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321. La borne de Cauchy (1/2)

Etant donné un polynôme à coefficients complexes non constant, comment majorer le module de ses racines ?

Une réponse sera abordée dans cet article, grâce à la notion de borne de Cauchy.

Soit $n$ un entier naturel non nul et soit $P\in\C[X]$ un polynôme unitaire de degré $n.$ Il existe $n$ coefficients, $a_0,\dots,a_{n-1}$ tels que :

P(X) = X^n + a_{n−1}X^{n−1} + \cdots + a_1X + a_0.

Le cas $a_0 = \cdots = a_{n-1} = 0$ fournit $P(X) = X^n$ et $P$ admet $0$ pour racine unique.

Dans la suite, vous supposerez que les coefficients $a_0,\dots,a_{n-1}$ ne sont pas tous simultanément nuls.

Ramenez-vous à un polynôme réel

Considérez le polynôme $Q\in\R[X]$ défini par :

Q(X) = X^n - \vert a_{n−1}\vert X^{n−1} - \cdots - \vert a_1\vert X - \vert a_0\vert.

Ensuite, pour tout réel $x > 0$ vous posez :

f(x) = \frac{Q(x)}{x^n}.

Cette égalité définit une fonction réelle $f$, définie sur $]0,+\infty[.$

Notez que, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
 f(x) &= 1-\frac{\vert a_{n−1}\vert}{x} - \cdots - \frac{\vert a_1\vert}{x^{n-1}} - \frac{\vert a_0\vert}{x^n}\\
&=1-\sum_{k=1}^n \frac{\vert a_{n-k}\vert}{x^k}\\
&=1-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}}.
\end{align*}

En dérivant, il vient, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
f'(x) &= - \sum_{k=1}^n \frac{-k \vert a_{n-k} \vert }{x^{k+1}}\\
&=   \sum_{k=1}^n \frac{k \vert a_{n-k} \vert }{x^{k+1}}\\
&=  \sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{(n-\ell) \vert a_{\ell} \vert }{x^{n-\ell+1}}.
\end{align*}

Soit $i\in\llbracket 0,n-1\rrbracket$ tel que $a_i \neq 0.$ Par positivité des éléments de la somme précédente, vous déduisez:

\forall x>0, f'(x)\geq \frac{(n-i)\vert a_i \vert}{x^{n-i+1}}.

Comme $\vert a_i \vert >0$ vous déduisez:

\forall x>0, f'(x) >0.

Sur l’intervalle $]0,+\infty[$ la fonction $f$ est strictement croissante.

D’autre part, pour tout $x>0$:

\begin{align*}
 \sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\geq \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\leq - \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
1-\sum_{\ell=0}^{n-1} \frac{\vert a_{\ell}\vert}{x^{n-\ell}} &\leq 1- \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}\\
f(x) &\leq 1- \frac{\vert a_{i}\vert}{x^{n-i}}.
\end{align*}

D’autre part, comme $n-i > 0$, vous déduisez:

\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} x^{n-i} = 0^{+}.

Ainsi:

\begin{align*}
\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} \frac{\vert a_i \vert}{x^{n-i}} &= +\infty \\
\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} 1-\frac{\vert a_i \vert}{x^{n-i}} &= -\infty.
\end{align*}

Par comparaison, il vient:

\lim_{\substack{x\to 0 \\x>0}} f(x) = -\infty.

Maintenant, pour l’étude en $+\infty$ vous pouvez remarquer que:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \lim_{x\to +\infty} x^k = +\infty.

Du coup:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \lim_{x\to +\infty} \frac{\vert a_{n-k}\vert}{x^k}  = 0.

Par somme, vous déduisez:

\lim_{x\to +\infty} f(x) = 1.

Compte tenu des limites précédentes, de la continuité de $f$ sur $]0,+\infty[$ et de sa stricte monotonie, vous avez établi que la fonction $f$ réalise une bijection de $]0,+\infty[$ vers $]-\infty,1[.$

Comme $0\in]-\infty,1[$, l’équation $f(x) = 0$ admet une solution et une seule dans $]0,+\infty[.$

Définissez la borne de Cauchy

D’après la section précédente, il existe un unique réel strictement positif, noté $c(P)$ tel que $f(c(P))=0.$ Le nombre $c(P)$ sera appelé borne de Cauchy du polynôme $P.$

Vous allez montrer que $c(P)$ est l’unique solution strictement positive de l’équation $Q(x)=0.$

Analyse. Soit $t\in\R$ un nombre strictement positif tel que $Q(t) = 0.$ Alors $\frac{Q(t)}{t^n} = 0$ donc $f(t)=0$ et $t = c(P).$

Synthèse. Posez $t = c(P)$. Alors $t>0$ et comme $f(t)=0$ il vient $\frac{Q(t)}{t^n} = 0$ puis $Q(t)=0.$

En définitive, il existe un unique réel strictement positif, noté $c(P)$ et appelé borne de Cauchy, tel que:

\boxed{c(P)^n =  \vert a_{n−1}\vert c(P)^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert c(P) + \vert a_0\vert.}

Obtenez un encadrement du maximum du module des racines de $P$

En tant que polynôme unitaire de $\C[X]$ et en vertu du théorème de d’Alembert, il existe $n$ nombres complexes (pas nécessairement distincts) $r_1,\dots, r_n$ tels que :

P(X) = (X-r_1)\cdots(X-r_n).

Vous notez $\boxed{R = \max \{\vert r_i\vert, i\in\llbracket 1,n\rrbracket\}.}$

Une majoration de $R$

Soit $i\in\llbracket 1, n\rrbracket.$ Comme $P(r_i) = 0$, vous déduisez :

\begin{align*}
r_i^n &= - a_{n−1}r_i^{n−1} - \cdots - a_1r_i - a_0\\
\vert r_i\vert ^n &= \vert -a_{n−1}r_i^{n−1} - \cdots - a_1r_i - a_0 \vert\\
\vert r_i\vert ^n &= \vert a_{n−1}r_i^{n−1} + \cdots + a_1r_i + a_0 \vert.
\end{align*} 

Utilisant l’inégalité triangulaire :

\begin{align*}
\vert r_i\vert ^n &\leq \vert a_{n−1} r_i\vert^{n−1} + \cdots + \vert a_1r_i\vert + \vert a_0 \vert\\
 &\leq \vert a_{n−1}\vert \vert  r_i\vert^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert \vert r_i\vert + \vert a_0 \vert\\
&\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert.
\end{align*}

Ainsi :

\forall i\in\llbracket 1,n\rrbracket, \vert r_i\vert^n\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert.

Or, il existe $i_0\in\llbracket 1, n\rrbracket$ tel que $R = \vert r_{i_0}\vert.$ Du coup :

\begin{align*}
R^n&\leq \vert a_{n−1}\vert R^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert R + \vert a_0 \vert \\
R^n -\vert a_{n−1}\vert R^{n−1} - \cdots - \vert a_1\vert R - \vert a_0 \vert &\leq 0\\
Q(R)&\leq 0.
\end{align*} 

Si $R$ est nul, alors $\vert r_1 \vert = \cdots = \vert r_n \vert = 0$ et donc $P(X) = X^n$ ce qui entraîne la nullité de tous les coefficients $a_0,\dots,a_{n-1}$ ce qui est absurde. Donc $R>0.$

Du coup, $\frac{Q(R)}{R^n} \leq 0$ soit $f(R)\leq 0$ et par suite $f(R)\leq f(c(P)).$ Supposez que $R > c(P).$ Comme $c(P)>0$, $R$ et $c(P)$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Comme $f$ est strictement croissante sur cet intervalle, vous déduisez $f(R) > f(c(P))$, contradiction.

Ainsi, le maximum des modules des racines de $P$ est inférieur ou égal à la borne de Cauchy:

\boxed{R\leq c(P).}

Une minoration de $R$

Vous développez l’expression:

P(X) = (X-r_1)\cdots(X-r_n).

Pour cela vous utilisez les fonctions symétriques des racines:

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 &= r_1+\cdots+r_n =\sum_{i=1}^n r_i\\
\vdots\\
\sigma_k &= \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} r_{i_1}\cdots r_{i_k}\\
\vdots\\
\sigma_n &= r_1\cdots r_n.\\
\end{align*}
\right.

Il vient:

P(X) = X^n-\sigma_1X^{n-1}+\cdots+(-1)^k \sigma_kX^{n-k}+\cdots+(-1)^n\sigma_n.

Or:

P(X) = X^n + \sum_{k=1}^n a_{n−k}X^{n−k}.

Par identification, vous déduisez:

\forall k\in\llbracket 1,n\rrbracket, a_{n-k} = (-1)^k\sigma_k.

Soit maintenant $k$ fixé appartenant à l’intervalle d’entiers $\llbracket 1, n\rrbracket.$ Vous avez:

\begin{align*}
\vert a_{n-k} \vert &= \vert \sigma_k\vert \\
&=\left\vert \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} r_{i_1}\cdots r_{i_k} \right\vert.
\end{align*}

Par inégalité triangulaire:

\begin{align*}
\vert a_{n-k} \vert &\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} \vert r_{i_1}\cdots r_{i_k} \vert \\
&\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n} \vert r_{i_1}\vert \cdots \vert r_{i_k} \vert \\
&\leq  \sum_{1\leq i_1<\cdots < i_k \leq n}R^k \\
&\leq  \binom{n}{k} R^k.
\end{align*}

Ainsi:

\forall k\in\llbracket 1, n\rrbracket, \vert a_{n-k} \vert \leq  \binom{n}{k} R^k.

Or:

c(P)^n =  \sum_{k=1}^n\vert a_{n−k}\vert c(P)^{n−k}.

Vous déduisez la majoration:

c(P)^n \leq  \sum_{k=1}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k}.

Il manque un terme pour obtenir le développement du binôme. Vous rajoutez ce terme:

\begin{align*}
c(P)^n + c(P)^n &\leq  \sum_{k=1}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k} + c(P)^n \\
2 c(P)^n &\leq  \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} R^k c(P)^{n−k} \\
2 c(P)^n &\leq   (R + c(P) )^{n} \\
\sqrt[n]{2} c(P) &\leq R+c(P).
\end{align*} 

Finalement :

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq R.}

Concluez

En notant $R$ le maximum des modules de racines de $P$ et $c(P)$ la borne de Cauchy de $P$, vous avez un encadrement de $R$ :

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq R\leq c(P).}

Une majoration de $c(P)$ par les coefficients du polynôme $P$

Il a été vu que $c(P)$ vérifie l’égalité suivante $f(c(P))=0.$

Pour effectuer une majoration, vous posez :

A = \max\{\vert a_i\vert, i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket\}.

