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362. Les systèmes complets de congruences modulo n (2/2)

Cet exposé complète le contenu rédigé dans l'article 361.

Soit $n$ un entier naturel non nul.

Pour toute partie $A$ de $\Z$ vous direz que $A$ constitue un ensemble d’entiers non congruents modulo $n$ si et seulement si :

\forall (x,y)\in A^2,  (x \equiv y \mod n) \implies x=y.

Un système complet de congruences modulo $n$ est nécessairement un ensemble d’entiers non congruents modulo $n$

Soit $A$ un système complet de congruences modulo $n.$

Il est rappelé que l’ensemble $A$ vérifie la propriété $\mathscr{P}$ qui est : « pour tout entier relatif $x$, il existe un unique $a\in A$ tel que $x\equiv a \mod n.$ »

Soient maintenant $(x,y)\in A^2$ un couple d’éléments de $A$ tels que $x\equiv y \mod n.$

$y$ est un élément de $A$ vérifiant $x\equiv y \mod n.$

Or, $x$ est aussi un élément de $A$ tel que $x\equiv x \mod n.$

D’après la propriété $\mathscr{P}$ appliquée à $x$, vous déduisez par unicité que $x=y.$

Tout ensemble d’entiers non congruents modulo $n$ qui possède exactement $n$ éléments est un système complet de congruences modulo $n$

Soit $A$ une partie de $\Z$ comportant exactement $n$ éléments, vous les notez $a_1, \dots, a_n$ avec $a_1<\cdots<a_n.$ Supposez de plus que $A$ soit un ensemble d’entiers non congruents modulo $n.$

Soit $x$ un entier relatif fixé.

Vous raisonnez par l’absurde et supposez qu’il n’existe aucun élément $a\in A$ tel que $x\equiv a \mod n.$

Vous utilisez le fait que l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ est un système complet de congruences modulo $n.$ Pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$ il existe un unique $r_i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket$ tel que $a_i\equiv r_i \mod n.$ De même, il existe un unique $r\in\llbracket 0,n-1\rrbracket$ tel que $x\equiv r\mod n.$

Notez que s’il existe $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$ tel que $r = r_i$ alors $x \equiv r \equiv r_i \equiv a_i \mod n$ ce qui fournit, par transitivité de la congruence, $x\equiv a_i\mod n.$ Or, cela est une contradiction.

Par conséquent, pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket, r_i \neq r.$

L’ensemble $\{ r_i, 1\leq i\leq n\}$ est inclus dans l’ensemble $\llbracket 0,n-1\rrbracket \setminus \{r\}$ qui comporte $n-1$ éléments. Utilisant le principe des tiroirs, vous déduisez qu’il existe $(i,j)\in\llbracket 1, n\rrbracket ^2$ tel que $i<j$ et $r_i=r_j.$

Vous déduisez $a_i\equiv r_i \equiv r_j \equiv a_j \mod n$ et par transitivité $a_i\equiv a_j \mod n.$ Comme $A$ est un ensemble d’entiers non congruents modulo $n$, cela implique $a_i=a_j.$ Or $i<j$ donc $a_i < a_j$ d’où une contradiction.

Il a été démontré que :

\forall x\in \Z, \exists a\in A, x\equiv a\mod n.

Soit $x$ un entier relatif. Supposez qu’il existe $(a,a’)\in A^2$ tel que :

\begin{align*}
x\equiv a\mod n\\
x\equiv a' \mod n.
\end{align*}

Alors $a\equiv a’\mod n$ et comme $A$ est un ensemble d’entiers non congruents, vous avez $a=a’.$

Ainsi :

\forall x\in \Z, \exists !a\in A, x\equiv a\mod n.

L’ensemble $A$ est bien un système complet de congruences modulo $n.$

361. Les systèmes complets de congruences modulo n (1/2)

Soit $n$ un entier naturel non nul fixé dans tout cet exposé.

Une partie $A$ de l’ensemble $\Z$ sera qualifiée de système complet de congruences modulo $n$ si et seulement si, pour tout entier relatif $x$, il existe un unique élément $a$ de $A$ tel que $x\equiv a \mod n.$

L’exemple fondamental

Soit $x$ un entier relatif. Vous effectuez la division euclidienne de $x$ par $n.$ Il existe un quotient $q$ et un entier $r\in \llbracket 0, n-1\rrbracket$ tels que :

x = qn+r.

Du coup, vous obtenez :

x\equiv r\mod n.

Supposez qu’il existe $r’\in\llbracket 0, n-1\rrbracket$ tel que :

x\equiv r'\mod n.

Alors vous déduisez :

r\equiv r' \mod n.

Vous avez donc $n\mid r-r’$ donc il existe un entier relatif $k$ tel que $r-r’ = kn.$

Supposez que $k$ soit non nul. Alors $\vert k \vert \geq 1$ et comme $\vert r – r’\vert = \vert k \vert \times n$ vous déduisez $\vert r-r’\vert \geq n.$

Cependant, comme $r$ et $r’$ appartiennent à $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ vous déduisez que $1-n\leq r-r’\leq n-1$ et donc $\vert r-r’\vert \leq n-1$ d’où d’une contradiction.

Donc $k=0$ et $r=r’.$ Il a été démontré que :

\forall x\in\Z, \exists! r\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, x\equiv r\mod n.

Vous venez de démontrer dans ce paragraphe que l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ est un système complet de congruences modulo $n.$

Étudiez le cardinal d’un système de congruences modulo n

Soit $A$ un système complet de congruences modulo $n.$

En raisonnant par l’absurde, supposez que $A$ possède au moins $n+1$ éléments. Vous notez ces entiers relatifs $a_1, \dots, a_{n+1}$ avec $a_1<\cdots<a_{n+1}.$

D’après le paragraphe précédent appliqué pour chaque élément précité, vous déduisez que :

\forall i\in\llbracket 1, n+1\rrbracket, \exists!r_i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, a_i\equiv r_i\mod n.

Les entiers $(r_i)_{1\leq i\leq n+1}$ sont au nombre de $n+1$ et ils appartiennent tous à l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ qui comporte $n$ éléments. Utilisant le principe des tiroirs, vous déduisez qu’il existe un couple $(u,v)\in\llbracket 1, n+1\rrbracket^2$ tel que $u<v$ et $r_u = r_v.$ Comme $a_u \equiv r_u \mod n$ et $a_v\equiv r_v \mod n$ vous déduisez que $a_v\equiv a_u \mod n.$

D’une part, $a_v\equiv a_v \mod n$ et d’autre part $a_v\equiv a_u \mod n$ avec $a_u\neq a_v.$ Il a été montré qu’il existe un entier relatif $a_v$ et deux éléments de $A$ tels que $a_v$ leur soit congru modulo $n.$ Cela contredit le fait que $A$ soit un système complet de congruences modulo $n$ donc $A possède au maximum $n$ éléments.

Supposez en raisonnant encore par l’absurde que $A$ possède au maximum $n-1$ éléments.

Si $A$ est vide, alors $1$ doit être congru à un unique élément de $A$ modulo $1$, ce qui est impossible si $A$ ne possède aucun élément, donc $A$ n’est pas vide.

Vous notez $m$ le nombre d’éléments de $A$ vous avez $1\leq m\leq n-1.$ Vous notez les éléments de $A$ ainsi $a_1, \dots, a_{m}$ avec $a_1<\cdots<a_{m}.$

Toujours d’après le paragraphe précédent appliqué pour chaque élément précité, vous déduisez que:

\forall i\in\llbracket 1, m\rrbracket, \exists!r_i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, a_i\equiv r_i\mod n.

L’ensemble $R = \{r_i, 1\leq i \leq m\}$ contient au maximum $m$ éléments et c’est une partie de $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ qui en comporte $n$ avec $n>m.$ Donc il existe un entier $r\in\llbracket 0, n-1\rrbracket$ tel que $r\notin R.$

S’il existait $i\in\llbracket 1, m\rrbracket$ tel que $r\equiv a_i \mod n$ alors $r\equiv r_i \mod n.$ Comme $r$ et $r_i$ appartiennent tous les deux à l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ $\vert r-r_i\vert \leq n-1.$ Or $n$ divise $ r-r_i$ il existe un entier relatif $k$ tel que $r-r_i = kn$ ce qui implique $\vert r-r_i\vert = \vert k\vert \times n.$ Si $k$ n’est pas nul, il vient $\vert r-r_i\vert \geq n$ ce qui est absurde. Donc $k=0$ et $r=r_i$ et $r\in R$ contradiction. Donc $A$ ne peut pas posséder $n-1$ éléments au maximum.

Il en résulte que tout système complet de congruences modulo $n$ possède exactement $n$ éléments.

360. La multiplication modulo n selon la méthode de Head (2/2)

Cet exposé prolonge le contenu rédigé dans l'article 359 dont il reprend les notations.

Soit à calculer le résidu modulo $15007$ du produit $12345\times 6789.$ Vous souhaitez éviter le calcul direct du produit $12345\times 6789.$

Utilisant la méthode de Head, vous allez faire intervenir des nombres dont la valeur absolue est strictement inférieure à $30014.$

Calculez $T$ et $t$

Par définition, $T$ est égal à :

T = \left\lfloor \sqrt{15007}+\frac{1}{2}\right\rfloor.

D’une part $120^2 =14400$ et d’autre part $130^2 =16900.$ Vous avez donc l’encadrement :

120<\sqrt{15007}<130.

Reste à déterminer un encadrement plus précis. Vous calculez $125^2=15625.$ Il est donc démontré que :

120<\sqrt{15007}<125.

Vous poursuivez avec $122^2 =(120+2)^2 = 14400+480+4 =14884 $ d’où :

122<\sqrt{15007}<125.

Puis $123^2 =(122+1)^2 = 14884+122+123 =14884+200+45 =15084+45 =15129.$ d’où :

122<\sqrt{15007}<123.

Enfin, $122,5^2 =15006,25$ ce qui montre que :

122,5<\sqrt{15007}<123.

En ajoutant $\frac{1}{2}$ il vient :

123<\sqrt{15007}+\frac{1}{2}<123,5<124.

Par conséquent, $123$ est le plus grand entier inférieur ou égal à $\sqrt{10007}+\frac{1}{2}.$ Donc :

\boxed{T = 123.}

Comme $t = T^2-15007 =15129-15007=122$ vous déduisez :

\boxed{t = 122.}

Les deux premières divisions euclidiennes

Vous constatez que :

\begin{align*}
12345 &= 100\times 123+45\\
6789 &= 55\times 123+24.
\end{align*} 

Vous notez $a = 100$, $b = 45$, $c = 55$ et $d = 24$ de sorte que :

\begin{align*}
12345 &= a\times T+b\\
6789 &= c\times T+d.
\end{align*} 

Utilisant le fait que $T^2\equiv t$ modulo $15007$ vous avez :

12345\times 6789 \equiv act+(ad+bc)T+bd.

