :

35 = 3\times 15-\sigma_2 S_2+3\sigma_3.

Ainsi :

\boxed{\sigma_2 S_2 - 3\sigma_3=10.}

Résolvez le système obtenu

Il reste à déterminer $S_2$, $\sigma_2$ et $\sigma_3$ en sachant que ces nombres vérifient les conditions suivantes :

\left\{\begin{align*}
S_2 +2\sigma_2&= 9\\
 S_2-\sigma_2+\sigma_3&=5\\
\sigma_2 S_2 - 3\sigma_3&=10.
\end{align*}
\right.

Vous multipliez l’équation $2$ par $3$ et vous l’ajoutez à l’équation $3$ et vous obtenez :

3S_2-3\sigma_2+\sigma_2 S_2 =25.

Vous remplacez $S_2$ par $9-2\sigma_2$ pour obtenir :

\begin{align*}
3(9-2\sigma_2)-3\sigma_2+\sigma_2 (9-2\sigma_2) &=25\\
27-6\sigma_2-3\sigma_2+9\sigma_2 -2\sigma_2^2 &=25\\
-2\sigma_2^2 +27  &=25\\
2 &= 2\sigma_2^2 \\
1 &= \sigma_2^2.
\end{align*}

Finalement :

\sigma_2\in\{-1,1\}.

Traitez les deux cas obtenus

Premier cas

Supposez que :

\sigma_2 = 1.

Vous déduisez :

\begin{align*}
S_2&= 9- 2\sigma_2\\
&= 9-2\\
&=7.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 -10 &=3\sigma_3 \\
1\times 7-10  &=3\sigma_3 \\
-3 &= 3\sigma_3 \\
-1 &= \sigma_3.
\end{align*}


En définitive :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1  &=3 \\
\sigma_2  &=1 \\
\sigma_3  &=-1.
\end{align*}
\right.

Les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ sont ainsi les trois racines du polynôme $X^3-\sigma_1 X^2+\sigma_2 X – \sigma_3.$

Plus précisément :

X^3-3X^2+ X + 1 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3).

Pour calculer $S_5 = x_1^5+x_2^5+x_3^5$ il serait possible de l’exprimer, par les relations de Newton, en fonction de $S_4$, $S_3$ et $S_2.$ Vous allez utiliser une division euclidienne qui amènera à abaisser le degré $5.$

Vous effectuez la division euclidienne de $X^5$ par $X^3-3X^2+ X + 1$ qui sera le diviseur.

Vous abaissez le degré de $X^5$ en multipliant le diviseur par $X^2.$

X^5 - (X^3-3X^2+ X + 1)X^2 = 3X^4-X^3-X^2.

Partant du polynôme $3X^4-X^3-X^2$ vous abaissez son degré en multipliant le diviseur par $3X.$

 3X^4-X^3-X^2 - (X^3-3X^2+ X + 1)(3X) = 8X^3-4X^2-3X.

Enfin, vous abaissez le degré de $8X^3-4X^2-3X$ en multipliant le diviseur par $8.$

   8X^3-4X^2-3X - (X^3-3X^2+ X + 1)\times 8 = 20X^2-11X-8.

En sommant les trois égalités précédentes et après élimination des termes identiques dans les deux membres, il vient :

X^5 - (X^3-3X^2+ X + 1)(X^2+3X+8) = 20X^2-11X-8.

En substituant à $X$ les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ vous avez :

\forall i\in\llbracket 1, 3\rrbracket, x_i^5 = 20x_i^2-11x_i-8.

En sommant ces égalités, vous avez :

\begin{align*}
S_5 &= 20S_2-11S_1-24\\
&=20\times 7-11\times 3-24\\
&=140-33-24\\
&=140-57\\
&=143-60\\
&=83.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{x_1^5+x_2^5+x_3^5 = S_5 = 83.}

Second cas

Supposez que :

\sigma_2 = -1.

Vous déduisez :

\begin{align*}
S_2&= 9- 2\sigma_2\\
&= 9+2\\
&=11.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 -10 &=3\sigma_3 \\
-1\times 11-10  &=3\sigma_3 \\
-21 &= 3\sigma_3 \\
-7 &= \sigma_3.
\end{align*}


En définitive :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1  &=3 \\
\sigma_2  &=-1 \\
\sigma_3  &=-7.
\end{align*}
\right.

Les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ sont ainsi les trois racines du polynôme $X^3-\sigma_1 X^2+\sigma_2 X – \sigma_3.$

Plus précisément :

X^3-3X^2- X + 7 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3).

Pour calculer $S_5 = x_1^5+x_2^5+x_3^5$ il serait possible de l’exprimer, par les relations de Newton, en fonction de $S_4$, $S_3$ et $S_2.$ Vous allez utiliser une division euclidienne qui amènera à abaisser le degré $5.$

Vous effectuez la division euclidienne de $X^5$ par $X^3-3X^2- X + 7$ qui sera le diviseur.

Vous obtenez successivement :

\begin{align*}
X^5 - (X^3-3X^2- X + 7)X^2 &=3X^4 +X^3-7X^2\\
3X^4 +X^3-7X^2 - (X^3-3X^2- X + 7)(3X) &=10X^3-4X^2-21X\\
10X^3-4X^2-21X - (X^3-3X^2- X + 7)\times 10 &=26X^2-11X-70.
\end{align*}

Par somme :

X^5-(X^3-3X^2- X + 7)(X^2+3X+10)=26X^2-11X-70.

Ainsi, en substituant trois fois $X$ par $x_1$, $x_2$ et $x_3$ puis en sommant :

\begin{align*}
S_5 &= 26S_2-11S_1-210\\
&=26\times11-11\times 3-210\\
&=23\times 11 - 210\\
&=253-210\\
&=43.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{x_1^5+x_2^5+x_3^5 = S_5 = 43.}

Concluez

Il a été établi que $\boxed{S_5 \in \{43,83\} .}$