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167. Résolvez une équation du quatrième degré sans translation avec la méthode de Ferrari

Cette section illustre la résolution d’une équation du quatrième degré qualifiée de « pleine » au sens où elle contient explicitement un terme en $x^3$, ce qui n’était pas le cas dans l'article 166 où l’équation à résoudre n’en comportait pas, ce qui simplifiait les calculs initiaux.

Soit à résoudre dans $\C$ l’équation suivante $x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0.$ Vous verrez plus tard que l’utilisation de $\C$ au lieu de $\R$ s’avère commode puisque cette équation n’admet, en fait, aucune solution réelle.

Note. Il est possible de mener les calculs en restant dans $\R$ mais au prix de démarches plus techniques et plus lourdes.

Absorbez $x^4+10x^3$ dans un carré

Avec l’identité remarquable $(a+b)^2=a^2+2ab+b^2$ vous obtenez :

\begin{aligned}
(x^2+5x)^2 &= (x^2)^2+2(x^2)(5x)+(5x)^2\\
&=x^4+10x^3+25x^2.
\end{aligned}

Ainsi $x^4+10x^3 = (x^2+5x)^2-25x^2.$

Cette remarque permet d’écrire que, pour tout nombre complexe $x$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^4+10x^3)+39x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x)^2-25x^2+39x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x)^2+14x^2+70x+50 = 0.
\end{aligned}

Utilisez l’idée de Ferrari avec un degré de liberté supplémentaire

Soit $k$ un nombre réel fixé qui sera choisi plus tard.

Pour tout nombre complexe $x$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^2+5x)^2+14x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+k)^2-k^2-2k(x^2+5x)+14x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+k)^2+(14-2k)x^2+(70-10k)x+50-k^2 = 0.
\end{aligned}

Vous choisissez $k$ pour que le polynôme $(14-2k)x^2+(70-10k)x+50-k^2$ soit un carré parfait. Cela se produit lorsque son discriminant est nul.

Ici, vous observez que si $k=7$, alors $14-2k=0$ et $70-10k = 0.$

Vous obtenez donc, que pour tout $x\in\C$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^2+5x+7)^2+50-49 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+7)^2+1 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+7)^2-i^2 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+7+i)(x^2+5x+7-i) = 0.
\end{aligned}

Trouvez les racines des deux polynômes obtenus

Déterminez les racines du trinôme $x^2+5x+7+i$

Le discriminant du trinôme $x^2+5x+7+i$ est égal à :

\begin{aligned}
\Delta &= 25-4(7+i)\\
&=-3-4i.
\end{aligned}

Il s’agit maintenant d’en trouver une racine carrée.

Posez $z = a+ib$ où $a$ et $b$ sont deux réels, de sorte que $z^2 = -3-4i.$

En calculant le module, vous obtenez $\vert z \vert ^2 = 5$ soit $a^2+b^2 = 5.$

En développant $z^2$ vous obtenez $a^2-b^2+2iab = -3-4i.$ En identifiant la partie réelle, cela donne $a^2-b^2=-3.$

Comme $a^2+b^2 = 5$ et $a^2-b^2 = -3$, par somme $2a^2 = 2$ donc $a^2=1$.

Choisissez $a=1$. En identifiant la partie imaginaire, vous obtenez $2ab = -4$ ce qui conduit à $ab=-2$ et $b=-2.$

Vérification. Posez $z = 1-2i$. Alors $z^2 = 1-4-4i = -3-4i.$

Du coup, $\Delta = (1-2i)^2.$

Les racines du trinôme $x^2+5x+7+i$ sont $\frac{-5-1+2i}{2} = -3+i$ et $\frac{-5+1-2i}{2}=-2-i.$

Ainsi, par le théorème de factorisation $(x+3-i)(x+2+i) = x^2+5x+7+i.$

Déterminez les racines du trinôme $x^2+5x+7-i$

D’après ce qui précède, pour $x\in\{-3+i, -2-i\}$, $x^2+5x+7-i = 0$ donc en conjuguant $\overline{x}^2+5\overline{x}+7+i = 0$ donc pour $x\in\{-3-i, -2+i\}$, $x^2+5x+7+i=0.$

Les deux racines du polynôme du second degré $x^2+5x+7-i$ sont $-3-i$ et $-2+i.$

Ainsi, par le théorème de factorisation $(x+3+i)(x+2-i) = x^2+5x+7-i.$

Concluez

Pour tout nombre complexe $x$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^2+5x+7+i)(x^2+5x+7-i) = 0\\
&\Longleftrightarrow (x+3-i)(x+2+i)(x+3+i)(x+2-i) = 0\\
\end{aligned}

Le polynôme $x^4+10x^3+39x^2+70x+50$ admet quatre racines :
$-3-i$,
$-3+i$,
$-2+i$ et
$-2-i.$

Remarque. Le polynôme du quatrième degré $x^4+10x^3+39x^2+70x+50$ s’écrit aussi comme produit de deux polynômes réels du second degré, en regroupant les racines deux à deux conjuguées :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50 &= (x+3-i)(x+2+i)(x+3+i)(x+2-i)\\
&= \left[(x+3+i)(x+3-i)\right]\left[(x+2+i)(x+2-i)\right]\\
&=(x^2+6x+10)(x^2+4x+5).
\end{aligned}

166. Résolvez une équation du quatrième degré avec la méthode de Ferrari

Soit à résoudre l’équation $x^4-22x^2 -48x -23 = 0$ d’inconnue $x\in\R.$

Note. Cette équation ne comporte pas de terme en $x^3$ ce qui simplifie les calculs. Pour traiter la question lorsque ce terme est explicitement apparent dans une équation du quatrième degré, il tout à fait possible de s’en sortir en menant des calculs similaires avec une étape supplémentaire et sans utiliser de « translation », complexifiant artificiellement les calculs en faisant apparaître des fractions. Reportez-vous au contenu se trouvant dans l'article 167.

Utilisez l’identité remarquable $(a+b)^2=a^2+2ab+b^2$

Pour tout réel $x$, $(x^2-11)^2 = x^4-22x^2+121$ ce qui fournit $x^4-22x^2 = (x^2+11)^2-121.$

Par conséquent, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
x^4-22x^2   -48x  -23 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2-121 - 48x-23 = 0\\
 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2- 48x-144  = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11)^2  = 48x+144.\\
\end{align*}.