Le résidu de $ad+bc$ modulo $15007$

Vous avez :

\begin{align*}
ad+bc &= 100\times 24+45\times 55\\
&= 2400 + 2500-25\\
&=4900-25\\
&=4875.
\end{align*}

En posant $z = 4875$ vous déduisez :

12345\times 6789 \equiv act+zT+bd.

Effectuez une troisième division euclidienne

Vous calculez le produit $ac.$

\begin{align*}
ac &= 5500.
\end{align*}

Vous effectuez la division de ce nombre par $T.$

\begin{align*}
5500 &= 44\times 123 + 88.
\end{align*} 

Vous posez $e =44$ et $f = 88$ pour avoir $ac = eT+f.$

D’où :

\begin{align*}
12345\times 6789 &\equiv (eT+f)t+zT+bd\\
&\equiv ft+(et+z)T+bd.
\end{align*} 

Calculez le résidu de $et+z$ modulo $15007$

D’une part :

et = 44\times 122 = 5368.

D’autre part :

et+z = 5368 + 4875=10243.

Ce nombre ne dépasse pas $15007$ donc modulo $15007$ il vient :

et+z\equiv 10243.

En posant $v = 10243$ vous avez obtenu :

\begin{align*}
12345\times 6789 \equiv ft+vT+bd.
\end{align*} 

Effectuez une quatrième division euclidienne

Vous divisez $v$ par $T$ ce qui fournit :

\begin{align*}
10243 &= 83\times 123+34.
\end{align*}

Vous posez $g = 83$ et $h = 34$ pour avoir $v = gT+h.$

Alors modulo $15007$ vous avez :

\begin{align*}
12345\times 6789 &\equiv ft+(gT+h)T+bd\\
&\equiv ft+gT^2+hT+bd.
\end{align*} 

Or, $T^2\equiv t$ modulo $15007$ d’où :

\begin{align*}
12345\times 6789 \equiv ft+gt+hT+bd.
\end{align*} 

Concluez

Vous calculez $ft$ comme suit :

ft = 88\times 122 = 10736.

Vous calculez ensuite $gt$ et l’ajoutez à $ft.$

\begin{align*}
gt &= 83\times 122=10126\\
ft+gt &= 10736+ 10126=20862. 
\end{align*} 

Comme le résultat dépasse $15007$ vous formez le résidu de $ft+gt$ modulo $15007.$

\begin{align*}
ft+gt&\equiv 20862 - 15007\\
&\equiv 5855.
\end{align*}

Vous calculez ensuite $hT$ et l’ajoutez au résidu de $ft+gt$ modulo $15007.$

\begin{align*}
hT &= 34\times 123= 4182\\
(ft+gt)+hT &\equiv 5855 + 4182 \\
&\equiv 10037. 
\end{align*} 

Enfin, vous calculez $bd$ et l’ajoutez au résidu précédent.

\begin{align*}
bd &= 45\times 24 = 1080\\
((ft+gt)+hT)+bd &\equiv 10037 + 1080  \\
&\equiv 11117.
\end{align*} 

Finalement, modulo $15007$ vous avez :

\boxed{12345\times 6789 \equiv 11117.}

359. La multiplication modulo n selon la méthode de Head (1/2)

Dans cet article, $n$ désigne un entier naturel supérieur ou égal à $2.$

Vous notez $x$ et $y$ deux entiers naturels strictement inférieurs à $n$ dont vous souhaitez calculer le résidu modulo $n$ en manipulant des nombres entiers dont la valeur absolue est strictement inférieure à $2n.$ On dit qu’il n’y a pas de débordement.

Un premier lemme

Vous notez $T$ la partie entière du réel $\sqrt{n}+\frac{1}{2}$, c’est-à-dire :

\boxed{T = \left\lfloor \sqrt{n}+1/2 \right\rfloor.}

Notez que $1\leq \sqrt{2}+\frac{1}{2}\leq \sqrt{n} + \frac{1}{2}.$ Comme $T$ est par définition le plus grand entier inférieur ou égal à $\sqrt{n} + \frac{1}{2}$ vous déduisez que $1\leq T.$

Vous posez ensuite :

\boxed{t = T^2-n.}

D’une part :

T\leq \sqrt{n}+\frac{1}{2}.

Comme ces deux réels sont positifs, en élevant au carré, il vient :

\begin{align*}
T^2 &\leq \left(\sqrt{n}+\frac{1}{2}\right)^2\\
&\leq n+\frac{1}{4}+\sqrt{n}.
\end{align*} 

En retranchant $n$, vous déduisez :

\begin{align*}
T^2-n &\leq \frac{1}{4}+\sqrt{n}\\
t &\leq \frac{1}{4}+\sqrt{n}.
\end{align*}

Par définition de $T$, l’entier $T+1$ est strictement supérieur à $\sqrt{n} + \frac{1}{2}$ d’où :

\begin{align*}
\sqrt{n}+\frac{1}{2} & < T+1 \\
\sqrt{n}&< T+\frac{1}{2}\\
\sqrt{n}+\frac{1}{4}&< T + \frac{3}{4}.
\end{align*}

En cumulant les inégalités obtenues, vous obtenez :

t< T+\frac{3}{4}.

Or, $T+\frac{3}{4} < T+1$ du coup $t< T+1.$ Comme $t$ et $T$ sont deux entiers, il vient :

\boxed{t\leq T.}

D’autre part :

\begin{align*}
\sqrt{n} + \frac{1}{2}  &< T+1\\
\sqrt{n}-\frac{1}{2}&< T.
\end{align*}

Comme $n\geq 1$ vous avez $\sqrt{n}\geq 1$ et $\sqrt{n}-\frac{1}{2}$ est un nombre positif. En élevant au carré, il vient :

\begin{align*}
n+\frac{1}{4}-\sqrt{n} &< T^2\\
n-T^2 &< \sqrt{n}-\frac{1}{4}.
\end{align*}

Or :

\begin{align*}
\sqrt{n}-\frac{1}{2}&< T \\
\sqrt{n}&< T +\frac{1}{2}\\
\sqrt{n}-\frac{1}{4} &< T +\frac{1}{4}.
\end{align*}

En cumulant ces inégalités, vous déduisez :

\begin{align*}
n-T^2< T+\frac{1}{4}\\
-t < T+\frac{1}{4}.
\end{align*}

Comme $T+\frac{1}{4} < T+1$ vous avez :

-t< T+1.

Comme $-t$ et $T+1$ sont des entiers vous obtenez :

\boxed{-t\leq T.}

En résumé, la valeur absolue de l’entier $t$ est majorée par l’entier positif $T$, ce qui s’écrit :

\boxed{\vert t \vert \leq T.}

Deux lemmes

D’une part :

T\leq \sqrt{n}+\frac{1}{2}.

D’autre part :

T-1\leq \sqrt{n}-\frac{1}{2}.

Les entiers $T$ et $T-1$ étant positifs, par produit, il vient :

T(T-1)\leq n-\frac{1}{4}.

Du coup :

\boxed{T(T-1)< n.}

Ensuite, partant de $T\leq \sqrt{n}+\frac{1}{2}$ et en élevant au carré deux réels positifs vous avez :

T^2\leq n+\frac{1}{4}+\sqrt{n}.

Comme $8 < 9$ il vient en prenant la racine carrée $2\sqrt{2}< 3$ et donc $\frac{3+2\sqrt{2}}{4}< \frac{6}{4}$ d’où $\frac{3+2\sqrt{2}}{4}< \frac{3}{2}< 2 < n.$ Par suite :

\begin{align*}
&\frac{3+2\sqrt{2}}{4}< n\\
&\frac{1+2+2\sqrt{2}}{4}< n\\
&\left(\frac{1+\sqrt{2}}{2}\right)^2< n\\
&\frac{1+\sqrt{2}}{2}< \sqrt{n}\\
&1+\sqrt{2} < 2\sqrt{n}\\
&\sqrt{2}< 2\sqrt{n}-1\\
&2< (2\sqrt{n}-1)^2\\
&0 < (2\sqrt{n}-1)^2-2\\
&0 < 4n-4\sqrt{n}-1\\
&1+4\sqrt{n} < 4n\\
&1/4+\sqrt{n} < n\\
&n+1/4+\sqrt{n} < 2n\\
&T^2 < 2n.
\end{align*}

Le second résultat est établi :

\boxed{T^2<2n.}

Effectuez deux divisions euclidiennes

L’entier $x$ est positif et l’entier $T$ est strictement positif. Il existe un quotient $a\geq 0$ et un reste $b\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

x = aT+b.

Si l’entier $a$ était strictement supérieur à $T$, alors $a$ serait supérieur ou égal à $T+1$ et par produit, $aT$ serait supérieur ou égal $T^2+T.$ Comme $b$ est positif, vous auriez $x\geq T^2+T.$ Comme $-t\leq T$ il vient $n-T^2\leq T$ et $n\leq T^2+T.$ Par cumul d’inégalités vous auriez $x\geq n$ ce qui contredit le fait que $x$ est strictement inférieur à $n.$

Par suite :

\boxed{0\leq a \leq T.}

En effectuant le même raisonnement sur l’entier $y$ vous déduisez l’existence d’un entier $c$ et d’un reste $d\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

\left\{\begin{align*}
&y = cT+d\\
&0\leq c\leq T.
\end{align*}
\right.

Effectuez le produit $xy$

Vous partez des relations suivantes :

\left\{\begin{align*}
x&=aT+b\\
y&=cT+d.
\end{align*}
\right.

Après multiplication, vous avez :

\begin{align*}
xy &= acT^2+(ad+bc)T+bd\\
 &= ac(T^2-n)+(ad+bc)T+bd+nac\\
 &= act+(ad+bc)T+bd+nac.
\end{align*} 

Modulo $n$ il en résulte que :

xy\equiv act+(ad+bc)T+bd.

Obtenez le résidu de $ad+bc$ modulo $n$

Il est rappelé ce qui suit :

\left\{\begin{align*}
&0\leq a \leq T\\
&0\leq d \leq T-1.
\end{align*}
\right.

Par produit, vous obtenez :

0\leq ad \leq T(T-1) < n.

De même :

\left\{\begin{align*}
&0\leq b \leq T-1\\
&0\leq c \leq T.
\end{align*}
\right.

Par produit, vous obtenez :

0\leq bc \leq T(T-1) < n.

