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162. Etude des représentants d’un rationnel et irrationalité de racine de 2

L’ensemble $\Q$ des rationnels est défini par $\left\{\frac{a}{b}, a\in\Z, b\in\N^{*}\right\}.$

C’est l’ensemble des quotients de deux nombres entiers, dont le dénominateur non nul peut toujours être choisi pour être positif.

Soit $q\in\Q$. Vous allez démontrer qu’il existe un unique entier $m\in\Z$ et un unique entier $n\in\N^{*}$ vérifiant les deux conditions : $q=\frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(m,n)=1.$

La condition $\mathrm{PGCD}(m,n)=1$ signifie que, si $k$ est un diviseur commun aux nombres $m$ et $n$, alors $k=1$, autrement dit la fraction $\frac{m}{n}$ est irréductible.

Démontrez d’abord l’existence des entiers $m$ et $n$

Soit $q\in\Q$. Par définition de l’ensemble $\Q$, il existe $u\in\Z$ et $v\in\N^{*}$ tels que $q=\frac{u}{v}.$

L’ensemble $A=\left\{b\in\N^{*}, \exists a\in\Z, q=\frac{a}{b}\right\}$ est une partie non vide de $\N$ puisqu’elle contient $v.$

Notez alors $n = \mathrm{Min} A$ le plus petit élément de $A.$

Par définition de $n$, il existe $m\in\Z$ tel que $q = \frac{m}{n}.$

Il s’agit maintenant de voir pourquoi le PGCD des entiers $m$ et $n$ est égal à $1$.

Supposez que cela ne soit pas le cas, et que $\mathrm{PGCD}(n,m) \geq 2.$

Notez $k\in\N^{*}$ ce nombre. Par définition du PGCD, il existe $n’\in\N^{*}$ et $m’\in \Z$ tels que $n = kn’$ et $m = km’$, avec $n'<n$ compte tenu du fait que $k \geq 2$.

Alors $q = \frac{m}{n}=\frac{km’}{kn’} = \frac{m’}{n’}$ donc $n’\in A.$ Or la condition $n'<n$ avec $n = \mathrm{Min} A$ implique $n’ \notin A$, contradiction.

L’existence des entiers $m$ et $n$ tels que $q=\frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(n,m)=1$ est démontrée.

Démontrez l’unicité des entiers $m$ et $n$

Supposez qu’il existe $a\in\Z$ et $b\in\N^{*}$ tels que $q = \frac{a}{b}= \frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(a,b)=1.$

Alors par produit en croix $an = bm$ donc $n \mid bm.$ Or $\mathrm{PGCD}(n,m)=1$ donc par le théorème de Gauss $n \mid b.$

De même, $b \mid an$ et $\mathrm{PGCD}(a,b)=1$ donc par le théorème de Gauss $b\mid n$.

Il en résulte que $n = b$ et l’égalité $an = bm$ devient $an=nm$ d’où $n(a-m)=0$ et comme $n$ est non nul, $a-m=0$ et $a=m$, d’où l’unicité.

Démontrez que tout représentant s’écrit en utilisant le représentant irréductible

Soit $q\in\Q$. Il a été vu qu’il existe un unique $n\in\N^{*}$, un unique $m\in\Z$ tels que $q = \frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(n,m)=1.$

Soit maintenant $a\in\Z$ et $b\in\N^{*}$ tels que $q = \frac{a}{b}.$

Vous allez montrer, sans utiliser le théorème de Gauss, qu’il existe un entier $k\in\N^{*}$ tel que $a = km$ et $b = kn.$

Pour le voir, effectuez la division euclidienne de $b$ par $n$.

Il existe $k\in\N$ et $r\in\N$ tels que $b = kn + r$ avec $r< n.$

De $\frac{a}{b} = \frac{m}{n}$ vous tirez $an = bm$ et donc $an-nmk = bm-nmk$ soit $n(a-km)=m(b-kn)$ ce qui s’écrit $n(a-km)=mr.$

Si $r$ était non nul, alors $\frac{a-km}{r} = \frac{m}{n}$ et par suite $r\in A.$ Mais $r<n$ combiné avec $n =\mathrm{Min}A$ implique $r\notin A$, contradiction.

Donc $r = 0.$ Cela prouve $b = kn.$ Comme $b$ est non nul, $k\in\N^{*}$.

Comme $an=bm$, vous avez $an = kmn$ et comme $n$ est non nul, vous déduisez $a=km$ comme annoncé.

Application : le nombre $\sqrt{2}$ est irrationnel

Supposez que $\sqrt{2}\in\Q.$ Alors il existe $m\in\Z$ et $n\in\N^{*}$ tels que $\sqrt{2}=\frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(m,n)=1.$

Notez que comme $\sqrt{2}$ est strictement positif, vous avez $m\in\N^{*}.$

En élevant au carré vous obtenez $2 = \frac{m^2}{n^2}$ soit $m^2 = 2n^2.$

Ainsi $n \mid m^2$ soit $n \mid m\times m.$ Or $\mathrm{PGCD}(n,m)=1$ donc $n \mid m$ toujours par le théorème de Gauss.

Comme $n\mid m$ et $n\mid n$ il en résulte de la définition du PGCD que $n\leq \mathrm{PGCD}(n,m)$ et donc $n=1$. Par suite $m^2 = 2.$

Si $m = 1$ vous déduisez en élevant au carré $m ^2 = 1$ ce qui est absurde.

Donc $ m \geq 2$ mais alors $m^2 \geq 4$ et ceci est encore absurde.

