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170. Résolvez l’équation réelle de degré 4 dans le cas général sans utiliser la méthode de Ferrari

Soit $(a,b,c,d)\in\R^4$ un quadruplet de nombres réels. Considérez l’équation suivante du quatrième degré, $x^4+ax^3+bx^2+cx+d=0$ d’inconnue $x\in\R.$

Elle se résout en se ramenant à la résolution de deux polynômes de degré $2$.

En effet, vous allez prouver dans cette section qu’il existe $(p,q,r,s)\in\R^4$ tel que $\forall x\in\R, x^4+ax^3+bx^2+cx+d = (x^2+px+q)^2-(rx+s)^2.$

Cet article se situe dans le prolongement de la méthode de Ferrari, décrite dans l'article 169.

Prouvez l’existence

Pour tout réel $x$, notez $P(x) = x^4+ax^3+bx^2+cx+d.$

1er cas : si $P$ admet une racine réelle

Il existe un nombre $u\in\R$ tel que $P(u)=0.$

Par suite $u^4+au^3+bu^2+cu+d=0.$

Du coup, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
P(x) &= x^4+ax^3+bx^2+cx+d\\
&= x^4+ax^3+bx^2+cx+d - u^4-au^3-bu^2-cu-d\\
&= (x^4-u^4)+a(x^3-u^3)+b(x^2-u^2)+c(x-u)\\
&= (x-u)(x^3+x^2u+xu^2+u^3)\\
&\quad +a(x-u)(x^2+ux+u^2)\\
&\quad +b(x-u)(x+u)\\
&\quad +c(x-u)\\
&= (x-u)\left[x^3+x^2u+xu^2+u^3 + a(x^2+ux+u^2)+ b(x+u)+c\right].
\end{align*}

Pour tout réel $x$, notez $Q(x) = x^3+x^2u+xu^2+u^3 + a(x^2+ux+u^2)+ b(x+u)+c.$

La fonction $Q$ est une fonction réelle polynomiale de degré 3, continue sur $\R$, de sorte que $\lim_{x\to +\infty} = +\infty$ et $\lim_{x\to -\infty} = -\infty.$ Par application du théorème des valeurs intermédiaires, il existe un réel $v$ tel que $Q(v) = 0.$

Vous déduisez en utilisant un calcul similaire à celui effectué ci-dessus qu’il existe deux réels $k$ et $\ell$ tels que, pour tout réel $x$, $Q(x) = (x-v)(x^2+kx+\ell).$

L’ensemble étant mis bout à bout, vous déduisez que $\forall x\in\R, P(x) = (x-u)(x-v)(x^2+k x+\ell).$

Notez $k’ = -u-v$ et $\ell’ = uv$, vous obtenez que $\forall x\in\R, P(x) = (x^2+kx+\ell)(x^2+k’x+\ell’).$

2ème cas : si $P$ n’admet aucune racine réelle

Dans ce cas vous invoquez le théorème de d’Alembert-Gauss, qui affirme l’existence d’un nombre complexe $u$, non réel, tel que $P(u)=0.$

Vous déduisez l’existence d’un polynôme $Q$, à coefficients complexes, unitaire et de degré 3, tel que $\forall z\in\C, P(z)=(z-u)Q(z).$

L’écriture $P(u)=0$ fournit $u^4+au^3+bu^2+cu+d=0$. Comme $(a,b,c,d)\in\R^4$, en conjuguant, vous obtenez la relation suivante $\overline{u}^4+a\overline{u}^3+b\overline{u}^2+c\overline{u}+d = 0.$ Autrement dit, $P(\overline{u})=0.$

Donc $(\overline{u}-u)Q(\overline{u})=0.$ Comme $u$ n’est pas réel, $u\neq \overline{u}$ donc $Q(\overline{u})=0.$

Vous déduisez donc l’existence d’un polynôme complexe $R$ unitaire et de degré 2 tel que $\forall z\in\C, Q(z) = (z-\overline{u})R(z)$, avec existence de $k’\in\C$ et de $\ell’\in\C$ tels que $\forall z\in\C, R(z)=z^2+k’z+\ell’.$

Ainsi vous avez obtenu que $\forall z\in\C, P(z)=(z-u)(z-\overline{u})R(z).$

Posez $k = -u-\overline{u}$ et $\ell = u\overline{u}.$ Les nombres $k$ et $\ell$ sont des réels et vérifient $\forall z\in\C, P(z) = (z^2+kz+\ell)R(z).$

Il s’agit maintenant de comprendre pourquoi le polynôme $R$ est en réalité à coefficients réels.

Notez que $\forall x\in\R, P(x) = (x^2+kx+\ell)R(x).$

Or, $\forall x\in\R, x^2+kx+\ell = (x-u)(x-\overline{u}).$ Par suite, $x^2+kx+\ell$ ne peut être nul si $x$ est réel, sinon $x\in\{u, \overline{u}\}$ ce qui serait absurde. Donc $\forall x\in\R, x^2+kx+\ell \neq 0$ ce qui permet d’écrire que $\forall x\in\R, R(x)=\frac{P(x)}{x^2+kx+\ell}.$

En particulier, vous déduisez que $\forall x\in\R, R(x)\in\R.$

Donc $\forall x\in\R, x^2+k’x+\ell’\in\R.$

Choisissez $x=0$, vous obtenez $\ell’\in \R.$

Choisissez maintenant $x=1$, vous obtenez $1+k’+\ell’ \in \R.$ Comme $\ell’ = (1+k’+\ell’)-1-k’$ et que $1\in\R$, $k’\in\R$ et $1+k’+\ell’\in\R$, vous déduisez $\ell’\in\R.$

Concluez sur l’existence

De ce qui précède vous avez obtenu l’existence d’un quadrulplet de réels $(k,k’,\ell,\ell’)\in\R^4$ tel que $\forall x\in\R, P(x)=(x^2+kx+\ell)(x^2+k’x+\ell’).$

Notez alors $p = \frac{k+k’}{2}$, $q=\frac{\ell+\ell’}{2}$, $r=\frac{k-k’}{2}$ et $s=\frac{\ell-\ell’}{2}.$

Vous avez $(p,q,r,s)\in\R^4$ et les égalités $p+r = k$, $p-r = k’$, $q+s = \ell$ et $q-s=\ell’.$

Du coup, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
P(x) &= (x^2+kx+\ell)(x^2+k'x+\ell') \\
&= (x^2+(p+r)x+q+s)(x^2+(p-r)x+q-s)\\
&=((x^2+px+q) + (rx+s))((x^2+px+q)-(rx+s))\\
&=(x^2+px+q)^2-(rx+s)^2.
\end{align*}

Cela conclut sur l’existence annoncée.

