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192. Le théorème de Heine

Ce théorème est attribué à Eduard Heine et date de 1872. Il s’énonce ainsi.

Quels que soient les réels $a$ et $b$ tels que $a<b$ et quelle que soit $f: [a,b]\to \R$ une fonction continue, $f$ est uniformément continue sur $[a,b].$

Continuité et continuité uniforme

Le fait que $f$ soit continue sur $[a,b]$ s’exprime ainsi :

\begin{aligned} \forall x\in [a,b], \forall \varepsilon > 0, \exists \delta >0, \forall y\in[a,b], \lvert y-x \rvert\leq \delta \implies \lvert f(y)-f(x)\rvert \leq \varepsilon.\end{aligned}

Il s’agit démontrer sous cette hypothèse la continuité uniforme de $f$ sur $[a,b]$, à savoir :

\begin{aligned} \forall \varepsilon > 0, \exists \delta >0, \forall x\in [a,b], \forall y\in[a,b], \lvert y-x \rvert\leq \delta \implies \lvert f(y)-f(x)\rvert \leq \varepsilon.\end{aligned}

De nombreuses démonstrations se basent sur des suites, des suites extraites et le raisonnement par l’absurde. D’autres utilisent la notion de compacité du segment $[a,b]$, qui, recouvert par des ouverts bien choisis, et extraction d’un sous-recouvrement fini, permettent d’aboutir à une démonstration.

Dans cet article vous utiliserez une preuve directe reposant sur la propriété de la borne supérieure des réels : toute partie non vide et majorée de $\R$ admet une borne supérieure, c’est-à-dire un plus petit majorant pour cette partie.

Fixez deux réels $a$ et $b$ tels que $a<b.$ Soit $f: [a,b]\to \R$ une fonction continue et $\varepsilon$ un réel strictement positif.

Une notation utile

On dit que $f$ possède la propriété $P$ sur un intervalle $I\subset[a,b]$, si et seulement si : $\exists \delta > 0, \forall z,z’\in I, \lvert z-z’\rvert\leq \delta \implies \lvert f(z)-f(z’)\rvert \leq \varepsilon.$

De cette définition, on tire immédiatement le fait que si $J$ est un sous-intervalle d’un intervalle $I\subset[a,b]$ et si $f$ possède la propriété $P$ sur $I$, alors $f$ possède la propriété $P$ sur $J.$

Lemme $1$ : caractère local de la propriété $P$

Soit $c$ un réel appartenant à l’intervalle $[a,b].$

Alors il existe un réel $r$ strictement positif tel que $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[a,b]\cap [c-r, c+r].$

En effet, $f$ est continue en $c.$

Il existe donc un réel $r$ strictement positif tel que $\forall x\in[a,b], \lvert x-c\rvert \leq r \implies \lvert f(x)-f(c)\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Soient maintenant $z$ et $z’$ deux réels de l’intervalle $[a,b]\cap [c-r, c+r].$

Comme $\lvert z-c\rvert \leq r$ et $\lvert z’-c\rvert \leq r$ il vient $\lvert f(z)-f(c)\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}$ et $\lvert f(z’)-f(c)\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

D’après l’inégalité triangulaire :

\begin{aligned}
\lvert f(z)-f(z’) \rvert &\leq \lvert f(z)-f(c) \rvert + \lvert f(z’)-f(c) \rvert\\
&\leq \frac{\varepsilon}{2} + \frac{\varepsilon}{2}\\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

Ce qui conclut.

Le lemme suivant sera aussi très utile dans la suite.

Lemme $2$ : recollement d’intervalles

Supposez que $u$, $v$ et $w$ sont trois réels de l’intervalle $[a,b]$ tels que $u<v<w$, de sorte que : $f$ ait la propriété $P$ sur l’ intervalle $[u,v]$ et $f$ ait aussi la propriété $P$ sur l’intervalle $[v,w].$

Vous allez montrer que $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[u,w].$

Vous avez tout d’abord l’existence de deux réels strictement positifs $\delta_1$ et $\delta_2$ tels que :

$\forall z,z’\in [u,v], \lvert z-z’\rvert\leq \delta_1 \implies \lvert f(z)-f(z’)\rvert \leq \varepsilon.$

$\forall z,z’\in [v,w], \lvert z-z’\rvert\leq \delta_2 \implies \lvert f(z)-f(z’)\rvert \leq \varepsilon.$

Le recollement va être dû à la continuité de $f$ en $v$.

En effet, il existe $\delta_3>0$ tel que $\forall x\in [a,b], \lvert x-v\rvert\leq \delta_3 \implies \lvert f(x)-f(v)\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

Posez alors $\delta = \mathrm{Min}(\delta_1, \delta_2,\delta_3).$

Considérez deux réels $z$ et $z’$ appartenant à l’intervalle $[u,w]$ et tels que $\lvert z-z’\rvert\leq \delta.$

1er cas : $z\in[u,v]$ et $z’\in[u,v].$ Comme $\lvert z-z’\rvert\leq \delta \leq \delta_1$ il vient $\lvert f(z)-f(z’)\rvert \leq \varepsilon.$

2ème cas : $z\in[u,v]$ et $z’\notin[u,v].$ Alors $z’\in[v,w].$ Alors :

$\lvert z-v\rvert \leq \lvert z-z’\rvert\leq \delta \leq \delta_3.$

De même :

$\lvert z’-v\rvert \leq \lvert z-z’\rvert\leq \delta \leq \delta_3.$

Donc $\lvert f(z)-f(v)\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}$ et $\lvert f(z’)-f(v)\rvert \leq \frac{\varepsilon}{2}.$

L’inégalité triangulaire fournit :

\begin{aligned}
\lvert f(z)-f(z’) \rvert &\leq \lvert f(z)-f(v) \rvert + \lvert f(z’)-f(v) \rvert\\
&\leq \frac{\varepsilon}{2} + \frac{\varepsilon}{2}\\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

3ème cas : $z\notin[u,v]$ et $z’\in[u,v].$ Alors $z\in[v,w].$ Il s’agit du cas numéro 2 où $z$ et $z’$ ont été échangés. Vous obtenez alors $\lvert f(z)-f(z’) \rvert \leq \varepsilon.$

4ème cas : $z\notin[u,v]$ et $z’\notin[u,v].$ Alors $z,z’\in[v,w].$ Comme $\lvert z-z’\rvert\leq \delta \leq \delta_2$ il vient $\lvert f(z)-f(z’)\rvert \leq \varepsilon.$

Ainsi $f$ possède bien la propriété $P$ sur l’intervalle $[u,w].$

Passez maintenant à la démonstration du théorème de Heine

Considérez pour cela l’ensemble $A = \{x\in[a,b],$ $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[a,x].\}$

Montrez que $A$ contient un élément strictement supérieur à $a$

En appliquant le lemme $1$, avec $c=a$ vous avez l’existence d’un réel $r>0$ tel que $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[a,b]\cap[a-r, a+r].$

Posez $a_0 = a+ \mathrm{Min}(b-a, r)$. Alors $a<a_0\leq b$ et $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[a, a_0].$

Donc $a_0\in A.$

Montrez que $A$ admet une borne supérieure

La partie $A$ est une partie de $\R$ non vide (puisqu’elle contient $a_0$) et qui est majorée par $b.$

Donc elle admet une borne supérieure $\alpha.$

Comme $a_0\in A$ il vient $a_0\leq \alpha$ puisque la borne supérieure de $A$ est un majorant de $A.$

Le nombre $b$ majore $A$, or le plus petit des majorants de $A$ est $\alpha$, donc $\alpha\leq b.$

Ainsi $a<a_0\leq \alpha \leq b.$

Montrez que la borne supérieure $\alpha$ est égale à $b$

Ce point est délicat.

Raisonnez par l’absurde en supposant $\alpha \neq b.$ Alors $a < \alpha < b.$

Appliquez le lemme $1$ avec $c=\alpha.$ Il existe un réel $r’>0$ tel que $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[a,b]\cap[\alpha-r’, \alpha+r’].$

Posez alors $r = \mathrm{Min}(r’, b-\alpha, \alpha-a)>0.$ Alors $a\leq \alpha-r\leq \alpha+r\leq b.$

Alors $f$ possède la propriété $P$ sur $[\alpha-r, \alpha+r].$

Or $\alpha-r < \alpha$, donc $\alpha-r$ ne peut majorer $A$ donc il existe $d\in A$ tel que $\alpha-r<d.$ Comme $f$ possède la propriété $P$ sur $[a, d]$ vous déduisez que $f$ possède aussi la propriété $P$ sur $[a, \alpha-r].$

Utilisant le lemme $2$ de recollement, vous déduisez que $f$ admet la propriété $P$ sur $[a, \alpha+r]$, donc $\alpha+r\in A.$

Or $\alpha$ majore $A$ donc $\alpha+r \leq \alpha$ donc $r\leq 0$ contradiction.

