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378. Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes (partie 2/2)

Ce contenu s’inscrit dans la suite du contenu rédigé dans l'article 377. Les mêmes notations y sont reprises.

Il s’agit de démontrer :

  • que la norme $\lVert \quad\rVert$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ puis ;
  • que deux normes quelconques sur $E$ sont équivalentes.

Dans un premier temps, vous cherchez à démontrer que :

\exists R>0, \forall v \in E, \lVert v \rVert_1 \leq R\lVert v \rVert.

Raisonnez par l’absurde

Supposez que la proposition précédente ne soit pas satisfaite. Alors :

\forall R >0, \exists v\in E,  \lVert v \rVert_1 > R\lVert v \rVert.

Pour tout entier naturel $m$ non nul, $m$ est un réel strictement positif. Vous en déduisez que :

\forall m\in\NN, \exists v_m\in E,  \lVert v_m \rVert_1 > m\lVert v_m \rVert.

Cela définit une suite $(v_m)_{m\in\NN}.$

L’objectif étant d’obtenir une majoration par une quantité petite, à savoir $1/m$, vous écrivez que :

\forall m\in\NN, \lVert v_m \rVert <  \frac{1}{m}\lVert v_m \rVert_1.

S’il existait un entier $p\in\NN$ tel que $v_p$ était nul, alors $\lVert v_p \rVert_1$ serait nul, et l’inégalité $\frac{1}{p}\lVert v_p \rVert_1 > \lVert v_p \rVert$ donnerait $0> \lVert v_p \rVert$ ce qui est absurde.

Donc $\boxed{\forall m\in\NN, v_m\neq 0}$ et par suite $\lVert v_m \rVert_1 > 0.$

Pour tout $m\in\NN$ vous divisez l’inégalité $\lVert v_m \rVert < \frac{1}{m}\lVert v_m \rVert_1$ par $\lVert v_m \rVert_1.$ Cela fournit, pour tout $m\in\NN$ :

\begin{align*}
 \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} \lVert v_m \rVert < \frac{1}{m} \\
\left\lVert \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} v_m \right\rVert  < \frac{1}{m}.
\end{align*}

Pour tout $m\in\NN$ vous posez $x_m = \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} v_m.$ Vous avez obtenu ce qui suit :

\boxed{\forall m\in\NN, \lVert  x_m \rVert < \frac{1}{m}.}

Intuitivement, quand $m$ augmente, les normes $\lVert x_m \rVert$ deviennent de plus en plus petites.

Cependant, vous avez aussi, pour la norme 1, et pour tout $n\in\NN$ :

\begin{align*}
 \lVert  x_m \rVert_1 &= \left\lVert  \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1} v_m \right\rVert_1 \\
&= \frac{1}{\lVert v_m \rVert_1}  \left\lVert v_m \right\rVert_1\\
&= 1.
\end{align*}

Vous obtenez le fait suivant :

\boxed{\forall m\in\NN, \lVert  x_m \rVert_1 = 1.}

Pour tout entier naturel $m$ non nul, les vecteurs $x_m$ appartiennent à la sphère unité de la norme 1.

Utilisez des suites extraites

Les deux conditions obtenues précédemment vont aboutir à une contradiction parce que $E$ est un espace vectoriel de dimension finie.

Vous allez utiliser la base $(e_1,\cdots, e_n)$ de $E.$

Pour tout entier naturel $m$ non nul, il existe $(\lambda_m^{(1)},\cdots,\lambda_m^{(n)})\in\R^n$ tel que :

\begin{align*}
x_m &= \sum_{i=1}^n \lambda_m^{(i)}e_i\\
\lVert x_m \rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert \lambda_m^{(i)}\vert.
\end{align*}

Comme $\forall m\in\NN, \lVert x_m \rVert_1 = 1$ vous déduisez que, pour tout $u\in\llbracket 1, n\rrbracket$ et pour tout $m\in\NN, \vert \lambda_m^{(u)}\vert \leq 1.$

Du coup, la suite $\left(\lambda_m^{(1)}\right)_{m\in\NN}$ est réelle et bornée. D’après le théorème de Bolzano-Weierstrass, on peut en extraire une suite convergente. Il existe un réel $\lambda^{(1)}$ et une fonction $\varphi_1$ strictement croissante qui va de $\NN$ dans lui-même telle que :

\lambda_{\varphi_1(m)}^{(1)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(1)}.

Soit maintenant $i\in\llbracket 1, n-1\rrbracket.$ Supposez que vous ayez construit des fonctions strictement croissantes $\varphi_1,\dots,\varphi_i$ de $\NN$ dans lui-même et des réels $\lambda^{(1)}, \dots, \lambda^{(i)}$ tels que :

\forall j\in\llbracket 1, i\rrbracket, \lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Or, pour tout $u\in\llbracket 1, n\rrbracket$ et pour tout $m\in\NN$ vous avez $\vert \lambda_m^{(u)}\vert \leq 1.$ En particulier, vous avez $\forall m\in\NN, \left\vert \lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(i+1)} \right\vert\leq 1.$

La suite $\left(\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(i+1)}\right)_{m\in\NN}$ est réelle et bornée, il existe, d’après le théorème de Bolzano-Weierstrass, un réel $\lambda^{(i+1)}$ et une fonction $\varphi_{i+1}$ strictement croissante de $\NN$ dans lui-même, telle que :

\begin{align*}
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(\varphi_{i+1}(m))}^{(i+1)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(i+1)}\\
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i\circ \varphi_{i+1})(m)}^{(i+1)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(i+1)}.
\end{align*}

Pour tout $j\in\llbracket 1, i\rrbracket$ la suite $\left(\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(\varphi_{(i+1)}(m))}^{(j)}\right)_{m\in\NN}$ est une suite extraite de la suite $\left(\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(m)}^{(j)}\right)_{m\in\NN}$ ce qui permet d’écrire que, pour tout $j\in\llbracket 1, i\rrbracket$ :

\begin{align*}
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i)(\varphi_{i+1}(m))}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}\\
&\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i\circ \varphi_{i+1})(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.
\end{align*}

Ainsi pour tout $j\in\llbracket 1, i+1\rrbracket$ vous avez :

\lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_i\circ \varphi_{i+1})(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Vous avez ainsi montré par récurrence limitée qu’il existe $(\lambda^{(1)}, \dots, \lambda^{(n)})\in\R^n$ et des fonctions $\varphi_1, \dots, \varphi_n$ strictement croissantes de $\NN$ dans lui-même telles que :

\forall j\in\llbracket1, n\rrbracket, \lambda_{(\varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_n)(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Et maintenant aboutissez à une contradiction

Afin d’alléger les notations, vous posez $\varphi = \varphi_1\circ\cdots\circ\varphi_n.$ Comme composée de fonctions strictement croissantes de $\NN$ dans lui-même, la fonction $\varphi$ est strictement croissante de $\NN$ dans lui-même.

Vous avez établi que :

\forall j\in\llbracket1, n\rrbracket, \lambda_{\varphi(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Ainsi, pour tout $m\in\NN$ il vient :

x_{\varphi(m)} = \sum_{i=1}^n \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}e_i.

Posez maintenant ce qui suit :

x = \sum_{i=1}^n \lambda^{(i)}e_i.

Vous effectuez la majoration suivante :

\begin{align*}
\lVert  x_{\varphi(m)}-x\rVert &\leq \left\lVert  \sum_{i=1}^n \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}e_i -   \sum_{i=1}^n \lambda^{(i)}e_i\\ \right\rVert \\
&\leq \left\lVert  \sum_{i=1}^n (\lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} )e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n \left\lVert   (\lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} )e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n   \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} ) \right\vert \left\lVert  e_i \right\rVert.
\end{align*}

Vous notez encore $M = \max \{\lVert e_i \rVert, i\in\llbracket 1, n\rrbracket \}.$

Vous obtenez alors :

\begin{align*}
\lVert  x_{\varphi(m)}-x\rVert
&\leq \sum_{i=1}^n   \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} ) \right\vert \cdot  M\\
&\leq M\cdot\sum_{i=1}^n   \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)}-\lambda^{(i)} ) \right\vert.
\end{align*}

Comme :

\forall j\in\llbracket1, n\rrbracket, \lambda_{\varphi(m)}^{(j)} \xrightarrow[m\to +\infty]{} \lambda^{(j)}.

Vous déduisez, la somme étant finie, que :

\begin{align*}
&\lVert  x_{\varphi(m)}-x\rVert\xrightarrow[m\to +\infty]{} 0\\
&\lVert  x-x_{\varphi(m)}\rVert\xrightarrow[m\to +\infty]{} 0.
\end{align*}

Pour tout $m\in\NN$ vous avez, par inégalité triangulaire :

\begin{align*}
\lVert x\rVert &\leq \lVert x-x_{\varphi(m)}+x_{\varphi(m)}\rVert \\
&\leq \lVert x-x_{\varphi(m)}\rVert +\lVert x_{\varphi(m)}\rVert \\
&\leq \lVert x-x_{\varphi(m)}\rVert +\frac{1}{\varphi(m)}.
\end{align*}

Comme $\varphi$ est strictement croissante, vous avez $\forall m\in\NN, \varphi(m) \geq m$ d’où :

\forall m\in\NN, \lVert x\rVert \leq \lVert x-x_{\varphi(m)}\rVert +\frac{1}{m}.

En faisant tendre $m$ vers $+\infty$ dans cette inégalité, vous avez $\lVert x \rVert \leq 0$ d’où $\lVert x \rVert = 0$ par positivité de la norme et donc $x=0.$

Or, quel que soit $m\in\NN, \lVert x_{\varphi(m)} \rVert_1 =1$ donc :

\forall m\in\NN,  \sum_{i=1}^n \left\vert \lambda_{\varphi(m)}^{(i)} \right\vert = 1.

En faisant tendre $m$ vers $+\infty$, vous obtenez :

\sum_{i=1}^n \left\vert \lambda^{(i)} \right\vert = 1.

Du coup :

\lVert x\rVert_1 = 1.

Puisque $x$ est nul, vous avez $\lVert x\rVert_1 = 0$ ce qui contredit l’égalité précédente. D’où une contradiction, comme annoncé.

Déduisez-en que toutes les normes de $E$ sont équivalentes

D’après ce qui a été effectué, la norme $\lVert \quad\rVert$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert_1.$ Dans le contenu rédigé dans l'article 377 il a été établi que la norme $\lVert \quad\rVert_1 $ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert.$

Ainsi :

\exists R>0, \forall v \in E, \lVert v \rVert_1 \leq R\lVert v \rVert \\
\exists M>0, \forall v \in E, \lVert v \rVert \leq M\lVert v \rVert_1.

Vous en déduisez ce qui suit :

\exists (R, M)\in\R_{+}^{*}, \forall v \in E, \frac{1}{R}  \lVert v \rVert_1\leq  \lVert v \rVert \leq M  \lVert v \rVert_1

Autrement dit, les normes $\lVert \quad\rVert$ et $\lVert \quad\rVert_1$ sont équivalentes.

Soit maintenant $\lVert \quad\rVert’$ une autre norme de $E.$ En reprenant le raisonnement effectué, cette norme est aussi équivalente à $\lVert \quad\rVert_1$ donc :

\exists (R', M')\in(\R_{+}^{*})^2, \forall v \in E, \frac{1}{R'}  \lVert v \rVert_1\leq  \lVert v \rVert' \leq M'  \lVert v \rVert_1.

Soit maintenant $v\in E.$

D’une part :

\begin{align*}
\lVert v \rVert'  \leq M'  \lVert v \rVert_1 \leq M'R  \lVert v \rVert.
\end{align*}

D’autre part :

 \lVert v \rVert \leq M  \lVert v \rVert_1 \leq MR'  \lVert v \rVert'.