Utilisez un degré de liberté supplémentaire

Soit $k$ un nombre réel qui sera choisi plus tard.

Pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
(x^2-11 + k)^2 &= ((x^2-11) + k)^2\\
&= (x^2-11)^2+2k(x^2-11)+k^2.
\end{align*}

Par conséquent, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
x^4-22x^2   -48x  -23 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2  = 48x+144\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11)^2+2k(x^2-11)+k^2 = 48x+144+2k(x^2-11)+k^2\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11 + k)^2 = 2kx^2 +48x + (144-22k+k^2).
\end{align*}

Appliquez l’idée de Ferrari

L’idée de Ferrari consiste à choisir $k$ pour que $2kx^2 +48x + (144-22k+k^2)$ soit un polynôme ayant une racine double.

Cela se produit uniquement si le discriminant est nul.

Cela amène à choisir $k$ tel que :

\begin{align*}
48^2 - 4\times 2k \times (144-22k+k^2) &= 0\\
2304-8k(144-22k+k^2) &=0\\
288-k(144-22k+k^2) &=0\\
-k^3+22k^2-144k+288 &=0\\
k^3-22k^2+144k-288 &=0.
\end{align*}

Le graphique du polynôme du troisième degré $x\mapsto x^3-22x^2+144x-288$ obtenu amène à suspecter que $k=4$ est peut-être solution.

26/09/2021 - Courbe representative de x 3 22x 2144x 288

Vérifiez-le. En effet, pour $k=4$ :

\begin{align*}
k^3-22k^2+144k-288 &= k(k^2-22k+144)-288\\
&=k(k(k-22)+144)-288\\
&=k(-18k+144)-288\\
&=k(-72+144)-288\\
&=72k-288\\
&=0.
\end{align*}

Il sera inutile de chercher les autres racines de ce polynôme de degré 3.

Note. L’équation de degré 3 obtenue, permettant d’avancer dans la résolution, est appelée résolvante.

Factorisez le polynôme de degré 4

Choisissez $k=4.$ Alors, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
x^4-22x^2   -48x  -23 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2  = 48x+144\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11 + k)^2 = 2kx^2 +48x + (144-22k+k^2)\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8x^2 +48x + (144-88+16)\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8x^2 +48x + 72\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8(x^2 +6x + 9)\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8(x+3)^2 \\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = (2\sqrt{2}(x+3))^2 \\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = (2\sqrt{2}x+6\sqrt{2})^2 \\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 - (2\sqrt{2}x+6\sqrt{2})^2 =0\\
&\Longleftrightarrow (x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2})(x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}) =0.
\end{align*}

Terminez la résolution

Etude des racines du trinôme $x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2}$

Le discriminant du trinôme $x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2}$ est égal à :

\begin{align*}
\Delta &= (-2\sqrt{2})^2-4(-7-6\sqrt{2})\\
&=8+28+24\sqrt{2}\\
&=36+24\sqrt{2}\\
&=12(3+2\sqrt{2})\\
&=12(1+\sqrt{2})^2\\
&=\left(\sqrt{12}(1+\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}(1+\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}+2\sqrt{6})\right)^2.\\
\end{align*}

Par suite $\sqrt{\Delta} = 2\sqrt{6}+2\sqrt{3}.$

Les racines du trinôme $x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2}$ sont $\frac{2\sqrt{2} + 2\sqrt{6}+2\sqrt{3} }{2} = \sqrt{2}+\sqrt{6}+\sqrt{3}$ et $\frac{2\sqrt{2} – 2\sqrt{6}-2\sqrt{3} }{2} = \sqrt{2}-\sqrt{6}-\sqrt{3}.$

Etude des racines du trinôme $x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}$

Le discriminant du trinôme $x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}$ est égal à :

\begin{align*}
\Delta &= (2\sqrt{2})^2-4(-7+6\sqrt{2})\\
&=8+28-24\sqrt{2}\\
&=36-24\sqrt{2}\\
&=12(3-2\sqrt{2})\\
&=12(1-\sqrt{2})^2\\
&=\left(\sqrt{12}(1-\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}(1-\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}-2\sqrt{6})\right)^2.\\
\end{align*}

Par suite $\sqrt{\Delta} = 2\sqrt{6}-2\sqrt{3}.$

Les racines du trinôme $x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}$ sont $\frac{-2\sqrt{2} + 2\sqrt{6}-2\sqrt{3} }{2} = -\sqrt{2}+\sqrt{6}-\sqrt{3}$ et $\frac{-2\sqrt{2} – 2\sqrt{6}+2\sqrt{3} }{2} = -\sqrt{2}-\sqrt{6}+\sqrt{3}.$

Concluez

L’équation $x^4-22x^2 -48x -23 = 0$ possède quatre racines réelles qui sont respectivement :
$\sqrt{2}+\sqrt{6}+\sqrt{3}$,
$ \sqrt{2}-\sqrt{6}-\sqrt{3}$,
$-\sqrt{2}+\sqrt{6}-\sqrt{3}$ et
$-\sqrt{2}-\sqrt{6}+\sqrt{3}.$

165. Trouvez un polynôme annulateur à coefficients entiers de racine de 6 moins de racine 2 moins racine de 3

Posez $x = \sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3}$. Le but de ce document est de retrouver, par un autre moyen, le résultat qui se trouve dans l'article 164.

L’idée sous jacente, pour trouver un polynôme de $\Z[X]$ qui annule le réel $x$, c’est qu’un tel polynôme admet d’autres racines qui sont proches de $x$, un peu comme le conjugué d’un nombre complexe.

Formez un polynôme de degré 2 qui annule $x$

$x+\sqrt{2} = \sqrt{6}-\sqrt{3}$, donc $(x+\sqrt{2})^2 = 9-6\sqrt{2}.$

Posez $Q(X) = (X+\sqrt{2})^2+6\sqrt{2}-9.$

Alors $Q(x)=0$ mais $Q$ n’est pas à coefficients dans $\Z.$

Formez un polynôme de degré 4 qui annule $x$

Vous allez multiplier le polynôme $Q$ de façon à utiliser l’identité remarquable $a^2-b^2 = (a-b)(a+b).$

Vous le multipliez par un polynôme en remplaçant $x+\sqrt{2}$ par $x-\sqrt{2}$ et en changeant aussi $6\sqrt{2}-9$ par $-6\sqrt{2}-9$, qui sont des expressions conjuguées.