Concluez

D’après ce qui précède, la borne supérieure de $A$ est égale à $b.$

Or, en appliquant le lemme $1$ à $c=b$ vous déduisez l’existence d’un réel $r’>0$ tel que $f$ possède la propriété $P$ sur $[a,b]\cap [b-r’, b+r’].$

Posez alors $r = \mathrm{Min}(r’,b-a)> 0.$ Vous avez $a\leq b-r < b.$

La fonction $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[b-r, b]\subset [a,b]\cap [b-r’, b+r’].$

Or $b-r < b$ donc $b-r$ ne peut majorer $A$ donc il existe $d\in A$ tel que $b-r< d.$

La fonction $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[a,d]$ donc $f$ possède aussi la propriété $P$ sur l’intervalle $[a,b-r].$

Utilisant le lemme $2$ de recollement vous déduisez que $f$ possède la propriété $P$ sur l’intervalle $[a,b].$

Cela termine la démonstration du théorème de Heine.

191. Calcul de la somme de la suite formée par les dérivées des termes consécutifs d’une suite géométrique

Soit $q$ un nombre réel positif tel que $q<1.$

Pour tout entier naturel $n\geq 3$, vous considérez $u_n = 1+2q+3q^2+4q^3+\cdots+(n+1)q^n.$

Autrement dit, pour tout $n\geq 0$ vous avez $u_n = \sum_{k=0}^n (k+1)q^k.$

Le but de cet article est de montrer que la limite $\lim_{n\to +\infty} u_n$ existe et de calculer sa valeur.

Ramenez-vous à une suite géométrique

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $1.$

\begin{aligned}
q\times u_n &= \sum_{k=0}^n (k+1)q^{k+1} \\
&= \sum_{k=1}^{n+1} kq^{k}\\
&= \sum_{k=1}^{n} kq^{k} + (n+1)q^n.
\end{aligned}

Or $u_n = 1 + \sum_{k=1}^n (k+1)q^k.$

Il vient :

\begin{aligned}
u_n-q\times u_n &= \sum_{k=1}^n (k+1)q^k -\sum_{k=1}^{n} kq^{k} + 1 – (n+1)q^n\\
&=\sum_{k=1}^n q^k + 1 – (n+1)q^n\\
&=\sum_{k=0}^n q^k – (n+1)q^n\\
&=\frac{1-q^{n+1}}{1-q} – (n+1)q^n
\end{aligned}

Vous déduisez $u_n=\frac{\frac{1-q^{n+1}}{1-q} – (n+1)q^n}{1-q}.$

Déduisez la valeur de la somme

Soit $x$ un nombre réel positif et $n$ un entier supérieur ou égal à $2.$

Le développement de $(1+x)^n$ par la formule du binôme fournit l’inégalité $(1+x)^n \geq \frac{n(n-1)}{2}x^2.$

Par suite, comme $1/q$ est strictement supérieur à $1$, vous avez $1/q = 1+x$ avec $x>0$ et $\frac{(1/q)^n}{n} \geq \frac{n-1}{2}x^2$ donc $\lim_{n\to +\infty} \frac{(1/q)^n}{n} = +\infty$ soit $\lim_{n\to +\infty} nq^n = 0.$

Comme $0\leq q^n \leq nq^n$ vous retrouvez par le théorème des gendarmes que $\lim_{n\to +\infty} q^n = 0.$

Vous déduisez $\lim_{n\to +\infty} (n+1)q^n =0$ et $\lim_{n\to +\infty} q^{n+1} =0.$

Il vient immédiatement $\lim_{n\to +\infty} u_n = \frac{1}{(1-q)^2.}$

Il est ainsi prouvé que pour tout $q\in[0,1[, \boxed{\sum_{k=0}^{+\infty} (k+1)q^k = \frac{1}{(1-q)^2}.}$

Prolongement

Justifiez que le résultat s’étend à un intervalle plus large.

Montrez que pour tout $q\in]-1,1[, \sum_{k=0}^{+\infty} (k+1)q^k = \frac{1}{(1-q)^2}.$

190. Les équations de Cauchy-Riemann avec les parties réelles et imaginaires

Dans cet article, $z_0$ désigne un nombre complexe fixé.

Il s’écrit sous la forme unique $z_0=x_0+iy_0$ où $x_0$ et $y_0$ sont deux nombres réels.

Supposez qu’il existe un nombre réel $r$ strictement positif tel que $f$ soit une fonction définie sur $B = \{z\in\C, \lvert z-z_0\rvert<r\}$ (boule ouverte de centre $z_0$ et de rayon $r$) à valeurs dans $\C.$

Supposez de plus que la fonction $f$ est dérivable au sens complexe en $z_0$, autrement dit il existe un nombre complexe noté $f'(z_0)$ tel que :

\begin{aligned} \forall \varepsilon > 0, \exists \delta > 0, \forall h\in \C, 0<\lvert h \rvert < \mathrm{Min}(\delta,r) \implies \left\lvert\frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} – f'(z_0) \right\rvert \leq \varepsilon.\end{aligned}

Ceci est noté $\lim_{\substack{h\to 0\\h\in\C}} \frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} = f'(z_0).$

Avant de commencer les démonstrations proprement dites sur les équations de Cauchy-Riemann il sera très utile de faire le lien entre les parties réelles et imaginaires.

Un petit lemme sur les parties réelles et imaginaires

Soit $z$ un nombre complexe. Il existe un unique couple de réels $(x,y)$ tel que $z = x+iy.$

On note $x = \mathrm{Re}(z)$ et $y = \mathrm{Im}(z)$.

Notez que $iz = -y + ix = – \mathrm{Im}(z) + i \mathrm{Re}(z).$

Vous obtenez alors le résultat suivant, valable pour tout nombre complexe $z$ :

$\boxed{\mathrm{Re}(iz) = -\mathrm{Im}(z)}$ et $\boxed{\mathrm{Im}(iz) = \mathrm{Re}(z).}$

Définissez les fonctions de deux variables qui correspondent à la partie réelle et à la partie imaginaire

Notez :

\begin{aligned} C = \left\{(x_0+h, y_0+k), (h,k)\in\left]\frac{-r\sqrt{2}}{2}, \frac{r\sqrt{2}}{2}\right[^2\right\}\end{aligned}

qui est un carré centré en $(x_0,y_0)$ avec $C\subset \R^2.$

Il convient de remarquer que $\forall (x,y)\in C, x+iy\in U.$

Cela conduit aux définitions suivantes.

Pour tout $(x,y)\in C$ vous posez $\boxed{u(x,y) = \mathrm{Re}(f(x+iy))}$ et $\boxed{v(x,y) = \mathrm{Im}(f(x+iy)).}$

Démontrez la première relation de Cauchy-Riemann $\frac{\partial u}{\partial x}(x_0,y_0) = \frac{\partial v}{\partial y}(x_0,y_0)$

Il s’agit de démontrer que la fonction $u$ admet une dérivée partielle par rapport à la première variable en $(x_0,y_0)$, notée $\frac{\partial u}{\partial x}(x_0,y_0)$ puis de démontrer que la fonction $v$ admet aussi une dérivée partielle par rapport à la seconde variable, notée $\frac{\partial v}{\partial y}(x_0,y_0)$ puis d’arriver à l’égalité $\frac{\partial u}{\partial x}(x_0,y_0) = \frac{\partial v}{\partial y}(x_0,y_0).$

Soit $\varepsilon$ un nombre réel strictement positif.

