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108. Les équations de Cauchy-Riemann

Soit $z$ un nombre complexe fixé et $f$ une fonction à valeurs complexes définie sur une partie ouverte $U\subset\C$ contenant $z.$ Le nombre $z$ est contenu dans une petite boule ouverte, elle-même contenue dans l’ouvert $U$. Cette notion est essentielle car elle précise que l’on peut calculer $f(z+h)$ quand $h$ est de module suffisamment petit.

Plus précisément, il existe un réel $r>0$ tel que, pour tout $h\in\C$, $|h|< r$ implique $z+h\in U.$ Notez $B$ l’ensemble des nombres complexes de module strictement inférieur à $r$, $B$ s’appelant la boule ouverte de centre $0$ et de rayon $r$. Notez que $B$ est non vide et que pour tout $h\in B$, le nombre complexe $z+h$ admet une image par la fonction $f$, ce que vous écrivez $z+h\in U.$

Qu’est-ce qu’une fonction dérivable au sens complexe ?

On dit que la fonction $f$ est dérivable au sens complexe en $z$, si et seulement si, la limite $\lim_{\substack{h\to 0 \\h\in \C}} \dfrac{f(z+h)-f(z)}{h}$ existe dans $\C.$

Plus précisément, cela signifie qu’il existe un nombre complexe $\ell \in\C$ tel que :

$\forall \varepsilon >0, \exists \delta >0, \forall h\in \C, 0< |h|<\delta \Longrightarrow \left( z+h\in U \text{ et } \left|\dfrac{f(z+h)-f(z)}{h} – \ell \right|<\varepsilon \right).$

Le nombre $\ell$ est unique et ne dépend que du choix de $z$ et de la fonction $f.$ Il se note $f'(z).$

Quel est le lien avec les dérivées partielles ?

Le lien entre la dérivabilité au sens complexe et le lien avec les dérivées partielles va être explicité dans ce paragraphe.

La fonction $f$, définie sur une partie $U$ ouverte de $\C$, n’est pas à proprement parler une fonction de deux variables. Il semble quelque peu abusif d’écrire $f(z) = f(x,y)$ où $x$ désigne la partie réelle de $z$ et $y$ sa partie imaginaire… tout simplement parce que $f$ est définie sur une partie de $\C$ et pas sur une partie de $\R^2.$ Il convient d’être précis.

Soit $z = x+iy$ où $(x,y)\in\R^2$ un nombre complexe appartenant à $U.$

Il existe un réel $r$ un réel strictement positif tel que la boule $B= \{c \in\C, \lvert c – z \rvert < r\}$ soit incluse dans $U.$

Il convient alors de noter que le domaine carré $D$ défini par :

\begin{aligned} D=\left\{x+iy+h+ik, (h,k)\in\left[\frac{-r\sqrt{2}}{2}, \frac{r\sqrt{2}}{2} \right]^2\right\}\end{aligned} est inclus dans la boule $B$.

Ainsi il est maintenant légitime de considérer l’application $\widetilde{f}$ qui va de $D\subset \R^2$ dans $\C$, définie par $\forall (h,k)\in D, \widetilde{f}(h,k) = f(h+ik).$

Vous allez démontrer dans la suite le théorème suivant : si $f$ est dérivable au sens complexe en $z$, alors les dérivées partielles $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(x,y)$ et $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(x,y)$ existent et vérifient la condition dite de Cauchy-Riemann :

\begin{aligned} \boxed{\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(x,y) + i \frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(x,y) = 0.}\end{aligned}

En effet, montrez d’abord que le nombre complexe $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(x,y)$ existe bel et bien.

Etant donné que :

$\forall \varepsilon >0, \exists \delta >0, \forall h\in \C, 0< |h|<\delta \Longrightarrow \left( z+h\in U \text{ et } \left|\dfrac{f(z+h)-f(z)}{h} – f'(z) \right|<\varepsilon \right)$

vous allez pouvoir conclure.

Pour tout réel $h$ vérifiant la condition $0 < \lvert h \rvert < r$, vous avez :

\begin{align*}
\frac{\widetilde{f}(x+h,y)-\widetilde{f}(x,y)}{h} &= \frac{f(x+h+iy)-f(x+iy)}{h}\\
&= \frac{f(z+h)-f(z)}{h}\\
\end{align*}

Soit $\varepsilon >0$. Alors il existe $\delta >0$ tel que :

\begin{align*}\forall h\in \C, 0< \lvert h\rvert <\delta &\Longrightarrow \left\lvert\dfrac{f(z+h)-f(z)}{h} - f'(z) \right\rvert<\varepsilon.
\end{align*}

Posez $\delta’ = \mathrm{Min}(\delta, r).$

Alors :

\begin{align*}
\forall h\in \R, 0< \lvert h\rvert <\delta' &\Longrightarrow \left\lvert\dfrac{f(z+h)-f(z)}{h} - f'(z) \right\rvert<\varepsilon \\
&\Longrightarrow \left\lvert\frac{\widetilde{f}(x+h,y)-\widetilde{f}(x,y)}{h} - f'(z) \right\rvert<\varepsilon.
\end{align*}

Il est ainsi prouvé que $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(x,y)$ existe et que $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(x,y) = f'(z).$

Soit $h$ un réel tel que $0< \lvert h \rvert < \delta’.$

Pour l’autre dérivée partielle vous êtes amené à calculer :

\begin{align*}
\frac{\widetilde{f}(x,y+h)-\widetilde{f}(x,y)}{h} &= \frac{f(x+iy+ih)-f(x,y)}{h}\\
&= \frac{f(z+ih)-f(z)}{h}\\
&= i \frac{f(z+ih)-f(z)}{ih}\\
\end{align*}

Or :

\begin{align*}
\forall h\in \R, \lvert h\rvert < \delta' &\implies \lvert ih\rvert < \delta'\leq \delta \\
 &\implies\left\lvert\dfrac{f(z+ih)-f(z)}{ih} - f'(z) \right\rvert<\varepsilon\\
&\implies\left\lvert i\dfrac{f(z+ih)-f(z)}{ih} - i f'(z) \right\rvert<\varepsilon\\
&\implies\left\lvert \frac{\widetilde{f}(x,y+h)-\widetilde{f}(x,y)}{h} - i f'(z) \right\rvert<\varepsilon.
\end{align*}

Il est ainsi prouvé que $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(x,y)$ existe et que $\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(x,y) = if'(z).$

Par somme, il vient :

\begin{align*}
\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(x,y) + i \frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(x,y) &= f'(z)+i(if'(z))\\
&= f'(z)-f'(z)\\
&=0.
\end{align*}

Exemple avec la fonction $z\mapsto z^2$

Pour tout nombre complexe $z$, posez $f(z) = z^2.$

Fixez $z\in\C$. Pour tout $h\in\C$, quand vous calculez $f(z+h) = (z+h)^2 = z^2+2zh+h^2$, vous déduisez que pour tout nombre complexe $h\neq 0$, $\dfrac{f(z+h)-f(z)}{h} = 2z+h$ et par conséquent $f$ est dérivable au sens complexe en $z$ et $f'(z)=2z.$

Ecrivez $z = x+iy$ où $(x,y)\in\R^2$ avec $f(z)=(x+iy)^2 = (x^2-y^2)+i(2xy)$ si bien que $\widetilde{f}(x,y) = x^2-y^2 +2ixy.$

Alors :

\begin{align*}
\frac{\partial \widetilde{f}}{\partial x}(x,y) + i \frac{\partial \widetilde{f}}{\partial y}(x,y) &= 2x+2iy+i(-2y+2ix)\\
&= 2x+2iy-2iy-2x\\
&=0.
\end{align*}

Prolongements

Qu’en est-il de la réciproque ?

Si $f$ est une fonction à valeurs complexes définie sur un ouvert $U\in\C$ contenant $z$ et si les parties réelle et imaginaire de $f$ vérifient les équations de Cauchy-Riemann en $z$, peut-on conclure que $f$ est dérivable en $z$ au sens complexe ?