Posez $P(X) = ((X+\sqrt{2})^2+6\sqrt{2}-9)((X-\sqrt{2})^2-6\sqrt{2}-9)$ et développez.

\begin{aligned}
P(X) &= (X^2-2)^2+\left((-6\sqrt{2}-9)(X+\sqrt{2})^2+(6\sqrt{2}-9)(X-\sqrt{2})^2\right)+81-72\\
&=(X^2-2)^2 + \left((-6\sqrt{2}-9)(X^2+2\sqrt{2}X+2) + (6\sqrt{2}-9)(X^2-2\sqrt{2}X+2)\right)+9\\
&=(X^2-2)^2 + \left(-6\sqrt{2}-9 + 6\sqrt{2}-9 \right)X^2 +\left(2\sqrt{2}(-6\sqrt{2}-9) + 2\sqrt{2}(-6\sqrt{2}+9)\right)X + \left(2(-6\sqrt{2}-9)+2(6\sqrt{2}-9)\right)+9\\
&=(X^2-2)^2 -18 X^2 -48X -36+9\\
&=X^4-4X^2+4 -18 X^2 -48X -27\\
&=X^4-22X^2 -48X -23.
\end{aligned}

Concluez

Le réel $x =\sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3}$ est annulé par le polynôme $P$, à coefficients dans $\Z$, défini par $\boxed{P(X) = X^4-22X^2 -48X -23}.$

164. Le nombre racine de 6 moins racine de 2 moins racine de 3 est irrationnel

Posez $x = \sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3}.$

Vous allez déterminer un polynôme à coefficients entiers qui annule le nombre réel $x$.

Cet article va privilégier une démarche inspirée des espaces vectoriels. Vous trouverez une autre façon de procéder dans l'article 165.

Comme vous avez $3$ racines à éliminer, il vous faut $4$ relations. Vous avez déjà $x$.

Calculez les puissances $x^2$, $x^3$ et $x^4$

Vous calculez donc $x^2$, $x^3$ et $x^4$ de sorte qu’avec $x$, vous aurez bien 4 relations.

\begin{align*}
x^2 &= 6 + 2 + 3-2\sqrt{12}-2\sqrt{18}+2\sqrt{6}\\
&=11+2\sqrt{6}-6\sqrt{2}-4\sqrt{3}.
\end{align*}
\begin{align*}
x^3 &= (11+2\sqrt{6}-6\sqrt{2}-4\sqrt{3})(\sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3})\\
&=11\sqrt{6}-11\sqrt{2}-11\sqrt{3}\\
&\quad +2\times 6-2\sqrt{12}-2\sqrt{18}\\
&\quad -6\sqrt{12}+6\times 2+6\sqrt{6}\\
&\quad -4\sqrt{18}+4\sqrt{6}+4\times 3\\
&=11\sqrt{6}-11\sqrt{2}-11\sqrt{3}\\
&\quad +12-4\sqrt{3}-6\sqrt{2}\\
&\quad +12+6\sqrt{6}-12\sqrt{3}\\
&\quad 12+4\sqrt{6}-12\sqrt{2}\\
&=36+21\sqrt{6}-29\sqrt{2}-27\sqrt{3}.
\end{align*}
\begin{align*}
x^4 &= (x^2)^2\\
&=(11+2\sqrt{6}-6\sqrt{2}-4\sqrt{3})^2\\
&=121+4\times 6+36\times 2+16\times 3\\
&\quad +44\sqrt{6}-132\sqrt{2}-88\sqrt{3}\\
&\quad -24\sqrt{12}-16\sqrt{18}\\
&\quad +48\sqrt{6}\\
&=121+24+72+48\\
&\quad +44\sqrt{6}-132\sqrt{2}-88\sqrt{3}\\
&\quad -48\sqrt{3}-48\sqrt{2}\\
&\quad +48\sqrt{6}\\
&=265+92\sqrt{6}-180\sqrt{2}-136\sqrt{3}.
\end{align*}

Eliminez les racines carrées

D’après ce qui précède, vous avez obtenu :

\left\{\begin{align*}
x&= \sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3} & L_1\\
x^2 -11 &=2\sqrt{6}-6\sqrt{2}-4\sqrt{3}& L_2\\
x^3-36 &=21\sqrt{6}-29\sqrt{2}-27\sqrt{3} & L_3\\
x^4-265 &=92\sqrt{6}-180\sqrt{2}-136\sqrt{3}. & L_4
\end{align*}\right.

Effectuez les opérations d’élimination suivantes :

\begin{align*}
L_2&\leftarrow L_2-4L_1\\
 L_3&\leftarrow L_3-27L_1\\
 L_4&\leftarrow L_4-136L_1.
\end{align*}
\left\{\begin{align*}
x^2 -4x-11 &=-2\sqrt{6}-2\sqrt{2}& L'_1\\
x^3-27x-36 &=-6\sqrt{6}-2\sqrt{2} & L'_2\\
x^4-136x-265 &=-44\sqrt{6}-44\sqrt{2}. & L'_3
\end{align*}\right.

Vous pourriez recommencer et éliminer $\sqrt{2}$ puis $\sqrt{6}$, mais ici, vous constatez la proportionnalité des coefficients des lignes $L’_1$ et $L’_3$, ce qui amène à former $-22L’_1+L’_3.$

Vous obtenez alors :

$x^4-136x-265-22(x^2 -4x-11) = 0$

d’où :

$\boxed{x^4-22x^2-48x-23=0.}$

Démontrez l’irrationalité du nombre réel $x$

Par l’absurde, supposez que $x\in\Q.$ Alors $x$ admet un représentant dit irréductible.

Il existe $m\in\Z$ et $n\in\N^{*}$ tels que $x=\frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(m,n)=1.$

En substituant dans la relation $x^4-22x^2-48x-23=0$ vous obtenez :

$\frac{m^4}{n^4}-22\frac{m^2}{n^2}-48\frac{m}{n}-23=0.$

Vous multipliez le tout par $n^4$ :

$m^4-22n^2m^2-48mn^3-23n^4=0$, ce qui s’écrit $m^4 = n(22nm^2-48mn^2-23n^3).$

Ce résultat prouve que $n \mid m^4.$

Ne souhaitant pas, une fois de plus, appliquer le théorème de Gauss mais le lemme d’Euclide, vous raisonnez encore par l’absurde.

