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072. Polynôme minimal d’un élément algébrique

Soit $\K$ un corps quelconque et $\L$ un corps contenant $\K$.

Supposez que $\alpha$ est un élément algébrique sur $\K$, i.e. il existe un polynôme $P$ non nul de $\K[X]$ tel que $P(\alpha)=0.$

Remarquez déjà que $P$ est de degré supérieur à égal à $1$. Si tel n’était pas le cas, $P$ serait constant et non nul et l’égalité $P(\alpha)=0$ forcerait la valeur de cette constante à $0$ et donc $P$ serait nul, ce qui constitue une contradiction.

Vers un polynôme irréductible

Vous savez que dans $\R[X]$, tout comme dans $\C[X]$ les polynômes s’écrivent tous comme produits de polynômes irréductibles.

Pour le corps $\K$, rappelez-vous ce que signifie la notion de « polynôme irréductible ». La définition est analogue à celle des nombres premiers.

Par exemple, $1$ n’est pas un nombre premier pour assurer l’unicité de la décomposition d’un entier $n\geq 2$ comme produit de nombres premiers. Pour les polynômes, on effectue l’analogie et on définit les polynômes constants comme n’étant pas irréductibles. Ces remarques conduisent à la définition suivante.

Un polynôme $A\in \K[X]$ est dit irréductible sur $\K$, si et seulement si les deux conditions suivantes sont satisfaites :
$A$ est de degré supérieur ou égal à 1,
$\forall B \in \K[X]$, $ B$ divise $A \Rightarrow (\exists \lambda\in \K^{*}, A = \lambda$ ou $B=\lambda A)$.

La dernière condition peut être remplacée par : « les seuls polynômes qui divisent $A$ sont les polynômes constants et les polynômes associés à $A$« .

Vous voulez montrer maintenant qu’il existe un et un seul polynôme unitaire et irréductible $A\in \K[X]$ tel que $A(\alpha)=0$. Cela sera montré en deux étapes.

Existence d’un polynôme unitaire et irréductible sur $\K$ qui annule $\alpha$

Parmi tous les polynômes unitaires de $\K[X]$ qui annulent $\alpha$, vous allez considérer « les plus petits », c’est-à-dire ceux qui ont un degré minimal. Cela conduit à considérer l’ensemble suivant.
$E = \{ n\in \N^{*}, \exists Q\in\K[X], Q\text{ est unitaire, de degré }n, \text{ tel que }Q(\alpha)=0.\}$

Soit $c\neq 0$ le coefficient dominant du polynôme $P$. Considérez $P_0 = \dfrac{1}{c} P$.
Il s’ensuit que $\mathrm{deg} P_0 \in E $ vu que $P_0$ est unitaire de même degré que $P$ et annulant $\alpha$.

L’ensemble $E$ est non vide. Comme $E\subset \N^{*}$ notons $m\geq 1$ le plus petit élément de $E$. Il existe ainsi un polynôme $Q\in\K[X]$ unitaire, de degré $m\geq 1$, tel que $Q(\alpha)=0$. Il reste à montrer que $Q$ est irréductible sur $\K$.

Vous allez y parvenir grâce à ce lemme : si $B$ est un diviseur de $Q$ dans $\K[X]$ tel que $B(\alpha)=0$, alors $B$ et $Q$ sont associés.

Preuve du lemme. Soit $B$ un diviseur de $Q$ dans $\K[X]$ tel que $B(\alpha)=0$. Il existe $C\in\K[X]$ tel que $Q(X)=B(X)C(X)$.

Si $B$ était constant, on aurait $B(X)=B(\alpha)=0$ et $Q=BC=0$, contradiction. Donc $B$ n’est pas constant. Notez $b\neq 0$ le coefficient dominant de $B$ et considérez $B_0 = \dfrac{1}{b}B$.

