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145. Trigonalisez une matrice sans utiliser le déterminant

Considérez la matrice réelle définie par :

A=\begin{pmatrix}
1 & 4 & -2 \\
0 & 6 & -3 \\
-1 & 4 & 0
\end{pmatrix}.

Soit $f$ l’endomorphisme de $\R^3$ canoniquement associé à la matrice $A.$

Note. Dans la suite de l’article la notation $I$ désignera la matrice identité ou, pour ne pas surcharger les notations, à l’identité de $\R^3.$

Notez $e_1 = (1,0,0)$, $e_2 = (0,1,0)$ et $e_3 = (0,0,1)$ les trois vecteurs de la base canonique de $\R^3.$

La matrice de $f$ montre que :

\begin{aligned}
f(e_1) &= e_1-e_3 \\
&= (1,0,-1).
\end{aligned}

\begin{aligned}
f(e_2) &= 4e_1+6e_2+4e_3 \\
&= (4,6,4).
\end{aligned}

\begin{aligned}
f(e_3) &= -2e_1-3e_2 \\
&= (-2,-3,0).
\end{aligned}

Du coup, par linéarité :

\begin{aligned}
f(x,y,z) &= f(xe_1+ye_2+ze_3) \\
&= xf(e_1)+yf(e_2)+zf(e_3) \\
&= (x,0,-x)+(4y,6y,4y)+(-2z,-3z,0)\\
&=(x+4y-2z; 6y-3z;-x+4y).
\end{aligned}

Trigonaliser $A$ revient à déterminer une base dans laquelle la matrice de l’endomorphisme $f$ est triangulaire supérieure.

Déterminez une valeur propre de $f$

Le démarrage est le plus délicat. L’idée est de construire des itérés d’un même vecteur par $f$ pour en déduire un polynôme annulateur de ce vecteur, qui fournira l’existence d’une valeur propre de $f$ parmi un nombre fini de candidats possibles.

Partez du vecteur $e_1 = (1,0,0)$, vous allez itérer $f$ une première fois.

$f(e_1) = f(1,0,0)=(1,0,-1).$

Poursuivez et itérez à nouveau. Vous noterez $f^2 = f\circ f$ la composition de $f$ avec lui-même.

\begin{aligned}
f^2(e_1)&=f(f(e_1))\\
&= f(1,0,-1)\\
&= (3, 3, -1).
\end{aligned}

Continuez d’itérer.

\begin{aligned}
f^3(e_1) &= f(3,3,-1)\\
&= (3+12+2; 18+3; -3+12)\\
&= (17, 21, 9).
\end{aligned}

La famille $(e_1,f(e_1), f^2(e_1),f^3(e_1))$ comporte quatre vecteurs dans un espace généré par 3 vecteurs, elle est donc liée.

Vous avez :

\begin{aligned}
e_1 &= e_1 & & \\
f(e_1) &=e_1 & &- e_3\\
f^2(e_1) &= 3e_1 &+ 3e_2&- e_3\\
f^3(e_1) &= 17e_1&+ 21e_2&+ 9e_3.
\end{aligned}

Par opérations élémentaires utilisant la première ligne, vous aboutissez à :

\begin{aligned}
f(e_1) – e_1&= – e_3\\
f^2(e_1) -3e_1 &= 3e_2-e_3\\
f^3(e_1) -17e_1&= 21e_2+9e_3.
\end{aligned}

Vous permutez première et deuxième ligne pour obtenir :

\begin{aligned}
f^2(e_1) -3e_1 &= 3e_2-e_3\\
f(e_1) – e_1&= – e_3\\
f^3(e_1) -17e_1&= 21e_2+9e_3.
\end{aligned}

Vous combinez la troisième ligne et la première :

\begin{aligned}
f(e_1) – e_1&= – e_3\\
f^3(e_1) -7f^2(e_1)+4e_1&= 16e_3.
\end{aligned}

Puis vous éliminez $e_3$ à partir des deux dernières équations.

$f^3(e_1) -7f^2(e_1)+16f(e_1)-12e_1= 0.$

Ainsi $(f^3-7f^2+16f-12I)(e_1)=0.$

Factorisez le polynôme $X^3-7X^2+16X-12$

Lorsque $X=2$, $X^3-7X^2+16X-12 = 0.$

Le polynôme $X^3-7X^2+16X-12$ est donc factorisable par $X-2.$

Vous calculez alors :

\begin{aligned}
X^3-7X^2+16X-12 &= (X-2+2)^3-7X^2+16X-12\\
&=(X-2)^3+6(X-2)^2+12(X-2)+8-7X^2+16X-12\\
&=(X-2)^3+6(X-2)^2+12(X-2)-7X^2+16X-4\\
&=(X-2)^3+6(X-2)^2+12(X-2)-7(X-2+2)^2+16X-4\\
&=(X-2)^3+6(X-2)^2+12(X-2)-7((X-2)^2+4(X-2)+4)+16X-4\\
&=(X-2)^3-(X-2)^2-16(X-2)+16X-32\\
&=(X-2)^3-(X-2)^2-16(X-2)+16(X-2+2)-32\\
&=(X-2)^3-(X-2)^2-16(X-2)+16(X-2)\\
&=(X-2)^3-(X-2)^2\\
&=(X-2)^2(X-2-1)\\
&=(X-2)^2(X-3).
\end{aligned}

Déduisez-en une valeur propre de $f$

Puisque $(f-2I)^2(f-3I)(e_1)=0$ les deux endomorphismes $f-2I$ et $f-3I$ ne peuvent être simultanément injectifs, sinon $e_1$ serait nul. A ce stade, $f$ admet $2$ ou $3$ pour valeur propre, mais on ne sait pas laquelle convient (ou peut-être les deux).

Formez l’endomorphisme $f-2I$ et déterminez, si possible, un vecteur non nul de son noyau.

$(f-2I)(x,y,z) = (-x+4y-2z; 4y-3z;-x+4y-2z).$

Si $(x,y,z)$ appartient au noyau de $f-2I$, alors ;

\begin{aligned}
-x+4y-2z &= 0\\
4y-3z &=0\\
-x+4y-2z&=0
\end{aligned}

\begin{aligned}
-x+4y-2z &= 0\\
4y-3z &=0
\end{aligned}

\begin{aligned}
-x+4y &= 2z\\
4y &=3z\\
\end{aligned}

Prenez $z=4$, $y=3$ et $x=4y-2z = 12-8 = 4.$

Et vérifiez.

Le vecteur $v=(4, 3, 4)$ est bien un vecteur propre de $f$, associé à la valeur propre $2.$

\begin{aligned}
f(v) &= f(4,3,4)\\
&=(4+12-8, 18-12, -4+12)\\
&= (8, 6, 8)\\
&= 2v.
\end{aligned}

Décomposez l’espace en somme directe

Comme $2$ est valeur propre de $f$, vous formez l’espace propre généralisé $F = \ker(f-2I)^3$ ainsi que l’image correspondante $G=\mathrm{Im}(f-2I)^3.$

Par le théorème du rang appliqué à l’endomorphisme $(f-2I)^3$, $\dim F + \dim G = 3.$

Il reste à montrer que $F\cap G = \{0\}.$

Soit $x\in F\cap G.$

Alors $(f-2I)^3(x) = 0$ et d’autre part, il existe $y\in\R^3$ tel que $x = (f-2I)^3(y).$

Par suite, $(f-2I)^6(y)=0.$

L’ensemble $\{n\in \N^{*}, (f-2I)^n(y)=0\}$ est une partie de $\N$ qui est non vide puisqu’elle contient $6.$

Notez $m$ son minimum, alors $m\geq 1.$

Considérez la famille $(y, \dots, (f-2I)^{m-1}(y)).$ Cette famille est libre.

En effet si ce n’était pas le cas, il existerait $(\lambda_0, \dots, \lambda_{m-1})\in\R^{m}$ tel que $\sum_{i=0}^{m-1} \lambda_i (f-2I)^{i}(y) =0$ et $(\lambda_0, \dots, \lambda_{m-1})\neq (0,\dots,0)$. Notez $j$ le plus petit indice des valeurs de $i$ comprises entre $0$ et $m-1$ tel que $\lambda_j$ soit non nul.

Vous en déduisez $\sum_{i=j}^{m-1} \lambda_i (f-2I)^{i}(y) =0$ et en multipliant par $(f-2I)^{m-j}$, vous aboutissez à $\lambda_j=0$, contradiction.

La famille susmentionnée contient $m$ vecteurs donc $m$ est inférieur à la dimension de l’espace et par suite $m\leq 3.$

De $(f-2I)^m(y) = 0$ et de $m\leq 3$ vous déduisez $(f-2I)^3(y)=0$ ce qui est précisément $x=0.$

Ainsi $\R^3 = F\oplus G.$

Déterminez une base de $F$ et une base de $G$

Les calculs fournissent :

(A-2I)^3 = \begin{pmatrix}
3 & 4 & -6\\
3 & 4 & -6\\
3 & 4 & -6
\end{pmatrix}.