Par somme, le nombre $ad+bc$ appartient à l’intervalle $\llbracket 0, 2n\llbracket.$ Vous restez bien avec une valeur strictement inférieure à $2n.$

Si $ad+bc$ appartient à l’intervalle $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ vous posez $z = ad+bc.$

Sinon, $ad+bc$ appartient à l’intervalle $\llbracket n, 2n-1\rrbracket$ et par suite $ad+bc-n$ appartient à $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ vous posez $z = ad+bc-n.$

Dans les deux cas, vous avez un nombre $z$ appartenant à l’intervalle $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ de sorte que, modulo $n$ la congruence suivante est vérifiée :

z\equiv ad+bc.

Modulo $n$ vous avez montré que :

xy\equiv act+zT+bd.

Effectuez une troisième division euclidienne

Il est rappelé que :

\left\{\begin{align*}
&0\leq a \leq T\\
&0\leq c \leq T.
\end{align*}
\right.

Le produit $ac$ est positif et il est inférieur ou égal à $T^2.$ Il a été vu que $T^2<2n$ vous êtes assuré de pouvoir effectuer ce produit sans dépasser $2n$ ou l’atteindre.

Une fois ce produit effectué, vous n’allez pas le réduire modulo $n$ mais vous allez effectuer la division euclidienne de $ac$ par $T.$ Il existe un quotient $e\geq 0$ et un reste $f\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

ac = eT+f.

Comme $f$ est positif et comme $ac\leq T^2$ il vient :

eT\leq T^2.

Comme $T>0$ en divisant vous obtenez :

\boxed{0\leq e\leq T.}

Du coup :

\begin{align*}
xy&\equiv act+zT+bd\\
&\equiv (eT+f)t+zT+bd\\
&\equiv ft+(et+z)T+bd.
\end{align*}

Effectuez une réduction modulo $n$

Vous majorez la valeur absolue de $et$ comme suit :

\begin{align*}
\vert et\vert &\leq \vert e \vert \times \vert t \vert\\
&\leq T\times T\\
&\leq T^2.
\end{align*}

Comme $T^2<2n$ il n’y a pas de débordement. Ainsi, $et \in\llbracket 1-2n, 2n-1\rrbracket.$ Parmi les quatre nombres $et$, $et-n$, $et+n$ et $et+2n$ il y en a au moins un qui est égal au résidu de $et$ modulo $n.$

Comme $z$ est égal à son propre résidu modulo $n$, vous déduisez sans débordement la valeur du résidu $v$ modulo $n$ de $et+z.$ Il en résulte que :

\begin{align*}
xy &\equiv ft+vT+bd.
\end{align*}

Effectuez une quatrième division euclidienne

Vous divisez $v$ par $T$ il existe un quotient $g\geq 0$ et un reste $h\in\llbracket 0, T-1\rrbracket$ tels que :

v = gT+h.

Si $g>T$, alors $g\geq T+1$ et $gT\geq T^2+T$ donc $v\geq T^2+T.$ Or il a été vu que $T^2+T\geq n$ donc $v\geq n$ ce qui contredit le fait que $v\in\llbracket 0, n-1\rrbracket.$ Donc :

\boxed{0\leq g\leq T.}

Vous en déduisez que :

\begin{align*}
xy &\equiv ft+vT+bd\\
&\equiv ft+(gT+h)T+bd\\
&\equiv ft+gT^2+hT+bd\\
&\equiv ft+g(T^2-n)+hT+bd\\
&\equiv ft+gt+hT+bd.
\end{align*}

Concluez

Il a été vu que :

\begin{align*}
&0\leq f\leq T-1\\
&\vert t \vert \leq T.
\end{align*}

Par produit $\vert ft \vert$ est inférieur ou égal à $T(T-1)$ et comme $T(T-1)<n$ vous avez $\vert ft \vert < n$ ce qui prouve que le résidu modulo $n$ de $ft$ est calculable sans débordement.

De même :

\begin{align*}
&0\leq g\leq T\\
&\vert t \vert \leq T.
\end{align*}

Par produit $\vert gt \vert$ est inférieur ou égal à $T^2$ et comme $T^2<2n$ vous avez $\vert gt \vert < 2n$ ce qui prouve que le résidu modulo $n$ de $gt$ est calculable sans débordement.

En poursuivant :

0\leq h\leq T-1.

Par produit $hT$ est inférieur ou égal à $T(T-1)$ et comme $T(T-1)<n$ vous avez $hT< n$ ce qui prouve que $hT$ est déjà égal à son propre résidu modulo $n.$

Enfin, vous avez :

\begin{align*}
&0\leq b\leq T-1 \le T\\
& 0\leq d  \leq T.
\end{align*}

Par produit $bd$ est inférieur ou égal à $T(T-1)$ et comme $T(T-1)<n$ vous avez $bd< n$ ce qui prouve que $bd$ est déjà égal à son propre résidu modulo $n.$

Par somme, vous calculez le résidu modulo $n$ de $ft+gt$ modulo $n$ sans débordement, il est soit égal à $ft+gt$ soit à $ft+gt-n.$

Puis vous calculez le résidu modulo $n$ de $(ft+gt)+hT$ en effectuant la somme des deux résidus précédents quitte à soustraire une fois $n.$

En définitive, vous calculez le résidu modulo $n$ de $((ft+gt)+hT)+bd$ en effectuant la somme du résidu de $(ft+gt)+hT$ avec celle du résidu de $bd$, sans débordement, quitte à soustraire $n$ encore une fois si nécessaire.

Comme $xy\equiv ft+gt+hT+bd$ modulo $n$ vous avez bien obtenu le résidu du produit $xy$ modulo $n$ en restant toujours avec des nombres dont la valeur absolue est strictement inférieure à $2n.$

358. Un énoncé équivalent à la conjecture de Goldbach

La conjecture de Goldbach énonce que tout entier pair supérieur ou égal à $4$ peut s’écrire comme la somme de deux nombres premiers.

Vous allez démontrer que cette conjecture est équivalente à la propriété $(P)$ : « tout entier supérieur ou égal à $6$ peut s’écrire comme la somme de trois nombres premiers. »

Premier sens

Vous supposez que la conjecture de Goldbach est vraie.

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $6.$

Premier cas. $n$ est pair. Alors $n-2$ est un entier pair supérieur ou égal à $4.$ D’après la conjecture de Goldbach appliquée à $n-2$, il existe deux nombres premiers $p_1$ et $p_2$ tels que $n-2 = p_1+p_2.$ Du coup $n = 2+p_1+p_2$ et $n$ s’écrit comme somme de trois nombres premiers.

Second cas. $n$ est impair. Comme $n\geq 6$ vous avez même $n\geq 7.$ Ainsi $n-3\geq 4.$ Or, $n-3$ est pair. D’après la conjecture de Goldbach appliquée à $n-3$ il existe deux nombres premiers $p_1$ et $p_2$ tels que $n-3 = p_1+p_2.$ Du coup $n = 3+p_1+p_2$ et $n$ s’écrit comme somme de trois nombres premiers.

Deuxième sens

Vous supposez que la propriété $(P)$ « tout entier supérieur ou égal à $6$ peut s’écrire comme la somme de trois nombres premiers » est vraie.

Soit $n$ un entier pair supérieur ou égal à $4.$ Alors $n+2$ est un entier supérieur ou égal à $6.$ Appliquant la propriété $(P)$ à $n+2$ vous déduisez qu’il existe trois nombres premiers $p_1$, $p_2$ et $p_3$ tels que $n+2 = p_1+p_2+p_3.$ Si les trois nombres $p_1$, $p_2$ et $p_3$ sont impairs, alors leur somme $p_1+p_2+p_3$ l’est aussi, donc $n$ aussi. Mais $n$ est pair donc $n+2$ aussi, contradiction. Donc il existe $i\in\llbracket 1, 3\rrbracket$ tel que $p_i$ est pair. Comme $p_i$ est premier et que $2$ est le seul nombre premier, vous avez $p_i = 2.$ Donc vous avez :

\begin{align*}
n+2 &= p_i + \sum_{\substack{1\leq j \leq 3 \\ j\neq i}} p_j \\
&= 2 +  \sum_{\substack{1\leq j \leq 3 \\ j\neq i}} p_j.
\end{align*}

Du coup $n = \sum_{\substack{1\leq j \leq 3 \\ j\neq i}} p_j$ ce qui prouve que $n$ s’écrit comme la somme de deux nombres premiers.

357. Une version faible du théorème des nombres premiers (2/2)

Vous trouverez dans le contenu rédigé dans l'article 356 une minoration de la fonction $\pi.$

Dans cet article les notations du précédent sont reprises et vous allez démontrer la majoration suivante :

\forall n\in\N, n\geq 3 \implies \pi(n) \leq \e \frac{n}{\ln n}.

Montrez que pour tout entier $m\geq 1$ le produit $\prod_{m+1<p\leq 2m+1}p$ divise le coefficient binomial $\binom{2m+1}{m+1}$

Soient $m$ un entier supérieur ou égal à $1$ et $p$ un nombre premier tel que $m+1<p\leq 2m+1.$

Le coefficient binomial $\binom{2m+1}{m+1}$ est un nombre entier qui s’exprime avec les factorielles suivantes :

\binom{2m+1}{m+1} = \frac{(2m+1)!}{m!(m+1)!}.

Vous déduisez que :

m!(m+1)! \binom{2m+1}{m+1} = (2m+1)!.

Comme $p$ est un facteur du produit $(2m+1)!$ vous avez $p \mid (2m+1)!.$

Supposez, en raisonnant par l’absurde, que $p$ divise le produit $m! (m+1)! = 1\times\cdots\times m \times 1\times \cdots \times m \times (m+1).$ Comme $p$ est un nombre premier, d’après le lemme d’Euclide, il divise un des facteurs de ce produit. Donc il existe un entier $k$ compris entre $1$ et $m+1$ tel que $p\mid k$ donc $p\leq k.$ Or $k \leq m+1$ du coup $p\leq m+1.$ Le nombre premier $p$ étant strictement supérieur à $m+1$ vous obtenez une contradiction. Ainsi $p\nmid m!(m+1)!.$

Considérez maintenant le nombre $PGCD(p, m!(m+1)!).$ Comme il divise $p$ qui est premier, vous avez $PGCD(p, m!(m+1)!) \in\{1, p\}.$ De plus, $PGCD(p, m!(m+1)!) \mid m!(m+1)!$ et comme $p\nmid m!(m+1)!$ vous avez $PGCD(p, m!(m+1)!) \neq p$ et par suite $PGCD(p, m!(m+1)!) = 1.$

Comme $p$ divise $m!(m+1)! \binom{2m+1}{m+1}$ l’application du théorème de Gauss fournit $p\mid \binom{2m+1}{m+1}.$

Pour tout nombre premier $p$ tel que $m+1<p\leq 2m+1$ vous avez :

 p\mid \binom{2m+1}{m+1}.