Comment déterminer les valeurs des réels $p$, $q$, $r$ et $s$ ?

Soit $(a,b,c,d)\in\R^4.$

D’après la section précédente, il existe $(p,q,r,s)\in\R^4$ tel que $\forall x\in\R, x^4+ax^3+bx^2+cx+d = (x^2+px+q)^2-(rx+s)^2.$

Développez. Vous obtenez que, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
 x^4+ax^3+bx^2+cx+d &= (x^2+px+q)^2-(rx+s)^2 \\
&= x^4+p^2x^2+q^2+2px^3+2qx^2+2pqx-r^2x^2-s^2-2rsx\\
&=x^4+2px^3+(p^2+2q-r^2)x^2+(2pq-2rs)x+q^2-s^2.
\end{align*}

Par identification des coefficients, les relations suivantes sont obtenues :

\left\{\begin{align*}
2p &=a\\
p^2+2q-r^2 &= b\\
2pq-2rs &=c\\
q^2-s^2 &=d.
\end{align*}\right.

Pas le choix pour le réel $p$, vous avez nécessairement $p=\frac{a}{2}.$

Comme $4p^2 = a^2$, vous multipliez la relation $p^2+2q-r^2 = b$ par $4$, pour obtenir $4p^2+8q-4r^2 = 4b$, soit $a^2+8q-4r^2 = 4b$ ce qui fournit $8q = 4b+4r^2-a^2.$

Notez que si $r$ est connu, le réel $q$ est parfaitement connu, il est égal à $q=\frac{4b+4r^2-a^2}{8}.$

Prenez maintenant la relation $2pq-2rs =c$, vous remplacez $2p$ par $a$, ce qui fournit $aq-2rs = c.$ Voulant faire apparaître $8q$, vous multipliez par $8$ et obtenez $8aq-16rs = 8c.$ Remplacez $8q$ par $4b+4r^2-a^2$, vous obtenez $a(4b+4r^2-a^2)-16rs = 8c$ ce qui fournit $16rs =a(4b+4r^2-a^2)-8c.$

Il reste à justifier que le réel $r$ ne peut prendre qu’un nombre fini de valeurs.

Partez de la relation $q^2-s^2 =d$, que vous multipliez par $64$, ce qui donne $64q^2-64s^2 = 64d.$ Comme $8q = 4b+4r^2-a^2$ vous déduisez $64q^2 = (4b+4r^2-a^2)^2$ donc $(4b+4r^2-a^2)^2-64s^2 = 64d.$ Vous multipliez ensuite le tout par $r^2$, d’où $r^2(4b+4r^2-a^2)^2-64r^2s^2 = 64dr^2.$

Multipliez cette relation par $4$, vous obtenez $4r^2(4b+4r^2-a^2)^2-256r^2s^2 = 256dr^2.$

Or $16rs =a(4b+4r^2-a^2)-8c$ donc $256r^2s^2 = (a(4b+4r^2-a^2)-8c)^2.$

Ainsi vous déduisez $4r^2(4b+4r^2-a^2)^2- (a(4b+4r^2-a^2)-8c)^2 = 256dr^2$ soit $4r^2(4b+4r^2-a^2)^2- (a(4b+4r^2-a^2)-8c)^2 – 256dr^2 = 0.$

Ainsi, $r^2$ est solution d’une équation polynomiale du troisième degré, qui ne peut avoir que 3 solutions au maximum, soit au maximum 6 candidats pour $r.$

Notez que $s^2=q^2-d$ donc $s^2 = \frac{(4b+4r^2-a^2)^2}{64} – d$, ce qui laisse deux candidats potentiels pour $s.$

Concluez

L’étude effectuée montre que, pour tout $(a,b,c,d)\in\R^4$, le système d’inconnues réelles $p$, $q$, $r$ et $s$ ci-dessous admet au moins une solution.

\left\{\begin{align*}
2p &=a\\
p^2+2q-r^2 &= b\\
2pq-2rs &=c\\
q^2-s^2 &=d
\end{align*}\right.

Pour déterminer une solution qui convient, vous devez choisir $\boxed{p=\frac{a}{2}}$, puis $r$ tel que $4r^2(4b+4r^2-a^2)^2- (a(4b+4r^2-a^2)-8c)^2 = 256dr^2$ soit $\boxed{4r^2(4b+4r^2-a^2)^2- (a(4b+4r^2-a^2)-8c)^2 – 256dr^2 = 0}$. Ensuite, vous obtenez $\boxed{q = \frac{4b+4r^2-a^2}{8}}.$

Notez que si $r\neq 0$, la valeur de $s$ est entièrement déterminée puisqu’alors $s=\frac{2pq-c}{2r}.$

Si $r=0$, alors $q = \frac{4b-a^2}{8}$ et par conséquent $s^2 = q^2-d$, ce qui force la positivité de $q^2-d$ et donc $s = \pm \sqrt{\left(\frac{4b-a^2}{8}\right)^2-d}.$

Une fois trouvé les valeurs de $p$, $q$, $r$ et $s$ qui donnent une solution du système, vous résolvez l’équation générale de degré 4, puisque, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
x^4+ax^3+bx^2+cx+d = 0 &\Longleftrightarrow (x^2+px+q)^2-(rx+s)^2 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+(p+r)x+q+s)(x^2+(p-r)x+q-s) = 0.
\end{align*}

Il vous suffit alors de résoudre respectivement les équations $x^2+(p+r)x+q+s = 0$ et $x^2+(p-r)x+q-s=0$ pour conclure.

169. Vers la résolution de l’équation réelle de degré 4 dans le cas général

Une équation de degré 4 est de la forme $a_4x^4+a_3x^3+b_2x^2+b_1x+b_0=0$ d’inconnue $x\in\R$ avec $(a_4,a_3,a_2,a_1,a_0)\in\R^5.$

Comme le degré apparent de cette équation est de $4$, c’est que le coefficient $a_4$ est non nul.

En divisant par $a_4$, vous obtenez une équation de la forme $x^4+b_3x^3+b_2x^2+b_1x+b_0 = 0.$

Voulant utiliser une identité remarquable, il sera commode de poser $c_3 = \frac{b_3}{2}$ ce qui donne $x^4+2c_3x^3+c_2x^2+c_1x+c_0 = 0.$

Cette écriture sera plus commode dans la suite.