161. Continuité de la fonction inverse

Soit $x_0$ un réel non nul. L’écriture $\lim_{x\to x_0} \frac{1}{x} = \frac{1}{x_0}$ cache en réalité certaines propriétés assez subtiles et délicates à écrire. Cela va être expliqué en détail dans cet article.

En effet, quand $x$ se rapproche de $x_0$, qu’est-ce qui permet d’affirmer que $\frac{1}{x}$ existe ? Et à supposer qu’il est bien défini, pourquoi est-il proche de $\frac{1}{x_0}$ ?

Le plan

Soit $x_0$ un réel non nul et $\varepsilon$ un nombre réel strictement positif.

Vous allez montrer qu’il existe un réel $\alpha > 0$, de sorte que, dans un premier temps, pour tout $x\in\R, \vert x-x_0\vert < \alpha \implies x\neq 0.$

Cela prouvera que, sur l’intervalle $\left]x_0-\alpha, x_0+\alpha\right[$, la fonction $x\mapsto \frac{1}{x}$ est bien définie.

Dans un second temps, pour un autre réel noté encore $\alpha$, vous montrerez que, pour tout $x\in \left]x_0-\alpha, x_0+\alpha\right[$, $\frac{1}{x}$ est bien défini et $\left\lvert\frac{1}{x}-\frac{1}{x_0} \right\rvert< \varepsilon.$

Etablissez l’existence de $\alpha>0$ satisfaisant l’implication $\forall x\in\R, \vert x-x_0\vert < \alpha \implies x\neq 0$

Le but consiste à minorer la valeur absolue de $x$ par un réel strictement positif.

L’inégalité triangulaire, propriété très importante de la valeur absolue, va vous permettre de conclure.

Soit pour le moment un réel $\alpha >0$ et $x$ un réel tel que $\vert x-x_0\vert < \alpha.$ Par symétrie de la valeur absolue, vous avez aussi $\vert x_0-x\vert < \alpha.$

Remarquez dans un premier temps que $x_0 = (x_0-x) + x.$

Vous en déduisez les majorations suivantes :

\begin{aligned}
\vert x_0 \vert &\leq \vert x_0-x\vert + \vert x \vert\\
&< \alpha + \vert x \vert.
\end{aligned}

Si bien que $\vert x_0 \vert – \alpha < \vert x \vert.$

Maintenant, posez $\alpha = \frac{\vert x_0 \vert}{2}.$ Comme $x_0$ est non nul, le réel $\alpha$ est bien strictement positif.

Soit $x$ un réel tel que $\vert x-x_0\vert < \alpha.$

Alors $\vert x_0 \vert – \alpha < \vert x \vert$ d’où $2\alpha – \alpha < \vert x \vert$ et par suite $0<\alpha<\vert x \vert$ ce qui implique que $x$ est non nul.

Remarque. Vous pourriez choisir $\alpha = \vert x_0 \vert$ ce qui suffirait. Vous auriez $\vert x \vert > 0.$ Mais alors, dans le paragraphe qui suit, vous seriez coincé pour obtenir une majoration de $\frac{1}{\vert x\vert}.$

Effectuez une recherche pour trouver une bonne valeur du réel $\alpha$

Reprenez le nombre $\alpha$ défini par $\frac{\vert x_0 \vert}{2}.$

D’après le paragraphe précédent, pour tout réel $x$ vérifiant $\vert x-x_0\vert < \alpha$ le nombre $x$ est non nul donc le réel $\frac{1}{x}$ est bien défini.

Vous avez même établi que $\vert x \vert > \alpha >0$ donc $\frac{1}{\alpha} > \frac{1}{\vert x \vert}.$

Soit donc $x$ un réel tel que $\vert x-x_0\vert < \alpha.$

Vous établissez les majorations suivantes :

\begin{aligned}
\left\lvert\frac{1}{x}-\frac{1}{x_0} \right\rvert &\leq \left\lvert\frac{x_0-x}{x \times x_0} \right\rvert\\
&\leq \frac{\vert x_0-x \vert }{\vert x_0 \vert}\times \frac{1}{\vert x \vert} \\
&< \frac{\vert x_0-x\vert }{\vert x_0 \vert}\times \frac{1}{\alpha}.
\end{aligned}

Pour que le membre de droite soit strictement inférieur à $\varepsilon$, vous voulez avoir $\vert x_0-x\vert < \varepsilon \alpha \vert x_0 \vert$ ce qui conduit à choisir $x$ tel que $\vert x_0-x\vert < \frac{\varepsilon \vert x_0 \vert ^2}{2}.$

Etablissez l’existence de $\alpha>0$ satisfaisant l’implication $\forall x\in\R, \vert x-x_0\vert < \alpha \implies \left\lvert\frac{1}{x}-\frac{1}{x_0} \right\rvert< \varepsilon$

D’après les deux paragraphes précédents, vous posez $\alpha = \mathrm{Min}\left(\frac{\vert x_0 \vert}{2}, \frac{\varepsilon \vert x_0 \vert^2}{2}\right).$

Soit $x$ un nombre réel tel que $\vert x-x_0\vert < \alpha.$

Par inégalité triangulaire :

$\vert x_0 \vert \leq \vert x_0-x \vert +\vert x\vert$

d’où $\vert x_0 \vert < \alpha +\vert x\vert$ et $\vert x_0 \vert < \frac{\vert x_0 \vert}{2} +\vert x\vert$ et donc $0 < \frac{\vert x_0 \vert}{2} < \vert x \vert.$

Donc $x$ est non nul et $\frac{1}{x}$ est bien défini.