S’il n’existe pas de nombre premier $p$ tel que $m+1<p\leq 2m+1$ le produit $\prod_{m+1<p\leq 2m+1}p$ est égal à $1$ par convention et il divise donc $\binom{2m+1}{m+1}.$

S’il existe au moins un nombre premier $p$ tel que $m+1<p\leq 2m+1$ il existe un entier $s\geq 1$ de sorte que $(p_k)_{1\leq k\leq s}$ soit une énumération des $s$ nombres premiers appartenant à l’intervalle $\rrbracket m+1,2m+1\rrbracket.$

Pour tout $i\in\llbracket 1, s\rrbracket$ vous avez $p_i \mid \binom{2m+1}{m+1}.$

Supposez qu’il existe deux entiers $i$ et $j$ de l’intervalle $\llbracket 1, s\rrbracket$ tels que $PGCD(p_i,p_j)\neq 1.$ Comme $PGCD(p_i,p_j) \mid p_i$ avec $p_i$ qui est premier, vous avez $PGCD(p_i,p_j) \in {1, p_i}.$ Comme il est supposé que $PGCD(p_i,p_j)\neq 1$ vous déduisez $PGCD(p_i,p_j) = p_i.$ Or $PGCD(p_i,p_j) \mid p_j$ donc $p_i \mid p_j.$ Comme $p_j$ est premier, il en résulte que $p_i\in\{1, p_j\}.$ Or $p_i\neq 1$ en tant que nombre premier donc $p_i = p_j.$ Compte tenu du fait que $(p_k)_{1\leq k \leq s}$ est une énumération des $s$ nombres premiers appartenant à l’intervalle $]m+1,2m+1]$ vous avez $i=j.$

Par contraposée, vous déduisez que les nombres de l’énumération $(p_k)_{1\leq k \leq s}$ sont deux à deux premiers entre eux. Suivant un corollaire du théorème de Gauss, vous en déduisez que :

\prod_{i=1}^s p_i \mid \binom{2m+1}{m+1}.

Autrement dit :

\boxed{\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \mid \binom{2m+1}{m+1}.}

Montrez que pour tout entier $m\geq 1$ le produit $\prod_{m+1<p\leq 2m+1}p$ est inférieur ou égal à $4^m$

Soit $m$ un entier supérieur ou égal à $1.$

Vous utilisez la formule du binôme :

\begin{align*}
(1+1)^{2m+1} &= \sum_{k=0}^{2m+1}\binom{2m+1}{k} 1^k 1^{2m+1-k}\\
&=\sum_{k=0}^{2m+1}\binom{2m+1}{k}.
\end{align*}

Les coefficients binomiaux étant tous positifs vous avez la minoration :

\begin{align*}
(1+1)^{2m+1} &\geq \sum_{k=m}^{m+1}\binom{2m+1}{k}\\
&\geq \binom{2m+1}{m}+ \binom{2m+1}{m+1}.
\end{align*}

Or, par symétrie, les coefficients binomiaux $\binom{2m+1}{m}$ et $\binom{2m+1}{m+1}$ sont égaux.

Du coup :

\begin{align*}
(1+1)^{2m+1} &\geq 2 \binom{2m+1}{m}\\
2^{2m}\times 2 &\geq 2  \binom{2m+1}{m}\\
2^{2m} &\geq \binom{2m+1}{m}\\
(2^2)^{m} &\geq \binom{2m+1}{m}\\
4^{m} &\geq \binom{2m+1}{m}.
\end{align*}

Il a été montré dans la section précédente que $\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \mid \binom{2m+1}{m+1}$ donc :

\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \leq \binom{2m+1}{m+1}.

En combinant les inégalités précédentes, il vient $\prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \leq 4^m.$

En définitive :

\boxed{\forall m\in\NN, \prod_{m+1 < p \leq 2m+1}p \leq 4^m.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 2$ le produit $\prod_{p\leq n}p$ est inférieur ou égal à $4^n$

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété : « $\prod_{p\leq n}p \leq 4^n.$ »

Initialisation. Pour $n=2$ le produit $\prod_{p\leq n}p$ est égal à $\prod_{p\leq 2}p.$ Or seul $2$ est un nombre premier inférieur ou égal à $2$ donc $\prod_{p\leq 2}p = 2.$ Or $4^n = 4^2= 16$ donc l’inégalité $\prod_{p\leq 2}p \leq 4^2$ est vérifiée et $\mathscr{P}(2)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que $\mathscr{P}(2),\dots,\mathscr{P}(n)$ sont vraies.

Premier cas. L’entier $n+1$ est pair. Remarquez que $n+1\geq 3.$ Or $2$ est le seul nombre premier pair. Donc $n+1$ n’est pas premier. Il en résulte que :

\prod_{p\leq n+1}p = \prod_{p\leq n}p.

D’après l’hypothèse de récurrence, $\prod_{p\leq n}p \leq 4^n.$ Or $4^n\leq 4^{n+1}.$ Vous déduisez :

\prod_{p\leq n+1}p \leq 4^{n+1}.

Second cas. L’entier $n+1$ est impair. Comme $n+1\geq 3$ il existe un entier $m\geq 1$ tel que $n+1 = 2m+1.$ Vous avez :

\begin{align*}
\prod_{p\leq n+1}p &= \prod_{p\leq 2m+1}p\\
&= \left( \prod_{  p\leq m+1}p \right) \left(\prod_{ m+1<  p\leq 2m+1}p\right)\\
\end{align*}

D’après l’hypothèse de récurrence, $\prod_{ p\leq m+1}p \leq 4^{m+1}.$ Il a été démontré dans la section précédente que $\prod_{ m+1< p\leq 2m+1}p \leq 4^m.$ En combinant ces inégalités vous déduisez :

\begin{align*}
\prod_{p\leq n+1}p &\leq 4^{m+1}4^m\\
&\leq 4^{2m+1}\\
&\leq 4^{n+1}.
\end{align*}

Il est ainsi prouvé que $\mathscr(P)(n+1)$ est vraie.

Conclusion. Par récurrence forte, il a été démontré que :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2 \implies \prod_{p\leq n}p \leq 4^n.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 2$, la factorielle $\pi(n)!$ est inférieure ou égale à $4^n$

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, vous notez $\mathscr{Q}(n)$ la propriété : « $\pi(n)! \leq \prod_{p\leq n}p.$ »

Initialisation. Pour $n=2$ la factorielle $\pi(2)!$ est égale à $1! = 1$ puisque $2$ est le seul nombre premier inférieur ou égal à $2.$ Pour la même raison $\prod_{p\leq 2}p = 2$ et vous déduisez $\pi(2)!\leq \prod_{p\leq 2}p$ et $\mathscr{Q}(2)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que $\mathscr{Q}(n)$ est vraie.

Premier cas. $n+1$ est un nombre premier. Dans ce cas, $\pi(n+1) = 1+\pi(n).$

\begin{align*}
\pi(n+1)! &= (1+\pi(n))!\\
&= \pi(n)! \times (1+\pi(n)).
\end{align*}

D’une part, grâce à l’hypothèse de récurrence, $\pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p.$

D’autre part, $\pi(n)$ désigne le nombre de nombres premiers qui sont inférieurs ou égaux à $n.$ Comme les nombres premiers inférieurs ou égaux à $n$ sont inclus dans l’ensemble $\llbracket 1, n\rrbracket$ il s’ensuit que $\pi(n)\leq n$ d’où $1+\pi(n)\leq 1+n.$

En cumulant ces résultats, vous déduisez :

\begin{align*}
\pi(n+1)! &\leq  \left(\prod_{p\leq n}p\right) \times (1+n).
\end{align*}

Comme $n+1$ est premier :

  \prod_{p\leq n+1}p =   \left(\prod_{p\leq n}p\right) \times (1+n).

Du coup :

\pi(n+1)! \leq  \prod_{p\leq n+1}p.

Second cas. $n+1$ n’est pas un nombre premier. Alors $\pi(n) =\pi(n+1)$ et $\prod_{p\leq n+1}p = \prod_{p\leq n}p.$ Comme $\pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p$ il vient à nouveau :

\pi(n+1)! \leq  \prod_{p\leq n+1}p.

La propriété $\mathscr{Q}(n+1)$ est donc vraie.

Conclusion. Par récurrence faible, il a été démontré que :

\forall n\in\N, n\geq 2 \implies \pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p.

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$

D’une part, $\pi(n)!\leq \prod_{p\leq n}p$ et d’autre part, grâce à la section précédente $\prod_{p\leq n}p \leq 4^n.$ En combinant ces inégalités, il vient $\pi(n)! \leq 4^n.$ Il vient d’être démontré que :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2 \implies \pi(n)!\leq 4^n.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 2$, $\pi(n) (\ln \pi(n) – 1) \leq n\ln 4$

Pour tout entier naturel $m$ non nul vous notez $\mathscr{R}(m)$ la propriété « $\forall x\in[0,+\infty[, \e^x\geq \frac{x^m}{m!}.$ »

Initialisation. Posez $m=1$ et considérez la fonction $f$ définie sur $[0,+\infty[$ par:

f(x) = \e^x-x.

En dérivant, il vient:

\forall x\geq 0, f'(x) = \e^x-1.

Fixez un réel $x$ positif ou nul. Comme $x\geq 0$ en appliquant la fonction exponentielle qui est croissante sur $\R$ il vient $\e^x \geq \e^0$ et $\e^x \geq 1.$ Donc $f'(x)$ est positif.

Par suite, la fonction $f$ est croissante sur $[0,+\infty[.$ Soit maintenant $x$ un réel positif ou nul. Vous avez $f(x)\geq f(0)$ donc $\e^x-x\geq 1.$ Du coup $\e^x-x > 0$ et $\e^x \geq x.$

La propriété $\mathscr{R}(1)$ est vraie.

Hérédité. Soit $m$ un entier naturel non nul tel que $\mathscr{R}(m)$ soit vraie.

Pour tout réel $x$ positif ou nul, vous définissez une fonction $g$ en posant:

g(x) = \e^x-\frac{x^{m+1}}{(m+1)!}.

En dérivant vous obtenez:

\forall x\geq0, g'(x) = \e^x-\frac{(m+1)x^m}{m!\times (m+1)} = \e^x-\frac{x^m}{m!}.