Utilisez l’identité remarquable $(u+v)^2=u^2+v^2+2uv$

Pour tout réel $x$, $(x^2+c_3x)^2 = x^4+2c_3x^3+c_3x^2.$

Du coup, pour tout réel $x$ :

\begin{aligned}
x^4+2c_3x^3+c_2x^2+c_1x+c_0 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2+c_3x)^2-c_3x^2+c_2x^2+c_1x+c_0 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+c_3x)^2+(c_2-c_3)x^2+c_1x+c_0 = 0.
\end{aligned}

Utilisez un degré de liberté supplémentaire

Soit $k$ un nombre réel fixé. Remarquez alors que :

\begin{aligned}
x^4+2c_3x^3+c_2x^2+c_1x+c_0 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2+c_3x)^2+(c_2-c_3)x^2+c_1x+c_0 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+c_3x+k)^2-k^2-2k(x^2+c_3x)+(c_2-c_3)x^2+c_1x+c_0 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+c_3x+k)^2 +(c_2-c_3-2k)x^2+(c_1-2kc_3)x+c_0-k^2 = 0\\
&\Longleftrightarrow (2x^2+2c_3x+2k)^2 +4(c_2-c_3-2k)x^2+4(c_1-2kc_3)x+4c_0-4k^2 = 0.
\end{aligned}

A ce stade, il est important de considérer le trinôme défini par $\forall x\in\R, P(x)=4(c_2-c_3-2k)x^2+4(c_1-2kc_3)x+4c_0-4k^2.$

L’idée de Ferrari consiste à essayer de choisir $k\in\R$ pour que $P$ ait un discriminant nul avec un coefficient dominant strictement négatif.

Afin de traiter convenablement le coefficient dominant, vous posez $\ell = c_2-c_3-2k.$

Alors :

\begin{aligned}
c_1-2kc_3 &= c_1+(\ell-c_2-c_3)c_3\\
&=c_3\ell +c_1-c_2c_3-c_3^2.
\end{aligned}

\begin{aligned}
4k^2 &= (\ell – c_2+c_3)^2\\
&= \ell^2+(-2c_2+2c_3)\ell+c_2^2+c_3^2-2c_2c_3.
\end{aligned}

Si bien que pour tout réel $x$ :

\begin{aligned}
P(x)&=4\ell x^2+4(c_3\ell +c_1-c_2c_3-c_3^2)x+4c_0 – \ell^2+(+2c_2-2c_3)\ell-c_2^2-c_3^2+2c_2c_3.\\
\end{aligned}

Vous voulez que le trinôme $P$ ait un discriminant nul, ce qui conduit à avoir :

\begin{aligned}
16(c_3\ell +c_1-c_2c_3-c_3^2)^2 &= 4 (4\ell) (4c_0 – \ell^2+(2c_2-2c_3)\ell-c_2^2-c_3^2+2c_2c_3)\\
(c_3\ell +c_1-c_2c_3-c_3^2)^2 &= \ell (4c_0 – \ell^2+(2c_2-2c_3)\ell-c_2^2-c_3^2+2c_2c_3).
\end{aligned}

En développant, la relation s’écrit :
\begin{aligned}
…\ell^2+…\ell + (c_1-c_2c_3-c_3^2)^2 &= -\ell^3+…\ell^2+…\ell\\
\ell^3+\dots \ell^2+\dots\ell + (c_1-c_2c_3-c_3^2)^2 &= 0.
\end{aligned}

Deux cas sont possibles. Si $c_1-c_2c_3-c_3^2$ est nul, vous choisissez $\ell = 0.$

Vous constatez alors que le polynôme $P(x)$ est constant.

La résolution de l’équation de degré 4 s’en déduit selon le signe de cette constante.

\begin{aligned}
x^4+2c_3x^3+c_2x^2+c_1x+c_0 = 0 &\Longleftrightarrow (2x^2+2c_3x+2k)^2 +P(x) = 0.
\end{aligned}

Second cas. Le nombre $c_1-c_2c_3-c_3^2$ est non nul. La fonction de degré 3 $\ell\mapsto \ell^3+\dots \ell^2+\dots\ell + (c_1-c_2c_3-c_3^2)^2$ a une limite égale à $-÷infty$ quand $\ell\to -\infty$ et prend une valeur strictement positive en $0$.

Il existe donc un réel $\ell$ strictement négatif tel que $ \ell^3+\dots \ell^2+\dots\ell + (c_1-c_2c_3-c_3^2)^2 = 0$.

Donc $P(x)$ admet une écriture de la forme $P(x) = -(mx+p)^2$ où $m$ et $p$ sont des réels.

Ainsi l’équation de degré 4 se résout par factorisation puisque, pour tout $x\in\R$ :

\begin{aligned}
x^4+2c_3x^3+c_2x^2+c_1x+c_0 = 0 &\Longleftrightarrow (2x^2+2c_3x+2k)^2 -(mx+p)^2 = 0.
\end{aligned}

Epilogue

Cette façon de faire, qui conduit à une disjonction de cas sur la fin et basée sur l’idée de Ferrari indique que tout polynôme unitaire réel de degré 4 admet une écriture sous la forme $(x^2+px+q)^2-(rx+s)^2$ où $(p,q,r,s)\in\R^4.$

C’est cette écriture, qui, à notre avis se révèle être la bonne puisqu’elle évite l’utilisation des nombres complexes. Une nouvelle étude sera faite dans l'article 170, où vous trouverez une justification de l’existence de cette écriture par d’autres moyens puis comment déterminer les candidats potentiels pour enfin trouver dans la pratique cette écriture.

167. Résolvez une équation du quatrième degré sans translation avec la méthode de Ferrari

Cette section illustre la résolution d’une équation du quatrième degré qualifiée de « pleine » au sens où elle contient explicitement un terme en $x^3$, ce qui n’était pas le cas dans l'article 166 où l’équation à résoudre n’en comportait pas, ce qui simplifiait les calculs initiaux.

Soit à résoudre dans $\C$ l’équation suivante $x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0.$ Vous verrez plus tard que l’utilisation de $\C$ au lieu de $\R$ s’avère commode puisque cette équation n’admet, en fait, aucune solution réelle.

Note. Il est possible de mener les calculs en restant dans $\R$ mais au prix de démarches plus techniques et plus lourdes.

Absorbez $x^4+10x^3$ dans un carré

Avec l’identité remarquable $(a+b)^2=a^2+2ab+b^2$ vous obtenez :

\begin{aligned}
(x^2+5x)^2 &= (x^2)^2+2(x^2)(5x)+(5x)^2\\
&=x^4+10x^3+25x^2.
\end{aligned}

Ainsi $x^4+10x^3 = (x^2+5x)^2-25x^2.$

Cette remarque permet d’écrire que, pour tout nombre complexe $x$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^4+10x^3)+39x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x)^2-25x^2+39x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x)^2+14x^2+70x+50 = 0.
\end{aligned}

Utilisez l’idée de Ferrari avec un degré de liberté supplémentaire

Soit $k$ un nombre réel fixé qui sera choisi plus tard.