Vous souhaitez en savoir davantage ? Allez jeter un coup d’oeil dans l'article 185.

Vous souhaitez obtenir les équations de Cauchy-Riemann quand on définit la partie réelle et la partie imaginaire associées à la fonction qui est dérivable au sens complexe ? Allez jeter un coup d’oeil dans l'article 190.

107. Calcul des cosinus de 2pi/7, 4pi/7 et 6pi/7

Soit $\alpha = \frac{2\pi}{7}.$ Le but de l’article est de trouver une équation polynomiale qui caractérise $u=\cos \alpha$, $v=\cos (2\alpha)$ et $w=\cos (3\alpha).$

Factorisez le polynôme $X^7-1$ dans $\C[X]$

Les 7 nombres complexes $1$, $\e^{i\alpha}$, $\e^{-i\alpha}$, $\e^{2i\alpha}$, $\e^{-2i\alpha}$, $\e^{3i\alpha}$ et $\e^{-3i\alpha}$ sont des solutions deux à deux distinctes de l’équation $z^7=1$ d’inconnue $z\in\C.$

Par conséquent :

\boxed{X^7-1 = (X-1)(X-\e^{i\alpha})(X-\e^{-i\alpha})(X-\e^{2i\alpha})(X-\e^{-2i\alpha})(X-\e^{3i\alpha})(X-\e^{-3i\alpha})}.

Regroupez les polynômes ayant des racines complexes conjuguées

Des égalités suivantes :

\begin{align*}
(X-\e^{i\alpha})(X-\e^{-i\alpha}) &= X^2-2X\cos \alpha + 1\\
(X-\e^{2i\alpha})(X-\e^{-2i\alpha}) &= X^2-2X\cos (2\alpha) + 1\\
(X-\e^{3i\alpha})(X-\e^{-3i\alpha}) &= X^2-2X\cos (3\alpha) + 1
\end{align*}

Vous déduisez la factorisation de $X^7-1$ dans $\R[X]$ qui est :

\boxed{X^7-1 = (X-1)(X^2-2uX + 1)(X^2-2vX + 1)(X^2-2wX + 1) }.

Déduisez-en la factorisation de $X^6+X^5+X^4+X^3+X^2+X+1$ dans $\R[X]$

La division euclidienne de $X^7-1$ par $X-1$ fournit l’égalité :

$\boxed{X^7-1 = (X-1)(X^6+X^5+X^4+X^3+X^2+X+ 1) }.$

Par unicité du quotient de la division euclidienne, vous aboutissez à :

$\boxed{X^6+X^5+X^4+X^3+X^2+X+1 = (X^2-2uX + 1)(X^2-2vX + 1)(X^2-2wX + 1) }.$

Comment continuer ?

Rappelez-vous que les réels $u$, $v$ et $w$ sont deux à deux distincts.

Soit $r\in\{u,v,w\}$ et effectuez la longue division euclidienne de $X^6+X^5+X^4+X^3+X^2+X+1$ par $X^2-2rX+1.$

\begin{array}{rrrrrrr|lll}
X^6 &+X^5 &+X^4 &+X^3 &+X^2 &+X &+1 & X^2 &-2rX&+1 \\
X^6 & -2rX^5 &+X^4 & & & & &X^4 &+ (1+2r)X^3 &+(4r^2+2r)X^2+(8r^3+4r^2-2r)X+(16r^4+8r^3-8r^2-2r+1)\\ \hline
 & (1+2r)X^5 & &+X^3 &+X^2 &+X &+1 \\
 & (1+2r)X^5 & +(-4r^2-2r)X^4 & +(1+2r)X^3 \\ \hline
 & & (4r^2+2r)X^4 &-2rX^3&+X^2&+X&+1 \\
 & & (4r^2+2r)X^4 &+(-8r^3-4r^2)X^3 &+(4r^2+2r)X^2 \\ \hline
& & &(8r^3+4r^2-2r)X^3 &+(-4r^2-2r+1)X^2&+X&+1 \\
 & & &(8r^3+4r^2-2r)X^3 & + (-16r^4-8r^3+4r^2)X^2 &+(8r^3+4r^2-2r)X \\ \hline
& & & &(16r^4+8r^3-8r^2-2r+1)X^2&+(-8r^3-4r^2+2r+1)X &+1\\
&&&&(16r^4+8r^3-8r^2-2r+1)X^2&+(-32r^5-16r^4+16r^3+4r^2-2r)X&+(16r^4+8r^3-8r^2-2r+1) \\ \hline
&&&&&(32r^5+16r^4-24r^3-8r^2+4r+1)X&+(-16r^4-8r^3+8r^2+2r)
\end{array}

Par unicité du reste de la division euclidienne, vous déduisez que :

\left\{\begin{align*}
-16r^4-8r^3+8r^2+2r &=0\\
32r^5+16r^4-24r^3-8r^2+4r+1 &= 0
\end{align*}\right.

Comme $r\neq 0$ la première équation se simplifie en divisant par $r$ et en divisant par $-2$ ce qui donne :

\left\{\begin{align*}
8r^3+4r^2-4r-1 &=0\\
32r^5+16r^4-24r^3-8r^2+4r+1 &= 0
\end{align*}\right.

Qu’apporte l’équation $32r^5+16r^4-24r^3-8r^2+4r+1 = 0$ pour vous ?

Effectuez la division euclidienne de $32X^5+16X^4-24X^3-8X^2+4X+1$ par $8X^3+4X^2-4X-1.$

\begin{array}{rrrrrr|l}
32X^5 & +16X^4 & -24X^3 & -8X^2 & +4X &+1 & 8X^3+4X^2-4X-1 \\
32X^5 & +16X^4 &-16X^3 & -4X^2 & & &4X^2 -1\\ \hline
& & -8X^3 &-4X^2&+4X&+1 \\
& & -8X^3 &-4X^2&+4X&+1 \\ \hline
& & & & & 0
\end{array}

Par conséquent l’équation de degré $5$ satisfaite par $r$ n’apporte aucun renseignement de plus que l’équation de degré $3$ dont vous disposez.

Concluez

Les trois réels $u$, $v$ et $w$ sont deux à deux distincts et sont solution de la même équation $8x^3+4x^2-4x-1=0$ d’inconnue $x\in\R.$ Vous aboutissez à la factorisation du polynôme $8X^3+4X^2-4X-1$ conformément à ce qui suit :

\boxed{\begin{align*}
8X^3+4X^2-4X-1 &= 8(X-u)(X-v)(X-w) \\
&=8\left(X-\cos \frac{2\pi}{7}\right)\left(X-\cos \frac{4\pi}{7}\right)\left(X-\cos \frac{6\pi}{7}\right).
\end{align*}}

Pour les valeurs numériques, il est possible d’approcher les trois racines du polynôme $8X^3+4X^2-4X-1$ par des suites.

Vous cherchez à calculer les cosinus de pi/7, 3pi/7 et 5pi/7 ?

Ne traînez plus ! Jetez un coup d'oeil sur l'article 112.

106. Calcul algébrique du cosinus de 36° et du cosinus de 72°

Un angle de $36°$ correspond, en radians, à un angle de $\dfrac{\pi}{5}$. De même un angle de $72°$ admet une mesure en radians égale à $\dfrac{2\pi}{5}$.

Les nombres complexes permettent de trouver les valeurs des cosinus de $\dfrac{2\pi}{5}$ et du cosinus de $\dfrac{\pi}{5}.$

Voilà les étapes à suivre : vous factorisez un polynôme dans les complexes, puis dans les réels et déduisez des équations permettant de trouver les valeurs.