Remarquez que $A >0.$

Cela aboutit à :

\begin{align*}
\vert a_{n−1}\vert (1+A)^{n−1} + \cdots + \vert a_1\vert (1+A) + \vert a_0\vert &\leq A((1+A)^{n-1}+\cdots+(1+A)+1)\\
&\leq A  \times \frac{(1+A)^n-1}{(1+A)-1} \\
&\leq (1+A)^n-1\\
&< (1+A)^n.
\end{align*}

Par suite, $Q(1+A) > 0$ et donc $\frac{Q(1+A)}{(1+A)^n} > 0$ donc $f(1+A)>0$ et donc $f(1+A)> f(c(P)).$

Si $1+A\leq c(P) $, alors vu que $c(P)>0$ les réels $c(P)$ et $1+A$ appartiennent à l’intervalle $]0,+\infty[.$ Or $f$ est croissante sur cet intervalle, donc $f(1+A)\leq f(c(P))$, contradiction. Ainsi $c(P) < 1+A.$

Concluez

Pour tout polynôme $P$ à coefficients complexes non constant, vous notez $\rho(P)$ le maximum du module de ses racines.

Pour tout polynôme $P$ unitaire à coefficients complexes, non constant de degré $n\in\NN$, différent de $X^n$, il existe un unique $n$-uplet $(a_0\dots,a_{n-1})\in\C^n \setminus \{(0,\dots,0)\}$ tel que:

P(X) = X^n + a_{n−1}X^{n−1} + \cdots + a_1X + a_0.

De plus, il existe un unique $c(P)\in\R_{+}^{*}$, appelé borne de Cauchy de $P$, qui est la seule solution de l’équation suivante d’inconnue $x\in\R_{+}^{*}$:

x^n = \vert a_{n-1}\vert x^{n-1}+\cdots+\vert a_1\vert  x +\vert a_0\vert .

De plus, les inégalités suivantes sont vérifiées:

\boxed{(\sqrt[n]{2} -1)c(P) \leq \rho(P)\leq c(P)< 1+\max \{\vert a_i \vert, i\in\llbracket 0, n-1\rrbracket \}.}

320. Le théorème de Gauss-Lucas

Considérez un entier $n$ supérieur ou égal à $2$ et fixez un polynôme, noté $P$, à coefficients complexes, de degré $n.$

Le théorème de Gauss-Lucas fournit une information sur la localisation des racines du polynôme dérivé $P’$ à partir des racines de $P.$

Note. Pour avoir $P’$ non constant (et donc scindé sur $\C[X]$) l’hypothèse $n\geq 2$ s’avère pertinente. Le cas où $P$ est constant conduit à $P’ = 0$ et $P’$ est constant. Le cas où $P$ est de degré $1$ amène à avoir $P’$ constant aussi.

Grâce au théorème de d’Alembert, le polynôme $P$ est scindé sur $\C[X]$. Autrement dit, il existe un nombre complexe $a$ non nul et $n$ nombres complexes $\lambda_1,\dots,\lambda_n$ pas nécessairement distincts, tels que :

\boxed{P(X) = a(X-\lambda_1)\cdots(X-\lambda_n).}

Remarque. Toujours grâce au théorème de d’Alembert, $P’$ qui est non constant est scindé sur $\C[X]$ et il admet au moins une racine complexe.

Calculez le polynôme dérivé $P’$

Quand on dérive un produit, on ne dérive qu’un seul facteur à la fois, puis on fait la somme. Ceci peut être illustré avec $2$ ou $3$ facteurs, quels que soient les polynômes complexes $F$, $G$ et $H$ vous avez :

\begin{align*}
(FG)' &= F'G+FG'\\
(FGH)' &= F'GH+FG'H+FGH'.
\end{align*}

Vous écrivez $P(X)$ comme le produit suivant :

P(X)= a\prod_{i=1}^n (X-\lambda_i).

En dérivant cette expression, vous déduisez :

\boxed{P'(X) = a\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (X-\lambda_i).}

Exemple. Avec $n=3$, vous avez :

P(X) =a(X-\lambda_1)(X-\lambda_2)(X-\lambda_3).

En dérivant, il vient :

P'(X) = a(X-\lambda_2)(X-\lambda_3)+a(X-\lambda_1)(X-\lambda_3)+a(X-\lambda_1)(X-\lambda_2).

Trouvez une égalité satisfaite pour une racine de $P’$

Soit maintenant $z$ un nombre complexe qui soit une racine du polynôme dérivé $P’.$

Le cas le plus rapide est celui où $z\in\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}.$

Supposez dans la suite que :

z\notin\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}.

Comme $P'(z) =0$, il vient :

a\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0.

En divisant par $a$ qui est non nul, vous avez :

\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0.

D’autre part, pour tout entier $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $z-\lambda_i\neq 0.$

Du coup, le produit suivant est non nul :

\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)\neq 0.

Fixez maintenant un entier $j\in\llbracket 1, n\rrbracket.$

Le quotient suivant se simplifie :

\begin{align*}
\frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)}
&=\frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{(z-\lambda_j)\prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i)} \\
&= \frac{1}{z-\lambda_j}.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\forall j\in\llbracket 1,n\rrbracket, \frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i) }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)} = \frac{1}{z-\lambda_j}.}

En divisant $\sum_{j=1}^n \prod_{\substack{1\leq i \leq n\ i\neq j}} (z-\lambda_i) = 0$ par le produit $\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)$ vous déduisez :

\sum_{j=1}^n \frac{ \prod_{\substack{1\leq i \leq n\\ i\neq j}} (z-\lambda_i)  }{\prod_{i=1}^n (z-\lambda_i)}= 0.

Finalement, pour tout nombre complexe $z$ qui est racine de $P’$ :

\boxed{\sum_{j=1}^n \frac{1}{z-\lambda_j} = 0 \text{ ou } z\in\{\lambda_i, 1\leq i\leq n\}.}

Exemple. Avec $n=3$, si $z$ est une racine de $P’$ telle que $z\notin\{\lambda_i, 1\leq i\leq 3\}$, vous avez :

\frac{1}{z-\lambda_1}+\frac{1}{z-\lambda_2}+\frac{1}{z-\lambda_3} = 0.

L’enveloppe convexe des racines de $P$

Cet ensemble est défini comme étant l’ensemble des nombres complexes qui peuvent s’écrire comme un barycentre des nombres $\lambda_1,\dots,\lambda_n.$

Formellement, l’enveloppe convexe des racines de $P$ est défini par :

\boxed{C = \{u\in\C, \exists (t_1,\dots,t_n)\in\R_{+}^n \setminus (0,\dots,0),\quad t_1\lambda_1+\cdots t_n\lambda_n =(t_1+\cdots+t_n)u \}.}

Montrez que toute racine de $P’$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P$

Soit $z$ une racine de $P’.$

Traitez le cas où $z$ est racine de $P$

Si $z\in\{ \lambda_i, 1\leq i\leq n\}$, il existe $k\in\llbracket 1,n\rrbracket$ tel que $z = \lambda_k.$

Pour tout $i\in\llbracket 1,n \rrbracket \setminus \{k\}$ vous posez $t_i = 0.$ Vous posez $t_k = 1.$

D’une part :

t_1\lambda_1+\cdots+t_n\lambda_n = t_k\lambda_k = \lambda_k.

D’autre part :

(t_1+\cdots+t_n) z = 1\times \lambda_k.

Ainsi :

t_1\lambda_1+\cdots+t_n\lambda_n = (t_1+\cdots+t_n) z.

Pour tout $i\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $t_i\in\R_{+}$ et comme $t_k\neq 0$ vous avez $(t_1,\dots,t_n)\neq (0,\dots,0).$

Donc $\boxed{z\in C.}$

Traitez le cas où $z$ n’est pas racine de $P$

Vous avez l’égalité :

\sum_{j=1}^n \frac{1}{z-\lambda_j} = 0.

Afin de faire apparaître des nombres réels positifs, vous multipliez les $n$ fractions par le conjugué de leur dénominateur. Cela est rendu possible puisque, pour tout $j\in\llbracket 1, n\rrbracket$, $\overline{z} \neq \overline{\lambda_j}.$

\sum_{j=1}^n \frac{\overline{z}-\overline{\lambda_j}}{(z-\lambda_j)(\overline{z}-\overline{\lambda_j})} = 0.

Cela s’écrit, avec le module :

\sum_{j=1}^n \frac{\overline{z}-\overline{\lambda_j}}{\vert z-\lambda_j\vert^2} = 0.

Vous conjuguez encore cette égalité :

\sum_{j=1}^n \frac{z-\lambda_j}{\vert z-\lambda_j\vert^2} = 0.

Ainsi :

\begin{align*}
\sum_{j=1}^n \frac{z}{\vert z-\lambda_j\vert^2} &= \sum_{j=1}^n \frac{\lambda_j}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\\
\left(\sum_{j=1}^n \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\right)z &= \sum_{j=1}^n \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}\lambda_j.
\end{align*}

Pour tout $j\in\llbracket 1, n\rrbracket$, vous posez $t_j = \frac{1}{\vert z-\lambda_j\vert^2}$ qui est un réel strictement positif.

Vous avez obtenu :

\left(\sum_{j=1}^n t_j\right) z = \sum_{j=1}^n t_j\lambda_j.

Comme $t_1\neq 0$, $(t_1,\dots,t_n)\in\R_{+}\setminus \{0,\dots,0\}.$

Ainsi vous avez encore $\boxed{z\in C.}$

Le théorème de Gauss-Lucas est démontré et il s’énonce ainsi : pour tout polynôme $P\in\C[X]$ de degré supérieur ou égal à $2$, toute racine de $P’$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P.$

Premier prolongement

Soit $P$ un polynôme réel scindé de degré supérieur ou égal à $2$. Autrement dit, il existe un entier $m$ supérieur ou égal à $2$, un nombre $a\in\R$ non nul et des réels $r_1,\dots,r_m$ avec $r_1\leq \cdots \leq r_m$ tels que :

P(X) = a(X-r_1)\cdots(X-r_m).

Pourriez-vous démontrer, à l’aide du théorème de Gauss-Lucas, que $P’$ est scindé sur $\R[X]$ et que toute racine de $P’$ appartient à l’intervalle $[r_1,r_m]$ ?

Autre prolongement

Si $P$ est un polynôme réel de degré supérieur ou égal à $2$ et qui admet au moins deux racines réelles distinctes, notées, $r_1 < \dots < r_q$, est-il vrai que toutes les racines réelles de $P’$ sont situées dans l’intervalle $[r_1,r_q]$ ? Pour en savoir davantage, allez lire le contenu rédigé dans l'article 336.

319. Inégalité triangulaire généralisée avec des nombres complexes (2/2)

Dans ce document, vous trouverez l’étude complète du cas d’égalité de l’inégalité triangulaire généralisée qui arrive que le prolongement du contenu rédigé de l'article 318.

Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$.

Supposez qu’il existe $n$ nombres complexes $z_1,\dots, z_n$, avec $z_1\neq 0$, qui vérifient l’égalité :

\vert z_1+\dots+z_n \vert = \vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert.

Pour en savoir plus, il semble logique d’élever au carré, exactement comme dans le cas où $n=2$, décrit dans l'article 318.