Comme $\mathrm{deg} B_0 = \mathrm{deg} B$ vous constatez que $B_0$ est unitaire, annule $\alpha$ et a un degré supérieur ou égal à $1$. Donc $\mathrm{deg} B_0\in E$.
Il s’ensuit que, par minimalité de $m$, $m\leq \mathrm{deg} B_0 \leq \mathrm{deg} B$. Comme $B$ divise $Q$, $\mathrm{deg} B \leq m$ donc $\mathrm{deg} B = m$. $Q$ et $B$ ayant le même degré, $C(X)$ est constant. Cette constante est non nulle sinon $Q$ serait nul. Par conséquent, il existe $\mu \in \K^{*}$ tel que $C(X)=\mu$ et vous obtenez $B(X)=\dfrac{1}{\mu}Q(X)$. Le lemme est démontré.

Maintenant, vous avez tous les outils pour montrer que $Q$ est irréductible sur $\K$.

Remarquez que $Q$ est de degré supérieur ou égal à 1.
Notez $B\in \K[X]$ un diviseur de $Q$. Il existe un polynôme $C\in\K[X]$ tel que $Q=BC$.
Supposez que $B(\alpha)=0$. Par application du lemme à $B$, $B$ est associé à $Q$.
Supposez maintenant que $B(\alpha)\neq 0$. Posez $\lambda = B(\alpha) $, $\lambda\in\K^{*}$. Comme $Q(\alpha)=0=B(\alpha)C(\alpha)$, par intégrité du corps $\K$, vous avez $C(\alpha)=0$. Comme $C$ est un diviseur de $Q$ dans $\K[X]$, par application du lemme à $C$, $C$ et $Q$ sont associés. Ils ont le même degré. Aussitôt, $B$ est constant, donc $B(X)=\lambda$.

Unicité du polynôme unitaire et irréductible sur $\K$ qui annule $\alpha$

Soient $R$ et $S$ deux polynômes unitaires et irréductibles sur $\K$ tels que $R(\alpha)=S(\beta)=0.$

Notez $T$ le PGCD des deux polynômes $R$ et $S$. Ce PGCD est le polynôme unitaire de plus haut degré divisant à la fois $R$ et $S$. Par l’algorithme d’Euclide, vous savez que $T\in\K[X]$.
Supposez que $T$ est constant. D’après la relation de Bézout, il existe $U$ et $V$, deux polynômes à coefficients dans $K$, tels que $T(X)= U(X)R(X)+V(X)S(X)$. Alors $T(\alpha) = U(\alpha)\times 0 + V(\alpha)\times 0 = 0.$ Donc $T(X)=T(\alpha)=0$. Comme $R$ est un multiple de $T$, c’est que $R=0$. Contradiction avec $\mathrm{deg}R \geq 1.$

Donc $T$ n’est pas constant. $\mathrm{deg} T \geq 1.$ Comme $T$ est un diviseur de $R$ qui est irréductible sur $\K$, $T$ est associé à $R$. Comme $T$ et $R$ sont unitaires, $T=R$. De même, comme $T$ est un diviseur de $S$ qui est irréductible sur $\K$, $T$ et $S$ sont associés. Ils sont unitaires donc $T=S$.

Finalement $R=T=S$.

Quels sont les polynômes de $\K[X]$ qui annulent $\alpha$ ?

Soit $A$ un polynôme de $\K[X]$ qui annule $\alpha$. Notez $\Pi$ l’unique polynôme unitaire et irréductible sur $\K$ qui annule aussi $\alpha$.

Notez $B$ le PGCD des polynômes $\Pi$ et $A$. Alors $B\in\K[X]$. Il existe deux polynômes de Bézout $U$ et $V$ de $\K[X]$ tels que $B = UA+V\Pi$. En substituant $\alpha$, vous trouvez $B(\alpha)=0$.
Or, $B$ divise $\Pi$ qui est irréductible. Si $B$ est constant alors il est identiquement nul, donc $\Pi$ est nul, contradiction. Donc $B$ n’est pas constant. Il est donc associé à $\Pi$. Comme $B$ divise $A$ et que $B$ et $\Pi$ sont associés, aussitôt $\Pi$ divise $A$.