Ainsi l’expression de l’endomorphisme $(f-2I)^3$ est :

$(f-2I)^3(x,y,z) = (3x+4y-6z,3x+4y-6z,3x+4y-6z).$

L’espace vectoriel $F$ est donc de dimension $2$ et il est engendré par $v_1 = (4,-3,0)$ et $v_2=(2,0,1).$

L’espace vectoriel $G$ est de dimension $1$ et il est engendré par $v_3=(1, 1, 1).$

Il est rapide de vérifier que les espaces $F$ et $G$ sont stables par $f.$

Restreint à $F$, l’endomorphisme $f-2I$ est nilpotent.

Déterminer une base agréable d’un endomorphisme nilpotent $N$ c’est d’abord trouver une base de $\ker N$ puis la compléter en une base de $\ker N^2$, que l’on complète en une base de $\ker N^3$ et ainsi de suite.

Pour le cas étudié ici, vous choisissez d’abord un vecteur non nul de $\ker(f-2I)$, le vecteur propre $t=4v_2-v_1 = (4,3,4)$ convient. Ensuite, le vecteur $v_2$, non colinéaire à $t=4v_2-v_1$ convient pour finir la base puisque $F$ est de dimension $2$.

Vous avez déjà $f(t)=2t.$

Vous pouvez vérifier que $f(v_2)$ appartient bien à $F$.

En effet :

\begin{aligned}
f(v_2)&=f(2,0,1)\\
&=(0,-3,-2)\\
&= -(4,3,4) + 2(2,0,1)\\
&=-t+2v_2
\end{aligned}

De même vous pouvez vérifier que $f(v_3)$ appartient bien à $G$.

\begin{aligned}
f(v_3) &= f(1,1,1)\\
&=(3,3,3)\\
&=3v_3.
\end{aligned}

Concluez

Considérez la matrice :

P=\begin{pmatrix}
4 &2 & 1\\
3 & 0 & 1\\
4 & 1 & 1
\end{pmatrix}

elle est formée en colonnes par les vecteurs $(4v_2-v_1, v_2, v_3)$ famille qui regroupe une base de $F$ suivie d’une base de $G$, ce qui en fait une base de $\R^3$. La matrice $P$ est donc inversible.

Comme attendu :

P^{-1}AP = \begin{pmatrix}
2 & -1 & 0\\
0 & 2 & 0\\
0 & 0 & 3
\end{pmatrix}

est bien triangulaire supérieure, c’est la matrice de $f$ dans la base $(t, v_2, v_3).$

144. Exemple de résolution d’une équation du troisième degré

Le but de ce document est d’illustrer le contenu théorique que vous trouverez dans dans l'article 141.

Résolvez $x^3-6x^2+11x-6=0$

Cette équation s’écrit sous la forme $ax^3+bx^2+cx+d=0$, avec $a = 1$, $b=-6$, $c=11$ et $d=-6.$

Vous calculez alors successivement $N_1$, $N_2$ et $N_3.$

\begin{aligned}
N_1 &= \frac{-b}{a} = 6\\
N_2 &=\frac{c}{a} = 11\\
N_3 &= \frac{-d}{a} = 6.
\end{aligned}

Etes-vous dans le cas particulier ou non ? Pour cela, il faut savoir si $N_1^2-3N_2$ est nul ou non.

$N_1^2-3N_2 = 36-33 = 3.$

Ainsi, vous n’êtes pas dans le cas particulier.

Formez la résolvante

Ses deux coefficients sont à calculer.

Le premier coefficient est :

\begin{aligned}
-2N_1^3+9N_1N_2-27N_3 &= -2\times 36\times 6+9\times 6\times 11 – 27\times 6\\
&=-432+594-162\\
&=0.
\end{aligned}

Le second coefficient est :

$(N_1^2-3N_2)^3 = 27.$

La résolvante est donc $X^2+0X+27 = 0$ soit $X^2 = -27.$

Comme $\sqrt{27} = 3\sqrt{3}$, le nombre $3i\sqrt{3}$ est une solution de cette résolvante.

Il s’agit maintenant d’en extraire une racine cubique. Vous cherchez $k\in\C$ tel que $k^3 = 3i\sqrt{3} = (\sqrt{3})^3 \e^{i \pi /2}.$

Vous pouvez donc choisir :

\begin{aligned}
k &= \sqrt{3} \e^{i \pi /6}\\
&= \sqrt{3} \left( \frac{\sqrt{3}}{2} + i \frac{1}{2}\right) \\
&= \frac{3}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2}.
\end{aligned}

Calculez les solutions

Il sera commode de calculer $\frac{1}{k}.$

\begin{aligned}
\frac{1}{k} &= \frac{1}{\sqrt{3}} \e^{-i \pi /6}\\
&= \frac{\sqrt{3}}{3} \left( \frac{\sqrt{3}}{2} – i \frac{1}{2}\right) \\
&= \frac{1}{2}-i\frac{\sqrt{3}}{6}.
\end{aligned}

La première solution est donnée par :

\begin{aligned}
\frac{1}{3}\left(N_1+k+\frac{N_1^2-3N_2}{k}\right) &= \frac{1}{3}\left(6 + k + \frac{3}{k} \right) \\
&= \frac{1}{3}\left( 6 + \frac{3}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2} + \frac{3}{2}-i\frac{\sqrt{3}}{2} \right)\\
&= \frac{1}{3}\left( 6 + 3\right)\\
&=3.
\end{aligned}

Pour la deuxième solution, il sera utile d’avoir $jk$ et $\frac{1}{jk}.$

\begin{aligned}
jk &= j\sqrt{3} \e^{i \pi /6}\\
&= \e^{i 2\pi /3}\sqrt{3} \e^{i \pi /6}\\
&= \sqrt{3} \e^{i 5\pi /6}\\
&= \sqrt{3} \left( \frac{-\sqrt{3}}{2} + i \frac{1}{2}\right) \\
&= \frac{-3}{2} + i \frac{\sqrt{3}}{2}. \\
\end{aligned}


De même :

\begin{aligned}
\frac{1}{jk} &= \frac{1}{\sqrt{3}} \e^{i 5\pi /6} \\
&=\frac{\sqrt{3}}{3} \e^{-i 5\pi /6} \\
&= \frac{\sqrt{3}}{3}\left( \frac{-\sqrt{3}}{2} – i \frac{1}{2}\right) \\
&= \frac{-1}{2} – i \frac{\sqrt{3}}{6}. \\
\end{aligned}

La deuxième solution est donnée par :

\begin{aligned}
\frac{1}{3}\left(N_1+jk+\frac{j^2N_1^2-3j^2N_2}{k}\right) &= \frac{1}{3}\left(N_1+jk+\frac{N_1^2-3N_2}{jk}\right) \\
&= \frac{1}{3}\left( 6 + \frac{-3}{2} + i \frac{\sqrt{3}}{2} + \frac{-3}{2} – i \frac{\sqrt{3}}{2} \right)\\
&= \frac{1}{3}\left( 6 -3 \right)\\
&=1.
\end{aligned}

Pour la troisième solution, il sera utile d’avoir $j^2k$ et $\frac{1}{j^2k}.$

\begin{aligned}
j^2k &= j^2\sqrt{3} \e^{i \pi /6}\\
&= \e^{i 4\pi /3}\sqrt{3} \e^{i \pi /6}\\
&= \sqrt{3} \e^{i 9\pi /6}\\
&= \sqrt{3} \e^{i 3\pi /2}\\
&= -i\sqrt{3}.
\end{aligned}


De même :

\begin{aligned}
\frac{1}{j^2k} &= \frac{1}{-i\sqrt{3}} \\
&= \frac{i}{\sqrt{3}} \\
&= \frac{i\sqrt{3}}{3}.
\end{aligned}

L’expression de la troisième solution est donnée par :

\begin{aligned}
\frac{1}{3}\left(N_1+j^2k+\frac{jN_1^2-3jN_2}{k}\right)
&= \frac{1}{3}\left(N_1+j^2k+\frac{N_1^2-3N_2}{j^2k}\right) \\
&= \frac{1}{3}\left( 6 -i\sqrt{3} +i\sqrt{3} \right)\\
&= \frac{1}{3}\left( 6 \right)\\
&=2.
\end{aligned}

Concluez

L’équation $x^3-6x^2+11x-6=0$ admet trois solutions, $x=1$, $x=2$ et $x=3.$

Il est remarquable de noter que, pour résoudre la résolvante, des nombres complexes non réels ont été nécessaires. Ils ont abouti à trouver les trois solutions réelles.

143. Expliquez pourquoi l’équation de degré 3 se ramène à une équation de degré 2

Soit $(a,b,c,d)\in\C^4$ un quadruplet de nombres complexes tel que $a$ soit non nul.
Considérez alors l’équation $(E): ax^3+bx^2+cx+d = 0$ du troisième degré d’inconnue $x\in\C.$

Il existe trois nombres complexes, notés $\alpha_1$, $\alpha_2$ et $\alpha_3$ tels que $aX^3+bX^2+cX+d$ soit égal par factorisation à $a(X-\alpha_1)(X-\alpha_2)(X-\alpha_3).$ Ces trois nombres complexes désignent les racines du polynôme $aX^3+bX^2+cX+d$, qui peuvent ne pas être distinctes.