Il existe alors un nombre réel $\delta$ strictement positif tel que:

\begin{aligned} \forall h\in \C, 0<\lvert h \rvert < \mathrm{Min}(\delta,r) \implies \left\lvert\frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} – f'(z_0) \right\rvert \leq \varepsilon.\end{aligned}

Soit maintenant $h$ un réel tel que $0 < \lvert h \rvert < \mathrm{Min}\left(\delta,\frac{r\sqrt{2}}{2}\right).$

\begin{aligned}
\left\lvert \frac{u(x_0+h,y_0)-u(x_0,y_0)}{h}-\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert &\leq \left\lvert \frac{\mathrm{Re}(f(x_0+h+iy_0))-\mathrm{Re}(f(x_0+iy_0))}{h}-\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Re}\left(\frac{f(x_0+h+iy_0)-f(x_0+iy_0)}{h}\right) -\mathrm{Re}(f'(z_0)) \right\rvert\\
&\leq \left\lvert \mathrm{Re}\left(\frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h}\right) -\mathrm{Re}(f'(z_0)) \right\rvert\\
&\leq \left\lvert \mathrm{Re}\left(\frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} – f'(z_0)\right) \right\rvert\\
&\leq \left\lvert \frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} – f'(z_0) \right\rvert\\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

Il est ainsi démontré que la fonction $u$ admet une dérivée partielle par rapport à la première variable en $(x_0,y_0)$ et que $\boxed{\frac{\partial u}{\partial x}(x_0,y_0) = \mathrm{Re}(f'(z_0)).}$

Il s’agit maintenant de passer à la fonction $v.$

Remarquez que $\lvert ih \rvert = \lvert h \rvert$ donc:

\begin{aligned} \left\lvert\frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih} – f'(z_0) \right\rvert \leq \varepsilon.\end{aligned}

Il vient les majorations suivantes:

\begin{aligned}
\left\lvert \frac{v(x_0,y_0+h)-v(x_0,y_0)}{h}-\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert &\leq \left\lvert \frac{\mathrm{Im}(f(x_0+iy_0+ih))-\mathrm{Im}(f(x_0+iy_0))}{h}-\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \frac{\mathrm{Im}(f(x_0+iy_0+ih)-f(x_0+iy_0))}{h}-\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Im}\left(\frac{f(x_0+iy_0+ih)-f(x_0+iy_0)}{h}\right) -\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Im}\left(\frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{h}\right) -\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Im}\left(i\times \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih}\right) -\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Re}\left( \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih}\right) -\mathrm{Re}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Re}\left( \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih}-f'(z_0)\right) \right\rvert \\
&\leq \left\lvert \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih}-f'(z_0) \right\rvert \\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

Il est ainsi démontré que la fonction $v$ admet une dérivée partielle par rapport à la deuxième variable en $(x_0,y_0)$ et que $\boxed{\frac{\partial v}{\partial y}(x_0,y_0) = \mathrm{Re}(f'(z_0)).}$

Vous en déduisez que $\boxed{\frac{\partial u}{\partial x}(x_0,y_0) = \frac{\partial v}{\partial y}(x_0,y_0).}$

Démontrez la deuxième relation de Cauchy-Riemann $\frac{\partial u}{\partial y}(x_0,y_0) = -\frac{\partial v}{\partial x}(x_0,y_0)$

Il s’agit de démontrer que la fonction $u$ admet une dérivée partielle par rapport à la deuxième variable en $(x_0,y_0)$, notée $\frac{\partial u}{\partial y}(x_0,y_0)$ puis de démontrer que la fonction $v$ admet aussi une dérivée partielle par rapport à la première variable, notée $\frac{\partial v}{\partial x}(x_0,y_0)$ puis d’arriver à l’égalité $\frac{\partial u}{\partial y}(x_0,y_0) = -\frac{\partial v}{\partial x}(x_0,y_0).$

Soit $\varepsilon$ un nombre réel strictement positif.

Il existe alors un nombre réel $\delta$ strictement positif tel que:

\begin{aligned} \forall h\in \C, 0<\lvert h \rvert < \mathrm{Min}(\delta,r) \implies \left\lvert\frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} – f'(z_0) \right\rvert \leq \varepsilon.\end{aligned}

Soit maintenant $h$ un réel tel que $0 < \lvert h \rvert < \mathrm{Min}\left(\delta,\frac{r\sqrt{2}}{2}\right).$ Notez encore que $\lvert ih \rvert = \lvert h \rvert$ donc:

\begin{aligned} \left\lvert\frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih} – f'(z_0) \right\rvert \leq \varepsilon.\end{aligned}

Il vient successivement:

\begin{aligned}
\left\lvert \frac{u(x_0,y_0+h)-u(x_0,y_0)}{h}-\left[-\mathrm{Im}(f'(z_0))\right]\right\rvert &\leq \left\lvert \frac{\mathrm{Re}(f(x_0+iy_0+ih))-\mathrm{Re}(f(x_0+iy_0))}{h}+\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \frac{\mathrm{Re}(f(z_0+ih))-\mathrm{Re}(f(z_0))}{h}+\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Re} \left(\frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{h}\right) +\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Re} \left(i\times \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih}\right) +\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert -\mathrm{Im} \left( \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih}\right) +\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Im} \left( f'(z_0) – \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih} \right) \right\rvert \\
&\leq \left\lvert f'(z_0) – \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih} \right\rvert \\
&\leq \left\lvert \frac{f(z_0+ih)-f(z_0)}{ih} – f'(z_0) \right\rvert \\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

Il est ainsi démontré que la fonction $u$ admet une dérivée partielle par rapport à la deuxième variable en $(x_0,y_0)$ et que $\boxed{\frac{\partial u}{\partial y}(x_0,y_0) = -\mathrm{Im}(f'(z_0)).}$

\begin{aligned}
\left\lvert \frac{v(x_0+h,y_0)-v(x_0,y_0)}{h}-\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert &\leq \left\lvert \frac{\mathrm{Im}(f(x_0+h+iy_0))-\mathrm{Im}(f(x_0+iy_0))}{h}-\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \frac{\mathrm{Im}(f(z_0+h))-\mathrm{Im}(f(z_0))}{h}-\mathrm{Im}(f'(z_0))\right\rvert \\
&\leq \left\lvert \mathrm{Im}\left( \frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} – f'(z_0) \right)\right\rvert \\
&\leq \left\lvert\frac{f(z_0+h)-f(z_0)}{h} – f'(z_0) \right\rvert \\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

Il est ainsi démontré que la fonction $v$ admet une dérivée partielle par rapport à la première variable en $(x_0,y_0)$ et que $\boxed{\frac{\partial v}{\partial x}(x_0,y_0) = \mathrm{Im}(f'(z_0)).}$

Vous en déduisez que $\boxed{\frac{\partial u}{\partial y}(x_0,y_0) = -\frac{\partial v}{\partial x}(x_0,y_0).}$

189. Théorème de Mertens sur les séries

Dans cet article vous allez prouver un résultat attribué à un mathématicien allemand Franz Mertens, qui a prouvé une propriété de convergence sur les séries de nombres complexes.

Soient $\sum_{n\geq 0} a_n$ et $\sum_{n\geq 0} b_n$ deux séries de nombres complexes.

Supposez que $\sum_{n\geq 0} b_n$ converge vers un nombre complexe $b$ noté $\sum_{n=0}^{+\infty} b_n$ et que la série $\sum_{n\geq 0} a_n$ est absolument convergente, autrement dit $\sum_{n = 0}^{+\infty} \lvert a_n \rvert < +\infty.$

Alors la série $\sum_{n\geq 0} a_n$ est convergente, vous notez $a = \sum_{n= 0}^{+\infty} a_n.$

Pour tout entier naturel $n$ vous posez $c_n =\sum_{k=0}^n a_kb_{n-k}.$ La série $\sum_{n \geq 0} c_n$ est appelée produit de Cauchy des séries $\sum_{n\geq 0} a_n$ et $\sum_{n\geq 0} b_n.$

Sous les hypothèses ci-dessus, vous allez démontrer que la série $\sum_{n \geq 0} c_n$ est convergente et que sa somme $\sum_{n =0}^{+\infty} c_n$ est égale au produit $ab = \left(\sum_{n = 0}^{+\infty} a_n\right)\left(\sum_{n = 0}^{+\infty} b_n\right).$

Trouvez une écriture convenable pour la somme $\sum_{p=0}^n c_p$

Calculez les premiers termes :

\begin{aligned}
c_0 &= a_0b_0\\
c_1 &= a_0b_1+a_1b_0\\
c_2 &= a_0b_2+a_1b_1+a_2b_0.
\end{aligned}

Si bien que :

\begin{aligned}
c_0 +c_1+c_2&= a_0(b_0+b_1+b_2)+a_1(b_0+b_1)+a_2b_0.
\end{aligned}

Pour tout entier naturel $n$, posez $\boxed{B_n = \sum_{p=0}^n b_p.}$

Vous obtenez :

\begin{aligned}
c_0 +c_1+c_2&= a_0B_2+a_1B_1+a_2B_0.
\end{aligned}

Généralisez avec une récurrence.