Supposez un instant que $n\geq 2.$ Alors $n$ est divisible par un nombre premier $p.$

Comme $p \mid n$ et $n \mid m^4$ vous obtenez $p \mid m^4.$ Par application du lemme d’Euclide, vous déduisez $p \mid m.$

L’entier $p$ divise à la fois $n$ et $m$ donc il est inférieur ou égal à $\mathrm{PGCD}(n,m).$ Donc $p \leq 1.$ Or, $p$ étant un nombre premier, vous avez $p\geq 2$, contradiction.

Ainsi, l’entier $n$ est égal à $1$.

Donc $x = m$ et $x$ est entier.

Or, $1,4^2 = 1,96$ et $1,5^2 = 2,25$ donc $1,4 < \sqrt{2} < 1,5.$

$1,7^2 = 2,89$ et $1,8^2 = 3,24$ donc $1,7< \sqrt{3} < 1,8.$

En multipliant les deux relations ci-dessus, vous obtenez $2,38 < \sqrt{6} < 2,7.$

Maintenant constatez que :

\begin{aligned}
-1,5 &< -\sqrt{2} &<-1,4\\
-1,8 &< -\sqrt{3} &< -1,7\\
2,38 &< \sqrt{6} &< 2,7.
\end{aligned}

Par somme, vous obtenez $ -0,92 < x < -0,4$ donc $-1 < x < 0$ ce qui prouve que $x$ est situé strictement entre deux entiers consécutifs, par conséquent $x$ ne peut être entier, contradiction.

Concluez

Le nombre $x = \sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3}$ est solution d’une équation polynomiale de degré 4 à coefficients entiers.

Cela permet de montrer que, si $x\in\Q$, alors $x\in\Z.$

Or, un encadrement de $x$ permet de montrer que $x\notin\Z,$ donc $x\notin\Q.$

163. Les coefficients du polynôme nul sont tous nuls

Soit $f$ une fonction polynomiale réelle, autrement dit, il existe un entier naturel $n$ et des nombres réels $a_0$, $\dots$, $a_n$ tels que $\forall x\in\R, f(x) = \sum_{k=0}^n a_k x^k.$

Supposez que $\forall x\in\R, f(x)=0$. Cela entraîne-t-il que $a_0 = \dots = a_n = 0$ ? La réponse est oui.

Utilisez la contraposée

Pour démontrer le résultat ci-dessus, vous allez supposer qu’il existe $i$ compris entre $0$ et $n$ tel que $a_i\neq 0$ et montrer alors, qu’il existe un réel $x$ tel que $f(x)\neq 0.$

Par hypothèse, l’ensemble $A=\{k\in[0,n]\cap \N, a_k\neq 0\}$ est non vide. C’est une partie de $\N$ majorée par $n$, qui admet un plus grand élément. Notez $m = \mathrm{Max} A.$

L’idée c’est que le terme en $a_mx^m$, non nul, va dominer tous les autres, dès que $x$ est suffisamment grand.

Pour tout réel $x$, $f(x) = \sum_{k=0}^m a_kx^k.$

Si $m=0$, alors $\forall x\in\R, f(x) = a_m$, or $a_m\neq 0$ donc $f(0)\neq 0$ et le résultat est acquis.

Si $m\geq 1$, vous scindez la somme en deux. $\forall x\in\R, f(x) = \sum_{k=0}^{m-1} a_kx^k + a_mx^m$

Soit $x$ un réel supérieur ou égal à $1.$ Remarquez que $\forall k\in[0,m-1]\cap \N, x^k \leq x^{m-1}$ ce qui aboutit à la majoration :

\begin{aligned}
\left\lvert\sum_{k=0}^{m-1} a_kx^k \right\rvert &\leq \sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert x ^k\\
&\leq \left(\sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert\right) x ^{m-1}.
\end{aligned}

Comme $a_m$ est non nul, le nombre réel $R = 1+\frac{\sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert}{\vert a_m \vert }$ est bien défini.

Soit maintenant un nombre réel $x$ tel que $x> 1+\frac{\sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert}{\vert a_m \vert }.$ Un tel nombre $x$ peut toujours être trouvé vu que $\R$ n’est pas majoré.

Alors $\sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert < \vert a_m \vert x.$ De plus $x$, est supérieur ou égal à $1$, d’où les majorations suivantes :

\begin{aligned}
\left\lvert\sum_{k=0}^{m-1} a_kx^k \right\rvert &\leq \sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert x ^k\\
&\leq \left(\sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert\right) x ^{m-1}\\
&< \vert a_m \vert x^m.
\end{aligned}

Ce résultat s’écrit $\left\lvert \sum_{k=0}^{m-1} a_kx^k \right\rvert < \left\lvert – a_m x^m \right\rvert$ et cela implique $\sum_{k=0}^{m-1} a_kx^k \neq -a_mx^m$ et donc $f(x)\neq 0.$

Application : localisation des racines éventuelles d’un polynôme

Soit $n\in\N$ et $a_0$, $\dots$, $a_n$ des réels tels que $a_n\neq 0.$

Soit $f$ la fonction polynômiale définie par $\forall x\in\R, f(x) = \sum_{k=0}^n a_k x^k.$

Soit $x$ un nombre réel tel que $f(x) = 0$, un tel $x$ est appelé racine du polynôme ci-dessus. Alors $x \in [-R, R]$ où $R$ est le réel défini par $1+\frac{\sum_{k=0}^{m-1} \vert a_k \vert}{\vert a_m \vert }.$

162. Etude des représentants d’un rationnel et irrationalité de racine de 2

L’ensemble $\Q$ des rationnels est défini par $\left\{\frac{a}{b}, a\in\Z, b\in\N^{*}\right\}.$

C’est l’ensemble des quotients de deux nombres entiers, dont le dénominateur non nul peut toujours être choisi pour être positif.

