Votre navigateur n'accepte pas le Javascript.La navigation sur ce site risque de ne pas fonctionner correctement.

348. Minorez le PPCM des n premiers entiers naturels

Dans cet article, vous allez démontrer que pour tout entier $n$ non nul, le plus petit multiple commun des entiers naturels allant à de $1$ à $n$, est supérieur ou égal à $\frac{2^n}{4}$, ce qui s’écrit :

\forall n\geq 1, \quad PPCM(1,\dots,n) \geq \frac{2^n}{4}.

Une inégalité et du second degré

Tout d’abord, Ppour tout réel $x$ appartenant à l’intervalle $[0,1]$ vous aller montrer que $x(1-x)\leq \frac{1}{4}.$

Vous fixez un réel $x$ compris entre $0$ et $1.$

\begin{align*}
4x(1-x)-1 &= 4x-4x^2-1\\
&= -(4x^2-4x+1)\\
&= -(2x-1)^2.
\end{align*}

Le réel $4x(1-x)-1$ est égal à l’opposé d’un carré, il est donc négatif ou nul. Il s’ensuit que :

\begin{align*}
4x(1-x)-1 \leq 0\\
4x(1-x)\leq 1\\
x(1-x)\leq \frac{1}{4}.
\end{align*}

Lien entre un PPCM et une intégrale

Soit $n$ un entier naturel non nul.

Pour tout $x\in [0,1]$, le réel $x(1-x)$ est positif et il est inférieur à $\frac{1}{4}.$ En élevant à la puissance $n$, il vient :

\begin{align*}
(x(1-x))^n\leq \frac{1}{4^n}\\
x^n(1-x)^n \leq \frac{1}{4^n}.
\end{align*}

En intégrant sur l’intervalle $[0,1]$ vous définissez une intégrale notée $I = \int_0^1 x^n(1-x)^n\dx$ et vous avez :

\boxed{I\leq \frac{1}{4^n}.}

En utilisant la formule du binôme, vous avez :

(1-x)^n = \sum_{k=0}^n\binom{n}{k}(-1)^{k}x^k.

En multipliant par $x^n$ il vient :

x^n(1-x)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}(-1)^kx^{n+k}.

En intégrant sur l’intervalle $[0,1]$ vous définissez une intégrale notée $I$ qui se calcule de la façon suivante :

\begin{align*}
I &= \int_0^1 x^n(1-x)^n\dx\\
&= \int_0^1 \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}(-1)^kx^{n+k}\dx \\
&=\sum_{k=0}^n \binom{n}{k} (-1)^k\int_0^1 x^{n+k}\dx \\
&= \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} (-1)^k\  \left[\frac{x^{n+k+1}}{n+k+1}\right]_0^1\\
&=\sum_{k=0}^n \binom{n}{k} (-1)^k\  \frac{1}{n+k+1}.
\end{align*}

Notez $\mu = PPCM(1,\dots,2n+1)$ le plus petit multiple commun de tous les entiers naturels allant de $1$ jusqu’à $2n+1.$

Vous avez :

\mu I = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} (-1)^k\  \frac{\mu}{n+k+1}.

Or, par définition de $\mu$, quel que soit $k\in\llbracket 0, n\rrbracket$, $n+k+1 \mid \mu$ donc $\frac{\mu}{n+k+1}\in\N.$

Pour tout $k\in \llbracket 0, n\rrbracket$ le coefficient binomial $\binom{n}{k}$ est un nombre entier. Par produit et par somme, vous déduisez que $\mu I$ est un nombre entier relatif.

D’autre part, en utilisant la relation de Chasles sur les intégrales :

I = \int_{0}^{1/4} x^n(1-x)^n\dx + \int_{1/4}^{3/4} x^n(1-x)^n\dx + \int_{3/4}^1 x^n(1-x)^n\dx.

Sur les intervalles $[0,1/4]$ et $[3/4,1]$ la fonction $x\mapsto x^n(1-x)^n$ est positive, il en résulte que, par intégration, les intégrales $\int_{0}^{1/4} x^n(1-x)^n\dx$ et $\int_{3/4}^1 x^n(1-x)^n\dx$ sont positives. Il s’ensuite que :

I\geq \int_{1/4}^{3/4} x^n(1-x)^n\dx.

Or, quand $x\in[1/4, 3/4]$ vous avez aussi $1-x\in[1/4, 3/4]$ si bien que, par produit de réels positifs, $x(1-x)\in[1/16, 9/16].$

Pour tout $x\in[1/4, 3/4]$, $x(1-x)\geq \frac{1}{16}$ donc en élevant à la puissance $n$, il vient $x^n(1-x)^n\geq \frac{1}{16^n}.$ En intégrant sur l’intervalle $[1/4, 3/4]$ vous déduisez :

\begin{align*}
\int_{1/4}^{3/4} x^n(1-x)^n\dx &\geq \int_{1/4}^{3/4} \frac{1}{16^n}\dx \\
&\geq \left(\frac{3}{4}-\frac{1}{4}\right)\frac{1}{16^n}\\
&\geq \frac{1}{2\times 16^n}. 
\end{align*}

Vous déduisez finalement que $I\geq \frac{1}{2\times 16^n}.$ Le réel $I$ est donc strictement positif.

Comme $\mu \geq 1$ vous déduisez que $\mu I$ est un entier strictement positif, donc $\boxed{\mu I \geq 1.}$

En divisant par $I$, vous obtenez $\mu \geq \frac{1}{I}.$

Or, il a été montré que $I\leq \frac{1}{4^n}$ donc $\frac{1}{I }\geq 4^n$ ce qui donne $\mu \geq 4^n.$

Finalement, il a été montré le résultat suivant :

\boxed{\forall n\geq 1, \quad PPCM(1, \dots, 2n+1)\geq 4^n.}

Passez au cas général

Lorsque $n=1$, $PPCM(1, \dots, n) = PPCM(1) = 1.$ Or $1$ est bien supérieur ou égal à $\frac{1}{2} = \frac{2^1}{4}.$

Lorsque $n=2$, $PPCM(1, \dots, n) = PPCM(1, 2) = 2.$ Or $2$ est bien supérieur ou égal à $1 = \frac{2^2}{4}.$

Soit maintenant $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $3.$

Cas où $n$ est impair

Comme $n-1$ est pair et supérieur ou égal à $2$, il existe un entier naturel $m\geq 1$ tel que $n-1 = 2m.$

Comme $PPCM(1, \dots, n) = PPCM(1,\dots,2m+1)$ il vient :

\begin{align*}
PPCM(1, \dots, n) &\geq 4^m \\
 &\geq (2^2)^m \\
&\geq  2^{2m}\\
&\geq 2^{n-1}\\
&\geq \frac{2^n}{2}\\
&\geq \frac{2^n}{4}.
\end{align*} 

Cas où $n$ est pair

Il s’agit de se ramener au cas impair.

Notez que $PPCM(1,\dots, n)$ est un multiple des $n-1$ entiers allant de $1$ jusqu’à $n-1.$

Comme $PPCM(1, \dots, n-1)$ est le plus petit multiple commun de ces $n-1$ entiers, vous déduisez :

PPCM(1, \dots, n) \geq PPCM(1, \dots, n-1).

Comme $n$ est pair et supérieur ou égal à $3$ il est même supérieur ou égal à $4.$

Donc $n-1$ est impair et il est supérieur ou égal à $3.$ Il existe un entier $m\geq 1$ tel que $n-1 = 2m+1.$ Comme $PPCM(1, \dots, n-1) = PPCM(1,\dots,2m+1)$ vous déduisez :

\begin{align*}
PPCM(1, \dots, n) &\geq PPCM(1, \dots, n-1)\\
&\geq PPCM(1, \dots, 2m+1)\\
&\geq 4^m\\
&\geq  2^{2m}\\
&\geq  2^{n-2}\\
&\geq \frac{2^n}{4}.
\end{align*} 

Concluez

Le résultat suivant est bien démontré :

\boxed{\forall n\geq 1, \quad PPCM(1,\dots,n) \geq \frac{2^n}{4}.}

347. Dénombrez le nombre de possibilités de choisir des entiers naturels dont la somme est connue

Soit $n$ un entier naturel non nul et $p$ un entier naturel. Il s’agit de déterminer le nombre exact de solutions de l’équation suivante, où toutes les inconnues sont des entiers naturels :

x_1+\dots+x_n=p.

Un exemple, pour $n=3$ et $p=4$

Vous cherchez tous les triplets possibles $(x_1,x_2,x_3)$ d’entiers naturels tels que :

x_1+x_2+x_3=4.

Vous allez traiter cette situation en envisageant toutes les possibilités pour l’inconnue $x_3.$

Cas où $x_3 = 4$

Dans ce cas, vous avez :

x_1+x_2 = 0.

Cela conduit immédiatement à $x_1=x_2=0.$

Il y a un triplet solution $(0,0,4).$

Cas où $x_3 = 3$

Dans ce cas, vous avez :

x_1+x_2 = 1.

Il y a deux possibilités, soit $x_1=1$ et $x_2=0$, soit $x_1=0$ et $x_2=1.$

Cela donne deux triplets $(1,0,3)$ et $(0,1,3).$

Cas où $x_3 = 2$

Dans ce cas, vous avez :

x_1+x_2 = 2.

Il y a trois possibilités, soit $x_1=2$ et $x_2=0$, soit $x_1=1$ et $x_2=1$, soit $x_1=0$ et $x_2=2.$

Cela donne trois triplets $(2,0,2)$, $(1,1,2)$ et $(0,2,2).$

Cas où $x_3 = 1$

Dans ce cas, vous avez :

x_1+x_2 = 3.

Il y a quatre possibilités, soit $x_1=3$ et $x_2=0$, soit $x_1=2$ et $x_2=1$, soit $x_1=1$ et $x_2=2$ et $x_1=0$ et $x_2=3.$

Cela donne quatre triplets $(3,0,1)$, $(2,1,1)$, $(1,2,1)$ et $(0,3,1).$

Cas où $x_3 = 0$

Dans ce cas, vous avez :

x_1+x_2 = 4.

Il y a cinq possibilités, soit $x_1=4$ et $x_2=0$, soit $x_1=3$ et $x_2=1$, soit $x_1=2$ et $x_2=2$ et $x_1=1$ et $x_2=3$, $x_1=0$ et $x_2=4.$

Cela donne cinq triplets $(4,0,0)$, $(3,1,0)$, $(2,2,0)$, $(1,3,1)$ et $(0,4,0).$

Concluez

Le nombre de solutions positives et entières de l’équation $x_1+x_2+x_3=4$ est égal à $15.$

ll serait intéressant de pouvoir généraliser. Aussi, vous allez traiter le cas où le nombre d’inconnues est égal à $n$ et où le résultat de la somme prend des petites valeurs.

Le nombre de solutions pour $n$ inconnues lorsque $p=0$

Il s’agit de résoudre $x_1+\dots+x_n=0$ où toutes les inconnues sont des entiers naturels. Du coup, toutes les inconnues sont nulles et il y a une seule solution, qui est le $n$-uplet suivant : $(0,\dots,0).$

Le nombre de solutions pour $n$ inconnues lorsque $p=1$

Il s’agit de résoudre $x_1+\dots+x_n=1$ où toutes les inconnues sont des entiers naturels.

Soit $(x_1,\dots,x_n)$ un $n$-uplet solution de cette équation.

Il est impossible que toutes les inconnues soient nulles. Du coup, au moins une d’entre elles notée $x_i$, avec $i$ compris entre $1$ et $n$ est supérieure ou égale à $1.$

Si $x_i\geq 2$, la somme $x_1+\dots+x_n$ est supérieure ou égale à $2$ ce qui contredit que $(x_1,\dots,x_n)$ est solution. Donc $x_i = 1.$ Il en résulte immédiatement que la somme $\sum_{j\neq i} x_j$ est nulle, donc toutes les autres inconnues sont nulles.

Il y a donc exactement $n$ solutions candidats possibles pour être solution.

Réciproquement, pour tout $i$ compris entre $1$ et $n$, considérons le $n$-uplet qui contient uniquement des zéros, sauf à la coordonnée numéro $i$ qui est égale à $1.$ La somme des coordonnées est bien égale à $1.$

Il y a donc en tout $n$ solutions.

Note. Pour $n=4$, les solutions seraient $(1,0,0,0)$, $(0,1,0,0)$, $(0,0,1,0)$ et $(0,0,0,1).$

Le nombre de solutions pour $n$ inconnues lorsque $p=2$

Il s’agit de résoudre $x_1+\dots+x_n=2$ où toutes les inconnues sont des entiers naturels.