L’ensemble des multiples de $\Pi$ dans $\K[X]$ est l’ensemble des polynômes de $\K[X]$ qui annulent $\alpha$. C’est pour cette raison que le polynôme $\Pi$ est aussi appelé « polynôme minimal » de $\alpha$.

Que peut-on dire d’un polynôme de $\K[X]$ qui n’annule pas $\alpha$ ?


Soit $Q$ un polynôme à coefficients dans $\K$ tel que $Q(\alpha)\neq 0$. Vous pourrez former l’inverse $\dfrac{1}{Q(\alpha)}$ et l’exprimer comme un polynôme en $\alpha$.

C’est ainsi qu’il est possible d’écrire une expression de la forme $\dfrac{1}{\sqrt{2}+\sqrt{3}+\sqrt{5}}$ sans racine carrée au dénominateur…

Reprenez le polynôme $Q$ et diminuez son degré en le divisant par le polynôme minimal $\Pi$.

De l’algorithme d’Euclide, vous déduisez l’existence de deux polynômes $A$ et $B$ à coefficients dans $\K$ tels que $Q=A\Pi+B$ avec la condition de degré $\mathrm{deg} B < \mathrm{deg} \Pi.$

En substituant $\alpha$ vous trouvez $Q(\alpha) = B(\alpha)$. Il reste à montrer que $\dfrac{1}{B(\alpha)}$ s’exprime comme un polynôme en $\alpha$.

Considérez les coefficients de Bézout dans le calcul du PGCD de $\Pi$ et de $B$ noté $R$. Comme $\mathrm{deg}R \leq \mathrm{deg}B < \mathrm{deg} \Pi$, $R$ ne peut être associé à $\Pi$. Comme $\Pi$ est irréductible, $R$ est une constante non nulle. Donc il existe $\lambda\in\K^{*}$ et deux polynômes $U$ et $V$ à coefficients dans $\K$ tels que $\lambda = U\Pi + VB.$ En substituant $\alpha$, vous trouvez $\lambda = V(\alpha)B(\alpha)$ aussitôt $\dfrac{1}{Q(\alpha)} = \dfrac{1}{B(\alpha)}=\dfrac{V(\alpha)}{\lambda}.$

071. Comment simplifier une expression ? (2/2)

Soit $\alpha$ un réel vérifiant la relation $\boxed{4\alpha^3 = 3\alpha+8}$. Vous souhaitez simplifier la fraction suivante : $\dfrac{\alpha^3+1}{4\alpha^2-1}.$

Les coefficients de Bézout

Vous allez chercher deux polynômes $P$ et $Q$ tels que $P(X)(4X^3-3X-8)+Q(X)(4X^2-1)=1$.

Pourquoi ? Si vous y parvenez, en remplaçant l’indéterminée $X$ par $\alpha$, vous obtiendrez $P(\alpha)(4\alpha^3-3\alpha-8)+Q(\alpha)(4\alpha^2-1)=1$. Comme $4\alpha^3-3\alpha-8=0$, vous aurez l’égalité $\dfrac{1}{4\alpha^2-1} = Q(\alpha)$.

Pour la suite, posez $A(X)=4X^3-3X-8$ et $B(X)=4X^2-1.$

Commencez par les relations fondamentales.

\begin{aligned}
1A(X)+0B(X) &= 4X^3-3X-8 \\
0A(X)+1B(X) &=4X^2-1.
\end{aligned}

Effectuez l’opération élémentaire $L_2 \leftrightarrow L_1$ suivi de $L_2 \leftarrow L_2-XL_1.$

\begin{aligned}
0A(X)+1B(X) &= 4X^2-1 \\
1A(X)-XB(X) &=-2X-8.
\end{aligned}

Effectuez l’opération élémentaire $L_2 \leftrightarrow L_1$ suivi de $L_2 \leftarrow L_2+2XL_1.$

\begin{aligned}
1A(X)-XB(X) &=-2X-8\\
2XA(X)+(-2X^2+1)B(X) &=-16X-1 \\
\end{aligned}