Soit $q\in\Q$. Vous allez démontrer qu’il existe un unique entier $m\in\Z$ et un unique entier $n\in\N^{*}$ vérifiant les deux conditions : $q=\frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(m,n)=1.$

La condition $\mathrm{PGCD}(m,n)=1$ signifie que, si $k$ est un diviseur commun aux nombres $m$ et $n$, alors $k=1$, autrement dit la fraction $\frac{m}{n}$ est irréductible.

Démontrez d’abord l’existence des entiers $m$ et $n$

Soit $q\in\Q$. Par définition de l’ensemble $\Q$, il existe $u\in\Z$ et $v\in\N^{*}$ tels que $q=\frac{u}{v}.$

L’ensemble $A=\left\{b\in\N^{*}, \exists a\in\Z, q=\frac{a}{b}\right\}$ est une partie non vide de $\N$ puisqu’elle contient $v.$

Notez alors $n = \mathrm{Min} A$ le plus petit élément de $A.$

Par définition de $n$, il existe $m\in\Z$ tel que $q = \frac{m}{n}.$

Il s’agit maintenant de voir pourquoi le PGCD des entiers $m$ et $n$ est égal à $1$.

Supposez que cela ne soit pas le cas, et que $\mathrm{PGCD}(n,m) \geq 2.$

Notez $k\in\N^{*}$ ce nombre. Par définition du PGCD, il existe $n’\in\N^{*}$ et $m’\in \Z$ tels que $n = kn’$ et $m = km’$, avec $n'<n$ compte tenu du fait que $k \geq 2$.

Alors $q = \frac{m}{n}=\frac{km’}{kn’} = \frac{m’}{n’}$ donc $n’\in A.$ Or la condition $n'<n$ avec $n = \mathrm{Min} A$ implique $n’ \notin A$, contradiction.

L’existence des entiers $m$ et $n$ tels que $q=\frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(n,m)=1$ est démontrée.

Démontrez l’unicité des entiers $m$ et $n$

Supposez qu’il existe $a\in\Z$ et $b\in\N^{*}$ tels que $q = \frac{a}{b}= \frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(a,b)=1.$

Alors par produit en croix $an = bm$ donc $n \mid bm.$ Or $\mathrm{PGCD}(n,m)=1$ donc par le théorème de Gauss $n \mid b.$

De même, $b \mid an$ et $\mathrm{PGCD}(a,b)=1$ donc par le théorème de Gauss $b\mid n$.

Il en résulte que $n = b$ et l’égalité $an = bm$ devient $an=nm$ d’où $n(a-m)=0$ et comme $n$ est non nul, $a-m=0$ et $a=m$, d’où l’unicité.

Démontrez que tout représentant s’écrit en utilisant le représentant irréductible

Soit $q\in\Q$. Il a été vu qu’il existe un unique $n\in\N^{*}$, un unique $m\in\Z$ tels que $q = \frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(n,m)=1.$

Soit maintenant $a\in\Z$ et $b\in\N^{*}$ tels que $q = \frac{a}{b}.$

Vous allez montrer, sans utiliser le théorème de Gauss, qu’il existe un entier $k\in\N^{*}$ tel que $a = km$ et $b = kn.$

Pour le voir, effectuez la division euclidienne de $b$ par $n$.

Il existe $k\in\N$ et $r\in\N$ tels que $b = kn + r$ avec $r< n.$

De $\frac{a}{b} = \frac{m}{n}$ vous tirez $an = bm$ et donc $an-nmk = bm-nmk$ soit $n(a-km)=m(b-kn)$ ce qui s’écrit $n(a-km)=mr.$

Si $r$ était non nul, alors $\frac{a-km}{r} = \frac{m}{n}$ et par suite $r\in A.$ Mais $r<n$ combiné avec $n =\mathrm{Min}A$ implique $r\notin A$, contradiction.

Donc $r = 0.$ Cela prouve $b = kn.$ Comme $b$ est non nul, $k\in\N^{*}$.

Comme $an=bm$, vous avez $an = kmn$ et comme $n$ est non nul, vous déduisez $a=km$ comme annoncé.

Application : le nombre $\sqrt{2}$ est irrationnel

Supposez que $\sqrt{2}\in\Q.$ Alors il existe $m\in\Z$ et $n\in\N^{*}$ tels que $\sqrt{2}=\frac{m}{n}$ et $\mathrm{PGCD}(m,n)=1.$

Notez que comme $\sqrt{2}$ est strictement positif, vous avez $m\in\N^{*}.$

En élevant au carré vous obtenez $2 = \frac{m^2}{n^2}$ soit $m^2 = 2n^2.$

Ainsi $n \mid m^2$ soit $n \mid m\times m.$ Or $\mathrm{PGCD}(n,m)=1$ donc $n \mid m$ toujours par le théorème de Gauss.

Comme $n\mid m$ et $n\mid n$ il en résulte de la définition du PGCD que $n\leq \mathrm{PGCD}(n,m)$ et donc $n=1$. Par suite $m^2 = 2.$

Si $m = 1$ vous déduisez en élevant au carré $m ^2 = 1$ ce qui est absurde.

Donc $ m \geq 2$ mais alors $m^2 \geq 4$ et ceci est encore absurde.

160. Continuité du produit

Soit $(x_0, y_0)\in\R^2$ un couple de deux réels.

Soit $(x,y)\in\R^2$ un autre couple de réels, proche du précédent.

Soit $\varepsilon$ un nombre réel strictement positif.

Construisez la preuve

Vous supposez que $\vert x-x_0 \vert < \alpha$ et $\vert y-y_0 \vert < \beta$ où $\alpha$ et $\beta$ sont deux réels strictement positifs qui seront choisis plus tard.