Elevez au carré le membre de gauche

En utilisant le conjugué de nombres complexes, vous établissez successivement :

\begin{align*}
\vert z_1+\dots+z_n \vert^2 &= (z_1+\dots+z_n)(\overline{z_1+\dots+z_n})\\
&= (z_1+\dots+z_n)(\overline{z_1}+\dots+\overline{z_n})\\
&=\left(\sum_{i=1}^n z_i\right)\left(\sum_{j=1}^n \overline{z_j}\right)\\
&=\sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n}}  z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ i=j}}  z_i\overline{z_j}+\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ i<  j}}  z_i\overline{z_j}+\sum_{\substack{1\leq i \leq n \\1\leq j \leq n\\ j<  i}}  z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  z_i\overline{z_j}+\sum_{1\leq j < i \leq n} z_i\overline{z_j}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  z_i\overline{z_j}+\sum_{1\leq i < j \leq n} z_j\overline{z_i}\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  (z_i\overline{z_j}+ z_j\overline{z_i})\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  (z_i\overline{z_j}+ \overline{z_i \overline{z_j}})\\
&=\sum_{i=1}^n z_i\overline{z_i}+\sum_{1\leq i < j \leq n }  2\mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}).
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{\vert z_1+\dots+z_n \vert^2  =\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert^2+2 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}).}

Elevez au carré le membre de droite

Les calculs sont similaires.

\begin{align*}
(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)^2 &= (\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)\\
&= \left(\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert\right)   \left(\sum_{j=1}^n \vert z_j \vert\right)\\
&= \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ i = j}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ i < j}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{\substack{1 \leq i \leq n \\ 1\leq j \leq n \\ j < i}} \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{1 \leq j < i \leq n } \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert+ \sum_{1 \leq i < j \leq n } \vert z_j\vert \vert z_i \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert z_j \vert\\
&= \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i\vert \vert \overline{z_j} \vert.
\end{align*}

Finalement :

\boxed{(\vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert)^2 = \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.}

Déduisez-en une propriété vérifiée par les nombres complexes $z_1\overline{z_k}$, pour $2\leq k \leq n$

L’égalité :

\vert z_1+\dots+z_n \vert = \vert z_1\vert+\cdots+\vert z_n\vert

fournit, après élévation au carré :

\sum_{i=1}^n \vert z_i \vert^2+2 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) = \sum_{i=1}^n  \vert z_i\vert^2 + 2\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Du coup :

 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) =\sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Maintenant vous allez raisonner par l’absurde.
Supposez qu’il existe un entier $k\in\llbracket 2, n\rrbracket$ tel que :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  \neq  \vert z_1\overline{z_k}\vert.

Comme la partie réelle d’un nombre complexe est toujours inférieure à son module, vous déduisez que :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  <  \vert z_1\overline{z_k}\vert.

D’autre part, pour tout $j\in\llbracket 2, n\rrbracket \setminus \{k\}$ vous avez :

 \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})  \leq  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

Par somme, vous avez l’inégalité stricte :

\mathrm{Re}(z_1\overline{z_k}) + \sum_{\substack{2\leq j \leq n \\ j\neq k}} \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})   < \vert z_1\overline{z_k}\vert + \sum_{\substack{2\leq j \leq n \\ j\neq k}}  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

Ainsi :

 \sum_{2\leq j \leq n } \mathrm{Re}(z_1\overline{z_j})   < \sum_{2\leq j \leq n }  \vert z_1\overline{z_j}\vert.

D’autre part :

 \sum_{2\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) \leq \sum_{2 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Par sommation des deux dernières inégalités, vous obtenez l’inégalité stricte :

 \sum_{1\leq i < j \leq n }  \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) < \sum_{1 \leq i < j \leq n  } \vert z_i \overline{z_j} \vert.

Cela contredit l’égalité $\sum_{1\leq i < j \leq n } \mathrm{Re}(z_i\overline{z_j}) =\sum_{1 \leq i < j \leq n } \vert z_i \overline{z_j} \vert.$

Il est ainsi établi le résultat suivant. Pour tout entier $k$ compris entre $2$ et $n$ :

\boxed{ \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k})  = \vert z_1\overline{z_k}\vert.}

Déterminez les nombres complexes $z$ dont la partie réelle est égale au module

Cette section est un aparté.

Soit $z$ un nombre complexe tel que :

\mathrm{Re}(z) = \vert z \vert.

Ecrivez $z$ sous forme algébrique. Il existe deux réels $x$ et $y$ tels que :

z = x+iy.

Comme :

x = \sqrt{x^2+y^2}

vous déduisez immédiatement que $x$ est un réel positif.

Maintenant, en élevant au carré :

x^2 = x^2+y^2

donc $y^2=0$ puis $y=0$ et $z = x.$

Vous avez ainsi établi ce résultat :

\boxed{\forall z\in\C, \mathrm{Re}(z) = \vert z \vert \implies z\in\R_{+}.}

Concluez

Soit $k$ un entier compris entre $2$ et $n.$
Puisque $ \mathrm{Re}(z_1\overline{z_k}) = \vert z_1\overline{z_k}\vert$, vous déduisez que $z_1\overline{z_k}\in\R_{+}.$

Il existe donc un réel positif $t_k$ tel que :

z_1\overline{z_k} = t_k.

Comme $z_1$ est supposé non nul :

\overline{z_k} = \frac{t_k}{z_1}.

$\overline{z_1}$, $\vert z_1 \vert $ étant non nuls :

\begin{align*}
\overline{z_k} &= \frac{t_k}{z_1\overline{z_1}}\overline{z_1}\\
&= \frac{t_k}{\vert z_1\vert ^2}\overline{z_1}.
\end{align*}

Vous conjuguez cette égalité et tenez compte du fait que $t_k$ est réel :

z_k = \frac{t_k}{ \vert z_1 \vert ^2}z_1.

Vous posez maintenant $u_k = \frac{t_k}{\vert z_1 \vert^2}.$ Alors $u_k \in\R_{+}$ et :

z_k = u_k z_1.

En définitive :

\boxed{\forall k\in \llbracket 2, n\rrbracket, \exists u_k\in\R_{+}, z_k = u_k z_1.}

En d’autres termes, les nombres complexes non nuls parmi $z_1,\dots, z_n$ ont tous le même argument modulo $2\pi.$

318. Inégalité triangulaire généralisée avec des nombres complexes (1/2)

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$ Le but de cet article est de démontrer que, étant donnés $n$ nombres complexes $z_1, \dots z_n$, l’inégalité suivante, appelée inégalité triangulaire généralisée est vérifiée :

\vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.

Etablissez le cas où il y a seulement deux nombres complexes

Soient $z_1$ et $z_2$ deux nombres complexes.

Vous calculez le carré du nombre réel positif $\vert z_1+z_2 \vert$ :

\begin{align*}
\vert z_1+z_2\vert^2 &= (z_1+z_2)(\overline{z_1+z_2})\\
&= (z_1+z_2)(\overline{z_1}+\overline{z_2})\\
&=z_1\overline{z_1} + z_1\overline{z_2} + z_2\overline{z_1}+z_2\overline{z_2}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + z_1\overline{z_2} + z_2\overline{z_1}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + z_1\overline{z_2} + \overline{z_1\overline{z_2}}\\
&=\vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\mathrm{Re}(z_1\overline{z_2}).
\end{align*}

La partie réelle d’un nombre complexe est inférieure ou égale à son module, donc :

\mathrm{Re}(z_1\overline{z_2})\leq \vert z_1\overline{z_2}\vert.

Vous déduisez de ce qui précède :

\begin{align*}
\vert z_1+z_2\vert^2 &\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\overline{z_2}\vert\\
&\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\vert \vert \overline{z_2}\vert\\
&\leq \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2 + 2\vert z_1\vert \vert z_2\vert.
\end{align*}

Or :

(\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert)^2 = \vert z_1\vert^2+\vert z_2\vert^2+2\vert z_1\vert \vert z_2\vert.

Ainsi :

\vert z_1+z_2\vert^2 \leq (\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert)^2.

Comme $\vert z_1+z_2\vert$ et $\vert z_1\vert + \vert z_2 \vert$ sont deux réels positifs, ils sont rangés dans le même ordre que leur carré. D’où :

\boxed{\vert z_1+z_2\vert \leq \vert z_1\vert + \vert z_2 \vert.}

Etablissez le cas général

Pour tout entier naturel $n$ supérieur ou égal à $2$, vous notez $\mathscr{P}(n)$ la propriété :  » quels que soient les nombres complexes $z_1,\dots, z_n$, $\vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert$ ».

Initialisation. Le cas où $n=2$ a été établi à la section précédente.

Hérédité. Soit maintenant $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$ Vous supposez que la propriété $\mathscr{P}(n)$ est vérifiée.

Soit $(z_1,\dots , z_n, z_{n+1})\in\C^{n+1}.$

Pour posez $z = z_1+\cdots+z_n.$

Alors :

\vert z_1 + \cdots +z_n + z_{n+1}|  = \vert z +  z_{n+1} \vert.

Or, d’après l’initialisation :

\vert z +  z_{n+1} \vert \leq \vert z \vert + \vert z_{n+1} \vert .

D’autre part :

\vert z \vert + \vert z_{n+1} \vert=  \vert z_1+\cdots+z_n \vert + \vert z_{n+1} \vert.

Vous faites appel à l’hypothèse de récurrence, il vient :

 \vert z_1+\cdots+z_n \vert + \vert z_{n+1} \vert \leq \vert  z_1 \vert + \cdots+\vert  z_n \vert +\vert z_{n+1} \vert.

De ce qui précède, vous déduisez :

\vert z_1 + \cdots +z_n + z_{n+1}|  \leq  \vert  z_1 \vert + \cdots+\vert  z_n \vert +\vert z_{n+1} \vert.

La propriété $\mathscr{P}(n+1)$ est donc vérifiée.

Concluez

Il est ainsi établi par récurrence que :

\boxed{\forall n\geq 2, \forall (z_1\dots, z_n)\in\C^n, \vert z_1 + \cdots +z_n| \leq \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.}

Prolongement

Il est possible d’aller plus loin.
Soit $n$ un entier supérieur ou égal à $2$. Soient $n$ nombres complexes $z_1, \dots z_n$ avec $z_1\neq 0$, tels que :

\vert z_1 + \cdots +z_n| = \vert z_1\vert + \dots + \vert z_n\vert.

Alors il existe $n-1$ réels positifs $u_2, \dots u_{n}$ tels que :

\forall i\in \llbracket 2, n\rrbracket, z_i = u_i z_1.

Ce résultat sera démontré dans le contenu rédigé dans l'article 319.

317. Les sommes de Newton (2/2)

Soient $x_1$, $x_2$ et $x_3$ les trois racines réelles du polynôme $X^3-2X-1.$

Sans chercher à calculer ces nombres directement, vous allez déterminer la valeur exacte de :

x_1^6+x_2^6+x_3^6.

Abaissez le degré

Vous effectuez la division euclidienne du polynôme $X^6$ par $X^3-2X-1.$

\begin{align*}
X^6 - (X^3-2X-1)X^3 &=2X^4+X^3 \\
 2X^4+X^3 - (X^3-2X-1)(2X) &= X^3+4X^2+2X\\
X^3+4X^2+2X - (X^3-2X-1)(1) &= 4X^2+4X+1.
\end{align*}

Ainsi :

X^6 - (X^3-2X+1)(X^3+2X+1) = 4X^2+4X+1.