Factorisez le polynôme $X^5-1$ dans $\C[X]$

D’abord résolvez l’équation $z^5=1$ où $z\in\C.$

Analyse. Soit $z\in\C$ une solution de l’équation $z^5=1$. Alors $z\neq 0$, donc il existe un réel $r>0$ et un réel $\theta$ tels que $z = r\e^{i\theta}.$

De là vous déduisez que $\vert z^5\vert = \vert z\vert^5 = 1 = r^5$ et par suite $r=1.$

Du coup $1 = z^5 = \e^{5i\theta}$ et donc il existe $k\in\Z$, $5\theta = 2k\pi$ et $\theta = \dfrac{2k\pi}{5}.$

Synthèse. Pour tout entier $k$ compris entre $-2$ et $2$, posez $z_k = \e^{2ik\pi / 5}.$

Pour plus de lisibilité posez $\alpha = \dfrac{2\pi}{5}.$

$z_k^5 = \e^{5ik\alpha} = (\e^{2i\pi})^k = 1^k = 1.$

Les nombres complexes $z_{-2}, z_{-1}, z_0, z_1$ et $z_2$ sont deux à deux distincts et sont au nombre $5$, par conséquent, le polynôme unitaire $X^5-1$ est scindé sur $\C[X]$ et :

\boxed{ X^5-1 = (X-1)(X-\e^{i\alpha})(X-\e^{-i\alpha})(X-\e^{2i\alpha})(X-\e^{-2i\alpha})}.

Factorisez le polynôme $X^5-1$ dans $\R[X]$

Il suffit de regrouper les racines complexes conjuguées.

\begin{align*}
(X-\e^{i\alpha})(X-\e^{-i\alpha}) &= X^2-(\e^{i\alpha} + \e^{-i\alpha})X+1\\
&=X^2-2X\cos \alpha  + 1\\
&=X^2-2X\cos \dfrac{2\pi}{5}+ 1.
\end{align*}
\begin{align*}
(X-\e^{2i\alpha})(X-\e^{-2i\alpha}) &= X^2-(\e^{2i\alpha} + \e^{-2i\alpha})X+1\\
&=X^2-2X\cos 2\alpha  + 1\\
&=X^2-2X\cos \dfrac{4\pi}{5}+1\\
&=X^2+2X\cos \dfrac{\pi}{5}+1\\
\end{align*}

Du coup :

\boxed{X^5-1 = (X-1)\left(X^2-2X\cos \dfrac{2\pi}{5}+ 1\right)\left(X^2+2X\cos \dfrac{\pi}{5}+1\right)}.

Effectuez la division euclidienne de $X^5-1$ par $X-1$

\begin{array}{rrrrrr|ll}
X^5 & & & & &-1  &X&-1 \\
X^5 & -X^4 & & & & &X^4&+X^3+X^2+X+1\\ \hline 
 & X^4 & & & & -1 \\
   & X^4 & -X^3 \\ \hline  
 & & X^3 & & &-1 \\
 & & X^3 & -X^2 \\\hline
 &  & &X^2 & &-1\\
& & & X^2 &-X\\ \hline
&&&&X&-1 \\
&&&&X&-1 \\\hline
&&&&&0
\end{array}

Par unicité du quotient dans une division euclidienne, vous déduisez que :

\boxed{ X^4+X^3+X^2+X+1 = \left(X^2-2\cos \dfrac{2\pi}{5}X+ 1\right)\left(X^2+2\cos \dfrac{\pi}{5}X+1\right)}.

Pour simplifier les notations, posez $\boxed{u=\cos \dfrac{2\pi}{5} }$ et $\boxed{v=\cos \dfrac{\pi}{5}.}$

Effectuez la division euclidienne de $X^4+X^3+X^2+X+1$ par $X^2-2uX+1$

\begin{array}{rrrrr|lll}
X^4 & +X^3 & +X^2 & +X & +1 & X^2&-2uX&+1\\
X^4 & -2uX^3 & +X^2 & & &X^2 &+(1+2u)X &+(2u+4u^2)\\ \hline
      &(1+2u)X^3 &      &+X & +1 \\    
      &(1+2u)X^3 & +(-2u-4u^2)X^2 & +(1+2u)X\\ \hline
   & & (2u+4u^2)X^2 & -2uX & +1\\
  &  &(2u+4u^2)X^2 &+ (-4u^2-8u^3)X&+(2u+4u^2) \\ \hline
& & & (4u^2+8u^3-2u)X&+(-4u^2-2u+1)
\end{array}

Par unicité du quotient et du reste de la division euclidienne, et identification des coefficients de deux polynômes, vous obtenez les relations :

\left\{\begin{align*}
1+2u &= 2v \\
2u+4u^2 &=1 \\
4u^2+8u^3-2u &=0\\
-4u^2-2u+1 &=0
\end{align*}\right.

Soit :

\left\{\begin{align*}
1+2u &= 2v \\
2u-4u^2 &=1 \\
2u(2u+4u^2-1) &=0\\
4u^2+2u-1 &=0.
\end{align*}\right.

Concluez avec les valeurs exactes des cosinus de 36° et de 72°

Par redondance des relations, vous avez à résoudre :

\left\{\begin{align*}
1+2u &= 2v \\
4u^2+2u-1 &=0.
\end{align*}\right.

La résolution de l’équation $4x^2+2x-1=0$ d’inconnue $x\in \R$ aboutit à deux solutions distinctes, $u_1 = \dfrac{-2 + \sqrt{20}}{8} = \dfrac{-1+\sqrt{5}}{4}$ et $u_2 = \dfrac{-1-\sqrt{5}}{4}$, et donc $u\in\{u_1,u_2\}.$

Or, le réel $u=\cos \dfrac{2\pi}{5}$ est strictement positif vu que $0<\dfrac{2\pi}{5}<\dfrac{\pi}{2}$, par conséquent $\boxed{u=\cos \dfrac{2\pi}{5} = \dfrac{-1+\sqrt{5}}{4}}.$

De $4u = -1+\sqrt{5}$ et de $4v = 4u+2 = -1+\sqrt{5} + 2 = 1+\sqrt{5}$, vous déduisez que $\boxed{v = \cos \dfrac{\pi}{5} = \dfrac{1+\sqrt{5}}{4}}.$

Prolongement

Vous souhaitez calculer $\cos (72^{\circ})= \cos\frac{2\pi}{5}$ et $\cos (36^{\circ}) = \cos\frac{\pi}{5}$ en utilisant une solution géométrique ? Allez jeter un coup d’œil dans le contenu rédigé dans l'article 331.

105. Décomposition en éléments simples dans les nombres réels (niveau3)

Vous allez voir qu’il est tout à fait possible de trouver la décomposition en éléments simples en effectuant, dès le début, un changement de variable sur les éléments de seconde espèce.

Soit à trouver la décomposition en éléments simples dans $\R(X)$ de $ F(X) =\dfrac {X^4+1}{ X^2(X^2+X+1)^2}.$

Vous posez $Y = X^2+X+1$ et vous allez écrire $F(X)$ comme un quotient de deux polynômes de $Y$, dont les coefficients sont des polynômes réels de degré inférieur à $1$ de la variable $X$. Formellement $F(X)$ s’écrit comme un quotient de deux polynômes appartenant à $(\R_1[X])[Y].$

Calculez le numérateur de la fraction rationnelle $F(X)$

Partez de la relation $X^2 = Y-X-1$ :

\begin{aligned}
X^3 &= XY-X^2-X\\
&=XY-(Y-X-1)-X\\
&=(-1+X)Y+1
\end{aligned}

\begin{aligned}
X^4 &= (-X+X^2)Y+X\\
&=(-X+Y-X-1)Y+X\\
&=(Y-2X-1)Y+X\\
&=Y^2+(-2X-1)Y+X.
\end{aligned}

Vous en déduisez que $\boxed{F(X)=\dfrac{Y^2+(-2X-1)Y+(X+1)}{(Y+(-X-1))Y^2}}.$

Effectuez la division selon les puissances croissantes

Vous divisez $Y^2+(-2X-1)Y+(X+1)$ par $Y+(-X-1)$ selon les puissances croissantes en $Y$ de façon à obtenir un reste qui soit un multiple de $Y^2$.