Pour tout nombre complexe $x$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^2+5x)^2+14x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+k)^2-k^2-2k(x^2+5x)+14x^2+70x+50 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+k)^2+(14-2k)x^2+(70-10k)x+50-k^2 = 0.
\end{aligned}

Vous choisissez $k$ pour que le polynôme $(14-2k)x^2+(70-10k)x+50-k^2$ soit un carré parfait. Cela se produit lorsque son discriminant est nul.

Ici, vous observez que si $k=7$, alors $14-2k=0$ et $70-10k = 0.$

Vous obtenez donc, que pour tout $x\in\C$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^2+5x+7)^2+50-49 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+7)^2+1 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+7)^2-i^2 = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2+5x+7+i)(x^2+5x+7-i) = 0.
\end{aligned}

Trouvez les racines des deux polynômes obtenus

Déterminez les racines du trinôme $x^2+5x+7+i$

Le discriminant du trinôme $x^2+5x+7+i$ est égal à :

\begin{aligned}
\Delta &= 25-4(7+i)\\
&=-3-4i.
\end{aligned}

Il s’agit maintenant d’en trouver une racine carrée.

Posez $z = a+ib$ où $a$ et $b$ sont deux réels, de sorte que $z^2 = -3-4i.$

En calculant le module, vous obtenez $\vert z \vert ^2 = 5$ soit $a^2+b^2 = 5.$

En développant $z^2$ vous obtenez $a^2-b^2+2iab = -3-4i.$ En identifiant la partie réelle, cela donne $a^2-b^2=-3.$

Comme $a^2+b^2 = 5$ et $a^2-b^2 = -3$, par somme $2a^2 = 2$ donc $a^2=1$.

Choisissez $a=1$. En identifiant la partie imaginaire, vous obtenez $2ab = -4$ ce qui conduit à $ab=-2$ et $b=-2.$

Vérification. Posez $z = 1-2i$. Alors $z^2 = 1-4-4i = -3-4i.$

Du coup, $\Delta = (1-2i)^2.$

Les racines du trinôme $x^2+5x+7+i$ sont $\frac{-5-1+2i}{2} = -3+i$ et $\frac{-5+1-2i}{2}=-2-i.$

Ainsi, par le théorème de factorisation $(x+3-i)(x+2+i) = x^2+5x+7+i.$

Déterminez les racines du trinôme $x^2+5x+7-i$

D’après ce qui précède, pour $x\in\{-3+i, -2-i\}$, $x^2+5x+7-i = 0$ donc en conjuguant $\overline{x}^2+5\overline{x}+7+i = 0$ donc pour $x\in\{-3-i, -2+i\}$, $x^2+5x+7+i=0.$

Les deux racines du polynôme du second degré $x^2+5x+7-i$ sont $-3-i$ et $-2+i.$

Ainsi, par le théorème de factorisation $(x+3+i)(x+2-i) = x^2+5x+7-i.$

Concluez

Pour tout nombre complexe $x$ :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50=0 &\Longleftrightarrow (x^2+5x+7+i)(x^2+5x+7-i) = 0\\
&\Longleftrightarrow (x+3-i)(x+2+i)(x+3+i)(x+2-i) = 0\\
\end{aligned}

Le polynôme $x^4+10x^3+39x^2+70x+50$ admet quatre racines :
$-3-i$,
$-3+i$,
$-2+i$ et
$-2-i.$

Remarque. Le polynôme du quatrième degré $x^4+10x^3+39x^2+70x+50$ s’écrit aussi comme produit de deux polynômes réels du second degré, en regroupant les racines deux à deux conjuguées :

\begin{aligned}
x^4+10x^3+39x^2+70x+50 &= (x+3-i)(x+2+i)(x+3+i)(x+2-i)\\
&= \left[(x+3+i)(x+3-i)\right]\left[(x+2+i)(x+2-i)\right]\\
&=(x^2+6x+10)(x^2+4x+5).
\end{aligned}

166. Résolvez une équation du quatrième degré avec la méthode de Ferrari

Soit à résoudre l’équation $x^4-22x^2 -48x -23 = 0$ d’inconnue $x\in\R.$

Note. Cette équation ne comporte pas de terme en $x^3$ ce qui simplifie les calculs. Pour traiter la question lorsque ce terme est explicitement apparent dans une équation du quatrième degré, il tout à fait possible de s’en sortir en menant des calculs similaires avec une étape supplémentaire et sans utiliser de « translation », complexifiant artificiellement les calculs en faisant apparaître des fractions. Reportez-vous au contenu se trouvant dans l'article 167.

Utilisez l’identité remarquable $(a+b)^2=a^2+2ab+b^2$

Pour tout réel $x$, $(x^2-11)^2 = x^4-22x^2+121$ ce qui fournit $x^4-22x^2 = (x^2+11)^2-121.$

Par conséquent, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
x^4-22x^2   -48x  -23 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2-121 - 48x-23 = 0\\
 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2- 48x-144  = 0\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11)^2  = 48x+144.\\
\end{align*}.

Utilisez un degré de liberté supplémentaire

Soit $k$ un nombre réel qui sera choisi plus tard.

Pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
(x^2-11 + k)^2 &= ((x^2-11) + k)^2\\
&= (x^2-11)^2+2k(x^2-11)+k^2.
\end{align*}

Par conséquent, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
x^4-22x^2   -48x  -23 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2  = 48x+144\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11)^2+2k(x^2-11)+k^2 = 48x+144+2k(x^2-11)+k^2\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11 + k)^2 = 2kx^2 +48x + (144-22k+k^2).
\end{align*}

Appliquez l’idée de Ferrari

L’idée de Ferrari consiste à choisir $k$ pour que $2kx^2 +48x + (144-22k+k^2)$ soit un polynôme ayant une racine double.

Cela se produit uniquement si le discriminant est nul.

Cela amène à choisir $k$ tel que :

\begin{align*}
48^2 - 4\times 2k \times (144-22k+k^2) &= 0\\
2304-8k(144-22k+k^2) &=0\\
288-k(144-22k+k^2) &=0\\
-k^3+22k^2-144k+288 &=0\\
k^3-22k^2+144k-288 &=0.
\end{align*}

Le graphique du polynôme du troisième degré $x\mapsto x^3-22x^2+144x-288$ obtenu amène à suspecter que $k=4$ est peut-être solution.