Note. Une précision peut être apportée sur ces racines quand les nombres $a$, $b$, $c$ et $d$ sont réels. Le polynôme $aX^3+bX^2+cX+d$ étant réel, l’une de ses racines est toujours un nombre réel, ce qui est justifié par l’étude des limites en $+\infty$ et $-\infty$ combiné au théorème des valeurs intermédiaires utilisable dans les réels. Alors un tel polynôme se factorise sous la forme $a(X-\alpha)Q(X)$ où $\alpha\in\R$ et $Q(X)$ un polynôme réel de degré $2$. Selon le signe du discriminant du polynôme $Q$, les deux racines de $Q$ sont : soit réelles et distinctes (discriminant strictement positif), soit réelles et identiques (discriminant nul), soit complexes conjuguées et non réelles (discriminant strictement négatif).

En développant le membre de droite :

\begin{align*}
 a(X-\alpha_1)(X-\alpha_2)(X-\alpha_3) &= a(X^3 - (\alpha_1+\alpha_2+\alpha_3)X^2\\
&\quad +(\alpha_1\alpha_2+\alpha_1\alpha_3+\alpha_2\alpha_3)X \\
&\quad -\alpha_1\alpha_2\alpha_3).
\end{align*}

Par identification des coefficients du polynôme formel $aX^3+bX^2+cX+d$ il vient :

\left\{\begin{align*}
\alpha_1+\alpha_2+\alpha_3 &= \frac{-b}{a}\\
\alpha_1\alpha_2+\alpha_1\alpha_3+\alpha_2\alpha_3 &= \frac{c}{a} \\
 \alpha_1\alpha_2\alpha_3 &= \frac{-d}{a}.
\end{align*}\right.

Pour plus de commodité dans la suite, vous noterez :

\boxed{\begin{align*}
N_1 &= \alpha_1+\alpha_2+\alpha_3 \\
N_2 &= \alpha_1\alpha_2+\alpha_1\alpha_3+\alpha_2\alpha_3  \\
 N_3 &=\alpha_1\alpha_2\alpha_3 .
\end{align*}}

Soit $j$ une solution complexe non réelle de l’équation $1+j+j^2=0$.

En multipliant par $j$ vous constatez que $j+j^2+j^3 = 0$ si bien que $1+j+j^2+j^3 = 1$ et par suite $j^3=1.$

L’idée de ce qui va suivre s’inscrit dans le début de la théorie de Galois, d’après une méthode initiale tirée de Lagrange, datant de la fin du XVIIIème siècle.

Utilisez une somme bien choisie

Considérez l’expression suivante $S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3) = (\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3)^3 +(\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3)^3.$

Vous allez montrer que cette expression est invariante par permutation. Autrement dit, pour toute permutation $\sigma$ de l’ensemble $\{1,2,3\}$, $S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3) = S(\alpha_{\sigma(1)},\alpha_{\sigma(2)},\alpha_{\sigma(3)})$.

Pour démontrer ce résultat, il suffit de vérifier que $S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3) = S(\alpha_2,\alpha_1,\alpha_3) = S(\alpha_3,\alpha_2,\alpha_1)$ : en effet, toute permutation est produit de transpositions. Or toute transposition est produit de transpositions parmi $(1 2)$ et $(1 3)$, puisque $(2 3) = (1 2)(1 3)(1 2).$

\begin{align*}
S(\alpha_2,\alpha_1,\alpha_3) &= (\alpha_2 + j\alpha_1+j^2\alpha_3)^3 +(\alpha_2 + j^2\alpha_1+j\alpha_3)^3\\
&= j^3 (\alpha_2 + j\alpha_1+j^2\alpha_3)^3 +j^3(\alpha_2 + j^2\alpha_1+j\alpha_3)^3 \\
&=(j^2\alpha_1+j\alpha_2+\alpha_3)^3+(\alpha_1+j\alpha_2+j^2\alpha_3)^3\\
&=j^3(j^2\alpha_1+j\alpha_2+\alpha_3)^3+(\alpha_1+j\alpha_2+j^2\alpha_3)^3\\
&=(\alpha_1+j^2\alpha_2+j\alpha_3)^3+(\alpha_1+j\alpha_2+j^2\alpha_3)^3\\
&=S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3).
\end{align*}

De même :

\begin{align*}
 S(\alpha_3,\alpha_2,\alpha_1) &= (\alpha_3 + j\alpha_2+j^2\alpha_1)^3 +(\alpha_3 + j^2\alpha_2+j\alpha_1)^3 \\
 &= (j^2\alpha_1+ j\alpha_2+\alpha_3)^3 +(j\alpha_1+ j^2\alpha_2+\alpha_3 )^3 \\
&= (\alpha_1+ j^2\alpha_2+j\alpha_3)^3 +(j^2\alpha_1+\alpha_2+j\alpha_3 )^3 \\
&= (\alpha_1+ j^2\alpha_2+j\alpha_3)^3 +(\alpha_1+j\alpha_2+j^2\alpha_3 )^3 \\
&=S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3).
\end{align*}

Comme l’expression $S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3)$ est polynomiale et invariante par permutation des variables, elle va pouvoir s’exprimer en fonction des quantités $N_1 = \alpha_1+\alpha_2+\alpha_3$, $N_2 = \alpha_1\alpha_2+\alpha_1\alpha_3+\alpha_2\alpha_3$ et $N_3 = \alpha_1\alpha_2\alpha_3$.

Utilisez maintenant le produit associé

Notez $P(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3) = (\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3)^3 \times (\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3)^3.$

Pour les mêmes raisons, le produit $P(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3)$ est polynomial et reste invariant par permutation des variables. Il est donc calculable en fonction de $N_1$, $N_2$ et $N_3.$

Le calcul va être mené explicitement ici.

Commencez par développer le produit $(\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3)(\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3)$ :

\begin{align*}
(\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3)(\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3) &= \alpha_1^2 + j^2\alpha_1\alpha_2+j\alpha_1\alpha_3\\
&\quad +j\alpha_1\alpha_2+\alpha_2^3+j^2\alpha_2\alpha_3\\
&\quad +j^2\alpha_1\alpha_3+j\alpha_2\alpha_3+\alpha_3^2\\
&= \alpha_1^2 +\alpha_2^2 +\alpha_3^2 \\
&\quad +\alpha_1\alpha_2(j+j^2) + \alpha_1\alpha_3(j+j^2)+\alpha_2\alpha_3(j+j^2)\\
 &= \alpha_1^2 +\alpha_2^2 +\alpha_3^2 + (j+j^2)(\alpha_1\alpha_2+\alpha_1\alpha_3+\alpha_2\alpha_3)\\
&= \alpha_1^2 +\alpha_2^2 +\alpha_3^2 - \alpha_1\alpha_2-\alpha_1\alpha_3-\alpha_2\alpha_3\\
&= N_1^2 - 2N_2 - N_2\\ 
\end{align*}

Du coup $(\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3)(\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3) = N_1^2-3N_2.$

Et $\boxed{P(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3) = (N_1^2-3N_2)^3}.$

Concluez

Posez $u = (\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3)^3$ et $v=(\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3)^3.$ Le polynôme de degré $2$ défini par $(X- u)(X- v)$ est égal, en développant à :

$X^2-S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3)X+P(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3).$

Il a été vu que la somme $S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3)$ et le produit $P(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3)$ sont calculables en fonction de $N_1$, $N_2$ et $N_3$, qui sont eux aussi calculables en fonction des coefficients $a$, $b$, $c$ et $d.$

La résolution de l’équation du second degré $X^2-S(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3)X+P(\alpha_1,\alpha_2,\alpha_3)=0$ donne ainsi accès aux valeurs de $(\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3)^3$ et de $(\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3)^3.$

Par extraction de racines cubiques, vous avez accès à des valeurs possibles pour les sommes $\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3$ et $\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3.$

Or la somme $\alpha_1 + \alpha_2+\alpha_3$ est égale à $N_1$ qui est connu.

Il vous suffit de résoudre le système obtenu comportant $3$ équations et $3$ inconnues pour obtenir la résolution complète, qui est de la forme indiquée ci-dessous.

\left\{\begin{align*}
\alpha_1+\alpha_2+\alpha_3 &= N_1 \\
\alpha_1 + j\alpha_2+j^2\alpha_3 &= \dots \\
\alpha_1 + j^2\alpha_2+j\alpha_3 &= \dots \\
\end{align*}\right.

Un tel système peut être résolu en utilisant le calcul de l’inverse d’une matrice, effectué dans l'article 142.

Résolvez l’équation de degré 3 !

Pour passer aux calculs globaux, rendez-vous dans l'article 141.