$\begin{array}{rrr|l}
(X+1) & +(-2X-1)Y & +Y^2 & (-X-1) + Y\\
(X+1) & +(-1)Y & & -1 \\ \hline
& (-2X)Y & +Y^2 \\
\end{array}$

Il a été possible d’éliminer le terme $(X+1)$ du quotient en choisissant $-1$ comme premier terme au quotient, mais éliminer le terme $-2XY$ semble plus délicat, étant donné que le quotient doit rester comme un polynôme appartenant à $(\R_1[X])[Y].$

Comment continuer ?

Pour éliminer le terme en $-2XY$, vous devez ajouter au quotient un terme de la forme $(aX+b)Y.$

Calculez le produit $(aX+b)(-X-1)$ :

\begin{aligned}
(aX+b)(-X-1) &= -aX^2+(-a-b)X-b \\
&=-a(-1-X+Y)+(-a-b)X-b\\
&=(a-b)-bX-aY.
\end{aligned}

Vous choisissez $a$ et $b$ pour que $a-b = 0$ et $-b=-2$, pas le choix il n’y a que $a=b=2$ qui conduit à l’égalité :

$(2X+2)(-X-1) = -2X-2Y.$

Terminez la division

$\begin{array}{rrr|l}
(X+1) & +(-2X-1)Y & +Y^2 & (-X-1) + Y\\
(X+1) & +(-1)Y & & -1 + (2X+2)Y \\ \hline
& (-2X)Y & +Y^2 \\
& -2XY-2Y^2&+(2X+2)Y^2 \\ \hline
& & (-2X+1)Y^2
\end{array}$

Vous avez obtenu que :

$Y^2+(-2X-1)Y+(X+1) = ((-X-1)+Y)(-1+(2X+2)Y) + (-2X+1)Y^2.$

En divisant par $Y^2((-X-1)+Y)$ vous aboutissez à la séparation de la partie polaire en $Y^2$ du reste.

\begin{aligned}
F(X)&=\dfrac{-1+(2X+2)Y}{Y^2}+\dfrac{-2X+1}{(-X-1)+Y} \\
&=\dfrac{2X+2}{Y}-\dfrac{1}{Y^2}+\dfrac{-2X+1}{(-X-1)+Y}\\
&= \dfrac{2X+2}{Y}-\dfrac{1}{Y^2}+\dfrac{-2X+1}{X^2}\\
&=\dfrac{2X+2}{Y}-\dfrac{1}{Y^2}-\dfrac{2}{X}+\dfrac{1}{X^2}.
\end{aligned}

Concluez

$\boxed{F(X) = \dfrac {X^4+1}{ X^2(X^2+X+1)^2} =\dfrac{2X+2}{X^2+X+1}-\dfrac{1}{(X^2+X+1)^2}-\dfrac{2}{X}+\dfrac{1}{X^2}}.$

104. Topologie, notions de complémentaire, d’adhérence et d’intérieur

Il a été vu dans l’article précédent que si $E$ est une partie de $\C$, alors l’intérieur de $E$ est égal à $\overset{\circ}{E} = E \setminus \partial E$, c’est-à-dire à $E$ privé de sa frontière et l’adhérence de $E$ est égale à $\overline{E} = E \cup \partial E$, c’est-à-dire à l’union de $E$ et de sa frontière.

Le complémentaire d’une adhérence est l’intérieur du complémentaire

Partez de $\overline{E} = E \cup \partial E$.

En prenant le complémentaire :

\begin{align*}
\C \setminus \overline {E} &= (\C \setminus E) \cap (\C \setminus \partial E)\\
&= (\C \setminus E) \setminus ( \partial E) \\
&= (\C \setminus E) \setminus ( \partial (\C \setminus E)) \\
&= \overset{\circ}{\widehat{\C\setminus E}}.
\end{align*}

En résumé, $\boxed{\C \setminus \overline {E} =\overset{\circ}{\widehat{\C\setminus E}}}. $

Le complémentaire d’un intérieur est l’adhérence du complémentaire

Partez de $\overset{\circ}{E} = E \setminus \partial E = E \cap (\C\setminus \partial E)$.

En prenant le complémentaire :

\begin{align*}
\C \setminus \overset{\circ}{E} &= (\C \setminus E) \cup \partial E\\
&= (\C \setminus E) \cup ( \partial (\C\setminus E)) \\
&= \overline{\C \setminus E}.
\end{align*}

En résumé, $\boxed{\C \setminus \overset{\circ}{E} =\overline{\C \setminus E}}. $

Application aux ensembles ouverts et fermés

Définitions avec l’adhérence et l’intérieur

Vous adoptez les définitions suivantes :

  • une partie $E$ de $\C$ est fermée, si et seulement si, $E=\overline{E}$ ;
  • une partie de $E$ de $\C$ est ouverte, si et seulement si, $E=\overset{\circ}{E}.$

Application 1 : le complémentaire d’un ouvert est un fermé

Soit $E$ une partie ouverte de $\C$. Alors $\overline{\C \setminus E} = \C \setminus \overset{\circ}{E} = \C \setminus E $ puisque $E = \overset{\circ}{E}.$ Par conséquent $\C\setminus E$ est une partie fermée de $\C.$

Application 2 : le complémentaire d’un fermé est un ouvert

Soit $E$ une partie fermée de $\C$. Alors $\overset{\circ}{\widehat{\C\setminus E}} = \C \setminus \overline{E}.$ Mais $\overline{E}=E$, donc $\overset{\circ}{\widehat{\C\setminus E}} =\C \setminus E$ et $\C \setminus E$ est une partie ouverte de $\C.$

Prolongements

La notion de frontière est détaillée dans le contenu rédigé dans l'article 103.

Avec les définitions des parties ouvertes et fermées de $\C$ adoptées, vous pouvez démontrer ce qui suit.

  • Une partie $E$ de $\C$ est ouverte, si et seulement si, pour tout $x\in E\comma$ il existe $r>0$ tel que $B_x(r)$ soit inclus dans $E.$
  • Une partie $E$ de $\C$ est fermée, si et seulement si, quel que soit $x\in \C\comma$ si pour tout $r>0$ il existe un élément $y\in E$ appartenant à $B_x(r)\comma$ alors $x$ appartient à $E.$ Autrement dit, une partie $E\subset \C$ est une partie fermée de $\C$ si et seulement si, pour tout point de $\C$ pour lequel toute boule ouverte centrée en ce point contient au moins un élément de la partie $E\comma$ ce point appartient lui-même à la partie $E.$

Pour aller plus loin, allez vers le théorème de Kuratowski, qui est illustré dans le contenu rédigé dans l'article 391.

103. Topologie, frontière d’un ensemble

Pour fixer les idées, soit $E$ une partie de $\C.$

Pour tout $x\in E$ et pour tout réel $r>0$, on note $B_x(r)$ la boule (au sens topologique) ouverte de centre $x$ et de rayon $r$, définie par l’ensemble $\{z\in\C, |z-x|<r\}.$

On appelle frontière de $E$, notée $\partial E$, la partie de $\C$ contenant les complexes $z\in\C$ dont toutes les boules ouvertes de centre $z$ rencontrent $E$ et $\C\setminus E.$ Avec une notation ensembliste, on écrit :
$\partial E = \left\{z\in\C, \forall r>0, \exists x\in E, \exists y\in \C\setminus E, (x,y)\in B_z(r)^2\right\}.$

Remarquez de cette définition que $\boxed{\partial (\C \setminus E) = \partial (E)}.$

Qu’est-ce que l’intérieur de $E$ ? Quel rapport avec la frontière de $E$ ?

On appelle intérieur de $E$, noté $\overset{\circ}{E}$ l’ensemble des points de $z\in E$ qui contiennent au moins un boule totalement incluse dans $E.$ Avec la notation ensembliste, on écrit :
$\overset{\circ}{E} = \left\{z\in E, \exists r>0, B_z(r) \subset E\right\}.$

Vous allez démontrer que $\overset{\circ}{E}$, l’intérieur de $E$, est égal à l’ensemble $E$ privé de sa frontière $\partial E$.
Autrement dit, $\boxed{\overset{\circ}{E} = E\setminus \partial E}.$

Pour y parvenir, vous procédez par double inclusion.