D’après l’hypothèse de récurrence, vous avez $\forall x \geq 0, g'(x)\geq 0.$

La fonction $g$ est donc croissante sur $]0,+\infty[.$ Soit $x$ un réel positif ou nul. Vous avez $g(x)\geq g(0)$ donc $\e^x-\frac{x^{m+1}}{(m+1)!}\geq 1$ et par suite $\e^x-\frac{x^{m+1}}{(m+1)!}\geq 0.$

La propriété $\mathscr{R}(m+1)$ est vraie.

Conclusion. Il a été montré par récurrence faible que:

\boxed{\forall m\in\NN, \forall x\in[0,+\infty[, \e^x\geq \frac{x^m}{m!}.}

Utilisant le résultat précédent en choisissant $x=m$, vous obtenez:

\boxed{\forall m\in\NN, \e^m\geq \frac{m^m}{m!}.}

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Comme $2$ est premier, vous avez $\pi(n)\geq 1.$ Vous appliquez le résultat précédent pour $m=\pi(n)$ ce qui fournit:

\begin{align*}
&\e^{\pi (n)}\geq \frac{\pi(n)^{\pi(n)}}{\pi(n)!} \\
&\pi(n)\geq \pi(n)\ln\pi(n)-\ln (\pi(n)!) \\
&\ln (\pi(n)!) \geq \pi(n)(\ln \pi(n)-1).
\end{align*}

Or d’après la section précédente:

\begin{align*}
&\pi(n)!\leq 4^n\\
&\ln (\pi(n)!) \leq n\ln 4.
\end{align*}

En cumulant ces résultats vous avez $\pi(n)(\ln \pi(n)-1) \leq n\ln 4.$ D’où:

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 2\implies \pi(n)(\ln \pi(n)-1) \leq n\ln 4.}

Montrez que pour tout entier $n\geq 3$, $\pi(n)\leq \e\frac{n}{\ln n}$

Pour tout réel $x$ strictement positif, vous définissez une fonction $h$ en posant:

h(x)=x(\ln x-1).

En dérivant, vous avez:

\forall x >0, h'(x) = 1\times(\ln x-1)+x\times \frac{1}{x} = \ln x.

Il en résulte que la fonction $h’$ est strictement positive sur l’intervalle $]1, +\infty[.$ Du coup, la fonction $h$ est strictement croissante sur l’intervalle $]1,+\infty[.$

Vous raisonnez maintenant par l’absurde en supposant qu’il existe un entier $n_0$ supérieur ou égal à $3$, tel que $\pi(n_0) > \e\frac{n_0}{\ln n_0}.$

Il a été démontré à la section précédente que $\forall x\in [0,+\infty[, \e^x > x.$ En particulier $\e^{n_0} > n_0$ donc $n_0 > \ln n_0$ donc $\frac{n_0}{\ln n_0} > 1$ et $\e\frac{n_0}{\ln n_0} > 1.$

Les deux réels $\pi(n_0)$ et $\e\frac{n_0}{\ln n_0}$ appartiennent donc à l’intervalle $]1, +\infty[.$ Par stricte croissance de la fonction $h$ sur cet intervalle il vient:

\begin{align*}
&h(\pi(n_0)) > h\left(\e\frac{n_0}{\ln n_0}\right)\\
&\pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \left(\ln \left(\e\frac{n_0}{\ln n_0}\right) - 1\right)\\
&\pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \left(\ln \e +\ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right) - 1\right)\\
&\pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right).
\end{align*} 

Or, d’après le résultat de la section précédente:

 \pi(n_0)(\ln \pi(n_0)-1) \leq n_0\ln 4.

Ainsi:

\begin{align*}
&n_0 \ln 4 >  \e\frac{n_0}{\ln n_0} \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right)  \\
& \ln 4 >  \frac{\e}{\ln n_0} \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right)  \\
& (\ln n_0)\ln 4 > \e  \times \ln \left(\frac{n_0}{\ln n_0}\right)  \\
& (\ln n_0)\ln 4 > \e  \times \left(\ln n_0 - \ln \ln n_0\right)  \\
& (\ln n_0)\ln 4 > \e  \ln n_0 - \e \ln \ln n_0 \\
& \e \ln \ln n_0 > (\e-\ln 4)  \ln n_0   \\
& \frac{\ln \ln n_0}{\ln n_0} > \frac{\e - \ln 4}{\e}.
\end{align*}

Pour tout réel $x\in[1, +\infty[$ vous posez $u(x) = \frac{\ln x}{x}.$

En dérivant, il vient:

\forall x\geq 1, u'(x) = \frac{\frac{1}{x}\times x - \ln x}{x^2} = \frac{1-\ln x}{x^2}

Sur l’intervalle $[1, \e]$ la fonction $u’$ est positive et sur l’intervalle $[\e, +\infty[$ la fonction $u’$ est négative. Il en résulte que, sur l’intervalle $[1, +\infty[$ la fonction $u$ admet un minimum pour $x = \e.$ La valeur de ce minimum est $u(\e) = \frac{\ln \e}{\e} = \frac{1}{\e}.$

Comme $\ln n_0 \in [\ln 3,+\infty[$ avec $\ln 3 > 1$ vous avez aussi $\ln n_0 \in [1, +\infty[.$ Du coup, $u(\ln n_0)=\frac{\ln \ln n_0}{\ln n_0}$ est inférieur ou égal à $\frac{1}{\e}.$

Vous en déduisez que :

\begin{align*}
&\frac{1}{\e} > \frac{\e - \ln 4}{\e}\\
&1>\e-\ln 4\\
&\ln 4 > \e-1.
\end{align*}

Utilisant le fait que $\ln 2 < 0,694$ vous déduisez $\ln 4 < 1,388.$

D’autre part $\e > 2,718$ donc $\e-1> 1,718.$ Donc $\ln 4 < 1,388 < 1,718 < \e-1$ et $\ln 4 < \e-1$ d’où une contradiction. L’entier $n_0$ ne peut pas exister.

Finalement :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 3\implies \pi(n)\leq \e\frac{n}{\ln n}.}

356. Une version faible du théorème des nombres premiers (1/2)

Pour tout réel $x$, vous notez $\pi(x)$ le nombre de nombre premiers qui sont inférieurs ou égaux à $x.$

Formellement, cela se note ainsi :

\boxed{\forall x\in\R, \pi(x) = \sum_{p\leq x} 1.}

Exemple. En énumérant tous les entiers de $1$ à $10$, vous constatez que seuls $2$, $3$, $5$ et $7$ sont premiers, ce qui fournit 4 nombres premiers, donc $\pi(10) = 4.$

Le théorème des nombres premiers énonce que :

\lim_{x\to +\infty} \frac{\pi(x)}{\frac{x}{\ln x}} = 1.

Il sera démontré dans cet article une version faible, à savoir :

\forall n\in\N, n\geq 4 \implies \pi(n) \geq \frac{\ln 2}{2}\times\frac{n}{\ln n}.

Dans tout cet article, la lettre $p$ sous un symbôle de sommation désignera un nombre premier.

Valuation $p$-adique d’un entier

Étant donnés un entier $n\geq 2$ et un nombre premier $p$, vous appelez valuation $p$-adique de $n$ l’entier noté $\boxed{v_p(n)}$ égal à l’exposant de $p$ dans sa décomposition en produit de nombres premiers.

Par exemple, si vous prenez $350$, vous obtenez :

\begin{align*}
350 &= 35\times 10\\
&= 7\times 5 \times 2\times 5\\
&=2^1\times 5^2\times 7^1.
\end{align*}

Ainsi, $v_2(350)=1$, $v_5(350)=2$ et $v_7(350) = 1.$

Lorsqu’un nombre premier n’apparaît pas explicitement dans la décomposition en produit de nombres premiers, il est toujours possible d’utiliser la puissance $0.$ Comme $13^0 = 1$ vous avez :

350 = 2^1\times 5^2\times 7^1\times 13^0.

Cela permet d’écrire $v_{13}(350) = 0.$

Le $PPCM$ des premiers entiers naturels

Pour tout entier naturel $n\geq 2$, vous notez $\boxed{\Delta_n}$ le plus petit multiple commun des entiers naturels compris entre $1$ et $n.$ C’est aussi le $PPCM$ des entiers naturels compris entre $2$ et $n.$

Exemple. Vous avez :

\begin{align*}
\Delta_6 &= PPCM(1,2,3,4,5,6)\\
&= PPCM(2,3,4,5,6).
\end{align*}

Parmi les entiers naturels allant de $2$ à $6$, seuls les nombres premiers $2$, $3$ et $5$ sont utilisés. Vous avez en effet, pour chaque décomposition en produit de nombres premiers :

\begin{align*}
2 &= 2^1\times 3^0 \times 5^0\\
3 &= 2^0\times 3^1 \times 5^0\\
4 &= 2^2\times 3^0 \times 5^0\\
5 &= 2^0\times 3^0 \times 5^1\\
6 &= 2^1\times 3^1 \times 5^0.
\end{align*}

Pour obtenir le $PPCM$ de ces entiers, vous prenez la valuation $p$-adique maximale pour chaque nombre premier $p$ appartenant à $\{2,3,5\}.$

Autrement dit, pour tout $p\in\{2,3,5\}$ vous avez :

v_p(\Delta_6) = \max \{v_p(k), 2\leq k \leq 6\}.

Du coup :

\left\{\begin{align*}
v_2(\Delta_6) &= 2\\
v_3(\Delta_6) &= 1\\
v_5(\Delta_6) &= 1.
\end{align*}
\right.

Vous en déduisez que :

\boxed{\Delta_6 = 2^2\times 3^1\times 5^1 = 60.}

Montrez que pour tout nombre premier $q$ et pour tout entier $n\geq 2$ vous avez $q^{v_q(\Delta_n)}\leq n$

Soit $q$ un nombre premier et soit $n$ un entier tel que $n\geq 2.$

Vous avez $v_q(\Delta_n) = \max \{v_q(k), 2\leq k \leq n\}.$

Comme l’ensemble $\{v_q(k), 2\leq k \leq n\}$ est fini, il existe un entier $k_0$ compris entre $2$ et $n$ tel que $v_q(k_0) = \max \{v_q(k), 2\leq k \leq n\}.$

Or l’entier $k_0$ est égal au produit suivant :

k_0 = \prod_{p\leq n} p^{v_p(k_0)}. 

Premier cas. Si $q$ est inférieur ou égal à $n$, il apparaît dans le produit de $k_0$ et donc $q^{v_q(k_0)}\leq k_0.$ Or $k_0$ est inférieur ou égal à $n$ donc $q^{v_q(k_0)}\leq n.$

Il a été vu que $v_q(\Delta_n) = v_q(k_0)$ ce qui prouve le résultat suivant :

\boxed{q^{v_q(\Delta_n)} \leq n.}

Second cas. Si $q$ est strictement supérieur à $n$, alors $q$ ne peut apparaître dans aucune décomposition en facteurs premiers de $k$ où $k\in\llbracket 2, n\rrbracket$ donc $v_q(\Delta_n) = 0$ et donc $q^{v_q(\Delta_n)} = 1.$ Comme $n\geq 2$ vous déduisez que l’inégalité $q^{v_q(\Delta_n)} \leq n$ est encore valable.