Deux types de solutions sont possibles : les $n$-uplets dont l’une des coordonnées vaut $2$ et toutes les autres valent $0$. Il y en a exactement $n.$

Il y a aussi les $n$-uplets comportant deux coordonnées parmi $n$ égales à $1$, et les autres sont nulles, il y en a $\binom{n}{2} = \frac{n(n-1)}{2}.$

En définitive, le nombre de solutions est égal à :

\begin{align*}
n+\frac{n(n-1)}{2} &= \frac{2n}{2}+\frac{n(n-1)}{2}\\
&= \frac{n(2+n-1)}{2}\\
&=\frac{n(n+1)}{2}\\
&=\binom{n+1}{2}.
\end{align*} 

Le nombre de solutions pour $n$ inconnues lorsque $p=3$

Il s’agit de résoudre $x_1+\dots+x_n=3$ où toutes les inconnues sont des entiers naturels.

Trois types de solutions sont possibles : les $n$-uplets dont l’une des coordonnées vaut $3$ et toutes les autres valent $0$. Il y en a exactement $n.$

Il y a aussi les $n$-uplets comportant une coordonnée égale à $1$, une autre égale à $2$ et les autres sont nulles, il y en a $n(n-1)$ d’après le principe du produit.

Il y a aussi les $n$-uplets comportant trois coordonnées égales à $1$ parmi $n$, les autres étant nulles, il y en a $\binom{n}{3} = \frac{n(n-1)(n-2)}{6}.$

En définitive, le nombre de solutions est égal à :

\begin{align*}
n+n(n-1)+\frac{n(n-1)(n-2)}{6} &= \frac{6n}{6}+\frac{6n(n-1)}{6}+\frac{n(n-1)(n-2)}{6} \\
&=\frac{6n+n(n-1)(6+n-2)}{6}\\
&=\frac{6n+n(n-1)(n+4)}{6}\\
&=\frac{n[6+(n-1)(n+4)]}{6}\\
&=\frac{n(6+n^2+3n-4)}{6}\\
&=\frac{n(n^2+3n+2)}{6}\\
&=\frac{n(n+1)(n+2)}{6}\\
&=\binom{n+2}{3}.
\end{align*}

Avant de passer au cas général, vous aurez besoin d’un lemme sur les coefficients binomiaux

Vous allez démontrer la propriété suivante :

\boxed{\forall (a,b)\in\N^2,\quad \sum_{k=0}^b \binom{a+k}{a} = \binom{a+b+1}{a+1}.}

Pour tout entier naturel $b$, vous notez $\mathscr{S}(b)$ la proposition suivante : « Pour tout entier naturel $a$, $\sum_{k=0}^b \binom{a+k}{a} = \binom{a+b+1}{a+1}.$ »

Initialisation. Pour $b=0.$

Soit $a$ un entier naturel.

D’une part, $\sum_{k=0}^0\binom{a+k}{a} = \binom{a}{a}=1.$

D’autre part, $\binom{a+0+1}{a+1} = \binom{a+1}{a+1} = 1.$

Du coup, $\mathscr{S}(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $b$ un entier naturel tel que $\mathscr{S}(b)$ soit vérifiée.

Soit $a$ un entier naturel. En séparant le dernier terme de la somme et en utilisant l’hypothèse de récurrence, il vient :

\begin{align*}
\sum_{k=0}^{b+1} \binom{a+k}{a} &= \sum_{k=0}^{b} \binom{a+k}{a} + \binom{a+b+1}{a}\\
&= \binom{a+b+1}{a+1}+ \binom{a+b+1}{a}.
\end{align*}

Or, d’après la relation de Pascal sur les coefficient binomiaux :

\binom{a+b+1}{a}+\binom{a+b+1}{a+1} = \binom{a+b+2}{a+1}.

Ainsi :

\sum_{k=0}^{b+1} \binom{a+k}{a} =  \binom{a+(b+1)+1}{a+1}.

La propriété $\mathscr{S}(b+1)$ est vérifiée.

Conclusion. Par récurrence, il a été démontré que pour tout entier naturel $b$, la propriété $\mathscr{S}(b)$ est vraie. Le résultat annoncé est bien démontré.

Passez au cas général

Bien que les dénombrements précédents aient été effectués avec des approches différentes, ils semblent tous converger vers un résultat qui va être démontré par récurrence, sur le nombre d’inconnues.

Pour tout entier naturel $n$ non nul, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la proposition suivante : « Pour tout entier naturel $p$, le nombre de solutions positives et entières de l’équation $x_1+\dots+x_n = p$ est égal au coefficient binomial $\binom{n+p-1}{p}$. »

Initialisation. Pour $n=1.$ Soit $p$ un entier naturel. La résolution de l’équation à une inconnue positive entière $x_1=p$ possède une seule solution. Or, $\binom{1+p-1}{p} = \binom{p}{p}=1$ donc $\mathscr{P}(1)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel tel que $\mathscr{P}(n)$ soit vérifiée.

Soit $p$ un entier naturel, vous cherchez le nombre de solutions positives et entières de l’équation $x_1+\dots+x_n+x_{n+1}=p.$

Lorsque $x_{n+1} = 0$, l’équation s’écrit $x_1+\dots+x_n=p$ elle possède $n$ variables positives et entières donc d’après l’hypothèse de récurrence, il y a $\binom{n+p-1}{p} = \binom{n+p-1}{n-1}$ solutions.

Plus généralement l’inconnue $x_{n+1}$ peut être égale à $k$, où $k\in\llbracket 0, p\rrbracket.$ l’équation à résoudre s’écrit $x_1+\dots+x_n=p-k$ et d’après l’hypothèse de récurrence, elle possède $\binom{n+p-k-1}{p-k} =\binom{n+p-k-1}{n-1}$ solutions.

D’après cette analyse, le nombre de solutions de l’équation $x_1+\dots+x_n+x_{n+1}=p$ est égal à la somme suivante :

\sum_{k=0}^p\binom{n+p-k-1}{n-1}.

En effectuant le changement d’indice $\ell = p-k$, vous obtenez :

\sum_{k=0}^p\binom{n+p-k-1}{n-1} = \sum_{\ell=0}^p\binom{n-1+\ell}{n-1}.

D’après le lemme, la somme $\sum_{\ell=0}^p\binom{n-1+\ell}{n-1}$ est égale au coefficient binomial $\binom{n+p}{n} = \binom{n+p}{p} = \binom{(n+1)+p-1}{p}.$

La propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est vérifiée.

Conclusion. Par récurrence, il a été établi que pour tout entier naturel non nul $n$, $\mathscr{P}(n)$ est vérifiée.

Concluez

Pour tout entier naturel $n$ non nul et pour pour tout entier naturel $p$, le nombre de solutions positives et entières de l’équation $x_1+\dots+x_n = p$ est égal au coefficient binomial $\binom{n+p-1}{p}$.

Prolongements

Inéquation

Soit $n$ un entier naturel $n$ non nul et $p$ un entier naturel. Déterminez le nombre de solutions positives et entières de l’inéquation $x_1+\dots+x_n \leq p.$

Raccourci combinatoire

Pourriez-vous démontrer, en utilisant l’assertion « on obtient $n$ quantités à partir de $n-1$ piquets », que pour tout entier naturel $n$ non nul et pour pour tout entier naturel $p$, le nombre de solutions positives et entières de l’équation $x_1+\dots+x_n = p$ est égal au coefficient binomial $\binom{p+(n-1)}{n-1}$ ?

346. Un nombre est premier, si et seulement si, il divise tous les coefficients binomiaux de sa ligne dans le tableau de Pascal, excepté le premier et le dernier

Le but de cet article est de démontrer qu’un nombre entier $n\geq 2$ est premier, si et seulement si, pour tout entier $k$ compris entre $1$ et $n-1$, le coefficient binomial $\binom{n}{k}$ est divisible par $n.$

Visualisez le triangle de Pascal

Les premières lignes du tableau de Pascal sont les suivantes, à chaque fois est donnée la valeur du coefficient binomial $\binom{n}{k}.$

\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
&k=0&k=1&k=2 & k=3 & k=4& k=5& k=6& k=7& k=8\\
\hline
n=0&1 & \\
\hline
n=1&1 & 1\\
\hline
n=2&1 & 2 & 1\\
\hline
n=3&1 & 3 & 3 & 1\\
\hline
n=4&1 & 4 & 6 & 4 & 1\\
\hline
n=5&1 & 5 & 10 & 10 & 5& 1\\
\hline
n=6&1 & 6 & 15 & 20 & 15& 6 & 1\\
\hline
n=7&1 & 7 & 21 & 35 & 35& 21 & 7 & 1\\
\hline
n=8&1 & 8 & 28 & 56 & 70& 56 & 28 & 8&1\\
\hline
\end{array}

En prenant un numéro de ligne qui est un nombre premier, par exemple lorsque $n=7$, vous constatez que les coefficients binomiaux $7$, $21$, $35$, $35$, $21$ et $7$ sont tous des multiples de $7.$ Autrement dit :

\forall k\in\llbracket 1, 6\rrbracket, \quad 7 \left| \binom{7}{k}\right..

Par contre, en prenant $n=6$ qui n’est pas un nombre premier, vous constatez, par exemple que $20$ n’est pas un multiple de $6$, ce qui s’écrit ainsi :

6 \not\left| \binom{6}{3}\right..

Autrement dit :

\exists k\in\llbracket 1, 5\rrbracket, \quad 6 \not\left| \binom{6}{k}\right..

Le premier sens comme conséquence du lemme d’Euclide

Soit $n$ un nombre entier supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que $n$ est un nombre premier.

Soit $k$ un nombre entier compris entre $1$ et $n-1.$ Le coefficient binomial $\binom{n}{k}$ se calcule avec une expression comportant des factorielles :

\binom{n}{k} = \frac{n!}{k! (n-k)!}.

Vous déduisez de ce qui précède que :

n! = k! (n-k)! \binom{n}{k}.

Comme $n! = n\times (n-1)!$ il s’ensuit que $n$ divise le produit $k! (n-k)! \binom{n}{k}.$

Supposez que $n$ ne divise pas le coefficient binomial $\binom{n}{k}.$ Comme $n$ est un nombre premier qui divise le produit des deux nombres $k! (n-k)!$ et $\binom{n}{k}$ le lemme d’Euclide (vous en trouverez une démonstration dans le contenu rédigé dans l'article 126) permet d’affirmer que $n$ divise $k! (n-k)!.$ Toujours d’après le même lemme d’Euclide, $n$ divise un des facteurs noté $i$ du produit $k! (n-k)!.$ Comme $k$ est compris entre $1$ et $n-1$, tous les facteurs du produit $k! (n-k)!$ sont des nombres entiers compris entre $1$ et $n-1.$ Il s’ensuit que $i$ lui-même est un entier compris entre $1$ et $n-1.$

Or, $n$ divise $i$ avec $i$ non nul impose d’avoir $n\leq i.$ Or il a été vu que $i \leq n-1$ ce qui aboutit à une contradiction.

Par l’absurde, il a été prouvé que $n$ divise le coefficient binomial $\binom{n}{k}.$

Ainsi, pour tout entier $n$ supérieur ou égal à $2$, l’implication ci-dessous est démontrée.

\boxed{n \text{ est premier }\implies \forall k\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, \quad n \left| \binom{n}{k}\right..}

Le sens réciproque comme conséquence de la relation de Pascal et de l’arithmétique modulaire

Visualisez la situation lorsque $n=8$

Supposez que, pour $n=8$, vous ayez :

\forall k\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, \quad n \left| \binom{n}{k}\right..

Vous raisonnez modulo $8$ et obtenez :

\forall k\in\llbracket 1, 7\rrbracket, \quad \binom{8}{k} \equiv 0 \mod 8.

En écrivant le triangle de Pascal modulo $8$ pour les lignes $n=7$ et $n=8$ il vient :

\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
&k=0&k=1&k=2 & k=3 & k=4& k=5& k=6& k=7& k=8\\
\hline
n=7&1 &  &  &  & &  &  & \\
\hline
n=8&1 & 0 & 0 & 0 & 0& 0 & 0 & 0&1\\
\hline
\end{array}

Pour déterminer le résidu du coefficient binomial $\binom{7}{1}$ modulo $8$, vous utilisez la relation de Pascal :

\binom{7}{0}+\binom{7}{1} = \binom{8}{1}.

Ainsi :

\binom{7}{1} = \binom{8}{1} - \binom{7}{0}.