Première inclusion : $\overset{\circ}{E} \subset E\setminus \partial E$

Soit $x\in \overset{\circ}{E}.$ Par définition de l’intérieur de $E$, l’élément $x$ appartient à $E$ : $x\in E.$ Raisonnez par l’absurde en supposant que $x\in \partial E.$ Par définition de la frontière, toutes les boules ouvertes centrées en $x$ rencontrent un élément de $\C \setminus E.$ Comme $x$ est intérieur à $E$, il existe un réel $r>0$ tel que $B_x(r) \subset E.$ Or il existe $y\in \C \setminus E$ et que $y\in B_x(r)$. Vous en déduisez que $y\in E$, contradiction. Par conséquent $x\notin \partial E$. Du coup, $x\in E\setminus \partial E.$

Seconde inclusion : $E\setminus \partial E \subset \overset{\circ}{E} $

Soit $x\in E\setminus \partial E.$ En particulier $x\notin \partial E.$ En niant la proposition qui définit la frontière de $E$, vous déduisez qu’il existe un réel $r>0$, de sorte pour tout $a\in E$ et pour tout $b\in \C\setminus E$, $(a,b)\notin B_x(r)^2.$ Soit $y\in B_x(r)$. Supposez en raisonnant par l’absurde que $y\notin E$. Choisissez $a=x$ et $b=y$, vous déduisez que $(x,y)\notin B_x(r)^2.$ Or $x\in B_x(r)$ et $y\in B_x(r)$ donc $(x,y)\in B_x(r)^2$, contradiction. Donc $y\in E$ ce qui prouve l’inclusion $B_x(r)\subset E$ et finalement $x\in \overset{\circ}{E}.$

Qu’est-ce que l’adhérence de $E$ ? Quel rapport avec la frontière de $E$ ?

On appelle adhérence de $E$ l’ensemble noté $\overline{E}$ défini par le complémentaire de l’intérieur du complémentaire de $E$. Cette définition formelle s’écrit ainsi :$\overline{E} = \{z\in \C, z\notin \overset{\circ}{\widehat{\C\setminus E}} \}.$ Un élément $z\in\C$ appartient à l’adhérence de $E$, si et seulement si, il n’appartient pas à l’intérieur de $\C\setminus E.$

D’après ce qui a été fait sur la notion d’intérieur, $\overset{\circ}{\widehat{\C\setminus E}} = (\C\setminus E) \setminus \partial (\C\setminus E) = (\C\setminus E) \setminus \partial E.$ De là vous allez démontrer que $\boxed{\overline{E} = E\cup \partial E}.$

Première inclusion : $\overline{E} \subset E\cup \partial E$

Soit $x\in \overline{E}.$ Alors $x\notin (\C\setminus E) \setminus \partial E.$ Si $x\in E$ vous avez déjà $x\in E \cup \partial E$. Si $x\notin E$, alors $x\in \C\setminus E$. Par l’absurde, supposez que $x\notin \partial E.$ Alors $x\in (\C\setminus E)\setminus \partial E$, contradiction. Donc $x\in \partial E$ et donc $x\in E\cup \partial E.$

Seconde inclusion : $E\cup \partial E \subset \overline{E}$

Soit $x\in E\cup \partial E.$ Si $x\notin E$, alors $x\in \partial E$. Or $x\in \C\setminus E$, donc $x\notin (\C\setminus E) \setminus \partial E$, donc $x\in \overline{E}.$ Maintenant, si $x\in E$, alors $x\notin \C\setminus E$. Comme $(\C\setminus E) \setminus \partial E \subset \C\setminus E $ vous en déduisez que $x \notin (\C\setminus E) \setminus \partial E$, donc $x\in\overline{E}.$

Prolongement

Les notions d’adhérence, d’intérieur et de complémentaire s’étendent vers les notions de parties ouvertes et fermées, que vous pouvez lire dans le contenu rédigé dans l'article 104.

Tous ces éléments s’étendent vers le théorème de Kuratowski, qui est illustré dans le contenu rédigé dans l'article 391.

102. Décomposition en éléments simples dans les réels (niveau2)

Au lieu de séparer d’un seul coup toutes les parties polaires, vous allez utiliser la division selon les puissances croissantes, qui va séparer une partie polaire des autres. La dernière partie polaire sera traitée avec la division euclidienne.

Utilisez la division selon les puissances croissantes

Reprenez la fraction rationnelle $F$ définie par $F(X)=\dfrac{X^4+1}{X^2(X^2+X+1)^2}.$ Vous allez effectuer la division selon les puissances croissantes de $X^4+1$ par $(X^2+X+1)^2=X^4+2X^3+3X^2+2X+1.$

Vous effectuez cette division jusqu’à trouver un reste qui soit un multiple de $X^2.$

$\begin{array}{rrrrrr|ll}
1 & & & & +X^4 & & 1 &+2X+3X^2+2X^3+X^4 \\
1 & +2X & + 3X^2 & +2X^3 & +X^4 & & 1 &- 2X\\ \hline
& -2X & – 3X^2 & -2X^3 & \\
& -2X & -4X^2 & -6X^3 & -4X^4 & -2X^5 \\ \hline
& & X^2 & +4X^3 & +4X^4 & +2X^5
\end{array}
$

Obtenez une décomposition

Ecrivez le résultat obtenu par la division précédente, sous la forme $\text{dividende} = \text{quotient}\times \text{diviseur} + \text{reste}.$

\begin{aligned}
1+X^4 &= (1-2X)(X^2+X+1)^2+(X^2+4X^3+4X^4+2X^5)\\
&= (1-2X)(X^2+X+1)^2+X^2(1+4X+4X^2+2X^3).
\end{aligned}

Puis divisez cette relation par le produit $X^2(X^2+X+1)^2.$ Vous constatez que vous obtenez la partie polaire relative à $X^2.$

$\boxed{\begin{align*}
F(X)&= {1-2X \over X^2} + {2X^3+4X^2+4X+1 \over (X^2+X+1)^2}\\
&=-{2 \over X} + {1 \over X^2} + {2X^3+4X^2+4X+1 \over (X^2+X+1)^2}.
\end{align*}}$

Traitez la dernière partie polaire

Effectuez une première division euclidienne.

$\begin{array}{rrrr|ll}
2X^3 & +4X^2 & +4X & +1 & X^2 &+X+1 \\
2X^3 & +2X^2 & +2X & & 2X &+ 2 \\ \hline
& 2X^2 & +2X & +1 \\
& 2X^2 & +2X & +2 \\ \hline
& & & -1
\end{array}$

Le calcul effectué montre que :

$2X^3+4X^2+4X+1 = (X^2+X+1)(2X+2) – 1.$

Vous constatez qu’il n’y a pas besoin d’effectuer une seconde division euclidienne par $X^2+X+1.$

En divisant par $(X^2+X+1)^2$ vous obtenez la partie polaire recherchée :

$\boxed{{2X^3+4X^2+4X+1 \over (X^2+X+1)^2} = {2X+2 \over X^2+X+1} – { 1 \over (X^2+X+1)^2}}.$

Exprimez la décomposition en éléments simples dans $\R(X)$

$\boxed{F(X)={X^4+1 \over X^2(X^2+X+1)^2} =-{2 \over X} + {1 \over X^2} + {2X+2 \over X^2+X+1} – { 1 \over (X^2+X+1)^2}}.$

101. Décomposition en éléments simples dans les réels (niveau1)

Pour comprendre le principe général et trouver la décomposition en éléments simples de la fraction rationnelle $F(X)=\dfrac{X^4+1}{X^2(X^2+X+1)^2}$, vous pouvez utiliser avec le théorème de Bezout et la division euclidienne comme outils.