Ainsi :

\forall v\in E, \frac{1}{MR'} \lVert v \rVert \leq \lVert v \rVert' \leq M'R  \lVert v \rVert.

En posant $\alpha = \frac{1}{MR’}$ et $\beta = M’R$ vous avez $(\alpha, \beta)\in (\R_{+}^{*})^2$ et :

\boxed{\forall v\in E,\quad  \alpha \lVert v \rVert \leq \lVert v \rVert' \leq \beta  \lVert v \rVert.}

Ainsi, deux normes quelconques de $E$ sont équivalentes.

377. Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes (partie 1/2)

Dans ce contenu, vous notez $E$ un $\R$-espace vectoriel de dimension finie $n$ où $n$ est un entier naturel non nul. Soit $\lVert\quad \rVert$ une norme sur $E.$

Fixez une base $(e_1,\dots,e_n)$ de $E.$ Vous allez, à partir de cette base, définir une nouvelle norme dite « norme 1 » sur $E$ notée $\lVert \quad\rVert_1$ et montrer que les deux normes $\lVert\quad \rVert$ et $\lVert\quad \rVert_1$ sont équivalentes.

Construisez une norme $\lVert\quad \rVert_1$

Tout vecteur $v$ appartenant à $E$ s’écrit de façon unique en utilisant ses coordonnées dans la base $(e_1,\dots,e_n).$ Autrement dit, quel que soit $v\in E$ il existe un unique $n$-uplet $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que :

v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i.

A partir de cette écriture vous posez :

\lVert  v \rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert.

Il s’agit maintenant de démontrer que $\lVert\quad \rVert_1$ est une norme sur $E.$

Montrez la séparation en partant d’un vecteur $v\in E$ tel que $\lVert v \rVert_1 = 0$

Soit $v$ un vecteur de $E$ tel que $\lVert v \rVert_1 = 0.$

Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que $v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i$ et $\sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert = 0.$ La dernière somme est nulle et elle est formée de termes positifs ou nuls. Donc pour tout $i$ compris entre $1$ et $n$ vous avez $\lambda_i = 0.$

Par suite, $v=0.$ L’implication suivante est acquise :

\boxed{\forall v\in E ,\,\lVert v \rVert_1 = 0 \implies v=0.}

Montrez l’homogénéïté

Soit $v\in E$ et soit $k$ un nombre réel.

Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que $v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i$ et $\lVert v\rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert.$

En développant, il vient $kv = k \left( \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i\right) = \sum_{i=1}^n k \lambda_i e_i.$

Du coup :

\begin{align*}
\lVert kv\rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert k \lambda_i\vert \\
&= \sum_{i=1}^n  \vert k \vert \cdot \vert  \lambda_i\vert \\
&= \vert k \vert \sum_{i=1} ^n \vert  \lambda_i\vert \\
&=  \vert k \vert \cdot\lVert v\rVert_1.
\end{align*}

L’égalité suivante est acquise :

\boxed{\forall v\in E, \forall k\in\R,  \lVert kv\rVert_1 = \vert k \vert \cdot \lVert v\rVert_1.}

Montrez l’inégalité triangulaire

Soient $v$ et $w$ deux vecteurs de $E.$ Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in \R^n$ et il existe $(\mu_1,\dots, \mu_n)\in\R^n$ tels que :

\left\{\begin{align*}
v &= \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i\\
w &= \sum_{i=1}^n \mu_i e_i\\
\lVert v\rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert \\
\lVert w\rVert_1 &= \sum_{i=1}^n \vert \mu_i \vert.
\end{align*}\right.

Par somme, il vient :

\begin{align*}
v+w &=  \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i +  \sum_{i=1}^n \mu_i e_i\\
& = \sum_{i=1}^n (\lambda_i e_i +  \mu_i e_i )\\
& = \sum_{i=1}^n (\lambda_i +  \mu_i  )e_i.
\end{align*} 

Du coup $\lVert v+w\rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i +\mu_i\vert$ et par suite :

\begin{align*}
\lVert v+w\rVert_1 &\leq \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i +\mu_i\vert \\
&\leq \sum_{i=1}^n (\vert \lambda_i\vert + \vert \mu_i\vert) \\
&\leq \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i\vert +  \sum_{i=1}^n \vert \mu_i\vert \\
&\leq \lVert v\rVert_1 + \lVert w\rVert_1.
\end{align*}

L’inégalité triangulaire est bien vérifiée :

\boxed{\forall v\in E, \forall w\in E,  \lVert v+w\rVert_1 \leq  \lVert v\rVert_1 \cdot \lVert w\rVert_1.}

Concluez

Il a été démontré que $\lVert \quad\rVert_1$ est une norme sur $E.$

Montrez que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert$

Soit $v$ un vecteur de $E.$

Il existe $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\R^n$ tel que $v = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i$ et $\lVert v\rVert_1 = \sum_{i=1}^n \vert \lambda_i \vert.$

Utilisant l’inégalité triangulaire de la norme $\lVert \quad\rVert$ vous obtenez :

\begin{align*}
\lVert v \rVert &\leq \left\lVert \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i \right\rVert\\
&\leq \sum_{i=1}^n \left\lVert  \lambda_i e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert \cdot \left \lVert   e_i \right\rVert.
\end{align*}

Comme l’ensemble $\{\lVert e_i \rVert, i\in\llbracket 1, n\rrbracket \}$ est fini, il admet un maximum. Notez $M$ ce maximum, qui correspond à la plus grande norme des vecteurs de la base $(e_1,\cdots,e_n).$ Vous avez donc :

\forall i\in\llbracket 1, n \rrbracket, \lVert   e_i \rVert\leq M.

De plus, il existe un entier $p$ compris entre $1$ et $n$ tel que $M = \lVert e_p \rVert.$ Comme $e_p$ est un vecteur non nul, le réel $M$ est strictement positif.

Les majorations se poursuivent :

\begin{align*}
\lVert v \rVert &\leq \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert \cdot \left \lVert   e_i \right\rVert \\
&\leq \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert  M \\
&\leq  M \cdot \sum_{i=1}^n\vert  \lambda_i \vert\\
&\leq M \lVert v \rVert_1.
\end{align*}

Il a été démontré qu’il existe un réel $M$ strictement positif tel que :

\boxed{\forall v\in E,    \lVert v \rVert\leq M \lVert v \rVert_1.}

Cela démontre le fait que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert.$

Prolongement

Vous souhaitez comprendre pourquoi le norme $\lVert \quad\rVert$ est plus fine que la norme $\lVert \quad\rVert_1$ ? Etablir ce résultat est plus difficile, il fait l’objet du contenu rédigé dans l'article 378.

376. Les opérations élémentaires pour comprendre pourquoi une matrice de transposition est le produit de trois matrices de transvections et d’une matrice de dilatation

Ce contenu constitue une motivation des opérations du contenu rédigé dans l'article 285.

Vous utilisez des matrices carrés d’ordre $2$ uniquement et souhaitez comprendre comment vous pouvez, par des opérations élémentaires de dilatation et de transvection, passer de la matrice identité vers la matrice de permutation suivante :

\begin{pmatrix}
0 & 1\\
1 & 0
\end{pmatrix}.

Dans ce contenu vous effectuerez des opérations élémentaires sur les lignes.

Première étape : partez de la matrice identité

Vous considérez la matrice suivante :

\begin{pmatrix}
1 & 0\\
0 & 1
\end{pmatrix}.

Vous souhaitez placer le nombre $1$ en haut à droite, ce qui conduit à l’opération élémentaire suivante à appliquer $L_1\leftarrow L_1+L_2.$ Vous aboutissez à :

\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix}.

Deuxième étape : éliminez le zéro en bas à droite

Il pourrait être tentant d’effectuer $L_2\leftarrow L_2+L_1$ mais vous feriez apparaître un $2$ en bas à droite. Pour éviter ce problème, vous effectuez à la place $L_2\leftarrow L_2-L_1$ et vous obtenez $-1$ en bas à gauche :

\begin{pmatrix}
1 & 1\\
-1 & 0
\end{pmatrix}.

Troisième étape : éliminez le $1$ en haut à gauche

En effectuant la somme entre $1$ et $-1$ vous obtenez ce que vous souhaitez. Vous effectuez l’opération élémentaire suivante $L_1\leftarrow L_1+L_2$ pour obtenir :

\begin{pmatrix}
0 & 1\\
-1 & 0
\end{pmatrix}.

Ce n’est pas encore la matrice de permutation voulue, il reste juste à changer le $-1$ en $1.$

Quatrième étape : utilisez une dilatation

Vous effectuez l’opération élémentaire $L_2\leftarrow -L_2$ et vous obtenez le résultat annoncé :

\begin{pmatrix}
0 & 1\\
1 & 0
\end{pmatrix}.

Vérification matricielle directe

Vous avez appliqué à la matrice identité quatre opérations élémentaires successives :

  • $L_1\leftarrow L_1+L_2$
  • $L_2\leftarrow L_2-L_1$
  • $L_1\leftarrow L_1+L_2$
  • $L_2\leftarrow -L_2.$

On rappelle qu’effectuer une opération élémentaire sur les lignes revient à multiplier cette matrice à gauche par la matrice identité ayant subi la même opération élémentaire.

Ainsi, vous êtes amené à calculer le produit $P$ suivant, dans lequel la matrice identité tout à droite a été supprimée puisqu’elle est neutre pour la multiplication :

P=\begin{pmatrix}
1 & 0\\
0 & -1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 & 0\\
-1 & 1
\end{pmatrix} \begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix}.

Vous pouvez effectuer le regroupement suivant et conclure :

\begin{align*}
P&=\left[\begin{pmatrix}
1 & 0\\
0 & -1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix} \right]
\left[
\begin{pmatrix}
1 & 0\\
-1 & 1
\end{pmatrix} \begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & 1
\end{pmatrix}\right]\\
&=\begin{pmatrix}
1 & 1\\
0 & -1
\end{pmatrix} 
\begin{pmatrix}
1 &  1\\
-1 & 0
\end{pmatrix} \\
&=\begin{pmatrix}
0 &  1\\
1 & 0
\end{pmatrix}.
\end{align*}

La matrice de permutation des lignes $1$ et $2$ s’écrit bien comme un produit de quatre matrices, les trois dernières étant des matrices de transvection et la première une matrice de dilatation.

375. L’ensemble des nombres premiers est infini, preuve avec l’indicatrice d’Euler

Dans ce contenu, vous notez $\varphi$ la fonction indicatrice d’Euler, définie comme suit.

Pour tout entier naturel $n$ non nul, $\varphi(n)$ désigne le nombre d’éléments de l’ensemble suivant :

\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.

Quand on arrive à factoriser un entier $n$ en produit de nombres premiers, on détermine $\varphi(n)$ grâce au contenu rédigé dans l'article 372.

Le but de cet exposé est de démontrer que l’ensemble des nombres premiers est infini, grâce aux propriétés de cette fonction $\varphi.$

Raisonnez par l’absurde

Supposez que l’ensemble des nombres premiers soit fini. Notez $m$ son nombre d’éléments. Remarquez que, comme $2$ et $3$ sont des nombres premiers, vous avez $m\geq 2.$ Vous notez $p_1,\dots, p_m$ une énumération de l’ensemble des nombres premiers avec $p_1<\cdots<p_m.$

Considérez le nombre $n$ défini par le produit $n = p_1\times \cdots \times p_n.$

Vous allez démontrer que $\varphi(n)$ est égal à $1.$

En effet, soit $k\in\llbracket 2, n\rrbracket.$ Le nombre $k$ étant supérieur ou égal à $2$ il est divisible par un nombre premier. Donc il existe $i\in\llbracket 1, m\rrbracket$ tel que $p_i$ divise $k.$

Comme $p_i$ divise à la fois $k$ et $n$, vous déduisez que c’est un diviseur commun à $k$ et $n$, donc $p_i \leq \mathrm{PGCD}(k,n).$ Comme $p_i$ est un nombre premier, il est supérieur ou égal à $2$ et par conséquent $\mathrm{PGCD}(p_i,n)\geq 2.$

Ainsi :

\forall k\in\llbracket 2, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n) \neq 1.