Il s’agit d’obtenir la majoration $\vert xy -x_0y_0 \vert < \varepsilon.$

Voulant faire apparaître la quantité $x-x_0$ qui est petite, vous procédez comme suit :

\begin{aligned}
\vert xy – x_0y_0\vert &\leq \vert (x-x_0)y + x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0(y -y_0) \vert \\
&\leq \vert x-x_0 \vert \vert y\vert + \vert x_0 \vert \vert y-y_0\vert\\
&\leq \alpha \vert y\vert + \vert x_0 \vert \beta.
\end{aligned}

Il reste à majorer $\vert y\vert$ comme suit :

\begin{aligned}
\vert y\vert &\leq \vert (y-y_0)+y_0\vert\\
&\leq \vert (y-y_0)\vert + \vert y_0\vert\\
&\leq \beta + \vert y_0\vert.
\end{aligned}

L’ensemble étant mis bout à bout vous obtenez $\vert xy – x_0y_0\vert \leq \alpha\beta + \alpha \vert y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta.$

Effectuez un choix judicieux pour $\alpha$ et $\beta$

Pour casser le terme $\alpha\beta$, vous pouvez choisir $\beta$ pour qu’il soit inférieur à $1$.

Vous obtenez alors :

$\vert xy – x_0y_0\vert \leq \alpha (1+ \vert y_0\vert) + \vert x_0 \vert \beta.$

Vous souhaitez avoir $ \alpha (1+ \vert y_0\vert) < \frac{\varepsilon}{2}$ et $ \vert x_0 \vert \beta < \frac{\varepsilon}{2}.$

Choisissez $\alpha = \frac{\varepsilon}{2(1+\vert y_0\vert)}$ de sorte que $\alpha (1+ \vert y_0\vert) < \frac{\varepsilon}{2}.$

Il est tentant de faire de même et de poser $\beta = \frac{\varepsilon}{2 \vert x_0 \vert}.$

Mais on diviserait potentiellement par $0$ si $x_0$ était nul. Pour pallier ce problème, vous posez à la place $\beta = \frac{\varepsilon}{2 (1+\vert x_0 \vert)}.$

Or, $\beta$ doit aussi être inférieur à $1$. Donc vous posez finalement $\beta = \mathrm{Min}\left( 1, \frac{\varepsilon}{2 (1+\vert x_0 \vert)}\right).$

Rédigez la preuve

Soit $(x_0, y_0)\in\R^2$ un couple de deux réels et $\varepsilon > 0.$

Posez $\beta = \mathrm{Min}\left( 1, \frac{\varepsilon}{2 (1+\vert x_0 \vert)}\right)$ et $\alpha = \frac{\varepsilon}{2(1+\vert y_0\vert)}.$

Supposez que $x$ et $y$ sont deux réels tels que $\vert x-x_0 \vert < \alpha$ et $\vert y-y_0 \vert < \beta.$

\begin{aligned}
\vert xy – x_0y_0\vert &\leq \vert (x-x_0)y + x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0y -x_0y_0 \vert \\
&\leq \vert (x-x_0)y\vert + \vert x_0(y -y_0) \vert \\
&\leq \vert x-x_0 \vert \vert y\vert + \vert x_0 \vert \vert y-y_0\vert\\
&\leq \alpha \vert y\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \vert (y-y_0)+y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \vert (y-y_0)+y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha (\vert (y-y_0)\vert +\vert y_0\vert) + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \beta + \alpha \vert y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \times 1 + \alpha \vert y_0\vert + \vert x_0 \vert \beta\\
&\leq \alpha \left( 1 + \vert y_0\vert \right)+ \vert x_0 \vert \beta\\
&< \frac{\varepsilon}{2}+ \frac{\varepsilon}{2}\\
&< \varepsilon.
\end{aligned}

Concluez

Pour tout $(x_0,y_0)$, la fonction $(x,y)\mapsto xy$ qui va de $\R^2$ dans $\R$, est continue en $(x_0,y_0).$

159. Démonstration de la convergence d’une suite qui donne la racine carrée entière d’un nombre entier (partie 2/2)

Soit $N$ un nombre naturel supérieur ou égal à $1$. Pour tout réel $x$, notez $\left\lfloor x \right\rfloor$ la partie entière de $x$, désignant le plus grand entier inférieur ou égal à $x.$

Pour simplifier les notations, définissez la fonction $f$ sur $\N^{*}$ par $\forall n\in\N^{*}, f(n) =\left\lfloor \frac{n+\left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor}{2}\right\rfloor.$

Considérez la suite définie par $u_0 = N$ et

\forall n\in\N, u_{n+1}=\begin{cases}
f(u_n) \quad\text{ si } f(u_n) < u_n\\
 u_n \quad\text{ si } f(u_n) \geq u_n.\\
\end{cases}

Cet article a pour but de démontrer que la suite $(u_n)$ est stationnaire à partir d’un certain rang et que sa limite est égale à la racine carrée entière de $N$, c’est–à-dire à l’unique entier $m$ tel que $m^2\leq N < (m+1)^2.$

Démontrez que la suite est stationnaire

Pour tout entier naturel $n$, $u_n$ est lui-même un entier naturel.

Considérez l’ensemble $A=\{u_n, n\in\N\}$, c’est une partie de $\N$ qui contient $u_0 =N$ donc $A$ admet un plus petit élément noté $m.$

Par définition de $m$, il existe un entier $p\in\N$ tel que $m = u_p.$ L’existence de cet entier $p$ sera utilisée dans toute la suite du présent article.

Soit maintenant $k$ un entier naturel. Notez $P(k)$ la propriété $u_{p+k} = u_p.$

Initialisation. Pour $k=0$, $p+k = p$ et $u_{p+k} = u_p$ donc $P(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $k\in\N$. Supposez $P(k).$

Si $f(u_{p+k})$ était strictement inférieur à $u_{p+k}$, par définition de la suite, $u_{p+k+1}$ serait strictement inférieur à $u_{p+k} = u_p = m$, ce qui contredirait que $m$ est le minimum de $A$.

Donc $f(u_{p+k})\geq u_{p+k}$ et $u_{p+k+1} = u_{p+k} = u_p.$ Donc $P(k+1)$ est vérifiée.