En substituant à l’indéterminée $X$ les réels $x_1$, $x_2$ et $x_3$, vous obtenez finalement :

\forall i \in\llbracket 1, 3\rrbracket, x_i^6 = 4x_i^2+4x_i+1.

Par somme, il vient :

\boxed{x_1^6+x_2^6+x_3^6 = 4(x_1^2+x_2^2+x_3^2)+4(x_1+x_2+x_3)+3.}

Note. Prenez garde, en effectuant la somme, au dernier terme qui est $1$ plus $1$ plus $1$, soit $3.$

Calculez les fonctions symétriques des racines

Puisque $X^3-2X-1 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3)$, en développant, il vient :

\begin{align*}
X^3-2X-1 &= (X^2-(x_1+x_2)X+x_1x_2)(X-x_3) \\
&=X^3-(x_1+x_2)X^2+x_1x_2X-x_3X^2+(x_1x3+x_2x_3)X-x_1x_2x_3\\
&=X^3+(-x_1-x_2-x_3)X^2+(x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)X-x_1x_2x_3.
\end{align*}

Par identification des coefficients, il vient :

\left\{\begin{align*}
-x_1-x_2-x_3 &= 0\\
x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3 &= -2\\
-x_1x_2x_3 &= -1.
\end{align*}
\right.

Déterminez la première somme de Newton

D’après ce qui précède :

\boxed{x_1+x_2+x_3 = 0.}

Déterminez la deuxième somme de Newton

Vous élevez au carré la première somme de Newton :

\begin{align*}
(x_1+x_2+x_3)^2 &= 0\\
x_1^2+x_2^2+x_3^2+2(x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3) &= 0\\
x_1^2+x_2^2+x_3^2 &= -2\times (-2).
\end{align*}

Vous déduisez :

\boxed{x_1^2+x_2^2+x_3^2 = 4.}

Concluez

En utilisant les résultats précédents :

\begin{align*}
x_1^6+x_2^6+x_3^6 &= 4(x_1^2+x_2^2+x_3^2)+4(x_1+x_2+x_3)+3 \\
&= 4\times 4+4\times 0+3.
\end{align*}

La valeur cherchée est trouvée :

\boxed{x_1^6+x_2^6+x_3^6 = 19.}

316. Les sommes de Newton (1/2)

Contrairement au contenu rédigé dans l'article 084, vous allez utiliser un exemple à partir duquel vous allez construire les formules donnant les relations qui lient les sommes de Newton.

Soient $x_1$, $x_2$ et $x_3$ trois nombres complexes vérifiant les conditions suivantes :

\left\{\begin{align*}
x_1+x_2+x_3 &= 3 \\
x_1^3+x_2^3+x_3^3 &= 15 \\
x_1^4+x_2^4+x_3^4 &= 35.
\end{align*}
\right.

Le but de cet article consiste à calculer la valeur de :

x_1^5+x_2^5+x_3^5

sans chercher à calculer explicitement les complexes $x_1$, $x_2$ et $x_3.$

Introduisez les symétries

Comme les données sont invariantes par permutation quelconque des complexes $x_1$, $x_2$ et $x_3$ vous allez poser :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 &= x_1+x_2+x_3 \\
\sigma_2 &= x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3 \\
\sigma_3 &= x_1x_2x_3.
\end{align*}
\right.

Introduisez les sommes de Newton

Pour tout entier $i$ supérieur ou égal à $1$, vous posez :

S_i = x_1^i+x_2^i+x_3^i.

Le problème est reformulé ainsi. Sachant que :

\left\{\begin{align*}
S_1 &= 3\\
S_3 &= 15\\
S_4 &= 35
\end{align*}
\right.

calculez le nombre $S_5.$

Calculez $\sigma_1$, $\sigma_2$ et $\sigma_3$

Comme :

\begin{align*}
\sigma_1 &= x_1+x_2+x_3 \\
&= S_1\\
&=3
\end{align*}

il reste à calculer $\sigma_2$ et $\sigma_3.$

Etablissez un lien entre $S_2$ et $S_1$

Comme le degré total de $S_2$ est $2$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_1.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_1 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1+x_2+x_3) \\
&= x_1^2+x_1x_2+x_1x_3+x_1x_2+x_2^2+x_2x_3+x_1x_3+x_2x_3+x_3^2\\
&= S_2+2x_1x_2+2x_1x_3+2x_2x_3\\
&= S_2 + 2\sigma_2.
\end{align*}

Vous obtenez la relation de Newton suivante :

\boxed{S_2 = \sigma_1S_1-2\sigma_2.}

Ainsi, il vient :

\boxed{S_2 = 9-2\sigma_2.}

Etablissez un lien entre $S_3$ et les sommes $S_1$ et $S_2$

Comme le degré total de $S_3$ est $3$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_2.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_2 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1^2+x_2^2+x_3^2) \\
&= x_1^3+x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^3+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2+x_3^3\\
&=S_3+x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{2,1} &= x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2^2+x_2^2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2 \\
&= x_2^2x_1+x_3^2x_1+x_1^2x_2+x_3^2x_2+x_2^2x_3+x_1^2x_3 \\
&= (x_2^2+x_3^2)x_1+(x_1^2+x_3^2)x_2+(x_2^2+x_1^2)x_3 \\
&= \sum_{1\leq i\leq 3}\sum_{\substack{1\leq j\leq 3 \\j\neq i}}x_j^2x_i.
\end{align*}

Vous avez obtenu :

\sigma_1 S_2 = S_3 + P_{2,1}.

De même, calculez $\sigma_2 S_1$ qui aura un degré total de $3.$

\begin{align*}
\sigma_2 S_1 &= (x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)(x_1+x_2+x_3) \\
&= x_1^2x_2+x_1^2x_3+x_1x_2x_3+x_1x_2^2+x_1x_2x_3+x_2^2x_3+x_1x_2x_3+x_1x_3^2+x_2x_3^2\\
&=P_{2,1}+3\sigma_3.
\end{align*}

Du coup :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 S_2 &= S_3 + P_{2,1}\\
\sigma_2 S_1 &= P_{2,1} + 3\sigma_3.
\end{align*}
\right.

Par soustraction, vous éliminez $P_{2,1}$ et obtenez une nouvelle relation de Newton :

\boxed{S_3 = \sigma_1S_2-\sigma_2S_1+3\sigma_3.}

Ainsi, il vient :

15 = 3S_2-3\sigma_2+3\sigma_3.

Après division par $3$ :

\boxed{5 = S_2-\sigma_2+\sigma_3.}

Etablissez un lien entre $S_4$ et les sommes $S_1$, $S_2$, $S_3$

Comme le degré total de $S_4$ est $4$, il est bienvenu de calculer $\sigma_1 S_3.$ En effet :

\begin{align*}
\sigma_1 S_3 &= (x_1+x_2+x_3)(x_1^3+x_2^3+x_3^3) \\
&= x_1^4+x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^4+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3+x_3^4\\
&=S_4+x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{3,1} &= x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1x_2^3+x_2^3x_3+x_1x_3^3+x_2x_3^3 \\
&= (x_2^3+x_3^3)x_1+(x_1^3+x_3^3)x_2+(x_2^3+x_1^3)x_3 \\
&= \sum_{1\leq i\leq 3}\sum_{\substack{1\leq j\leq 3 \\j\neq i}}x_j^3x_i.
\end{align*}

Vous avez obtenu :

\sigma_1 S_3 = S_4 + P_{3,1}.

De même, calculez $\sigma_2 S_2$ qui aura un degré total de $4.$

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 &= (x_1x_2+x_1x_3+x_2x_3)(x_1^2+x_2^2+x_3^2) \\
&=x_1^3x_2+x_1^3x_3+x_1^2x_2x_3+x_1x_2^3+x_1x_2^2x_3+x_2^3x_3+x_1x_2x_3^2+x_1x_3^3+x_2x_3^3\\
&=P_{3,1}+x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2.
\end{align*}

Vous posez :

\begin{align*}
P_{2,1,1} &= x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2\\
&= \sum_{1\leq i< j \leq 3}\sum_{\substack{1\leq k\leq 3 \\k \notin\{i,j\} }}x_k^2x_jx_i.
\end{align*}

Ainsi :

\sigma_2 S_2 = P_{3,1}+P_{2,1,1}.

Vous calculez maintenant $\sigma_3 S_1.$

\begin{align*}
\sigma_3 S_1 &= x_1x_2x_3(x_1+x_2+x_3)\\
 &= x_1^2x_2x_3+x_1x_2^2x_3+x_1x_2x_3^2 \\
&=P_{2,1,1}.
\end{align*}

Pour récapituler, vous avez :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1 S_3 &= S_4 + P_{3,1}\\
-\sigma_2 S_2 &= -P_{3,1} - P_{2,1,1}\\
\sigma_3 S_1 &= P_{2,1,1}
\end{align*}
\right.

Par somme, vous éliminez $P_{3,1}$ et $P_{2,1,1}.$ Vous obtenez une somme de Newton :

\boxed{S_4 = \sigma_1S_3 -\sigma_2S_2+\sigma_3S_1.}

Dans le cas présent, il vient :

35 = 3\times 15-\sigma_2 S_2+3\sigma_3.

Ainsi :

\boxed{\sigma_2 S_2 - 3\sigma_3=10.}

Résolvez le système obtenu

Il reste à déterminer $S_2$, $\sigma_2$ et $\sigma_3$ en sachant que ces nombres vérifient les conditions suivantes :

\left\{\begin{align*}
S_2 +2\sigma_2&= 9\\
 S_2-\sigma_2+\sigma_3&=5\\
\sigma_2 S_2 - 3\sigma_3&=10.
\end{align*}
\right.

Vous multipliez l’équation $2$ par $3$ et vous l’ajoutez à l’équation $3$ et vous obtenez :

3S_2-3\sigma_2+\sigma_2 S_2 =25.

Vous remplacez $S_2$ par $9-2\sigma_2$ pour obtenir :

\begin{align*}
3(9-2\sigma_2)-3\sigma_2+\sigma_2 (9-2\sigma_2) &=25\\
27-6\sigma_2-3\sigma_2+9\sigma_2 -2\sigma_2^2 &=25\\
-2\sigma_2^2 +27  &=25\\
2 &= 2\sigma_2^2 \\
1 &= \sigma_2^2.
\end{align*}

Finalement :

\sigma_2\in\{-1,1\}.

Traitez les deux cas obtenus

Premier cas

Supposez que :

\sigma_2 = 1.

Vous déduisez :

\begin{align*}
S_2&= 9- 2\sigma_2\\
&= 9-2\\
&=7.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 -10 &=3\sigma_3 \\
1\times 7-10  &=3\sigma_3 \\
-3 &= 3\sigma_3 \\
-1 &= \sigma_3.
\end{align*}


En définitive :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1  &=3 \\
\sigma_2  &=1 \\
\sigma_3  &=-1.
\end{align*}
\right.