Pour tout entier naturel $n$, notez $P(n)$ la propriété suivante : « $\sum_{p=0}^n c_p = \sum_{p=0}^n a_pB_{n-p}$. »

Initialisation. Pour $n=0$ :

\begin{aligned}
\sum_{p=0}^n c_p &= c_0 \\ &= a_0b_0 \\ &= a_0B_0 \\ &= \sum_{p=0}^n a_pB_{n-p}.
\end{aligned}

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel fixé tel que $P(n)$ soit vérifiée.

\begin{aligned}
\sum_{p=0}^{n+1} c_p &= \sum_{p=0}^{n} c_p + c_{n+1}\\
&= \sum_{p=0}^n a_pB_{n-p} +c_{n+1}\\
&= \sum_{p=0}^n a_pB_{n-p} +\sum_{p=0}^{n+1} a_p b_{n+1-p}\\
&= \sum_{p=0}^n a_pB_{n-p} +\sum_{p=0}^{n} a_p b_{n+1-p} + a_{n+1}b_0\\
&= \sum_{p=0}^n a_p (B_{n-p} + b_{n+1-p}) + a_{n+1}b_0\\
&= \sum_{p=0}^n a_p (B_{n-p} + b_{n-p+1}) + a_{n+1}b_0\\
&= \sum_{p=0}^n a_p \left(\sum_{k=0}^{n-p} b_k + b_{n-p+1}\right) + a_{n+1}b_0\\
&= \sum_{p=0}^n a_p \left(\sum_{k=0}^{n-p+1} b_k\right) + a_{n+1}b_0\\
&= \sum_{p=0}^n a_p B_{n+1-p} + a_{n+1}b_0\\
&= \sum_{p=0}^n a_p B_{n+1-p} + a_{n+1}B_0\\
&= \sum_{p=0}^{n+1} a_p B_{n+1-p}.
\end{aligned}

Donc $P(n+1)$ est vérifiée.

Conclusion. Par récurrence vous avez établi que :

\begin{aligned} \boxed{\forall n\in\N, \sum_{p=0}^n c_p = \sum_{p=0}^n a_pB_{n-p}.}\end{aligned}

Démontrez que $\lim_{n\to +\infty} \sum_{p=0}^n c_p = ab$

Par définition de la suite $(B_n)_{n\geq 0}$ vous avez $\lim_{n\to +\infty} B_n = b.$ Cette suite étant convergente, elle est bornée : il existe un réel $M$ strictement positif tel que, pour tout $n\in\N$, $\lvert B_n \rvert \leq M.$

Soit maintenant $\varepsilon$ un réel strictement positif.

Comme $\lim_{n\to +\infty} \sum_{p=0}^n a_p = a$, il existe un entier naturel $N_1$ tel que, pour tout $n\geq N_1$, $\left\lvert \sum_{p=0}^n a_p -a \right\rvert\leq \frac{\varepsilon / 3}{\lvert b \rvert +1}.$

Comme $\sum_{k=0}^{+\infty} \lvert a_k \rvert < +\infty$, il existe un entier naturel $N_2$ tel que, pour tout $n\geq N_2$, $\sum_{k=n}^{+\infty} \lvert a_k \rvert \leq \frac{\varepsilon / 3}{M + \lvert b \rvert }.$

Comme $\lim_{n\to +\infty}B_n = b $, il existe un entier naturel $N_3$ tel que, pour tout $n\geq N_3$, $\left\lvert B_n -b \right\rvert \leq \frac{\varepsilon / 3}{1+ \sum_{k=0}^{+\infty} \lvert a_k \rvert}.$

Notez $N = \mathrm{Max}(N_1,N_2,N_3, 1)$.

Supposez que $n$ est un entier naturel tel que $n\geq 2N.$

\begin{aligned}
\left\lvert \sum_{p=0}^n c_p – ab \right\rvert &\leq \left\lvert \sum_{p=0}^n a_pB_{n-p}- ab \right\rvert \\
&\leq \left\lvert \sum_{p=0}^n a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \left\lvert \sum_{p=0}^n ba_p – ab \right\rvert \\
&\leq \left\lvert \sum_{p=0}^n a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \left\lvert b \right\rvert \left\lvert \sum_{p=0}^n a_p – a \right\rvert \\
&\leq \left\lvert \sum_{p=0}^n a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \left\lvert b \right\rvert \times \frac{\varepsilon / 3}{\lvert b \rvert +1} \\
&\leq \left\lvert \sum_{p=0}^n a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \left\lvert \sum_{p=0}^N a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \left\lvert \sum_{p=N+1}^{n} a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \sum_{p=0}^N \lvert a_p\rvert \lvert B_{n-p} – b\rvert + \left\lvert \sum_{p=N+1}^{n} a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \sum_{p=0}^N \left(\lvert a_p\rvert \times \frac{\varepsilon / 3}{1+ \sum_{k=0}^{+\infty} \lvert a_k \rvert}\right) + \left\lvert \sum_{p=N+1}^{n} a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon / 3}{1+ \sum_{k=0}^{+\infty} \lvert a_k \rvert} \times \sum_{p=0}^N \lvert a_p\rvert + \left\lvert \sum_{p=N+1}^{n} a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon / 3}{1+ \sum_{k=0}^{+\infty} \lvert a_k \rvert} \times \sum_{p=0}^{+\infty} \lvert a_p\rvert + \left\lvert \sum_{p=N+1}^{n} a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon}{3} + \left\lvert \sum_{p=N+1}^{n} a_p(B_{n-p} – b) \right\rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon}{3} + \sum_{p=N+1}^{n} \lvert a_p \rvert (M + \lvert b \rvert) + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon}{3} + (M + \lvert b \rvert) \sum_{p=N+1}^{n} \lvert a_p \rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon}{3} + (M + \lvert b \rvert) \sum_{p=N+1}^{+\infty} \lvert a_p \rvert + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon}{3} + (M + \lvert b \rvert) \times \frac{\varepsilon / 3}{M + \lvert b \rvert } + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \frac{\varepsilon}{3} + \frac{\varepsilon}{3} + \frac{\varepsilon}{3} \\
&\leq \varepsilon.
\end{aligned}

Cela termine la démonstration.

Résumez et concluez

Si deux séries $\sum_{n\geq 0} a_n$ et $\sum_{n\geq 0} b_n$ sont convergentes et que l’une d’entre elles est absolument convergente, alors la série du produit de Cauchy $\sum_{n\geq 0} \left(\sum_{k=0}^n a_kb_{n-k}\right)$ est convergente et de plus :

\begin{aligned} \boxed{\sum_{n= 0}^{+\infty} \left(\sum_{k=0}^n a_kb_{n-k} \right)= \left(\sum_{n= 0}^{+\infty} a_n\right)\left(\sum_{n= 0}^{+\infty} b_n\right).}\end{aligned}

Prolongement

Soit $q$ un nombre complexe tel que $\lvert q \rvert < 1.$

Pourriez-vous démontrer que la série $\sum_{n\geq 0} (n+1)q^n$ est convergente ?

Montrez alors que sa somme est donnée par $\sum_{n=0}^{+\infty} (n+1)q^n = \frac{1}{(1-q)^2}.$

188. Toute fonction réelle continue sur un segment est bornée

Considérez deux nombres réels $a$ et $b$ tels que $a<b.$ Soit $f: [a,b]\to \R$ une fonction continue.

Autrement dit, pour tout $x\in[a,b]$ et pour tout réel $\varepsilon$ strictement positif, il existe un nombre réel $\delta$ strictement positif tel que, pour tout $y\in[a,b]$, $x-\delta<y<x+\delta \implies f(x)-\varepsilon < f(y) < f(x)+\varepsilon.$

Le but de ce document est de démontrer que la fonction $f$ est bornée : il existe un nombre réel $M$ strictement positif tel que, pour tout $x\in[a,b], -M\leq f(x) \leq M.$

Utilisez la borne supérieure d’un ensemble

Soit $A$ l’ensemble défini par $\{x\in[a,b], \exists M> 0, \forall u\in[a,x], -M\leq f(u)\leq M\}.$

Pour dégrossir la définition, si $x\in A$, alors la restriction de la fonction $f$ à l’intervalle $[a,x]$ est bornée.

Posez $M = 1+ \lvert f(a) \rvert$ pour obtenir $M>0$. Comme $-M\leq f(a) \leq M$ vous déduisez que $\forall u\in[a,a], -M\leq f(u)\leq M$, ce qui prouve $a\in A$ donc l’ensemble $A$ est non vide.