Comme $\mathrm{PGCD}(1,n)=1$ vous déduisez que $1$ est le seul élément de l’ensemble $\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.$

Du coup, $\varphi(n) = 1.$

Déduisez-en une contradiction

La fonction $\varphi$ est multiplicative et les nombres premiers $p_1, \dots, p_m$ sont premiers entre eux deux à deux. Donc :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(p_1)\times \cdots \times \varphi(p_m)\\
1&= (p_1-1)\times \cdots \times (p_m-1).
\end{align*}

Vous en déduisez que, quel que soit $i\in\llbracket 1, m\rrbracket, p_i-1 =1$ autrement dit $\forall i\in\llbracket 1, m\rrbracket, p_i = 2.$

Mais comme $p_2 = 3$ vous obtenez une contradiction.

Conclusion

L’ensemble des nombres premiers est infini.

374. Trouvez tous les antécédents de 14 par l’indicatrice d’Euler

Dans ce contenu, vous notez $\varphi$ la fonction indicatrice d’Euler, définie comme suit.

Pour tout entier naturel $n$ non nul, $\varphi(n)$ désigne le nombre d’éléments de l’ensemble suivant :

\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.

Quand on arrive à factoriser un entier $n$ en produit de nombres premiers, on détermine $\varphi(n)$ grâce au contenu rédigé dans l'article 372.

Dans ce qui suit, vous allez déterminer tous les entiers naturels $n$ non nuls tels que $\varphi(n)=14.$

Trouvez tous les antécédents de $14$ par l’indicatrice d’Euler

Soit $n$ un entier naturel non nul tel que :

\varphi(n)=14.

Comme $\varphi(1)=1$, vous avez $n\neq 1$ donc $n\geq 2.$

Soit $p$ un nombre premier divisant $n.$ D’après le lemme explicité dans le contenu rédigé dans l'article 373, $p-1$ divise $\varphi(n).$

Donc $p-1\leq 14$ d’où $p\leq 15.$ Comme $p$ est premier, vous avez :

p\in\{2, 3, 5, 7, 11, 13\}.

Si $p=13$ alors $p-1$ divise $14$ et $12$ divise $14$ ce qui est absurde.

Si $p=11$ alors $p-1$ divise $14$ et $10$ divise $14$ ce qui est absurde.

Si $p=7$ alors $p-1$ divise $14$ et $6$ divise $14$ ce qui est absurde.

Si $p=5$ alors $p-1$ divise $14$ et $4$ divise $14$ ce qui est absurde.

Vous déduisez de ces situations que :

p\in\{2,3\}.

Vous écrivez l’entier $n$ comme produit de nombres premiers. Vu ce qui a été établi, il existe deux entiers naturel $a$ et $b$ tels que :

n = 2^a3^b.

Supposez que $b\geq 1$ et trouvez la valeur de $b$

Utilisant la multiplicativité de l’indicatrice d’Euler, vous avez :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(2^a)\varphi(3^b)\\
14 &= \varphi(2^a)\times3^{b-1} \times 2.
\end{align*}

En divisant par $2$, vous avez :

7 = \varphi(2^a)\times3^{b-1}.

Si $b\geq 2$ alors vous écrivez :

7 = \varphi(2^a)\times3^{b-2}\times 3.

Donc $3$ divise $7$ ce qui est absurde.

Donc $b=1$ ce qui fournit $7 = \varphi(2^a).$

Si $a\in\{0,1\}$ alors $7 = 1$ ce qui absurde, donc $a\geq 2.$ Il vient alors :

\begin{align*}
7 &= \varphi(2^a)\\
&= 2^{a-1}\\
&= 2^{a-2}\times 2.
\end{align*} 

Donc $2$ divise $7$ ce qui est absurde.

Vous déduisez de cette section que $b=0.$

Étudiez la situation avec l’entier $a$

Il s’ensuit que $n = 2^a.$ Comme $n\geq 2$ vous avez $a\geq 1.$ Du coup :

\begin{align*}
\varphi(n) &= 2^{a-1}\\
14 &= 2^{a-1}.
\end{align*}

Si $a=1$ alors $14 = 2^0 = 1$ ce qui est absurde. Donc $a\geq 2.$ En divisant l’égalité obtenue par $2$ vous obtenez :

7 = 2^{a-2}.

Si $a=2$ alors $7 = 2^0 = 1$ ce qui est absurde. Donc $a\geq 3$ ce qui permet d’écrire :

7 = 2^{a-3}\times 2.

Donc $2$ divise $7$ ce qui est absurde.

Concluez

$14$ n’admet pas d’antécédent par la fonction d’Euler. Autrement dit :

\boxed{\forall n\in\NN, \varphi(n)\neq 14.}

373. Trouvez tous les antécédents de 6 par l’indicatrice d’Euler

Dans ce contenu, vous notez $\varphi$ la fonction indicatrice d’Euler, définie comme suit.

Pour tout entier naturel $n$ non nul, $\varphi(n)$ désigne le nombre d’éléments de l’ensemble suivant :

\{k\in\llbracket1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(k,n)=1\}.

Quand on arrive à factoriser un entier $n$ en produit de nombres premiers, on détermine $\varphi(n)$ grâce au contenu rédigé dans l'article 372.

Dans ce qui suit, vous allez déterminer tous les entiers naturels $n$ non nuls tels que $\varphi(n)=6.$

Etablissez un résultat utile

Lemme préliminaire

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2$ et soit $p$ un nombre premier divisant $n.$

L’entier $n$ s’écrit comme un produit de nombres premiers.

Il existe un entier naturel non nul $k$ des nombres premiers $p_1,\dots,p_k$ deux à deux distincts et des entiers naturel non nuls $\alpha_1,\dots,\alpha_k$ tels que :

n = \prod_{i=1}^k p_i^{\alpha_i}.

Comme $p$ apparaît dans cette décomposition, il existe $j\in\llbracket 1, k\rrbracket$ tel que $p_j = p.$En utilisant la multiplicativité de la fonction $\varphi$ et en notant que les nombres $p_1^{\alpha_1}, \dots, p_k^{\alpha_k}$ sont premiers entre eux deux à deux, vous obtenez :

\begin{align*}
\varphi(n)&=\prod_{i=1}^k \varphi(p_i^{\alpha_i})\\
&=\varphi(p_j^{\alpha_j}) \prod_{\substack{1\leq i \leq k\\i\neq j}} \varphi(p_i^{\alpha_i})\\
&= p_j^{\alpha_j-1}(p_j-1) \prod_{\substack{1\leq i \leq k\\i\neq j}} \varphi(p_i^{\alpha_i})\\
&= p_j^{\alpha_j-1}(p-1) \prod_{\substack{1\leq i \leq k\\i\neq j}} \varphi(p_i^{\alpha_i}).
\end{align*}

Ainsi :

p-1 \mid \varphi(n).

Déterminez tous les antécédents de $1$ par la fonction $\varphi$

Notez déjà que pour $n=1$ ou $n=2$ vous avez $\varphi(n)=1.$

Réciproquement, soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$ tel que $\varphi(n)=1.$

Soit $p$ un nombre premier divisant $n.$ D’après le lemme préliminaire $p-1$ divise $\varphi(n)$ donc $p-1$ divise $1$ donc $p-1=1$ et $p=2.$

Il s’ensuit qu’il existe un entier naturel non nul $a$ tel que $n = 2^a.$ Alors $\varphi(n) = 2^{a-1}$ et $1 = 2^{a-1}$ d’où $a=1$ puis $n=2.$

Il a été démontré ce qui suit :

\boxed{\forall n\in\NN, \varphi(n)=1\Longleftrightarrow n\in\{1,2\}.}

Analyse : recherchez les antécédents de $6$ par la fonction $\varphi$

Soit $n$ un entier naturel non nul tel que $\varphi(n)=6.$ Comme $\varphi(n)\neq 1$ vous avez $n\geq 3.$

Soit $p$ un nombre premier divisant $n.$ D’après le lemme préliminaire, $p -1$ divise $\varphi(n).$ Comme il est supposé que $\varphi(n)=6$ vous déduisez que $p-1$ est inférieur ou égal à $6$ donc $p$ est inférieur ou égal à $7.$

Or il n’y a que quatre nombres premiers inférieurs ou égaux à $7$ qui sont $2, 3, 5$ et $7.$ Du coup :

p\in\{2,3,5,7\}.

Notez que si $p=5$ alors vous obtenez que $4$ divise $\varphi(n)$ soit $4$ qui divise $6$ ce qui est impossible. Finalement :

p\in\{2,3,7\}.

Vous déduisez qu’il existe des entiers naturels (pas forcément non nuls) $a, b, c$ et $d$ tels que :

n =2^a3^b7^d.

Supposez que $d$ soit supérieur ou égal à $2.$ Vous avez :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(2^a 3^b) \varphi(7^d)\\
&= \varphi(2^a 3^b) \times 7^{d-1} \times 6.
\end{align*}

Comme $d-1\geq 1$ vous déduisez que $7^{d-1}\times 6 \geq 42$ donc $\varphi(n)\geq 42$ ce qui est absurde.

Du coup vous avez obtenu :

d\in\{0,1\}.

Supposez que $d=1$

Dans ce cas $n =7\times 2^a3^b.$ Il vient alors :

\varphi(n) = 6\times \varphi(2^a 3^b).

Du coup :

 \varphi(2^a 3^b) = 1.

Donc :

2^a 3^b \in\{1, 2\}.

En multipliant par $7$ vous en déduisez que :

\boxed{n\in\{7,14\}.}

Supposez que $d=0$

Dans ce cas $n =2^a3^b.$

Supposez que $b$ soit supérieur ou égal à $2.$ Alors :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(2^a)\times  3^{b-1} \times 2 \\
6 &= \varphi(2^a)\times  3^{b-1} \times 2 \\
3 &= \varphi(2^a)\times  3^{b-1}\\
1 &= \varphi(2^a)\times  3^{b-2}.
\end{align*}

Du coup $3^{b-2} = 1$ et $b=2.$

Vous en déduisez que :

b\in\{0,1, 2\}.

Supposez que $b=2$

Il vient $n =9\times 2^a.$ Du coup :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(9)\times \varphi(2^a)\\
6 &= 6\times \varphi(2^a)\\
1 &=  \varphi(2^a).
\end{align*}

Ainsi :

\begin{align*}
2^a\in\{1,2\}\\
9\times 2^a \in\{9,18\}.
\end{align*} 

Finalement :

\boxed{n\in\{9,18\}.}

Supposez que $b=1$

Il vient $n =3\times 2^a.$ Comme $n\geq 3$ vous avez $a\geq 1$. Or :

\begin{align*}
\varphi(n) &= \varphi(3)\times \varphi(2^a)\\
6 &= 2\times \varphi(2^a)\\
3 &=  \varphi(2^a).
\end{align*}

Si $a = 1$, alors $2^a = 1$ et $\varphi(2^a) = \varphi(2) = 1$ contradiction.