139. Une équation du troisième degré

Soit à résoudre dans les nombres réels l’équation $(E): x^3-15x-4=0.$

Etudiez les variations de la fonction $x\mapsto x^3-15x-4$

Pour tout réel $x$, posez $f(x)=x^3-15x-4.$

La fonction $f$ étant polynomiale, elle est dérivable sur $\R$ et pour tout réel $x$, $f'(x)=3x^2-15 = 3(x^2-5) = 3(x-\sqrt{5})(x+\sqrt{5}).$

De cette factorisation, vous déduisez que la fonction $f$ est strictement croissante sur l’intervalle $]-\infty, -\sqrt{5}].$

Or, $\lim_{x\to-\infty} f(x) = -\infty$ et $f(-\sqrt{5}) = -5\sqrt{5}+15\sqrt{5}-4 = 10\sqrt{5}-4 = \sqrt{500}-\sqrt{16}$ par conséquent $f(-\sqrt{5})>0$. L’équation $(E)$ a donc exactement une solution appartenant à l’intervalle $]-\infty, -\sqrt{5}].$

De même, de la factorisation de la fonction $f’$, vous déduisez que la fonction $f$ est strictement décroissante sur l’intervalle $[ -\sqrt{5}, \sqrt{5}].$ Calculez $f(\sqrt{5}) = 5\sqrt{5}-15\sqrt{5}-4 = -10\sqrt{5}-4$ ce qui montre que $f(\sqrt{5}) < 0$. Comme $f(-\sqrt{5})<0$, l’équation $(E)$ a donc exactement une solution appartenant à l’intervalle $[ -\sqrt{5}, \sqrt{5}].$

Enfin, de la factorisation de la fonction $f’$, vous déduisez que la fonction $f$ est strictement croissante sur l’intervalle $[\sqrt{5},+\infty[.$ Or $\lim_{x\to+\infty} f(x) = +\infty$ et $f(\sqrt{5}) < 0$ donc l’équation $(E)$ a exactement une solution appartenant à l’intervalle $[ \sqrt{5}, +\infty[.$

Conclusion : l’équation $(E)$ possède exactement trois solutions réelles.

Cherchez si l’équation admet une solution entière

Soit $n$ un entier tel que $f(n)=0$. Alors $n^3-15n = 4$ donc $n(n^2-15)=4$ ce qui prouve que $n \mid 4$ et par suite $n\in\{4,2,1,-1,-2,-4\}$ ce qui limite le nombre de candidats à tester.

Prenez $n=4$. $f(4) = 16\times 4 – 15\times 4 – 4 = 4-4 = 0.$

L’entier $4$ est une solution de l’équation $(E).$

Déterminez les deux autres solutions de l’équation

Comme $4$ est solution de $(E)$, vous allez factoriser le polynôme $x^3-15x-4$ par $x-4$ successivement.

Posez $p(x) = x^3-15x-4.$

Ecrivez que $x^2(x-4) = x^3-4x^2$ et que $p(x) = x^3-15x-4$ puis effectuez une soustraction. Le degré du polynôme de droite diminue et passe de $3$ à $2$ : $p(x)+(-x^2)(x-4) = 4x^2-15x-4.$

Poursuivez. $4x(x-4) = 4x^2-16x$ et $p(x)+(-x^2)(x-4) = 4x^2-15x-4.$ Par soustraction, $p(x)+(-x^2-4x)(x-4) = x-4.$ Le degré a encore diminué et il est passé de $2$ à $1$.

Terminez $1(x-4) = x-4$ et $p(x)+(-x^2-4x)(x-4) = x-4.$ Par soustraction, $p(x)+(-x^2-4x-1)(x-4) = 0.$

Par conséquent $p(x) = (x-4)(x^2+4x+1).$

Déterminez les deux autres solutions de $(E)$ revient à résoudre l’équation de degré $2$ suivante : $x^2+4x+1 = 0.$ Celle-ci s’écrit $(x+2)^2-3 = 0$ soit $x = -2+\sqrt{3}$ ou $x=-2-\sqrt{3}.$

Concluez

L’équation $(E)$ admet pour ensemble de solutions réelles $\{4, -2+\sqrt{3}, -2-\sqrt{3}\}.$

138. Des décompositions en éléments simples de fractions rationnelles en restant dans les réels

La démarche proposée ici consiste à montrer pourquoi l’existence de la décomposition est possible. On se base sur l’algorithme d’Euclide étendu et sur les divisions euclidiennes.

Le but sera de trouver la décomposition en éléments simples dans $\R(X)$ de la fraction rationnelle $\frac{4X^4}{(X^4-1)^2}.$

Décomposez en éléments simples la fraction $F(X)=\frac{2X}{X^2-1}$ dans $\R(X)$

Le dénominateur de la fraction $F(X)$ est factorisable par deux polynômes de degré $1$, $X^2-1 = (X-1)(X+1).$

Utilisez l’algorithme d’Euclide étendu pour trouver deux polynômes $U$ et $V$ vérifiant $1 = U(X)(X-1)+V(X)(X+1).$

\begin{aligned}
X-1 &= 1(X-1)+0(X+1)\\
X+1 &=0(X-1)+1(X+1)
\end{aligned}

Du coup, par soustraction $L_2\gets L_2-L_1$

$2 = (-1)(X-1)+1(X+1)$ et en divisant par $2$ :

$1 = \frac{-1}{2}(X-1)+\frac{1}{2}(X+1).$

Les polynômes $U$ et $V$ sont déterminés, posez $U(X) = \frac{-1}{2}$ et $V(X) = \frac{1}{2}$ et vous avez la relation $1 =U(X)(X-1)+V(X)(X+1).$

Le numérateur de la fraction $F(X)$ étant $2X$, vous multipliez la relation précédente par $2X$ ce qui fournit :

$2X = -X(X-1) + X(X+1).$

Maintenant vous divisez cette relation par le produit $(X-1)(X+1)$ ce qui vous donne une séparation des parties polaires de la fraction $F(X)$ :

$F(X) = \frac{2X}{X^2-1} = \frac{-X}{X+1}+\frac{X}{X-1}.$

Sauf que cette écriture ne constitue pas une décomposition en éléments simples. La fraction $\frac{-X}{X+1}$ est le quotient de deux polynômes de degré $1$, de même que $\frac{X}{X-1}.$

Vous allez effectuer la division euclidienne de $-X$ par $X+1$, ce qui fournit $-X = (-1)(X+1)+1$ d’où $\frac{-X}{X+1} = -1 + \frac{1}{X+1}.$

De même, vous effectuez la division euclidienne de $X$ par $X-1$, ce qui fournit $X = (1)(X-1)+1$ d’où $\frac{X}{X-1} = 1 + \frac{1}{X-1}.$

Mis bout à bout, il vient $F(X) = -1 + \frac{1}{X+1} + 1 + \frac{1}{X-1}$ d’où $\boxed{F(X) = \frac{2X}{X^2-1}=\frac{1}{X-1}+\frac{1}{X+1}.}$

Remarque. Il existe des méthodes plus rapides permettant de parvenir à cette décomposition. Elles utilisent le fait que la décomposition est unique. Ce n’est pas le but de cette section.

Décomposez en éléments simples $G(X) = \frac{4X^4}{(X^4-1)^2}$

Il a été vu que $\frac{2X}{X^2-1}=\frac{1}{X-1}+\frac{1}{X+1}.$

Dans $\R(Y)$ cela s’écrit $\frac{2Y}{Y^2-1}=\frac{1}{Y-1}+\frac{1}{Y+1}.$

Maintenant posez $Y=X^2$ et substituez pour obtenir $\frac{2X^2}{X^4-1}=\frac{1}{X^2-1}+\frac{1}{X^2+1}.$

En mettant au carré vous obtenez :

\begin{aligned}
\frac{4X^4}{(X^4-1)^2} &=\frac{1}{(X^2-1)^2}+\frac{1}{(X^2+1)^2}+\frac{2}{(X^2-1)(X^2+1)}\\
\end{aligned}

Mais ce n’est pas encore la décomposition en éléments simples dans $\R(X)$, des termes sont encore décomposables.

Décomposez $\frac{2}{(X^2-1)(X^2+1)}$

Via le changement de variable $Y = X^2$, il suffit de décomposer $\frac{2}{(Y-1)(Y+1)}.$

Il a été vu que $1 = \frac{-1}{2}(Y-1)+\frac{1}{2}(Y+1)$ donc $2 = (-1)(Y-1)+(1)(Y+1)$ et en divisant par le produit $(Y-1)(Y+1)$ vous obtenez que $\frac{2}{(Y-1)(Y+1)}=\frac{1}{Y-1}+\frac{-1}{Y+1}.$

D’où $\frac{2}{(X^2-1)(X^2+1)} = \frac{1}{X^2-1}+\frac{-1}{X^2+1}.$

Le terme $\frac{-1}{X^2+1}$ est un élément de deuxième espèce (un polynôme de degré inférieur ou égal à $1$ divisé par un polynôme de degré $2$ avec discriminant strictement négatif), il n’est pas décomposable dans $\R(X).$

Par contre, $ \frac{1}{X^2-1}$ l’est puisque $X^2-1 = (X-1)(X+1).$

Comme $1 = \frac{-1}{2}(X-1)+\frac{1}{2}(X+1)$, en divisant par le produit $(X-1)(X+1)$, il vient :

$\frac{1}{X^2-1} = \frac{-1}{2(X+1)}+\frac{1}{2(X-1)}.$

D’où finalement $\frac{2}{(X^2-1)(X^2+1)} = \frac{-1}{2(X+1)}+\frac{1}{2(X-1)}+\frac{-1}{X^2+1}.$