Le théorème de Bezout va vous permettre de séparer toutes les parties polaires et la division euclidienne va vous permettre de décomposer en éléments simples les dénominateurs irréductibles restants, c’est-à-dire toutes les fractions rationnelles de la forme $\dfrac{A(X)}{R(X)^n}$ où $R$ est un polynôme réel irréductible (de degré 1 ou de degré 2 avec un discriminant strictement négatif).

Vous êtes prêts ? C’est parti avec la première étape.

Séparation des parties polaires avec le théorème de Bezout

Examinez le dénominateur de la fraction rationnelle $F$. Elle est composée de deux polynômes irréductibles, le premier est $P_1(X)=X$ et le second est $P_2(X) = X^2+X+1.$ Comme ces deux polynômes sont premiers entre eux, il en résulte que $P_1^2$ et $P_2^2$ le sont aussi.

Il existe donc d’après le théorème de Bezout deux polynômes réels $A(X)$ et $B(X)$ tels que $1 = A(X)P_1^2+B(X)P_2^2.$ Divisez le tout par $P_1^2P_2^2$ et vous obtenez $\dfrac{1}{X^2(X^2+X+1)^2} = \dfrac{B(X)}{X^2}+\dfrac{A(X)}{(X^2+X+1)^2}$, puis multipliez par le numérateur de la fraction rationnelle $F$, pour obtenir la séparation voulue des parties polaires :

$F(X)= \dfrac{(X^4+1)B(X)}{X^2}+{(X^4+1)A(X)\over (X^2+X+1)^2}.$

Quels outils utiliser pour trouver les polynômes intervenant dans le théorème de Bezout ?

L’idée majeure c’est que, les polynômes $P_1^2$ et $P_2^2$ s’écrivent comme une combinaison des polynômes $Q_1=P_1^2$ et $Q_2=P_2^2$ :

\begin{aligned}
X^2 &= 1Q_1+0Q_2\\
(X^2+X+1)^2 &= 0Q_1+1Q_2
\end{aligned}

Vous allez diminuer le degré des polynômes du membre de gauche jusqu’à obtenir le polynôme constant $1$.

\begin{aligned}
X^2 &= 1Q_1+0Q_2\\
X^4+2X^3+3X^2+2X+1 &= 0Q_1+1Q_2
\end{aligned}

Vous effectuez l’opération élémentaire $L_2\longleftarrow L_2-X^2L_1.$

\begin{aligned}
X^2 &= 1Q_1+0Q_2\\
2X^3+3X^2+2X+1 &= -X^2Q_1+1Q_2
\end{aligned}

Puis vous effectuez l’opération élémentaire $L_2\longleftarrow L_2-2XL_1.$

\begin{aligned}
X^2 &= 1Q_1+0Q_2\\
3X^2+2X+1 &= (-X^2-2X)Q_1+1Q_2
\end{aligned}

Puis vous effectuez l’opération élémentaire $L_2\longleftarrow L_2-3L_1.$

\begin{aligned}
X^2 &= 1Q_1+0Q_2\\
2X+1 &= (-X^2-2X-3)Q_1+1Q_2
\end{aligned}

Puis vous effectuez l’opération élémentaire $L_1\longleftarrow 2L_1.$

\begin{aligned}
2X^2 &= 2Q_1+0Q_2\\
2X+1 &= (-X^2-2X-3)Q_1+1Q_2
\end{aligned}

Puis vous effectuez l’opération élémentaire $L_1\longleftarrow L_1-XL_2.$

\begin{aligned}
-X &= (X^3+2X^2+3X+2)Q_1-XQ_2\\
2X+1 &= (-X^2-2X-3)Q_1+1Q_2
\end{aligned}

Puis vous effectuez l’opération élémentaire $L_2\longleftarrow L_2+2L_1.$

Et enfin vous trouvez la relation fondamentale de Bezout :

$1 = (2X^3+3X^2+4X+1)Q_1+(1-2X)Q_2$, soit $1 = (2X^3+3X^2+4X+1)X^2+(1-2X)(X^2+X+1)^2.$

Divisez le tout dans $\R(X)$ par le produit $X^2(X^2+X+1)^2$ pour obtenir :

${1\over X^2(X^2+X+1)^2} ={ 1-2X \over X^2 }+{2X^3+3X^2+4X+1 \over (X^2+X+1)^2} $

et enfin, après multiplication par $X^4+1$, vous obtenez la séparation des parties polaires :

$\boxed{{X^4 +1 \over X^2(X^2+X+1^2)} = {(1-2X)(X^4+1)\over X^2} + {(X^4+1)(2X^3+3X^2+4X+1) \over (X^2+X+1)^2}}.$

La première partie est terminée. Maintenant, passez au traitement de chaque partie polaire.

Traitez la partie polaire ${(1-2X)(X^4+1)\over X^2}$

Il suffit de développer le polynôme $(1-2X)(X^4+1)$ puis de diviser chaque terme par $X^2$.

\begin{aligned}
(1-2X)(X^4+1) &= X^4+1-2X^5-2X\\
&=-2X^5+X^4-2X+1
\end{aligned}

$\boxed{{(1-2X)(X^4+1)\over X^2} = -2X^3+X^2-{2 \over X} + {1\over X^2}}.$

Traitez la partie polaire ${(X^4+1)(2X^3+3X^2+4X+1) \over (X^2+X+1)^2}$

D’abord développez le polynôme $(X^4+1)(2X^3+3X^2+4X+1)$ puis effectuez deux divisions euclidiennes successives par $X^2+X+1.$

\begin{aligned}
(X^4+1)(2X^3+3X^2+4X+1) &= 2X^7+3X^6+4X^5+X^4+2X^3+3X^2+4X+1.
\end{aligned}

Première division euclidienne :

\begin{array}{rrrrrrrr|llllll}
2X^7 & +3X^6 & +4X^5 & +X^4 & +2X^3 & +3X^2 & +4X & +1 & X^2 & +X & +1\\
2X^7 & +2X^6 & +2X^5 &          &              &            &           &      & 2X^5&+X^4&+X^3&-X^2&+2X&+2\\ \hline
         &    X^6 & +2X^5   & +X^4 & +2X^3  &+3X^2 & +4X   &+1 \\
         &  X^6 &    +X^5 & +X^4  \\ \hline
         &        &  X^5     &             & +2X^3 &+3X^2 & +4X &+1 \\
         &        & X^5     &    +X^4 & +X^3  \\ \hline
         &        &            & -X^4     & +X^3 &+3X^2 & +4X &+1 \\
       &         &              & -X^4 & -X^3 &-X^2  \\ \hline
      &        &                &          & +2X^3 &+4X^2 & +4X &+1 \\
     &           &           &             &  2X^3 & +2X^2 & +2X  \\ \hline
    &           &           &             &             &+2X^2 & +2X &+1 \\
      &          &            &          &              & 2X^2 & +2X &+2 \\ \hline
&              &            &           &              &          &         & -1 
\end{array}

Elle montre que :

${(X^4+1)(2X^3+3X^2+4X+1) \over X^2+X+1 } = 2X^5+X^4+X^3-X^2+2X+2-{1 \over X^2+X+1}.$

Deuxième division euclidienne :

\begin{array}{rrrrrr|lll}
2X^5&+X^4&+X^3&-X^2&+2X&+2 & X^2 & +X & +1 \\
2X^5&+2X^4&+2X^3& & & &2X^3-X^2 \\ \hline
&-X^4&-X^3&-X^2&+2X&+2  \\
&-X^4&-X^3&-X^2&       &       \\ \hline
&       &         &      &2X&+2 
\end{array}

Elle montre que :

$\boxed{{(X^4+1)(2X^3+3X^2+4X+1) \over (X^2+X+1)^2 } = 2X^3-X^2 + {2X+2 \over X^2+X+1}-{1 \over (X^2+X+1)^2}}.$

Concluez avec la décomposition finale dans $\R(X)$

En additionnant les parties polaires, vous constatez que la partie entière est nulle : $(-2X^3+X^2) + (2X^3-X^2)=0$, ce que vous pouviez prédire, puisque le degré du numérateur de $F$ est strictement inférieur au degré de son dénominateur. Finalement :

$\boxed{F(X)={X^4 +1 \over X^2(X^2+X+1)^2} = -{2 \over X} + {1\over X^2} + {2X+2 \over X^2+X+1}-{1 \over (X^2+X+1)^2} }.$

100. Diagonalisez deux matrices simultanément

Vous êtes sur un espace vectoriel $E$ de dimension finie. Cet article illustre sur un exemple la propriété suivante :

Etant donnée une famille d’endomorphismes de $E$ tous diagonalisables qui commutent deux à deux, il existe une base de $E$ qui diagonalise tous ces endomorphismes.