26/09/2021 - Courbe representative de x 3 22x 2144x 288

Vérifiez-le. En effet, pour $k=4$ :

\begin{align*}
k^3-22k^2+144k-288 &= k(k^2-22k+144)-288\\
&=k(k(k-22)+144)-288\\
&=k(-18k+144)-288\\
&=k(-72+144)-288\\
&=72k-288\\
&=0.
\end{align*}

Il sera inutile de chercher les autres racines de ce polynôme de degré 3.

Note. L’équation de degré 3 obtenue, permettant d’avancer dans la résolution, est appelée résolvante.

Factorisez le polynôme de degré 4

Choisissez $k=4.$ Alors, pour tout réel $x$ :

\begin{align*}
x^4-22x^2   -48x  -23 = 0 &\Longleftrightarrow (x^2-11)^2  = 48x+144\\
&\Longleftrightarrow (x^2-11 + k)^2 = 2kx^2 +48x + (144-22k+k^2)\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8x^2 +48x + (144-88+16)\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8x^2 +48x + 72\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8(x^2 +6x + 9)\\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = 8(x+3)^2 \\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = (2\sqrt{2}(x+3))^2 \\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 = (2\sqrt{2}x+6\sqrt{2})^2 \\
&\Longleftrightarrow (x^2-7)^2 - (2\sqrt{2}x+6\sqrt{2})^2 =0\\
&\Longleftrightarrow (x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2})(x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}) =0.
\end{align*}

Terminez la résolution

Etude des racines du trinôme $x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2}$

Le discriminant du trinôme $x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2}$ est égal à :

\begin{align*}
\Delta &= (-2\sqrt{2})^2-4(-7-6\sqrt{2})\\
&=8+28+24\sqrt{2}\\
&=36+24\sqrt{2}\\
&=12(3+2\sqrt{2})\\
&=12(1+\sqrt{2})^2\\
&=\left(\sqrt{12}(1+\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}(1+\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}+2\sqrt{6})\right)^2.\\
\end{align*}

Par suite $\sqrt{\Delta} = 2\sqrt{6}+2\sqrt{3}.$

Les racines du trinôme $x^2-2\sqrt{2}x-7-6\sqrt{2}$ sont $\frac{2\sqrt{2} + 2\sqrt{6}+2\sqrt{3} }{2} = \sqrt{2}+\sqrt{6}+\sqrt{3}$ et $\frac{2\sqrt{2} – 2\sqrt{6}-2\sqrt{3} }{2} = \sqrt{2}-\sqrt{6}-\sqrt{3}.$

Etude des racines du trinôme $x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}$

Le discriminant du trinôme $x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}$ est égal à :

\begin{align*}
\Delta &= (2\sqrt{2})^2-4(-7+6\sqrt{2})\\
&=8+28-24\sqrt{2}\\
&=36-24\sqrt{2}\\
&=12(3-2\sqrt{2})\\
&=12(1-\sqrt{2})^2\\
&=\left(\sqrt{12}(1-\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}(1-\sqrt{2})\right)^2\\
&=\left(2\sqrt{3}-2\sqrt{6})\right)^2.\\
\end{align*}

Par suite $\sqrt{\Delta} = 2\sqrt{6}-2\sqrt{3}.$

Les racines du trinôme $x^2+2\sqrt{2}x-7+6\sqrt{2}$ sont $\frac{-2\sqrt{2} + 2\sqrt{6}-2\sqrt{3} }{2} = -\sqrt{2}+\sqrt{6}-\sqrt{3}$ et $\frac{-2\sqrt{2} – 2\sqrt{6}+2\sqrt{3} }{2} = -\sqrt{2}-\sqrt{6}+\sqrt{3}.$

Concluez

L’équation $x^4-22x^2 -48x -23 = 0$ possède quatre racines réelles qui sont respectivement :
$\sqrt{2}+\sqrt{6}+\sqrt{3}$,
$ \sqrt{2}-\sqrt{6}-\sqrt{3}$,
$-\sqrt{2}+\sqrt{6}-\sqrt{3}$ et
$-\sqrt{2}-\sqrt{6}+\sqrt{3}.$

165. Trouvez un polynôme annulateur à coefficients entiers de racine de 6 moins de racine 2 moins racine de 3

Posez $x = \sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3}$. Le but de ce document est de retrouver, par un autre moyen, le résultat qui se trouve dans l'article 164.

L’idée sous jacente, pour trouver un polynôme de $\Z[X]$ qui annule le réel $x$, c’est qu’un tel polynôme admet d’autres racines qui sont proches de $x$, un peu comme le conjugué d’un nombre complexe.

Formez un polynôme de degré 2 qui annule $x$

$x+\sqrt{2} = \sqrt{6}-\sqrt{3}$, donc $(x+\sqrt{2})^2 = 9-6\sqrt{2}.$

Posez $Q(X) = (X+\sqrt{2})^2+6\sqrt{2}-9.$

Alors $Q(x)=0$ mais $Q$ n’est pas à coefficients dans $\Z.$

Formez un polynôme de degré 4 qui annule $x$

Vous allez multiplier le polynôme $Q$ de façon à utiliser l’identité remarquable $a^2-b^2 = (a-b)(a+b).$

Vous le multipliez par un polynôme en remplaçant $x+\sqrt{2}$ par $x-\sqrt{2}$ et en changeant aussi $6\sqrt{2}-9$ par $-6\sqrt{2}-9$, qui sont des expressions conjuguées.

Posez $P(X) = ((X+\sqrt{2})^2+6\sqrt{2}-9)((X-\sqrt{2})^2-6\sqrt{2}-9)$ et développez.

\begin{aligned}
P(X) &= (X^2-2)^2+\left((-6\sqrt{2}-9)(X+\sqrt{2})^2+(6\sqrt{2}-9)(X-\sqrt{2})^2\right)+81-72\\
&=(X^2-2)^2 + \left((-6\sqrt{2}-9)(X^2+2\sqrt{2}X+2) + (6\sqrt{2}-9)(X^2-2\sqrt{2}X+2)\right)+9\\
&=(X^2-2)^2 + \left(-6\sqrt{2}-9 + 6\sqrt{2}-9 \right)X^2 +\left(2\sqrt{2}(-6\sqrt{2}-9) + 2\sqrt{2}(-6\sqrt{2}+9)\right)X + \left(2(-6\sqrt{2}-9)+2(6\sqrt{2}-9)\right)+9\\
&=(X^2-2)^2 -18 X^2 -48X -36+9\\
&=X^4-4X^2+4 -18 X^2 -48X -27\\
&=X^4-22X^2 -48X -23.
\end{aligned}

Concluez

Le réel $x =\sqrt{6}-\sqrt{2}-\sqrt{3}$ est annulé par le polynôme $P$, à coefficients dans $\Z$, défini par $\boxed{P(X) = X^4-22X^2 -48X -23}.$

155. La somme de deux fonctions périodiques peut ne pas être périodique

La fonction réelle qui va de $\R$ dans $\R$, définie par $\forall x\in\R, f(x) = \cos x$ est $2\pi$-périodique.