Alors :

\begin{aligned}
\left\lvert\frac{1}{x}-\frac{1}{x_0} \right\rvert &\leq \left\lvert\frac{x_0-x}{x\times x_0} \right\rvert \\
&\leq \frac{\vert x-x_0 \vert}{\vert x_0\vert} \times \frac{1}{\vert x \vert} \\
&\leq \frac{\vert x-x_0 \vert}{\vert x_0\vert} \times \frac{2}{\vert x_0 \vert} \\
&\leq \frac{2\vert x-x_0 \vert}{\vert x_0\vert^2} \\
&< \frac{2 \alpha }{\vert x_0\vert^2} \\
&< \varepsilon.
\end{aligned}

Concluez

Le résultat établi s’écrit en termes de limites.

Pour tout $x_0\neq 0$, $\lim_{x\to x_0} \frac{1}{x} = \frac{1}{x_0}.$

On dit aussi que, pour tout $x_0\neq 0$, la fonction $x\mapsto \frac{1}{x}$ est non seulement bien définie dans un voisinage de $x_0$, mais aussi continue en $x_0.$

160. Continuité du produit

Soit $(x_0, y_0)\in\R^2$ un couple de deux réels.

Soit $(x,y)\in\R^2$ un autre couple de réels, proche du précédent.

Soit $\varepsilon$ un nombre réel strictement positif.

Construisez la preuve

Vous supposez que $\vert x-x_0 \vert < \alpha$ et $\vert y-y_0 \vert < \beta$ où $\alpha$ et $\beta$ sont deux réels strictement positifs qui seront choisis plus tard.

Il s’agit d’obtenir la majoration $\vert xy -x_0y_0 \vert < \varepsilon.$

Voulant faire apparaître la quantité $x-x_0$ qui est petite, vous procédez comme suit :

\begin{aligned}
\vert xy – x_0y_0\vert &\leq \vert (x-x_0)y + x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0(y -y_0) \vert \\
&\leq \vert x-x_0 \vert \vert y\vert + \vert x_0 \vert \vert y-y_0\vert\\
&\leq \alpha \vert y\vert + \vert x_0 \vert \beta.
\end{aligned}

Il reste à majorer $\vert y\vert$ comme suit :

\begin{aligned}
\vert y\vert &\leq \vert (y-y_0)+y_0\vert\\
&\leq \vert (y-y_0)\vert + \vert y_0\vert\\
&\leq \beta + \vert y_0\vert.
\end{aligned}

L’ensemble étant mis bout à bout vous obtenez $\vert xy – x_0y_0\vert \leq \alpha\beta + \alpha \vert y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta.$

Effectuez un choix judicieux pour $\alpha$ et $\beta$

Pour casser le terme $\alpha\beta$, vous pouvez choisir $\beta$ pour qu’il soit inférieur à $1$.

Vous obtenez alors :

$\vert xy – x_0y_0\vert \leq \alpha (1+ \vert y_0\vert) + \vert x_0 \vert \beta.$

Vous souhaitez avoir $ \alpha (1+ \vert y_0\vert) < \frac{\varepsilon}{2}$ et $ \vert x_0 \vert \beta < \frac{\varepsilon}{2}.$

Choisissez $\alpha = \frac{\varepsilon}{2(1+\vert y_0\vert)}$ de sorte que $\alpha (1+ \vert y_0\vert) < \frac{\varepsilon}{2}.$

Il est tentant de faire de même et de poser $\beta = \frac{\varepsilon}{2 \vert x_0 \vert}.$

Mais on diviserait potentiellement par $0$ si $x_0$ était nul. Pour pallier ce problème, vous posez à la place $\beta = \frac{\varepsilon}{2 (1+\vert x_0 \vert)}.$

Or, $\beta$ doit aussi être inférieur à $1$. Donc vous posez finalement $\beta = \mathrm{Min}\left( 1, \frac{\varepsilon}{2 (1+\vert x_0 \vert)}\right).$

Rédigez la preuve

Soit $(x_0, y_0)\in\R^2$ un couple de deux réels et $\varepsilon > 0.$

Posez $\beta = \mathrm{Min}\left( 1, \frac{\varepsilon}{2 (1+\vert x_0 \vert)}\right)$ et $\alpha = \frac{\varepsilon}{2(1+\vert y_0\vert)}.$

Supposez que $x$ et $y$ sont deux réels tels que $\vert x-x_0 \vert < \alpha$ et $\vert y-y_0 \vert < \beta.$

\begin{aligned}
\vert xy – x_0y_0\vert &\leq \vert (x-x_0)y + x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0(y -y_0) \vert \\
&\leq \vert x-x_0 \vert \vert y\vert + \vert x_0 \vert \vert y-y_0\vert\\
&\leq \alpha \vert y\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \vert (y-y_0)+y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \vert (y-y_0)+y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha (\vert (y-y_0)\vert +\vert y_0\vert) + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \beta + \alpha \vert y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \times 1 + \alpha \vert y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \left( 1 + \vert y_0\vert \right)+ \vert x_0 \vert \beta\\
&< \frac{\varepsilon}{2}+ \frac{\varepsilon}{2}\\
&< \varepsilon.
\end{aligned}

Concluez

Pour tout $(x_0,y_0)$, la fonction $(x,y)\mapsto xy$ qui va de $\R^2$ dans $\R$, est continue en $(x_0,y_0).$

159. Démonstration de la convergence d’une suite qui donne la racine carrée entière d’un nombre entier (partie 2/2)

Soit $N$ un nombre naturel supérieur ou égal à $1$. Pour tout réel $x$, notez $\left\lfloor x \right\rfloor$ la partie entière de $x$, désignant le plus grand entier inférieur ou égal à $x.$

Pour simplifier les notations, définissez la fonction $f$ sur $\N^{*}$ par $\forall n\in\N^{*}, f(n) =\left\lfloor \frac{n+\left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor}{2}\right\rfloor.$

Considérez la suite définie par $u_0 = N$ et

\forall n\in\N, u_{n+1}=\begin{cases}
f(u_n) \quad\text{ si } f(u_n) < u_n\\
 u_n \quad\text{ si } f(u_n) \geq u_n.\\
\end{cases}

Cet article a pour but de démontrer que la suite $(u_n)$ est stationnaire à partir d’un certain rang et que sa limite est égale à la racine carrée entière de $N$, c’est–à-dire à l’unique entier $m$ tel que $m^2\leq N < (m+1)^2.$

Démontrez que la suite est stationnaire

Pour tout entier naturel $n$, $u_n$ est lui-même un entier naturel.