Il est ainsi établi que $\forall k\in\N, u_{p+k} = u_p = m$ donc $\forall n\geq p, u_n = m.$

Etudiez la limite de la suite

D’après ce qui a été établi dans l'article 158, vous avez $\forall n\in\N, u_n\geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$. En choisissant l’entier $n=p$, vous obtenez la minoration $m\geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Supposez un instant que $m \neq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$ Alors $m \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor + 1$, ce qui s’écrit $u_p \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor + 1.$ La suite étant stationnaire à partir du rang $p$, vous avez $f(u_p)\geq u_p$ donc $\left\lfloor \frac{u_p+\left\lfloor \frac{N}{u_p} \right\rfloor}{2}\right\rfloor \geq u_p.$

Or, dans dans l'article 158, vous avez montré que $\forall n\in\N^{*}, f(n) = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n}}{2}\right\rfloor$, donc $\left\lfloor \frac{u_p+\frac{N}{u_p}}{2}\right\rfloor \geq u_p.$

Comme $u_p$ est un entier, cela s’écrit $\left\lfloor \frac{u_p+\frac{N}{u_p}}{2}\right\rfloor -u_p\geq 0$, soit $\left\lfloor \frac{u_p+\frac{N}{u_p}}{2} – u_p\right\rfloor \geq 0$ soit $\left\lfloor \frac{-u_p+\frac{N}{u_p}}{2} \right\rfloor \geq 0$ soit $\left\lfloor \frac{N-u_p^2}{2u_p} \right\rfloor \geq 0.$

Par définition de la partie entière, $ \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor + 1 > \sqrt{N}$ donc $u_p > \sqrt{N}$ et donc $u_p^2> N$ donc $ \frac{N-u_p^2}{2u_p} $ est un réel strictement négatif. Du coup, la majoration $\left\lfloor \frac{N-u_p^2}{2u_p} \right\rfloor \leq \frac{N-u_p^2}{2u_p} < 0$ contredit la minoration $\left\lfloor \frac{N-u_p^2}{2u_p} \right\rfloor \geq 0.$

Vous déduisez donc que $m = \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Donc $m \leq \sqrt{N} < m+1$ et par suite $m^2 \leq N < (m+1)^2$, ce qui termine la démonstration.

158. Démonstration de la convergence d’une suite qui donne la racine carrée entière d’un nombre entier (partie 1/2)

Soit $N$ un nombre naturel supérieur ou égal à $1$. Pour tout réel $x$, notez $\left\lfloor x \right\rfloor$ la partie entière de $x$, désignant le plus grand entier inférieur ou égal à $x.$

Pour simplifier les notations, définissez la fonction $f$ sur $\N^{*}$ par $\forall n\in\N^{*}, f(n) =\left\lfloor \frac{n+\left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor}{2}\right\rfloor.$

Considérez la suite définie par $u_0 = N$ et

\forall n\in\N, u_{n+1}=\begin{cases}
f(u_n) \quad\text{ si } f(u_n) < u_n\\
 u_n \quad\text{ si } f(u_n) \geq u_n.\\
\end{cases}

Cet article s’inscrit dans la preuve du résultat suivant : la suite $(u_n)$ est stationnaire à partir d’un certain rang et sa limite est égale à la racine carrée entière de $N$, c’est–à-dire l’unique entier $m$ tel que $m^2\leq N < (m+1)^2.$

Le but de cet article est de mettre en exergue une démonstration de la proposition suivante :
$\left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ minore la suite $(u_n)_{n\geq 0}.$

Afin de parvenir à ce résultat, vous allez démontrer les lemmes suivants, qui faciliteront les calculs pour la suite.

Démontrez le lemme $\forall n\in\N^{*}, f(n) = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n}}{2}\right\rfloor$

Pour voir pourquoi cela est bien le cas, considérez un entier $n\in\N^{*}$ et posez $p = \left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor.$

Par définition de la partie entière, l’encadrement $p\leq \frac{N}{n} < p+1$ est vérifié.

Par suite, $n+p \leq n+ \frac{N}{n} < n+p+1$ et après division par $2$ il vient $\frac{n+p}{2} \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2}< \frac{n+p+1}{2}.$

Premier cas : l’entier naturel $n+p$ est pair

Il existe $\ell\in\N$ tel que $n+p = 2\ell.$

D’autre part, vous avez $\ell \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2}< \ell +\frac{1}{2} < \ell + 1.$

Vous déduisez que $\ell = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n} }{2} \right\rfloor.$

Or, comme $\ell$ est entier, il vient successivement :

\begin{aligned}
\ell &= \left\lfloor \ell \right\rfloor \\
&= \left\lfloor \frac{n+ p }{2} \right\rfloor\\
&= \left\lfloor \frac{n+ \left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor }{2} \right\rfloor\\
\end{aligned}

ce qui prouve le résultat.

Second cas : l’entier naturel $n+p$ est impair

Il existe $\ell\in\N$ tel que $n+p = 2\ell+1.$

Vous avez $\ell +\frac{1}{2} \leq \frac{n+p}{2} \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2}< \frac{n+p+1}{2}\leq \frac{2\ell + 2}{2} \leq \ell + 1.$

Vous déduisez $\ell \leq \frac{n+ \frac{N}{n} }{2} < \ell +1.$

Ainsi, comme prédédemment $\ell = \left\lfloor \frac{n+ \frac{N}{n} }{2} \right\rfloor.$

Comme $\frac{n+p}{2}= \ell+\frac{1}{2}$ vous avez $\ell \leq \frac{n+p}{2} < \ell +1$ donc $\ell = \left\lfloor \frac{n+ p }{2} \right\rfloor$, ce qui prouve $\ell = \left\lfloor \frac{n+ \left\lfloor \frac{N}{n}\right\rfloor }{2} \right\rfloor.$

Démontrez que, pour tout $n\in\N^{*}, \sqrt{N}\leq \frac{n+\frac{N}{n}}{2}$

Cette inégalité s’obtient par soustraction et utilisation d’identités remarquables.

\begin{aligned}
\frac{n+\frac{N}{n}}{2} – \sqrt{N} &= \frac{n+\frac{N}{n} – 2\sqrt{N}}{2}\\
&=\frac{n^2+N – 2n\sqrt{N}}{2n}\\
&=\frac{(n-\sqrt{N})^2}{2n}.
\end{aligned}

La positivité du carré et de l’entier $n$ montrent que la fraction obtenue est positive ce qui conclut.

Démontrez la minoration $\forall n\in\N^{*}, f(n) \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$

Soit $n$ un entier naturel non nul.