Par définition de $A$, vous avez $\forall x\in A, x\in[a,b]$ donc $b$ est un majorant de l’ensemble $A.$

Comme $A$ est une partie de $\R$ vous déduisez que $A$ admet une borne supérieure, que vous allez noter $c.$

Démontrez que la borne supérieure $c$ est strictement supérieure à $a$

La fonction $f$ est continue sur l’intervalle $[a,b]$, vous choisissez $\varepsilon = 1$ et écrivez la continuité en $a.$

Il existe donc un nombre réel $\delta$ strictement positif, tel que, pour tout $y\in[a,b]$, $a-\delta<y<a+\delta \implies f(a)-1 < f(y) < f(a)+1.$ Posez $M = \lvert f(a) \rvert +1$. Il vient $M>0$ et $\forall y\in[a,b], a-\delta<y<a+\delta \implies -M \leq f(y)\leq M.$

Posez $\delta’ = \mathrm{Min}\left(\frac{\delta}{2}, b-a\right).$ Alors $\delta’ > 0.$ Comme $[a, a+\delta’]\subset [a,a+\delta[ \cap [a,b]$ vous déduisez $\forall x\in[a, a+\delta’], -M\leq f(x) \leq M.$ Du coup $a+\delta’\in A$. Par définition de la borne supérieure $c$ qui est un majorant de $A$ vous déduisez $a+\delta’ \leq c.$ Or $a+\delta’ > a$ donc $a < c.$

Démontrez que la borne supérieure $c$ est égale à $b$

Raisonnez par l’absurde et supposez que $c\neq b.$ Comme $b$ est un majorant de $A$ et comme la borne supérieure $c$ est le plus petit majorant de $A$, il vient $c\leq b$ et par suite $c<b.$

De ce qui précède, vous avez $a<c<b.$

Or, par continuité de la fonction $f$ en $c$ en prenant $\varepsilon =1$, il existe un nombre réel $\delta$ strictement positif tel que $\forall x\in[a,b], c-\delta < x < c+\delta\implies f(c)-1 < f(x) < f(c)+1.$ Posez $M = \lvert f(c) \rvert +1$ de sorte que $M>0$ et $\forall x\in[a,b], c-\delta < x < c+\delta\implies -M < f(x) < M.$

Posez $\delta’ = \mathrm{Min}\left(c-a, b-c, \frac{\delta}{2}\right).$ De part les positions de $a$, $b$ et $c$, vous avez $\delta’ > 0.$

De plus, $[c-\delta’, c+\delta’]\subset]c-\delta,c+\delta[ \cap [a,b]$ de sorte que $\forall x\in [c-\delta’, c+\delta’], -M < f(x) < M.$

D’autre part, $c-\delta’$ est strictement inférieur à $c$. Donc $c-\delta’$ est strictement inférieur au plus petit des majorants de l’ensemble $A$. Donc $c-\delta’$ n’est pas un majorant de $A$. Donc il existe $u\in A$ tel que $c-\delta’ < u.$

Comme $u\in A$, il existe $N> 0$ tel que $\forall x\in[a,u], -N\leq f(x)\leq N.$

Comme $[a, c-\delta’]\subset [a, u]$ il vient $\forall x\in[a,c-\delta’], -N\leq f(x)\leq N.$

Soit maintenant $x\in[a, c+\delta’].$ Si $x\in[a,c-\delta’]$ alors $-N-M < -N \leq f(x) \leq N \leq N+M$ donc $-N-M\leq f(x) \leq N+M.$ Sinon, c’est que $x\in]c-\delta’, c+\delta’]$, et dans ce cas alors $-N-M < -M \leq f(x) \leq M < N+M.$

Ainsi $\forall x\in[a, c+\delta’], -N-M\leq f(x) \leq N+M$ donc $c+\delta’ \in A.$ Comme $c$ est une borne supérieure de $A$ il vérifie $c\geq c+\delta’$ ce qui est absurde puisque $c+\delta’ > c$ compte tenu de la stricte positivité de $\delta’.$

De cette analyse, vous déduisez que $c=b.$

Concluez

La fonction $f$ est continue en $b$, donc il existe $\delta > 0$ tel que $\forall x\in[a,b], b-\delta<x<b+\delta \implies f(b)-1<f(x)<f(b)+1.$

Posez $\delta’=\mathrm{Min}\left(\frac{\delta}{2}, b-a\right) > 0$ et $M = \lvert f(b) \rvert +1$ pour avoir $M>0.$

Alors $\forall x\in[b-\delta’, b], -M\leq f(x)\leq M.$

Or $b-\delta’$ ne peut majorer l’ensemble $A$ puisque $b$ est une borne supérieure de $A.$

Donc il existe $u\in A$ tel que $b-\delta’ < u.$

Comme $u\in A$, il existe $N>0$ tel que $\forall x\in[a,u], -N\leq f(x)\leq N.$

Soit maintenant $x\in [a,b].$

Si $x\in[a,b-\delta’]$, alors $x\in[a,u]$ donc $-N-M<-N\leq f(x) \leq N < N+M$ donc $-N-M\leq f(x)\leq N+M.$

Sinon, c’est que $x\in]b-\delta’,b]$ donc $-N-M< -M \leq f(x) \leq M < M+N$ donc $-N-M\leq f(x) \leq N+M.$

Dans tous les cas il est établi que $-N-M\leq f(x) \leq N+M$ ce qui prouve que $f$ est bornée sur $[a,b]$ et que $b\in A.$ Comme $b$ est une borne supérieure de $A$, vous déduisez au passage que $b$ est le maximum de $A.$

Prolongement

Soient $a$ et $b$ deux réels tels que $a<b$ $f: [a,b]\to \R$ une fonction continue, telle que $f(a)<0$ et $f(b)>0.$ En utilisant l’ensemble $A = \{x\in[a,b], \forall u\in[a,x], f(u) < 0\}$ pourriez-vous démontrer qu’il existe un nombre réel $c\in]a,b[$ tel que $f(c)=0$ ?

187. Le lemme de Bernoulli

Soit $x$ un réel strictement supérieur à $-1$, de sorte que $1+x$ soit un réel strictement positif.

Vous allez démontrer que, pour tout entier naturel $n$, $(1+x)^n \geq 1+nx.$

D’où provient l’idée de ce lemme ?

Lorsque $x$ est positif, vous avez les minorations suivantes, après développement :

\begin{aligned}
(1+x)^2 &\geq 1+2x+x^2 \geq 1+2x\\
(1+x)^3 &\geq 1+3x+3x^2+x^3 \geq 1+3x\\
(1+x)^4 &\geq 1+4x+6x^2+4x^3+x^4 \geq 1+4x\\
(1+x)^5 &\geq 1+5x+10x^2+10x^3+5x^4+x^5 \geq 1+5x.
\end{aligned}

Pour tout entier naturel $n$ et tout réel $x$ positif, le développement de $(1+x)^n$ fournit immédiatement le lemme de Bernoulli.

Il est remarquable que celui-ci subsiste aussi lorsque $x$ appartient à l’intervalle $]-1,0[.$

En effet, soit $x$ un réel fixé appartenant à $]-1,0[$.

Partez de $3+x \geq 0$, alors après multiplication par $x^2$ qui est positif, $3x^2+x^3 \geq 0$ et par suite $1+3x+3x^2+x^3\geq 1+3x$ d’où $(1+x)^3\geq 1+3x.$

Pour le degré $4$, partez du fait que $x^2+4x+6 = (x+2)^2+2$ du coup $x^2+4x+6\geq 0$ et après multiplication par $x^2$, il vient $x^4+4x^3+6x^2\geq 0$ et par suite $x^4+4x^3+6x^2+4x+1 \geq 4x+1$ donc $(1+x)^4\geq 1+4x.$

Pour le degré $5$, il va falloir trouver un argument pour justifier que le réel $10+10x+5x^2+x^3$ va être positif… c’est encore possible en étudiant la fonction $f$ définie par $f(t) = 10+10t+5t^2+t^3$ sur l’intervalle $[-1,0].$

Vous avez $f'(t) = 10+5t+3t^2$ qui est un polynôme de degré $2$ possédant un discriminant strictement négatif et de coefficient dominant positif, par suite la fonction $f’$ est positive, donc $f$ est croissante sur $[-1,0]$ donc $f(x)\geq f(-1).$ Or, $f(-1)=4$ donc $f(x)\geq 0.$

Après multiplication de l’inégalité $10+10x+5x^2+x^3 \geq 0$ par $x^2$ et ajout de $1+5x$ vous obtenez enfin $(1+x)^5\geq 1+5x.$

Il semble donc cohérent de conjecturer que l’inégalité $(1+x)^n\geq 1+nx$ est valable pour tout entier naturel $n.$

Mais comment unifier une démonstration unique pour toutes les valeurs de l’entier $n$ ?

La récurrence va être l’outil adéquat.

Utilisez une récurrence

Pour tout entier naturel $n$, notez $P(n)$ la propriété suivante : « pour tout réel $x$ strictement supérieur à $-1$, $(1+x)^n\geq 1+nx.$ »

Initialisation. Posez $n=0$ et fixez un réel $x$ strictement supérieur à $-1.$ Alors $x+1$ est un réel strictement positif, donc $(1+x)^0 = 1.$ Comme $1+0x = 1$ vous obtenez bien $(1+x)^0\geq 1+0x.$ Donc la propriété $P(0)$ est vérifiée.

Hérédité. Soit $n$ un entier naturel fixé tel que la propriété $P(n)$ soit vérifiée.