En raisonnant modulo $8$ cela donne :

\begin{align*}
\binom{7}{1} &\equiv  0 - 1 \mod 8\\
&\equiv  -1 \mod 8.
\end{align*}

En continuant ainsi, vous obtenez tous les résidus modulo $8$ de la ligne du triangle de Pascal pour $n=7$ et constatez une alternance de $1$ et de $-1.$

\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
&k=0&k=1&k=2 & k=3 & k=4& k=5& k=6& k=7& k=8\\
\hline
n=7&1 & -1 & 1  & -1  &1 &-1  &1  &-1 \\
\hline
n=8&1 & 0 & 0 & 0 & 0& 0 & 0 & 0&1\\
\hline
\end{array}

Note. Vous ignorez le dernier résidu de la ligne pour $n=7$ qui est égal à $-1.$ En prenant une autre ligne, par exemple $n=9$, vous auriez trouvé à la ligne $n=8$ un résidu de $1$ et n’auriez pas pu conclure à une absurdité.

Comme $8$ n’est pas premier, il admet un diviseur propre, à savoir un nombre $d$ compris entre $2$ et $7$, tel que $d\mid 8.$

Vous vous intéressez au coefficient binomial $\binom{8}{d} = \binom{8}{2}$ et l’exprimez avec un coefficient binomial situé dans la ligne précédente du tableau de Pascal :

\begin{align*}
\binom{8}{2} &= \frac{8!}{2! 6!}\\
&=\frac{8 \times 7! }{2\times 1! 6!}\\
&=\frac{8}{2}\times \frac{7!}{1! 6!}\\
&= 4\times \binom{7}{1}.
\end{align*}

En prenant les résidus modulo $8$, vous obtenez :

\begin{align*}
\binom{8}{2} &\equiv 4\times (-1) \mod 8\\
&\equiv -4 \mod 8.
\end{align*}

Du coup, il vient :

0 \equiv-4 \mod 8.

Ceci est absurde.

Vous en déduisez qu’il est impossible que $8$ divise tous les coefficients binomiaux $\binom{8}{k}$ lorsque $k$ décrit l’intervalle d’entiers $\llbracket 1, 7\rrbracket.$

Traitez le cas général

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$, tel que :

\forall k\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, \quad n \left| \binom{n}{k}\right..

Si $n = 2$, le nombre $n$ est un nombre premier et le résultat est démontré.

Supposez maintenant que $n\geq 3.$

Alors :

\forall k\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, \quad \binom{n}{k} \equiv 0 \mod n.

Vous allez maintenant effectuer une récurrence limitée afin de déterminer les résidus modulo $n$ des coefficients binomiaux $\binom{n-1}{k}$ lorsque $k$ décrit l’intervalle $\llbracket 0, n-1\rrbracket.$

Pour tout entier $k\in \llbracket 0, n-1\rrbracket$ vous notez $\mathscr{P}(k)$ la propriété : « le résidu modulo $n$ du coefficient binomial $\binom{n-1}{k}$ est égal à $(-1)^k$ ».

Initialisation. Pour $k=0$, vous avez d’une part $(-1)^k = (-1)^0 = 1.$

D’autre part, $\binom{n-1}{0} = 1$ donc $\binom{n-1}{0} = (-1)^0$ ce qui donne :

\binom{n-1}{0} \equiv (-1)^0 \mod n.

La propriété $\mathscr{P}(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $k$ un entier naturel inférieur ou égal à $n-2$ tel que $\mathscr{P}(k)$ soit vérifiée.

Vous avez déjà :

\binom{n-1}{k} \equiv (-1)^k \mod n.

D’après la relation de Pascal :

\binom{n-1}{k} + \binom{n-1}{k+1} = \binom{n}{k+1}.
 \binom{n-1}{k+1} = \binom{n}{k+1} - \binom{n-1}{k}.

Comme $k+1$ est un entier supérieur ou égal à $1$ et inférieur ou égal à $n-1$, vous avez :

\binom{n}{k+1} \equiv 0 \mod n.

Du coup :

\begin{align*}
 \binom{n-1}{k+1} &\equiv 0 - (-1)^k \mod n \\
&\equiv  (-1)^{k+1} \mod n.
\end{align*}

Donc la propriété $\mathscr{P}(k+1)$ est vérifiée.

Conclusion. Par récurrence limitée, il a été établi que :

\forall k\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, \quad\binom{n-1}{k} \equiv (-1)^k \mod n.

Supposez que $n$ ne soit pas un nombre premier.

Il existe deux diviseurs propres $d$ et $d’$ c’est-à-dire deux entiers compris entre $2$ et $n-1$ tels que $n = dd’.$

Vous exprimez le coefficient binomial $\binom{n}{d}$ de la façon suivante :

\begin{align*}
\binom{n}{d} &= \frac{n! }{d! (n-d!)}\\
&= \frac{n}{d}\times \frac{(n-1)!}{(d-1)! (n-d)!}\\
&=d' \times \binom{n-1}{d-1}.
\end{align*}

Maintenant, modulo $n$, vous avez :

\begin{align*}
0 &\equiv \binom{n}{d} \mod n\\
&\equiv d' \times \binom{n-1}{d-1} \mod n.
\end{align*}

Comme $d-1$ est compris entre $0$ et $n-1$, vous déduisez :

\binom{n-1}{d-1} \equiv (-1)^{d-1}\mod n.

Du coup :

0\equiv d'\times (-1)^{d-1}\mod n.

En multipliant ce résultat par $(-1)^{d-1}$ vous aboutissez à :

0\equiv d' \mod n.

Il en résulte que $n$ divise $d’$ qui est non nul, donc $n\leq d’ \leq n-1$ ce qui est absurde.

Donc $n$ est un nombre premier.

Ainsi, pour tout entier $n$ supérieur ou égal à $2$, l’implication ci-dessous est démontrée.

\boxed{n \text{ est premier }\impliedby \forall k\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, \quad n \left| \binom{n}{k}\right..}

Concluez

Il a été démontré l’équivalence suivante :

\boxed{\forall n\geq 2, n \text{ est premier }\Longleftrightarrow \forall k\in\llbracket 1, n-1\rrbracket, \quad n \left| \binom{n}{k}\right..}

Prolongement

Pourriez-vous utiliser le résultat établi pour démontrer qu’un nombre entier $n\geq 2$ est premier, si et seulement si, pour tout entier $a$ premier avec $n$, $(X+a)^n\equiv X^n+a \mod n$ ?

345. Calculez les carrés d’un nombre comportant deux, trois chiffres ou plus

Des techniques efficaces permettent de calculer rapidement des carrés sans avoir recours à une calculatrice, en exploitant la structure des nombres pour simplifier les opérations.

Principe

Quels que soient les entiers $a$ et $b$, le développement de l’identité remarquable $(10a+b)^2$ fournit :

\begin{align*}
(10a+b)^2 &= 100a^2+20ab+b^2\\
&=100a^2+10\times (2ab)+b^2\\
&= (100a^2+b^2) + 10\times (2ab).
\end{align*}

Déterminez les carrés de nombres à deux chiffres

Exemple : calculez le carré de $37$

Lorsque $a = 3$ et $b=7$, vous obtenez $2ab = 42$ puis :

37^2 = (100\times 9 + 49) + 10\times 42 .

Cela peut fournit :

\begin{align*}
37^2&= 949 + 420.
\end{align*} 

Le nombre $949$ s’obtient en collant $3^2$ et $7^2$ qui sont des deux chiffres du nombre de départ.

Le $42$ s’obtient en multipliant $3\times 7$ puis en doublant par $2.$

Ce mécanisme peut être automatisé de la façon suivante, en écrivant :

\boxed{37^2 = 0 \overset{\scriptstyle 4}{9} \overset{\scriptstyle 2}{4} 9 = 1369.}

Exemple : calculez le carré de $67$

Vous calculez d’abord le produit $6\times 7$ puis vous doublez, ce qui fournit $6\times 7 = 42$ puis $42\times 2 = 84.$

Vous collez les résultats de $6^2$ et de $7^2$ ce qui fournit :

\boxed{67^2 = 3 \overset{\scriptstyle 8}{6} \overset{\scriptstyle 4}{4} 9 = 4489.}

Déterminez les carrés de nombres à trois chiffres

Exemple : calculez le carré de $678$

Vous calculez d’abord le carré de $67.$ Cela a été effectué précédemment. Il vient $67^2 =4489.$

Puis vous collez à ce nombre le carré du chiffres des unités de $678$ soit $8^2=64.$

Il reste à calculer $8\times 67 \times 2.$ Cette fois vous utilisez :

\begin{align*}
8\times 67\times 2 &= 8\times 134\\
&=1072.
\end{align*}

Il en résulte que :

\boxed{678^2 = 4 \overset{\scriptstyle 1}{4} \overset{\scriptstyle 0}{8} \overset{\scriptstyle 7}{9} \overset{\scriptstyle 2}{6}4=45\overset{\scriptstyle 1}{8} 684 = 459684.}

Exemple : calculez le carré de $348$

Vous calculez d’abord le carré de $34.$

Les opérations mentales sont les suivantes :

\begin{align*}
3^2 &= 09\\
4^2 &= 16\\
3\times 4\times 2 &= 24.
\end{align*}

Du coup :

\boxed{34^2 = 0 \overset{\scriptstyle 2}{9} \overset{\scriptstyle 4}{1} 6 = 1156.}

Pour le carré de $348$ les opérations deviennent :

\begin{align*}
34^2 &= 1156\\
8^2 &= 64\\
34\times 8\times 2 &= 272\times 2 = 544.
\end{align*}

Par conséquent :

\boxed{348^2 = 11\overset{\scriptstyle 5}{5} \overset{\scriptstyle 4}{6} \overset{\scriptstyle 4}{6} 4 = 1\overset{\scriptstyle 1}{1}\overset{\scriptstyle 1}{0}\overset{\scriptstyle 1}{0}04 = 121104.}

Pour aller plus loin

Soit à calculer le carré de $3482.$

Les opérations mentales sont les suivantes :

\begin{align*}
348^2 &= 121104\\
2^2 &= 04\\
348\times 2\times 2 &= 696 \times 2 = 1392.
\end{align*}

En définitive :

\boxed{3482^2 = 121\overset{\scriptstyle 1}{1}\overset{\scriptstyle 3}{0}\overset{\scriptstyle 9}{4}\overset{\scriptstyle 2}{0}4= 1212\overset{\scriptstyle 1}{3}324=12124324.}

344. L’indicatrice d’Euler est une fonction multiplicative

Dans cet article, les notions d’anneaux et d’ensemble-quotient ne seront pas abordées. L’approche choisie consiste à démontrer le résultat de l’indicatrice d’Euler en travaillant principalement dans l’ensemble $\Z$ des entiers relatifs.

Notations

Pour tout entier naturel $a$ et tout entier naturel $n$ non nul, la notation $(a \mod n)$ désignera le reste de la division euclidienne de $a$ par $n.$

Pour tout entier naturel $n$ non nul, vous notez $\varphi(n)$ le nombre d’éléments de l’ensemble :

U_n = \{k\in\Z, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\text{ et } 0\leq k\leq n-1\}.

Il s’agit de démontrer que si $m$ et $n$ sont deux entiers naturels non nuls tels que $\mathrm{PGCD}(m,n)=1$, alors :

\varphi(mn)=\varphi(m)\varphi(n).

Dans toute la suite de cet article, vous fixez deux entiers $m$ et $n$ non nuls fixés, tels que $\mathrm{PGCD}(m,n)=1.$

Construisez une application de l’ensemble $U_{mn}$ vers le produit $U_m\times U_n$

Soit $x$ un élément de $U_{mn}.$

Pour être certain d’obtenir un entier de l’ensemble $U_m$ et un entier de l’ensemble $U_n$ vous effectuez la division euclidienne de $x$ par $m$ et $n$ respectivement. Il existe quatre entiers uniques $q_n, r_n, q_m, r_m$ avec $0\leq r_n\leq n-1$ et $0\leq r_m\leq m-1$ tels que :

\left\{\begin{align*}
x&=q_m m+r_m\\
x&=q_n n+r_n.
\end{align*}
\right.

Il s’agit maintenant de comprendre pourquoi le couple $(r_m,r_n)$ est un élément de l’ensemble $U_m\times U_n.$

Notez $d = \mathrm{PGCD}(r_m,m).$ Comme $d$ divise $m$, $d$ divise le produit $q_m m.$ Comme $d$ divise aussi $r_m$, il divise la somme $q_m m + r_m.$ Par suite, $d$ divise $x.$

Comme $d$ divise $m$ et que $m$ divise le produit $mn$ vous déduisez que $d$ divise $mn.$ Comme $d$ divise $mn$ et $x$, c’est un diviseur commun à $x$ et à $mn.$ Or, $x\in U_{mn}$ donc $ \mathrm{PGCD}(x,mn) = 1.$ Il en résulte que $d=1.$

Il est ainsi démontré que $\mathrm{PGCD}(r_m,m) = 1.$ Vu que $0\leq r_m\leq m-1$ vous déduisez $\boxed{r_m\in U_m.}$

Un raisonnement identique permet d’aboutir à la conclusion $\boxed{r_n\in U_n.}$

Par le procédé décrit ci-dessus, vous avez défini une application $f$ qui va de $U_{mn}$ dans $U_m\times U_n.$ Elle est définie, pour tout entier $k\in U_{mn}$ par :

f(k) = ((k\mod m) , (k\mod n)).