Effectuez la combinaison $ -8L_1+L_2$ qui élimine $X$ dans le membre de droite, pour obtenir $(2X-8)A(X)+(-2X^2+8X+1)B(X)=63.$

Cela vous donne : $\dfrac{63}{4\alpha^2-1} = -2\alpha^2+8\alpha+1.$

Ainsi : $\dfrac{63(\alpha^3+1)}{4\alpha^2-1} = (\alpha^3+1)(-2\alpha^2+8\alpha+1).$

Dernière partie, la simplification cherchée

Pour utiliser l’expression $4\alpha^3=3\alpha+8$, vous multipliez par $4$ :

\begin{align*}
\dfrac{4\times 63(\alpha^3+1)}{4\alpha^2-1} &= (4\alpha^3+4)(-2\alpha^2+8\alpha+1) \\
&=(3\alpha+12)(-2\alpha^2+8\alpha+1)\\
&=-6\alpha^3+24\alpha^2+3\alpha-24\alpha^2+96\alpha+12\\
&=-6\alpha^3+99\alpha+12.
\end{align*}

Vous divisez par $3$ :
$\dfrac{4\times 21(\alpha^3+1)}{4\alpha^2-1} =-2\alpha^3+33\alpha+4.$

Vous multipliez par $2$ :
\begin{aligned}
\dfrac{8\times 21(\alpha^3+1)}{4\alpha^2-1} &=-4\alpha^3+66\alpha+8\\
&= -3\alpha-8+66\alpha+8\\
&=63\alpha.
\end{aligned}

Vous divisez par $21$ :
$\dfrac{8(\alpha^3+1)}{4\alpha^2-1} =3\alpha$

et finalement vous retrouvez : $\boxed{\dfrac{\alpha^3+1}{4\alpha^2-1} =\dfrac{3\alpha}{8}}.$

070. Comment simplifier une expression ? (1/2)

Ce qui motive cet article, c’est la simplification de la fraction $f(\alpha)=\dfrac{\alpha^3+1}{4\alpha^2-1}$, sachant que $\alpha$ est un réel vérifiant la relation $4\alpha^3=3\alpha + 8.$

Le plan d’action

Il faut faire disparaître le dénominateur présent dans $f(\alpha)$, ce qui motive le choix de poser $\beta = 4\alpha^2-1$.

Vous allez calculer les puissances successives de $\beta$.

Elles s’expriment toutes en fonction de $\alpha$ et de $\alpha^2.$

Vous utilisez l’élimination exactement comme si vous résolvez un système linéaire d’équations. De là, vous éliminez tous les $\alpha$ et $\alpha^2$.

Vous en tirez une expression avec des puissances successives de $\beta$ uniquement.

Vous pouvez exprimer $\dfrac{1}{\beta}$ en fonction de $\alpha$ et $\alpha^2$ et supprimer le dénominateur de $f(\alpha)…$

Etude des puissances de $\beta$

\begin{aligned}
\beta^2 &= ( 4\alpha^2-1)^2 \\
&=16\alpha^4-8\alpha^2+1\\
&=4\alpha(4\alpha^3)-8\alpha^2+1\\
&=4\alpha(3\alpha + 8)-8\alpha^2+1\\
&=4\alpha^2+32\alpha+1.
\end{aligned}

\begin{aligned}
\beta^3 &= \beta^2( 4\alpha^2-1) \\
&=(4\alpha^2+32\alpha+1)(4\alpha^2-1)\\
&=16\alpha^4-4\alpha^2+32( 4\alpha^3)-32\alpha+4\alpha^2-1\\
&=4\alpha (4\alpha^3)+32 (4\alpha^3)-32\alpha-1\\
&=4\alpha (3\alpha + 8)+32(3\alpha + 8)-32\alpha-1\\
&=12\alpha^2+32\alpha+96\alpha+256-32\alpha-1\\
&=12\alpha^2+96\alpha+255.
\end{aligned}