Soit $x$ un nombre réel strictement supérieur à $-1.$

Partez du fait que $(1+x)^{n+1} = (1+x)^n(1+x).$

Par hypothèse de récurrence, $(1+x)^n\geq 1+nx.$ Or, $1+x$ est positif, donc après multiplication :

\begin{aligned}
(1+x)(1+x)^n &\geq (1+nx)(1+x) \\
&\geq 1+(n+1)x+nx^2\\
&\geq 1+(n+1)x.
\end{aligned}

La dernière inégalité provient du fait que $n$ est positif et que $x^2$ en tant que carré d’un nombre réel, est positif aussi.

Ainsi $(1+x)^{n+1}\geq 1+(n+1)x$ ce qui montre que la propriété $P(n+1)$ est vérifiée.

Concluez

Il a été établi la propriété suivante, baptisée « lemme de Bernoulli«  : pour tout entier naturel $n$ et pour tout réel $x$ strictement supérieur à $-1$, $(1+x)^n\geq 1+nx.$

Note. La positivité de $1+x$ a été utilisée dans la récurrence au moment de la multiplication de l’inégalité $(1+x)^n\geq 1+nx$ par $1+x.$ Le fait que $x = -1$ soit rejeté dans le lemme sert d’un point de vue technique à l’initialisation pour éviter le cas litigieux « $0^0$ » et aussi parce que dans ce cas-là, $(1+x)^n$ serait nul, ce qui ne présente pas beaucoup d’intérêt.

Prolongement

Dans quel cas peut être utilisé le lemme de Bernoulli ? Allez jeter un oeil dans l'article 186 et dans l'article 250.

186. Une suite croissante et majorée qui converge vers le nombre e

Pour tout entier naturel $n$ non nul, posez $u_n = \left(1+\frac{1}{n}\right)^n.$ Le but de cet article est de démontrer la convergence de la suite $(u_n)_{n\geq 1}.$

Justifier que la suite $(u_n)$ est majorée est un exercice qui nécessite certains outils.

Souhaitant rester dans le cadre du lycée dans cet article, vous utiliserez une suite auxiliaire $(v_n)_{n\geq 1}$ définie pour tout entier naturel $n$ non nul par $v_n = \left(1-\frac{1}{n}\right)^n.$

Le lemme de Bernoulli

Vous aurez besoin dans cet article du résultat suivant.

Pour tout réel $x$ strictement supérieur à $-1$ et pour tout entier naturel $n$, $(1+x)^n \geq 1+nx.$

Vous souhaitez une démonstration de ce résultat ? Allez jeter un coup d’oeil dans l'article 187.

La suite $(u_n)_{n\geq 1}$ est croissante

Soit $n$ un entier naturel non nul.

\begin{aligned}
\left(1+\frac{1}{n+1}\right)^{n+1} – \left(1+\frac{1}{n}\right)^n &= \left(1+\frac{1}{n}\right)^n \left( \frac{\left(1+\frac{1}{n+1}\right)^{n+1}}{\left(1+\frac{1}{n}\right)^n} -1\right) \\
&= \left(1+\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1+\frac{1}{n}\right)\frac{\left(1+\frac{1}{n+1}\right)^{n+1}}{\left(1+\frac{1}{n}\right)^{n+1}} -1\right)\\
&= \left(1+\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1+\frac{1}{n}\right)\left(\frac{1+\frac{1}{n+1}}{1+\frac{1}{n}}\right)^{n+1} -1\right)\\
&= \left(1+\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1+\frac{1}{n}\right)\left(\frac{n^2+2n}{n^2+2n+1}\right)^{n+1} -1\right)\\
&= \left(1+\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1+\frac{1}{n}\right)\left(1-\frac{1}{(n+1)^2}\right)^{n+1} -1\right)
\end{aligned}

D’après l’inégalité de Bernoulli :

\begin{aligned} \left(1-\frac{1}{(n+1)^2}\right)^{n+1} \geq 1-\frac{1}{n+1} \geq \frac{n}{n+1}.\end{aligned}

Comme $1+\frac{1}{n} > 0$ il vient par produit :

\begin{aligned}
\left(1+\frac{1}{n}\right)\left(1-\frac{1}{(n+1)^2}\right)^{n+1} &\geq \left(1+\frac{1}{n}\right) \times \frac{n}{n+1}\\
&\geq \frac{n+1}{n} \times \frac{n}{n+1}\\
&\geq 1.
\end{aligned}

Du coup, $\left(1+\frac{1}{n+1}\right)^{n+1} \geq \left(1+\frac{1}{n}\right)^n$ et la croissance de la suite $(u_n)_{n\geq 1}$ est démontrée.

La suite $(v_n)_{n\geq 2}$ est croissante

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2.$

\begin{aligned}
\left(1-\frac{1}{n+1}\right)^{n+1} – \left(1-\frac{1}{n}\right)^n &= \left(1-\frac{1}{n}\right)^n \left( \frac{\left(1-\frac{1}{n+1}\right)^{n+1}}{\left(1-\frac{1}{n}\right)^n} -1\right) \\
&= \left(1-\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1-\frac{1}{n}\right)\frac{\left(1-\frac{1}{n+1}\right)^{n+1}}{\left(1-\frac{1}{n}\right)^{n+1}} -1\right)\\
&= \left(1-\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1-\frac{1}{n}\right)\left(\frac{1-\frac{1}{n+1}}{1-\frac{1}{n}}\right)^{n+1} -1\right)\\
&= \left(1-\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1-\frac{1}{n}\right)\left(\frac{n^2}{n^2-1}\right)^{n+1} -1\right)\\
&= \left(1-\frac{1}{n}\right)^n \left( \left(1-\frac{1}{n}\right)\left(1+\frac{1}{n^2-1}\right)^{n+1} -1\right)
\end{aligned}

D’après l’inégalité de Bernoulli :

\begin{aligned}
\left(1+\frac{1}{n^2-1}\right)^{n+1} &\geq 1+\frac{n+1}{n^2-1} \\
&\geq 1+\frac{n+1}{(n+1)(n-1)}\\
&\geq 1+\frac{1}{n-1}\\
&\geq \frac{n}{n-1}.
\end{aligned}

Comme $1-\frac{1}{n} > 0$ par produit il vient :

\begin{aligned}
\left(1-\frac{1}{n}\right)\left(1+\frac{1}{n^2-1}\right)^{n+1} &\geq \left(1-\frac{1}{n}\right)\times \frac{n}{n-1}\\
&\geq \frac{n-1}{n}\times \frac{n}{n-1}\\
&\geq 1.
\end{aligned}

Vous déduisez donc que $\left(1-\frac{1}{n+1}\right)^{n+1} \geq \left(1-\frac{1}{n}\right)^n$ et la suite $(v_n)_{n\geq 2}$ est croissante.

En particulier, il en résulte que, pour tout entier $n\geq 2$, $v_2\leq v_n$ donc $\boxed{\forall n\geq 2, \frac{1}{4}\leq v_n.}$

La suite $(u_n)_{n\geq 2}$ est majorée

Soit $n$ un entier naturel supérieur ou égal à $2$.

De l’identité remarquable $\left(1+\frac{1}{n}\right)\left(1-\frac{1}{n}\right) = 1-\frac{1}{n^2}$ vous déduisez :

$u_n v_n = \left(1-\frac{1}{n^2}\right)^n.$

Comme $0 \leq 1-\frac{1}{n^2} \leq 1$, il vient $\left(1-\frac{1}{n^2}\right)^n \leq 1.$

Par suite, $u_n v_n \leq 1.$

De l’inégalité $0<\frac{1}{4}\leq v_n$ il vient $\frac{1}{v_n}\leq 4.$

Or $u_nv_n \leq 1$, avec $0< v_n$ fournit $u_n\leq \frac{1}{v_n} \leq 4.$

Concluez

La suite $(u_n)_{n\geq 2}$ est majorée par $4$, or $u_1 = 2$ donc $(u_n)_{n\geq 1}$ est majorée par $4.$

Cette observation, cumulée à la croissance de la suite $(u_n)_{n\geq 1}$ implique que la limite $\lim_{n\to +\infty} \left(1+\frac{1}{n}\right)^n$ existe et c’est un nombre réel.

Ce nombre est noté $\e.$

Il est ainsi établi ici que le nombre $\e$ est inférieur ou égal à $4.$

185. Les conditions de Cauchy-Riemann seules n’impliquent pas la dérivabilité au sens complexe

Dans le prolongement du contenu trouvé dans l'article 108, vous définissez la fonction $f$ suivante en posant $f(0)=0$ et $\forall z\in\C^{*}, f(z)=\e^{-1/z^4}.$

Démontrez que la fonction $f$ vérifie les conditions de Cauchy-Riemann

La fonction $\widetilde{f}$ est définie sur $\R^2$ en posant $\widetilde{f}(0,0)=0$ par $\forall (x,y)\in\R^2\setminus (0,0), \widetilde{f}(x,y) = \e^{-1/(x+iy)^4}.$

Soit $h$ un réel non nul.

\begin{aligned}
\frac{\widetilde{f}(h,0)-\widetilde{f}(0,0)}{h} &= \frac{\widetilde{f}(h,0)}{h} \\
&= \frac{\e^{-1/h^4}}{h} \\
&= h^3 \frac{\e^{-1/h^4}}{h^4}.
\end{aligned}

Pour tout réel $h$ non nul, $ \frac{\e^{-1/h^4}}{h^4} = \frac{1}{h^4}\e^{-1/h^4}.$

Or, quand $h$ tend vers $0$, $\frac{1}{h^4}$ tend vers $+\infty$.