Démontrez l’injectivité de cette application

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $U_{mn}$ tels que $f(x) = f(y).$

Alors :

\begin{align*}
(x\mod m) &= (y\mod m)\\
(x\mod n) &= (y\mod n).
\end{align*}

Quand vous effectuez la division euclidienne de $x$ par $m$, puis celle de $y$ par $m$, vous constatez qu’il existe un couple $(q_n,q_m)$ d’entiers tel que :

x = q_x m+(x\mod m)\\
y = q_y m + (y\mod m).

Comme $(x\mod m) = (y\mod m)$ par soustraction, vous déduisez :

x-y = q_xm-q_ym = m(q_x-q_y).

Ainsi l’entier $m$ divise la différence $x-y.$

En suivant un raisonnement similaire pour $n$, vous aboutissez au fait que $n$ divise aussi la différence $x-y.$

D’après ces constats, il existe deux entiers $m’$ et $n’$ tels que :

\begin{align*}
x-y &= mm'\\
x-y&=nn'.
\end{align*}

Vous déduisez $mm’ = nn’$ puis $n \mid mm’.$ Comme $\mathrm{PGCD}(m,n)=1$ le théorème de Gauss fournit $n \mid m’.$ Donc il existe un entier $k$ tel que $m’ = kn.$

L’égalité $x-y = mm’$ devient $x-y = mkn$ si bien que le produit $mn$ divise $x-y.$

Vous allez supposer que $k$ n’est pas nul, ce qui implique $\vert k \vert \geq 1.$

Du coup, $\vert x-y \vert = \vert k \vert \times mn$ d’où $\vert x-y\vert \geq mn.$

Or, $x$ et $y$ sont deux éléments de $U_{mn}$ donc $0\leq x \leq mn -1$ et $0\leq y \leq mn-1.$

Par suite, $1-mn\leq -y \leq 0$ et par somme avec $0\leq x\leq mn-1$ il vient $1-mn \leq x-y \leq mn-1.$

Cette double inégalité fournit $\vert x-y \vert \leq mn-1.$ Or, $mn\leq \vert x-y\vert$ du coup $mn\leq mn-1$ ce qui est une contradiction.

Ainsi, $k=0$ et $x-y=0$ et $x=y.$ L’injectivité de la fonction $f$ est ainsi démontrée.

Démontrez la surjectivité de cette application

Soit $(u,v)$ un couple de l’ensemble $U_m\times U_n.$

Grâce au théorème chinois dont une preuve se trouve dans le contenu rédigé dans l'article 309, il existe un entier $x$ tel que :

\left\{\begin{align*}
x&\equiv u\text{ modulo }m\\
x&\equiv v\text{ modulo }n.
\end{align*}
\right.

Sans utiliser le symbôle de la congruence, cela signifie qu’il existe un entier $r$ et un entier $s$ tels que :

\left\{\begin{align*}
x = u +rm\\
x = v+ sn.
\end{align*}
\right.

A priori, on n’est pas sûr que $x$ soit compris entre $0$ et $mn-1.$

Vous allez considérer $y = x\mod mn$, le reste de la division de $x$ par le produit $mn.$

Il existe un entier $q$ tel que $x = qmn + y$ et l’inégalité $0\leq y \leq mn-1$ est vérifiée.

D’une part :

\begin{align*}
y &= x-qmn\\
&=u+rm-qmn\\
&=(r-qn)m+u.
\end{align*}

Comme $r-qn$ est un entier et que $u$ est compris entre $0$ et $m-1$, l’entier $u$ est de reste de la division de $y$ par $m$, donc $u = (y\mod m).$

D’autre part :

\begin{align*}
y &= x-qmn\\
&=v+sn-qmn\\
&=(s-qm)n+v.
\end{align*}

Comme $s-qm$ est un entier et que $v$ est compris entre $0$ et $n-1$, l’entier $v$ est de reste de la division de $y$ par $n$, donc $v = (y\mod n).$

Notez maintenant $d$ le plus grand diviseur commun des entiers $y$ et $m.$

Comme $d\mid m$ il vient $d\mid qmn.$ Or, $x = y+qmn$ donc $d\mid x.$ Comme $\mathrm{PGCD}(x,m)=1$ et que $d$ est un diviseur commun à $x$ et à $m$, vous déduisez $d = 1$ et par suite $\mathrm{PGCD}(y,m)=1.$

Notez maintenant $f$ le plus grand diviseur commun des entiers $y$ et $n.$

Comme $f\mid n$ il vient $f\mid qmn.$ Or, $x = y+qmn$ donc $f\mid x.$ Comme $\mathrm{PGCD}(x,m)=1$ et que $f$ est un diviseur commun à $x$ et à $m$, vous déduisez $f = 1$ et par suite $\mathrm{PGCD}(y,n)=1.$

Il s’agit de comprendre maintenant pourquoi $\mathrm{PGCD}(y,mn)=1.$ Si tel n’est pas le cas, $\mathrm{PGCD}(y,mn)\geq 2$ et il existe un nombre premier $p$ tel que $p$ divise $\mathrm{PGCD}(y,mn).$ Comme $\mathrm{PGCD}(y,mn)$ divise $mn$ vous déduisez que $p$ divise $mn.$

Par le lemme d’Euclide, soit $p$ divise $m$, soit $p$ divise $n.$
Supposez que $p$ divise $m$ alors $p$ divisant $\mathrm{PGCD}(y,mn)$ qui divise $y$, vous déduisez $p\mid y.$ Du coup $p$ est un diviseur commun à $y$ et à $m.$ Comme $\mathrm{PGCD}(y,m)=1$ vous déduisez $p\leq 1$ ce qui est impossible, puisque $p$ en tant que nombre premier est supérieur ou égal à $2.$
Supposez que $p$ divise $n.$ Alors le raisonnement est similaire. En effet, vous trouvez $p\mid y$ et $p\mid n.$ Comme $\mathrm{PGCD}(y,n)=1$ cela entraîne $p\leq 1$ ce qui est impossible.

Du coup $\mathrm{PGCD}(y,mn)=1$ avec $0\leq y \leq mn-1.$ Donc $y$ est un élément de $U_{mn}.$

Il vient alors :

\begin{align*}
f(y) &= ((y\mod m), (y\mod n))\\
&= (u,v).
\end{align*}

La surjectivité de $f$ est ainsi démontrée.

Concluez

L’application $f$ est une bijection de $U_{mn}$ dans $U_m\times U_n.$

Les ensembles de départ et d’arrivée de $f$ ont donc le même nombre d’éléments, ce qui fournit le résultat :

\varphi(mn)=\varphi(m)\times \varphi(n).

343. Le lemme d’Euclide démontré par deux arguments de minimalité

Dans cet article, vous notez $\mathscr{P}$ l’ensemble des nombres premiers.

Un nombre $p$ sera qualifié de premier, si et seulement si, il est entier et supérieur ou égal à $2$ et si, quels que soient les entiers naturels $a$ et $b$ non nuls :

\boxed{p = ab \implies \left(\left\{\begin{align*}a&=1\\ b&=p\end{align*}\right. \quad \text{ ou }\quad  \left\{\begin{align*}a&=p\\ b&=1.\end{align*}\right.\right)}

Un nombre entier supérieur ou égal à $2$ qui n’est pas premier sera qualifié de nombre composé.

Caractérisez un nombre entier composé

Soit $n$ un nombre entier supérieur ou égal à $2.$ Supposez que $n$ ne soit pas premier. Alors il existe deux entiers naturels $a$ et $b$ non nuls tels que $p=ab$ et ils vérifient ce qui suit :

(*):\left\{\begin{align*}
a&\neq 1 \text{ ou } b\neq n\\
a&\neq n \text{ ou } b\neq 1.
\end{align*}\right.

Si $a=1$, alors $b\neq n$ d’après la première ligne de $(*).$ Or, la condition $n=ab$ devient $n=b$ ce qui amène à une contradiction. Donc $a\geq 2.$

Si $a=n$, alors $b\neq 1$ d’après la deuxième ligne de $(*).$ Or, la condition $n=ab$ devient $n=nb$ et comme $n\neq 0$ vous déduisez $b=1$ ce qui amène à une contradiction.

Si $a>n$, alors en multipliant par $b$ qui est strictement positif, il vient $ab>nb$ et la condition $n=ab$ fournit $n>nb$ et en divisant par $n>0$ il vient $1>b$ ce qui contredit le fait que $b$ et un entier naturel non nul.

Vous déduisez de cette analyse que $2\leq a \leq n-1.$

Le raisonnement est strictement identique pour $b.$

Il est ainsi établi que, pour tout nombre naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, si $n$ n’est pas premier, alors il existe deux entiers $a$ et $b$ tels que :

\left\{\begin{align*}
&n=ab\\
&2\leq a \leq n-1\\
&2\leq b \leq n-1.
\end{align*}\right.

Réciproquement, soit $n$ un nombre entier supérieur ou égal à $2$ tel qu’il existe deux entiers $a$ et $b$ vérifiant les conditions suivantes :

(**): \left\{\begin{align*}
&n=ab\\
&2\leq a \leq n-1\\
&2\leq b \leq n-1.
\end{align*}\right.

Si $n$ était premier, alors soit $a$ serait égal à $1$, ce qui contredit la deuxième ligne de $(**)$ soit $a$ serait égal à $n$, ce qui contredit encore la deuxième ligne de $(**).$

La caractérisation est ainsi établie.

Pour tout nombre naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, $n$ n’est pas premier, si et seulement si, il existe deux entiers $a$ et $b$ tels que :

\boxed{\left\{\begin{align*}
&n=ab\\
&2\leq a \leq n-1\\
&2\leq b \leq n-1.
\end{align*}\right.}

Le lemme d’Euclide à partir du raisonnement par l’absurde

Vous cherchez à démontrer le lemme d’Euclide qui stipule que quel que soit le nombre premier $p$ et quels que soient les entiers naturels non nuls $a$ et $b$, si $p$ divise le produit $ab$, alors $p$ divise $a$ ou $p$ divise $b.$

Les deux arguments de minimalité

Vous supposez que le lemme d’Euclide n’est pas vérifié.

Vous en concluez qu’il existe un nombre $p_0$ premier et ainsi que deux entiers naturels non nuls $a_0$ et $b_0$ tels que :

\left\{\begin{align*}
&p_0 \mid a_0b_0\\
&p_0 \nmid a_0\\
&p_0 \nmid b_0.
\end{align*} 
\right.

Vous introduisez alors l’ensemble suivant afin d’utiliser un premier argument de minimalité :

\boxed{A = \{u\in\mathscr{P}, \exists(a,b)\in(\NN)^2, u\mid ab \text{ et }u\nmid a \text{ et }u\nmid b\}.}

Comme $p_0\in A$, l’ensemble $A$ est non vide.

Les inclusions $A\subset \mathscr{P} \subset \N$ montrent que $A$ est une partie non vide de $\N.$ Elle admet donc un plus petit élément que vous notez $p.$

Par définition de $p$ vous avez $p\in A.$ De plus, $p$ est un nombre premier et il existe deux entiers naturels non nuls $a$ et $b$ tels que :

\left\{\begin{align*}
&p \mid ab\\
&p \nmid a\\
&p \nmid b.
\end{align*} 
\right.

Vous effectuez la division euclidienne de $a$ par $p.$ Il existe un quotient $q_a\in\N$ et un reste $r_a\in\N$ avec $0\leq r_a\leq p-1$ tels que $a = q_a p + r_a.$

Notez que si $r_a = 0$ alors $a = q_a p$ donc $p\mid a$ ce qui est absurde. Donc :

1\leq r_a\leq p-1.

De même, vous effectuez la division euclidienne de $b$ par $p.$ Il existe un quotient $q_b\in\N$ et un reste $r_b\in\N$ avec $0\leq r_b\leq p-1$ tels que $b = q_b p + r_b.$

Notez que si $r_b = 0$ alors $b = q_b p$ donc $p\mid b$ ce qui est absurde. Donc :

1\leq r_b\leq p-1.

Vous calculez maintenant le produit $ab$ ce qui fournit :

\begin{align*}
ab &= ( q_a p + r_a)( q_b p + r_b)\\
&=( q_a p + r_a) q_b p + ( q_a p + r_a) r_b\\
&=( q_a q_b p + r_a q_b)  p +  q_a r_b p + r_a r_b\\
&=( q_a q_b p + r_a q_b+  q_a r_b)  p   + r_a r_b.
\end{align*}

Ainsi :

   r_a r_b = ab -( q_a q_b p + r_a q_b+  q_a r_b)  p.