Elimination de $\alpha$

Le système suivant est obtenu :

\begin{aligned}
1 +0\alpha +0\alpha^2 &=1\\
-1 +0\alpha +4\alpha^2 &=\beta\\
1 +32\alpha +4\alpha^2 &=\beta^2\\
255 +96\alpha +12\alpha^2 &=\beta^3.
\end{aligned}

Vous effectuez des opérations élémentaires.

\begin{aligned}
1 &+0\alpha +0\alpha^2 =1\\
&+0\alpha +4\alpha^2 =1+\beta\\
&+32\alpha +4\alpha^2 =-1+\beta^2\\
&+96\alpha +12\alpha^2 =-255+\beta^3.
\end{aligned}

Une permutation de deux lignes.

\begin{aligned}
1 &+0\alpha +0\alpha^2 =1\\
&+32\alpha +4\alpha^2 =-1+\beta^2\\
&+0\alpha +4\alpha^2 =1+\beta\\
&+96\alpha +12\alpha^2 =-255+\beta^3.
\end{aligned}

Et une opération élémentaire.

\begin{aligned}
1 +0\alpha +0\alpha^2 &=1\\
+32\alpha +4\alpha^2 & =-1+\beta^2\\
+4\alpha^2 &=1+\beta\\
0 &=\beta^3-3\beta^2-252.
\end{aligned}

On en déduit le résultat : $\dfrac{252}{\beta}=\beta^2-3\beta.$

Le calcul de $f(\alpha)$

\begin{aligned}
f(\alpha) &=\dfrac{\alpha^3+1}{\beta}\\
252f(\alpha) &= \dfrac{252}{\beta} (\alpha^3+1) \\
&= (\beta^2-3\beta)(\alpha^3+1)\\
&=(4\alpha^2+32\alpha+1 -12\alpha^2+3)(\alpha^3+1)\\
&=(-8\alpha^2+32\alpha +4)(\alpha^3+1)\\
&=(-2\alpha^2+8\alpha +1)(4\alpha^3+4)\\
&=(-2\alpha^2+8\alpha +1)(3\alpha+12)\\
&=-6\alpha^3-24\alpha^2+24\alpha^2+96\alpha+3\alpha+12\\
&=-6\alpha^3+99\alpha+12.\\
\end{aligned}

On simplifie par 3.

\begin{aligned}
84f(\alpha) &=-2\alpha^3+33\alpha+4\\
168f(\alpha) &=-4\alpha^3+66\alpha+8\\
&=-3\alpha-8+66\alpha+8\\
&=63\alpha\\
\end{aligned}

On simplifie par 7 puis par 3.

\begin{aligned}
168f(\alpha) &=63\alpha\\
24f(\alpha) &=9\alpha\\
8f(\alpha)&=3\alpha
\end{aligned}

et on obtient le résultat $f(\alpha)=\dfrac{3}{8}\alpha.$

068. Comment savoir si un polynôme possède une racine multiple ?

Soit $K$ un sous-corps de $\mathbb{C}.$

Pour tout polynôme $P$ à coefficients dans $K$, vous allez voir que $P$ est à racines simples dans $\mathbb{C}$, si et seulement si, les polynômes $P$ et $P’$ sont premiers entre eux.

Pour démontrer ce résultat, vous aller démontrer l’équivalence suivante, en prenant les contraires : pour tout polynôme $P$ à coefficients dans $K$, $P$ possède au moins une racine multiple dans $\mathbb{C}$, si et seulement si, les polynômes $P$ et $P’$ ne sont pas premiers entre eux.