Comme $\lim_{X\to +\infty}X \e^{-X} = 0$, par composition de limites vous obtenez $\lim_{h\to 0} \frac{\e^{-1/h^4}}{h^4} = 0$ et par suite il vient $\lim_{h\to 0} h^3 \frac{\e^{-1/h^4}}{h^4} = 0.$

Cela s’écrit $\lim_{h\to 0} \frac{\widetilde{f}(h,0)-\widetilde{f}(0,0)}{h} =0 $ donc la dérivée partielle $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(0,0)$ existe et est égale à $0.$

Soit $h$ un réel non nul.

\begin{aligned}
\frac{\widetilde{f}(0,h)-\widetilde{f}(0,0)}{h} &= \frac{\widetilde{f}(0,h)}{h} \\
&= \frac{\e^{-1/(ih)^4}}{h} \\
&= \frac{\e^{-1/(h)^4}}{h} \\
&= h^3 \frac{\e^{-1/h^4}}{h^4}.
\end{aligned}

Comme précédemment, vous avez $\lim_{h\to 0} \frac{\widetilde{f}(0,h)-\widetilde{f}(0,0)}{h} = 0$ donc la dérivée partielle $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(0,0)$ existe et est égale à $0.$

Le calcul de la somme $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(0,0)+i\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(0,0)$ est immédiat.

Vous obtenez $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(0,0)+i\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(0,0) = 0$ donc $f$ vérifie la condition de Cauchy-Riemann en $0.$

Démontrez que $f$ n’est pas dérivable au sens complexe en $0$

Raisonnez par l’absurde en supposant l’existence d’un nombre complexe $f'(0)$ tel que $\lim_{\substack{h\to 0\\h\in\C}} \frac{f(h)-f(0)}{h} = f'(0).$

Pour tout entier naturel $n$ non nul, posez $h_n = \frac{\e^{i\pi/4}}{n}$, de sorte que $\forall n\in\N^{*}, h_n^4 = \frac{-1}{n^4}.$

Comme $\lim_{n\to +\infty} h_n = 0$ et $f(0)=0$, il vient $\lim_{n\to +\infty} \frac{f(h_n)}{h_n} = f'(0)$ donc la suite $\left(\left\lvert\frac{f(h_n)}{h_n}\right\rvert\right)_{n\geq 1}$ est majorée.

Soit maintenant $n$ un entier naturel non nul.

\begin{aligned}
f(h_n) &= \e^{-1/h_n^4}\\
&=\e^{n^4}.
\end{aligned}

Du coup, $\frac{f(h_n)}{h_n} = \frac{\e^{n^4}}{\frac{\e^{i\pi/4}}{n}}$ donc :

\begin{aligned}
\left\lvert \frac{f(h_n)}{h_n} \right\rvert &= \frac{\e^{n^4}}{\frac{1}{n}} \\
&= n\e^{n^4}.
\end{aligned}

Or, quand $n\to +\infty$, $n^4\to +\infty$ donc $\e^{n^4}\to +\infty$ et par produit $n\e^{n^4} \to +\infty$ ce qui contredit le caractère majoré de la suite $\left(\left\rvert\frac{f(h_n)}{h_n}\right\rvert\right)_{n\geq 1}.$

184. Construisez la forme de Jordan d’une matrice avec des opérations élémentaires (4/4)

Il a été vu suite aux précisions que vous trouverez dans l'article 183, dans l'article 182 et dans l'article 181 que la matrice $A$ définie par :

A=\begin{pmatrix}
7 & 1 & 2 & 2\\
1 & 4 & -1 & -1\\
-2 & 1 & 5 & -1\\
1  & 1 & 2 & 8
\end{pmatrix}

est semblable à la matrice $F$ suivante :

\begin{pmatrix}
6 & 0 & 0 &  -3/2 \\
0 & 6 & 1 &  0 \\
0 &0 & 6 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 6
\end{pmatrix}

via la matrice de passage suivante :

P_4 = \begin{pmatrix}
2 & 1 &  1 & -1\\
2 & 1 &  0 & 1\\
-2 & -2 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}.

Le calcul de la matrice $P_4^{-1}$ a été effectué en parallèle et il a été obtenu le résultat suivant :

P_4^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -1/2 & -1\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix}.

Autrement dit, $P_4^{-1}AP_4 = F.$

Obtenez des coefficients égaux à $1$ sur la dernière colonne en partant de la matrice $F-6I$

Partez de :

\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
F-6I  = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  -3/2 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
P_4^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -1/2 & -1\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_4 =  \begin{pmatrix}
2 & 1 &  1 & -1\\
2 & 1 &  0 & 1\\
-2 & -2 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}

Utilisez une série de dilatations.

\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
F-6I  \xrightarrow[L_1\leftarrow \frac{-2}{3}L_1 \text{ et } C_1\leftarrow \frac{-3}{2}C_1]{} F_1 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  1 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
 P_4^{-1} \xrightarrow[L_1\leftarrow \frac{-2}{3}L_1]{} E_1^{-1}P_4^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1/3 & 2/3\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_4 \xrightarrow[C_1\leftarrow \frac{-3}{2}C_1]{}   P_4E_1 = \begin{pmatrix}
-3 & 1 &  1 & -1\\
-3 & 1 &  0 & 1\\
3 & -2 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}
\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
F_1  \xrightarrow[L_3\leftarrow \frac{1}{3}L_3 \text{ et } C_3\leftarrow 3C_3]{} F_2 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  1 \\
0 & 0 & 3 &  0 \\
0 &0 & 0 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
 E_1^{-1}P_4^{-1} \xrightarrow[L_3\leftarrow \frac{1}{3}L_3]{} E_2^{-1}E_1^{-1}P_4^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1/3 & 2/3\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1/3 & 1/3 & 2/3 & 2/3\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_4E_1 \xrightarrow[C_3\leftarrow 3C_3]{}   P_4E_1E_2 = \begin{pmatrix}
-3 & 1 &  3 & -1\\
-3 & 1 &  0 & 1\\
3 & -2 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}
\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
F_2  \xrightarrow[L_2\leftarrow \frac{1}{3}L_2 \text{ et } C_2\leftarrow 3C_2]{} F_3 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  1 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
 E_2^{-1}E_1^{-1}P_4^{-1} \xrightarrow[L_2\leftarrow \frac{1}{3}L_2]{} E_3^{-1}\cdots E_1^{-1}P_4^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1/3 & 2/3\\
0 & 0 & 0 & 1/3\\
1/3 & 1/3 & 2/3 & 2/3\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_4E_1E_2 \xrightarrow[C_2\leftarrow 3C_2]{}   P_4E_1\cdots E_3 = \begin{pmatrix}
-3 & 3 &  3 & -1\\
-3 & 3 &  0 & 1\\
3 & -6 &  0 & 0\\
0 & 3 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}

Obtenez un seul coefficient égal à $1$ sur la dernière colonne en partant de la matrice $F-6I$

Utilisez une transvection.

\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
F_3  \xrightarrow[L_1\leftarrow L_1-L_3 \text{ et } C_3\leftarrow C_3+C_1]{} F_4 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  0 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
E_3^{-1}\cdots E_1^{-1}P_4^{-1} \xrightarrow[L_1\leftarrow L_1-L_3]{} E_3^{-1}\cdots E_4^{-1}P_4^{-1} = \begin{pmatrix}
-1/3 & -1/3 & -1/3 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1/3\\
1/3 & 1/3 & 2/3 & 2/3\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_4E_1\cdots E_3 \xrightarrow[C_3\leftarrow C_3+C_1]{}   P_4E_1\cdots E_4 = \begin{pmatrix}
-3 & 3 &  0 & -1\\
-3 & 3 &  -3 & 1\\
3 & -6 &  3 & 0\\
0 & 3 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}

Concluez

Posez :

P = \begin{pmatrix}
-3 & 3 &  0 & -1\\
-3 & 3 &  -3 & 1\\
3 & -6 &  3 & 0\\
0 & 3 &  0 & 0
\end{pmatrix}.

La matrice $P$ est inversible et vous avez :

P^{-1} = \begin{pmatrix}
-1/3 & -1/3 & -1/3 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1/3\\
1/3 & 1/3 & 2/3 & 2/3\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix}.