Or, $p$ divise $ab.$

Comme $p$ divise le produit $( q_a q_b p + r_a q_b+ q_a r_b) p$ vous concluez par différence que :

p\mid r_ar_b.

Vous posez $r = r_a+r_b$ et définissez l’ensemble $B$ suivant pour préparer le second argument de minimalité :

\boxed{B=\{u\in\N, \exists(h,k)\in \llbracket 1, p-1\rrbracket ^2, u=h+k \text{ et } p\mid hk\}.}

D’après ce qui précède, $r\in B.$

L’ensemble $B$ est une partie non vide de $\N$ elle admet donc un plus petit élément que vous notez $s.$

Aboutissez à une contradiction

Par définition de l’entier $s$, il existe deux entiers $h$ et $k$, compris entre $1$ et $p-1$ tels que $s = h+k$ et $p\mid hk.$

Comme les nombres $p$ puis $h$ et $k$ sont des entiers naturels non nuls, il existe un entier naturel $q$ non nul tel que :

hk = pq.

Si $q$ est égal à $1$, alors $hk = pq$ s’écrit $hk = p.$ Comme $h$ et $k$ sont des entiers naturels non nuls et que $p$ est premier, cela entraîne :

\left\{\begin{align*}h&=1\\ k&=p\end{align*}\right. \text{ ou } \left\{\begin{align*}h&=p\\ k&=1.\end{align*}\right.

Dans le premier cas, $k = p$ c’est absurde puisque $k \leq p-1.$ Dans le second cas, $h = p$ mais c’est encore absurde puisque $h \leq p-1.$

Vous en déduisez que $q\geq 2.$

Comme $1\leq h < p$ et comme $1\leq k < p$ par produit il vient $1\leq hk < p^2.$ Comme $hk = pq$ il vient $pq < p^2.$ En divisant par $p$ qui est strictement positif vous déduisez $q<p.$

L’entier $q$ vérifie l’encadrement suivant : $2\leq q \leq p-1.$

Or, tout entier naturel supérieur ou égal à $2$ est divisible par un nombre premier.

Soit $p’\in\mathscr{P}$ tel que $p’ \mid q.$ Comme $q\mid pq$ et comme $hk = pq$ vient $q\mid hk.$ Finalement, vous avez $p’\mid q \mid hk.$

Donc $p’$ est un nombre premier divisant le produit $hk$ avec $h$ et $k$ entiers naturels non nuls. Comme $p’\leq q \leq p-1$ vous avez $p'<p.$ Or $p$ est le plus petit élément de $A$ du coup $p’\notin A.$ Il en résulte que, soit $p’ \mid h$ soit $p’\mid k.$

Supposez que $p’\mid h.$ $h$ étant non nul, il existe un entier naturel non nul $h’$ tel que $h = p’h’.$
Comme $p’\mid q$ et que $q$ est non nul, il existe un entier naturel non nul $q’$ tel que $q = p’q’.$

L’égalité $hk = pq$ s’écrit $p’h’k = pp’q’.$ Comme $p’$ est non nul, il vient $h’k = pq’$ du coup $p\mid h’k.$

Vous posez maintenant $s’ = h’+k.$ L’égalité $h=p’h’$ avec $p’\geq 2$ entraîne $h'<h.$ Or $h\leq p-1$ donc $1\leq h’\leq p-1.$
Comme vous avez déjà $k\in\llbracket 1, p-1\rrbracket$ vous déduisez que $s’\in B.$

Le second argument de minimalité est utilisé ici. $s$ est le minimum de $B$ donc $s\leq s’$ si bien que $h+k\leq h’+k$ d’où $h\leq h’.$ Cela est contradictoire avec $h'<h.$

Il en résulte $p’\mid k.$ $k$ étant non nul, il existe un entier naturel non nul $k’$ tel que $k = p’k’.$
Comme $p’\mid q$ et que $q$ est non nul, il existe un entier naturel non nul $q’$ tel que $q = p’q’.$

L’égalité $hk = pq$ s’écrit $hp’k’ = pp’q’.$ Comme $p’$ est non nul, il vient $hk’ = pq’$ du coup $p\mid hk’.$

Vous posez maintenant $s » = h+k’.$ L’égalité $k=p’k’$ avec $p’\geq 2$ entraîne $k'<k.$ Or $k\leq p-1$ donc $1\leq k’\leq p-1.$
Comme vous avez déjà $h\in\llbracket 1, p-1\rrbracket$ vous déduisez que $s »\in B.$

Le second argument de minimalité est encore utilisé ici. $s$ est le minimum de $B$ donc $s\leq s »$ si bien que $h+k\leq h+k’$ d’où $k\leq k’.$ Cela est contradictoire avec $k'<k.$

L’hypothèse de départ est ainsi fausse, ce qui prouve que le lemme d’Euclide est démontré.

342. Réduction d’un polynôme, modulo un nombre entier et un autre polynôme

Certains tests de primalité font appel au calcul modulaire. L’objectif est d’éviter d’obtenir des nombres trop importants et des degrés très élevés dans les calculs de polynômes.

Dans cet article vous allez aborder :

  • un calcul modulaire à partir d’exemples pour expliciter les premières démarches,
  • un calcul explicite du polynôme $(1+X)^{24}$ modulo $24$ et $X^2-1$,
  • une théorie des polynômes à coefficients entiers modulo un entier $n$ non nul et un polynôme $Q$ à coefficients entiers et de degré supérieur ou égal à $1.$

Utilisez le calcul modulaire des exemples

L’écriture adoptée sera la suivante :

\begin{align*}
25&\equiv 24+1 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 1  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

De même :

\begin{align*}
100X^3+50X^2-44X+29&\equiv (24+24+24+24+4)X^3 +(24+24+2)X^2\\
&\qquad-(24+24-4)X+(24+5) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X^3+2X^2+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X(X^2-1+1)+2(X^2-1+1)+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4X+2+4X+5  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8X+7  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Calculez $(X+1)^{24} \mod (24,X^2-1)$

Le calcul va être progressif.

Vous calculez d’abord $(X+1)^2$ comme suit :

\begin{align*}
(X+1)^2&\equiv X^2+2X+1 \mod (24, X^2-1) \\
&\equiv (X^2-1)+1+2X+1 \mod (24, X^2-1)\\
&=2(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^4 = ((X+1)^2)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^4&\equiv 4(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 4\times 2(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1)  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^8 = ((X+1)^4)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^8 &\equiv 64(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 64\times 2(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv128(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv (24\times 5 + 8)(X+1) \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous utilisez l’égalité $(X+1)^{16} = ((X+1)^8)^2$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(X+1)^{16} &\equiv 64(X+1)^2 \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

Vous en déduisez que :

\begin{align*}
(X+1)^{24} &\equiv (X+1)^{16}(X+1)^{8} \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1) \times 8(X+1)  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 64(X+1)^2  \mod (24, X^2-1)\\
&\equiv 8(X+1)  \mod (24, X^2-1).
\end{align*}

La théorie des polynômes à coefficients entiers modulo $n$ et $Q$

Cette théorie est développée afin de justifier que les calculs menés ci-dessus sont valables.

Soit $n$ un entier naturel non nul et $Q$ un polynôme à coefficients entiers, de degré supérieur ou égal à $1.$

Vous allez munir l’anneau $\Z[X]$ de la relation binaire $\mathscr{R}$ suivante.

Quels que soient les polynômes $P_1$ et $P_2$ à coefficients entiers, vous écrirez $P_1\mathscr{R} P_2$, si et seulement si, les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont tous divisibles par $n$ et si $Q$ est un diviseur du polynôme $P_1-P_2.$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est réflexive

Soit $P$ un polynôme à coefficients entiers. Le polynôme $P-P$ est le polynôme nul, donc tous ses coefficients sont divisibles par $n$, puisque $n\times 0 = 0.$

De même $P-P = Q\times 0$ ce qui prouve que $Q$ est un diviseur de $P-P.$

Par conséquent, $\boxed{P\mathscr{R}P.}$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est symétrique

Soient $P_1$ et $P_2$ deux polynômes à coefficients entiers, tels que $P_1\mathscr{R} P_2.$

Les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont tous divisibles par $n.$

D’une part, comme $P_1-P_2$ est un polynôme à coefficients entiers, il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0, \dots, u_d$ tels que :

P_1(X)-P_2(X) = \sum_{i=0}^d u_iX^i.

L’hypothèse précédente fournit :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n\mid u_i.

Or, pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $d$, $-u_i = (-1)\times u_i$ si bien que $u_i\mid -u_i.$ ll s’ensuit que :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n\mid u_i \mid -u_i.

Par transitivité il vient :

\forall i\in\llbracket0, d\rrbracket, n \mid -u_i.

D’autre part :

P_2(X)-P_1(X) = \sum_{i=0}^d (-u_i)X^i.

L’entier $n$ divise tous les coefficients du polynôme $P_2-P_1.$

Remarquez maintenant que $P_2-P_1 = (-1)\times (P_1-P_2)$ donc $P_1-P_2\mid P_2-P_1.$ Comme $Q\mid P_1-P_2$ vous déduisez par transitivité que $Q\mid P_2-P_1.$ Ainsi $P_2\mathscr{R} P_1.$

Montrer que la relation $\mathscr{R}$ est transitive

Soient $P_1$, $P_2$ et $P_3$ trois polynômes à coefficients entiers, tels que $P_1\mathscr{R} P_2$ et $P_2\mathscr{R}P_3.$

D’une part, $Q\mid P_1-P_2$ et $Q\mid P_2-P_3.$ Par somme, vous déduisez $Q\mid (P_1-P_2) + (P_2-P_3)$ soit $Q\mid P_1-P_3.$

D’autre part, $n$ divise tous les coefficients des polynômes $P_1-P_2$ et $P_2-P_3.$

Si $P_1=P_2$ alors $n$ divise tous les coefficients du polynômes $P_1-P_3$ et donc $P_1\mathscr{R}P_3.$

Si $P_2=P_3$ alors $n$ divise encore tous les coefficients du polynômes $P_1-P_3$ et donc $P_1\mathscr{R}P_3.$

Si $P_1\neq P_2$ et si $P_2\neq P_3$ vous notez le maximum des degrés des polynômes $P_1-P_2$ et $P_2-P_3.$ Il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0,\dots u_d$ ainsi que des entiers $v_0,\dots,v_d$ tels que :

\begin{align*}
P_1(X)-P_2(X) &= \sum_{i=0}^d u_iX^i\\
P_2(X)-P_3(X) &= \sum_{i=0}^d v_iX^i.
\end{align*}

Alors :

\begin{align*}
P_1(X)-P_3(X) &= P_1(X)-P_2(X) + P_2(X)-P_3(X)\\
&=\sum_{i=0}^d u_iX^i + \sum_{i=0}^d v_iX^i\\
&= \sum_{i=0}^d (u_i+ v_i)X^i.
\end{align*}

Or, pour tout entier $i$ compris entre $0$ et $d$, $n\mid u_i$ et $n\mid v_i.$ Par somme, vous déduisez que $n\mid u_i+v_i.$ L’entier $n$ divise tous les coefficients du polynôme $P_1-P_3.$ Il en résulte que $P_1\mathscr{R}P_3.$

Passez à l’ensemble quotient $\Z[X] / \mathscr{R}$

La relation $\mathscr{R}$ étant réflexive, transitive et symétrique sur $\Z[X]$ elle est une relation d’équivalence.

Vous notez $\Z[X] / \mathscr{R}$ l’ensemble de toutes les classes d’équivalence obtenues.

Il est rappelé que pour tout polynôme $P$ à coefficients entiers, la classe de $P$ est définie par :

\{A\in\Z[X], A\mathscr{R}P\}.

Notez que, comme $\mathscr{R}$ est réflexive, la classe de $P$ n’est pas vide.

Ainsi, $\Z[X] / \mathscr{R}$ est un ensemble, formé par des classes d’équivalences qui sont toutes non vides.

Pour plus de commodité, quels que soient les polynômes $P_1$ et $P_2$ à coefficients entiers, vous notez $P_1\equiv P_2 \mod (n,Q)$ au lieu de $P_1\mathscr{R} P_2.$

Montrez la compatibilité avec l’addition

Soient $P_1$, $P_2$, $P_3$ et $P_4$ quatre polynômes à coefficients entiers tels que :

\left\{\begin{align*}
P_1&\equiv P_2 \mod (n,Q)\\
P_3&\equiv P_4 \mod (n,Q).
\end{align*}
\right.