Considérez l’ensemble $A=\{u_n, n\in\N\}$, c’est une partie de $\N$ qui contient $u_0 =N$ donc $A$ admet un plus petit élément noté $m.$

Par définition de $m$, il existe un entier $p\in\N$ tel que $m = u_p.$ L’existence de cet entier $p$ sera utilisée dans toute la suite du présent article.

Soit maintenant $k$ un entier naturel. Notez $P(k)$ la propriété $u_{p+k} = u_p.$

Initialisation. Pour $k=0$, $p+k = p$ et $u_{p+k} = u_p$ donc $P(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $k\in\N$. Supposez $P(k).$

Si $f(u_{p+k})$ était strictement inférieur à $u_{p+k}$, par définition de la suite, $u_{p+k+1}$ serait strictement inférieur à $u_{p+k} = u_p = m$, ce qui contredirait que $m$ est le minimum de $A$.

Donc $f(u_{p+k})\geq u_{p+k}$ et $u_{p+k+1} = u_{p+k} = u_p.$ Donc $P(k+1)$ est vérifiée.

Il est ainsi établi que $\forall k\in\N, u_{p+k} = u_p = m$ donc $\forall n\geq p, u_n = m.$

Etudiez la limite de la suite

D’après ce qui a été établi dans l'article 158, vous avez $\forall n\in\N, u_n\geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$. En choisissant l’entier $n=p$, vous obtenez la minoration $m\geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Supposez un instant que $m \neq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$ Alors $m \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor + 1$, ce qui s’écrit $u_p \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor + 1.$ La suite étant stationnaire à partir du rang $p$, vous avez $f(u_p)\geq u_p$ donc $\left\lfloor \frac{u_p+\left\lfloor \frac{N}{u_p} \right\rfloor}{2}\right\rfloor \geq u_p.$

Or, dans dans l'article 158, vous avez montré que $\forall n\in\N^{*}, f(n) = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n}}{2}\right\rfloor$, donc $\left\lfloor \frac{u_p+\frac{N}{u_p}}{2}\right\rfloor \geq u_p.$

Comme $u_p$ est un entier, cela s’écrit $\left\lfloor \frac{u_p+\frac{N}{u_p}}{2}\right\rfloor -u_p\geq 0$, soit $\left\lfloor \frac{u_p+\frac{N}{u_p}}{2} – u_p\right\rfloor \geq 0$ soit $\left\lfloor \frac{-u_p+\frac{N}{u_p}}{2} \right\rfloor \geq 0$ soit $\left\lfloor \frac{N-u_p^2}{2u_p} \right\rfloor \geq 0.$

Par définition de la partie entière, $ \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor + 1 > \sqrt{N}$ donc $u_p > \sqrt{N}$ et donc $u_p^2> N$ donc $ \frac{N-u_p^2}{2u_p} $ est un réel strictement négatif. Du coup, la majoration $\left\lfloor \frac{N-u_p^2}{2u_p} \right\rfloor \leq \frac{N-u_p^2}{2u_p} < 0$ contredit la minoration $\left\lfloor \frac{N-u_p^2}{2u_p} \right\rfloor \geq 0.$

Vous déduisez donc que $m = \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Donc $m \leq \sqrt{N} < m+1$ et par suite $m^2 \leq N < (m+1)^2$, ce qui termine la démonstration.

158. Démonstration de la convergence d’une suite qui donne la racine carrée entière d’un nombre entier (partie 1/2)

Soit $N$ un nombre naturel supérieur ou égal à $1$. Pour tout réel $x$, notez $\left\lfloor x \right\rfloor$ la partie entière de $x$, désignant le plus grand entier inférieur ou égal à $x.$

Pour simplifier les notations, définissez la fonction $f$ sur $\N^{*}$ par $\forall n\in\N^{*}, f(n) =\left\lfloor \frac{n+\left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor}{2}\right\rfloor.$

Considérez la suite définie par $u_0 = N$ et

\forall n\in\N, u_{n+1}=\begin{cases}
f(u_n) \quad\text{ si } f(u_n) < u_n\\
 u_n \quad\text{ si } f(u_n) \geq u_n.\\
\end{cases}

Cet article s’inscrit dans la preuve du résultat suivant : la suite $(u_n)$ est stationnaire à partir d’un certain rang et sa limite est égale à la racine carrée entière de $N$, c’est–à-dire l’unique entier $m$ tel que $m^2\leq N < (m+1)^2.$

Le but de cet article est de mettre en exergue une démonstration de la proposition suivante :
$\left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ minore la suite $(u_n)_{n\geq 0}.$

Afin de parvenir à ce résultat, vous allez démontrer les lemmes suivants, qui faciliteront les calculs pour la suite.

Démontrez le lemme $\forall n\in\N^{*}, f(n) = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n}}{2}\right\rfloor$

Pour voir pourquoi cela est bien le cas, considérez un entier $n\in\N^{*}$ et posez $p = \left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor.$

Par définition de la partie entière, l’encadrement $p\leq \frac{N}{n} < p+1$ est vérifié.