Si $a\geq 2$ alors $\varphi(2^a) = 2^{a-1}.$ Comme $a-1\geq 1$ vous savez que $2^{a-1}$ est pair. Donc $\varphi(2^a)$ est pair, contradiction.

Il en résulte que $b$ ne peut être égal à $1.$

Supposez que $b=0$

Il vient $n = 2^a.$ Comme $n\geq 3$ vous avez $a\geq 2.$ Or :

6 = \varphi(2^a).

Donc $\varphi(2^a) = 2^{a-1}$ et $6 = 2^{a-1}.$ En simplifiant par $2$, il vient $3 = 2^{a-2}.$ Or $2^{a-2}$ vaut $1$ si $a=2$ et est un entier pair si $a\geq 3$. On aboutit encore à une contradiction.

Donc $b$ ne peut pas être nul.

L’analyse est terminée. Il a été démontré l’implication suivante :

\forall n\in\NN, \varphi(n)=6\implies n\in\{7, 9,14,18\}.

Synthèse

Pour $n=7$ comme $7$ est premier vous avez $\varphi(7)=7-1=6.$

Pour $n=9$ comme $n = 3^2$ qui est une puissance d’un nombre premier vous avez $\varphi(9) = 3^1\times (3-1) = 6.$

Pour $n=14$ comme $n = 2\times 7$ qui est le produit de deux nombres premiers il vient :

\begin{align*}
\varphi(14)&=\varphi(2) \times \varphi(7) \\
&=1\times 6\\
&=6.
\end{align*}

Pour $n=18$ comme $n = 2\times 9$ qui est le produit de deux nombres premiers entre eux, il vient :

\begin{align*}
\varphi(18)&=\varphi(2) \times \varphi(9) \\
&=1\times 6\\
&=6.
\end{align*}

Concluez

L’équivalence suivante a été obtenue :

\boxed{\forall n\in\NN, \varphi(n)=6\Longleftrightarrow n\in\{7, 9,14,18\}.}

Prolongement

Pourriez-vous démontrer que pour tout entier naturel $k$ l’équation $\varphi(n)=k$ d’inconnue $n\in\NN$ admet un nombre fini de solutions ?

372. L’indicatrice d’Euler est une fonction multiplicative grâce au principe d’inclusion-exclusion

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$

En le décomposant comme produit de nombres premiers, vous constatez qu’il existe un entier naturel non nul $k$ ainsi que des entiers naturels non nuls $u_1, \dots, u_k$ et des nombres premiers $p_1\dots,p_k$ tels que :

n = p_1^{u_1}\cdots p_k^{u_k} = \prod_{i=1}^k p_i^{u_i}.

Vous allez utiliser un outil de dénombrement pour calculer $\varphi(n)$ qui est le nombre d’éléments de l’ensemble $A$ défini par :

A = \{m\in\llbracket 1, n\rrbracket, \mathrm{PGCD}(m, n)=1\}.

Notation $\#$

Pour tout ensemble $E$, vous noterez $\# E$ le nombre d’éléments de $E.$

Utilisez le principe d’inclusion-exclusion (ou formule du crible)

Il est délicat de dénombrer directement le nombre d’éléments de $A.$ Vous allez donc dénombrer à la place le complémentaire de $A.$ Vous obtenez donc :

n-\varphi(n) = \#\{m\in\llbracket 1, n\rrbracket, PGCD(m, n)\neq1\}.

Vous notez $B$ l’ensemble défini par :

B= \{m\in\llbracket 1, n\rrbracket, PGCD(m, n)\neq1\}.

Soit $m$ un élément de $B.$ Puisque $PGCD(m,n)$ n’est pas égal à $1$, il est supérieur ou égal à $2.$ Donc il existe un nombre premier $p$ tel que $p$ divise $PGCD(m,n).$ Un tel $p$ divise $n.$ Compte tenu de la décomposition en produit de facteurs premiers de $n$ l’application du lemme d’Euclide permet d’affirmer qu’il existe un entier $i\in\llbracket 1, k\rrbracket$ tel que $p$ divise $p_i.$ Comme $p_i$ est un nombre premier, vous déduisez que $p\in\{1, p_i\}.$ Comme $p\neq 1$ en tant que nombre premier, vous avez $p = p_i.$

Comme $p$ divise $PGCD(m,n)$ vous avez aussi $p$ qui divise $m.$ Or $p = p_i$ donc il $p_i$ divise $m.$

Réciproquement, soit $i\in\llbracket 1, k\rrbracket$ tel que $p_i$ divise $m.$ Comme $p_i$ apparaît dans la décomposition de $n$ en produit de nombres premiers, vous déduisez que $p_i$ divise $n.$ Comme $p_i$ divise $m$ et $n$ à la fois, il divise $PGCD(m,n).$ Comme $p_i$ est supérieur ou égal à $2$ en tant que nombre premier, vous déduisez $PGCD(m,n)\neq 1.$

Vous avez donc établi que :

B = \{m\in\llbracket 1, n\rrbracket,\exist i\in\llbracket 1, k\rrbracket, p_i \mid m\}.

Cette écriture de $B$ suggère de définir, pour tout $i\in\llbracket 1, k\rrbracket$ l’ensemble suivant :

B_i=\{m\in\llbracket 1, n\rrbracket, p_i \mid m\}.

Vous avez ainsi :

B = \bigcup_{i=1}^k B_i.

Le nombre d’éléments de $B$ va être déterminé grâce au principe d’inclusion-exclusion (encore appelé aussi formule du crible). Il vient :

\begin{align*}
\#B &= \sum_{1\leq i \leq k} \#B_i-\sum_{\substack{1\leq i\leq k\\1\leq j\leq k\\i< j }}\#(B_i\cap B_j)+\cdots+(-1)^{k+1}\#(B_1\cap\cdots\cap B_k)\\
&=\sum_{u=1}^k (-1)^{u+1}\sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}\#(B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u}).
\end{align*} 

Soit $u$ un nombre entier appartenant à l’intervalle $\llbracket 1, k\rrbracket$ et $(i_1,\dots,i_u)\in\llbracket 1, k\rrbracket^u$ tel que $i_1<\cdots < i_u.$ Par définition, vous avez :

B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u}=\{m\in\llbracket 1, n\rrbracket, \forall t\in\llbracket 1, u\rrbracket, p_{i_t} \mid m\}.

Comme $i_1< \cdots < i_u$ les nombres premiers $p_{i_1}, \cdots, p_{i_u}$ sont deux à deux distincts. En particulier ils sont premiers entre eux deux à deux. Via le corollaire du théorème de Gauss, vous déduisez que :

B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u}=\{m\in\llbracket 1, n\rrbracket, p_{i_1}\cdots p_{i_u} \mid m\}.

Soit maintenant $x$ un élément de l’ensemble $B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u}.$ $x$ est un entier compris entre $1$ et $n$ et le produit $p_{i_1}\cdots p_{i_u}$ divise $x.$ Donc il existe un entier naturel non nul $y$ tel que :

x = p_{i_1}\cdots p_{i_u} y

Comme $x\leq n$ vous déduisez :

p_{i_1}\cdots p_{i_u} y \leq n.

La décomposition en facteurs premiers de $n$ montre que $\frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}$ est un nombre entier.

En effet :

\begin{align*}
n & =\prod_{i=1}^k p_i^{u_i}\\
&= \prod_{i\in\{i_1,\cdots, i_u\}} p_i^{u_i} \prod_{i\not\in \{i_1,\dots, i_u\}} p_i^{u_i}\\
&=p_{i_1}\cdots p_{i_u} \left(  \prod_{i\in\{i_1,\cdots, i_u\}} p_i^{u_i-1} \prod_{i\not\in \{i_1,\dots, i_u\}} p_i^{u_i}\right)\\
\end{align*} 

Comme $\forall i\in\llbracket 1, k\rrbracket u_i \geq 1$ le nombre $\prod_{i\in{i_1,\cdots, i_u}} p_i^{u_i-1} \prod_{i\not\in {i_1,\dots, i_u}} p_i^{u_i}$ est bien un entier naturel non nul.

Par suite :

y\leq \frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}.

Comme $y$ est non nul, il vient :

1\leq y\leq \frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}

Vous avez démontré l’inclusion :

B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u} \subset \left\{ p_{i_1}\cdots p_{i_u}  y, y\in \left[ 1, \frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}} \right]\cap \N\right\}.

Réciproquement, soit $y$ un nombre entier appartenant à l’intervalle $\left[ 1, \frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}} \right].$

Note. Il est rappelé que $\frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}$ est un entier naturel non nul.

Par produit, le nombre $p_{i_1}\cdots p_{i_u} y$ est un entier naturel non nul. D’autre part, $p_{i_1}\cdots p_{i_u} y \leq n.$ Donc $p_{i_1}\cdots p_{i_u} y\in\llbracket 1, n\rrbracket.$ Le nombre $p_{i_1}\cdots p_{i_u} y$ est divisible par $p_{i_1}, \dots, p_{i_u}$ donc il appartient à $B_{i_1},\dots,B_{i_u}$ et il appartient à $B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u}.$

Vous avez donc l’égalité :

B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u} = \left\{ p_{i_1}\cdots p_{i_u}  y, y\in \left[ 1, \frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}} \right]\cap \N\right\}.

Cette écriture montre que le nombre d’éléments de l’ensemble $B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u}$ est égal à :

\boxed{\#(B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u}) = \frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}.}

A ce stade il a été démontré que :

\begin{align*}
n-\varphi(n) &=\sum_{u=1}^k (-1)^{u+1}\sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}\#(B_{i_1}\cap\cdots\cap B_{i_u})\\
&= \sum_{u=1}^k (-1)^{u+1} \sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}  \frac{n}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}.
\end{align*} 

Déterminez une expression de $\varphi(n)$

L’expression précédente se factorise par $n$ si bien que :

\begin{align*}
n-\varphi(n) = n \left(\sum_{u=1}^k (-1)^{u+1} \sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}  \frac{1}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}\right).
\end{align*} 

En isolant $\varphi(n)$ vous déduisez :

\begin{align*}
\varphi(n) &=n- n \left(\sum_{u=1}^k (-1)^{u+1} \sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}  \frac{1}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}\right)\\
&= n  \left(1-\sum_{u=1}^k (-1)^{u+1} \sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}  \frac{1}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}\right)\\
&= n  \left(1+\sum_{u=1}^k (-1)^{u} \sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}  \frac{1}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}\right).
\end{align*} 

Or, le développement du produit $\prod_{i=1}^k\left(1-\frac{1}{p_i}\right)$ est précisément égal à :

\left(1+\sum_{u=1}^k (-1)^{u} \sum_{\substack{1\leq i_1\leq k\\  \dots\\ 1\leq i_u\leq k\\i_1< \cdots < i_u}}  \frac{1}{p_{i_1}\cdots p_{i_u}}\right).

Donc vous avez démontré que :

\boxed{\varphi(n) = n\prod_{i=1}^k\left(1-\frac{1}{p_i}\right).}

Déduisez-en que la fonction $\varphi$ est une fonction multiplicative

Soient $r$ et $s$ deux entiers supérieurs ou égaux à $2$ et premiers entre eux.

Vous décomposez $r$ en produit de nombres premiers. Il qu’il existe un entier naturel non nul $\kappa$ ainsi que des entiers naturels non nuls $\alpha_1, \dots, \alpha_{\kappa}$ et des nombres premiers $\xi_1\dots,xi_k$ tels que :

r = \prod_{i=1}^{\kappa}\xi_i^{\alpha_i}.

Vous décomposez $s$ en produit de nombres premiers. Il qu’il existe un entier naturel non nul $\lambda$ ainsi que des entiers naturels non nuls $\beta, \dots, \beta{\lambda}$ et des nombres premiers $\zeta_1\dots, \zeta_{\lambda}$ tels que :

s = \prod_{j=1}^{\lambda}\zeta_j^{\beta}.