Implication $\Longrightarrow$

Soit $P$ un polynôme à coefficients dans $K$, possédant au moins une racine multiple. Notez $a\in \mathbb{C}$ une telle racine. Il existe un polynôme $Q\in \mathbb{C}[X]$ tel que $P(X)=(X-a)^2 Q(X)$. Il s’ensuit que $P'(X)=2(X-a)Q(X)+(X-a)^2Q'(X)=(X-a)\left(2Q(X)+(X-a)Q'(X)\right).$

Le polynôme $X-a$ divise les polynômes $P$ et $P’$ qui se sont pas premiers entre eux.

Implication $\Longleftarrow$

Soit $P$ un polynôme à coefficients dans $K$, tel que $P$ et $P’$ ne soient pas premiers entre eux. Il existe un polynôme $Q\in K[X]$ de degré supérieur ou égal à 1, tel que $Q$ divise $P$ et $P’$. Notez que $P’$ est de degré 1 ou plus, donc $P$ est de degré $n\geq 2$. Comme on a aussi $Q\in\mathbb{C}[X]$ vous appliquez le théorème de d’Alembert. Il existe $a\in\mathbb{C}$ tel que $Q(a)=0$. Il en résulte que $P(a)=0$ et que $P'(a)=0$.

La formule de Taylor appliquée au polynôme $P$ permet de conclure.

\begin{aligned}
P(X) &= \sum_{k=0}^n \dfrac{P^{(k)}(a)}{k!}(X-a)^k \\&= \sum_{k=2}^n \dfrac{P^{(k)}(a)}{k!}(X-a)^k \\&= (X-a)^2\sum_{k=0}^{n-2} \dfrac{P^{(k+2)}(a)}{(k+2)!}(X-a)^k.\end{aligned}

Comment savoir si $P$ et $P’$ sont premiers entre eux par le calcul (avec les coefficients de Bezout pour le fun) ?

Considérez le polynôme $P$ défini par :
$P(X)=X^6-6X^5 + 15X^4- 20X^3 + 12X^2-4.$

Dérivez :
$P'(X)=6X^5-30X^4+60X^3-60X^2+24X = 6(X^5-5X^4+10X^3-10X^2+4X).$

Posez $Q(X)=X^5-5X^4+10X^3-10X^2+4X.$

Vous allez déterminer le PGCD des polynômes $P$ et $Q$, avec les coefficients de Bezout avec l’algorithme décrit ci-dessous.

\begin{aligned}
X^6-6X^5 + 15X^4- 20X^3 + 12X^2-4 &= 1 P(X) + 0 Q(X)\\
X^5-5X^4+10X^3-10X^2+4X &= 0P(X) + 1Q(X)
\end{aligned}

Cherchant à diminuer le degré 6 de la première ligne, on effectue l’opération élémentaire $L_1 \leftarrow L_1-XL_2.$

\begin{aligned}
-X^5 + 5X^4- 10X^3 + 8X^2-4 &= 1 P(X) -X Q(X)\\
X^5-5X^4+10X^3-10X^2+4X &= 0P(X) + 1Q(X)
\end{aligned}

On continue en éliminant le degré 5 de la première équation. On effectue $L_1 \leftarrow L_1+L_2.$

\begin{aligned}
-2X^2+4X-4 &= 1 P(X) +(-X+1) Q(X)\\
X^5-5X^4+10X^3-10X^2+4X &= 0P(X) + 1Q(X)
\end{aligned}

Pour éviter les fractions, multipliez la ligne 2 par 2.

\begin{aligned}
-2X^2+4X-4 &= 1 P(X) +(-X+1) Q(X)\\
2X^5-10X^4+20X^3-20X^2+8X &= 0P(X) + 2Q(X)
\end{aligned}

Eliminez le degré 5 de la deuxième ligne en effectuant l’opération élémentaire $L_2 \leftarrow L_2+X^3L_1.$

\begin{aligned}
-2X^2+4X-4 &= 1 P(X) +(-X+1) Q(X)\\
-6X^4+16X^3-20X^2+8X&= X^3P(X) + (-X^4+X^3+2)Q(X)
\end{aligned}