Montrez que pour tout entier $n\geq2$ vous avez $\Delta_n \leq n^{\pi(n)}$

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Vous notez $s=\pi(n)$ et $p_1,\dots,p_s$ les nombres premiers des décompositions en facteurs premiers de tous les entiers $k$ compris entre $2$ et $n.$

Utilisant les valuations, vous obtenez :

\forall k\in\llbracket 2, n\rrbracket, k= \prod_{i=1}^s p_i^{v_{p_i}(k)}.

Pour tout $i\in\llbracket 1, s\rrbracket$, vous avez $v_{p_i}(\Delta_n) = \max \{v_{p_i}(k), 2\leq k\leq n\}$ avec :

 \Delta_n= \prod_{i=1}^s p_i^{v_{p_i}(\Delta_n)}.

D’après le résultat établi à la précédente section :

\forall i\in\llbracket 1, s\rrbracket, p_i^{v_{p_i}(\Delta_n)} \leq n.

Du coup :

\begin{align*}
\Delta_n &\leq \prod_{i=1}^s n\\
&\leq n^s\\
&\leq n^{\pi(n)}.
\end{align*}

Il a été prouvé que :

\boxed{\forall n\geq 2, \Delta_n \leq n^{\pi(n)}.}

Déduisez-en une version faible du théorème des nombres premiers

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $4.$

Alors :

\begin{align*}
n&\geq 4\\
2n &\geq 4+n\\
2n-4&\geq n\\
n-2&\geq \frac{n}{2}.
\end{align*} 

Note. Cette astuce est effectuée afin de pouvoir appliquer la fonction logarithme sans faire apparaître de soustraction.

D’après le contenu rédigé dans l'article 348 vous avez $\Delta_n \geq \frac{2^n}{4}.$

Utilisant le fait que $\frac{2^n}{4} = 2^{n-2}$ vous avez $\Delta_n \geq 2^{n/2}.$

Du coup, en tenant compte de la section précédente :

\begin{align*}
2^{n/2} &\leq n^{\pi(n)} \\
\frac{n}{2}\ln 2  &\leq \pi(n) \ln n\\
\frac{\ln 2}{2}\times \frac{n}{\ln n} &\leq \pi(n).
\end{align*}

Vous avez obtenu le résultat souhaité :

\boxed{\forall n\in\N, n\geq 4 \implies  \frac{\ln 2}{2}\times\frac{n}{\ln n} \leq \pi(n).}

Prolongement

Allez lire le contenu rédigé dans l'article 357 pour obtenir une majoration de la fonction $\pi.$

354. Factorisez un entier naturel avec la méthode de Fermat

Soit $n$ un entier naturel. Il convient tout d’abord de remarquer que la racine de $n$ est inférieure ou égale à $\frac{n+1}{2}.$ En effet :

\begin{align*}
(n-1)^2 &\geq 0\\
n^2-2n+1&\geq 0\\
n^2+2n+1&\geq 4n\\
(n+1)^2 &\geq 4n\\
n+1 &\geq 2\sqrt{n}\\
\frac{n+1}{2}&\geq \sqrt{n}.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall n\in\N, \sqrt{n}\leq \frac{n+1}{2}.}

Par définition, un entier naturel qui n’est pas premier sera qualifié de composé.

Le résultat à démontrer

Il s’agit d’établir que, pour tout entier naturel $n$ impair supérieur ou égal à $3$, vous avez l’équivalence :

\boxed{n\text{ n'est pas premier}\Longleftrightarrow \exists k\in \N \cap \left[\sqrt{n}, \frac{n+1}{2}\right[, k^2-n\text{ est le carré d'un entier.} }

Note. Ce résultat a déjà été établi dans le contenu rédigé dans l'article 296. Une démonstration plus succincte est présentée dans cet article.

Démontrez le sens $\implies$

Soit $n$ un entier naturel impair composé supérieur ou égal à $3.$ Il existe deux entiers naturels $a$ et $b$ compris entre $2$ et $n-1$ tels que $n=ab.$

Si $a$ est pair, alors $2\mid a.$ Comme $a\mid n$ vous déduisez par transitivité que $2\mid n$ donc $n$ est pair ce qui est absurde. De même si $b$ est pair, il vient $2\mid b$ puis $b\mid n$ donc $2\mid n$ du coup $n$ est pair, contradiction. Donc $a$ et $b$ sont impairs.

Le quotient de la division euclidienne de $a$ par $2$ est donc égal à $1.$ De même, le quotient de la division euclidienne de $b$ par $2$ est égal à $1.$ Il existe deux entiers naturels $a’$ et $b’$ tels que $a = 2a’+1$ et $b = 2b’+1$ d’où $a+b = 2(a+a’+1)$ ce qui prouve que $a+b$ est pair. Ainsi $\frac{a+b}{2}$ est un entier naturel. Utilisant le même raisonnement, $a – b = 2(a’-b’)$ donc $a-b$ est un entier relatif pair et $\frac{a-b}{2}$ est un entier relatif.

Vous posez maintenant $k = \frac{a+b}{2}.$ Il a été vu que $k\in\N.$

Comme $a>1$ et comme $b>1$, le produit $(a-1)(b-1)$ est strictement positif. En développant, vous obtenez :

\begin{align*}
&(a-1)(b-1)> 0\\
&ab-a-b+1 > 0\\
&ab+1 > a+b\\
&n+1 > a+b\\
&\frac{n+1}{2} > k.
\end{align*}

Maintenant, $k^2-n$ est le carré d’un entier relatif. En effet :

\begin{align*}
k^2-n &= \left(\frac{a+b}{2}\right)^2-ab\\
&= \frac{a^2+2ab+b^2}{4}-\frac{4ab}{4}\\
&= \frac{a^2-2ab+b^2}{4}\\
&=\left(\frac{a-b}{2}\right)^2.
\end{align*}

Comme un carré est positif, il vient $k^2-n \geq 0$ puis $k^2\geq n$ et enfin $k\geq \sqrt{n}$ ce donne le résultat.

Démontrez le sens $\impliedby$

Soit $n$ un entier naturel impair supérieur ou égal à $3.$ Vous supposez qu’il existe un entier naturel $k$ tel que :

\left\{\begin{align*}
&\sqrt{n}\leq k < \frac{n+1}{2}\\
&k^2-n\text{ est le carré d'un entier}.
\end{align*}
\right.

Comme $n\geq 1$ il vient $\sqrt{n}\geq 1$ donc $k\geq 1.$

Il existe un entier relatif $u$ tel que $k^2-n=u^2 = (\vert u \vert)^2.$ En posant $\ell = \vert u \vert$ il vient :

\begin{align*}
k^2-n&=\ell^2\\
k^2-\ell^2 &=n\\
(k+\ell)(k-\ell) &= n.
\end{align*}

Comme $2k < n+1$ vous déduisez ce qui suit :

\begin{align*}
2k<  n+1\\
-n < -2k+1\\
k^2-n < k^2-2k+1\\
\ell^2<(k-1)^2.
\end{align*} 

Comme $\ell$ et $k-1$ sont positif, vous déduisez $\ell < k-1$ donc $1< k-\ell.$

Ainsi, l’entier $k-\ell$ est supérieur ou égal à $2$ et divise $n.$

Si $n$ était premier, alors $k-\ell = n.$ L’égalité $(k+\ell)(k-\ell) = n$ s’écrit $n(k+\ell) = n$ d’où $k+\ell =1.$ Comme $k$ est supérieur ou égal à $1$ il vient $\ell = 0$ donc $n = k^2$ donc $k$ divise $n.$ Si $k=1$ alors $n =1$ ce qui contredit le fait que $n$ est premier. Si $k=n$ alors $n = n^2$ d’où $n=1$ après simplification par $n$ ce qui est absurde.

Donc $n$ est composé.

Application : factorisez $2279$

Cherchez d’abord le plus petit carré parfait qui soit supérieur ou égal à $2279.$

Comme $40^2 = 1600$ et comme $50^2=2500$ vous prenez $45^2=2025.$

Ce nombre étant strictement inférieur à $2279$ vous calculez le carré suivant.

\begin{align*}
46^2&= 2025+45+46\\
&= 2025+91\\
&= 2116.
\end{align*} 

Vous poursuivez :

\begin{align*}
47^2&= 2116+46+47\\
&= 2116+93\\
&= 2209.
\end{align*} 

Vous continuez :

\begin{align*}
48^2&= 2209+47+48\\
&= 2209+95\\
&= 2304.
\end{align*} 

Comme $48^2 \geq 2279$ vous évaluez la différence suivante :

\begin{align*}
48^2- 2279 &= 2304-2279\\
&=104-79\\
&=99-74\\
&=25\\
&=5^2.
\end{align*}

Ainsi $2279$ va être factorisé comme suit :

\begin{align*}
2279 &= 48^2-5^2\\
&=(48+5)(48-5)\\
&=53\times 43.
\end{align*}

Application : factorisez $10541$

Vous avez $100^2 =10000$ ce qui vous amène à calculer le carré parfait suivant.

\begin{align*}
101^2&= 10000+100+101\\
&= 10000+201\\
&= 10201.
\end{align*} 

Comme $10201< 10541$ vous poursuivez.

\begin{align*}
102^2&= 10201+101+102\\
&= 10201+203\\
&= 10404.
\end{align*} 

Comme $10404< 10541$ vous poursuivez.

\begin{align*}
103^2&= 10404+102+103\\
&= 10404+205\\
&= 10605.
\end{align*} 

Etant donné que $10609\geq 10541$ vous calculez la différence suivante :

\begin{align*}
103^2-10541 &= 10609-10541\\
&=109-41\\
&=99-31\\
&=68.
\end{align*} 

Comme $68$ n’est pas un carré parfait, vous calculez la prochaine différence :

\begin{align*}
104^2-10541 &= (103^2-10541) + (103+104)\\
&=68+207\\
&=275.
\end{align*} 

Comme $275$ n’est pas un carré parfait, vous calculez la prochaine différence :

\begin{align*}
105^2-10541 &= (104^2-10541) + (104+105)\\
&=275+209\\
&=484\\
&=22^2.
\end{align*} 

Ainsi, $10541$ est factorisable et :

\begin{align*}
10541 &= 105^2-22^2\\
&=(105+22)(105-22)\\
&=127\times 83.
\end{align*}

Prolongement

Vous êtes invité à lire le contenu rédigé dans l'article 295 qui détaille un autre exemple.