Comme $r$ et $s$ sont premiers entre eux, quel que soit $(i,j)\in\llbracket 1, \kappa\rrbracket \times \llbracket 1, \lambda\rrbracket$ vous avez $\xi_i \neq \zeta _j.$ Donc vous avez directement la décomposition en produit de facteurs premiers du nombre $rs$ qui est :

rs = \left(\prod_{i=1}^{\kappa}\xi_i^{\alpha_i}\right) \left(\prod_{j=1}^{\lambda}\zeta_j^{\beta}\right).

Vous déduisez de cette écriture que :

\begin{align*}
\varphi(rs) &= rs \prod_{i=1}^{\kappa}\left(1-\frac{1}{\xi_i}\right) \prod_{i=j}^{\lambda}\left(1-\frac{1}{\zeta_j}\right) \\
&=\left(r \prod_{i=1}^{\kappa} \left(1-\frac{1}{\xi_i}\right) \right)\left(s \prod_{j=1}^{\lambda} \left(1-\frac{1}{\zeta_j}\right) \right)\\
&=\varphi(r)\varphi(s).
\end{align*}

Et vous concluez : la fonction d’Euler $\varphi$ est multiplicative :

\boxed{\forall (r,s)\in\N^2, \left\{\begin{align*} &r\geq 2\\&s\geq 2\\&PGCD(r,s)=1\end{align*}\right. \implies\varphi(rs)=\varphi(r)\varphi(s).}

371. Le test de Miller

Il s’agit d’un test de calcul modulaire qui permet de démontrer, sans effectuer de divisions successives, qu’un nombre donné n’est pas premier.

Démontrez un lemme

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$ vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété « il existe un entier naturel $t$ et un entier naturel impair $q$ tels que $n = 2^t q$ ».

Initialisation. Pour $n=2$, vous posez $t = 1$ et $q=1.$ Vous avez bien $2^t q = 2^1 \times 1 = 2 = n.$ Donc $\mathscr{P}(2)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Supposez que $\mathscr{P}(2),\dots, \mathscr{P}(n)$ sont vraies.

Notez déjà que $n+1\geq 3.$ Si $n+1$ est impair, alors vous posez $t = 0$ et $q = n+1.$ Vous avez immédiatement $2^t q = 2^0 \times (n+1) = n+1.$

Si $n+1$ est pair, il s’ensuit que $n+1\geq 4.$ Alors $m = \frac{n+1}{2}$ est un entier supérieur ou égal à $2.$

Comme $n\geq 1$ il vient $2n \geq n+1$ et donc $\frac{n+1}{2}\leq n.$

Comme $m\in\llbracket 2, n\rrbracket$ vous appliquez l’hypothèse de récurrence. Il existe un entier naturel $t’$ et un entier naturel impair $q$ tels que $m = 2^{t’} q.$ Du coup $2m = 2^{1+t’}q$ ce qui s’écrit $n+1 = 2^{1+t’} q.$ En posant $t = 1+t’$ vous constatez que $t\in\N$ et vous avez bien $n+1 = 2^t q.$

Donc $\mathscr{P}(n+1)$ est vraie.

Conclusion. Par récurrence forte, il a été démontré que :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2\implies (\exists t \in\N, \exists q\in\N, n = 2^tq\text{ et }q\text{ est impair}).}

Soient $t, q, u, r$ quatre entiers naturels avec $2^t q = 2^u r$ et $q$ et $r$ impairs.

Si $t> u$ alors $t\geq u+1.$ Vous avez $2^{t-u} q = r.$ Or, $t-u \geq 1$ donc $2^{t-u}q$ est pair. Or $r$ est impair, contradiction.

Si $u> t$ alors $u\geq t+1.$ Vous avez $q = 2^{u-t} r.$ Or, $u-t \geq 1$ donc $2^{u-t}r$ est pair. Or $q$ est impair, contradiction.

Du coup, $u=t.$ Ainsi $2^t q = 2^t r$ et $q=r.$

En définitive l’unicité est démontrée.

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2\implies (\exists! t \in\N, \exists !q\in\N, n = 2^tq\text{ et }q\text{ est impair}).}

Descriptif du test de Miller en base $b$

Soit $b$ un nombre entier supérieur ou égal à $2$ appelé base.

Soit $n$ un entier naturel impair. D’après le lemme, il existe un unique entier naturel $t$ et un unique entier naturel impair $q$ tels que $n-1 = 2^t q.$ Notez que $t=0$ entraîne $n-1 =q$ et $n-1$ serait impair donc $n$ serait pair ce qui est absurde, donc $t \geq 1.$

Vous direz que $n$ passe le test de Miller en base $b$, si et seulement si :

\boxed{(b^q\equiv 1 \mod n) \text{ ou } (\exists s\in\llbracket 0, t-1\rrbracket, b^{2^s q}\equiv -1 \mod n).}

Note. Un nombre entier supérieur ou égal à $2$ qui passe le test de Miller en base $b$ peut ne pas être premier. Dans ce dernier cas précis, il est qualifié de nombre pseudo-premier fort en base $b.$

L’intérêt du test de Miller réside dans le théorème ci-dessous.

Tout nombre premier $p$ impair passe le test de Miller en base $b$ dès que $b$ n’est pas multiple de $p$

Soit $b$ un nombre entier supérieur ou égal à $2$ appelé base.

Soit $p$ un nombre premier impair tel que $b$ ne soit pas un multiple de $p.$

Comme $p-1$ est pair, il existe un unique entier naturel $t$ et un unique entier impair $q$ tels que $p-1 = 2^t q.$

S’il existe $s\in\llbracket 0, t-1\rrbracket, b^{2^s q}\equiv -1 \mod p$ alors $p$ passe le test de Miller en base $b.$

Si un tel entier $s$ n’existe pas, cela signifie ce qui suit :

\forall s\in\llbracket 0, t-1\rrbracket, b^{2^sq}\not\equiv -1 \mod p.

Pour tout entier naturel $u$ vous notez $\mathscr{P}(u)$ la propriété « $b^{2^u q} \equiv 1 \mod p$. » Vous procédez par récurrence descendante.

Initialisation. Pour $u = t$ vous cherchez à évaluer $b^{2^uq} = b^{2^tq} = b^{p-1}.$ Comme $PGCD(b,p)$ divise $p$, ce nombre vaut $1$ ou $p$ car $p$ est premier. Si $PGCD(b,p)=p$ alors $p$ divise $b$ ce qui est absurde. Donc $PGCD(b,p)=1.$ L’application du petit théorème de Fermat fournit $b^{p-1} \equiv 1\mod p$ ce qui prouve que $\mathscr{P}(t)$ est vraie.

Caractère descendant. Soit $u$ un nombre entier appartenant à l’intervalle $\llbracket 1, t \rrbracket.$ Supposez $\mathscr{P}(u)$ vraie.

Alors $b^{2^u q} \equiv 1 \mod p.$ Vous en déduisez que :

\begin{align*}
\left(b^{2^{u-1} q}\right)^2 \equiv 1 \mod p\\
\left(b^{2^{u-1} q}\right)^2 -1^2 \equiv 0 \mod p\\
\left(b^{2^{u-1} q}-1\right)\left(b^{2^{u-1} q}+1\right) \equiv 0 \mod p.
\end{align*}

Donc $p$ divise le produit $\left(b^{2^{u-1} q}-1\right)\left(b^{2^{u-1} q}+1\right).$

Cependant, notez que $u-1\in\llbracket 0, t-1\rrbracket$ donc $b^{2^{u-1}q}\not\equiv -1 \mod p$ donc $p$ ne divise pas $b^{2^{u-1} q}+1.$

Utilisant le lemme d’Euclide, vous déduisez que $p$ divise $b^{2^{u-1} q}-1$ et donc $b^{2^{u-1} q}\equiv 1 \mod p.$

La propriété $\mathscr{P}(u-1)$ est vraie.

Conclusion. Il a été démontré par récurrence descendante que $\mathscr{P}(0)$ est vraie, autrement dit $b^{2^0 q} \equiv 1 \mod n$ ce qui fournit $b^{ q} \equiv 1 \mod p.$

Ainsi $p$ passe le test de Miller en base $b.$

Application : démontrez que $1387$ n’est pas un nombre premier

Tout nombre premier $p$ passe le test de Miller en base $b$ dès que $PGCD(b,p)=1.$

Par contraposée, si $n$ est un nombre entier supérieur ou égal à $2$ de sorte que :

  • il existe une base $b$ vérifiant $PGCD(b,n)=1$
  • le nombre $n$ ne passe pas le test de Miller en base $b$

alors $n$ n’est pas premier.

Note. En pratique la base $b$ est choisie pour être strictement inférieure à $n$. S’il s’avère que $PGCD(b,n)\geq 2$ alors ce nombre est déjà un diviseur de $n$ compris entre $2$ et $n-1.$ Il est inutile de pratiquer le test de Miller puisque $n$ est déjà non premier.

Pour le nombre $n = 1387$ vous choisissez $b=2$ pour base. Comme $1387$ est impair, $PGCD(n,b)=1.$ Vous appliquez le test de Miller à $1387$ en base $2.$

Tout d’abord :

\begin{align*}
n-1 &= 1386\\
&= 2\times 693.
\end{align*} 

Par conséquent $t = 1$ et $q = 693.$

Vous évaluez $2^{693} \mod 1387.$

D’une part :

\begin{align*}
2^{10}&\equiv 1024 \mod 1387\\
2^{20}&\equiv 1024^2 \mod 1387\\
2^{20}&\equiv 1048576 \mod 1387\\
2^{20}&\equiv 756\times 1387+ 4 \mod 1387\\
2^{20}&\equiv  2^2 \mod 1387.
\end{align*} 

Comme $PGCD(2, 1387)=1$ vous pouvez simplifier la congruence deux fois par $2$ grâce au théorème de Gauss, ce qui fournit :

\boxed{2^{18}\equiv 1\mod 1387.}

D’autre part, vous effectuez la division euclidienne de $693$ par $18$ ce qui fournit :

693 = 18\times 38 + 9.

Du coup :

\begin{align*}
2^{693} &\equiv 2^9 \times (2^{18})^{38} \mod 1387\\
&\equiv 512\mod 1387.
\end{align*} 

Comme $2^{693}$ n’est ni congru à $1$ ni congru à $-1$ modulo $1387$, $1387$ ne passe pas le test de Miller en base $2$ donc $1387$ n’est pas premier.