Décomposez $\frac{1}{(X^2-1)^2}$

Séparez les parties polaires

Le dénominateur de cette fraction s’écrit $(X^2-1)^2 = ((X-1)(X+1))^2 = (X-1)^2(X+1)^2.$

Afin de séparer les parties polaires, appliquez à nouveau l’algorithme d’Euclide étendu.

\begin{aligned}
X^2-2X+1 &= 1(X-1)^2+0(X+1)^2 \quad (L_1)\\
X^2+2X+1 &=0(X-1)^2+1(X+1)^2 \quad (L_2)
\end{aligned}

L’opération $L_2\gets L_2-L_1$ permet d’abaisser le degré.

\begin{aligned}
4X &= (-1)(X-1)^2+(1)(X+1)^2 \quad (L_3)\\
X^2+2X+1 &=0(X-1)^2+1(X+1)^2\quad (L_4)
\end{aligned}

Afin de poursuivre, effectuez la division euclidienne de $X^2+2X+1$ par $X.$

$X^2+2X+1 = X(X+2)+1$ ce qui fournit $X^2+2X+1 = (4X)\left(\frac{X}{4}+\frac{1}{2}\right) + 1.$

Vous allez donc effectuer l’opération $L_4\gets L_4-\left(\frac{X}{4}+\frac{1}{2}\right)L_3.$

$1 = \left(\frac{X}{4}+\frac{1}{2}\right)(X-1)^2+\left(\frac{1}{2}-\frac{X}{4}\right)(X+1)^2.$

Divisez par le produit $(X-1)^2(X+1)^2$ pour obtenir la séparation des parties polaires :

$\frac{1}{(X^2-1)^2} = \frac{X+2}{4(X+1)^2} + \frac{2-X}{4(X-1)^2}.$

Obtenez les éléments simples pour chaque partie polaire

Bien qu’étant un polynôme de degré $1$ divisé par un polynôme de degré $2$, la fraction $\frac{X+2}{4(X+1)^2}$ n’est pas un élément simple dans $\R(X)$. Ce n’est pas un élément de seconde espèce, puisque le polynôme $(X+1)^2$ n’est pas un polynôme de second degré à discriminant strictement négatif.

Vous allez donc effectuer deux divisions euclidiennes pour trouver la décomposition de $\frac{X+2}{4(X+1)^2}$.

Divisez $X+2$ par $X+1$ : $X+2 = (1)(X+1)+1.$ Divisez le nouveau quotient, $1$, par $X+1$ : $1 = 0(X+1)+1.$

Vous obtenez donc $\frac{X+2}{(X+1)^2} = \frac{1}{X+1}+\frac{1}{(X+1)^2}.$

Par suite, $\frac{X+2}{4(X+1)^2} = \frac{1}{4(X+1)}+\frac{1}{4(X+1)^2}.$

Procédez de même pour $\frac{2-X}{4(X-1)^2}.$

Divisez $2-X$ par $X-1$ : $2-X = (-1)(X-1)+1$ puis divisez $-1$ par $X-1$ : $-1 = 0(X-1)-1$, ce qui amène à :

$\frac{2-X}{(X-1)^2} = \frac{-1}{(X-1)}+\frac{1}{(X-1)^2}.$

Par suite, $\frac{2-X}{4(X-1)^2} = \frac{-1}{4(X-1)}+\frac{1}{4(X-1)^2}.$

Concluez

$\frac{1}{(X^2-1)^2} = \frac{1}{4(X+1)}+\frac{1}{4(X+1)^2} + \frac{-1}{4(X-1)}+\frac{1}{4(X-1)^2}. $

Finalisez la décomposition demandée

\begin{aligned}
\frac{4X^4}{(X^4-1)^2} &=\frac{1}{(X^2-1)^2}+\frac{1}{(X^2+1)^2}+\frac{2}{(X^2-1)(X^2+1)}\\
&= \frac{1}{4(X+1)}+\frac{1}{4(X+1)^2} + \frac{-1}{4(X-1)}+\frac{1}{4(X-1)^2} \\
&\quad +\frac{1}{(X^2+1)^2} \\
&\quad +\frac{-1}{2(X+1)}+\frac{1}{2(X-1)}+\frac{-1}{X^2+1}\\
&= \frac{-1}{4(X+1)} + \frac{1}{4(X+1)^2}+\frac{1}{4(X-1)}+\frac{1}{4(X-1)^2}\\
&\quad+\frac{-1}{X^2+1}+\frac{1}{(X^2+1)^2}.
\end{aligned}

137. Calculez la somme des k fois 2 puissance k

Soit $n$ un entier naturel. Vous allez calculer successivement les sommes $A_n = \sum_{k=1}^n 2^k$ et $B_n = \sum_{k=1}^n k2^k.$

Multipliez par $2$ et effectuez un changement de variable

Cette idée va vous donner la réponse pour $A_n.$

\begin{aligned}
2A_n &= \sum_{k=1}^n 2^{k+1}\\
&=\sum_{k=2}^{n+1} 2^k \\
&= 2^{n+1} + \sum_{k=2}^{n} 2^k \\
&= 2^{n+1}+ \sum_{k=1}^{n} 2^k – 2\\
&=2\times 2^n – 2 + A_n.
\end{aligned}

Du coup, par soustraction de $A_n$, vous obtenez $A_n = 2\times 2^n-2.$

Appliquez le même raisonnement pour trouver $B_n$

\begin{aligned}
2B_n &=\sum_{k=1}^n k2^{k+1}\\
&=\sum_{k=2}^{n+1} (k-1)2^{k}\\
&=\sum_{k=2}^{n+1} k2^{k} – \sum_{k=2}^{n+1} 2^{k}\\
&=(n+1)2^{n+1} + \sum_{k=2}^{n} k2^{k} – \sum_{k=2}^{n} 2^{k} – 2^{n+1}\\
&=n2^{n+1} + \sum_{1=2}^{n} k2^{k} – 2 – \sum_{k=1}^{n} 2^{k} + 2\\
&=n2^{n+1} + B_n -A_n \\
&=2n\times 2^n + B_n – 2\times 2^n + 2\\
&=(2n-2)2^n+2 + B_n.
\end{aligned}

Du coup, par soustraction, vous obtenez $B_n = (2n-2)2^n+2.$

Prolongement

Est-il possible en suivant le même raisonnement de calculer la somme $\sum_{k=1}^n k^2 2^k$ ? Combien trouvez-vous ?

133. Limite d’une suite géométrique dont la raison a une valeur absolue strictement inférieure à 1

Pourquoi la limite d’une telle suite est-elle égale à $0$ ? Il existe un moyen d’y parvenir avec les outils du lycée.

Soit $q\in[0,1[$ et $(u_n)_{n\geq 0}$ la suite définie par $\forall n\in\N, u_n = q^n.$

Etablissez la monotonie de la suite $n\mapsto q^n$

Soit $n$ un entier naturel.

$u_{n+1}-u_n = q^{n+1}-q^n = q^n(q-1).$

Or le réel $q$ est inférieur à $1$ donc $q-1$ est négatif. Comme $q$ est positif, $q^n$ l’est aussi.

Par la règle des signes, $q^n(q-1)$ est négatif, donc $u_{n+1}-u_n$ est négatif.

La suite $(u_n)$ est décroissante.

Etablissez la convergence de la suite $n\mapsto q^n$

La suite $(u_n)$ est décroissante et minorée par $0$, puisque $q$ est supposé positif.

Donc la suite $(u_n)$ est convergente.

Autrement dit, il existe un nombre réel $\ell$ tel que $\lim_{n\to +\infty} u_n = \ell.$

Etablissez que la limite de la suite $n\mapsto q^n$ est égale à $0$

La suite $(u_{n+1})_{n\geq 0}$ possède la même limite que la suite $(u_n)_{n\geq 0}$ (on dit que c’est une suite extraite), c’est-à-dire $\lim_{n\to +\infty} q^{n+1} =\ell.$

Or, $\forall n\in\N, q^{n+1} = q\times q^n$ et il a été vu que $\lim_{n\to +\infty} q^n = \ell$ donc $\lim_{n\to+\infty} q\times q^n = q\ell.$

La suite $(u_{n+1})_{n\geq 0}$ possède donc deux réels comme limites, $\ell$ et $q\ell$.

Par unicité de la limite d’une suite, il en résulte que $\ell = q\ell$, d’où $\ell(q-1) = 0.$

Comme le nombre $q$ n’est pas égal à $1$, le nombre $q-1$ est non nul, et par suite $\ell = 0.$

Ainsi il est maintenant établi que $\boxed{\forall q\in[0,1[, \lim_{n\to+\infty} q^n = 0.}$

Qu’en est-il si on suppose $q\in]-1,0]$ ?

Soit $q$ un réel appartenant à l’intervalle $q\in]-1,0]$, de même vous posez $\forall n\in\N, u_n = q^n.$

La suite $u_n$ possède des variations de signe, aussi, l’argument de monotonie ne fonctionne plus.