Notez que la commutation est nécessaire : si une famille d’endomorphismes est diagonalisable dans une même base, alors ils commutent tous.

La réciproque fonctionne aussi très bien : si tous les endomorphismes n’ont chacun qu’une seule valeur propre, ils sont tous diagonalisables dans n’importe quelle base ; sinon, on diagonalise un endomorphisme qui a au moins deux valeurs propres différentes et sur chaque sous espace propre, on effectue une diagonalisation commune de tous les endomorphismes.

L’argument utilisé ici est la dimension des sous-espaces qui est dans ce dernier cas strictement inférieure à la dimension de $E$, autrement dit, la propriété se démontre par récurrence forte sur la dimension de $E$.

Exemple de diagonalisation simultanée avec deux matrices de $M_4(\R)$ qui commutent

Considérez les matrices suivantes.

A=\begin{pmatrix}1 & 2 & -1&-1\\
2 & 1 & -1 & -1\\
1 & 1 & 0 & -2\\
1 & 1 & -2 & 0
\end{pmatrix}; \quad B=\begin{pmatrix}0 & -1 & -1&2\\
1 & -1 & -2 & 1\\
1 & -2 & -1 & 1\\
2 & -1 & -1 & 0
\end{pmatrix}.

$I$ désignera la matrice identité d’ordre $4.$

Avant toute chose, vérifiez que $A$ est diagonalisable

Vous pouvez chercher le polynôme minimal de $A$ en calculant les premières puissances $A^k$, pour certains entiers $k\geq 1$.

Notez que $\forall \lambda\in\R, A \neq \lambda I$ donc le polynôme minimal de $A$ a un degré supérieur ou égal à $2$.

Vous calculez $A^2$ et vous obtenez :

A^2 = 
\begin{pmatrix} 3& 2 & -1& -1\\
2 & 3 & -1 & -1\\
1 & 1 & 2 & -2\\
1 & 1 & -2 & 2
\end{pmatrix}.

De là, vous obtenez que $A^2$ est un polynôme en $A$, plus précisément, $A^2 = A+2I$, donc $A^2-A-2I=0$ et $(A+I)(A-2I)=0.$

La matrice $A$ est donc diagonalisable, son polynôme minimal étant un produit de polynômes de degré 1 sans racine multiple. Les deux valeurs propres de $A$ sont $-1$ et $2$.

Utilisez l’espace propre associé à la valeur propre $-1$ de la matrice $A$

Vous allez construire autant de vecteurs propres simultanés (pour les matrices $A$ et $B$) que la dimension de l’espace propre de la matrice $A$ associé à la valeur propre $-1.$

Vous calculez $A+I$ qui est égale à :

A+I=
\begin{pmatrix}
2 & 2 & -1&-1\\
2 & 2 & -1 & -1\\
1 & 1 & 1 & -2\\
1 & 1 & -2 & 1
\end{pmatrix}.

Pour déterminer le noyau de $A+I$ vous résolvez le système :

\left\{\begin{align*}
2x_1+2x_2-x_3-x_4&=0\\
x_1+x_2+x_3-2x_4&=0\\
x_1+x_2-2x_3+x_4&=0.
\end{align*}\right.

Appliquez la méthode du pivot de Gauss :

\left\{\begin{align*}
x_1+x_2-2x_3+x_4&=0\\
3x_3-3x_4&=0\\
3x_3-3x_4&=0\\
\end{align*}\right.
\left\{\begin{align*}
x_1&=-x_2+x_4\\
x_3&=x_4.\\
\end{align*}\right.

Le noyau de $A+I$ est donc de dimension $2$ et il est engendré par les vecteurs $V_1 = \begin{pmatrix}1\\-1\\0\\0 \end{pmatrix}$ et $V_2=\begin{pmatrix}1\\0\\1\\1\end{pmatrix}.$

Construisez deux vecteurs propres de $B$ appartenant à cet espace propre

Il s’agit de construire deux combinaisons linéaires des vecteurs $V_1$ et $V_2$ pour obtenir deux vecteurs propres de $B$, en remarquant que ces combinaisons linéaires resteront dans l’espace propre de $A.$

Vous cherchez donc une valeur propre $\lambda\in\R$ ainsi que deux réels $a$ et $b$ non simultanément nuls, tels que $B(aV_1+bV_2)=\lambda(aV_1+bV_2)$, soit $(B-\lambda I)(aV_1+bV_2)=0.$

Pour simplifier les calculs vous mettez cette relation sous la forme $a(B-\lambda I)V_1 + b(B-\lambda I)V_2 = 0.$

B-\lambda I=
\begin{pmatrix}-\lambda & -1 & -1&2\\
1 & -1-\lambda & -2 & 1\\
1 & -2 & -1-\lambda & 1\\
2 & -1 & -1 & -\lambda
\end{pmatrix}
(B-\lambda I)V_1=
\begin{pmatrix}1-\lambda \\
2+\lambda \\
3\\
3
\end{pmatrix}; \quad (B-\lambda I)V_2=
\begin{pmatrix}
1-\lambda \\
0 \\
1-\lambda\\
1-\lambda
\end{pmatrix}

Le vecteur $a(B-\lambda I)V_1+b(B-\lambda I )V_2)$ est nul, si et seulement si,

\left\{\begin{align*}
(1-\lambda)(a+b)&=0\\
a(2+\lambda)&=0\\
3a+(1-\lambda)b&=0.\end{align*}
\right.

Avec $\lambda = 1$, $a=0$ et $b=1$ vous constatez que $(B-I)V_2=0.$

Si $\lambda =-2$, $a=1$ et $b=-1$, alors $a+b=0$ et $3a+(1-\lambda)b=3+(3)(-1)=0$ donc $(B-2I)(V_2-V_1)=0.$

Posez :

W_1 = V_2-V_1 = \begin{pmatrix}
0\\
1\\
1\\
1
\end{pmatrix}; \quad W_2 = V_2 = \begin{pmatrix}
1\\
0\\
1\\
1
\end{pmatrix}

Les vecteurs $W_1$ et $W_2$ sont deux vecteurs propres simultanés pour les matrices $A$ et $B.$

\begin{align*}
AW_1 &= A(V_2-V_1)=AV_2-AV_1= -V_2+V_1 = -W_1\\
AW_2 &= AV_2 = -AW_2\\
BW_1 &= 2W_1\\
BW_2 &= W_2.
\end{align*}

Terminez en considérant l’espace propre de $A$ associé à la valeur propre $2$

Vous calculez $A-2I$ qui est égale à :

A-2I=
\begin{pmatrix}
-1 & 2 & -1&-1\\
2 & -1 & -1 & -1\\
1 & 1 & -2 & -2\\
1 & 1 & -2 & -2
\end{pmatrix}.

Vous résolvez le système suivant :

\left\{\begin{align*}
-x_1+2x_2-x_3-x_4&=0\\
2x_1-x_2-x_3-x_4&=0\\
x_1+x_2-2x_3-2x_4&=0
\end{align*}\right.
\left\{\begin{align*}
-x_1+2x_2-x_3-x_4&=0\\
3x_2-3x_3-3x_4&=0\\
3x_2-3x_3-3x_4&=0
\end{align*}\right.
\left\{\begin{align*}
-x_1+2x_2-x_3-x_4&=0\\
x_2-x_3-x_4&=0
\end{align*}\right.
\left\{\begin{align*}
x_1&=x_3+x_4\\
x_2&=x_3+x_4
\end{align*}\right.