Pour des raisons pratiques, vous allez construire une fonction $g$ qui soit $1-$périodique, c’est-à-dire une fonction qui vérifie $\forall x\in\R, g(x+1)=g(x).$

Il suffit de poser $\forall x\in\R, g(x) = \cos (2\pi x).$

Vérifiez que cette fonction convient.

Soit $x\in \R.$

\begin{align*}
g(x+1) &= \cos (2\pi(x+1))\\
&= \cos (2\pi x + 2\pi)\\
&=\cos (2\pi x)\\
&= g(x).
\end{align*}

De la même façon, vous construisez la fonction $x\mapsto \sin(2\pi x)$ qui est elle aussi $1$-périodique.

La somme $x\mapsto \cos(2\pi x) + \sin(2\pi x)$ sera aussi $1$-périodique.

Comment contruire une fonction non-périodique qui soit somme de deux fonctions périodiques ?

L’idée est d’ajouter une fonction paire de type cosinus avec une fonction impaire de type sinus, de façon à ce que les périodes respectives ne puissent pas être multiples l’une de l’autre.

Le nombre $\sqrt{2}$ apparaît comme un candidat potentiel, étant donné qu’il n’est pas rationnel. Autrement dit, quels que soient les entiers $a\in\Z$ et $b\in\Z^{*}$, vous avez toujours $\sqrt{2}\neq \frac{a}{b}.$ Cela suffit-il ? Vous allez constater que oui.

Vous allez donc définir la fonction $h$ suivante par $\boxed{\forall x\in\R, h(x)=\cos (2\pi x) + \sin(\pi \sqrt{2} x).}$

Montrez que la fonction $h$ n’est pas périodique

Raisonnez par l’absurde en supposant qu’il existe un nombre réel $T$ non nul, tel que $\forall x\in\R, h(x)=h(x+T).$

En prenant $x=0$ vous avez $h(0)=h(T)$ d’où $1 = \cos (2\pi T) + \sin (\pi \sqrt{2} T).$

En prenant $x=-T$ vous avez $h(-T)=h(0)$ d’où $\cos (2\pi T)-\sin(\pi \sqrt{2}T) = 1$, compte tenu de la parité de la fonction $x\mapsto \cos (2\pi x)$ et de l’imparité de la fonction $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x).$

Vous avez obtenu les deux relations :

\begin{aligned}
\cos (2\pi T) + \sin (\pi \sqrt{2} T) &= 1 \\
\cos (2\pi T)-\sin(\pi \sqrt{2}T) &= 1.
\end{aligned}

Par somme, il vient $2\cos (2\pi T)= 2$ donc $\cos (2\pi T) = 1.$

Du coup, il existe $k\in\Z$ tel que $2\pi T = \frac{\pi}{2}+2k\pi$ donc $2T = \frac{1}{2}+2k$ donc $4T = 1 + 4k.$

Par soustraction, vous avez $2\sin(\pi \sqrt{2} T) = 0$ donc $\sin(\pi \sqrt{2} T) = 0$ donc il existe $\ell\in\Z$ tel que $\pi \sqrt{2} T = \ell \pi$, du coup $\sqrt{2} T = \ell$ et par suite $2T = \ell \sqrt{2}$ et $4T = 2\ell \sqrt{2}.$

De ce qui précède vous déduisez $1+4k = 2\ell\sqrt{2}.$

Si $\ell = 0$, vous obtenez $1+4k = 0$ donc $4k = -1$. Or $4 \mid 4k$ donc $4 \mid 1$, contradiction.

Donc $\ell \neq 0.$ Mais alors $\sqrt{2} = \frac{1+4k}{2\ell}$ ce qui prouve que $\sqrt{2}$ est rationnel. Contradiction.

Terminez l’exposé

Il reste à montrer que les fonctions $x\mapsto \cos (2\pi x)$ et $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x)$ sont périodiques.

Il a déjà été montré plus haut que la fonction $x\mapsto \cos (2\pi x)$ est $1$-périodique.

Passez à la deuxième fonction.

Soit $x\in \R.$

\begin{aligned}
\sin (\pi \sqrt{2} (x+\sqrt{2})) &= \sin(\pi \sqrt{2} x + 2\pi)\\
&= \sin(\pi \sqrt{2} x).
\end{aligned}

Cette égalité montre que $x\mapsto \sin(\pi \sqrt{2} x)$ est $\sqrt{2}$-périodique.

Visualisez la fonction $h$

Un tracé de la fonction $h$ est représenté ci-dessous, vous observez l’impossibilité de repérer un motif qui se répète.

02/09/2021 - Une fonction non periodique

154. Il existe un endomorphisme admettant un noyau égal à son image

Définissez un endomorphisme $u$ de $\R^2$ en posant :

\forall (x,y)\in \R^2, u(x,y) = (y,0).

Calculez l’image de $u$

Posez $e_1 = (1,0).$

Soit $v$ un élément de $\im u.$ Il existe $(x,y)\in \R^2, v = u(x,y)$ donc $v = (y,0) = y(1,0) =y e_1$ donc $v\in \vect (e_1).$

Réciproquement, soit $v\in \vect (e_1).$ Il existe $\lambda\in \R$ tel que $v = \lambda e_1 = \lambda(1,0) = (\lambda,0) = u(0,\lambda).$ Donc $v\in \im u.$

Ainsi :

\im u = \vect(e_1).

Calculez le noyau de $u$

Posez encore $e_1 = (0,1).$

Soit $v$ un élément de $\ker u.$ Il existe $(x,y)\in \R^2, v = (x,y)$ et $u(x,y) = (0,0)$ d’où $(y,0) = (0,0)$ donc $y=0.$ Par suite, $v = (x,0) = x(1,0) =x e_1$ donc $v\in \vect (e_1).$

Réciproquement, soit $v\in \vect (e_1).$ Il existe $\lambda\in \R$ tel que $v = \lambda e_1 = \lambda(1,0) = (\lambda,0).$ Alors $u(v) = u(\lambda, 0) = (0,0)$ Donc $v\in \ker u.$

Ainsi :

\ker u = \vect(e_1).