Vous avez $P_1\mathscr{R}P_2$ autrement dit, $Q\mid P_1-P_2$ et tous les coefficients du polynôme $P_1-P_2$ sont divisibles par $n.$

Vous en déduisez immédiatement que $Q\mid (P_1-P_2)-0$ et que tous les coefficients du polynôme $(P_1-P_2)-0$ sont divisibles par $n.$ Autrement dit $P_1-P_2 \mathscr{R} 0.$

De même, comme $P_3\mathscr{R}P_4$ vous déduisez par symétrie $P_4\mathscr{R}P_3$ puis $P_4-P_3 \mathscr{R} 0.$

Par transitivité, vous déduisez $P_1-P_2\mathscr{R} P_4-P_3.$

Ainsi, $Q$ divise le polynôme $(P_4-P_3)-(P_1-P_2) = (P_2+P_4)-(P_1+P_3).$

L’entier $n$ divise tous les coefficients de $(P_4-P_3)-(P_1-P_2) = (P_2+P_4)-(P_1+P_3).$

Autrement dit, il vient d’être prouvé que $P_1+P_3\mathscr{R} P_2+P_4$ soit :

P_1+P_3 \equiv P_2+P_4 \mod (n,Q).

Montrez la compatibilité faible avec le produit

Pour parvenir à ce résultat, fixez un polynôme $P$ à coefficients entiers.

Soient $P_1$ et $P_2$ deux polynômes à coefficients entiers tels que :

P_1\equiv P_2 \mod (n,Q).

D’une part, $Q\mid P_1-P_2.$ Or, $PP_1-PP_2 = P(P_1-P_2)$ si bien que $P_1-P_2 \mid PP_1-PP_2.$ Par transitivité, il vient $Q\mid PP_1-PP_2.$

D’autre part, il existe un entier naturel $d$ et des entiers $u_0,\dots,u_d$ tels que :

P_1(X)-P_2(X) = \sum_{i=0}^d u_i X^i.

L’hypothèse $P_1\mathscr{R} P_2$ fournit :

\forall i\in\llbracket 0, d\rrbracket, n\mid u_i.

Il existe un entier naturel $k$ et des entiers $v_0,\dots,v_k$ tels que :

P(X) = \sum_{j=0}^k v_j X^j.

Il vient alors :

\begin{align*}
(PP_1-PP_2)(X) &= P(X) (P_1(X)-P_2(X))\\
&=  \left(\sum_{j=0}^k v_j X^j\right) \left(\sum_{i=0}^d u_i X^i\right)\\
&= \sum_{j=0}^k\sum_{i=0}^du_iv_j X^{i+j}\\
&= \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d}}u_iv_j X^{i+j}\\
&=\sum_{\ell = 0}^{k+d}   \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d \\ i+j = \ell}}u_iv_j X^{i+j}\\
&= \sum_{\ell = 0}^{k+d}  \left( \sum_{\substack{0\leq j \leq k \\ 0\leq i \leq d \\ i+j = \ell}}u_iv_j\right) X^{\ell}.
\end{align*}

Soit $\ell$ un entier compris entre $0$ et $k+d.$

Soient $i$ un entier compris entre $0$ et $d$, puis $j$ un entier compris entre $0$ et $k$ tels que $i+j=\ell.$

Comme $n\mid u_i$ et comme $u_i \mid u_iv_j$ vous déduisez $n\mid u_iv_j.$

Par somme, $n$ divise $\sum_{\substack{0\leq j \leq k \ 0\leq i \leq d \ i+j = \ell}}u_iv_j.$

Il en résulte que tous les coefficients du polynôme $PP_1-PP_2$ sont divisibles par $n.$

Vous déduisez que : $\boxed{PP_1\equiv PP_2 \mod (n,Q).}$

Montrez la compatibilité forte avec le produit

Soient $P_1$, $P_2$, $P_3$ et $P_4$ quatre polynômes à coefficients entiers tels que :

\left\{\begin{align*}
P_1&\equiv P_2 \mod (n,Q)\\
P_3&\equiv P_4 \mod (n,Q).
\end{align*}
\right.

D’après le compatibilité faible avec le produit démontrée ci-dessus, en multipliant la première relation par $P_3$ il vient :

P_1P_3 \equiv P_2P_3  \mod (n,Q).

D’après le compatibilité faible avec le produit démontrée ci-dessus, en multipliant la seconde relation par $P_2$ il vient :

P_2P_3 \equiv P_2P_4  \mod (n,Q).

Vous avez ainsi :

\begin{align*}
P_1P_3&\mathscr{R}P_2P_3\\
P_2P_3&\mathscr{R}P_2P_4.
\end{align*}

Par transitivité, il vient :

P_1P_3\mathscr{R}P_2P_4.

Cela s’écrit :

\boxed{P_1P_3 \equiv P_2P_4 \mod (n,Q).}

Prolongement

Pour tout polynôme $P$ à coefficients entiers, notez $\varphi(P)$ la classe d’équivalence du polynôme $P.$

Soient $U$ et $V$ deux éléments de $\Z[X] / \mathscr{R}.$ Comme $U$ et $V$ sont des classes d’équivalences, elles ne peuvent pas être vides. Il existe donc $P_U\in\Z[X]$ et $P_V\in\Z[X]$ tels que $U = \varphi(P_U)$ et $V = \varphi(P_V).$

L’addition de $U$ et de $V$ dans $\Z[X] / \mathscr{R}$ est définie par $\varphi(P_U+P_V).$ Cette opération est bien définie : d’après la compatibilité démontrée pour l’addition l’élément $\varphi(P_U+P_V)$ ne dépend pas du choix des représentants effectué pour $U$ et $V.$

De même, la multiplication de $U$ et de $V$ dans $\Z[X] / \mathscr{R}$ est définie par $\varphi(P_U P_V).$ Cette opération est aussi bien définie : d’après la compatibilité démontrée pour la multiplication l’élément $\varphi(P_U P_V)$ ne dépend pas non plus du choix des représentants effectué pour $U$ et $V.$

D’après la théorie développée plus haut, justifiez que l’ensemble quotient $\Z[X] / \mathscr{R}$ est un anneau unitaire commutatif muni des deux opérations définies ci-dessus.

341. Un isomorphisme explicité de corps finis à 16 éléments

Soit $\F_{2} = \{0,1\}$ le corps fini à deux éléments, muni de l’opération commutative d’addition suivante :

\left\{\begin{align*}
0+0 &= 0\\
0+1 &= 1\\
1+1 &=0.
\end{align*}
\right.

Le produit commutatif est défini de la façon usuelle suivante :

\left\{
\begin{align*}
0\times0 &= 0\\
0\times 1 &= 0\\
1\times 1 &=1.
\end{align*} 
\right.

Vous notez $A$ l’ensemble quotient défini par $\F_{2}[X] / (X^4+X^3+X^2+X+1)$ et $B$ l’ensemble quotient défini par $\F_{2}[X] / (X^4+X+1).$

Le lecteur est amené à vérifier par lui-même que les polynômes $X^4+X^3+X^2+X+1$ et $X^4+X+1$ sont irréductibles dans $\F_{2}[X].$

L’ensemble $A$ est un corps, il contient un élément $a\notin \F_{2}$ tel que $a^4+a^3+a^2+a+1=0$ et de sorte que $A = \{x+ y a+z a^2+ta^3, (x,y,z,t)\in \F_{2}^4\}.$ De plus, $a$ est annulé par le polynôme $X^4+X^3+X^2+X+1$ qui est aussi son polynôme minimal dans $\F_2[X].$

De même, l’ensemble $B$ est un corps, il contient un élément $b\notin \F_{2}$ tel que $b^4+b+1=0$ et de sorte que $B = \{x+ y b+z b^2+tb^3, (x,y,z,t)\in \F_{2}^4\}.$ De plus, $b$ est annulé par le polynôme $X^4+X+1$ qui est aussi son polynôme minimal dans $\F_2[X].$

Vous en déduisez que $A$ et $B$ possèdent ainsi $2^4 =16$ éléments chacun.

Le but de cet article est d’expliciter un isomorphisme du corps $B$ vers le corps $A.$

Analysez la situation pour construire un isomorphisme de corps

Soit $k$ un isomorphisme allant de $B$ vers $A.$

Partez de la relation $b^4+b+1=0.$ En appliquant $k$, il vient :

k(b^4+b+1) = k(0).

$k$ en tant qu’isomorphisme, vérifie $k(0)=0$ et $k(1)=1$ donc :

\begin{align*}
k(b^4)+k(b)+k(1)&=k(0)\\
(k(b))^4+k(b)+1 &=0
\end{align*} 

Vous posez $u = k(b)$ et obtenez que $u$ vérifie l’équation $u^4+u+1 = 0$, avec $u\in A.$

Du coup, il existe $x$, $y$, $z$ et $t$ quatre éléments de $\F_{2}$ tels que :

u = x+ya+za^2+ta^3.

Vous calculez $u^2$ en tenant compte du fait que $a^4+a^3+a^2+a+1=0$ ce qui s’écrit $\boxed{a^4 =a^3+a^2+a+1}.$ Vous avez remarqué que $1+1=0$ dans $\F_{2}$ impose que l’opposé de $1$ soit égal à $1.$

En multipliant la relation précédente par $a$, il vient :

\begin{align*}
a^5 &=a^4+a^3+a^2+a\\
&= (a^3+a^2+a+1)+a^3+a^2+a\\
&=1.
\end{align*}

Ainsi $\boxed{a^5=1.}$

En multipliant à nouveau par $a$, il vient $\boxed{a^6=a}.$

Vous pouvez ainsi procéder au calcul de $u^2$ qui fournit successivement :

\begin{align*}
u^2 &= (x+ya+za^2+ta^3)^2\\
&= x^2+y^2a^2+z^2a^4+t^2a^6.
\end{align*}

En effet, compte tenu de l’égalité $1+1=0$ tous les doubles produits sont nuls.

Or, dans $\F_{2}$ tout élément est égal à son carré. L’expression de $u^2$ se simplifie grandement :

u^2 = x+ya^2+za^4+ta^6.

Du coup :

\begin{align*}
u^2 &= x+ya^2+za^4+ta^6\\
&= x+ya^2+z(a^3+a^2+a+1)+ta\\
&=(x+z)+(z+t)a+(y+z)a^2+za^3.
\end{align*}

Pour calculer $u^4$, vous calculez le carré de $u^2$ en utilisant l’expression précédente.

Vous posez $x’=x+z$, $y’ =z+t$, $z’=y+z$, $t’=z$

\begin{align*}
u^4 &= (x'+z')+(z'+t')a+(y'+z')a^2+z'a^3\\
&=(x+z+y+z)+(y+z+z)a+(z+t+y+z)a^2+(y+z)a^3\\
&=(x+t)+ya+(y+t)a^2+(y+z)a^3.
\end{align*}

Ainsi, $u^4+u+1=0$, d’où :

\begin{align*}
 (1+x+t+x)+(y+y)a+(y+z+t)a^2+(y+z+t)a^3 &=0\\
(1+t)+(y+z+t)a^2+(y+z+t)a^3&=0
\end{align*} 

Le polynôme minimal de $a$ dans $\F_2[X]$ étant de degré $4$, vous avez nécessairement :

\left\{\begin{align*}
1+t &= 0\\
y+z+t &=0.
\end{align*}
\right.

D’où finalement :

\left\{\begin{align*}
t&=1\\
y&=1+z.
\end{align*}
\right.

Cela fait deux possibilités pour $x$ et deux possibilités pour $z$, soit potentiellement quatre candidats pour $k.$

Vous choisissez $x=0$ et $z=0$, vous avez donc $y=1$ et $t=1$ ce qui conduit à $u = a+a^3.$

Dans ces conditions, $k(b)=a+a^3$, puis :

\begin{align*}
k(b^2) &= k(b)^2 \\
&= u^2\\
&= (a+a^3)^2\\
&=a^2+a^6\\
&=a+a^2.
\end{align*}

Du coup :

\begin{align*}
k(b^3) &= k(b)^2 k(b) \\
&= (a+a^2)(a+a^3)\\
&=a^2+a^4+a^3+a^5\\
&=a^2+(a^3+a^2+a+1)+a^3+1\\
&=a.
\end{align*}

Soit maintenant $x$, $y$, $z$ et $t$ quatre éléments de $\F_2.$

Il vient :

\begin{align*}
k(x+yb+zb^2+tb^3) = k(x)+k(y)k(b)+k(z)k(b^2)+k(t)k(b^3).
\end{align*}

Or, $k(0)=0$ et $k(1)=1$ donc $k(x)=x$, $k(y)=y$, $k(z)=z$ et $k(t)=t.$

D’où :

\begin{align*}
k(x+yb+zb^2+tb^3) &= x+y k(b)+z k(b^2)+tk(b^3)\\
&=x+y(a+a^3)+z(a+a^2)+ta\\
&=x+(y+z+t)a+za^2+ya^3.
\end{align*}

Synthèse

Pour tout $\xi$ de $B$, il existe un unique quadruplet $(x,y,z,t)\in\F_2^4$ tel que :

\boxed{\xi =x+yb+zb^2+tb^3.}

A $\xi$, vous associez l’élément de $A$ noté $k(\xi)$ défini par :

\boxed{k(\xi) = x+(y+z+t)a+za^2+ya^3.}

Il s’agit de comprendre pourquoi $k$ est un isomorphisme de $B$ vers $A.$

Vous avez $1 = 1+0b+0b^2+0b^3$, si bien que :

k(1) =1+(0+0+0)a+0a^2+0a^3 = 1.