Le noyau de $A-2I$ est donc de dimension $2$ et il est engendré par les vecteurs $V_3 = \begin{pmatrix}1\\1\\1\\0 \end{pmatrix}$ et $V_4=\begin{pmatrix}1\\1\\0\\1\end{pmatrix}.$

Il reste la formation des combinaisons linéaires des vecteurs $V_3$ et $V_4$ pour construire deux vecteurs propres de la matrice $B$.

Soit $\lambda$ un réel dont la valeur numérique sera choisie un peu plus loin.

(B-\lambda I)V_3=
\begin{pmatrix}-2-\lambda \\
-2-\lambda \\
-2-\lambda\\
0
\end{pmatrix};\quad(B-\lambda I)V_4=
\begin{pmatrix}
1-\lambda \\
0 \\
1-\lambda\\
1-\lambda
\end{pmatrix}

Vous constatez que $(B+2I)V_3=0$ et que $(B-I)V_4=0.$

Justifiez que la famille $(W_1,W_2,V_3,V_4)$ est libre

Soit un quadruplet $(x_1,x_2,x_3,x_4)\in\R^4$ tel que : $x_1W_1+x_2W_2+x_3V_3+x_4V_4=0.$

Rappelez-vous que $(A-2I)V_3 = (A-2I)V_4=0$.

En multipliant par à gauche par $A-2I$, vous obtenez $x_1(A-2I)W_1+x_2(A-2I)W_2=0$ soit $(A-2I)(x_1W_1+x_2W_2) = 0$, soit $A(x_1W_1+x_2W_2) = 2(x_1W_1+x_2W_2).$ Or $W_1$ et $W_2$ vérifient $AW_1 = -W_1$ et $AW_2=-W_2$ d’où $-(x_1W_1+x_2W_2) = 2(x_1W_1+x_2W_2)$ et par suite $x_1W_1+x_2W_2 = 0. $ La famille $(W_1,W_2)$ étant libre, vous obtenez $x_1=x_2=0.$

Pour montrer la nullité de $x_3$ et de $x_4$ vous changez d’espace propre en multipliant à gauche par $(A+I)$.

Vous formez $(A+I)(x_3V_3+x_4V_4)=0$ puis $A(x_3V_3+x_4V_4) = -(x_3V_3+x_4V_4)$ d’où $2(x_3V_3+x_4V_4) = -(x_3V_3+x_4V_4)$ et $x_3V_3+x_4V_4 = 0.$ La famille $(V_3,V_4)$ étant libre, l’égalité $x_3=x_4=0$ est vérifiée.

Comme les $4$ réels $x_1$, $x_2$, $x_3$ et $x_4$ sont tous nuls, c’est que la famille $(W_1,W_2,V_3,V_4)$ est libre.

Concluez

Formez la matrice $P$ donnée par les vecteurs colonnes de $W_1$, $W_2$, $V_3$ et $V_4$, c’est-à-dire :

P = \begin{pmatrix}
0 & 1 & 1 &1 \\
1 & 0 & 1 & 1\\
1 & 1 & 1 & 0\\
1& 1 & 0 & 1
\end{pmatrix}.

D’après le paragraphe précédent, elle est inversible et permet de diagonaliser simultanément les matrices $A$ et $B.$

P^{-1}AP = \begin{pmatrix}
-1 & 0 & 0 & 0\\
0 & -1 & 0 & 0\\
0 & 0 & 2 & 0\\
0 & 0 & 0 & 2
\end{pmatrix}
P^{-1}BP = \begin{pmatrix}
-2 & 0 & 0 & 0\\
0 & 1 & 0 & 0\\
0 & 0 & -2 & 0\\
0 & 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}.

Note. Comme deux matrices diagonales commutent, il en est de même des matrices $A$ et $B$ par conjugaison.

099. Axiomatique de N

L’ensemble des entiers naturels noté $\N$ est formé de tous les entiers positifs en commençant par $0$ qui est lui aussi positif.

Il est impossible de démontrer que l’ensemble $\N$ existe : on travaille à partir d’axiomes qui justifient son existence.

L’ensemble $\N$ possède deux propriétés fondamentales qui sont équivalentes :

  1. Le « bon ordre ». Toute partie de $\N$, non vide, admet un plus petit élément.
  2. Le « principe » de récurrence. Pour tout entier $n\in\N$, notez $P(n)$ une propriété qui peut être vraie ou fausse en fonction de la valeur de l’entier naturel $n$. Supposez que $P(0)$ soit vraie (on parle d’initialisation) et que l’implication $\forall n\in\N, P(n)$ vraie $\Longrightarrow P(n+1)$ vraie soit vérifiée (on parle d’hérédité). Alors la propriété $P(n)$ est vraie quel que soit l’entier naturel $n$.

Note : selon la théorie utilisée, le principe de récurrence peut être considéré comme un axiome ou un théorème.

Passez maintenant à l’équivalence des deux énoncés.

Le bon ordre implique le principe de récurrence

Supposez que $\N$ possède la propriété suivante : « toute partie de $\N$ non vide admet un plus petit élément ».

Pour tout entier naturel $n$, on note $P(n)$ une propriété vraie ou fausse, vérifiant les conditions suivantes.

$P(0)$ est vraie et $\forall n\in\N, P(n)$ vraie $\Longrightarrow P(n+1)$ vraie.

Vous voulez montrer que $P(n)$ est vraie pour tout entier naturel $n$. Vous allez considérer l’ensemble noté $A$ des entiers naturels $n$ tels que $P(n)$ soit fausse.

Si $A$ n’est pas vide, alors $A$ admet un plus petit élément noté $a$. Notez que $a=0$ donne $P(a)$ vraie ce qui contredit le fait que $a\in A$. Par conséquent, $a\neq 0$ donc $a\geq 1$ et $a-1 \in \N$. Comme $a-1$ est strictement inférieur à $a$, $a-1\notin A$, donc $P(a-1)$ est vraie. Du coup, $P(a-1+1)$ est vraie et $P(a)$ est vraie donc $a\notin A$, contradiction.

Il en résulte que $A$ est vide, donc $\forall n\in\N$, la propriété $P(n)$ est vraie.

Le principe de récurrence implique que le bon ordre

Partir d’une partie de $\N$ non vide et chercher un plus petit élément est quelque chose de délicat.

Le principe, c’est de regarder si $0$ est un élément de cette partie. Si oui, c’est le plus petit élément recherché. Sinon, vous regardez si $1$ est un élément de cette partie, et ainsi de suite…

Pour traduire rigoureusement le « ainsi de suite », vous utiliserez le principe de récurrence pour montrer que si une partie de $\N$ n’admet pas de plus petit élément, alors elle est vide.

Supposez que $\N$ vérifie le principe de récurrence et notez $A$ une partie de $\N$ n’admettant pas de plus petit élément.

Pour tout entier naturel $n$, vous notez $P(n)$ la propriété : « Pour tout entier naturel $k$ inférieur ou égal à $n$, $k\notin A.$ »

Initialisation : pour $k=0$. Si $0$ appartenait à $A$, alors $0$ serait le plus petit élément de $A$, contradiction. Donc $0\notin A$ et par conséquent $P(0)$ est vérifiée.

Hérédité : soit $n$ un entier naturel. Supposez que $P(n)$ est vérifiée.

Notez que tous les entiers naturels $k$ compris entre $0$ et $n$ n’appartient pas à $A$. Si $n+1$ appartenait à $A$, $n+1$ serait le plus petit élément de $A$, contradiction. Donc $n+1\notin A$.

Conclusion : vous venez de montrer que $\forall n\in\N$, $P(n)$ est vraie. Vous en déduisez que $\forall n\in\N, n\notin A.$ Comme $A$ est une partie de $\N$, il s’ensuit que $A$ est vide.

Par contraposée, si $A$ est une partie non vide de $\N$, elle admet un plus petit élément.