Eliminez le degré 4 de la deuxième ligne en effectuant l’opération élémentaire $L_2 \leftarrow L_2-3X^2L_1.$

\begin{aligned}
-2X^2+4X-4 &= 1 P(X) +(-X+1) Q(X)\\
4X^3-8X^2+8X&= (X^3-3X^2)P(X) + (-X^4+4X^3-3X^2+2)Q(X)
\end{aligned}

Eliminez le degré 3 de la deuxième ligne en effectuant l’opération élémentaire $L_2 \leftarrow L_2+2XL_1.$

\begin{aligned}
-2X^2+4X-4 &= 1 P(X) +(-X+1) Q(X)\\
0 &= (X^3-3X^2+2X) P(X) +(-X^4+4X^3-5X^2+2X+2 ) Q(X)
\end{aligned}

L’algorithme s’arrête. Il montre que $PGCD(P,Q)=X^2-2X+2.$

Du coup $PGCD(P,P’)=X^2-2X+2.$

Le polynôme $P$ possède donc au moins une racine multiple dans $\mathbb{C}.$

067. Quelle est la différence entre une fonction et une application ?

La différence est subtile…

Soient $E$ et $F$ deux ensembles. On rappelle que le produit cartésien $E\times F$ de ces deux ensembles est défini par un ensemble de couples, c’est-à-dire : $E\times F = \{(x,y)  , x\in E, y\in F\}$. 

Définition d’une application

Une application $f$ de $E$ dans $F$ est un sous-ensemble de $E\times F$ tel que, pour tout $x\in E$, il existe un unique $y\in F$ tel que $(x,y)\in f$. L’unicité permet de donner le nom $f(x)$ à ce seul $y$ pour $x$. 

Définition d’une fonction

Une fonction $f$ de $E$ dans $F$ est une sous-ensemble de  $E\times F$ tel que, pour tout $x\in E$, il existe au plus un  $y\in F$ tel que  $(x,y)\in f$.

Remarques

Une fonction de $E$ dans $F$ est une application d’une partie $E’$ de $E$ dans $F$.

Exemples

$f: \mathbb{R}\to \mathbb{R}$ définie par $f(x) = \sqrt{x}$ est une fonction.
$g: \mathbb{R}_{+}\to \mathbb{R}$ définie par $g(x) = \sqrt{x}$ est une application.

066. Espaces vectoriels et modules

Par analogie avec les $\mathbb{R}$-espaces vectoriels, on appelle $\mathbb{Z}$-module une structure algébrique qui vérifie les mêmes axiomes que ceux des espaces vectoriels.

Soit $E$ un $\mathbb{Z}$-module. $E$ est muni d’une addition notée $+$ et d’une multiplication externe : un nombre entier multiplié par un élément de $E$ donne un élément de $E$.

$E$ vérifie en tant que $\mathbb{Z}$-module les axiomes suivants :

  • $(E,+)$ est un groupe abélien,
  • $\forall n\in\mathbb{Z}, \forall(u,v)\in E^2, n(u+v)=nu+nv,$
  • $\forall (n,m)\in\mathbb{Z}^2, \forall u\in E, (n+m)u=nu+mu,$
  • $\forall (n,m)\in\mathbb{Z}^2, \forall u\in E, n(mu)=(nm)u,$
  • $ \forall u\in E, 1u=u.$

De même les concepts de familles libres, liées, de bases sont les mêmes.

Des modules ? Pour en faire quoi ?

On a pris les mêmes axiomes que ceux des espaces vectoriels… alors à quoi bon créer deux mots différents pour ce qui ressemble à une même structure ?

Changer $\mathbb{R}$ par $\mathbb{Z}$ dans les axiomes peut avoir l’air innocent… il va se passer quelque chose pour les modules qui n’existe pas pour les espaces vectoriels.