Les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ sont ainsi les trois racines du polynôme $X^3-\sigma_1 X^2+\sigma_2 X – \sigma_3.$

Plus précisément :

X^3-3X^2+ X + 1 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3).

Pour calculer $S_5 = x_1^5+x_2^5+x_3^5$ il serait possible de l’exprimer, par les relations de Newton, en fonction de $S_4$, $S_3$ et $S_2.$ Vous allez utiliser une division euclidienne qui amènera à abaisser le degré $5.$

Vous effectuez la division euclidienne de $X^5$ par $X^3-3X^2+ X + 1$ qui sera le diviseur.

Vous abaissez le degré de $X^5$ en multipliant le diviseur par $X^2.$

X^5 - (X^3-3X^2+ X + 1)X^2 = 3X^4-X^3-X^2.

Partant du polynôme $3X^4-X^3-X^2$ vous abaissez son degré en multipliant le diviseur par $3X.$

 3X^4-X^3-X^2 - (X^3-3X^2+ X + 1)(3X) = 8X^3-4X^2-3X.

Enfin, vous abaissez le degré de $8X^3-4X^2-3X$ en multipliant le diviseur par $8.$

   8X^3-4X^2-3X - (X^3-3X^2+ X + 1)\times 8 = 20X^2-11X-8.

En sommant les trois égalités précédentes et après élimination des termes identiques dans les deux membres, il vient :

X^5 - (X^3-3X^2+ X + 1)(X^2+3X+8) = 20X^2-11X-8.

En substituant à $X$ les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ vous avez :

\forall i\in\llbracket 1, 3\rrbracket, x_i^5 = 20x_i^2-11x_i-8.

En sommant ces égalités, vous avez :

\begin{align*}
S_5 &= 20S_2-11S_1-24\\
&=20\times 7-11\times 3-24\\
&=140-33-24\\
&=140-57\\
&=143-60\\
&=83.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{x_1^5+x_2^5+x_3^5 = S_5 = 83.}

Second cas

Supposez que :

\sigma_2 = -1.

Vous déduisez :

\begin{align*}
S_2&= 9- 2\sigma_2\\
&= 9+2\\
&=11.
\end{align*}

Puis :

\begin{align*}
\sigma_2 S_2 -10 &=3\sigma_3 \\
-1\times 11-10  &=3\sigma_3 \\
-21 &= 3\sigma_3 \\
-7 &= \sigma_3.
\end{align*}


En définitive :

\left\{\begin{align*}
\sigma_1  &=3 \\
\sigma_2  &=-1 \\
\sigma_3  &=-7.
\end{align*}
\right.

Les nombres $x_1$, $x_2$ et $x_3$ sont ainsi les trois racines du polynôme $X^3-\sigma_1 X^2+\sigma_2 X – \sigma_3.$

Plus précisément :

X^3-3X^2- X + 7 = (X-x_1)(X-x_2)(X-x_3).

Pour calculer $S_5 = x_1^5+x_2^5+x_3^5$ il serait possible de l’exprimer, par les relations de Newton, en fonction de $S_4$, $S_3$ et $S_2.$ Vous allez utiliser une division euclidienne qui amènera à abaisser le degré $5.$

Vous effectuez la division euclidienne de $X^5$ par $X^3-3X^2- X + 7$ qui sera le diviseur.

Vous obtenez successivement :

\begin{align*}
X^5 - (X^3-3X^2- X + 7)X^2 &=3X^4 +X^3-7X^2\\
3X^4 +X^3-7X^2 - (X^3-3X^2- X + 7)(3X) &=10X^3-4X^2-21X\\
10X^3-4X^2-21X - (X^3-3X^2- X + 7)\times 10 &=26X^2-11X-70.
\end{align*}

Par somme :

X^5-(X^3-3X^2- X + 7)(X^2+3X+10)=26X^2-11X-70.

Ainsi, en substituant trois fois $X$ par $x_1$, $x_2$ et $x_3$ puis en sommant :

\begin{align*}
S_5 &= 26S_2-11S_1-210\\
&=26\times11-11\times 3-210\\
&=23\times 11 - 210\\
&=253-210\\
&=43.
\end{align*}

Ainsi :

\boxed{x_1^5+x_2^5+x_3^5 = S_5 = 43.}

Concluez

Il a été établi que $\boxed{S_5 \in \{43,83\} .}$

315. Irréductibilité d’un polynôme à coefficients entiers (2/2)

Vous allez justifier dans cet article que le polynôme à coefficients entiers suivant :

P = X^4-10X^2+1

est irréductible dans $\Q[X].$

Vous effectuez d’abord une analyse, en supposant que $P$ s’écrit comme produit de deux polynômes à coefficients rationnels, ces deux polynômes ayant un degré inférieur ou égal à $3.$

Analyse 1/4 : utilisez le lemme de Gauss

Comme $P$ est réductible dans $\Q[X]$ mais appartient aussi à $\Z[X]$ il s’ensuit, d’après le contenu rédigé dans l'article 314 que $P$ est réductible dans $\Z[X].$

$P$ s’écrit donc comme le produit de deux polynômes à coefficients entiers, ces deux polynômes ayant un degré inférieur ou égal à $3.$

Analyse 2/4 : éliminez les degrés $1$ et $3$ dans la décomposition du polynôme $P$

Supposez que l’un des deux polynômes soit de degré $1.$

Il existe $(a,b,r,s,t,u)\in\Z^6$ tel que $P = QR$ avec :

\begin{align*}
Q &= aX+b\\
R &= rX^3+sX^2+tX+u.
\end{align*}

Par identification du coefficient dominant de $QR$ vous déduisez :

ar = 1.

Du coup $a\mid 1$ et :

a\in\{-1,1\}.

Par identification du coefficient constant de $QR$ vous déduisez :

bu =1.

Du coup $b\mid 1$ et :

b\in\{-1,1\}.

De ce qui précède, quatre cas sont à examiner.

Cas n°1 : $Q = X+1$

Vous observez que $Q(-1) = 0$, donc $P(-1) = Q(-1)R(-1)=0.$

Or :

\begin{align*}
P(-1) &= (-1)^4-10(-1)^2+1\\
&= 1-10+1\\
&=-8.
\end{align*}

Vous obtenez une contradiction.

Cas n°2 : $Q = X-1$

Vous observez que $Q(1) = 0$, donc $P(1) = Q(1)R(1)=0.$

Or :

\begin{align*}
P(1) &= 1^4-10\times 1^2+1\\
&= 1-10+1\\
&=-8.
\end{align*}

Vous obtenez une contradiction.

Cas n°3 : $Q = -X+1$

Vous avez $Q(1)=0$ ce qui ramène au cas n°2 et à une contradiction.

Cas n°3 : $Q = -X-1$

Vous avez $Q(-1)=0$ ce qui ramène au cas n°1 et à une contradiction.

Vous déduisez que $P$, dans sa décomposition, ne peut admettre de polynôme de degré $1$ à coefficients entiers.

De même, supposez que l’un des deux polynômes soit de degré $3.$ Pour des questions de degré, l’autre polynôme est de degré $1$ ce qui est impossible.

Vous déduisez que $P$, dans sa décomposition, ne peut admettre de polynôme de degré $3$ à coefficients entiers.

Analyse 3/4 : le degré $2$ dans la décomposition du polynôme $P$

D’après ce qui précède, $P$ s’écrit comme produit de deux polynômes de degré $2$, à coefficients entiers.

Vous notez dans la suite par $Q$ l’un de ces deux polynômes, avec $Q\in\Z[X].$

Cette fois-ci la méthode précédente ne sera pas utilisée au profit d’une variante avec les polynômes de Lagrange. Bien que longue et réservée à du calcul formel par ordinateur, cette méthode sera ici détaillée afin d’en comprendre les principes essentiels.

Pour connaître les candidats possibles pour ce polynôme $Q$ qui est de degré $2$, il suffit d’en connaître les valeurs prises sur $3$ nombres.

Comme $Q \mid P$, vous déduisez immédiatement que :

\begin{align*}
Q(0)&\mid P(0) \\
Q(2)&\mid P(2) \\
Q(-2)&\mid P(-2).
\end{align*}

Vous évaluez le polynôme $P$ en ces valeurs.

\begin{align*}
P(0) &= 1\\
P(2) &= 16-40+1 = 17-40 = -23\\
P(-2) &= P(2)  = -23.
\end{align*}

Note. Vous auriez pu utiliser $P(1) = -8$ mais $-8$ admet beaucoup trop de diviseurs, ce qui augmente le nombre de cas à traiter.

Cela s’écrit :

\begin{align*}
Q(0)&\mid 1 \\
Q(2)&\mid 23 \\
Q(-2)&\mid 23.
\end{align*}

C’est-à-dire :

\begin{align*}
Q(0)&\in \{-1,1\} \\
Q(2)&\in \{-23,-1,1,23\} \\
Q(-2)&\in \{-23,-1,1,23\}.
\end{align*}

D’après la formule des polynômes interpolateurs de Lagrange, vous avez :

\begin{align*}
Q(X) &= Q(0)\frac{(X-2)(X+2)}{(0-2)(0+2)}+Q(2)\frac{X(X+2)}{2(2+2)}+Q(-2)\frac{X(X-2)}{-2(-2-2)}\\
 &= Q(0)\frac{(X-2)(X+2)}{-4}+Q(2)\frac{X(X+2)}{8}+Q(-2)\frac{X(X-2)}{8}\\
&= Q(0)\frac{X^2-4}{-4}+Q(2)\frac{X^2+2X}{8}+Q(-2)\frac{X^2-2X}{8}\\
&= Q(0)\frac{8-2X^2}{8}+Q(2)\frac{X^2+2X}{8}+Q(-2)\frac{X^2-2X}{8}\\
&= \frac{(-2Q(0)+Q(2)+Q(-2))X^2+(2Q(2)-2Q(-2))X+8Q(0)}{8}\\
&=\frac{-2Q(0) + Q(2)+Q(-2)}{8}X^2+\frac{Q(2)-Q(-2)}{4}X + Q(0).
\end{align*}