352. Résolvez une équation avec congruence dans le cas linéaire

Dans cet article, vous trouverez des moyens de résoudre une équation de la forme $ax\equiv b \quad [n].$ Le but est d’essayer de diviser successivement le nombre $a$ jusqu’à obtenir $1$ mais certaines précautions doivent être prises.

Quand les trois coefficients admettent un diviseur commun

Fixez trois nombres entiers $a$, $b$ et $n.$ Soit à résoudre l’équation ci-dessous dont l’inconnue $x$ est un nombre entier :

\boxed{(E): \quad ax \equiv b \quad [n].}

Supposez qu’il existe un entier non nul $d$ tel que :

\left\{\begin{align*}
d&\mid a\\
d&\mid b\\
d&\mid n.
\end{align*}\right.

Vous notez $a’$, $b’$ et $n’$ les quotients correspondants, qui sont aussi des nombres entiers :

\left\{\begin{align*}
a' &= a/d\\
b' &= b/d\\
n' &= n/d.
\end{align*}\right.

Vous considérez l’équation suivante dont l’inconnue $x$ est un nombre entier :

\boxed{(E'): \quad a'x \equiv b' \quad [n'].}

Alors les équations $(E)$ et $(E’)$ ont le même ensemble de solutions.

En effet :

\begin{align*}
x\text{ est solution de }(E)  &\Longleftrightarrow ax\equiv b\quad [n]\\
&\Longleftrightarrow n\mid ax- b \\
&\Longleftrightarrow \exists k\in\Z,  ax- b = kn \\
&\Longleftrightarrow \exists k\in\Z,  da'x- db' = kdn' \\
&\Longleftrightarrow \exists k\in\Z,  d(a'x- b') = kdn' \\
&\Longleftrightarrow \exists k\in\Z,  a'x- b' = kn' \\
&\Longleftrightarrow  n' \mid a'x- b'  \\
&\Longleftrightarrow a'x\equiv b'\quad [n]\\
&\Longleftrightarrow x\text{ est solution de }(E').
\end{align*} 

Note. Si équation de la forme $ax\equiv b\quad [n]$ possède au moins une solution, alors $b$ est nécessairement divisible $PGCD(a,n).$

Dans la suite, vous vous attachez à une équation linéaire avec congruence, en supposant désormais que $PGCD(a,n)=1.$

Quand $a$ est premier avec $n$ la congruence modulo $n$ est conservée après une division

Fixez trois nombres entiers $a$, $b$ et $n.$ Vous supposez que $PGCD(a,n)=1$ et qu’il existe un entier non nul $d$ tel que $d\mid a$ et $d\mid b.$ Comme précédemment, vous posez :

\left\{\begin{align*}
a' &= a/d\\
b' &= b/d.
\end{align*}\right.

Alors les équations suivantes possédant la même congruence modulo $n$ ont le même ensemble de solutions :

\begin{align*}
(E): \quad ax &\equiv b \quad [n]\\
(E'): \quad a'x &\equiv b' \quad [n].
\end{align*}

Première étape. Soit $x$ une solution de l’équation $(E’).$ Alors $n \mid a’x-b’.$ Or $ax-b = da’x-db’ = d(a’x-b’).$ Donc $a’x-b’ \mid ax-b.$ Par transitivité, vous déduisez $n \mid ax-b$ et par suite $ax\equiv b \quad [n]$ et $x$ est solution de $(E).$

Seconde étape. Soit maintenant $x$ une solution de $(E).$ Alors $n \mid ax-b$ ce qui s’écrit $n\mid d(a’x-b’).$ Par définition, $PGCD(n,d)$ divise $d.$ Or $d\mid a$ et par transitivité $PGCD(n,d) \mid a.$ Toujours avec la définition du $PGCD$, $PGCD(n,d) \mid n.$ Comme $PGCD(n,d)$ divise à la fois $a$ et $n$ qui sont premiers entre eux, il en résulte que $PGCD(n,d)=1.$ En appliquant le théorème de Gauss, $n\mid d(a’x-b’)$ fournit $n\mid a’x-b’$ et $a’x\equiv b’\quad [n]$ et $x$ est solution de $(E’).$

Appliquez les résultats précédents sur des exemples

Résolvez l’équation $3x\equiv 4\quad [5]$

Vous remarquez que $PGCD(3,5)=1.$ La stratégie va consister à remplacer $4$ par un nombre congru modulo $5$ qui est aussi un multiple de $3.$

Or, vous avez :

\begin{align*}
4 &\equiv 4+5\quad [5]\\
&\equiv 9\quad [5].
\end{align*} 

Vous pouvez diviser par $3$ à la dernière étape pour conclure :

\begin{align*}
3x\equiv 4\quad [5] \Longleftrightarrow 3x\equiv9\quad [5]\\
\Longleftrightarrow x\equiv3 \quad [5].
\end{align*}

L’ensemble des solutions de cette équation est :

\mathscr{S} = \{3+5k, k\in\Z\}.

Résolvez l’équation $18x\equiv 42\quad [50]$

Vous calculez d’abord $PGCD(18,50)$ en utilisant le fait que $PGCD(9,25)=1$ combiné avec la propriété multiplicative du $PGCD.$

\begin{align*}
PGCD(18,50) &= 2PGCD(9,25)\\
&= 2\times 1\\
&=2.
\end{align*}

La congruence modulo $50$ se simplifie en une congruence modulo $25.$

\begin{align*}
18x\equiv 42\quad [50] \Longleftrightarrow 9x\equiv 21\quad [25].
\end{align*}

Vous allez maintenant ajouter ou soustraire $25$ un certain nombre de fois à $21$ jusqu’à tomber sur un multiple de $9.$

\begin{align*}
 9x\equiv 21\quad [25] &\Longleftrightarrow 9x\equiv 21\quad [25]\\
& \Longleftrightarrow 9x\equiv 46\quad [25] \\
&\Longleftrightarrow 9x\equiv 71\quad [25] \\
&\Longleftrightarrow 9x\equiv 96\quad [25] \\
&\Longleftrightarrow 9x\equiv 121\quad [25] \\
&\Longleftrightarrow 9x\equiv 146\quad [25] \\
&\Longleftrightarrow 9x\equiv 171\quad [25] \\
&\Longleftrightarrow 9x\equiv 19\times 9\quad [25]\\
&\Longleftrightarrow x\equiv 19\quad [25].
\end{align*}

L’ensemble des solutions de cette équation est :

\mathscr{S} = \{19+25k, k\in\Z\}.

La méthode ci-dessus fonctionne systématiquement

Fixez trois nombres entiers $a$, $b$ et $n.$ Vous supposez que $PGCD(a,n)=1.$ Vous allez démontrer qu’il existe un entier $q$ tel que $a\mid b+qn.$

En effet, comme $a$ et $n$ sont deux entiers premiers entre eux, en appliquant le théorème de Bezout, il existe deux entiers $u$ et $v$ tels que $au+nv = 1.$ En multipliant par $b$, il vient :

\begin{align*}
&b= abu+bvn\\
&b+(-bv)n = abu.
\end{align*}

En posant $q= -bv$ vous avez l’égalité $b+qn = abu$ si bien que $a\mid b+qn.$

Cela justifie la technique utilisée dans l’exemple précédent.

Quand vous cherchez à résoudre $9x\equiv 21\quad [25]$, vous savez à l’avance qu’il existe un entier $q$ tel que $9 \mid 21+25q.$ Pour un tel entier, vous avez :

\begin{align*}
 9x\equiv 21\quad [25] &\Longleftrightarrow 9x\equiv 21 + 25q\quad [25].

\end{align*}

En notant $h$ le quotient de la division de $21+25q$ par $9$, vous aboutissez à :

\begin{align*}
 9x\equiv 21\quad [25] &\Longleftrightarrow x\equiv h\quad [25].
\end{align*}

La division par $9$ est autorisée sans modifier la congruence modulo $25$ puisque $PGCD(9,25)=1.$

351. La somme des valeurs de l’indicatrice d’Euler prise sur tous les diviseurs d’un entier naturel n non nul est égale à n

Pour tout entier naturel $n$ non nul, vous notez $\varphi(n)$ le nombre d’entiers naturels inférieurs ou égaux à $n-1$ qui sont premiers avec $n.$

Pour tout $n\in\NN$ vous notez :

A_n = \{k\in\llbracket0, n-1\rrbracket, PGCD(k,n)=1\}.

Alors $\varphi(n)$ désigne le nombre d’éléments de l’ensemble $A_n.$

L’objectif de cet article est de démontrer que :

\boxed{\forall n\in\NN, \quad n = \sum_{d\mid n}\varphi(d).}

Note. Pour tout entier $n$ non nul, la somme $\sum_{d\mid n} \varphi(d)$ désigne la somme $\sum_{\substack{1\leq d\leq n \\ d\mid n}} \varphi(d).$

Visualisez la situation pour $n=60$

Déterminez tous les diviseurs de $60$

Le nombre $60$ s’écrit comme un produit faisant apparaître les puissances des nombres premiers $2$, $3$ et $5$ étant donné que :

60 =2^2\times 3\times 5.