Cependant, $\forall n\in\N, \lvert u_n \rvert = \lvert q \rvert^n.$

Il semble alors légitime de poser $r = \lvert q \rvert$ pour appliquer le résultat précédemment établi. Comme $r\in[0,1[$, vous déduisez $\lim_{n\to+\infty} r^n=0$ donc la suite $(\lvert u_n \rvert)_{n\geq 0}$ converge vers $0$ et par conséquent la suite $(u_n)_{n\geq 0}$ converge encore vers $0$, en vertu de l’encadrement $\forall n\in\N, -\lvert u_n \rvert \leq u_n\leq \lvert u_n \rvert.$

Concluez

$\boxed{\forall q\in ]-1,1[, \lim_{n\to+\infty} q^n = 0.}$

Prolongement

Soit $q$ un réel appartenant à l’intervalle $]-1,1[$.

Pourriez-vous établir que la suite définie par $\forall n\in\N, u_n = n q^n$ converge encore vers $0$ ?

Soit $m\in\N$. Pourriez-vous établir que la suite définie par $\forall n\in\N, u_n = n^m q^n$ converge encore vers $0$ ?

130. L’exponentielle complexe est un morphisme de groupes

L’objectif de cet article de démontrer que $\forall (z,z’)\in\C^2, \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’)=\mathrm{exp}(z+z’).$

Pour y parvenir, vous allez utiliser le fait que $\forall z\in\C, \lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{z}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z).$

Puis vous allez améliorer ce résultat, en justifiant que, si $(z_n)_{n\in\NN}$ est une suite complexe qui converge vers un nombre $z\in\C$, alors vous avez encore $\lim_{n\to +\infty}\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z).$ Admettez un instant ce résultat et voyez pourquoi il permet de conclure.

Soient $z$ et $z’$ deux nombres complexes.

Partez de $\lim_{n\to+\infty} \left(1 + \frac{z}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z)$ et de $\lim_{n\to+\infty} \left(1 + \frac{z’}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z’).$

Par produit de limites, $\lim_{n\to+\infty} \left(\left(1 + \frac{z}{n}\right)\left(1+\frac{z’}{n}\right)\right)^n = \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’).$

Du coup, $\lim_{n\to+\infty} \left(1 + \frac{z+z’}{n}+\frac{zz’}{n^2}\right)^n = \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’).$

Ceci s’écrit encore $\lim_{n\to+\infty} \left(1 + \frac{z+z’+\frac{zz’}{n}}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’).$

Pour tout $n\in\NN$ posez $z_n = z+z’+\frac{zz’}{n}$, alors $\lim_{n\to+\infty} \left(1 + \frac{z_n}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’).$

Or, la suite $(z_n)_{n\in\NN}$ converge vers $z+z’$, donc $\lim_{n\to +\infty}\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z+z’).$

Par unicité de la limite, vous obtenez $\boxed{\forall (z,z’)\in\C^2, \mathrm{exp}(z+z’) = \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’).}$

Prouvez que si $(z_n)_{n\in\NN}$ est une suite complexe qui converge vers un nombre $z\in\C$, alors $\lim_{n\to +\infty}\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z).$

Soit $(z_n)_{n\in\NN}$ une suite de nombres complexes qui converge vers un nombre complexe $z.$

Vous allez montrer d’abord que la suite $\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n-\left(1+\frac{z}{n}\right)^n$ converge vers $0.$

Soit $\varepsilon > 0.$

Comme la suite $(z_n)_{n\in\NN}$ est convergente, elle est bornée. Il existe un réel $P>0$ tel que $\forall n\in\NN, \lvert z_n\rvert \leq P.$ Notez alors $M$ le maximum de $P$ et de $\lvert z\rvert.$ Notez que $\lim_{n\to+\infty} \frac{M^n}{n!}=0$ donc il existe un entier $N\geq 1$ tel que $\frac{M^N}{N! } \leq \frac{\varepsilon}{8}.$

Soit maintenant $n$ un entier tel que $n\geq N.$

\begin{aligned}
\left\lvert\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n-\left(1+\frac{z}{n}\right)^n\right\rvert &\leq \left\lvert \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}\frac{z_n^k-z^k}{n^k}\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \sum_{k=0}^{N-1} \binom{n}{k}\frac{z_n^k-z^k}{n^k}\right\rvert + \left\lvert \sum_{k=N}^{n} \binom{n}{k}\frac{z_n^k-z^k}{n^k}\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \sum_{k=0}^{N-1} \frac{n!}{(n-k)! n^k}\frac{z_n^k-z^k}{k! }\right\rvert + \left\lvert \sum_{k=N}^{n}\frac{n!}{(n-k)! n^k}\frac{z_n^k-z^k}{k! }\right\rvert \\
\end{aligned}

Or, pour tout entier $k$ compris entre $0$ et $n$, $\frac{n!}{(n-k)! n^k} \leq 1$ donc

\begin{aligned}
\left\lvert\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n-\left(1+\frac{z}{n}\right)^n\right\rvert &\leq \sum_{k=0}^{N-1} \frac{\left\lvert z_n^k-z^k\right\rvert}{k! } + \sum_{k=N}^{n}\frac{\lvert z_n\rvert ^k+\lvert z\rvert ^k}{k! }\\
&\leq \sum_{k=0}^{N-1} \frac{\left\lvert z_n^k-z^k\right\rvert}{k! } + 2 \sum_{k=N}^{n}\frac{M^k}{k! } \\
&\leq \sum_{k=0}^{N-1} \frac{\left\lvert z_n^k-z^k\right\rvert}{k! } + 4 \frac{M^N}{N! } \\
&\leq\sum_{k=0}^{N-1} \frac{\left\lvert z_n^k-z^k\right\rvert}{k! } + \frac{\varepsilon}{2}. \\
\end{aligned}

Or, pour tout $k$ compris entre $0$ et $N-1$, $\lim_{n\to +\infty} z_n^k-z^k = 0.$

Comme ce nombre de limites est en nombre fini, $\lim_{n\to+\infty} \sum_{k=0}^{N-1} \frac{\left\lvert z_n^k-z^k\right\rvert}{k! } = 0.$ Donc il existe un entier $N’>N$ tel que $\forall n\geq N’, \sum_{k=0}^{N-1} \frac{\left\lvert z_n^k-z^k\right\rvert}{k! } \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Vous avez donc montré que $\forall \varepsilon > 0, \exists N’\geq 1, \forall n\geq N’, \left\lvert\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n-\left(1+\frac{z}{n}\right)^n\right\rvert \leq \varepsilon.$

Autrement dit $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n-\left(1+\frac{z}{n}\right)^n = 0.$

Or, $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{z}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z).$

Ainsi, par somme de suites convergentes, vous constatez que la suite $\left(\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n\right)_{n\in\NN}$ est convergente et que sa limite est égale à $\mathrm{exp}(z).$

Le résultat $\lim_{n\to +\infty}\left(1+\frac{z_n}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z)$ est enfin prouvé.

Vers le morphisme de groupes

L’ensemble $\C$ muni de l’addition est un groupe, de même l’ensemble $\C^{*}$ muni de la multiplication est un groupe.

Il convient juste de justifier que $\forall z\in\C, \mathrm{exp}(z)\neq 0$.

Notez que $\mathrm{exp}(0) = \lim_{n\to+\infty}\left(1+\frac{0}{n}\right)^n = 1.$

Soit $z\in\C$. Comme $z+(-z)=0$ il s’ensuit que $\mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(-z)=\mathrm{exp}(0)=1.$ Donc $\mathrm{exp}(z)\neq 0.$

Combiné au fait que $\forall (z,z’)\in\C^2, \mathrm{exp}(z+z’)=\mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’)$ et que $\forall z\in\C, \mathrm{exp}(z) \in\C^{*}$, l’exponentielle complexe est un morphisme de groupes de $(\C,+)$ dans $(\C^{*}, \times).$

Prolongement

Pourriez-vous justifier que l’exponentielle complexe, qui va de $\C$ dans $\C^{*}$ est surjective ?

129. Exponentielle d’un imaginaire pur, fonctions sinus et cosinus

D’après le contenu qui se trouve dans l'article 128, pour tout réel $x$, vous avez $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{ix}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(ix).$ Quelles sont les propriétés de ce nombre complexe ?

L’exponentielle d’un nombre imaginaire pur est un nombre complexe de module 1

Soit $x\in\R.$ Pour tout $n\in\NN$, le conjugué de $1+\frac{ix}{n}$ est $1-\frac{ix}{n}$. Comme $\lim_{x\to +\infty} \left(1+\frac{ix}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(ix)$, en prenant le conjugué, vous obtenez aussi que $\lim_{n\to +\infty} \left(1-\frac{ix}{n}\right)^n = \overline{\mathrm{exp}(ix)}.$

D’autre part, pour tout nombre complexe $z$, $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{z}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(z)$. En particulier, en prenant $z = -ix$, vous obtenez $\lim_{n\to +\infty} \left(1-\frac{ix}{n}\right) = \mathrm{exp}(-ix).$

Par unicité de la limite d’une suite complexe convergente, vous obtenez l’égalité $\boxed{\forall x\in\R, \overline{\mathrm{exp}(ix)} = \mathrm{exp}(-ix).}$

Soit $x\in\R.$ Si vous admettez que, quels que soient les nombres complexes $z$ et $z’$, vous avez l’égalité $\mathrm{exp}(z+z’) = \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’)$ la conclusion arrive vite.