Par suite, $n+p \leq n+ \frac{N}{n} < n+p+1$ et après division par $2$ il vient $\frac{n+p}{2} \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2}< \frac{n+p+1}{2}.$

Premier cas : l’entier naturel $n+p$ est pair

Il existe $\ell\in\N$ tel que $n+p = 2\ell.$

D’autre part, vous avez $\ell \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2}< \ell +\frac{1}{2} < \ell + 1.$

Vous déduisez que $\ell = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n} }{2} \right\rfloor.$

Or, comme $\ell$ est entier, il vient successivement :

\begin{aligned}
\ell &= \left\lfloor \ell \right\rfloor \\
&= \left\lfloor \frac{n+ p }{2} \right\rfloor\\
&= \left\lfloor \frac{n+ \left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor }{2} \right\rfloor\\
\end{aligned}

ce qui prouve le résultat.

Second cas : l’entier naturel $n+p$ est impair

Il existe $\ell\in\N$ tel que $n+p = 2\ell+1.$

Vous avez $\ell +\frac{1}{2} \leq \frac{n+p}{2} \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2}< \frac{n+p+1}{2}\leq \frac{2\ell + 2}{2} \leq \ell + 1.$

Vous déduisez $\ell \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2} < \ell +1.$

Ainsi, comme prédédemment $\ell = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n} }{2} \right\rfloor.$

Comme $\frac{n+p}{2}= \ell+\frac{1}{2}$ vous avez $\ell \leq \frac{n+p}{2} < \ell +1$ donc $\ell = \left\lfloor \frac{n+ p }{2} \right\rfloor$, ce qui prouve $\ell = \left\lfloor \frac{n+ \left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor }{2} \right\rfloor.$

Démontrez que, pour tout $n\in\N^{*}, \sqrt{N}\leq \frac{n+\frac{N}{n}}{2}$

Cette inégalité s’obtient par soustraction et utilisation d’identités remarquables.

\begin{aligned}
\frac{n+\frac{N}{n}}{2} – \sqrt{N} &= \frac{n+\frac{N}{n} – 2\sqrt{N}}{2}\\
&=\frac{n^2+N – 2n\sqrt{N}}{2n}\\
&=\frac{(n-\sqrt{N})^2}{2n}.
\end{aligned}

La positivité du carré et de l’entier $n$ montrent que la fraction obtenue est positive ce qui conclut.

Démontrez la minoration $\forall n\in\N^{*}, f(n) \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$

Soit $n$ un entier naturel non nul.

De ce qui précède, vous avez successivement :

\begin{aligned}
f(n) \geq \frac{n+\frac{N}{n}}{2} \\
\geq \left\lfloor \frac{n+\frac{N}{n}}{2} \right\rfloor.
\end{aligned}

Or, $ \frac{n+\frac{N}{n}}{2} \geq \sqrt{N}.$

Comme la fonction partie entière est croissante, vous déduisez $\left\lfloor \frac{n+\frac{N}{n}}{2}\right\rfloor \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Concluez en utilisant une récurrence

Pour tout entier naturel $n$, notez $P(n)$ la propriété : « $u_n \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ ».

Initialisation. Pour $n = 0$, $u_0 = N.$ Comme $N$ est un entier naturel non nul, $N\geq 1.$ En multipliant par $N$, il vient $N^2\geq N$ et par croissance de la fonction racine carrée, $N\geq \sqrt{N}.$ Par définition de la partie entière, $\sqrt{N} \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$ Mis bout à bout, vous obtenez $N \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ et $u_0 \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ donc $P(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel tel que $P(n)$ soit vérifiée.

1er cas : $u_{n+1} = f(u_n).$ Il a été établi ci-dessus que, pour tout entier $m\geq 1$, $f(m) \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Par hypothèse de récurrence, $u_n\geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$. Or $N\geq 1$ donc $\sqrt{N} \geq 1$ et par croissance de la partie entière, $\left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor \geq 1$ donc $u_n \geq 1$. En prenant $m=u_n$, il vient $u_{n+1} \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

2ème cas : $u_{n+1} = u_n$ et le résultat est acquis par hypothèse de récurrence.

Vous venez de démontrer, par récurrence, que $\forall n\in\N, u_n \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

157. Construisez une suite qui converge vers la racine carrée entière d’un nombre entier

Soit $N$ un entier naturel strictement positif.

Inspirez-vous de la suite de Héron définie par $u_0 =N$ et $\forall n\in\N, u_{n+1} = \frac{u_n+\frac{N}{u_n}}{2}$ qui converge vers $\sqrt{N}.$

L’objectif ici est de trouver la racine carrée entière de $N$, autrement dit l’unique nombre entier $m$ tel que $m^2\leq N < (m+1)^2.$

Utilisez la partie entière

Pour tout nombre réel $x$, on appelle partie entière de $x$ l’unique nombre entier $n$ tel que $n\leq x < n+1.$

Ce nombre sera noté $\lfloor x \rfloor$ dans la suite.

Définissez la suite

Vous définissez la suite $u$ par $u_0 = N$ et $\forall n\in\N, u_{n+1}=\left\lfloor \frac{u_n+\left\lfloor \frac{N}{u_n}\right\rfloor}{2}\right\rfloor$, avec l’idée de transformer toutes les fractions rencontrées par des nombres entiers.

Etudiez un exemple avec la racine carrée entière de $200$

Posez $N = 200$.