$4 = 2^2$ possède trois diviseurs, $1$, $2$ et $4.$

$3$ possède deux diviseurs, $1$ et $3.$

$5$ possède deux diviseurs, $1$ et $5.$

Utilisant le principe du produit, $60$ possède $3\times 2 \times 2 = 12$ diviseurs obtenus comme suit :

\begin{align*}
1\times 1\times 1 &= 1\\
1\times 1\times 5 &= 5\\
1\times 3\times 1 &= 3\\
1\times 3\times 5 &= 15\\
2\times 1\times 1 &= 2\\
2\times 1\times 5 &= 10\\
2\times 3\times 1 &= 6\\
2\times 3\times 5 &= 30\\
4\times 1\times 1 &= 4\\
4\times 1\times 5 &= 20\\
4\times 3\times 1 &= 12\\
4\times 3\times 5 &= 60.
\end{align*}

Vous notez $D$ l’ensemble des diviseurs de $60$, à savoir :

\boxed{D=\{1, 2,3, 4, 5,6, 10, 12, 15, 20, 30, 60\}.}

Parmi tous les entiers compris entre $0$ et $59$ déterminez leur $PGCD$ avec $60$

Vous remplissez les tableaux suivants :

\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
k & 0 & 1& 2& 3& 4& 5& 6& 7& 8 & 9\\
\hline
PGCD(k,60) & 60 & 1 & 2 & 3 & 4 & 5 & 6 & 1 & 4 & 3\\
\hline
\end{array}
\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
k & 10 & 11& 12& 13& 14& 15& 16& 17& 18 & 19\\
\hline
PGCD(k,60) & 10 & 1 & 12 & 1 & 2 & 15 & 4 & 1 & 6 & 1\\
\hline
\end{array}
\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
k & 20 & 21& 22& 23& 24& 25& 26& 27& 28 & 29\\
\hline
PGCD(k,60) & 20 & 3 & 2 & 1 & 12 & 5 & 2 & 3 & 4 & 1\\
\hline
\end{array}
\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
k & 30 & 31& 32& 33& 34& 35& 36& 37& 38 & 39\\
\hline
PGCD(k,60) & 30 & 1 & 4 & 3 & 2 & 5 & 12 & 1 & 2 & 3\\
\hline
\end{array}
\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
k & 40 & 41& 42& 43& 44& 45& 46& 47& 48 & 49\\
\hline
PGCD(k,60) & 20 & 1 & 6 & 1 & 4 & 15 & 2 & 1 & 12 & 1\\
\hline
\end{array}
\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
k & 50 & 51& 52& 53& 54& 55& 56& 57& 58 & 59\\
\hline
PGCD(k,60) & 10 & 3 & 4 & 1 & 6 & 5 & 4 & 3 & 2 & 1\\
\hline
\end{array}

Lorsque $k$ décrit l’ensemble $\llbracket 0, 59\rrbracket$ vous constatez que $PGCD(k,60)$ décrit l’ensemble des diviseurs de $60.$

Vous allez classifier les entiers compris entre $0$ et $59$ selon la valeur que prend leur $PGCD$ avec $60.$

Introduisez une partition

A ce stade, il semblerait naturel de considérer, pour tout $d\in D$ l’ensemble suivant :

 \{k\in\llbracket0, 59\rrbracket, PGCD(k,60)=d\}.

En prenant $d = 60$ cet ensemble serait $\{k\in\llbracket0, 59\rrbracket, PGCD(k,60)=60\}$ et il ne contiendrait qu’un seul élément, or il serait souhaitable qu’il en contienne $\varphi(60).$

Du coup, il convient de considérer, pour tout $d\in D$ l’ensemble :

\Omega_d =  \{k\in\llbracket0, 59\rrbracket, PGCD(k,60)=60/d\}.

Cette définition permet de s’assurer que l’ensemble $\Omega_{60}$ contient exactement $\varphi(60)$ éléments.

Vous remarquez que la famille $(\Omega_d)_{d\in D}$ est une partition de l’ensemble $\llbracket 0, 59\rrbracket.$

En effet, vous avez :

\begin{align*}
\Omega_{1} &= \{0\} \\
\Omega_{2} &= \{30\} \\
\Omega_{3} &= \{20,40\} \\
\Omega_{4} &= \{15, 45\} \\
\Omega_{5} &= \{12, 24, 36, 48\} \\
\Omega_{6} &= \{10, 50\} \\
\Omega_{10} &= \{6, 18, 42, 54\} \\
\Omega_{12} &= \{5, 25, 35, 55\} \\
\Omega_{15} &= \{4, 8, 16, 28, 32, 44, 52, 56\} \\
\Omega_{20} &= \{3, 9, 21, 27, 33, 39, 51, 57 \} \\
\Omega_{30} &= \{2, 14, 22, 26, 34, 38, 46, 58\} \\
\Omega_{60} &= \{1, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, 41, 43, 47, 49, 53, 59\} \\
\end{align*}

En évaluant la fonction $\varphi$ sur les diviseurs de $60$, vous obtenez le tableau suivant :

\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|c|}
\hline
d & 1 & 2& 3& 4& 5& 6& 10& 12& 15 & 20 & 30 & 60\\
\hline
\varphi(d) & 1 & 1 & 2 & 2 & 4 & 2 & 4& 4 & 8 & 8 &8 & 16\\
\hline
\end{array}

Vous constatez alors que :

\forall d\in D, \Omega_d\text{ possède }\varphi(d)\text{ éléments.}

Il s’ensuit que :

\begin{align*}
60&=\sum_{d\in D} \text{nombre d'éléments de }\Omega_d \\
&= \sum_{d\in D}\varphi(d)\\
&= \sum_{d\mid 60}\varphi(d).
\end{align*} 

Traitez le cas général

Soit $n$ un entier naturel non nul fixé.

Introduisez les notations

Vous notez $D$ l’ensemble des diviseurs de $n$, défini par :

D = \{d\in\NN, d\mid n\}.

Enfin, pour tout $d\in D$ vous notez $\Omega_d$ l’ensemble suivant :

\Omega_d = \{k\in\llbracket 0, n-1\rrbracket, PGCD(k,n)=n/d\}.

Pour tout $d\in D$ déterminez le nombre d’éléments de l’ensemble $\Omega_d$

Soit $d\in D.$ Alors $\frac{n}{d}$ est un entier non nul.

Par définition, $\varphi(d)$ est le nombre d’éléments de l’ensemble :

A_d = \{k\in\llbracket0, d-1\rrbracket, PGCD(k,d)=1\}.

Vous considérez la fonction $f$ suivante qui va de $A_d$ dans $\Omega_d$, définie par :

\forall x\in A_d, f(x) = \frac{n}{d}x.

Montrez que $f$ est bien définie

Soit $x\in A_d.$ Alors $x$ est un entier compris entre $0$ et $d-1$ et $PGCD(x,d)=1.$ Comme $\frac{n}{d}$ est un entier naturel, il en est de même de $\frac{n}{d}x.$ Or, $x < d.$ Après multiplication par $\frac{n}{d}$ vous avez $\frac{n}{d}x < n$ donc $\frac{n}{d}x\in\llbracket 0, n-1\rrbracket.$

Le $PGCD$ étant multiplicatif, l’égalité $PGCD(x,d)=1$ fournit $PGCD\left(\frac{n}{d}x, n\right) = \frac{n}{d}$ après multiplication par $\frac{n}{d}.$ Ainsi, $f(x)\in \Omega_d$ et la fonction $f$ est bien définie.

Montrez que $f$ est bijective

Soient $x$ et $y$ deux éléments de $A_d$ tels que $f(x) = f(y)$, alors $\frac{n}{d}x = \frac{n}{d}y$ d’où $nx = ny$ après multiplication par $d$, puis $x=y$ après division par $n$ qui est non nul. Donc $f$ est injective.

Soit maintenant $y$ un élément de $\Omega_d.$ $y$ est un entier compris entre $0$ et $n-1$, de sorte que $PGCD(y,n) = \frac{n}{d}.$ Par définition du $PGCD$, l’entier $\frac{n}{d}$ divise $y$. En notant $q\in\N$ le quotient de la division de $y$ par $\frac{n}{d}$, vous avez $y = \frac{n}{d}q.$

Si $q\geq d$ alors $\frac{n}{d}q\geq n$ et $y\geq n$ ce qui est impossible, donc $q < d$ et par suite $q\in\llbracket 0, d-1\rrbracket.$

L’égalité $PGCD(y,n) = \frac{n}{d}$ fournit $PGCD\left( \frac{n}{d}q , n\right) = \frac{n}{d}$ qui devient $PGCD(nq, dn = n)$ après multiplication par $n.$ Or $PGCD(nq, dn) = nPGCD(q,d)$ donc $nPGCD(q,d) = n$ d’où $PGCD(q,d)=1$ après division par $n$ qui est non nul. Ainsi, $q\in A_d.$ Comme $y = \frac{n}{d}q$, vous avez $f(q) = y$ et la surjectivité de $f$ est démontrée.

La fonction $f$ étant à la fois injective et surjective, elle est bijective.

Concluez

Les ensembles $A_d$ et $\Omega_d$ étant en bijection, ils ont le même nombre d’éléments.

Pour tout $d\in D$ :

\boxed{\varphi(d) = \text{nombre d'élements de }\Omega_d.}

Démontrez que la famille $(\Omega_d)_{d\in D}$ est une partition de $\llbracket 0, n-1\rrbracket$

Sur l’égalité $\bigcup_{d\in D} \Omega_d = \llbracket 0, n-1\rrbracket$

Soit $d\in D$ par définition de $\Omega_d$ l’inclusion $\Omega_d\subset \llbracket 0, n-1\rrbracket$ est satisfaite.

Donc :

\bigcup_{d\in D} \Omega_d \subset  \llbracket 0, n-1\rrbracket.

Soit $k$ un élément de $\llbracket 0, n-1\rrbracket.$ Vous notez $d’ = PGCD(k,n).$ Par définition du $PGCD$, $d’ \mid n$ donc il existe un entier naturel $d$ tel que $n = dd’.$ Si $d=0$ alors $n=0$ ce qui est absurde, donc $d\in\NN$ et $d\mid n$ donc $d\in D.$ Comme $PGCD(k,n) = \frac{n}{d}$ il s’ensuit que $k\in \Omega_d.$

Ainsi :

\llbracket 0, n-1\rrbracket \subset \bigcup_{d\in D} \Omega_d.

Par double inclusion, vous avez obtenu :

\boxed{\bigcup_{d\in D} \Omega_d = \llbracket 0, n-1\rrbracket.}

L’union $\bigcup_{d\in D} \Omega_d$ est disjointe

Soient maintenant $d_1$ et $d_2$ deux éléments de $D$ tels que $\Omega_{d_1} \cap \Omega_{d_2} \neq \emptyset.$

Il existe $x\in \Omega_{d_1} \cap \Omega_{d_2}.$ Comme $x\in \Omega_{d_1}$ vous déduisez $PGCD(x,n) = \frac{n}{d_1}.$

Comme $x\in \Omega_{d_2}$, vous avez aussi $PGCD(x,n)=\frac{n}{d_2}.$

Vous déduisez :

PGCD(x,n)=\frac{n}{d_1}=\frac{n}{d_2}.

Du coup, il vient $d_1 = d_2.$

Par contraposée, il a été prouvé ce qui suit :

\boxed{\forall (d_1,d_2)\in D^2, \quad d_1\neq d_2\implies \Omega_{d_1}\cap\Omega_{d_2} = \emptyset.}

Démontrez la relation annoncée dans le cas général

La famille $(\Omega_d)_{d\in D}$ est une partition de l’ensemble $\llbracket 0, n-1\rrbracket$ qui possède $n$ éléments.

Par somme, il vient :

 \begin{align*}
n&=\sum_{d\in D} \text{nombre d'éléments de }\Omega_d \\
&= \sum_{d\in D}\varphi(d).
\end{align*} 

Concluez

La propriété suivante a été démontrée :

\boxed{\forall n\in\NN, \quad n = \sum_{d\mid n}\varphi(d).}