En prenant $z= ix$ et $z’=-ix$, vous obtenez $1 = \mathrm{exp}(0) = \mathrm{exp}(ix + (-ix)) = \mathrm{exp}(ix)\mathrm{exp}(-ix).$

Du coup, $1 = \mathrm{exp}(ix) \overline{\mathrm{exp}(ix)}$ ce qui aboutit à $\lvert \mathrm{exp}(ix)\rvert^2 = 1.$

Par positivité du module d’un nombre complexe, il en résulte que $\boxed{\forall x\in\R, \lvert \mathrm{exp}(ix) \rvert= 1.}$

Peut-on s’en sortir sans utiliser la propriété quels que soient les nombres complexes $z$ et $z’$, vous avez l’égalité $\mathrm{exp}(z+z’) = \mathrm{exp}(z)\mathrm{exp}(z’)$ ?

Une majoration

L’utilisation de suites géométriques permettra d’aboutir.

Soit $N$ un entier naturel supérieur ou égal à $1$ et $M$ un entier tel que $M\geq N.$

\begin{aligned}
\sum_{k=N}^M \frac{1}{k!} &\leq \sum_{k=0}^{M-N} \frac{1}{(k+N)!} \\
&\leq \sum_{k=0}^{M-N} \frac{1}{N!(N+1)^k}\\
&\leq \frac{1}{N!} \sum_{k=0}^{M-N} \frac{1}{(N+1)^{k}} \\
&\leq \frac{1}{N!} \sum_{k=0}^{M-N} \frac{1}{2^{k}} \\
&\leq \frac{1}{N!} \frac{1 – (1/2)^{M-N+1}}{1-(1/2)} \\
&\leq \frac{1}{N!} \frac{1 }{1/2} \\
&\leq \frac{2}{N!}.
\end{aligned}

Ainsi $\boxed{\forall N\in\NN, \forall M\geq N, \sum_{k=N}^M \frac{1}{k!} \leq \frac{2}{N!}.}$

Montrez directement que, pour tout réel $x$, $\mathrm{exp}(ix)\mathrm{exp}(-ix) = 1$

Soit $x\in\R.$ Partez des deux égalités de limites :

$\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{ix}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(ix).$
$\lim_{n\to +\infty} \left(1-\frac{ix}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(-ix).$

Par produit, il en résulte que $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{ix}{n}\right)^n\left(1-\frac{ix}{n}\right)^n = \mathrm{exp}(ix)\mathrm{exp}(-ix).$

Cela s’écrit aussi $\lim_{n\to +\infty} \left( \left(1+\frac{ix}{n}\right)\left(1-\frac{ix}{n}\right)\right)^n = \mathrm{exp}(ix)\mathrm{exp}(-ix)$, soit $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{x^2}{n^2}\right)^n = \mathrm{exp}(ix)\mathrm{exp}(-ix).$

Le nombre $x$ étant réel, $x^2$ est positif. Du coup, pour tout $n\in\NN$, $1\leq 1+\frac{x^2}{n^2}$ et donc $1 \leq \left(1+\frac{x^2}{n^2}\right)^n.$

Pour la majoration, utilisez la formule du binôme. Soit $n\in\NN.$

\begin{aligned}
\left(1+\frac{x^2}{n^2}\right)^n &\leq \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}\frac{x^{2k}}{n^{2k}} \\
&\leq \sum_{k=0}^n \frac{n! x^{2k}}{k! (n-k)! n^{2k}} \\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^n \frac{n! x^{2k}}{k! (n-k)! n^{2k}} \\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^n\frac{n!}{(n-k)!n^k} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} \\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^n \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} \\
\end{aligned}

Soit maintenant $\varepsilon > 0$ et $N$ un entier tel que $N \geq x^2+2$ et $N \geq \frac{4}{\varepsilon}.$
Soit $n$ un entier tel que $n\geq N.$

\begin{aligned}
\left(1+\frac{x^2}{n^2}\right)^n &\leq 1 + \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} + \sum_{k=N}^n \frac{x^{2k}}{k! n^{k}}\\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} + \sum_{k=N}^n \frac{(x^2/n)^k}{k!}\\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} + \sum_{k=N}^n \frac{1}{k!}\\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} + \frac{2}{N!}\\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} + \frac{2}{N}\\
&\leq 1 + \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} + \frac{\varepsilon}{2}\\
\end{aligned}

Pour tout entier $k$ compris entre $1$ et $N-1$, $\lim_{n\to +\infty}\frac{x^{2k}}{k! n^{k}} = 0.$

Ce nombre de limites étant fini, il en résulte que $\lim_{n\to +\infty} \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} = 0.$

Donc il existe un entier $N’ \geq N$ tel que $\forall n\geq N’, \sum_{k=1}^{N-1} \frac{x^{2k}}{k! n^{k}} \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Donc $\forall \varepsilon > 0, \exists N’\in\NN, \forall n\geq N’, 1 \leq \left(1+\frac{x^2}{n^2}\right)^n \leq 1 + 2\frac{\varepsilon}{2}\leq 1+\varepsilon.$

Ce résultat prouve que $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{x^2}{n^2}\right)^n = 1$ et donc $\forall x\in\R, \mathrm{exp}(ix)\mathrm{exp}(-ix) = 1.$

Sur le sinus et le cosinus

Pour tout nombre réel $x$, on pose $\sin x = \frac{\mathrm{exp}(ix)-\mathrm{exp}(-ix)}{2i}$ et $\cos x = \frac{\mathrm{exp}(ix)+\mathrm{exp}(-ix)}{2}.$

Soit $x\in\R.$ Comme $\forall y\in\R, \mathrm{exp}(-iy) = \overline{\mathrm{exp}(iy)}$, en prenant $y=x$ et $y=-x$ vous trouvez que $\mathrm{exp}(-ix) = \overline{\mathrm{exp}(ix)}$ et que $\mathrm{exp}(ix) = \overline{\mathrm{exp}(-ix)}.$ Donc $\overline{\sin x} = \frac{\mathrm{exp}(-ix)-\mathrm{exp}(ix)}{-2i} = \sin x$. De même, $\overline{\cos x} = \frac{\mathrm{exp}(-ix)+\mathrm{exp}(ix)}{2}=\cos x$. Donc $\cos x$ et $\sin x$ sont des réels.

De plus, $ \cos x + i\sin x = \frac{\mathrm{exp}(ix)+\mathrm{exp}(-ix)}{2} + \frac{\mathrm{exp}(ix)-\mathrm{exp}(-ix)}{2} = \mathrm{exp}(ix).$

Comme $\forall x\in\R, \lvert \mathrm{exp}(ix)\rvert = 1$ vous déduisez $\boxed{\forall x\in\R, \cos^2 x + \sin^2 x = 1.}$

128. Une définition de l’exponentielle

Soit $z$ un nombre complexe fixé. Considérez la suite suivante définie par $\forall n\in\NN, u_n = \left(1+\frac{z}{n}\right)^n.$

Vous allez démontrer que la suite $(u_n)_{n\in\NN}$ est convergente. Sa limite sera notée $\mathrm{exp}(z)$ et appelée exponentielle de $z.$

Les suites de Cauchy

Soit $(a_n)_{n\in\N}$ une suite complexe vérifiant la propriété suivante :

$\forall \varepsilon > 0, \exists N\in\N, \forall n\geqslant N, \forall p\in\N, \lvert a_n-a_{n+p}\rvert \leqslant \varepsilon.$

La suite $(a_n)_{n\in\N}$ est dite de Cauchy.

Via le théorème de Bolzano-Weierstrass, qui dit que « de toute suite complexe bornée, on peut extraite une sous-suite convergente », vous pourrez démontrer que toute suite complexe de Cauchy est convergente.

La réciproque est valable. Si une suite complexe est convergente, c’est aussi une suite de Cauchy.

Munissez-vous de deux lemmes

Lemme 1. La suite $\left(\frac{\vert z \rvert^n}{n!}\right)_{n\in\N}$ converge vers $0$.

Notez $x = \lvert z \rvert$ et soit $N$ un entier strictement supérieur à $x+1.$

Soit $n\geq N.$ $\frac{x^n}{n!}\leq \frac{x^n}{(N-1)!N^{n-N}}\leq \frac{x^nN^N}{(N-1)!N^n} \leq \frac{N^N}{(N-1)!}\times\left(\frac{x}{N}\right)^n.$

Comme $0\leq \frac{x}{n} < 1$, $\lim_{n\to +\infty} \left(\frac{x}{N}\right)^n = 0$, donc la suite $\left(\frac{\vert z \rvert^n}{n!}\right)_{n\in\N}$ converge vers $0$. En particulier, elle est majorée par un réel $M>0.$

Lemme 2. Soit $\varepsilon >0.$ Il existe un entier $N$ tel que, pour tout entier $M\geqslant N$, $\sum_{k=N}^M \frac{\vert z \rvert^n}{n!} \leqslant \varepsilon. $

De même posez $x = \lvert z \rvert.$

Soit $N$ un entier strictement supérieur à $2x + 1$ et $M$ un entier supérieur ou égal à $N.$

\begin{aligned}
\sum_{k=N}^M \frac{x^k}{k!} &\leq \sum_{k=0}^{M-N} \frac{x^{k+N}}{(k+N)!} \\
&\leq \frac{x^N}{N!}\sum_{k=0}^{M-N} \frac{x^{k}}{N^k} \\
&\leq \frac{x^N}{N!}\sum_{k=0}^{M-N} \left(\frac{x}{N}\right)^k \\
&\leq \frac{x^N}{N!}\sum_{k=0}^{M-N} \left(1/2\right)^k \\
&\leq \frac{x^N}{N!}\frac{1-(1/2)^{M-N+1}}{1-1/2} \\
&\leq \frac{x^N}{N!}\frac{1}{1-1/2} \\
&\leq \frac{2x^N}{N!}\\
\end{aligned}

D’après le lemme 1, $\lim_{N\to+\infty} \frac{x^N}{N!} = 0.$

Soit $\varepsilon > 0$. Choisissez $N$ tel que $\frac{x^N}{N!} \leq \frac{\varepsilon}{2}$.