Partez de $u_0 = 200.$

Puis :

\begin{align*}
u_{1}&=\left\lfloor \frac{u_0+\left\lfloor \frac{N}{u_0}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{200+\left\lfloor \frac{200}{200}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{200+1}{2}\right\rfloor\\
&=100.\\
\end{align*}
\begin{align*}
u_{2}&=\left\lfloor \frac{u_1+\left\lfloor \frac{N}{u_1}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{100+\left\lfloor \frac{200}{100}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{102}{2}\right\rfloor\\
&=51.\\
\end{align*}
\begin{align*}
u_{3}&=\left\lfloor \frac{u_2+\left\lfloor \frac{N}{u_2}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{51+\left\lfloor \frac{200}{51}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{51+3}{2}\right\rfloor\\
&=27.\\
\end{align*}
\begin{align*}
u_{4}&=\left\lfloor \frac{u_3+\left\lfloor \frac{N}{u_3}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{27+\left\lfloor \frac{200}{27}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{27+7}{2}\right\rfloor\\
&=17.\\
\end{align*}
\begin{align*}
u_{5}&=\left\lfloor \frac{u_4+\left\lfloor \frac{N}{u_4}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{17+\left\lfloor \frac{200}{17}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{17+11}{2}\right\rfloor\\
&=14.\\
\end{align*}
\begin{align*}
u_{6}&=\left\lfloor \frac{u_5+\left\lfloor \frac{N}{u_5}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{14+\left\lfloor \frac{200}{14}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&=\left\lfloor \frac{14+14}{2}\right\rfloor\\
&=14.\\
\end{align*}

Ainsi la suite semble être décroissante, et même stationnaire à partir du rang $5.$

Comme $14^2 = 196$ et $15^2 = 225$ vous observez qu’effectivement $14^2 \leq 200 < 15^2$ et donc $14$ est bien la racine carrée entière de $200.$

Attention aux fausses conjectures

Il est tentant de noter $f$ la fonction définie sur $\R_{+}^{*}$ par $\forall x\in\R, f(x) = \left\lfloor \frac{x+\left\lfloor \frac{200}{x}\right\rfloor}{2}\right\rfloor$ et de penser que $f$ est croissante sur $[\sqrt{200}, +\infty[$.

Mais cela est inexact. Quand $x$ est proche de $\sqrt{200}$ les choses se corsent, comme le montre la courbe ci-dessous.

10/09/2021 - Capture decran 2021 09 10 a 20.34.31

Les calculs suivants le confirment.

\begin{align*}
f(15) &= \left\lfloor \frac{15+\left\lfloor \frac{200}{15}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&= \left\lfloor \frac{15+13}{2}\right\rfloor\\
&=14.
\end{align*}
\begin{align*}
f(15,5) &= \left\lfloor \frac{15,5+\left\lfloor \frac{200}{15,5}\right\rfloor}{2}\right\rfloor\\
&= \left\lfloor \frac{15,5+12}{2}\right\rfloor\\
&=13.
\end{align*}

Faites une restriction sur l’ensemble de départ

Soit $m$ l’unique entier tel que $m^2 \leq 200 < (m+1)^2.$

Vous allez considérer $f$ la fonction définie sur $I = [m, +\infty[ \cap \N$ par $\forall n\in I, f(n) = \left\lfloor \frac{n+\left\lfloor \frac{200}{n}\right\rfloor}{2}\right\rfloor.$ Alors $f$ a l’air d’être croissante sur $I.$

Cela est suggéré par le graphique ci-dessous.

10/09/2021 - Capture decran 2021 09 10 a 20.49.47

Vous pouvez alors penser que ce résultat subsiste pour d’autres valeurs de $N$, mais il reste encore un problème.

Représentez graphiquement la fonction lorsque $N = 48$

La racine entière de $48$ est $6$ puisque $6^2\leq 48 < 7^2;$

Ci-dessous, voici la représentation graphique de la fonction $f$ définie sur $I = [6,+\infty[\cap N$ par $\forall x\in I, f(x) =\left\lfloor \frac{x+\left\lfloor \frac{48}{x}\right\rfloor}{2}\right\rfloor.$

10/09/2021 - Capture decran 2021 09 10 a 21.28.14

Vous avez $f(6)=7$, $f(7)=6$ et $f(8)=7$. La fonction $f$ n’est donc ni croissante ni décroissante.

Définissez la bonne suite

Afin d’assurer sa convergence, vous allez forcer le caractère décroissant et ce, dans la définition de la suite. Si $f(u_n)$ est meilleur que $u_n$ (au sens où $f(u_n) < u_n$), vous allez garder la valeur de $f(u_n)$.

Soit $N$ un entier supérieur ou égal à $1$. Voici une suite qui convient pour trouver la racine carrée entière de $N$.

Pour simplifier les notations, définissez la fonction $f$ sur $\N^{*}$ par $\forall n\in\N^{*}, f(n) =\left\lfloor \frac{n+\left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor}{2}\right\rfloor.$

Définissez la suite $u$ par $u_0 = N$ et :

\forall n\in\N, u_{n+1}=\begin{cases}
f(n) \quad\text{ si } f(u_n) < u_n\\
 u_n \quad\text{ si } f(u_n) \geq u_n.\\
\end{cases}

Vous pouvez alors prouver que la suite $u$ est convergente (stationnaire à partir d’un certain rang) et que sa limite est précisément égale la racine carrée entière de l’entier $N.$

156. Le cinquième nombre de Fermat n’est pas un nombre premier

Pour tout entier naturel $n$, on définit le $n$-ième nombre de Fermat par l’expression $F_n = 2^{2^n}+1.$

Les puissances imbriquées doivent être comprises ainsi : $F_n = 2^{(2^n)}+1.$

Comme $2^5 =32$, le cinquième nombre de Fermat est $F_5 = 2^{32}+1.$

Il ne sera pas expliqué ici comment on peut trouver que $641$ est un bon candidat pour être un diviseur du nombre $F_5.$

Néanmoins, les congruences vous permettront d’obtenir une démonstration du fait que $641$ est effectivement un diviseur du nombre $F_5.$

Calculez $F_5$ modulo $641$

L’idée est de partir de $2^{32} = 2^4 \times 2^{28}$ et de transformer $2^4.$

En effet $641 – 16 = 625$, ce qui s’écrit $641 – 2^4 = 5^4$ avec les puissances.