Cela vous donne un nombre fini de candidats pour le polynôme $Q.$

Analyse 4/4 : citez les candidats potentiels

Vous obtenez le tableau suivant :

\begin{array}{|c|c|c|c|}
\hline
Q(0) & Q(2) & Q(-2) & Q(X) \\
\hline
-1 & -23 & -23 &-\frac{11 X^2}{2}-1 \\
-1 & -23 & -1 & -\frac{11 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & -23 & 1 & -\frac{5 X^2}{2}-6 X-1 \\
-1 & -23 & 23 &  \frac{X^2}{4}-\frac{23 X}{2}-1 \\
-1 & -1 & -23 &  -\frac{11 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & -1 & -1 & -1 \\
-1 & -1 & 1& \frac{X^2}{4}-\frac{X}{2}-1 \\
-1 & -1 & 23 & 3 X^2-6 X-1 \\
-1 & 1 & -23 & -\frac{5 X^2}{2}+6 X-1 \\
-1 & 1 & -1 & \frac{X^2}{4}+\frac{X}{2}-1 \\
-1 & 1 & 1& \frac{X^2}{2}-1 \\
-1 & 1 & 23 & \frac{13 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & 23 & -23 & \frac{X^2}{4}+\frac{23 X}{2}-1 \\
-1 & 23& -1 & 3 X^2+6 X-1 \\
-1 & 23 & 1& \frac{13 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}-1 \\
-1 & 23 & 23 & 6 X^2-1 \\
\hline
1 & -23 & -23 & -6 X^2+1 \\
1 & -23 & -1 & -\frac{13 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}+1\\
1 & -23 & 1 & -3 X^2-6 X+1\\
1 & -23 & 23 & -\frac{X^2}{4}-\frac{23 X}{2}+1 \\
1 & -1 & -23 & -\frac{13 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}+1 \\
1 & -1 & -1 & 1-\frac{X^2}{2} \\
1 & -1 & 1& -\frac{X^2}{4}-\frac{X}{2}+1 \\
1 & -1 & 23 & \frac{5 X^2}{2}-6 X+1 \\
1 & 1 & -23 & -3 X^2+6 X+1 \\
1 & 1 & -1 & -\frac{X^2}{4}+\frac{X}{2}+1 \\
1 & 1 & 1& 1 \\
1 & 1 & 23 & \frac{11 X^2}{4}-\frac{11 X}{2}+1 \\
1 & 23 & -23 & -\frac{X^2}{4}+\frac{23 X}{2}+1 \\
1 & 23& -1 & \frac{5 X^2}{2}+6 X+1 \\
1 & 23 & 1& \frac{11 X^2}{4}+\frac{11 X}{2}+1 \\
1 & 23 & 23 & \frac{11 X^2}{2}+1 \\
\hline
\end{array}

Comme le polynôme $Q$ appartient à $\Z[X]$ et est de degré $2$, il ne reste que six possibilités.

\left|\begin{align*}
&Q = 3 X^2-6 X-1 \\
&\text{ou}\\
&Q = 3 X^2+6 X-1\\
&\text{ou}\\
&Q = 6 X^2-1\\
&\text{ou}\\
&Q = -6 X^2+1\\
&\text{ou}\\
&Q = -3 X^2-6 X+1\\
&\text{ou}\\
&Q = -3 X^2+6 X+1.
\end{align*}
\right.

Comme $Q$ est le premier polynôme dans la décomposition de $P$ qui est réductible, vous déduisez que le reste de la division euclidienne de $P$ par $Q$ est nul et que le quotient de cette division est un polynôme à coefficients entiers.

Synthèse

Supposez que $Q$ soit un polynôme de degré $2$ à coefficients dans $\Z[X]$ tel que :

Q\in\{3 X^2-6 X-1,  3 X^2+6 X-1, 6 X^2-1, -6 X^2+1, -3 X^2-6 X+1 , -3 X^2+6 X+1\}.

Supposez que $R$ soit un polynôme de degré $2$ à coefficients dans $\Z[X]$ tel que :

P = QR.

Cette relation, dans $\Q[X]$ s’écrit :

P = QR + 0.

Du coup, $R$ est le quotient de la division euclidienne de $P$ par $Q$ et le reste de cette division est nul.

Pour les 6 divisions, vous obtenez le tableau suivant.

\begin{array}{|c|c|c|c|}
\hline
P & Q & \text{quotient} & \text{reste} \\
\hline
X^4-10X^2+1 &  3 X^2-6 X-1 & \frac{X^2}{3}+\frac{2 X}{3}-\frac{17}{9} & -\frac{32 X}{3}-\frac{8}{9} \\
X^4-10X^2+1 &   3 X^2+6 X-1 & \frac{X^2}{3}-\frac{2 X}{3}-\frac{17}{9} & \frac{32 X}{3}-\frac{8}{9} \\ 
X^4-10X^2+1 &   6 X^2-1 & \frac{X^2}{6}-\frac{59}{36} &-\frac{23}{36}  \\
X^4-10X^2+1 & -6 X^2+1 & \frac{59}{36}-\frac{X^2}{6} & -\frac{23}{36}\\
X^4-10X^2+1 &  -3 X^2-6 X+1 & -\frac{X^2}{3}+\frac{2 X}{3}+\frac{17}{9} & \frac{32 X}{3}-\frac{8}{9} \\
X^4-10X^2+1 &  -3 X^2+6 X+1 & -\frac{X^2}{3}-\frac{2 X}{3}+\frac{17}{9} & -\frac{32 X}{3}-\frac{8}{9}\\
\hline
\end{array}

Vous constatez qu’aucun quotient n’est un polynôme de $\Z[X].$ A titre surabondant, aucun reste n’est nul.

Vous déduisez qu’aucun polynôme parmi les six proposés pour $Q$ ne convient.

Note. Vous auriez pu conclure plus rapidement en procédant par une identification du coefficient dominant de $P$, montrant que le coefficient dominant du quotient ne peut être un entier. Cependant la priorité a été mise sur une méthode certes longue mais qui fonctionne dans toutes les situations.

Concluez

La partie analyse montre que, si $P$ est un polynôme réductible dans $\Q[X]$, alors il existe un polynôme $Q$ à coefficients entiers tel que :

\begin{align*}
Q &\mid P\\
Q&\in\{3 X^2-6 X-1,  3 X^2+6 X-1, 6 X^2-1, -6 X^2+1, -3 X^2-6 X+1 , -3 X^2+6 X+1\}.
\end{align*}

De plus, le reste de la division de $P$ par $Q$ est nul.
Le quotient de cette division est un polynôme à coefficients entiers.

La partie synthèse montre que, quel que soit le polynôme

Q\in\{3 X^2-6 X-1,  3 X^2+6 X-1, 6 X^2-1, -6 X^2+1, -3 X^2-6 X+1 , -3 X^2+6 X+1\}

le reste de la division de $P$ par $Q$ est non nul, autrement dit :

Q \nmid P.

Par analyse-synthèse, il a été démontré que le polynôme $P = X^4-10X^2+1$ est irréductible dans $\Q[X].$

314. Irréductibilité d’un polynôme à coefficients entiers (1/2)

Vous allez démontrer le lemme suivant, attribué à Gauss, qui stipule que, si un polynôme non constant à coefficients entiers est réductible dans $\Q[X]$, alors il est aussi réductible dans $\Z[X].$

Plus précisément, si $P$ est un polynôme non constant, de degré $n\geq 1$, à coefficients entiers de sorte que $P$ soit réductible dans $\Q[X]$ à savoir :

\exists (R,S)\in\Q[X]^2, P = RS

avec $R$ et $S$ non constants de sorte que :

\left\{\begin{align*}
\deg R < \deg P\\
\deg S < \deg P\\
\end{align*}
\right.

alors, il existe un rationnel non nul $q$ tel que :

\left\{\begin{align*}
qR &\in\Z[X]\\
\frac{1}{q}S&\in\Z[X].
\end{align*}
\right.

En posant $R’ = qR$ et $S’ = \frac{1}{q}S$ vous avez $\deg R = \deg R’$ et $\deg S’ = \deg S.$ Les polynômes $R’$ et $S’$ sont à coefficients entiers, $P = R’S’$ avec $\deg R’ < \deg P $ et $\deg S’ < \deg P$ ce qui signifie que $P$ est réductible dans $\Z[X].$

Illustration du lemme

Posez :

\begin{align*}
R &= 6 X - \frac{3}{2}\\
S &= \frac{28}{3}X+4\\
P &= RS.
\end{align*}

Alors, en développant :

\begin{align*}
P &= 56X^2-14X+24X-6\\
&=56X^2+10X-6.
\end{align*}

D’après ce qui précède, le polynôme $P$ est réductible dans $\Q[X]$ et il est à coefficients entiers.

Or :

\begin{align*}
P &= RS\\ 
& =  \left(6 X - \frac{3}{2}\right)\left(\frac{28}{3}X+4\right)\\
& = \left[\frac{1}{2}\left(12 X - 3\right)\right]\left[\frac{1}{3}\left(28X+12\right)\right]\\
& = \left[\frac{3}{2}\left(4 X - 1\right)\right]\left[\frac{4}{3}\left(7X+3\right)\right]\\
& =\left[ \frac{3}{2}\times \frac{4}{3}\right] (4 X - 1)(7X+3)\\
& =2(4 X - 1)(7X+3)\\
& =(8 X - 4)(7X+3)\\
& =\left[\frac{4}{3}\left(6 X - \frac{3}{2}\right)\right]\left[\frac{3}{4}\left(\frac{28}{3}X+4\right)\right].
\end{align*}

Vous déduisez, en posant $q = \frac{4}{3}$ :

\begin{align*}
P &=  (qR)\left(\frac{1}{q}S\right)\\
&= (8X-4)(7X+3).
\end{align*}

Cela montre bien que $P$ est réductible dans $\Z[X].$

Cet exemple illustre la méthode : vous factorisez d’abord $R$ en utilisant le PPCM des dénominateurs de ses coefficients. Puis vous factorisez $12X-3$ qui est à coefficients entiers, par le PGCD de tous ses coefficients. Vous effectuez le même procédé sur le polynôme $S.$ Vous obtenez à la fin deux polynômes à coefficients entiers.

Dans ce qui suit, vous allez démontrer que la méthode fonctionne dans tous les cas.

Une preuve du lemme de Gauss

Soient $R$ et $S$ deux polynômes à coefficients rationnels et non constants. Vous formez le produit $P = RS$ et vous supposez que $P\in\Z[X].$

En notant $r$ le degré du polynôme $R$ et $s$ celui du polynôme $S$ vous déduisez déjà que $r\geq 1$ et que $s\geq 1$ et qu’il existe $(a_0,a_1,\dots,a_r)\in\Z^{r+1}$, $(b_0,b_1,\dots,b_r)\in (\NN)^{r+1}$, $(u_0,u_1,\dots,u_s)\in\Z^{s+1}$, $(v_0,v_1,\dots,v_s)\in (\NN)^{s+1}$ tels que :

\left\{\begin{align*}
R &= \sum_{k=0}^{r}\frac{a_k}{b_k} X^k \\
S &= \sum_{\ell=0}^{s}\frac{u_{\ell}}{v_{\ell}} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Vous posez ensuite :

\left\{
\begin{align*}
b &= \mathrm{PPCM}(b_0,b_1,\dots, b_r) \\
v &= \mathrm{PPCM}(v_0,v_1,\dots, v_s).
\end{align*}
\right.