L’ensemble $E=\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}$ est muni d’une structure de $\mathbb{Z}$-module. Il est fini donc il est engendré par la famille finie constituée de ses trois éléments. On s’attendrait, en raisonnant comme avec les espaces vectoriels, à ce que ce $\mathbb{Z}$-module possède une base de 3 vecteurs ou moins. Et il n’en est rien : tout famille finie de ce $\mathbb{Z}$-module est liée vu que $\forall a\in E, 3a = 0…$

Un espace vectoriel engendré par une famille finie admet automatiquement une base finie… mais pour les modules il n’en est rien !

065. Calculez 96 au carré aussi facilement que 7 au carré

Vous savez tous que $7^2$ vaut $7\times 7$ soit $49$. Vous l’avez probablement appris par coeur. Sauf que le par coeur, ça finit par saturer la mémoire. Une autre façon de comprendre s’impose !

La technique qui se généralise…

Je vais vous l’expliquer autrement… une soustraction suffit pour comprendre.

$7$ est un nombre proche de $10$, leur distance est $10-7=3$.

Maintenant prenez $7$, retranchez-lui cette distance, vous trouvez $7-3=4$ qui est le premier chiffre de la réponse de $7^2$.

Mettez cette distance au carré $3^2 = 9$ et hop, vous avez le second chiffre de $7^2.$

Voyez avec $96^2$

La distance entre $96$ et $100$ c’est $4$.

Vous faites $96-4 = 92$.

Vous faites ensuite $4^2 = 16.$

Vous collez les deux $9216$ et… on a bien $96^2 = 9216$ (lisez-le quatre-vingt douze seize au lieu de neuf mille deux cent seize, plus facile pour la mémoire).

064. Pour votre entrée en Terminale S

L’algèbre permet de démontrer l’existence d’un nombre noté $i$, qui n’a pas de valeur décimale… Le nombre $i$ n’est ni positif ni négatif, il n’appartient pas à l’ensemble des nombres réels $i\not\in\mathbb{R}$ et il vérifie la propriété $i^2=-1.$

Avec ce nombre non réel $i$, toutes les règles opératoires (addition, soustraction, multiplication, division) que vous connaissez dans $\mathbb{R}$ sont encore valables.

Entraînez-vous sur des calculs : développez et simplifiez au maximum

1 / $(1+i)^2$

2 / $(1+i)^4$

3 / $(1+i)^9$

4 / $(1+i)^{18}$

Des solutions… non réelles !

Montrez que l’équation $x^2+x+1=0$ admet deux solutions non réelles et écrivez chacune de ces solutions en utilisant le nombre $i$.

063. Pour calculer 312-68 de tête, vous faites comment ?

Voyez comment bien gérer les retenues.

Soustraction et retenues

Peu d’entre nous sont à l’aise avec des soustractions imposant des retenues.

La technique la plus couramment utilisée est celle qui consiste à poser l’opération à l’écrit.

Je vous propose une façon de réaliser cette opération mentalement et simplement.
Au lieu d’effectuer l’opération en une grosse étape, je vais la faire en deux étapes.

Quel est l’outil permettant de passer outre la difficulté de la retenue ?

Une soustraction est plus facile à réaliser lorsqu’il y a des zéros dans l’expression.
Et on peut toujours faire apparaître les zéros. C’est là que se trouve la bonne nouvelle.

Pour calculer $16-8$, vous allez procéder ainsi.

$16-8 = 17-9$ (on a ajouté $1$ partout), plus facile à réaliser que $16-8$ mais il y a mieux.

$16-8 = 20 – 12$ (on a ajouté $4$ partout), certains trouveront $8$ mais il y a encore mieux.

$16-8 = 18-10$ (on a ajouté $2$ partout). Là vous avez la réponse qui est $8$.

Passez maintenant au calcul…

$312-68$ à calculer… je fais apparaître un zéro en ajoutant $2$ partout.
Au lieu de calculer $312-68$, je calcule $314-70$. Puis j’ajoute $30$ partout.
Je trouve $344-100$ soit $244$.