Application : démontrez que le nombre $1\,373\,653$ n’est pas premier

Il s’agit de déterminer $t$ et $q.$

Vous notez $n = 1373653$ et par suite :

\begin{align*}
n-1 &= 1\,373\,652 \\
&= 2\times 686\,826\\
&= 4\times 343\,413.
\end{align*}

Vous choisissez $b=5$ pour base et allez effectuer le calcul de $5^{343\,413}$ modulo $1\,373\,653.$ Pour plus de lisibilité, les congruences qui suivent sont toutes effectuées modulo $1\,373\,653.$

\begin{align*}
5^2 &= 25\\
5^4 &= 25^2 =625 \\
5^8 &= 625^2 = 360\,425+024\,200+006\,000 = 360\,425+30\,200 =390\,625\\
5^{16} &\equiv 390\,625^2 \equiv 152\,587\,890\,625 \equiv 1\,373\,653\times 111\,081 + 1\,141\,732\\
5^{16} &\equiv 1\,141\,732\\
5^{32} &\equiv 1\,141\,732^2 \equiv 1\,303\,551\,959\,824 \equiv 948\,967\times 1\,373\,653+593\,373\\
5^{32} &\equiv 593\,373\\
5^{64} &\equiv 593\,373^2 \equiv  352\,091\,517\,129 \equiv 256\,317\times 1\,373\,653+901\,128\\
5^{64} &\equiv 901\,128\\
5^{128} &\equiv 901\,128^2   \equiv 812\,031\,672\,384 \equiv 591\,147\times 1\,373\,653+822\,393\\
5^{128} &\equiv 822\,393
\end{align*}
\begin{align*}
5^{256} &\equiv 822\,393^2   \equiv 676\,330\,246\,449 \equiv 492\, 358\times 1\,373\,653 + 1\,202\,675\\
5^{256} &\equiv 1\,202\,675\\
5^{512} &\equiv 1\,202\,675^2   \equiv 1\,446\,427\,155\,625 \equiv 1\,052\,978\times 1\,373\,653+ 766\,991\\
5^{512} &\equiv 766\,991\\
5^{1024} &\equiv 766\,991^2   \equiv 588\,275\,194\,081 \equiv 428\,256\times 1\,373\,653+ 54\,913\\
5^{1024} &\equiv 54\,913\\
5^{2048} &\equiv 54\,913^2   \equiv 3\,015\,437\,569 \equiv 2\,195\times 1\,373\,653+ 269\,234\\
5^{2048} &\equiv 269\,234\\
5^{4096} &\equiv 269\,234^2   \equiv 72\,486\,946\,756 \equiv 52\,769\times 1\,373\,653+ 651\,599\\
5^{4096} &\equiv 651\,599
\end{align*}
\begin{align*}
5^{8192} &\equiv 651\,599^2   \equiv 424\,581\,256\,801 \equiv 309\,089\times 1\,373\,653 + 224\,684\\
5^{8192} &\equiv 224\,684\\
5^{16384} &\equiv 224\,684^2   \equiv 50\,482\,899\,856 \equiv 36\,750\times 1\,373\,653 + 1\,152\,106\\
5^{16384} &\equiv 1\,152\,106\\
5^{32768} &\equiv 1\,152\,106^2   \equiv 1\,327\,348\,235\,236 \equiv 966\,290\times 1\,373\,653 + 1\,077\,866\\
5^{32768} &\equiv 1\,077\,866\\
5^{65536} &\equiv 1\,077\,866^2   \equiv 1\,161\,795\,113\,956 \equiv 845\,770\times 1\,373\,653 + 616\,146\\
5^{65536} &\equiv 616\,146\\
5^{131072} &\equiv 616\,146^2   \equiv 379\,635\,893\,316 \equiv 276\,369\times 1\,373\,653 + 787\,359\\
5^{131072} &\equiv 787\,359\\
\end{align*}
\begin{align*}
5^{262144} &\equiv 787\,359^2   \equiv 619\,934\,194\,881 \equiv 451\,303\times 1\,373\,653 + 475\,022\\
5^{262144} &\equiv 475\,022.
\end{align*}

Vous décomposez $343\,413$ comme une somme de puissances de $2$ à l’aide de soustractions.

\begin{align*}
343\,413 -262\,144 &= 81\,269\\
81\,269 - 65\,536&=15\,733\\
15\,733 - 8\,192 &=7\,541\\
7\,541 - 4\,096 &= 3\,445\\
3\,445- 2\,048 &=1\,397\\
1\,397-1\,024 &= 373\\
373 - 256 &= 117\\
117-64 &= 53\\
53 - 32 &= 21\\
21- 16 &= 5\\
5- 4 &=1.
\end{align*} 

Cela montre que :

\begin{align*}
343\,413 &= 262\,144+65\,536+8\,192\\
&\quad+4\,096+2\,048+1\,024\\
&\quad+256+64+32\\
&\quad+16+4+1.
\end{align*} 

Vous calculez les puissances suivantes :

\begin{align*}
5^{262\,144}\times 5^{65\,536}\times 5^{8\,192} &\equiv 475\,022\times 616\,146 \times 224\,684\\
&\equiv 65\,761\,165\,874\,653\,008\\
&\equiv 47\,873\,200\,782\times 1\,373\,653 + 856\,362\\
&\equiv 856\,362
\end{align*}
\begin{align*}
5^{4\,096}\times 5^{2\,048}\times 5^{1\,024} &\equiv 651\,599\times 269\,234 \times 54\,913\\
&\equiv 9\,633\,530\,647\,480\,558\\
&\equiv 7\,013\,074\,369\times 1\,373\,653 + 1\,280\,601\\
&\equiv 1\,280\,601
\end{align*}
\begin{align*}
5^{256}\times 5^{64}\times 5^{32} &\equiv 1\,202\,675\times 901\,128 \times 593\,373\\
&\equiv 643\,076\,365\,633\,990\,200\\
&\equiv 468\,150\,519\,551\times 1\,373\,653 + 1\,200\,397\\
&\equiv 1\,200\,397
\end{align*}
\begin{align*}
5^{16}\times 5^{4}\times 5^{1} &\equiv 1\,141\,732 \times 625 \times 5\\
&\equiv 3\,567\,912\,500\\
&\equiv 2\,597\times 1\,373\,653 + 535\,659\\
&\equiv 535\,659.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
5^{343\,413} &\equiv 856\,362\times 1\,280\,601 \times 1\,200\,397 \times 535\,659\\
&\equiv 705\,154\,906\,313\,747\,945\,181\,126\\
&\equiv 513\,342\,821\,159\,163\,154 \times 1\,373\,653 +1\,199\,564\\
&\equiv 1\,199\,564.
\end{align*} 

Vous calculez $5^{686\,826}$ comme suit :

\begin{align*}
5^{686\,826} &\equiv 5^{343\,413\times 2}\\
 &\equiv (5^{343\,413})^2\\
&\equiv 1\,199\,564^2\\
&\equiv 1\,438\,953\,790\,096\\
&\equiv 1\,047\,538\times 1\,373\,653+73\,782\\
&\equiv 73\,782.
\end{align*} 

Il a été démontré que :

\left\{\begin{align*}
5^{343\,413}&\not\equiv 1\\
5^{343\,413}&\not\equiv -1\\
5^{686\,826}&\not\equiv -1.
\end{align*} \right.

Cela prouve que le nombre $1\,373\,653$ ne passe pas le test de Miller en base $5.$ Ainsi $1\,373\,653$ n’est pas un nombre premier.

Prolongements

Première partie

Soit $n$ un nombre entier impair supérieur ou égal à $3$ et strictement inférieur à $2\,047.$

Démontrez que $n$ est premier, si et seulement si, il passe le test de Miller en base $2.$

Deuxième partie

Soit $n$ un nombre entier impair supérieur ou égal à $3$ et strictement inférieur à $10\,000.$

Démontrez que $n$ est premier, si et seulement si, il passe le test de Miller en base $2$ et s’il n’appartient pas à l’ensemble $A$ suivant :

A=\{2\,047, 3\,277, 4\,033, 4\,681, 8\,321\}.

Troisième partie

Soit $n$ un nombre entier impair ou égal à $3$ et strictement inférieur à $1\,373\,653.$

Démontrez que $n$ est premier, si et seulement si, il passe le test de Miller en base $2$ et en base $3.$

370. Caractérisez les nombres réels dont le développement est périodique en base b

Soit $b$ un nombre entier supérieur ou égal à $2$ qui sera appelé base et soit $x$ un nombre réel strictement compris entre $0$ et $1.$

Un exemple en base $10$, l’écriture décimale de 3/22

Vous allez déterminer le développement en base $10$ du nombre $\frac{3}{22}.$

Une première idée consiste à effectuer la division de $3$ par $22.$

\begin{array}{cccc|c}
3,&0 & 0 & 0& 22
\\ \hline
3 &0& & &0,136
\\
0 & 8 &0& &
\\
0 & 1 & 4 &0
\\
& & & 8
\end{array}

Vous constatez que, lorsque vous allez abaisser un zéro pour trouver le quatrième chiffre après la virgule, vous allez devoir diviser $80$ par $22$ or ce calcul a déjà effectué précédemment, le quotient est $3.$ Puis vous allez trouver un reste de $14$ ce qui va aboutir à la division de $140$ par $22$ qui fournira $6$ de quotient, et ainsi de suite.

Ainsi :

\frac{3}{22} = 0,13636363636\dots

Les pointillés signifient ici que la séquence $36$ se répète indéfiniment. Vous la noterez ainsi :

\frac{3}{22} = 0,1\overline{36}.

Dans le développement précédent, le chiffre $1$ constitue la prépériode et la séquence $36$ constitue la période. Le nombre de chiffres de la prépériode est $1$ et le nombre de chiffre de la période est de $2.$

Note. Vous pouvez aussi considérer que :

\frac{3}{22} = 0,13\overline{63}.

Vous avez changé de prépériode et de période.

Analyse : cas où le nombre $x$ admet un développement périodique

Dans le cas général, vous allez supposer que $x$ admet un développement propre, périodique de longueur $k$ précédé d’une prépériode de longueur $N.$

En base $b$ le nombre $x$ s’écrit :

x = (0,c_1\dots c_N\overline{c_{N+1}\dots c_{N+k}} )_b.

Les entiers $c_1,\dots c_{N+k}$ vérifient :

\forall i\in\llbracket 1, N+k\rrbracket, 0\leq c_i \leq b-1.

De plus, comme le développement est propre, il est impossible d’avoir $\forall i\in\llbracket N+1,N+k\rrbracket c_i = b-1.$ Autrement dit :

\exists \ell\in\llbracket N+1,N+k\rrbracket, c_{\ell} \neq b-1.

Vous pouvez maintenant procéder au calcul de $x$ à l’aide des sommes suivantes :

\begin{align*}
x &= \frac{c_1}{b}+\cdots+\frac{c_N}{b^N}+\frac{c_{N+1}}{b^{N+1}}+\cdots+\frac{c_{N+k}}{b^{N+k}}\\
 &\quad +\frac{c_{N+1}}{b^{N+k+1}}+\cdots+\frac{c_{N+k}}{b^{N+2k}}\\
&\quad +\frac{c_{N+1}}{b^{N+2k+1}}+\cdots+\frac{c_{N+k}}{b^{N+3k}}
\\
&=\frac{c_1}{b}+\cdots+\frac{c_N}{b^N} \\
&\quad+ \frac{c_{N+1}}{b^{N+1}}\left(1+\frac{1}{b^k}+\frac{1}{b^{2k}}+\cdots\right) \\
&\quad + \cdots +  \frac{c_{N+k}}{b^{N+k}}\left(1+\frac{1}{b^k}+\frac{1}{b^{2k}}+\cdots\right)
\\
&=\frac{c_1}{b}+\cdots+\frac{c_N}{b^N} \\
&\quad + \left(\frac{c_{N+1}}{b^{N+1}}+ \cdots +\frac{c_{N+k}}{b^{N+k}} \right)\left(1+\frac{1}{b^k}+\frac{1}{b^{2k}}+\cdots\right).
\end{align*}

Vous évaluez la somme infinie en utilisant le fait qu’elle est en progression géométrique de raison $\frac{1}{b^k}.$

\begin{align*}
1+\frac{1}{b^k}+\frac{1}{b^{2k}}+\cdots &= \sum_{i=0}^{+\infty}\left(\frac{1}{b^k}\right)^i \\
 &= \frac{1}{1-\frac{1}{b^k}}\\
&=\frac{b^k}{b^k-1}.
\end{align*}

Du coup, vous déduisez :

\begin{align*}
x &= \sum_{i=1}^N \frac{c_i}{b^i} + \frac{b^k}{b^k-1} \sum_{i=1}^k \frac{c_{N+i}}{b^{N+i}} \\
&= \sum_{i=1}^N \frac{b^{N-i}c_i} {b^N} + \frac{b^k}{b^k-1} \sum_{i=1}^k \frac{b^{k-i}c_{N+i}}{b^{N+k}} \\
&=  \frac{\sum_{i=1}^N b^{N-i}c_i} {b^N} +\frac{1}{b^k-1} \sum_{i=1}^k \frac{b^{k-i}c_{N+i}}{b^{N}} \\ 
&=  \frac{\sum_{i=1}^N b^{N-i}c_i} {b^N} +\frac{1}{b^k-1} \times  \frac{\sum_{i=1}^k b^{k-i}c_{N+i}}{b^{N}} \\ 
&=  \frac{(b^k-1)\sum_{i=1}^N b^{N-i}c_i + \sum_{i=1}^k b^{k-i}c_{N+i}} {b^N(b^k-1) }.
\end{align*}

En posant $a = (b^k-1)\sum_{i=1}^N b^{N-i}c_i + \sum_{i=1}^k b^{k-i}c_{N+i}$ vous constatez que $a\in\N$ et que $x=\frac{a}{b^N(b^k-1)}$ qui est le quotient de deux entiers. Le nombre $x$ est donc rationnel. Avant d’effectuer la synthèse, vous allez démontrer un lemme bien utile.