Concluez

Vous avez montré qu’il existe un endomorphisme de $\R^2$ tel que $\im u = \ker u.$

153. Quand l’union de trois sous-espaces vectoriels est encore un sous-espace vectoriel (partie 2/2)

Vous allez expliciter un cas particulier de $\K$-espace vectoriel $E$ admettant trois sous-espaces vectoriels propres, $V_1, V_2$ et $V_3$ tels que $V_1\cup V_2\cup V_3$ est un sous-espace vectoriel de $E\comma$ alors qu’il n’existe aucun sous-espace parmi $V_1, V_2$ et $V_3$ qui contient les deux autres. Autrement dit :

\forall i\in \llbracket 1, 3\rrbracket, \bigcup_{j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}} V_j \not\subset V_i.

Ce résultat contraste avec le contenu rédigé dans l'article 151 le cas où $\K$ possède au moins 3 éléments a été étudié.

Définissez un $\K$-espace vectoriel $E$

Soit $\K$ un corps fini possédant deux éléments notés $0$ et $1\comma$ $0$ étant le neutre de l’addition et $1$ le neutre de la multiplication. On considère $E = \K^2.$ Alors $E$ est muni d’une structure de $\K$-espace vectoriel.

Pour l’addition, vous pouvez poser :

\forall (x,y)\in\K^2, \forall (z,t)\in\K^2, (x,y)+(z,t) = (x+z, y+t).

Vous définissez une multiplication externe en posant :

\forall \lambda \in \K, \forall (x,y)\in\K^2, \lambda (x,y) = (\lambda x, \lambda y).

Définissez trois sous-espaces vectoriels de $E$

Soit $V_1$ le sous-espace de $E$ engendré par $(1,0)\comma$ puis $V_2$ le sous-espace de $E$ engendré par $(0,1)$ et $V_3$ le sous-espace de $E$ engendré par $(1,1).$

Alors vous avez :

\left\{
\begin{align*}
V_1 &= \{(0,0), (1,0)\}\\
V_2 &= \{(0,0), (0,1)\}\\
V_3 &= \{(0,0), (1,1)\}.
\end{align*}
\right.

Montrez que $V_1\cup V_2\cup V_3$ est un sous-espace vectoriel de $E$

Comme le nombre d’éléments de $V_1\comma$ $V_2$ et $V_3$ est fini, il en est de même pour l’ensemble $V_1\cup V_2\cup V_3.$ Vous avez exactement :

V_1\cup V_2\cup V_3 = \{(0,0), (1,0), (0,1), (1,1)\} = E.

Comme $E$ est un $\K$-espace vectoriel, il en est de même pour $V_1\cup V_2\cup V_3.$

Montrez qu’aucun sous-espace ne contient les deux autres

Comme $(1,0)\in V_1$ vous avez $(1,0)\in V_1\cup V_2.$ Or $(1,0)\notin V_3\comma$ donc $V_1\cup V_2 \not\subset V_3.$

Comme $(1,0)\in V_1$ vous avez $(1,0)\in V_1\cup V_3.$ Or $(1,0)\notin V_2\comma$ donc $V_1\cup V_3 \not\subset V_2.$

Comme $(0,1)\in V_2$ vous avez $(0,1)\in V_2\cup V_3.$ Or $(0,1)\notin V_1\comma$ donc $V_2\cup V_3 \not\subset V_1\comma$ ce qui conclut.

152. Quand l’union de deux sous-espaces vectoriels est encore un sous-espace vectoriel

Soit $E$ un $\K$-espace vectoriel, $\K$ désignant un corps commutatif. On considère deux sous-espaces vectoriels de $E$ notés $V_1$ et $V_2$ tels que l’union $V_1 \cup V_2$ soit encore un sous-espace vectoriel de $E.$

Vous allez démontrer que l’un des sous-espaces parmi $V_1$ et $V_2$ contient l’autre.

Raisonnez par l’absurde

Supposez que $V_1 \not\subset V_2$ et que $V_2 \not\subset V_1.$ Il existe $x \in V_1$ tel que $x \notin V_2.$ Il existe aussi $y \in V_2$ tel que $y \notin V_1.$

Comme $x \in V_1 \cup V_2$ et comme $y \in V_1 \cup V_2\comma$ vous utilisez le fait que $V_1\cup V_2$ est un sous-espace vectoriel de $E$ pour en déduire que $x+y \in V_1 \cup V_2.$

Si $x+y \in V_1\comma$ alors vu que $x \in V_1\comma$ le vecteur $y=(x+y)-x$ appartient à $V_1.$ Or, ceci est absurde.

Donc $x+y \notin V_1.$ Du coup, $x+y \in V_2.$ Comme $y \in V_2\comma$ vous en tirez que le vecteur $x=(x+y)-y$ appartient à $V_2.$ Ceci est encore absurde.

Concluez

L’hypothèse suivante est fausse :

\left\{
\begin{align*}
V_1 &\not\subset V_2\\
V_2 &\not\subset V_1.
\end{align*}
\right.

Donc $V_1$ contient $V_2\comma$ ou $V_2$ contient $V_1.$ Cela prouve le résultat annoncé.

Prolongement

Vous souhaitez savoir si le résultat de cet article se prolonge dans le cas d’une union de trois sous-espaces vectoriels ? Allez lire le contenu rédigé dans l'article 151.

151. Quand l’union de trois sous-espaces vectoriels est encore un sous-espace vectoriel (partie 1/2)

Soit $E$ un $\K$-espace vectoriel sur un corps $\K$ qui contient au moins trois éléments.

Supposez qu’il existe trois sous-espaces vectoriels $V_1$, $V_2$ et $V_3$ de $E$ tels que l’union $V_1\cup V_2\cup V_3$ soit un sous-espace vectoriel de $E.$

Vous allez montrer que l’un des espaces vectoriels contient les deux autres. Autrement dit, il s’agit de montrer que :

\exists i\in\llbracket1, 3\rrbracket, \bigcup_{j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}} V_j \subset\ V_i.

Comme vous ne savez pas quel espace contient les deux autres, pour les besoins de cette démonstration, vous choisissez de raisonner par l’absurde. Dans toute la suite de ce contenu, il est supposé que :

\boxed{\forall i\in\llbracket1, 3\rrbracket, \bigcup_{j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}} V_j \not\subset\ V_i.}

Traitez le cas où l’un des sous-espaces est inclus dans un autre

Supposez qu’il existe deux entiers $k$ et $\ell$ appartenant à l’intervalle $\llbracket 1, 3\rrbracket$ tels que $k\neq \ell$ et $V_k\subset V_{\ell}.$ Vous avez alors $V_k\cup V_{\ell} = V_{\ell}.$ En notant $q$ l’unique élément de $\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{k, \ell\}$ vous obtenez :

\begin{align*}
V_1\cup V_2\cup V_3 &= V_k \cup V_{\ell} \cup V_q \\
&= (V_k \cup V_{\ell}) \cup V_q \\
&= V_{\ell} \cup V_q.
\end{align*}

Les sous-espaces vectoriels $V_{\ell}$ et $V_q$ ont une union qui est un sous-espace vectoriel de $E\comma$ donc l’un est inclus dans l’autre. Ce résultat est démontré dans le contenu rédigé dans l'article 152.