Via la matrice de passage $P$, la matrice $A-6I$ est semblable à la matrice de Jordan suivante :

\begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  0 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix}.

Comme :

P^{-1}(A-6I)P = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  0 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix}

vous déduisez que la matrice $A$ est semblable à la matrice de Jordan suivante :

J=\begin{pmatrix}
6 & 0 & 0 &  0 \\
0 & 6 & 1 &  0 \\
0 &0 & 6 & 1 \\
0 & 0 & 0 & 6
\end{pmatrix}.

Vous terminez avec la relation de conjugaison : $P^{-1}AP = J.$

Prolongement

Considérez la matrice suivante

A = \begin{pmatrix}
1 & 1 & 0 & 0 & 0 & 0 & 1\\
0 & 1 & 1 & 0 & 0 & 0 & 2\\
0 & 0 & 1 & 0 & 0 & 0 & -1\\
0 & 0 & 0 & 1 & 1 & 0 & 3\\
0 & 0 & 0 & 0 & 1 & 0 & 2\\
0 & 0 & 0 & 0 & 0 & 1 & 2\\
0 & 0 & 0 & 0 & 0 & 0 & 1\\
\end{pmatrix}.

Explicitez une matrice inversible $P$ et une matrice de Jordan $J$ telles que $P^{-1}AP=J.$

183. Construisez la forme de Jordan d’une matrice avec des opérations élémentaires (3/4)

Il a été vu suite aux précisions que vous trouverez dans l'article 182 et dans l'article 181 que la matrice $A$ définie par :

A=\begin{pmatrix}
7 & 1 & 2 & 2\\
1 & 4 & -1 & -1\\
-2 & 1 & 5 & -1\\
1  & 1 & 2 & 8
\end{pmatrix}

est semblable à la matrice $C$ suivante :

\begin{pmatrix}
6 & 0 & 3  & -2\\
0 & 6 & 0 & 1\\
0 & 0 & 6 & 0\\
0 &0 & 3 & 6
\end{pmatrix}.

via la matrice de passage

P_2 = \begin{pmatrix}
-1 & -1 & -1  & 1\\
-1 & -1 & 1  & 0\\
1 & 0 & 0  & 0\\
0 & 1 & 0  & 0
\end{pmatrix}.

Le calcul de la matrice $P_2^{-1}$ a été effectué en parallèle et il a été obtenu le résultat suivant :

P_2^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1\\
0 & 1 & 1 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2
\end{pmatrix}.

Autrement dit, $P_2^{-1}AP_2 = C.$

Obtenez une matrice semblable à la matrice $C-6I$

Le but de cette section est de construire une matrice de la forme

\begin{pmatrix}
J & * & *\\
 0 & 0 & *\\
0 & 0 & *
\end{pmatrix}

qui soit semblable à la matrice $C-6I$, où $J$ est une matrice de Jordan d’ordre $2$. Notez que les zéros de la première colonne correspondent à des matrices nulles par blocs de taille $1\times 2.$

Partez de :

\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
C-6I  = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 3  & -2\\
0 & 0 & 0 & 1\\
0 & 0 & 0 & 0\\
0 &0 & 3 & 0
\end{pmatrix} &
P_2^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1\\
0 & 1 & 1 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2
\end{pmatrix} &
P_2 =  \begin{pmatrix}
-1 & -1 & -1  & 1\\
-1 & -1 & 1  & 0\\
1 & 0 & 0  & 0\\
0 & 1 & 0  & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}
\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
C-6I  \xrightarrow[C_3\leftrightarrow C_4]{} D_1=\begin{pmatrix}
0 & 0 & -2 &  3 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 & 0 & 0 & 0\\
0 &0 & 0 & 3 
\end{pmatrix} &
 P_2^{-1} \xrightarrow[L_3\leftrightarrow L_4]{} E_1^{-1}P_2^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_2 \xrightarrow[C_3\leftrightarrow C_4]{}   P_2E_1 = \begin{pmatrix}
-1 & -1 &  1 & -1\\
-1 & -1 &  0 & 1\\
1 & 0 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}

Comme $(C-6I)E_1 = D_1$, vous effectuez ce qui suit :

\begin{align*} D_1=\begin{pmatrix}
0 & 0 & -2 &  3 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 & 0 & 0 & 0\\
0 &0 & 0 & 3 
\end{pmatrix} \xrightarrow[L_3\leftrightarrow L_4]{} E_1^{-1}D_1 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -2 &  3 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix}. \end{align*}

si bien que si vous posez

P_3 = \begin{pmatrix}
-1 & -1 &  1 & -1\\
-1 & -1 &  0 & 1\\
1 & 0 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}

alors $P_3$ est inversible et :

P_3^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix}.

Comme $P_2^{-1}AP_2 = C$ vous obtenez $P_2^{-1}(A-6I)P_2 = C-6I$ d’où $E_1^{-1}P_2^{-1}(A-6I)P_2E_1 = E_1^{-1}(C-6I)E_1$ soit :

P_3^{-1}(A-6I)P_3 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -2 &  3 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix}.

Construisez une matrice de Jordan d’ordre $3$

D’après l’égalité précédente, posez :

D = P_3^{-1}AP_3 = \begin{pmatrix}
6 & 0 & -2 &  3 \\
0 & 6 & 1 &  0 \\
0 &0 & 6 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 6
\end{pmatrix}.

ce qui s’écrit sous la forme

 \begin{pmatrix}M & * \\ 0 & 6\end{pmatrix}

où $M$ est la matrice d’ordre $3$ égale à :

\begin{pmatrix}6 & 0 & -2\\ 0 & 6 & 1 \\ 0 & 0 & 6\end{pmatrix}.

La matrice $M$ n’étant pas une matrice de Jordan vous allez effectuer des opérations élémentaires pour y remédier et obtenir que $A$ est semblable à une matrice de la forme :

\begin{pmatrix}J' & *\\
0 & *\end{pmatrix}

où $J’$ est une matrice de Jordan d’ordre $3.$

Première étape : transformez le coefficient $-2$ en $1$

Partez de :

\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
D-6I  = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -2 &  3 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
P_3^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_3 =  \begin{pmatrix}
-1 & -1 &  1 & -1\\
-1 & -1 &  0 & 1\\
1 & 0 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}

puis effectuez une dilatation.

\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
D-6I  \xrightarrow[L_1\leftarrow \frac{-1}{2}L_1 \text{ et } C_1\leftarrow -2C_1]{} F_1 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 1 &  -3/2 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
 P_3^{-1} \xrightarrow[L_1\leftarrow \frac{-1}{2}L_1]{} E_2^{-1}P_3^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -1/2 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_3 \xrightarrow[C_1\leftarrow -2C_1]{}   P_3E_2 = \begin{pmatrix}
2 & -1 &  1 & -1\\
2 & -1 &  0 & 1\\
-2 & 0 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}

Seconde étape : la colonne $3$ ne doit posséder qu’un seul coefficient égal à $1$

Vous effectuez alors une transvection.

\begin{align*}\begin{array}{c|c|c}
F_1  \xrightarrow[L_1\leftarrow L_1-L_2 \text{ et } C_2\leftarrow C_2+C_1]{} F_2 = \begin{pmatrix}
0 & 0 & 0 &  -3/2 \\
0 & 0 & 1 &  0 \\
0 &0 & 0 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 0
\end{pmatrix} &
 E_2^{-1}P_3^{-1} \xrightarrow[L_1\leftarrow L_1-L_2]{} E_3^{-1}E_2^{-1}P_3^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -1/2 & -1\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1
\end{pmatrix} &
P_3E_2 \xrightarrow[C_2\leftarrow C_2+C_1]{}   P_3E_2E_3 = \begin{pmatrix}
2 & 1 &  1 & -1\\
2 & 1 &  0 & 1\\
-2 & -2 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}  
\end{array}\end{align*}

Concluez

D’après ce qui précède, si vous posez

P_4 = \begin{pmatrix}
2 & 1 &  1 & -1\\
2 & 1 &  0 & 1\\
-2 & -2 &  0 & 0\\
0 & 1 &  0 & 0
\end{pmatrix}

alors $P_4$ est inversible avec

P_4^{-1} = \begin{pmatrix}
0 & 0 & -1/2 & -1\\
0 & 0 & 0 & 1\\
1 & 1 & 2 & 2\\
0 & 1 & 1 & 1\end{pmatrix}

et :

P_4^{-1}AP_4 = \begin{pmatrix}
6 & 0 & 0 &  -3/2 \\
0 & 6 & 1 &  0 \\
0 &0 & 6 & 3 \\
0 & 0 & 0 & 6
\end{pmatrix}.

Prolongement

Vous souhaitez voir comment vous allez construire la dernière colonne ? Lancez-vous dans l'article 184.