Alors $\sum_{k=N}^M \frac{x^k}{k!}\leq \frac{2x^N}{N!} \leq 2 \times\frac{\varepsilon}{2} \leq \varepsilon.$

Montrez que la suite $n\mapsto \left(1+\frac{z}{n}\right)^n$ est de Cauchy

Construction de la preuve

Fixez un réel $\varepsilon >0$ et un nombre entier $N.$

Il s’agit d’effectuer une majoration de la quantité $\left\lvert\left(1+\frac{z}{n}\right)^n – \left(1+\frac{z}{n+p}\right)^{n+p} \right\rvert$ quand $n\geqslant N$ et $p\in\N.$

D’après ce qui précède, il existe un réel $M>0$ qui soit un majorant de la suite $\left(\frac{\vert z \rvert^n}{n!}\right)_{n\in\N}.$

Utilisez la formule du binôme de Newton

L’outil qui sera utilisé sera la formule du binôme $(a+b)^m = \sum_{k=0}^m \binom{m}{k}a^kb^{m-k}.$

Appliquée avec $b=1$ et $a=\frac{z}{n}$, vous obtenez $\left(1+\frac{z}{n}\right)^n = \sum_{k=0}^n\binom{n}{k}\frac{z^k}{n^k}.$

Appliquée avec $b=1$ et $a=\frac{z}{n+p}$, vous obtenez $\left(1+\frac{z}{n+p}\right)^{n+p} = \sum_{k=0}^{n+p}\binom{n+p}{k}\frac{z^k}{n^k}.$

Afin de contrôler les quantités de la forme $\binom{n}{k}\frac{z^k}{n^k}$, vous utilisez le fait que $\binom{n}{k} = \frac{n!}{k!(n-k)!}$ ce qui fournit $\binom{n}{k}\frac{z^k}{n^k} = \frac{n!}{(n-k)!n^k}\frac{z^k}{k!}.$

Lorsque $k$ est nul, $\frac{n!}{(n-k)!n^k} = \frac{n!}{n!} = 1.$

Lorsque $k$ est égal à $1$, $\frac{n!}{(n-k)!n^k} = \frac{n!}{n(n-1)!} = 1.$

Soit $k$ un entier tel que $n\geqslant k\geqslant 2$. Vous pouvez écrire, en remarquant que $\frac{n!}{(n-k)!} = n\times \dots \times (n-(k-1))$ est un produit de $k$ facteurs, que $\frac{n!}{(n-k)!n^k} = \frac{n\times\cdots\times (n-(k-1))}{n^k}=\prod_{i=0}^{k-1}\left(1-\frac{i}{n}\right).$ Il est important de constater que $\frac{n!}{(n-k)!n^k} \in [0,1]$ et que $\lim_{n\to +\infty}\prod_{i=0}^{k-1}\left(1-\frac{i}{n}\right) = 1.$

Soit $N$ un entier naturel non nul que vous choisirez plus tard.

Pour tout $k$ compris entre $0$ et $N-1$ et pour tout entier naturel $n\in\NN$, notez $u_n^{(k)} = \frac{n!}{(n-k)!n^k}$. Vous définissez $N$ suites $u^{(0)}$, $\dots$, $u^{(N-1)}$ qui sont toutes convergentes vers $1$ et donc toutes de Cauchy.
Fixez $n\geqslant N$ et $p\in\NN.$ Alors :

\left\lvert\left(1+\frac{z}{n}\right)^n - \left(1+\frac{z}{n+p}\right)^{n+p} \right\rvert
\leqslant \left\lvert \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} \frac{z^k}{n^k} \,- \sum_{k=0}^{n+p} \binom{n+p}{k} \frac{z^k}{(n+p)^k}\right\rvert.

Il convient de séparer en deux les sommes pour lesquelles les indices $k$ sont inférieurs à $N-1$ avec les autres.

\begin{aligned}
\left\lvert\left(1+\frac{z}{n}\right)^n \,- \left(1+\frac{z}{n+p}\right)^{n+p} \right\rvert
&\leqslant \left\lvert \sum_{k=0}^{N-1} \binom{n}{k} \frac{z^k}{n^k} \,- \sum_{k=0}^{N-1} \binom{n+p}{k} \frac{z^k}{(n+p)^k}\right\rvert + \left\lvert \sum_{k=N}^{n} \binom{n}{k} \frac{z^k}{n^k} \,- \sum_{k=N}^{n+p} \binom{n+p}{k} \frac{z^k}{(n+p)^k}\right\rvert \\
&\leqslant \left\lvert \sum_{k=0}^{N-1} \frac{n!}{(n-k)!n^k}\frac{z^k}{k!} \,- \sum_{k=0}^{N-1} \frac{(n+p)!}{(n+p-k)!(n+p)^k}\frac{z^k}{k!}\right\rvert + \sum_{k=N}^{n} \binom{n}{k} \frac{\lvert z \rvert ^k}{n^k} + \sum_{k=N}^{n+p} \binom{n+p}{k} \frac{\lvert z \rvert^k}{(n+p)^k} \\
&\leqslant \left\lvert \sum_{k=0}^{N-1} \left(\frac{n!}{(n-k)!n^k} – \frac{(n+p)!}{(n+p-k)!(n+p)^k}\right)\frac{z^k}{k!}\right\rvert + \sum_{k=N}^{n} \frac{\lvert z \rvert ^k}{k!} + \sum_{k=N}^{n+p} \frac{\lvert z \rvert^k}{k!}\\
&\leqslant \sum_{k=0}^{N-1} \left(\left\lvert\frac{n!}{(n-k)!n^k} – \frac{(n+p)!}{(n+p-k)!(n+p)^k}\right\rvert \frac{\lvert z\rvert ^k}{k!}\right) + 2 \sum_{k=N}^{n+p} \frac{\lvert z \rvert^k}{k!}\\
&\leqslant M \sum_{k=0}^{N-1} \left\lvert\frac{n!}{(n-k)!n^k} – \frac{(n+p)!}{(n+p-k)!(n+p)^k}\right\rvert + 2 \sum_{k=N}^{n+p} \frac{\lvert z \rvert^k}{k!}\\
&\leqslant M \sum_{k=0}^{N-1} \left\lvert u_n^{(k)} – u_{n+p}^{(k)}\right\rvert + 2 \sum_{k=N}^{n+p} \frac{\lvert z \rvert^k}{k!} \\
&\leqslant M \sum_{k=0}^{N-1} \left\lvert u_n^{(k)} – u_{n+p}^{(k)}\right\rvert + 4 \frac{\lvert z \rvert^N}{N!}
\end{aligned}

Fin de la preuve

Soit $\varepsilon >0.$ Il existe un entier naturel $N$ non nul tel que $\frac{\lvert z \rvert^N}{N!} \leqslant \frac{\varepsilon}{8}.$

Or il a été vu que $N$ suites $u^{(0)}$, $\dots$, $u^{(N-1)}$ sont toutes de Cauchy.

Donc il existe des entiers $S_0$, $\dots$, $S_{N-1}$ tels que pour tout $k$ compris entre $0$ et $N-1$ et tout entier $n\geqslant S_k$ et tout $p\in\N$, $\left\lvert u_n^{(k)} – u_{n+p}^{(k)}\right\rvert \leqslant \frac{\varepsilon}{2MN}.$

Soit $S$ le maximum des entiers $S_0$, $\dots$, $S_{N-1}.$ Alors pour tout $n\geqslant S$, pour tout $p\in\N$, $\sum_{k=0}^{N-1} \left\lvert u_n^{(k)} – u_{n+p}^{(k)}\right\rvert\leqslant \frac{\varepsilon}{2M}.$

Du coup pour tout $n\geqslant S$, pour tout $p\in\N$, $M \sum_{k=0}^{N-1} \left\lvert u_n^{(k)} – u_{n+p}^{(k)}\right\rvert + 4 \frac{\lvert z \rvert^N}{N!} \leqslant M\frac{\varepsilon}{2M} + 4\frac{\varepsilon}{8}\leq \varepsilon$ ce qui conclut.

Prolongement

Soit $n\in\NN$ et $A$ une matrice complexe d’ordre $n.$ Comment définiriez-vous l’exponentielle de la matrice $A$ ? Quelle application trouveriez-vous ?