Si $V_{\ell}\subset V_q$ vous déduisez que $V_k\subset V_{\ell} \subset V_q$ donc $V_q$ contient l’union $V_k \cup V_{\ell}\comma$ ce qui est contraire à l’hypothèse.

Si $V_q \subset V_{\ell}$ alors vous déduisez que $V_{\ell}$ contient l’union $V_q\cup V_k\comma$ ce qui est absurde.

Ainsi vous avez montré que :

\boxed{\forall (k, \ell)\in\llbracket 1, 3\rrbracket^2, k\neq \ell \implies V_k \not\subset V_{\ell}.}

Montrez qu’un sous-espace privé d’un deuxième est inclus dans le troisième

Vous utilisez ici le fait que $\K$ contient un élément $\lambda\notin \{0,1\}.$

Soient $i\in\llbracket 1, 3\rrbracket\comma$ puis $j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}$ et $k \in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i,j\}.$ Vous allez démontrer que $V_i\setminus V_j \subset V_k.$

Soit $x$ un élément de $V_i\setminus V_j.$ Ainsi, $x\in V_i$ et $x\notin V_j.$ Or, $V_j \not\subset V_i\comma$ donc il existe un vecteur $y\in V_j$ tel que $y\notin V_i.$

Supposez que $\lambda x + y \notin V_k.$ Comme $x$ et $y$ appartiennent à $V_i\cup V_j\cup V_k\comma$ par linéarité, vous avez $\lambda x + y \in V_i\cup V_j\cup V_k.$ Du coup, $\lambda x+y \in V_i\cup V_j.$ Si $\lambda x +y \in V_i$ vous avez aussi $(\lambda x +y ) – \lambda x \in V_i$ donc $y\in V_i\comma$ contradiction. Si $\lambda x +y \in V_j$ vous avez $(\lambda x +y ) – y \in V_j$ donc $\lambda x \in V_j.$ Comme $\lambda$ est non nul, il vient $x\in V_j\comma$ ce qui est absurde. Donc :

\lambda x + y\in V_k.

Supposez que $(1-\lambda) x – y \notin V_k.$ Alors en procédant comme précédemment, vous avez $(1-\lambda) x – y \in V_i\cup V_j.$ Si $(1-\lambda) x – y \in V_i\comma$ alors $[(1-\lambda) x – y] – (1-\lambda)x \in V_i$ donc $-y\in V_i$ et $y\in V_i\comma$ contradiction. Si $(1-\lambda) x – y \in V_j\comma$ alors $[(1-\lambda) x – y] +y \in V_j\comma$ donc $(1-\lambda)x \in V_j.$ Comme $\lambda\neq 1$ vous avez $1-\lambda\neq 0$ et par suite $x\in V_j\comma$ ce qui est absurde. Donc :

(1-\lambda)x-y\in V_k.

Ainsi, par somme, le vecteur $x = [\lambda x + y] + [(1-\lambda)x-y]$ appartient à $V_k\comma$ ce qui prouve le résultat annoncé.

Montrez que l’intersection de deux sous-espaces est incluse dans le troisième

Soient $i\in\llbracket 1, 3\rrbracket\comma$ puis $j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}$ et $k \in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i,j\}.$ Vous allez démontrer que $V_i\cap V_j \subset V_k.$

Soit $x$ un élément de $V_i\cap V_j.$ Comme $V_i \not\subset V_j\comma$ il existe $y\in V_i$ tel que $y\notin V_j.$

Le vecteur $x+y$ appartient $V_i\cup V_j\cup V_k.$ Si $x+y\in V_j\comma$ alors, comme $x\in V_j\comma$ vous avez $(x+y)-x \in V_j$ donc $y\in V_j\comma$ ce qui est absurde, donc $x+y\notin V_j$ et par suite $x+y\in V_i\cup V_k.$ Si $x+y\notin V_k\comma$ alors $x+y\in V_i\setminus V_k.$ Mais d’après le paragraphe précédent, $V_i\setminus V_k \subset V_j.$ Donc $x+y\in V_j$ ce qui est absurde. Par suite $x+y\in V_k.$

Or, $y\in V_i\setminus V_j.$ D’après le paragraphe précédent, vous avez $V_i\setminus V_j \subset V_k$ donc $y\in V_k.$

Par différence, le vecteur $x = (x+y)-y$ appartient à $V_k\comma$ ce qui prouve le résultat annoncé.

Terminez le raisonnement

D’après ce qui a été évoqué ci-dessus, vous avez les inclusions suivantes :

\left\{\begin{align*}
V_1\setminus V_2 &\subset V_3\\
V_2\setminus V_1 &\subset V_3\\
V_1\cap V_2 &\subset V_3.
\end{align*}
\right.

Le sous-espace $V_3$ contient les trois ensembles $V_1\setminus V_2, V_2\setminus V_1$ et $V_1\cap V_2.$ Donc il contient leur union, qui est précisément $V_1\cup V_2.$ Mais ceci contredit l’hypothèse de départ qui est absurde.

Concluez

L’hypothèse suivante est donc fausse :

\forall i\in\llbracket1, 3\rrbracket, \bigcup_{j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}} V_j \not\subset\ V_i.

Vous avez donc montré ce qui suit :

\exists i\in\llbracket1, 3\rrbracket, \bigcup_{j\in\llbracket 1, 3\rrbracket \setminus \{i\}} V_j \subset\ V_i.

Autrement dit, il existe un sous-espace parmi les trois qui contient les deux autres.

Prolongement

Si $\K$ désigne un corps possédant deux éléments, et que $E$ est un $\K$-espace vectoriel de sorte que $V_1$, $V_2$ et $V_3$ soient trois sous-espaces vectoriels de $E$ tels que l’union $V_1\cup V_2\cup V_3$ soit encore un sous-espace vectoriel de $E\comma$ est-il encore vrai que l’un des sous-espaces parmi $V_1, V_2$ et $V_3$ contient les deux autres ?

Vous pourrez trouver des éléments de réponse en lisant le contenu rédigé dans l'article 153.