L’application $k$ envoie le neutre de la multiplication de $B$ sur le neutre de la multiplication de $A.$

Soient $\xi$ et $\xi’$ deux éléments de $B$. Il existe deux quadruplets $(x,y,z,t)\in\F_2^4$ et $(x’,y’,z’,t’)\in\F_2^4$ tels que :

\begin{align*}
\xi &= x+yb+zb^2+tb^3\\
\xi' &=x'+y'b+z'b^2+t'b^3.
\end{align*}

Alors :

\xi+\xi' = (x+x')+(y+y')b+(z+z')b^2+(t+t')b^3.

Du coup, par définition de $k$, il vient :

\begin{align*}
k(\xi+\xi') &= (x+x') + (y+y'+z+z'+t+t')a+(z+z')a^2+(y+y')a^3\\
&= x+(y+z+t)a+za^2+ya^3 + x'+(y'+z'+t')a+z'a^2+y'a^3\\
&=k(\xi)+k(\xi').
\end{align*} 

Du coup :

\forall (\xi, \xi')\in B^2, k(\xi+\xi')=k(\xi)+k(\xi').

L’application $k$ conserve l’addition.

Soient $\xi$ et $\xi’$ deux éléments de $B$. Il existe deux quadruplets $(x,y,z,t)\in\F_2^4$ et $(x’,y’,z’,t’)\in\F_2^4$ tels que :

\begin{align*}
\xi &= x+yb+zb^2+tb^3\\
\xi' &=x'+y'b+z'b^2+t'b^3 
\end{align*}

Vous calculez le produit $\xi\xi’$ comme suit :

\begin{align*}
\xi\xi' &= (x+yb+zb^2+tb^3)(x'+y'b+z'b^2+t'b^3)\\
&= xx'+xy'b+xz'b^2+xt'b^3+yx'b+yy'b^2+yz'b^3+yt'b^4\\
&\qquad+zx'b^2+zy'b^3+zz'b^4+zt'b^5 + tx'b^3+ty'b^4+tz'b^5+tt'b^6.
\end{align*}

Comme $b^4+b+1=0$ il vient $b^4 = 1+b$ puis $b^5 = b+b^2$ et $b^6 = b^2+b^3.$

Du coup :

\begin{align*}
\xi\xi' &= xx'+xy'b+xz'b^2+xt'b^3+yx'b+yy'b^2+yz'b^3+yt'(1+b)\\
&\qquad+zx'b^2+zy'b^3+zz'(1+b)+zt'(b+b^2) + tx'b^3+ty'(1+b)+tz'(b+b^2)+tt'(b^2+b^3)\\
&=xx'+yt'+zz'+ty'+(xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz')b\\
&\qquad+(xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')b^2+(xt'+yz'+zy'+tx'+tt')b^3.
\end{align*}

Ainsi, vous obtenez :

\begin{align*}
k(\xi\xi') &=  xx'+yt'+zz'+ty'\\
&\qquad+ (xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz' + xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt' + xt'+yz'+zy'+tx'+tt' )a\\
&\qquad+(xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')a^2+(xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz')a^3\\
k(\xi\xi') &=  xx'+yt'+zz'+ty'\\
&\qquad+ (xy'+ xz'+ xt'+yx'+yy'+yz'+yt'+zx'+zy'+zz'+ty' +tx' )a\\
&\qquad+(xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')a^2+(xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+ty'+tz')a^3.
\end{align*}

Vous calculez maintenant le produit $k(\xi)k(\xi’)$ comme suit :

\begin{align*}
k(\xi)k(\xi') &= (x+(y+z+t)a+za^2+ya^3)(x'+(y'+z'+t')a+z'a^2+y'a^3)\\
&=xx'+(xy'+xz'+xt')a+xz'a^2+xy'a^3\\
&\qquad+(y+z+t)x'a+(y+z+t)(y'+z'+t')a^2+(y+z+t)z'a^3+(y+z+t)y'a^4\\
&\qquad +zx'a^2+(zy'+zz'+zt')a^3+zz'a^4+zy'a^5\\
&\qquad +yx'a^3+(yy'+yz'+yt')a^4+yz'a^5+yy'a^6\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+(xy'+xz'+xt')a+xz'a^2+xy'a^3\\
&\qquad+(yx'+zx'+tx')a+(yy'+yz'+yt'+zy'+zz'+zt'+ty'+tz'+tt')a^2\\
&\qquad+(yz'+zz'+tz')a^3+(yy'+zy'+ty')a^4\\
&\qquad +zx'a^2+(zy'+zz'+zt')a^3+zz'a^4+zy'a^5\\
&\qquad +yx'a^3+(yy'+yz'+yt')a^4+yz'a^5+yy'a^6\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+(xy'+xz'+xt')a+xz'a^2+xy'a^3\\
&\qquad+(yx'+zx'+tx')a+(yy'+yz'+yt'+zy'+zz'+zt'+ty'+tz'+tt')a^2\\
&\qquad+(yz'+zz'+tz')a^3+(yy'+zy'+ty')(a^3+a^2+a+1)\\
&\qquad +zx'a^2+(zy'+zz'+zt')a^3+zz'(a^3+a^2+a+1)+zy'\\
&\qquad +yx'a^3+(yy'+yz'+yt')(a^3+a^2+a+1)+yz'+yy'a\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+yy'+zy'+ty'+zz'+zy'+yy'+yz'+yt'+yz'\\
&\qquad +(xy'+xz'+xt'+yx'+zx'+tx'+yy'+zy'+ty'+zz'+yy'+yz'+yt'+yy')a\\
&\qquad + (xz'+yy'+yz'+yt'+zy'+zz'+zt'+ty'+tz'+tt'+yy'+zy'+ty'+zx'+zz'+yy'+yz'+yt')a^2\\
&\qquad + (xy'+yz'+zz'+tz'+yy'+zy'+ty'+zy'+zz'+zt'+zz'+yx'+yy'+yz'+yt')a^3\\
k(\xi)k(\xi')&=xx'+zz'+ty'+yt'\\
&\qquad +(xy'+xz'+xt'+yx'+yy'+yz'+yt'+zx'+zy'+zz'+tx'+ty'+yy'+zy'+ty')a\\
&\qquad + (xz'+yy'+zx'+zt'+tz'+tt')a^2\\
&\qquad + (xy'+yx'+yt'+zz'+zt'+tz'+ty')a^3\\
&=k(\xi\xi').
\end{align*}

Du coup :

\forall (\xi, \xi')\in B^2, k(\xi\xi')=k(\xi)k(\xi').

L’application $k$ conserve le produit.

D’après ce qui précède, $k$ est un morphisme du corps $B$ vers le corps $A.$ Or, tout morphisme de corps est injectif.

Comme $A$ et $B$ possèdent le même nombre d’éléments, toute injection de $B$ vers $A$ est automatiquement surjective.

Il est ainsi établi que $k$ est un isomorphisme du corps $B$ vers le corps $A.$

340. Automorphismes du corps représenté par les combinaisons linéaires de 1 et de racine de 2, à coefficients dans les rationnels

Vous notez $\Q(\sqrt{2})$ l’ensemble suivant :

\Q(\sqrt{2}) = \{a+b\sqrt{2}, (a,b)\in\Q^2\}.

Démontrez que $\Q(\sqrt{2})$ est un corps

Comme $\Q$ est inclus dans $\R$ et comme $\sqrt{2}\in\R$, vous déduisez, par stabilité de l’addition dans le corps $\R$, que $\Q(\sqrt{2}) \subset \R.$

Tout d’abord vous avez $1 = 1+0\times \sqrt{2}$ ce qui prouve que $1\in \Q(\sqrt{2}).$

Le neutre de la multiplication appartient à $\Q(\sqrt{2}).$

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $\Q(\sqrt{2}).$ Il existe quatre rationnels, $a$, $b$, $c$ et $d$ tels que :

x=a+b\sqrt{2}\\
y=c+d\sqrt{2}.

Par somme, il vient :

x+y = (a+c)+(b+d)\sqrt{2}.

Comme le corps des rationnels est stable par addition, il vient $a+c\in\Q$ et $b+d\in\Q$ donc $x+y\in \Q(\sqrt{2}).$

De même :

-x = -a + (-b)\sqrt{2}.

Le corps des rationnels étant stable par passage à l’opposé, il vient $-a\in\Q$ et $-b\in\Q$ donc $-x\in \Q(\sqrt{2}).$

Maintenant, par produit, vous avez :

\begin{align*}
xy &= (a+b\sqrt{2})(c+d\sqrt{2})\\
&= (ac+2bd) + (ad+bc)\sqrt{2}.
\end{align*} 

Comme $2\in\Q$, par stabilité de $\Q$ par produit et par somme, vous déduisez $ac+2bd\in\Q$ et $ad+bc\in\Q$ donc $xy \in\Q.$

L’ensemble $\Q(\sqrt{2})$ est stable par addition, par passage à l’opposé et par produit.

Soit maintenant $x$ un élément non nul de $\Q(\sqrt{2}).$ Il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que $x=a+b\sqrt{2}.$

Vous multipliez cette relation par $a-b\sqrt{2}$ ce qui fournit :

\begin{align*}
(a-b\sqrt{2})x &= (a+b\sqrt{2})(a-b\sqrt{2}) \\
&=a^2-2b^2.
\end{align*}

Supposez que $a^2-2b^2 = 0.$ Comme $x$ est non nul, il vient nécessairement $a-b\sqrt{2} = 0.$ Si $b$ est nul, alors $a = 0$ ce qui conduit à $x=0$ ce qui est absurde. Donc $b$ n’est pas nul. Du coup : $\frac{a}{b}=\sqrt{2}.$ Alors $\sqrt{2}\in\Q$ ce qui est encore absurde.

Du coup $a^2-2b^2\neq 0.$

L’égalité $(a-b\sqrt{2})x = a^2-2b^2$ fournit $\frac{1}{x} = \frac{a-b\sqrt{2}}{a^2-2b^2}.$

Ainsi :

\frac{1}{x} = \frac{a}{a^2-2b^2}+\frac{-b}{a^2-2b^2}\sqrt{2}.

Comme $a\in\Q$ et comme $a^2-2b^2\in\Q^{*}$ vous déduisez $\frac{a}{a^2-2b^2}\in\Q.$ De même $-b\in\Q$ et $a^2-2b^2\in\Q^{*}$ d’où $\frac{-b}{a^2-2b^2}\in\Q.$ Vous déduisez que $\frac{1}{x}\in\Q(\sqrt{2}).$

Il est établi que :

\forall x\in\Q(\sqrt{2}), x\neq 0\implies \frac{1}{x}\in\Q(\sqrt{2}).

L’ensemble $\Q(\sqrt{2})$ est stable par passage à l’inverse.

Il est démontré que $\Q(\sqrt{2})$ est un sous-corps de $\R$ donc $\Q(\sqrt{2})$ est un corps.

Recherche des automorphismes de $\Q(\sqrt{2})$

Soit $k$ un automorphisme de $\Q(\sqrt{2}).$

Vous avez les propriétés suivantes :

\begin{align*}
&k(0)=0\\
&k(1)=1\\
&\forall x\in \Q(\sqrt{2}), \forall y\in \Q(\sqrt{2}), k(x+y)=k(x)+k(y)\\
&\forall x\in \Q(\sqrt{2}), \forall y\in \Q(\sqrt{2}), k(xy)=k(x)k(y).
\end{align*} 

Comme $\Q$ est inclus dans $\Q(\sqrt{2})$, pour tout $q\in\Q$, $k(q)$ est bien défini.

Soit $n$ un entier naturel. Vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété « $k(n)=n$. »

Initialisation. $k(0)=0$ donc $\mathscr{P}(0)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel. Supposez que $\mathscr{P}(n)$ est vraie.

Alors $k(n)=n.$ Comme $k(n+1)=k(n)+k(1)$ il vient $k(n+1)=n+k(1).$ Or $k(1)=1$ donc $k(n+1)=n+1.$

Vous déduisez par récurrence que :

\forall n\in\N, k(n)=n.