Un lemme

Soient $u$ un réel et $m$ un nombre entier.

La partie entière de $u$ est le plus grand entier inférieur ou égal à $u$ donc :

\lfloor u\rfloor \leq u < \lfloor u\rfloor +1.

En ajoutant $m$ il vient :

\lfloor u\rfloor + m \leq u+m < (\lfloor u\rfloor + m) +1.

Comme $\lfloor u\rfloor$ et $m$ sont des entiers, la somme $\lfloor u\rfloor + m$ est un entier.

D’après ce qui précède $\lfloor u\rfloor + m$ est le plus grand entier inférieur ou égal à $u+m.$ Donc :

\lfloor u\rfloor+m = \lfloor u+m\rfloor.

Il a été démontré que :

\boxed{\forall u\in\R, \forall m\in\Z,  \lfloor u+m\rfloor = \lfloor u \rfloor + m.}

Synthèse : cas où le nombre $x$ est rationnel

Comme $0<x<1$, $x$ admet une unique forme irréductible, il existe un unique entier $r$ non nul et un unique $s$ non nul tels que :

\left\{\begin{align*}
&x=\frac{r}{s}\\
&PGCD(r,s)=1.
\end{align*}
\right.

Notez que si $s=1$ alors $x$ est entier, ce qui contredit $x\in]0,1[.$ Donc $s\geq 2.$

Le but va consister à montrer que $x$ peut s’écrire comme un quotient de deux entiers avec un dénominateur égal à $b^N(b^k-1)$ où $N$ est un entier naturel et $k$ un entier naturel non nul.

Notez $B$ l’ensemble des nombres premiers qui divisent la base $b.$ En écrivant $b$ comme produit de nombres premiers, vous déduisez que pour chaque élément $p$ de $B$, il existe un entier naturel non nul $\nu(p)$ de sorte que:

b = \prod_{p\in B} p^{\nu(p)}.

Le dénominateur $s$ admet une décomposition en produit de nombres premiers. Notez $S$ l’ensemble des nombres premiers qui divisent $s.$ En écrivant $s$ comme produit de nombres premiers, vous déduisez que pour chaque élément $p$ de $S$, il existe un entier naturel non nul $\mu(p)$ de sorte que:

Ainsi:

s = \prod_{p\in S} p^{\mu(p)}.

Comme $S$ est l’union disjointe de $S\cap B$ et de $S\cap \overline{B}$ (formé par les nombres premiers $p$ qui divisent $s$ mais pas $b$) vous avez:

s = \prod_{p\in S\cap B} p^{\mu(p)} \times  \prod_{p\in S\cap \overline{B}} p^{\mu(p)}.

Vous posez $T = \prod_{p\in S\cap B} p^{\mu(p)}$ et $U = \prod_{p\in S\cap \overline{B}} p^{\mu(p)}.$

Notez que si $S\cap B$ est vide, par définition, $T$ est égal à $1.$ De même, si $S\cap \overline{B}$ est vide, alors $U=1.$

Dans les autres cas, si $T\geq 2$ (ce qui correspond au cas où $S\cap B$ est non vide) les facteurs premiers de $T$ apparaissent tous dans la décomposition en facteurs premiers de $b.$ D’autre part, si $U\geq 2$ (ce qui correspond au cas où $S\cap \overline{B}$ est non vide) les facteurs premiers de $U$ sont tous différents de ceux apparaissant dans $b.$

Vous déduisez que ces observations que $PGCD(U,b)=1$ et qu’il existe un nombre entier naturel $N$ (vous choisissez parmi ceux qui conviennent le plus petit d’entre eux) tel que $T$ divise $b^N.$

Comme $U$ et $b$ sont premiers entre eux, en notant $k$ l’ordre de $b$ modulo $U$, vous avez:

b^k\equiv 1 \mod U.

Il en résulte qu’il existe un entier $\alpha$ et un entier $\beta$ tels que:

b^N = \alpha T\\
b^k-1 = \beta U.

Reprenant l’écriture de $x$ vous obtenez:

\begin{align*}
x &= \frac{r}{s}\\
&= \frac{r}{TU}\\
&= \frac{\alpha\beta r}{\alpha T \beta U}\\
&=\frac{\alpha\beta r}{b^N(b^k-1)}.
\end{align*}

Maintenant que cette écriture est acquise, vous allez pouvoir démontrer que le développement en base $b$ de $x$ est $k$-périodique à partir du rang $N+1.$

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $N+1.$ Prenant les conclusions du contenu rédigé dans l'article 368 vous avez :

\left\{\begin{align*}
c_n &= \lfloor b^nx \rfloor-b  \lfloor b^{n-1}x \rfloor\\
c_{n+k} &= \lfloor b^{n+k}x \rfloor-b  \lfloor b^{n+k-1}x \rfloor.
\end{align*} \right.

Note. Remarquez que $c_1 = \lfloor b x \rfloor = \lfloor b^1 x \rfloor – b \lfloor b^0 x \rfloor$ vu que $\lfloor x \rfloor = 0.$

Comme $b^N(b^k-1)x = \alpha \beta r$ vous déduisez que $b^N(b^k-1)x$ est un entier, donc $b^{N+k} x-b^N x$ est un entier. Comme $n\geq N$, $b^{n-N}$ est un entier et par produit $b^{n-N}(b^{N+k} x-b^N x)$ est entier donc $b^{n+k} x-b^n x$ est un entier.

D’après le lemme :

\begin{align*}
\lfloor  b^{n+k}x \rfloor  &= \lfloor  (b^{n+k}x  - b^n x) + b^n x\rfloor \\
&=b^{n+k}x  - b^n x + \lfloor  b^{n}x \rfloor.
\end{align*}

De même, $n\geq N+1$ donc $b^{n-N-1}$ est un entier et par produit $b^{n-N-1}(b^{N+k} x-b^N x)$ est entier donc $b^{n+k-1} x-b^{n-1} x$ est un entier.

Du coup, toujours d’après le lemme :

\begin{align*}
\lfloor  b^{n+k-1}x \rfloor  &= \lfloor  (b^{n+k-1}x  - b^{n-1} x) + b^{n-1} x\rfloor \\
&=b^{n+k-1}x  - b^{n-1} x + \lfloor  b^{n-1}x \rfloor.
\end{align*}

En multipliant par $b$ vous avez :

\begin{align*}
b\lfloor  b^{n+k-1}x \rfloor  &=b^{n+k}x  - b^{n} x + b\lfloor  b^{n-1}x \rfloor.
\end{align*}

Par soustraction vous avez obtenu :

\begin{align*}
\lfloor  b^{n+k}x \rfloor - b\lfloor  b^{n+k-1}x \rfloor &=b^{n+k}x  - b^n x + \lfloor  b^{n}x \rfloor - (b^{n+k}x  - b^{n} x + b\lfloor  b^{n-1}x \rfloor)\\
&= \lfloor  b^{n}x \rfloor  - b  \lfloor  b^{n-1}x \rfloor.
\end{align*}

Du coup $c_{n+k} = c_n.$

Il vient d’être démontré que :

\forall n\geq N+1, c_{n+k} = c_n.

Le développement propre de $x$ en base $b$ est bien $k$-périodique à partir du rang $N+1.$

Compléments sur la prépériode et la période

D’après ce qui précède, $x$ est rationnel, si et seulement si, son développement propre en base $b$ est périodique à partir d’un certain rang.

Vous supposez maintenant que $x = \frac{r}{TU}$ est rationnel, de sorte qu’il existe un entier naturel $N$ minimal tel que $T$ divise $b^N$, $U$ un entier naturel non nul premier avec $b$ et $PGCD(r, TU)=1.$ Vous développez $x$ en base $b$, vous notez $M$ la longueur de la prépériode de ce développement (éventuellement nulle) et et $\ell$ la longueur de la période de celui-ci (supérieure ou égale à $1$).

Alors :

x = (0,c_1\dots c_M\overline{c_{M+1}\dots c_{M+\ell}} )_b.

Les calculs effectués précédemment ont montré que :

x=  \frac{(b^{\ell}-1)\sum_{i=1}^M b^{M-i}c_i + \sum_{i=1}^{\ell} b^{\ell-i}c_{M+i}} {b^M(b^{\ell}-1) } = \frac{r}{TU}.

Par produit, cela devient :

TU\left((b^{\ell}-1)\sum_{i=1}^M b^{M-i}c_i + \sum_{i=1}^{\ell} b^{\ell-i}c_{M+i}\right) = rb^M(b^{\ell}-1).

Donc $T$ divise le produit $rb^M(b^{\ell}-1).$ Comme $PGCD(r,TU)=1$ vous avez aussi $PGCD(r,T)=1.$ D’après le théorème de Gauss, $T$ divise $b^M(b^{\ell}-1).$ Supposez $PGCD(T, b^{\ell}-1) > 1.$ Il existe un nombre premier $p$ qui divise $PGCD(T, b^{\ell}-1).$ Alors $p$ divise $T.$ Par définition de $T$, $p$ divise $b$, donc $p$ divise $b^{\ell}.$ Or $p$ divise aussi $b^{\ell}-1$ donc par différence $p$ divise $1$ ce qui est absurde. Donc $PGCD(T, b^{\ell-1})=1.$ Toujours par le théorème de Gauss, $T$ divise $b^M.$ Or $N$ est le plus petit entier naturel tel que $T$ divise $b^N$, par suite $M\geq N.$

La prépériode est toujours supérieure ou égale à $N$, où :

N = \min\{\xi\in\N, T\mid b^{\xi}\}.

Reprenant l’égalité $TU\left((b^{\ell}-1)\sum_{i=1}^M b^{M-i}c_i + \sum_{i=1}^{\ell} b^{\ell-i}c_{M+i}\right) = rb^M(b^{\ell}-1)$ vous déduisez que $U$ divise $rb^M(b^{\ell}-1).$ Comme $PGCD(r,TU)=1$ vous avez $PGCD(r,U)=1.$ La théorème de Gauss permet d’affirmer que $U$ divise $b^M(b^{\ell}-1).$ Or, $PGCD(U,b)=1$ donc $PGCD(U,b^M)=1$ et via la théorème de Gauss, $U$ divise $b^{\ell}-1$ donc $b^{\ell}\equiv 1 \mod U$ donc $\ell$ est un multiple de l’ordre de $b$ modulo $U.$

En notant $k$ l’ordre de $b$ modulo $U$, il apparaît que la période est toujours un multiple de $k.$

Conclusion

Soit $b$ un nombre entier supérieur ou égal à $2$ qui sera appelé base et soit $x$ un nombre réel strictement compris entre $0$ et $1.$

Le développement propre de $x$ en base $b$ est périodique à partir d’un certain rang, si et seulement si, $x$ est rationnel.