Utilisez le fait que $2^4 \equiv -5^4 \pmod {641}.$

\begin{aligned}
F_5 &\equiv 2^4 \times 2^{28} + 1 &\pmod {641} \\
&\equiv -5^4 \times 2^{28} + 1 &\pmod {641}\\
&\equiv -(5\times 2^7)^4 + 1 &\pmod {641}\\
\end{aligned}

Or $5\times 2^7 = 10\times 2^6 = 640.$ Le calcul des congruences va être rapide, puisque $640 \equiv -1 \pmod {641}.$

\begin{aligned}
F_5 &\equiv -(640)^4 + 1 &\pmod {641}\\
&\equiv -(-1)^4 + 1 &\pmod {641}\\
&\equiv -1 + 1 &\pmod {641}\\
&\equiv 0. &\pmod {641}\\
\end{aligned}

Concluez

Comme $F_5$ est congru à $0$ modulo $641$, vous déduisez $641 \mid F_5$, donc le cinquième nombre de Fermat n’est pas premier.

155. La somme de deux fonctions périodiques peut ne pas être périodique

La fonction réelle qui va de $\R$ dans $\R$, définie par $\forall x\in\R, f(x) = \cos x$ est $2\pi$-périodique.

Pour des raisons pratiques, vous allez construire une fonction $g$ qui soit $1-$périodique, c’est-à-dire une fonction qui vérifie $\forall x\in\R, g(x+1)=g(x).$

Il suffit de poser $\forall x\in\R, g(x) = \cos (2\pi x).$

Vérifiez que cette fonction convient.

Soit $x\in \R.$

\begin{align*}
g(x+1) &= \cos (2\pi(x+1))\\
&= \cos (2\pi x + 2\pi)\\
&=\cos (2\pi x)\\
&= g(x).
\end{align*}

De la même façon, vous construisez la fonction $x\mapsto \sin(2\pi x)$ qui est elle aussi $1$-périodique.

La somme $x\mapsto \cos(2\pi x) + \sin(2\pi x)$ sera aussi $1$-périodique.

Comment contruire une fonction non-périodique qui soit somme de deux fonctions périodiques ?

L’idée est d’ajouter une fonction paire de type cosinus avec une fonction impaire de type sinus, de façon à ce que les périodes respectives ne puissent pas être multiples l’une de l’autre.

Le nombre $\sqrt{2}$ apparaît comme un candidat potentiel, étant donné qu’il n’est pas rationnel. Autrement dit, quels que soient les entiers $a\in\Z$ et $b\in\Z^{*}$, vous avez toujours $\sqrt{2}\neq \frac{a}{b}.$ Cela suffit-il ? Vous allez constater que oui.

Vous allez donc définir la fonction $h$ suivante par $\boxed{\forall x\in\R, h(x)=\cos (2\pi x) + \sin(\pi \sqrt{2} x).}$

Montrez que la fonction $h$ n’est pas périodique

Raisonnez par l’absurde en supposant qu’il existe un nombre réel $T$ non nul, tel que $\forall x\in\R, h(x)=h(x+T).$

En prenant $x=0$ vous avez $h(0)=h(T)$ d’où $1 = \cos (2\pi T) + \sin (\pi \sqrt{2} T).$

En prenant $x=-T$ vous avez $h(-T)=h(0)$ d’où $\cos (2\pi T)-\sin(\pi \sqrt{2}T) = 1$, compte tenu de la parité de la fonction $x\mapsto \cos (2\pi x)$ et de l’imparité de la fonction $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x).$

Vous avez obtenu les deux relations :

\begin{aligned}
\cos (2\pi T) + \sin (\pi \sqrt{2} T) &= 1 \\
\cos (2\pi T)-\sin(\pi \sqrt{2}T) &= 1.
\end{aligned}

Par somme, il vient $2\cos (2\pi T)= 2$ donc $\cos (2\pi T) = 1.$

Du coup, il existe $k\in\Z$ tel que $2\pi T = \frac{\pi}{2}+2k\pi$ donc $2T = \frac{1}{2}+2k$ donc $4T = 1 + 4k.$

Par soustraction, vous avez $2\sin(\pi \sqrt{2} T) = 0$ donc $\sin(\pi \sqrt{2} T) = 0$ donc il existe $\ell\in\Z$ tel que $\pi \sqrt{2} T = \ell \pi$, du coup $\sqrt{2} T = \ell$ et par suite $2T = \ell \sqrt{2}$ et $4T = 2\ell \sqrt{2}.$

De ce qui précède vous déduisez $1+4k = 2\ell\sqrt{2}.$

Si $\ell = 0$, vous obtenez $1+4k = 0$ donc $4k = -1$. Or $4 \mid 4k$ donc $4 \mid 1$, contradiction.

Donc $\ell \neq 0.$ Mais alors $\sqrt{2} = \frac{1+4k}{2\ell}$ ce qui prouve que $\sqrt{2}$ est rationnel. Contradiction.

Terminez l’exposé

Il reste à montrer que les fonctions $x\mapsto \cos (2\pi x)$ et $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x)$ sont périodiques.