Alors $b\geq 1$ et $v\geq 1.$ De plus, pour tout $k\in\llbracket 0, r\rrbracket$ vous avez $\frac{b}{b_k} \in\NN.$ De même, pour tout $\ell \in\llbracket 0, s\rrbracket$ vous avez $\frac{v}{v_{\ell}} \in\NN.$

Il vient :

\left\{\begin{align*}
R &=\frac{1}{b} \sum_{k=0}^{r}\frac{b\ a_k}{b_k} X^k \\
S &= \frac{1}{v} \sum_{\ell=0}^{s}\frac{v\ u_{\ell}}{v_{\ell}} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Pour tout $k\in\llbracket 0, r\rrbracket$ vous posez $c_k = \frac{b\ a_k}{b_k} \in\Z.$ De même, pour tout $\ell \in\llbracket 0, s\rrbracket$ vous posez $w_{\ell} = \frac{v\ u_{\ell}}{v_{\ell}} \in\Z.$ Dès lors :

\left\{\begin{align*}
R &=\frac{1}{b} \sum_{k=0}^{r}c_k X^k \\
S &= \frac{1}{v} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Comme $c_r/b$ et $w_s/v$ sont les coefficients dominants respectifs des polynômes $R$ et $S$ qui sont non constants, vous avez $c_r \neq 0$ et $w_s\neq 0.$

Vous posez ensuite :

\left\{
\begin{align*}
c &= \mathrm{PGCD}(c_0,c_1,\dots, c_r) \\
w &= \mathrm{PGCD}(w_0,w_1,\dots, w_s).
\end{align*}
\right.

Vous notez que $c$ et $w$ sont deux entiers supérieurs ou égaux à $1.$

Pour tout $k\in\llbracket 0, r\rrbracket$ vous posez $c_k^{\#} = \frac{c_k}{c} \in\Z.$ De même, pour tout $\ell \in\llbracket 0, s\rrbracket$ vous posez $w_{\ell}^{\#} = \frac{w_{\ell}}{w} \in\Z.$

Notez que $c_r^{\#} = \frac{c_r}{c}$ donc $c_r^{\#} \neq 0.$ De même, $w_s^{\#} = \frac{w_s}{w}$ donc $w_s^{\#} \neq 0.$

Dès lors :

\left\{
\begin{align*}
 &\mathrm{PGCD}(c_0^{\#},c_1^{\#},\dots, c_r^{\#}) =1 \\
 &\mathrm{PGCD}(w_0^{\#},w_1^{\#},\dots, w_s^{\#}) =1.
\end{align*}
\right.

Les polynômes $R$ et $S$ sont enfin écrits sous la forme adéquate :

\left\{\begin{align*}
R &=\frac{c}{b} \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \\
S &= \frac{w}{v} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}.
\end{align*}
\right.

Par produit, il vient :

P = \frac{cw}{bv} \left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right).

Il s’agit maintenant de comprendre pourquoi le rationnel $\frac{cw}{bv}$ est un nombre entier naturel non nul.

Il a été noté que les quatre nombres entiers $c$, $w$, $b$ et $v$ sont tous strictement positifs. Le rationnel $\frac{cw}{bv}$ est donc strictement positif.

Pour comprendre pourquoi c’est un entier, vous allez multiplier l’expression de $P$ par $bv$ pour obtenir ceci :

bvP = cw  \left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right).

Dans la suite, vous notez $Q$ ce polynôme, qui est à coefficients entiers.

Pour tout $m\in\llbracket 0, r+s\rrbracket$ vous posez :

d_m = \sum_{\substack{k+\ell = m \\0\leq k \leq r \\0\leq \ell \leq s }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}

de sorte qu’après développement :

\left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right) = \sum_{m=0}^{r+s} d_m X^m.

Comme :

Q = bvP =  \sum_{m=0}^{r+s} (cwd_m) X^m

vous déduisez que tous les coefficients de $Q$ dont divisibles par l’entier $bv.$

Par identification des coefficients, vous déduisez :

\forall m\in \llbracket 0, r+s \rrbracket, bv \mid cwd_m.

Notez que par produit, $c_r^{\#} w_s^{\#} \neq 0.$ Ainsi, $d_{r+s} \neq 0$ et par suite $cw d_{r+s} \neq 0.$

Par conséquent :

\begin{align*}
&bv \mid \mathrm{PGCD}(cwd_0, cwd_1,\dots cwd_{r+s}) \\
&bv \mid  cw\times \mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}).
\end{align*}

Démontrez que $\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) = 1$

C’est le point clef de la démonstration du lemme de Gauss.

Raisonnez par l’absurde et supposez que $\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) \geq 2.$

Il existe donc un nombre premier $p$ tel que :

p\mid \mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}).

Notez que

\mathrm{PGCD}(c_0^{\#},c_1^{\#},\dots, c_r^{\#}) =1

Il est donc impossible d’avoir :

\forall k\in\llbracket 0, r\rrbracket, p\mid c_k^{\#}

sinon vous auriez :

p \mid \mathrm{PGCD}(c_0^{\#},c_1^{\#},\dots, c_r^{\#}) 

et donc $p=1$ ce qui contredit le fait que $p$ est premier.

L’ensemble suivant :

\{ k\in \llbracket 0, r\rrbracket, p \nmid c_k^{\#} \}

est non vide.

De même, l’ensemble suivant :

\{ \ell \in \llbracket 0, s\rrbracket, p \nmid w_{\ell}^{\#} \}

est aussi non vide.

Vous posez donc :

\begin{align*}
k' =\min \{ k\in \llbracket 0, r\rrbracket, p \nmid c_k^{\#} \} \\
\ell' =\min\{ \ell \in \llbracket 0, s\rrbracket, p \nmid w_{\ell}^{\#} \}.
\end{align*}

En calculant $d_{k’+\ell’}$ il vient :

\begin{align*}
d_{k'+\ell'} &= \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\0\leq k \leq r\\0\leq \ell \leq s }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#} \\
&=c_{k'}^{\#}w_{\ell'}^{\#}+ \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.
\end{align*}

Ainsi :

c_{k'}^{\#}w_{\ell'}^{\#} = d_{k'+\ell'} -  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

Comme $p\mid \mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s})$ il vient $p \mid d_{k’+\ell’}.$

D’autre part par définition du minimum $k’$ :

\forall k\in\llbracket 0, k'-1\rrbracket, p\mid c_k^{\#}.

Donc :

\forall k\in\llbracket 0, k'-1\rrbracket, \forall \ell \in\llbracket 0, s\rrbracket, p\mid c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

Vous déduisez que :

p \mid  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\} \\ k < k'  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

De même, par définition du minimum $\ell’$ :

\forall \ell \in\llbracket 0, \ell'-1\rrbracket, p\mid w_{\ell}^{\#}.

Soient maintenant $k$ et $\ell$ deux entiers tels que :

\left\{
\begin{align*}
 k+\ell = k'+\ell'\\
k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}\\
k > k' \\
\ell\in\llbracket 0, s\rrbracket  \setminus\{\ell'\}.
\end{align*}
\right.

Il vient :

k-k' = \ell'-\ell.

Or $k-k’>0$ donc $k-k’ \geq 1$ donc $\ell’-\ell \geq 1$ donc $\ell \leq \ell’-1$ et du coup $p\mid w_{\ell}^{\#}$ et $p \mid c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.$

Vous déduisez que :

p \mid  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket \\ k > k'  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.

Ainsi :

\left\{\begin{align*}
&p\mid d_{k'+\ell'} \\
&p\mid  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#}.
\end{align*}
\right.

Par différence, vous déduisez :

\left\{\begin{align*}
&p\mid d_{k'+\ell'} -  \sum_{\substack{k+\ell = k'+\ell'  \\ k\in\llbracket 0, r\rrbracket\setminus\{k'\}  \\  \ell\in\llbracket 0, s\rrbracket\setminus\{\ell'\} }} c_k^{\#}w_{\ell}^{\#} \\
&p\mid c_{k'}^{\#}w_{\ell'}^{\#}
\end{align*}
\right.

Via le lemme d’Euclide, il y a deux possibilités.

Soit $p\mid c_{k’}^{\#}$, mais cela contredit la définition de $k’$.

Soit $p\mid w_{\ell’}^{\#}$, mais cela contredit la définition de $\ell’$.

Il y a contradiction.

L’hypothèse $\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) \geq 2$ est donc fausse et par conséquent :

\mathrm{PGCD}(d_0, d_1,\dots d_{r+s}) =1.

Concluez

Du coup :

bv \mid  cw.

Le nombre $\frac{cw}{bv}$ est un entier strictement positif. Notez-le $\alpha$ dans la suite.

Alors vous avez l’égalité :

\begin{align*}
P &= \alpha \left( \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right)\\
&= \left( \sum_{k=0}^{r}\alpha\ c_k^{\#} X^k \right) \left(\sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}\right).
\end{align*}

Cette égalité montre bien que le polynôme $P$ est réductible dans $\Z[X].$

Vous allez terminer en effectuant le lien avec les polynômes $R$ et $S$ de départ : il reste à définir un rationnel $q$ pour avoir $qR\in\Z[X]$ et $\frac{1}{q}S \in\Z[X].$ Remarquez que :

\begin{align*}
R &=\frac{c}{b} \sum_{k=0}^{r}c_k^{\#} X^k \\
&=\frac{c}{\alpha\ b} \sum_{k=0}^{r}\alpha\ c_k^{\#} X^k \\
\end{align*}

Posez $q = \frac{\alpha b }{c}$, vous avez :

qR = \sum_{k=0}^{r}\alpha\ c_k^{\#} X^k.

Donc $qR \in\Z[X].$

D’autre part :

\begin{align*}
\frac{1}{q}S &= \frac{c}{\alpha\ b}\frac{w}{v} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell} \\
&=  \frac{cw}{\alpha\ bv} \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}.
\end{align*}

Or : $\frac{cw}{bv} = \alpha$ donc $cw = \alpha bv$ et par suite :

\frac{1}{q}S = \sum_{\ell=0}^{s} w_{\ell}^{\#} X^{\ell}.

Donc $\frac{1}{q}S \in\Z[X].$

Il a été démontré que :

P = (qR)\left(\frac{1}{q}S\right).

Comme les polynômes $qR$ et $\frac{1}{q}S$ sont à coefficients entiers, le polynôme $P$ se réduit bien dans $\Z[X].$

Prolongement

Vous souhaitez utiliser le résultat établi pour démontrer qu’un polynôme précis est irréductible ? Allez jeter un oeil dans le contenu rédigé dans l'article 315.

313. Le PGCD est multiplicatif

Dans cet article, l’objectif est d’aboutir à la propriété suivante, traduisant la multiplicité du $\mathrm{PGCD}$ :

\forall (a,b)\in\Z^2\setminus\{(0,0)\}, \forall m\in \N^{*}, \mathrm{PGCD}(ma,mb) = m\times \mathrm{PGCD}(a,b).

Note. L’algorithme d’Euclide permet de démontrer ce résultat. Néanmoins, une autre approche sera utilisée, de façon à manipuler les autres propriétés du $\mathrm{PGCD}.$

Démontrez une première inégalité

Fixez le contexte

Soient $a$ et $b$ deux entiers non simultanément nuls et soit $m$ un entier naturel non nul.

Comme $(a,b)\neq (0,0)$ le $\mathrm{PGCD}$ des entiers $a$ et $b$ est bien défini et :

\mathrm{PGCD}(a,b) = \max\{n\in\N^{*}, n\mid a \text{ et }n\mid b\}.