Soit maintenant $p$ un entier relatif.

Si $p\leq0$ vous avez $-p\geq 0$ donc $k(-p)=-p.$

Comme $0=k(0) =k(p+(-p)) = k(p)+k(-p) = k(p)-p$ vous déduisez $k(p)=p.$

Si $p> 0$ il est déjà acquis que $k(p)=p.$

Ainsi il est prouvé que :

\forall p\in\Z, k(p)=p.

Soit $p\in\Z^{*}.$

Vous avez $1 = k(1) =k\left(p\times \frac{1}{p}\right) = k(p)k\left(\frac{1}{p}\right) = p k\left(\frac{1}{p}\right).$

Du coup $k\left(\frac{1}{p}\right) = \frac{1}{p}.$

\forall p\in\Z^{*}, k\left(\frac{1}{p}\right)=\frac{1}{p}.

Soit $q$ un rationnel. Il existe $a\in\Z$ et $b\in\Z^{*}$ tels que $q = \frac{a}{b} = a\times \frac{1}{b}.$

Alors :

\begin{align*}
k(q) &= k\left(a\times \frac{1}{b} \right)\\
&= k(a) \times k\left( \frac{1}{b} \right)\\
&= a\times \frac{1}{b}\\
&=\frac{a}{b}\\
&=q.
\end{align*} 

Il est ainsi établi que :

\forall q\in\Q, k(q)=q.

Dans la suite, notez $\alpha = \sqrt{2}.$ Vous avez $\alpha^2=2.$

Du coup :

\begin{align*}
k(\alpha^2) &= k(2)\\
&=2.
\end{align*}

Comme $\alpha\in\Q(\sqrt{2})$ vous avez :

\begin{align*}
2 &= k(\alpha^2)\\
  &= k(\alpha\times \alpha)\\
&= k(\alpha)\times k(\alpha)\\
&= (k(\alpha))^2.
\end{align*}

Le carré de $k(\alpha)$ vaut $2.$ Donc vous avez $k(\alpha) \in \{\alpha, -\alpha\}.$

1er cas. Si $k(\alpha) = \alpha.$

Soit $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que $x=a+b\alpha.$

Alors :

\begin{align*}
k(x) &= k(a+b\alpha)\\
&= k(a)+k(b\alpha)\\
&=a+k(b)k(\alpha)\\
&=a+b\alpha\\
&=x.
\end{align*}

$k$ est l’application identité.

2ème cas. Si $k(\alpha) = -\alpha.$

Soit $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que $x=a+b\alpha.$

Alors :

\begin{align*}
k(x) &= k(a+b\alpha)\\
&= k(a)+k(b\alpha)\\
&=a+k(b)k(\alpha)\\
&=a+b\times(-\alpha)\\
&=a-b\alpha.
\end{align*}

Cette analyse montre qu’il y a au plus deux automorphismes de corps de $\Q(\sqrt{2})$, l’application identité et l’application de conjugaison définie par :

\forall a\in\Q, \forall b\in\Q, k(a+b\sqrt{2})=a-b\sqrt{2}.

Synthèse

Il convient de vérifier que les deux applications précédentes conviennent.

Soit $k$ l’application identité de $\Q(\sqrt{2})$. Alors $k(1)=1.$

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $\Q(\sqrt{2}).$

\begin{align*}
k(x+y)&=x+y\\
&=k(x)+k(y).
\end{align*} 

De même :

\begin{align*}
k(xy)&=xy\\
&=k(x)k(y).
\end{align*} 

L’application identité est un morphisme du corps $\Q(\sqrt{2}).$ En tant que morphisme de corps, il est automatiquement injectif.

Soit maintenant $x\in\Q(\sqrt{2})$, comme $x=k(x)$, $x$ admet un antécédent par $k$ donc $k$ est surjectif. Donc $k$ est bien un automorphisme du corps $\Q(\sqrt{2}).$

Soit $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe $a\in\Q$ et $b\in\Q$ tels que $x = a+b\sqrt{2}.$

Pour pouvoir poser $u(x) =a-b\sqrt{2}$ il convient de vérifier que, s’il existe $c\in\Q$ et $d\in\Q$ tels que $x = c+d\sqrt{2}$ alors vous avez aussi $a-b\sqrt{2} = c-d\sqrt{2}.$

En effet, si $x = a+b\sqrt{2} = c+d\sqrt{2}$ vous déduisez $a-c = (d-b)\sqrt{2}.$ Si $b\neq d$, $\sqrt{2} = \frac{a-c}{d-b}$ donc $\sqrt{2}\in\Q$ ce qui est absurde. Donc $b=d.$ Alors $a-c=0$ et $a=c.$ Du coup, il vient $a-b\sqrt{2} = c-d\sqrt{2}.$

Pour tout $x$ de $\Q(\sqrt{2})$ s’écrivant sous la forme $x = a+b\sqrt{2}$ avec $a$ et $b$ rationnels, on définit une application $u$ de $\Q(\sqrt{2})$ en posant $u(x) = a-b\sqrt{2}.$

Alors, $u(1) = u(1+0\sqrt{2}) = 1-0\sqrt{2} = 1.$

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $\Q(\sqrt{2}).$ Il existe $a$, $b$, $c$ et $d$, quatre rationnels, tels que :

x=a+b\sqrt{2}\\
y=c+d\sqrt{2}.

Il a été vu que :

xy = ac+2bd+(ad+bc)\sqrt{2}.

Il vient $u(xy)=ac+2bd-(ad+bc)\sqrt{2}.$

D’autre part :

\begin{align*}
u(x)u(y) &= (a-b\sqrt{2})(c-d\sqrt{2})\\
&=ac+2bd-(ad+bc)\sqrt{2}\\
&=u(xy).
\end{align*} 

D’autre part :

\begin{align*}
u(x+y) &= u((a+c)+(b+d)\sqrt{2})\\
&= (a+c)-(b+d)\sqrt{2}\\
&=a-b\sqrt{2}+c-d\sqrt{2}\\
&=u(x)+u(y).
\end{align*} 

L’application $u$ est un morphisme du corps $\Q(\sqrt{2})$ donc injectif.

Soit maintenant $x$ un élément de $\Q(\sqrt{2})$, il existe deux rationnels $a$ et $b$ tels que :

x=a+b\sqrt{2}.

Vous avez :

\begin{align*}
u(a-b\sqrt{2}) &= u(a+(-b)\sqrt{2})\\
&=a-(-b)\sqrt{2}\\
&=a+b\sqrt{2}\\
&=x.
\end{align*} 

$x$ admet un antécédent par $u$, ce qui prouve la surjectivité de $u.$

L’application $u$, appelée conjugaison, est un automorphisme du corps $\Q(\sqrt{2}).$

Concluez

Le corps $\Q(\sqrt{2})$ admet exactement deux automorphismes, l’application identité et l’application conjugaison.

339. Une énigme trigonométrique avec des identités et des symétries

Il s’agit de démontrer dans cet article l’identité suivante :

\boxed{\tan 9°−\tan27°−\tan 63°+\tan 81°=4.}

Utilisant la symétrie par rapport à $45°$, vous constatez que $63° = 45°+18°$ et que $27° = 45°-18°.$

Vous posez, pour l’intégralité de cet article, $x=\frac{\pi}{10}.$
C’est le réel qui mesure en radians un angle de $18°.$ Vous effectuez le calcul d’une première somme.

Calculez la somme $\tan 27°+\tan 63°$

\begin{align*}
\tan 27°+\tan63° &= \tan\left(\frac{\pi}{4}-x\right)+\tan\left(\frac{\pi}{4}+x\right)\\
&=\frac{ \tan\left(\frac{\pi}{4}\right) - \tan\left(x\right) }{1+\tan\left(\frac{\pi}{4}\right) \tan\left(x\right) } + \frac{ \tan\left(\frac{\pi}{4}\right) + \tan\left(x\right) }{1-\tan\left(\frac{\pi}{4}\right) \tan\left(x\right) }.
\end{align*}

Utilisant l’égalité $\tan\left(\frac{\pi}{4}\right) = 1$ vous obtenez :

\begin{align*}
\tan 27°+\tan 63° 
&=\frac{ 1 - \tan\left(x\right) }{1+ \tan\left(x\right) } + \frac{ 1 + \tan\left(x\right) }{1- \tan\left(x\right) } \\
&=\frac{(1-\tan x)^2+(1+\tan x)^2}{1-\tan^2 x}\\
&=\frac{1-2\tan x + \tan^2 x+1+2\tan x+\tan^2x}{1-\tan^2 x}\\
&=\frac{2 + 2\tan^2 x}{1-\tan^2 x}\\
&=\frac{2( 1+ \tan^2 x) }{1-\tan^2 x}.
\end{align*}

Calculez la somme $\tan 9°+\tan 81°$

Comme précédemment, utilisez la symétrie autour de $45°$.
Partant de $81° = 45° + 2\times 18°$ et de $81° = 45° + 2\times 18°$ vous obtenez :

\begin{align*}
\tan 9°+\tan 81° &= \tan\left(\frac{\pi}{4}-2x\right)+\tan\left(\frac{\pi}{4}+2x\right)\\
&=\frac{ \tan\left(\frac{\pi}{4}\right) - \tan\left(2x\right) }{1+\tan\left(\frac{\pi}{4}\right) \tan\left(2x\right) } + \frac{ \tan\left(\frac{\pi}{4}\right) + \tan\left(2x\right) }{1-\tan\left(\frac{\pi}{4}\right) \tan\left(2x\right) }\\
 &=\frac{ 1 - \tan\left(2x\right) }{1+ \tan\left(2x\right) } + \frac{ 1 + \tan\left(2x\right) }{1- \tan\left(2x\right) } \\
&= \frac{2(1 + \tan^2 (2x)) }{1-\tan^2 (2x)}.
\end{align*}

Exprimez $\frac{ 1+ \tan^2 u}{1-\tan^2 u}$ en fonction de $\cos (2u)$

Soit $u\in\{x, 2x\}.$ Vous utilisez les égalités $1+\tan^2 u = \frac{1}{\cos ^2 u}$ et $\cos^2 u = \frac{1+\cos 2u}{2}$ et obtenez ce qui suit :

\begin{align*}
\tan^2 u &= (1+\tan^2 u) -1\\
&=\frac{1}{\cos^2 u}-1\\
&=\frac{1}{\frac{1+\cos (2u)}{2}}-1\\
&=\frac{2}{1+\cos 2u}-1.
\end{align*}

Par suite :

\begin{align*}
1-\tan^2u &= 1-\frac{2}{1+\cos 2u}+1\\
&=2-\frac{2}{1+\cos 2u}\\
&=\frac{2+2\cos 2u-2}{1+\cos 2u}\\
&=\frac{2\cos 2u}{1+\cos 2u}.
\end{align*}

Vous déduisez :

\begin{align*}
\frac{ 1+ \tan^2 u}{1-\tan^2 u} &= \frac{\frac{1}{\cos^2 u}}{\frac{2\cos 2u}{1+\cos 2u}}\\
&=\frac{1+\cos 2u}{2\cos 2u \cos^2u}\\
&=\frac{1+\cos 2u}{2\cos 2u\times \frac{1+\cos 2u}{2}}\\
&=\frac{1+\cos 2u}{\cos 2u(1+\cos 2u) }\\
&=\frac{1}{\cos 2u}.
\end{align*}

Note. Il y a des moyens plus rapides d’aboutir à ce résultat, le lecteur est invité à proposer une autre solution.

Concluez

D’après ce qui précède :

\begin{align*}
\tan 9°−\tan 27° −\tan 63°+\tan 81° &= (\tan 9°+\tan81°)-(\tan 27°+\tan 63°)\\
&=\frac{2 }{\cos 4 x}-\frac{2}{\cos 2x}\\
&=\frac{2 }{\cos 72°}-\frac{2}{\cos 36°}\\
\end{align*}

Or, le contenu rédigé dans l'article 106 a permis de montrer que :

\left\{\begin{align*}
\cos 72° &= \frac{-1+\sqrt{5}}{4}\\
\cos 36° &= \frac{1+\sqrt{5}}{4}.
\end{align*} 
\right.

Vous finissez ainsi le calcul comme suit :

\begin{align*}
\tan 9°−\tan 27° −\tan 63°+\tan 81° &= \frac{8}{\sqrt{5}-1}-\frac{8}{\sqrt{5}+1}\\
&=\frac{8\sqrt{5}+8-8\sqrt{5}+8}{(\sqrt{5}-1)(\sqrt{5}+1) }\\
&=\frac{16}{5-1}\\
&=4.
\end{align*}

En définitive, il a bien été montré que :

\boxed{\tan 9°−\tan27°−\tan 63°+\tan 81°=4.}