Il a déjà été montré plus haut que la fonction $x\mapsto \cos (2\pi x)$ est $1$-périodique.

Passez à la deuxième fonction.

Soit $x\in \R.$

\begin{aligned}
\sin (\pi \sqrt{2} (x+\sqrt{2})) &= \sin(\pi \sqrt{2} x + 2\pi)\\
&= \sin(\pi \sqrt{2} x).
\end{aligned}

Cette égalité montre que $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x)$ est $\sqrt{2}$-périodique.

Visualisez la fonction $h$

Un tracé de la fonction $h$ est représenté ci-dessous, vous observez l’impossibilité de repérer un motif qui se répète.

02/09/2021 - Une fonction non periodique

154. Il existe un endomorphisme admettant un noyau égal à son image

Définissez un endomorphisme $u$ de $\R^2$ en posant :

\forall (x,y)\in \R^2, u(x,y) = (y,0).

Calculez l’image de $u$

Posez $e_1 = (1,0).$

Soit $v$ un élément de $\im u.$ Il existe $(x,y)\in \R^2, v = u(x,y)$ donc $v = (y,0) = y(1,0) =y e_1$ donc $v\in \vect (e_1).$

Réciproquement, soit $v\in \vect (e_1).$ Il existe $\lambda\in \R$ tel que $v = \lambda e_1 = \lambda(1,0) = (\lambda,0) = u(0,\lambda).$ Donc $v\in \im u.$

Ainsi :

\im u = \vect(e_1).

Calculez le noyau de $u$

Posez encore $e_1 = (0,1).$

Soit $v$ un élément de $\ker u.$ Il existe $(x,y)\in \R^2, v = (x,y)$ et $u(x,y) = (0,0)$ d’où $(y,0) = (0,0)$ donc $y=0.$ Par suite, $v = (x,0) = x(1,0) =x e_1$ donc $v\in \vect (e_1).$

Réciproquement, soit $v\in \vect (e_1).$ Il existe $\lambda\in \R$ tel que $v = \lambda e_1 = \lambda(1,0) = (\lambda,0).$ Alors $u(v) = u(\lambda, 0) = (0,0)$ Donc $v\in \ker u.$

Ainsi :

\ker u = \vect(e_1).

Concluez

Vous avez montré qu’il existe un endomorphisme de $\R^2$ tel que $\im u = \ker u.$

153. Quand l’union de trois sous-espaces vectoriels est encore un sous-espace vectoriel (partie 2/2)

Vous allez expliciter un cas particulier de $\K$-espace vectoriel $E$ admettant trois sous-espaces vectoriels propres, $V_1, V_2$ et $V_3$ tels que $V_1\cup V_2\cup V_3$ est un sous-espace vectoriel de $E\comma$ alors qu’il n’existe aucun sous-espace parmi $V_1, V_2$ et $V_3$ qui contient les deux autres. Autrement dit :

\forall i\in \llbracket 1, 3\rrbracket, \bigcup_{j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}} V_j \not\subset V_i.

Ce résultat contraste avec le contenu rédigé dans l'article 151 le cas où $\K$ possède au moins 3 éléments a été étudié.

Définissez un $\K$-espace vectoriel $E$

Soit $\K$ un corps fini possédant deux éléments notés $0$ et $1\comma$ $0$ étant le neutre de l’addition et $1$ le neutre de la multiplication. On considère $E = \K^2.$ Alors $E$ est muni d’une structure de $\K$-espace vectoriel.

Pour l’addition, vous pouvez poser :

\forall (x,y)\in\K^2, \forall (z,t)\in\K^2, (x,y)+(z,t) = (x+z, y+t).

Vous définissez une multiplication externe en posant :

\forall \lambda \in \K, \forall (x,y)\in\K^2, \lambda (x,y) = (\lambda x, \lambda y).

Définissez trois sous-espaces vectoriels de $E$

Soit $V_1$ le sous-espace de $E$ engendré par $(1,0)\comma$ puis $V_2$ le sous-espace de $E$ engendré par $(0,1)$ et $V_3$ le sous-espace de $E$ engendré par $(1,1).$

Alors vous avez :

\left\{
\begin{align*}
V_1 &= \{(0,0), (1,0)\}\\
V_2 &= \{(0,0), (0,1)\}\\
V_3 &= \{(0,0), (1,1)\}.
\end{align*}
\right.

Montrez que $V_1\cup V_2\cup V_3$ est un sous-espace vectoriel de $E$

Comme le nombre d’éléments de $V_1\comma$ $V_2$ et $V_3$ est fini, il en est de même pour l’ensemble $V_1\cup V_2\cup V_3.$ Vous avez exactement :

V_1\cup V_2\cup V_3 = \{(0,0), (1,0), (0,1), (1,1)\} = E.

Comme $E$ est un $\K$-espace vectoriel, il en est de même pour $V_1\cup V_2\cup V_3.$

Montrez qu’aucun sous-espace ne contient les deux autres

Comme $(1,0)\in V_1$ vous avez $(1,0)\in V_1\cup V_2.$ Or $(1,0)\notin V_3\comma$ donc $V_1\cup V_2 \not\subset V_3.$

Comme $(1,0)\in V_1$ vous avez $(1,0)\in V_1\cup V_3.$ Or $(1,0)\notin V_2\comma$ donc $V_1\cup V_3 \not\subset V_2.$

Comme $(0,1)\in V_2$ vous avez $(0,1)\in V_2\cup V_3.$ Or $(0,1)\notin V_1\comma$ donc $V_2\cup V_3 \not\subset V_1\comma$ ce qui conclut.