De ce qui précède, vous avez successivement :

\begin{aligned}
f(n) \geq \frac{n+\frac{N}{n}}{2} \\
\geq \left\lfloor \frac{n+\frac{N}{n}}{2} \right\rfloor.
\end{aligned}

Or, $ \frac{n+\frac{N}{n}}{2} \geq \sqrt{N}.$

Comme la fonction partie entière est croissante, vous déduisez $\left\lfloor \frac{n+\frac{N}{n}}{2}\right\rfloor \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Concluez en utilisant une récurrence

Pour tout entier naturel $n$, notez $P(n)$ la propriété : « $u_n \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ ».

Initialisation. Pour $n = 0$, $u_0 = N.$ Comme $N$ est un entier naturel non nul, $N\geq 1.$ En multipliant par $N$, il vient $N^2\geq N$ et par croissance de la fonction racine carrée, $N\geq \sqrt{N}.$ Par définition de la partie entière, $\sqrt{N} \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$ Mis bout à bout, vous obtenez $N \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ et $u_0 \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$ donc $P(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel tel que $P(n)$ soit vérifiée.

1er cas : $u_{n+1} = f(u_n).$ Il a été établi ci-dessus que, pour tout entier $m\geq 1$, $f(m) \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

Par hypothèse de récurrence, $u_n\geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor$. Or $N\geq 1$ donc $\sqrt{N} \geq 1$ et par croissance de la partie entière, $\left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor \geq 1$ donc $u_n \geq 1$. En prenant $m=u_n$, il vient $u_{n+1} \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

2ème cas : $u_{n+1} = u_n$ et le résultat est acquis par hypothèse de récurrence.

Vous venez de démontrer, par récurrence, que $\forall n\in\N, u_n \geq \left\lfloor \sqrt{N} \right\rfloor.$

155. La somme de deux fonctions périodiques peut ne pas être périodique

La fonction réelle qui va de $\R$ dans $\R$, définie par $\forall x\in\R, f(x) = \cos x$ est $2\pi$-périodique.

Pour des raisons pratiques, vous allez construire une fonction $g$ qui soit $1-$périodique, c’est-à-dire une fonction qui vérifie $\forall x\in\R, g(x+1)=g(x).$

Il suffit de poser $\forall x\in\R, g(x) = \cos (2\pi x).$

Vérifiez que cette fonction convient.

Soit $x\in \R.$

\begin{align*}
g(x+1) &= \cos (2\pi(x+1))\\
&= \cos (2\pi x + 2\pi)\\
&=\cos (2\pi x)\\
&= g(x).
\end{align*}

De la même façon, vous construisez la fonction $x\mapsto \sin(2\pi x)$ qui est elle aussi $1$-périodique.

La somme $x\mapsto \cos(2\pi x) + \sin(2\pi x)$ sera aussi $1$-périodique.

Comment contruire une fonction non-périodique qui soit somme de deux fonctions périodiques ?

L’idée est d’ajouter une fonction paire de type cosinus avec une fonction impaire de type sinus, de façon à ce que les périodes respectives ne puissent pas être multiples l’une de l’autre.

Le nombre $\sqrt{2}$ apparaît comme un candidat potentiel, étant donné qu’il n’est pas rationnel. Autrement dit, quels que soient les entiers $a\in\Z$ et $b\in\Z^{*}$, vous avez toujours $\sqrt{2}\neq \frac{a}{b}.$ Cela suffit-il ? Vous allez constater que oui.

Vous allez donc définir la fonction $h$ suivante par $\boxed{\forall x\in\R, h(x)=\cos (2\pi x) + \sin(\pi \sqrt{2} x).}$

Montrez que la fonction $h$ n’est pas périodique

Raisonnez par l’absurde en supposant qu’il existe un nombre réel $T$ non nul, tel que $\forall x\in\R, h(x)=h(x+T).$

En prenant $x=0$ vous avez $h(0)=h(T)$ d’où $1 = \cos (2\pi T) + \sin (\pi \sqrt{2} T).$

En prenant $x=-T$ vous avez $h(-T)=h(0)$ d’où $\cos (2\pi T)-\sin(\pi \sqrt{2}T) = 1$, compte tenu de la parité de la fonction $x\mapsto \cos (2\pi x)$ et de l’imparité de la fonction $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x).$

Vous avez obtenu les deux relations :

\begin{aligned}
\cos (2\pi T) + \sin (\pi \sqrt{2} T) &= 1 \\
\cos (2\pi T)-\sin(\pi \sqrt{2}T) &= 1.
\end{aligned}

Par somme, il vient $2\cos (2\pi T)= 2$ donc $\cos (2\pi T) = 1.$

Du coup, il existe $k\in\Z$ tel que $2\pi T = \frac{\pi}{2}+2k\pi$ donc $2T = \frac{1}{2}+2k$ donc $4T = 1 + 4k.$

Par soustraction, vous avez $2\sin(\pi \sqrt{2} T) = 0$ donc $\sin(\pi \sqrt{2} T) = 0$ donc il existe $\ell\in\Z$ tel que $\pi \sqrt{2} T = \ell \pi$, du coup $\sqrt{2} T = \ell$ et par suite $2T = \ell \sqrt{2}$ et $4T = 2\ell \sqrt{2}.$

De ce qui précède vous déduisez $1+4k = 2\ell\sqrt{2}.$

Si $\ell = 0$, vous obtenez $1+4k = 0$ donc $4k = -1$. Or $4 \mid 4k$ donc $4 \mid 1$, contradiction.

Donc $\ell \neq 0.$ Mais alors $\sqrt{2} = \frac{1+4k}{2\ell}$ ce qui prouve que $\sqrt{2}$ est rationnel. Contradiction.

Terminez l’exposé

Il reste à montrer que les fonctions $x\mapsto \cos (2\pi x)$ et $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x)$ sont périodiques.

Il a déjà été montré plus haut que la fonction $x\mapsto \cos (2\pi x)$ est $1$-périodique.

Passez à la deuxième fonction.

Soit $x\in \R.$

\begin{aligned}
\sin (\pi \sqrt{2} (x+\sqrt{2})) &= \sin(\pi \sqrt{2} x + 2\pi)\\
&= \sin(\pi \sqrt{2} x).
\end{aligned}

Cette égalité montre que $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x)$ est $\sqrt{2}$-périodique.

Visualisez la fonction $h$

Un tracé de la fonction $h$ est représenté ci-dessous, vous observez l’impossibilité de repérer un motif qui se répète.

02/09/2021 - Une fonction non periodique