Si $x$ est rationnel, il existe un unique entier $r$ non nul et un unique entier $s\geq 2$ avec $PGCD(r,s)=1$ tels que :

x = \frac{r}{s}.

Vous décomposez $s$ sous la forme $s = TU$ où l’entier non nul $T$ est formé par la partie de la décomposition en facteurs premiers de $s$ comportant tous les nombres premiers qui divisent la base $b$ (s’il n’y en a pas, $T=1$.) $U$ l’entier non nul formé par la partie de la décomposition en facteurs premiers de $s$ comportant tous les nombres premiers qui ne divisent pas la base $b.$

En notant $\boxed{N = \min\{\xi\in\N, T\mid b^{\xi}\} }$ et $\boxed{k = \text{l’ordre de } b\text{ modulo }U}$ , $x$ admet dans son développement propre en base $b$, $k$-périodique, avec une prépériode de longueur $N.$

De plus, si on choisit une autre prépériode ou une autre période dans le développement de $x$ en base $b$, alors la longueur de cette prépériode sera supérieure ou égale à $N$ et la longueur de la période sera supérieure ou égale à $k.$

Reprise de l’exemple du début, calcul préalable de la prépériode et de la période de 3/22

Sans poser de division, on peut savoir que $\frac{3}{22}$ admet un développement décimal propre périodique et déterminer sa prépériode la plus courte ainsi que sa période la plus courte.

En décimal, l’écriture de la base $b$ en produit de nombres premiers est égale à $10 = 2\times 5.$

Vous écrivez maintenant $22$ en produit de nombres premiers :

22 = 2\times 11.

Vous séparez ceux qui apparaissent dans la décomposition de $b$ des autres.

Vous obtenez $T = 2$ et $U = 11.$ Vous avez $N = \min\{\xi\in\N, T\mid 10^{\xi}\} = 1.$ La prépériode a pour longueur $1.$

Il reste maintenant à chercher l’ordre $k$ de $10$ modulo $11$.

\left\{\begin{align*}
10^1 \equiv -1 \mod 11\\
10^2 \equiv 1 \mod 11.
\end{align*}
\right.

Vous avez obtenu $k = 2$ donc la période sera égale à $2.$

Vous allez maintenant utiliser $3$ divisions pour obtenir les chiffres intervenant dans le développement de $3/22.$

D’après ce qui précède, il suffit de calculer $c_1, c_2$ et $c_3.$

c_1 = \left\lfloor 10 \times \frac{3}{22}\right\rfloor =  \left\lfloor  \frac{30}{22}\right\rfloor = 1.

Puis :

\begin{align*}
c_2 &= \left\lfloor 100 \times \frac{3}{22}\right\rfloor - 10 \left\lfloor 10 \times \frac{3}{22}\right\rfloor\\
&=  \left\lfloor  \frac{300}{22}\right\rfloor - 10\times 1\\
&=13-10\\
&=3.
\end{align*}

Enfin :

\begin{align*}
c_3 &= \left\lfloor 1000 \times \frac{3}{22}\right\rfloor - 10 \left\lfloor 100 \times \frac{3}{22}\right\rfloor\\
&=  \left\lfloor  \frac{3000}{22}\right\rfloor - 10\times 13\\
&=136-130\\
&=6.
\end{align*}

Par conséquent :

\frac{3}{22} = 0,c_1\overline{c_2c_3} = 0,1\overline{36}.

369. Nombres dont le développement se termine en base b

Soit $b$ un entier supérieur ou égal à $2$ appelé base et soit $x$ un nombre réel strictement compris entre $0$ et $1.$

Il a été démontré dans le contenu rédigé dans l'article 368 et dans celui rédigé dans l'article 367 que $x$ admet un unique développement propre en base $b.$

Il existe une unique suite $(c_i)_{i\geq 1}$ telle que :

\left\{
\begin{align*}
&\forall i\geq 1, 0\leq c_i \leq b-1\\
&\forall N\in\NN, \exists n\geq N, c_n\neq b-1\\
&x = \sum_{i=1}^{+\infty}\frac{c_i}{b^i}.
\end{align*}
\right.

Par définition, vous direz que la représentation de $x$ en base $b$ donnée par $\sum_{i=1}^{+\infty}\frac{c_i}{b^i}$ se termine, si et seulement si, tous les $c_i$ sont nuls à partir d’un certain rang, soit $\exists M\in\NN, \forall n\geq M, c_n = 0.$

Analyse

Supposez que la représentation de $x$ en base $b$ se termine.

Il existe un entier $M$ non nul tel que :

\forall n\geq M, c_n = 0.

Si $M$ était était égal à $1$, alors $x$ serait nul ce qui est absurde. Donc $M$ est supérieur ou égal à $2.$

Vous écrivez maintenant :

\begin{align*}
x &=\sum_{i=1}^{M-1}\frac{c_i}{b^i} +  \sum_{i=M}^{+\infty}\frac{c_i}{b^i}\\
&=\sum_{i=1}^{M-1}\frac{c_i}{b^i} +  \sum_{i=M}^{+\infty}\frac{0}{b^i}\\
&=\sum_{i=1}^{M-1}\frac{c_i}{b^i} +  0\\
&=\sum_{i=1}^{M-1}\frac{c_i}{b^i} \\
&=\sum_{i=1}^{M-1}\frac{b^{M-1-i}c_i}{b^{M-1}} \\
&= \frac{\sum_{i=1}^{M-1}b^{M-1-i}c_i}{b^{M-1}}.
\end{align*} 

Vous posez :

\left\{\begin{align*}
r &= \sum_{i=1}^{M-1}b^{M-1-i}c_i\\
s &= b^{M-1}.
\end{align*}
\right.

Ainsi vous avez $x=frac{r}{s}.$ $s \geq b\geq 2$ vous avez $s$ qui est non nul. Comme $r = sx$ où $x$ est strictement supérieur à $0$, vous déduisez que $s$ et $r$ sont deux entiers strictement positifs. Notez maintenant $d = PGCD(r,s).$ Il existe deux entiers strictement positifs $r’$ et $s’$ tels que $r =dr’$ et $s = ds’.$

D’une part $x = \frac{r}{s} = \frac{dr’}{ds’} = \frac{r’}{s’}$ avec $d = PGCD(dr’,ds’) = d PGCD(r’,s’)$ et donc $1 = PGCD(r’,s’).$

Notez que si $s’ = 1$ alors $x = r’$ et $x$ est entier ce qui est absurde puisque $x\in]0,1[.$ Donc $s’\geq 2.$

Soit maintenant $p$ un facteur premier de $s’.$ $p$ divise $s’$ or $s’$ divise $s = b^{M-1}$ donc $p$ divise $b^{M-1}.$ Par le lemme d’Euclide, $p$ divise $b.$

Par conséquent tous les facteurs premiers de $s’$ sont aussi des facteurs premiers de $b.$

L’analyse est achevée. Si $x$ admet un développement en base $b$ qui se termine, alors il existe deux entiers $r’$ et $s’$ avec $s’\geq 2$ tels que $x = \frac{r’}{s’}$ et $PGCD(r’,s’)=1$ et tous les facteurs premiers de $s’$ sont des facteurs premiers de $b.$

Synthèse

Supposez qu’il existe deux entiers $r’$ et $s’$ avec $s’\geq 2$ tels que $x=\frac{r’}{s’}$ et $PGCD(r’,s’)=1$ et tous les facteurs premiers de $s’$ sont des facteurs premiers de $b.$

Comme $s’$ est un entier supérieur ou égal à $2$ il admet une décomposition en produit de $t$ nombres premiers où $t$ est un entier naturel non nul. Notez $p_1, \dots, p_t$ les $t$ nombres premiers deux à deux distincts qui apparaissent dans cette décomposition. Il existe des entiers naturels non nuls $u_1, \dots, u_t$ tels que :

s' = p_1^{u_1}\times\cdots\times p_t^{u_t}.

Par hypothèse, $p_1,\dots, p_t$ sont des nombres premiers qui apparaissent dans la décomposition de $b.$ Il existe un entier naturel non nul $q$ et des entiers naturels non nuls $v_1, \dots, v_t$ tels que :

b = p_1^{v_1}\times\cdots\times p_t^{v_t}\times q.

Soit $M$ l’entier naturel non nul défini par :

M =\left\lfloor \max\left\{\frac{u_i}{v_i}, 1\leq i\leq t\right\}\right\rfloor+1.

Par définition de la partie entière, vous avez :

M>\max\left\{\frac{u_i}{v_i}, 1\leq i\leq t\right\}.

Du coup :

\forall i\in\llbracket 1, t\rrbracket, \frac{u_i}{v_i}< M.

Ainsi :

\forall i\in\llbracket 1, t\rrbracket, u_i< Mv_i.

En élevant $b$ à la puissance $M$ il vient :

\begin{align*}
b^M &= p_1^{Mv_1}\times\cdots\times p_t^{Mv_t}\times q^M\\
&=(p_1^{u_1}\times\cdots\times p_t^{u_t})\times (p_1^{Mv_1-u_1}\times\cdots\times p_t^{Mv_t-u_t}\times q^M)\\
&=s' \times (p_1^{Mv_1-u_1}\times\cdots\times p_t^{Mv_t-u_t}\times q^M).
\end{align*} 

Vous notez $a$ l’entier naturel non nul défini par $p_1^{Mv_1-u_1}\times\cdots\times p_t^{Mv_t-u_t}\times q^M$ pour avoir :

b^N = s' a.

Vous écrivez alors :

\begin{align*}
x &= \frac{r'}{s'}\\
&=\frac{ar'}{as'}\\
&=\frac{ar'}{b^M}.
\end{align*} 

Comme $0<x<1$ vous déduisez que $0 <ar’ < b^M.$ En décomposant l’entier non nul $ar’$ en base $b$, il existe des entiers $d_0, \dots, d_{M-1}$ vérifiant :

\begin{align*}
&ar' = d_{M-1}b^{M-1}+\cdots+d_0\\
&\forall i\in\llbracket 0, M-1\rrbracket, 0\leq d_i\leq b-1.
\end{align*}

Ainsi :

\begin{align*}
x &= \frac{d_{M-1}b^{M-1}+\cdots+d_0}{b^M}\\
 &= \frac{\sum_{i=0}^{M-1}d_i b^i}{b^M}\\
 &= \sum_{i=0}^{M-1}\frac{d_i }{b^{M-i}}\\
 &= \sum_{j=1}^{M}\frac{d_{M-j} }{b^{j}}.
\end{align*} 

L’écriture obtenue de $x$ est un développement propre en base $b.$ Par unicité de celui-ci :

\left\{\begin{align*}
&\forall j\in\llbracket 1, M\rrbracket, c_j = d_{M-j}\\
&\forall j\geq M+1, c_j = 0.
\end{align*}
\right.

Il a bien été démontré que $x$ admet une écriture en base $b$ qui se termine.

Concluez

Soit $x$ un nombre réel strictement compris entre $0$ et $1.$

Le développement propre de $x$ en base $b$ qui se termine, si et seulement si, il existe deux entiers $r’$ et $s’$ avec $s’\geq 2$ tels que $x = \frac{r’}{s’}$ et $PGCD(r’,s’)=1$ et tous les facteurs premiers de $s’$ sont des facteurs premiers de $b.$