Comme $m$ est non nul, vous avez aussi $(ma,mb)\neq (0,0)$ le $\mathrm{PGCD}$ des entiers $ma$ et $mb$ est bien défini et :

\mathrm{PGCD}(ma,mb) = \max\{n\in\N^{*}, n\mid ma \text{ et }n\mid mb\}.

Passez à la démonstration

Notez $d = \mathrm{PGCD}(a,b).$

Alors $d\mid a$ et $d\mid b.$

En multipliant par $m$, il vient :

$md\mid ma$ et $md \mid mb.$

Comme $d$ et $m$ sont non nuls, vous déduisez que $md$ est non nul. Par conséquent :

md\in \{n\in\N^{*}, n\mid ma \text{ et }n\mid mb\}.

Du coup, vous déduisez :

md \leq \mathrm{PGCD}(ma,mb).

Il a donc été démontré que :

\boxed{\forall (a,b)\in\Z^2\setminus\{(0,0)\}, \forall m\in \N^{*}, m\times \mathrm{PGCD}(a,b) \leq \mathrm{PGCD}(ma,mb).}

Démontrez une seconde inégalité

Cet autre passage est plus délicat, dans la mesure où il est choisi volontairement de ne pas utiliser l’algorithme d’Euclide.

Soient $a$ et $b$ deux entiers non simultanément nuls et soit $m$ un entier naturel non nul.

Vous posez $u = \mathrm{PGCD}(ma,mb).$

Alors :

\left\{\begin{align*}
u&\mid ma\\
u&\mid mb.
\end{align*}
\right.

Vous notez encore $d = \mathrm{PGCD}(a,b).$

Il existe donc deux entiers $a’$ et $b’$ tels que :

\left\{\begin{align*}
a&= da'\\
b&= db'.
\end{align*}
\right.

Remarquez que $(a’,b’)\neq (0,0)$ sinon vous auriez $(a,b)=(0,0)$ ce qui est exclu.

Démontrez que $a’$ et $b’$ sont premiers entre eux

D’après la première inégalité, il vient :

d\times \mathrm{PGCD}(a',b') \leq \mathrm{PGCD}(da',db').

Cela s’écrit :

d\times \mathrm{PGCD}(a',b') \leq \mathrm{PGCD}(a,b).

C’est-à-dire :

d\times \mathrm{PGCD}(a',b') \leq d.

Comme $d\neq 0$ il vient :

 \mathrm{PGCD}(a',b') \leq 1.

Or, $\mathrm{PGCD}(a’,b’)$ est un entier non nul, donc :

\boxed{\mathrm{PGCD}(a',b') = 1.}

Ramenez-vous au théorème de Gauss

Comme

\left\{\begin{align*}
u&\mid mda'\\
u&\mid mdb'
\end{align*}
\right.

Il existe deux entiers $a »$ et $b »$ tels que :

\left\{\begin{align*}
mda'   &= ua''\\
mdb' &= ub''.
\end{align*} 
\right.

Ainsi :

\left\{\begin{align*}
mda'b''   &= ua''b''\\
mdb'a'' &= ua''b''.
\end{align*} 
\right.

Ainsi, il vient $mda’b » = mdb’a ».$ Comme $m\neq 0$ et comme $d\neq 0$ il vient :

a'b'' = a''b'.

Premier cas : $a’ \neq 0.$ Comme :

a' \mid a''b'

et comme $\mathrm{PGCD}(a’,b’)=1$ le théorème de Gauss (dont une preuve directe se trouve dans le contenu rédigé dans l'article 310) fournit :

a' \mid a''.

Il existe un entier $k$ tel que :

a'' = ka'.

L’égalité $mda’ = ua »$ fournit $mda’ = uka’.$ Comme $a’$ est non nul, vous obtenez $md = uk$ ce qui donne $u \mid md.$

Second cas : $a’ = 0.$ Comme $(a’,b’)\neq (0,0)$ il vient $b’\neq 0.$

Vous utilisez le fait que :

b'\mid  a'b''.

Comme $\mathrm{PGCD}(a’,b’)=1$ le théorème de Gauss fournit :

b' \mid b''.

Il existe un entier $\ell$ tel que :

b'' = \ell b'

L’égalité $mdb’ = ub »$ fournit $mdb’ = u\ell b’.$ Comme $b’\neq 0$ vous déduisez encore que $md = u\ell.$ Donc $u\mid md.$

Il a été démontré que dans tous les cas :

\boxed{u\mid md.}

Comme $u$ et $md$ sont des entiers positifs, cela entraîne :

u\leq md

donc :

\boxed{ \mathrm{PGCD}(ma,mb)\leq m\times \mathrm{PGCD}(a,b) .}

Concluez

Compte tenu des deux inégalités précédentes, le caractère multiplicatif du $\mathrm{PGCD}$ est établi.

\boxed{\forall (a,b)\in\Z^2\setminus\{(0,0)\}, \forall m\in \N^{*}, \mathrm{PGCD}(ma,mb) = m\times \mathrm{PGCD}(a,b).}

Bonus : une autre démonstration de la seconde inégalité

Soient $a$ et $b$ deux entiers non simultanément nuls et soit $m$ un entier naturel non nul.

Vous posez $u = \mathrm{PGCD}(ma,mb).$ Vous avez $u\in\NN.$

Il existe deux entiers $a’$ et $b’$ tels que :

\left\{\begin{align*}
ma &= ua'\\
mb &= ub'.
\end{align*}
\right.

Vous allez considérer dans la suite le nombre $d=\mathrm{PGCD}(u,m)$ qui est bien défini puisque $m$ est non nul. Vous avez $d\in\NN.$

Alors il existe deux entiers $u’\in\NN$ et $m’\in\NN$, nécessairement premiers entre eux, d’après la première inégalité démontrée ci-dessus, tels que :

\left\{\begin{align*}
u &=du'\\
m &= dm'.
\end{align*}
\right.

Vous obtenez alors :

\left\{\begin{align*}
dm'a &= du'a'\\
dm'b &= du'b'.
\end{align*}
\right.

Du coup, en simplifiant par $d\neq 0$ vous obtenez :

\left\{\begin{align*}
m'a &= u'a'\\
m'b &=u'b'.
\end{align*}
\right.

Et vous déduisez :

\left\{
\begin{align*}
u'&\mid m'a\\
u'&\mid m'b.
\end{align*}
\right.

Notez que $u=du’$ avec $u\neq 0$ impose $u’\neq 0.$ Comme $\mathrm{PGCD}(u’,m’)=1$ vous déduisez, par le théorème de Gauss :

\left\{
\begin{align*}
u'&\mid a\\
u'&\mid b.
\end{align*}
\right.

Par définition du $\mathrm{PGCD}$ avec $u’\in\NN$ il vient :

u'\leq \mathrm{PGCD}(a,b).

Vous multipliez par $d$ qui est positif :

du'\leq d\times \mathrm{PGCD}(a,b).

Comme $u=du’$ :

u\leq d\times  \mathrm{PGCD}(a,b).

Or, $d = \mathrm{PGCD}(u,m)$, donc $d\mid m.$ Or $d\in\NN$ et $m\in\NN$ donc $d\leq m.$

Ainsi :

u\leq m\times  \mathrm{PGCD}(a,b).

Cela s’écrit :

\boxed{ \mathrm{PGCD}(ma,mb)\leq m\times \mathrm{PGCD}(a,b) .}

310. Le théorème de Gauss démontré directement

Dans cet article, vous allez démontrer que le théorème de Gauss directement, sans utiliser le théorème de Bézout, dont vous trouverez une démonstration directe dans le contenu rédigé dans l'article 308.

Le théorème de Gauss énonce que, quels que soient $a$, $b$ et $c$ trois entiers relatifs, $a$ étant non nul :

\left\{\begin{array}{l}
a\mid bc\\
\mathrm{PGCD}(a,b)=1
\end{array}
\right. \implies a \mid c.

Pour effectuer une démonstration directe, vous fixez trois entiers relatifs $a$, $b$ et $c$, avec $a\neq 0$ tels que :

\left\{\begin{array}{l}
a\mid bc\\
\mathrm{PGCD}(a,b)=1.
\end{array}
\right.

Introduisez une partie de l’ensemble des entiers naturels

Soit $A$ la partie de $\N$ définie par :

A=\{n\in\NN, a\mid nc\}.

Si $a$ est positif, alors $a>0$ et par suite :

\left\{\begin{array}{l}
a\mid ac\\
a\in\NN.
\end{array}
\right.

Vous en déduisez que $a\in A.$

Si $a$ est négatif vous posez $a’ = -a$ et $a’ >0.$ Il vient :

\left\{\begin{array}{l}
a\mid a' \mid a'c\\
a'\in\NN.
\end{array}
\right.

Donc $a’\in A.$

L’ensemble $A$ est non vide dans tous les cas. Comme $A\subset \N$, l’ensemble $A$ admet un plus petit élément que vous notez $m.$ L’entier $m$ vérifie les deux propriétés suivantes :

\boxed{\left\{\begin{array}{l}
a\mid mc\\
m\in\NN.
\end{array}
\right.}

Démontrez que $m$ divise $a$

Comme $m\in\NN$ vous effectuez la division euclidienne de $a$ par $m.$ Il existe un entier relatif $q$ et un entier $r\in\llbracket 0, m-1\rrbracket$ tels que :

a = mq+r.

Supposez que $r$ soit non nul.

Vous multipliez l’égalité précédente par $c$ :

ac = mcq+rc.

Comme :

\left\{\begin{array}{l}
a\mid ac\\
a\mid mc \mid mcq
\end{array}
\right.

vous déduisez que :

a\mid rc.

Or, $r\in\NN$ donc $r\in A$, donc $r\geq m$ puisque $m$ est le plus petit élément de $A$. Cela contredit l’inégalité $r\leq m-1.$

Donc $r=0$ et par suite $a=mq.$ Du coup :

\boxed{m\mid a.}

Démontrez que $m$ divise $b$

Comme $m\in\NN$ vous effectuez la division euclidienne de $b$ par $m.$ Il existe un entier relatif $q’$ et un entier $r’\in\llbracket 0, m-1\rrbracket$ tels que :

b = mq'+r'.

Supposez que $r’$ soit non nul.

Vous multipliez l’égalité précédente par $c$ :

bc = mcq'+r'c.

Par hypothèse :

a\mid bc.

Or :

a\mid mc \mid mcq'.

Vous en déduisez que :

a\mid r'c.

Or, $r’\in\NN$ donc $r’\in A$ donc $r’\geq m$ puisque $m$ est le plus petit élément de $A.$ Cela contredit l’inégalité $r’\leq m-1.$

Donc $r’=0$ et $b=mq’$ d’où :

\boxed{m\mid b.}

Concluez

L’entier $m$ strictement positif divise $a$ et $b$ à la fois. Par définition du $\mathrm{PGCD}$ il vient $m\leq \mathrm{PGCD}(a,b)$ d’où $m\leq 1.$ Comme $m>0$, vous déduisez $m=1.$

Comme $a\mid mc$ vous avez obtenu le résultat annoncé :

\boxed{a\mid c.}